vendredi 7 octobre 2022

But de la thérapie

Ci-dessous un extrait du roman d’Anne Parillaud « Les abusés ». Ce roman décrit la descente aux enfers d’un couple dont la femme est une abusée et l’homme un pervers manipulateur. 

Dans l’extrait suivant, l’héroïne est admise en hôpital psychiatrique suite à une tentative de suicide.  Il s’agit de sa rencontre avec le psychiatre qui va la suivre, celui-ci lui décrivant le travail qu’elle aura à faire pour émerger de ses souffrances. Je trouve ce texte très éclairant sur le but de la thérapie :

« Où avez-vous enfermé la petite fille ? Celle que vous avez empêchée de grandir, de vivre ? Vous ne savez plus, j’imagine. Et même si vous le saviez, sans doute avez-vous perdu la clef de ce secret. Ce n’est pas grave, ensemble on la retrouvera ou on en fabriquera une nouvelle. Car aujourd’hui c’est vous qui êtes enfermée, mais elle qu’on doit libérer, cette victime innocente que vous avez bâillonnée pour l’empêcher de crier à l’injustice, de hurler à l’aide. Or, malgré vos stratagèmes, elle n’a cessé de vous supplier pendant ces années et vous l’avez rejetée, comme peut-être l’avaient fait votre père et votre mère. Délivrez-la ! Prenez-la dans vos bras ! Aimez-la comme elle vous aime, car jamais elle ne vous quittera. Pourquoi vous cacher pour pleurer ? Ce sont des larmes, entendez-les couler. C’est le seul moyen qu’elle a trouvé pour ne pas être oubliée. Même grand, nos pleurs demeurent ceux de l’enfant abandonné avec ses blessures. Ne l’abandonnez pas une nouvelle fois, répondez à son appel. Ne soyez pas prisonnière du passé mais son héritière. »

[…]

« Avant de découvrir la vérité sur l’autre, découvrez celle sur vous-même. Tel est le défi que nous devons relever si vous acceptez que je vous accompagne dans le voyage qu’est l’exploration de la souffrance. Se connaitre est le commencement de la délivrance, seule cette connaissance permettra d’instaurer la paix dans votre esprit. Le pire ennemi de notre liberté réside en nous, l’homme est plongé dans un demi-sommeil, vit dans l’univers des rêves ; alors qu’il se croit libre et pensant, il est l’esclave de son inconscient. Toutefois l’homme peut se réveiller et s’évader de sa prison. Mais pour cela il doit comprendre qu’il n’est pas libre et possède le besoin impérieux de vouloir l’être. Établir la vérité sur soi, c’est reconnaître progressivement ses limites, ses vices, ses petits ou grands esclavages, son impuissance. Seulement cette découverte ne doit pas vous faire rebrousser chemin, ne pas être une occasion de repli sur soi, de découragement, de régression ou d’agressivité. Au contraire, il faut qu’elle favorise une avancée sur la voie de la libération, vous aide à sortir des langes de l’enfance qui comme on peut le suspecter, étaient sales. Elle ne doit pas davantage vous mettre en peine, en constatant que vous êtes la faiblesse même. A l’inverse, c’est en elle que vous vous élèverez. Alors attendez-vous à démasquer chaque jour de nouvelles imperfections. Comme on ne se délivre jamais des blessures, autant les accueillir. Se révéler à soi-même c’est arrêter de jouer à Colin-maillard avec son âme, c’est dénouer le bandeau et ouvrir les yeux à la lumière crue, même si elle vous frappe en plein visage. Si nous ne cherchons plus à la fausser mais à l’améliorer, la clarté sur nos défauts donne de la grâce à notre personnalité. L’objectif n’est pas, en fait, de trouver la vérité, mais de faire la paix avec elle. Comprendre pourquoi, comment se sont développés le secret ou la folie, et se délester de la culpabilité. Vous étiez prête pour une mort physique, commencez par la mort psychologique, par tuer ce personnage, l’égo que vous vous êtes construit avec des croyances, des identifications, des dépendances et leurs contenus destructeurs.  C’est déstabilisant d’effacer ses repères, tous les aménagements de surface s’écroulent. Et vivant un tel effondrement psychique, on est ramené vers les profondeurs, mais chaque fois qu’on s’en approche on fait tout pour s’en éloigner à nouveau. Comme une araignée qui retisse sa toile lorsque celle-ci a été en partie détruite, on reconstruit cette fausse identité parce que le passé garantit notre sécurité. Sans lui on a l’impression de ne devenir rien, de perdre tous les liens, tous les gains, de se dissoudre, or c’est au contraire pour mieux renaître.

