jeudi 28 août 2025

Voir et mental

 Une vue schématique du fonctionnement mental...

«Vous pensez que vous voyez et vous ne voyez pas que vous pensez» (Swami Prajnanpad, les formules)



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mercredi 27 août 2025

Attention vigilante

 


Voyez-vous la vie telle qu'elle est ou telle que vous souhaitez qu'elle soit ?

Il faut avoir du temps libre pour observer la vie. Il faut avoir le temps pour voir ce qui se passe réellement — non pas ce que l'on souhaite ou désire — mais ce qui se passe réellement dans notre vie quotidienne. Cette attention vigilante rend le cerveau extraordinairement perspicace, vif, clair. Et si nous pouvons y aller très, très en profondeur, cette clarté est véritablement la liberté totale.

~ Jiddu Krishnamurti

Brockwood Park 1984, Conversation 1 with Mary Zimbalist - Knowledge is Conditioning  

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mardi 26 août 2025

Cave du coeur


"Il n’y a plus de portes dans les murs, plus de ponts sur les rivières. Entre les pour, les contre, les contre du pour et les pour du contre, nous prenons nos peurs pour des opinions, et nous nous rapetissons dans nos peines. Chacun pour soi, chacun chez soi, nous ne faisons plus que subir et nous débattre dans la tristesse de la séparation. Il est là, le vrai virus, caché dans cette cave du cœur où nous oublions notre commune humanité. Au delà de nos idées, de nos croyances, il est grand temps de revenir à ce qui nous fait semblables : La vie, la chaleur de la vie.

Nous ne sommes ni nos idées, ni nos croyances. Nous sommes beaucoup plus que cela. Nous sommes des êtres vivants peuplés de joies, de peines, d’émerveillements, de mémoire, de rêves et de cauchemars, d’élans et de désirs. Parlons donc de tout cela qui nous unit, c’est la meilleure façon d’éloigner ce qui nous sépare."

 Henri Gougaud 1936-2024 - 

peinture: Marc Chagall 1887-1986 - Summer harvest 1974

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lundi 25 août 2025

Privation impossible

 

Il aurait sans doute préféré ne pas savoir, ne pas se poser de questions, ne se douter de rien, et continuer de se complaire dans le charme de l'insouciance, la douceur de l'illusion, la paresse de la tranquillité de l'esprit.

Mais la vie est malicieuse et têtue, elle se charge d'éclairer vos ombres en semant inlassablement sur votre chemin les événements qui vous obligeront à apprivoiser vos démons.

Impossible de priver votre âme de ce qu'elle a besoin d'expérimenter ici-bas. Impossible de couler une existence heureuse en contournant ce que vous devez apprendre.

Laurent Gounelle - Un monde presque parfait

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dimanche 24 août 2025

Ne voyez-vous pas l’homme de la voie?


Ne voyez-vous pas l’homme de la voie?
Il a cessé l’étude et n’agit plus.
Il ne rejette pas les pensées illusoires
Et ne recherche pas davantage la vérité.

Ce poème débute par une singulière interrogation qui nous est adressée. Mais déjà nous pourrions nous méprendre. Il semblerait en effet que nous soyons invités à contempler un sage, un exemple vivant de l’accomplissement des enseignements en la personne d’un saint, d’un maître ou d’un gourou. Or rien n’est plus faux. Cette question toute rhétorique pointe au cœur du cœur, à l’intimité de nous-même, à ce que, à défaut de termes plus adéquats, j’appellerais l’espace intérieur, car il n’existe rien de tel, intérieur et extérieur sont des mirages et des constructions. Cet homme de la voie est cet être humain que vous êtes, quel que soit son identité ou son sexe, ses préférences ou ses rejets, son âge ou sa nationalité. C’est l’homme dépourvu de rang, déshabillé des oripeaux de l’identification. Jiko, le soi-même. Ce qui reste quand nous nous sommes oubliés, que les vestiges du passées et ses ruines ou que les échafaudages du futur se sont évanouis, nous, et nous seuls, c’est à dire en pauvreté, en humilité, réduit à la seule incandescence d’être. Ce qui est dit ici n’implique en rien le simple rejet de l’étude ou de l’action, ce qu’il faut entendre ici c’est que la voie ne dépend plus de la seule activité intellectuelle ou du corps qui se meut conformément à son histoire fait d’habitudes et de conditionnement. La voie du non faire ne peut être comprise comme une simple léthargie, une paralysie des sens et du sens, elle est plutôt l’inhibition des réactions et schémas habituels de la pensée afin de laisser surgir le mouvement véritable. Nous cessons d’en être la source, d’en contrôler le cours, ce que le Wu Wei désigne, c’est l’abandon de toutes ces histoires, ces mémoires, ces interprétations et réflexes, automatismes du corps et penchants de la pensée qui empêchent la voie de se réaliser d’elle-même. Autrement dit la non action est une action dépourvue d’effort, en pleine conformité avec l’expression universelle.
« La vraie personne , l’authentique personne est au-delà de l’étude et de l’intention d’accomplir » écrit Dogen dans son Fukanzazengi. Ceci est la clé et le secret du chemin. Non son résultat. L’homme de la voie n’est pas celui qui pratique la voie, il en abandonne l’étude et n’en recherche pas l’accomplissement. Il obscurcit et efface ses propres traces. S’il œuvre, c’est à sa propre disparition. Contrepied radical à ces valeurs qui hantent aujourd’hui notre planète numérisée : performance, efficience, productivité, faire mieux et plus vite, souci de soi avec tous ses narcissismes, recherche du profit, calculabilité généralisée…
Maître Daichi écrit de puis son ermitage du mont Hozan :
« La renommée et ses liens, le profit et ses chaînes, qu'ils passent et ne restent pas,
J'obscurcis mes traces dans la brume et les nuages, au milieu de l'eau et des pierres.
Je fais cuire des légumes dans une marmite aux pieds recourbés,
À rester dans les montagnes, je suis sans effort le style des Anciens ».