J’ai moi-même traversé cette mort, donc je peux vous guider. Mais avant la résurrection, il y a la crucifixion. Lorsque vous aurez le courage et la volonté de vous débarrasser de l’illusoire pour embrasser le vrai, de vous confronter au risque de vivre et non de survivre dans les coulisses de l’existence, de parcourir les provinces de la psyché et d’en pénétrer les obscurités, de me suivre en terre inconnue, je serais là. »

Thierry Lepage

------------------

jeudi 6 octobre 2022

L’homme et l’enfant


Ce n’est qu’un homme et un petit enfant
Dans une allée d’automne,
Un homme et un enfant s’en allant, souriant,
Sous une pluie de feuilles jaunes.
Ils ne se disent rien. L’enfant regarde
L’homme qui lui sourit.
Et ils s’en vont, main dans la main, sous les grands arbres
Vers un toit qui reluit.
Sur les arbres montrant obstinément leurs nids,
Le ciel se dore comme un fruit.
Ce n’est qu’un homme et un petit enfant,
Et l’on dirait que, tout joyeux, l’automne
Marche devant eux en semant
Du soleil et des feuilles jaunes.
Maurice Carême
Complaintes, 1975

-----------

mercredi 5 octobre 2022

Parlons d'octobre

 

Courage d'élaguer le superflu avec l'introspection nécessaire...


-----------

mardi 4 octobre 2022

Maurice Nicoll, (2)

 (suite et fin du passage traduit - volume 2, "Self Observation")

Je m'autorise une remarque en introduction : les Psychological Commentaries font six volumes ; et l'assimilation d'un seul passage, comme celui là, transforme la relation à soi même. L'important n'étant pas d'avoir accès à un buffet abondant mais de digérer, de "faire soi" - " digest, assimilate , make it your own"- Swami Prajnanpad- ne serait ce qu'un seul aliment de grande qualité. 


Photo : Mr Gurdjieff observant les "mouvements". A droite, Maurice Nicoll. Au piano, Alexandre de Salzmann

"Comment puis-je vous prouver que commencer à ressentir les nombreuses influences du Travail est différent que d'être complètement identifié à l'existence ? 

Bien entendu je ne peux pas le faire, en tout cas à travers une argumentation. Je ne peux pas davantage vous prouver que ce Travail dit vrai. 

Si vous êtes complètement identifié à l'existence, mieux vaut ne pas tenter ce Travail. En fait, le Travail ne cherchera pas à vous atteindre. À ce moment-là vous êtes juste plongé dans l'existence et sa perspective. Si cela vous satisfait, alors pourquoi chercher une nouvelle compréhension, un nouveau sens à notre existence sur cette planète imparfaite et violente ? 

Ce Travail et pour ceux qui éprouvent avec une certaine conviction que l'existence ne peut pas être comprise pour ainsi dire par elle-même. Si toutes les expériences que vous vivez vous satisfont, si vous sentez que cette existence est tout ce dont vous avez besoin, si vous êtes parfaitement satisfait de vous-même, si vous êtes content de tout ce que vous avez expérimenté jusqu'à présent, alors, je le répète, pourquoi aller à la rencontre de ce Travail ? Par contre, si ce n'est pas le cas, il vous faut être assez intelligent pour faire le lien entre votre insatisfaction et ce Travail. Il vous faut commencer à réaliser que vos nombreuses insatisfactions ne sont pas exceptionnelles et entrevoir ce que le Travail a à vous dire au sujet de l'existence : comment tout arrive, comment votre être attire ce qui vous advient, etc. Sinon comment le Travail peut-il vous aider ?

Je voudrais que vous réfléchissiez à cela. C'est une idée très profonde. C'est tellement facile de devenir négatif, d’ imputer la faute aux autres et aux circonstances.… C'est la comédie habituelle de l'existence. Mais le centre magnétique amène une personne à sentir qu'il doit y avoir autre chose, qu’il existe une autre histoire , pas uniquement constituée d’émotions et de tragédies. Le problème est un problème intérieur. Sa solution commence avec l'observation de soi pratiquée selon des instructions précises.

 Aussi, à moins que vous puissiez vous observer vous-même, le Travail reste lettre morte. Afin de vous observer vous-même, il est nécessaire de réaliser que vous n'êtes pas un mais plusieurs.  Tant que vous ne pouvez pas voir les différents « je » en vous, vous ne pouvez pas sélectionner ou rejeter. Et sans le travail et la compréhension de l' objet du dit Travail, vous ne serez pas capable de faire le tri de manière juste. Par contre si vous le faites, de nouvelles influences commencent à pénétrer votre vie intérieure. Vous commencez à ressentir le début d'une nouvelle vie , une  vie nouvelle  et pleine de grâce. Si vous y prêtez l’oreille,  quelque chose commence à croître en vous. Si,  quand vous perdez contact avec cela, vous le savez,  en ressentez le manque et cherchez à le retrouver, alors cela va revenir. Pendant longtemps, et c'est inévitable, on va faire des aller retours entre l'ancien et le nouveau. C'est une question d'appréciation intérieure , en rapport avec cette chose étrange que l'on appelle la volonté.  La volonté, c'est comme c'est se tourner,  sans violence, dans une certaine direction , malgré les empêchements, comme une aiguille magnétique. Mais tout cela, tout le commencement de cette octave dont nous avons parlé qui crée de nouvelles énergies, tout cela demeure quasi impossible si vous dites « je », si vous vous identifiez à tout ce qui se présente en vous. Dans ce cas là vous êtes plongé dans les ténèbres,  celles dont parlent les versets qui ouvrent la Genèse. La lumière n'y est pas encore extraite des ténèbres.

Maintenant je voudrais que certains d'entre vous remarquent particulièrement les « je « qui dévorent leur énergie. Récemment, j'en ai été infesté et pendant un moment je ne les ai pas remarqués J'ai considéré que ces pensées, ces mots et ces émotions étaient « moi » autrement dit, je dormais. Chacun d'entre vous  est cerné à l'intérieur de lui-même par des « je » négatifs, faibles, soupçonneux, étroits, stupides, médiocres, chicaniers. Certains d'entre eux sont devenus très forts suite à votre longue habitude de leur céder. Vous voyez qu'une personne perd soudain son énergie, devient faible , négative perdue, etc. Que s'est-il passé ?  Un certain « je » est en train de dévorer cette personne. Notre vie intérieure est bien plus dangereuse que notre vie extérieure avec tous ses périls. 

Bien sûr, il vous faut tous comprendre que cette doctrine des différents « je » ne vous enlève pas toute votre responsabilité. Seul un imbécile imaginerait cela. Faire le tri entre les différents « je », en prendre certains et en laisser certains et quelque chose de très réel. Il faut que vous souffriez de votre identification à certains « je » néfastes. Que cela vous cause une vraie douleur, une vraie souffrance. C'est une souffrance utile. Il vous faut apprendre à haïr certains « je » en vous-même faute de quoi, vous considérerez le travail de manière désinvolte, comme une excuse pour faire tout ce que vous voulez. Il y a des périodes où le travail vous met une grosse pression. Puis ça passe, pour un moment. Mais si le travail ne vous met jamais la pression, vous pouvez être sûr qu'il ne s’est pas encore décidé à véritablement vous atteindre.

Par Gilles Farcet

---------------------

dimanche 2 octobre 2022

Maurice Nicoll à propos de la pratique (1)

 Arnaud (Desjardins) à la fin de sa vie parlait souvent des « Psychological Commentaries » de


Maurice Nicoll (1884-1953 ), élève de Gurdjieff et d’Ouspensky. 

J’ai récemment  eu sous les yeux  les six volumes annotés de sa main. 

Mieux vaut tard que jamais, je commence à m’y plonger, après me les être procurés (un peu difficile mais pas impossible en cherchant) et je n’en reviens pas. 

Quelle clarté, quelle intelligence de ce qu’il nomme « le Travail », quelle perspective sur le fonctionnement de l’humain et sa possibilité d’échapper à la « machine » On est loin des berceuses « non dualistes » qui fleurissent à tous les coins de rue. 

Je ne dis pas que je ne publierai pas un jour un nouveau livre de « pédagogie » de ce que nous appelons l’enseignement, mais lire ces commentaires de Nicoll me conforte plutôt dans ma tendance actuelle à l’écriture poétique et littéraire qui me fait évoquer ce qui m’importe autrement, car , là,  en matière de « Travail », tout a été formulé, et si magistralement !


Je me propose donc d’en offrir de temps à autres quelques extraits choisis,  rapidement traduits par mes soins - ces commentaires ne sont pas disponibles en français. 