Pierre Turlur

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samedi 23 août 2025

Flux d'amour

 


« Quand nous entrons en amour, toutes les catastrophes nous guettent.

Pourquoi ? Parce que nous nous leurrons. Nous croyons que l'amour vient de nous être octroyé par la personne que nous aimons - et que cette personne détient l'amour. Or l'amour n'est aux mains de personne. Ni entre mes mains, ni entre les siennes. Il est entre nous. Il est ce qui, entre nous, s'est tissé depuis notre première rencontre, ce que l'espace insaisissable entre nous a engendré et continue d'engendrer d'instant en instant. Une œuvre fluide et perfectible à l'infini.»

Christiane Singer - N'oublie pas les chevaux écumants du passé 

Marc Chagall - Les amants bleus (1914)

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vendredi 22 août 2025

Habillage naturel

 Un arbre mort peut encore accrocher les nuages.

Photo au parc Mosaïc - août 2025

La nature n'a pas besoin de libellé pour inscrire la beauté.

Photo parc Mosaïc 

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jeudi 21 août 2025

Demande intérieure


"Toute demande intérieure provient d’une dualité : « Je suis malheureux, je voudrais être heureux.» En cette aspiration : « Je veux être heureux » est un état malheureux, de même que lorsqu’on fait un effort vers le bien, en cette vertu est le mal. Toute affirmation contient son opposé, et tout effort renforce ce que l’on veut surmonter. Lorsque vous désirez l’expérience du vrai ou du réel, cette demande émane de votre manque de satisfaction au sujet de ce qui « est », et crée, par conséquent, son contraire. Et dans ce contraire se trouve ce qui a été. Nous devons nous libérer de ces incessantes demandes, autrement il n’y aurait pas de fin au couloir de la dualité. Cela veut dire se connaître soi-même si complètement que l’on ne cherche plus.

On a, en cet état, un esprit qui n’appelle pas l’expérience ; qui ne veut pas être provoqué ; qui ne connaît pas la provocation ; qui ne dit ni « je dois », ni « je suis éveillé » ; qui est complètement ce qu’il « est »."

« Se libérer du connu » - J. Krishnamurti

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mercredi 20 août 2025

Ombre dansante

Et je l'aimais comme j'aime ce son
Au creux duquel rajeunirait le monde,
Ce son qui réunit quand les mots divisent,
Ce beau commencement quand tout finit.
Syllabe brève puis syllabe longue,
Hésitation de l'iambe, qui voudrait
Franchir le pas du souffle qui espère
Et accéder à ce qui signifie.
Telle cette lumière dans l'esprit
Qui brille quand on quitte, de nuit, sa chambre,
Une lampe cachée contre son cœur,
Pour retrouver une autre ombre dansante.
Yves Bonnefoy - Les planches courbes
Poésie/Gallimard

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mardi 19 août 2025

"La Présence n'apparaît que lorsqu'elle est nécessaire."


Personne ne s'éveille dans sa zone de confort. 

Disons que vous allez dans un spa où vous payez 2,000$ par jour pour des conditions d'éveil fantastiques. Votre mental pourrait vous dire : "Ce sont les conditions optimales pour l'éveil, personne ne me dérange, je ressens la paix et la tranquillité partout autour de moi, aucun défi mondain ne peut me distraire de mes périodes de méditation, la nourriture est excellente, tout est pur et propre, deux massages par jour avec des huiles essentielles... Des conditions fantastiques pour l'éveil spirituel ! Ahhh..." (sourire)

Pourriez-vous vous éveiller ainsi ?