Pour inaugurer ce « feuilleton », un premier extrait à propos d’un aspect essentiel : la nécessite d’admettre que nous ne sommes pas « un » mais multiples (ce qu’Arnaud appelait « les personnages »), la mise en cause de notre sacro sainte image de nous mêmes et la pratique en elle même très simple  mais , pour le coup, radicale , de la non identification. Cet extrait figure dans le volume 2, sous le titre « Self Observation », il date du 13 mai 1944 …  Au passage, voilà bien la « voie directe » , celle qui, comme disait Arnaud,  traite directement des obstacles … 

"J'ai souvent pensé à ce que Gurdjieff enseignait, à savoir que beaucoup de moments d'observation de soi nous amènent à la longue à des photographies complètes.

 Cela signifie que la pratique du Travail nous conduit à prendre en temps réel des photographies de la manière  dont nous nous comportons réellement , ainsi que de notre comportement passé sur des années. Cela peut de fait s’avérer ébranlant… mais c'est dangereux,  à moins que l'on sache comment ne pas s’identifier,  comment ne pas être négatif ; autrement,  je l'affirme ce sera une affaire fort délicate. 

Vous vous identifiez seulement quand vous tenez à vous considérer comme une seule personne et par conséquent  vous attribuez tout ce que vous observez en vous-même. Vous l'attribuez à quelque chose que vous appelez « je » ou « moi ». Le Travail nous enseigne que ce je est imaginaire.  Bien sûr, si vous prenez tout ce que vous observez comme étant « je », alors vous serez en grande difficulté. Mais, comme vous le savez, le Travail commence par vous enseigner avec insistance qu’en vous-même il y a beaucoup de « je ». 

Si réaliser cela vous est insupportable, vous ne pourrez pas aller au-delà d'un certain point dans le Travail. Vous ne pourrez pas vous distancier de vous-même et si tel est le cas vous ne pourrez pas réellement saisir le Travail. 

Tout va demeurer personnel. Vous allez-vous sentir offensé. Supposez par exemple que vous vous identifiez toujours avec les « je » qui sont opposés à ce travail. Vous allez alors souffrir d'une souffrance tout à fait inutile. Avez-vous déjà réellement observé et appris à connaître les « je » négatifs qui disent toutes sortes de choses vis-à-vis du Travail,  souvent jusqu’au blasphème ? Allez vous considérez que ces « Je » sont vous-même ? 

Il y a toutes sortes de « je » petits et ignorants qui essaient de nous dévorer toute la journée. Savez-vous ce que signifie la distanciation intérieure ? Si tel n'est pas le cas alors ces petit « je » négatifs, ignorants, et stupides vont manger votre force de travail tel des souris et des insectes nuisibles. Quel dommage de leur attribuer l'autorité du « je »–vous-même !  À ce moment-là, vous allez être tiré vers le bas dès le moment du lever. 

C'est vraiment tragique de voir une personne investie dans le Travail, qui y aspire réellement, se montrer tout à fait incapable de réaliser qu'il y a en elle-même différents « je ». J'affirme que c'est une tragédie quand une personne ne comprend pas ce sur quoi le Travail insiste avant tout,  à savoir que nous ne sommes pas un mais plusieurs.  si vous ne pouvez pas commencer à voir cela , tout votre travail sera perturbé. Chacun d'entre vous a beaucoup de « Je » qui sont inutiles et pires qu'inutiles. Chacun a en lui des « Je » qui haïssent ce travail parce que ils savent que le Travail les affamera et même les tuera. Aussi luttent ils pour leur vie en essayant de vous persuader qu'ils sont vous-même.

Si vous dites « je » en vous référant à eux, à votre avis que va-t-il se passer ? Par contre si vous pouvez les voir comme des « je » en vous- même auxquels vous n’accordez aucun crédit , si vous décidez délibérément de ne pas croire à ce qu'ils disent et de ne pas agir selon leurs directives,  alors vous commencez à emprunter le chemin du Travail même si, pour l’instant,  ils sont  très souvent plus forts que vous. Il y a une formule dans le Travail  : « ceci n'est pas « je" Comprenez-vous ce que cela signifie ?  

C'est intéressant de remarquer à quel point la vanité et l'orgueil entrent en jeu à ce stade , si bien qu’ une personne proclame qu'elle est pleinement consciente , se connaît elle-même et agit toujours délibérément à partir d'un je réel . Bien sûr , ce n'est pas le cas.  C'est stupide d'imaginer que ce soit le cas ;  par contre c'est intelligent de remarquer que ce n'est pas le cas et c'est là que commence le travail sur vous-même.  C’est une expérience très extraordinaire de commencer à passer par cette perte du je imaginaire.  Cela signifie qu'on perd la face . Mais cela ne peut pas être entrepris - en fait ce n'est pas possible-  tant que la valeur que vous accordez au travail n’est pas suffisamment forte pour vous soutenir durant cette perte,  cette forme de dépersonnalisation.  Le Travail ne peut vous aider que si une part de vous a été réellement touchée par lui , assez pour vous maintenir debout quand vous commencez à désinvestir la fausse personnalité. 

Prenons des personnes qui se considèrent elles-même comme des hommes ou des femmes solides , cohérents. Pour elles l'idée qu'elles ne sont pas une personne mais beaucoup de personnes différentes, souvent contradictoires, sera quelque chose de repoussant. Ils vont soutenir qu’ ils se connaissent eux- mêmes qu'ils sont toujours une seule et même personne etc. etc. Et si des contradictions trop transparentes apparaissent ils se justifieront . Pourquoi ? Pour préserver cette idée imaginaire qu'ils se font d'eux-mêmes, la garder intacte et inviolée. 

C'est un tel travail que d'amener une personne à réaliser sur ce chemin l'existence en elle de bien des «je » différents et de lui faire ressentir leur existence. Certains d'entre vous se souviennent de questions qui était posées dans les premiers temps du Travail. Disons qu'une personne formule ainsi sa question : « je pense toujours que… » La réponse donnée était : quel « je » penses de cette manière ? » Vous conviendrez que c'est assez déconcertant de recevoir une tell réponse. Mais ne s’agit--il pas d'une réponse vraie? N'est-elle pas fondée sur cet enseignement qui commence en nous enjoignant de réaliser que nous ne sommes pas  un seul « je » mais beaucoup de « je »?  Une telle réponse est une réponse réelle. Si la personne en question avait formulé les choses autrement : «un certain je domine en ce moment en moi qui paraît penser comme ceci… » Alors la réponse aurait été différente . 

Cela signifierait que la personne à ce moment-là n'est pas identifiée. Mais qui parmi nous peut atteindre cette étape où il voit clairement qu'il ou elle est dominé à différents moments par différents « je » ? Qui d'entre nous est capable de voir la rotation des différents « je » en lui-même et à partir de cette vision de ne s'identifier avec aucun d'entre eux ;  ne pas toujours les considérer comme vous-même, vous,  solide,  permanent. Penser, imaginer que nous comme les autres sommes toujours identiques est une violence envers nous-mêmes comme envers les autres. Par contre si vous avez atteint  un stade  où vous pouvez ne plus considérer que chaque événement psychique, chaque point de vue , chaque pensée,  chaque état , chaque humeur est « vous », alors vous commencez à comprendre ce que dit le Travail à propos de la distanciation intérieure et de la sélection. Certains « je » sont vos amis ; d'autres « je » sont vos ennemis.  Certains « je » vous donnent de la force ; d'autres vous enlèvent de la force. Et certains, en fait, vous dévorent. Comment une personne investie dans le Travail peut-elle vivre dans un sommeil complaisant ou elle considère que tout ce qui survient en elle est « je ? 

Tout développement s'accomplit par un processus de tri, de sélection et de rejet. Mais si pour vous, tout est « je », comment pouvez-vous faire le tri ? Si vous vous occupez d'un jardin, vous enlevez les mauvaises herbes et prenez soin des plantes utiles. Mais si dans votre vie intérieure vous prenez tout comme vous, ce processus est impossible. Vous avez de mauvaises pensées ou de vilains sentiments …  Ne voyez-vous pas que si vous les considérez comme «je », comme vous-même, vous les renforcez ? Mettons que vous commenciez à comprendre ce grand enseignement au sujet des nombreux « je » et de la non identification : où cela va-t-il vous mener si vous vous identifiez avec les pensées et émotions négatives qui proviennent de ces différents « je » ? 