Vous pourriez devenir très paisible, et vous seriez comme une plante qui pousse à partir de semences dans un environnement protégé, comme dans une serre : la plante pousse très vite, elle fleurit — mais elle est très faible. Dès qu'elle est placée à l’extérieur, elle s’effondre immédiatement parce qu’elle n’a pas développé les forces internes nécessaires pour exister dans le monde réel.

Donc, pour l’éveil, les défis que vous rencontrez actuellement dans votre vie quotidienne sont en fait ce qu'il y a de mieux pour vous. La manière optimale de s'éveiller à la conscience est d'utiliser les défis auxquels vous êtes confronté dans votre vie quotidienne, au lieu de croire : "Si seulement je pouvais trouver une situation idéale, alors je m'éveillerais facilement."

Non, ça n'arriverait pas. En effet, après quelques premières expériences très agréables dans ce spa imaginaire, votre niveau de conscience baisserait et vous vous rendormiriez graduellement : "C'est tellement agréable... Ahhh..." (sourire)

La Présence n'apparaît que lorsqu'elle est nécessaire. Rien ne vient à moins que cela ne soit nécessaire. Il faut qu’il y ait un appel pour cela. Les choses doivent être difficiles, sinon le changement ne se produira pas.

~ Eckhart Tolle - (extrait d'une vidéo)

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lundi 18 août 2025

Esprit d'enfance

 


" À 40 ans, j’ai découvert l’esprit d’enfance. Qu’est-ce ? Le sens de l’étonnement, la curiosité, l’appétit, l’enthousiasme, le goût du jeu, l’humilité, la modestie, la confiance dans l’inconnu, ces qualités dont nous jouissons avant de les abîmer ou les égarer. Sans rebrousser chemin, il faut les récupérer. Aujourd’hui, je me force à lutter contre l’illusion de savoir. J’ai la passion du nouveau. Je refuse la fatigue de vivre. Je proscris le sentiment de déjà-vu ou de déjà-entendu. Je casse toute habitude. J’entends cultiver la fraîcheur, la saveur de la première fois, la naïveté éternelle.

L’art m’y aide. Quand j’admire un tableau ou que j’écoute une musique, je deviens vierge, neuf, j’assiste à une épiphanie. L’aube scintille. "

(Plus tard, je serai un enfant - Éric-Emmanuel Schmitt)

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dimanche 17 août 2025

Besoins fondamentaux

 


"Il y a deux choses dont on a fondamentalement besoin dans l'existence. La première, la plus importante, est la communion, la relation aux autres, c'est-à-dire l'amour au sens large, non la seule relation amoureuse. L'être humain a un besoin vital d'être relié. 

La seconde chose nécessaire pour s'épanouir, c'est la liberté, au sens profond de pouvoir être soi-même, de ne pas être entravé dans l'expression de sa sensibilité.

Lorsque l'on parvient à équilibrer ces deux pôles de l'existence, on est vraiment dans la joie." 

Frédéric Lenoir

Photo : Helen Levitt - 1940


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samedi 16 août 2025

Concave et convexe

 

il y a un envers à l’endroit
un convexe au concave
un face a un pile

cela va de soi ?
pas tant que cela
l’envers de l’endroit
s’il est bien su
abstraitement connu
dans son principe
est de fait rarement vu
inconvenante réalité
admise
mais de préférence oubliée
reléguée à ces oubliettes
dont on sait qu’elles existent
mais aux abords desquelles on évite de passer
de peur que s’en échappe quelque pleur et grincement de dent
comme la guerre là bas
loin
certes redoutée
mais pas encore assez proche pour être éprouvée
comme l’abattoir ou l’élevage en batterie
dont l’ombre plane au dessus de l’assiette
comme cet hôpital que l’on longe
juste un mur
entre la danse des bien portants
vaquant à leurs affaires
et les lits de douleur
les corps crucifiés
Les gémissements
la peur nue
comme le mouroir rempli de vieillards hébétés
au fond de ce charmant jardin
devant lequel les parents futurs résidents
poussent dans leurs landaus ceux là même qui
dans un avenir inimaginable
les y placeront vaguement coupables
à l’autre bout du chemin
de cette jeunesse riante en terrasse
la vieillesse non accueillie
la détresse étonnée
devant le passage éclair du temps
ce temps
qui dans l’instant n’existe pas
et pourtant explose à la face
de qui ne s’est pas tout au long du chemin
activement souvenu de l’envers de l’endroit
du convexe du concave
du face du pile

Gilles Farcet

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