« D’accord", direz-vous : « oui, mais ces mauvaises pensées et ces émotions négatives sont en moi, donc que puis-je faire ? » Que pouvez-vous faire ? Vous pouvez être d'accord avec elles consentir à ce qu'elles vous disent,  vous identifier à elles et ainsi leur donner l'autorité du « je ». Mais supposons que vous ne soyez pas d'accord avec elles,  que vous ne consentiez pas à ce qu'elles vous disent , que vous ne vous identifiez pas avec elles,  et que,  les concernant,  vous ne disiez pas « je » ? Ces pensées et émotions vont-elles se renforcer ou s'affaiblir ? À votre avis ?

L'objet de ce Travail est de nous rendre conscient en nous-mêmes et conscient de nous-mêmes , conscient de ce qui se passe en nous, conscient de la grande circulation de pensées et d'émotions qui prend place à l'intérieur dans le royaume psychique invisible ,distinct du vaste monde extérieur, le monde physique peuplé de choses et de gens que les sens nous révèlent. C’est là, dans ce monde intérieur dans ce que nous y  choisissons et y rejetons, que réside la clé du Travail et donc de l’évolution.  Vous savez tous comment rejeter et sélectionner des choses dans le monde extérieur. Vous vous débarrassez des choses inutiles et veillez à garder les choses utiles. C'est la même idée. Supposez que, par une longue observation vous en veniez remarquer que certains « je » créent des humeurs,  des pensées et des émotions qui vous dépriment,  vous dévorent, vous rendent abattu, négatif, soupçonneux ou mal intentionné. Qu’allez vous faire ? Allez-vous donner votre pleine approbation à de telles humeurs , à de tels états,  allez-vous les considérer comme vous-même ? Pourquoi le feriez-vous ? Allez-vous pratiquer la non identification avec ces états intérieurs négatifs,  allez-vous vous exercer à ne pas les suivre, à ne pas les écouter ?

 Cependant, si vous ne parvenez pas à voir que vous êtes multiples et tenez absolument à vous considérer comme un, alors vous ne pourrez rien faire quant à votre vie intérieure.

Gilles Farcet

samedi 1 octobre 2022

Feuille morte

 

Toutes les fleurs veulent se changer en fruits,
Toute matinée veut devenir soirée,
Sur terre rien n’est éternité,
Si ce n’est le mouvement, le temps qui fuit.
Même le plus bel été veut voir une fois
La nature qui se fane, l’automne qui vient.
Reste tranquille, feuille, garde ton sang-froid
Lorsque le vent veut t’enlever au loin.
Poursuis tes jeux et ne te défends pas,
Laisse les choses advenir sans heurts,
Laisse enfin le vent qui te détacha
Te conduire jusqu’à ta demeure.
Hermann Hesse
Eloge de la vieillesse

-----

vendredi 30 septembre 2022

De bons conseils

 Les 12 conseils en Médecine Chinoise, pour lutter contre n’importe quelle maladie, il faut avoir le maximum d’énergie (Qì 气/氣) (et l’esprit Shen 神 calme) …



1. Tout faire pour mieux dormir : la nuit, la sieste, se reposer quand il faut, dès que possible…

2. Tout faire pour mieux manger (avec la Diététique chinoise : cuisiner, manger selon votre instinct, manger à satiété…Voir mon livre « Médecine chinoise et cuisine française »)

3. Tout faire pour mieux respirer (rechercher les exercices respiratoires qui vous vont bien…tiaoqi fa 調氣法)

4. Tout faire pour mieux bouger (avec la marche, la danse, les étirements daoyin 导引, le tàijí quán 太極拳, le qìgōng 氣功/气功) …

5. Tout faire pour mieux se soigner (acupuncture et moxa 针灸 zhēnjiǔ, ventouses bá guàn 拔罐, tuina 推拿, An Mo 按摩 massages, guā shā 刮痧, diététique fushi fa 服食法, pharmacopée…)

6. Tout faire pour laisser passer, accepter, ou éviter les 5 émotions trop fortes (joie, peur, angoisse, tristesse, colère) …

7. Tout faire pour mieux aimer ses proches et ceux que l’on aime (humain, animal, végétal) …

8. Tout faire pour être serein, souriant, optimiste à tout instant, cultiver le bonheur…

9. Tout faire pour rire plus, dès que possible, avoir le sens de l’humour…

10. Tout faire pour se conformer à sa nature, et suivre son Cœur, son Shen, son intuition, la Nature, les saisons, les cycles de l’Univers…

11. Tout faire pour créer : chanter, dessiner, écrire, peindre, sculpter, construire, jouer, lire…

12. Tout faire pour continuer à apprendre, toujours…

Bon Qi et bon Shen ! Michel-Philippe Rastoul

---------------

jeudi 29 septembre 2022

Etre mat avant d'être brillant

 JOUER AUX ÉCHECS AVEC SES ÉCHECS


"Ne sait pas chanter, ne sait pas jouer, légère calvitie, danse un peu". Première audition de Fred Astaire. 

Renvoyé d'un journal pour "manque d'imagination et de créativité" : Walt Disney. 

Manuscrit refusé 12 fois. J. K. Rowling pour Harry Potter.

Viré de son équipe de basketball au lycée : Michael Jordan. 

Virée de la maison par son père qui lui dit qu'actrice n'est pas une profession et " pas assez jolie pour être actrice " pour un réalisateur : Jeanne Moreau.

"Tu ferais mieux de retourner conduire ton camion d'électricien, tu n'es pas fait pour chanter", producteur à Elvis Presley (171 disques d'or , 94 platines, et 34 multi-platinum discs – 299 au total – Most RIAA certificates ever, 1 milliard de disques vendus).

Qu'est-ce qui relie ces personnalités ?

Leurs échecs. 

Avancer. Chercher. En râlant. En priant. En suppliant. En pleurant. En riant. Paralysés par la peur. 

Tourner son grain de riz. Rater. Jurer. Presque abandonner. Se relever. Savoir. Y croire malgré tout. Tomber. Y croire. Se fracasser. Encore y croire.

Le Feu qui brûle et forge. Les éclats du Métal. L'éclatement du Bois, jusqu'au cendres. Et dans la Terre : le filon, le scintillement, la lumière invisible. 

Et un jour, l'avènement, la Chance, le match. Ou le vrai deuil. C'est pareil.

Le chemin.

Le Dao.

Fabrice Jordan

----------------

mercredi 28 septembre 2022

Pour le cirque

 


Vous avez entendu dire que pour voir l'esprit originel votre petit esprit doit être vide. Alors vous voilà à rester assis, raides comme un bambou, à regarder le mur, la langue contre le palais, cherchant à arrêter vos pensées. 

Vous parvenez ainsi à une absence de pensées que vous prenez pour la vacuité de l'esprit originel. 

L'instant d'après le tourbillon de votre petit esprit recommence comme au sortir du sommeil. Dans l'absence de pensées, quel avantage ? 

Et si un éclair lumineux vous secoue, vous voilà en train de sauter sur place comme un jeune cheval, en criant que vous avez éprouvé quelque chose d'immense et que vous êtes un grand privilégié. 

À avoir été frappé comme par la foudre, quel bénéfice ? Tout cela n'est que prouesses justes bonnes pour le cirque.

Extrait des propos du vieux Tcheng

----------


mardi 27 septembre 2022

Exercice présent

 A. R.: M. Gurdjieff, au cours d'un exercice qui m’avait été donné par Mme de Salzmann, j’ai compris que je n’étais jamais présent, que j’étais toujours dans la seconde future ou dans la seconde passée, mais que je n’étais jamais présent, que je ne réalisais jamais la présence. Ça m'a donné un nouveau fond et un nouveau désir dêtre présent. "Présent" a pris un nouveau sens pour moi. Seulement je ne peux pas arriver moi-même à retrouver le désir et le goût d’être présent. Je voudrais un exercice qui m'aide à avoir ce goût, ce désir de me rappeler moi-même.

M. G.: Vous avez le goût?


Le même: Oui. Je sens qu’être présent a un nouveau sens pour moi. Jusqu'ici je ne le voyais pas comme ça.

M. G.: Entre autres, je me rappelle cette phrase d’un philosophe persan, celui qui a formulé pour la première fois cette pensée sur le passé, le présent et le futur. Il existe en Perse, près d'une ville, un monument où il est écrit: "Le présent existe pour réparer le passé et préparer le futur". C’est un monument comme ça, simple chose hein? Et en même temps, quelle grande chose !

Maintenant pour vous, c'est exactement la même chose. C’est seulement avec le présent que vous pouvez réparer le passé et préparer le futur. Le futur et le passé n’existent pas sans le présent. Le présent existe pour réparer toutes vos erreurs, et préparer le futur, c'est-à-dire une autre vie qui est désirable pour vous. Il est très important pour vous de sentir le présent. Pour avoir un présent, il faut prendre toutes les mesures et faire les exercices. Cela vaut pour tout le monde, mais spécialement pour vous. Il faut avoir un présent. Le passé, c'est le passé : hier, fini, ça ne reviendra plus. Demain peut arriver : un autre demain dépend du présent, d’aujourd’hui. Il faut tout faire aujourd’hui. Oubliez hier et oubliez demain. Avec aujourd'hui, vous réparez hier et vous vous donnez la possibilité de faire demain ce qu'il faut.

Pour commencer, je vais vous donner un petit exercice, très petit. Vous prenez une personne proche, un camarade, un ami, quelqu’un. Vous l'employez pour cet exercice sans qu’il le sache. C'est seulement pour votre intérieur. Vous pensez à lui comme tâche. Vous ne l’oubliez jamais : quelles relations il avait avec vous dans le passé et comment vous avez été envers lui. Cela, pour le passé. Et pour le présent : il a avec vous la même relation aujourd’hui que dans le passé. Mais vous, aujourd'hui, vous voulez changer cette relation et vous ne faites pas avec lui ce que vous avez fait hier. Par exemple, vous répondiez à ses manifestations d’une façon purement extérieure. Aujourd’hui, dans le présent, consciemment, vous aurez envers lui une relation intérieure. Lui, il continuera à avoir la même relation avec vous, mais vous la changez consciemment. Intérieurement, aujourd’hui, vous vous rappelez comment vous étiez hier, et de toute votre présence vous essayez d’avoir une relation nouvelle avec lui. Et vous pensez que c'est lui qui vous donnera peut-être la possibilité de réparer votre passé mauvais, et que c'est lui qui vous aidera automatiquement.

Et alors, demain, vous vérifierez intérieurement les résultats et vous constaterez que lui aussi aura changé envers vous et en même temps qu'il aura changé sans travail, sans rien faire de spécial. Et quand il se rappellera ses relations passées avec vous, il viendra vous demander des excuses.

Vous pourrez constater qu’avec le présent vous avez changé ce qui était dans le passé et que dans le futur il sera votre esclave. Vous m’avez compris ? Faites cet exercice en choisissant une personne avec qui vous avez beaucoup de relations.

G.I.Gurdjieff /Groupes de Paris

-----------


lundi 26 septembre 2022

De la révolte au lâcher prise...


"Le très beau documentaire réalisé par Guillaume Darcq sur Denise Desjardins auquel j’ai eu le privilège de participer . Disponible en DVD pour les amateurs de qualité d’image ." Gilles Farcet

-------------


dimanche 25 septembre 2022

L'artisan, l'artiste et la guérison

 Toute médecine est un art.

L’art nécessite et développe deux facettes chez ceux qui le pratiquent : l’artisan et l’artiste.


L’artisan vient en premier : 

Il est celui qui apprend docilement, travaille assidûment, répète inlassablement, qui s’améliore constamment à condition de se mettre humblement au service de son ouvrage.

L’artiste se manifeste ensuite : 

Il est celui qui invente, crée, libère, ouvre des voies, casse les codes et développe sa magie, à la condition de connaître son artisanat sur le bout des doigts.

Comme Yīn 陰 et Yáng 陽, l’un est incomplet sans l’autre, l’un appelle l’autre, et nous avons les deux en nous.

---

L’artisan est dans la matière, dans le Jīng 精, au niveau de la Terre qui est yīn.

L’artiste est dans l’esprit, dans le Shén 神, au niveau du Ciel qui est yáng.

Et au milieu, comme toujours, l’Humain qui fait le trait d’union grâce au Qì 氣, et avec le Cœur 心 xīn.

On retrouve ici la dynamique Ciel-Homme-Terre et le travail des trois Dāntián 丹田 :

D’abord les fondations. Ensuite seulement la construction visible, les sphères supérieures et le style propre à chacun.

---

Savez-vous ce que l’on trouve dans 藥 yào un des idéogrammes du mot médecine/remède ?

艹 : le radical des plantes et herbes 

樂 : lè qui signifie à la fois “musique”, “plaisir” et “joyeux”

Cela fait référence à la fois à la pharmacologie et aux racines chamaniques de la médecine : celui qui soigne chante et danse en plus de connaître les plantes.

Mais chant et danse sont en eux-mêmes, intrinsèquement, thérapeutiques, n’importe quel artiste de scène pourra vous le confirmer. Elles font flamboyer joyeusement le Cœur, qui nous rend alors à nous-mêmes.

Et c’est bien là la vraie guérison.

Alice Korovitch

------------------