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lundi 31 mai 2021

Isolement

 


Lorsque j'ai commencé à étudier le Yi Jing, je voulais savoir ceci : qu'est-ce que ce livre de sagesse trouve finalement mauvais ? Naïvement, j'ai pensé, bien sûr, que ce serait la mort. Sauf que ce n'était pas le cas. 

Après avoir passé des années avec le texte, je suis arrivé à cette conclusion : le Yi Jing déplore surtout l'isolement. 

Nous avons besoin d'être connectés aux autres. Les êtres humains sont sociaux. Mais lorsque nous sommes honteux, déçus, humiliés ou rejetés, il est facile de se sentir seul. Et lorsque nous ne pouvons pas nous connecter aux autres, nous pouvons avoir l'impression d'être les seuls à avoir ces problèmes. 

Mais la réalité c'est que tout le monde a des problèmes. Tout le monde se bat. Tous les jours, on nous montre des images de personnes fabuleusement belles et riches. Il est facile de penser que nous faisons partie des pauvres malheureux. Mais la vérité est que tout le monde a des avantages uniques dans sa vie, ainsi que des difficultés. Les deux vont de pair. Personne n'en est exempt. 

Si nous nous sentons malheureux, rappelons-nous que la personne juste à côté de nous, ressent ou a ressenti la même chose. Redressez-vous, regardez autour de vous, parlez et tendez-lui la main. Prenez le risque de la relation. Osez brûler ce qui est déjà mort. Sautez dans le vide. 

Lorsque nous renouvelons nos liens, nous bannissons l'isolement. Cela peut être le début d'un nouvel espoir et d'une nouvelle joie.

Fabrice Jordan

Adapté d'un post de Deng Ming-Dao

Œuvre Ferdinand Hodler, The disappointed souls (ou comment être seuls, ensemble)

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lundi 15 février 2021

Huit conseils pour aider ceux qui souffrent.

« Consolez, consolez mon peuple ! », dit le prophète Isaïe. Et si, pendant ce carême, nous étions attentifs à soulager ceux qui souffrent, ou à nous laisser consoler ? Pour nous y aider, les conseils d'Anne-Dauphine Julliand.

Anne-Dauphine Julliand est mère de quatre enfants, dont deux petites filles, Thaïs et Azylis, sont décédées à la suite d'une terrible maladie génétique. Son premier livre, Deux Petits Pas sur le sable mouillé (Les Arènes, 2011) a rencontré un succès phénoménal.
Il a été suivi de son deuxième livre, Une journée particulière, puis d'un film documentaire, Et les mistrals gagnants. Son dernier livre, Consolation (Les Arènes), est une méditation sur la souffrance d'une rare élévation. Elle nous livre ici ses réflexions sur le sujet.


Rompre l'isolement


La souffrance est quelque chose d'éminemment personnel. Elle nous appartient complètement. Ce n'est pas une question de décence, mais elle est véritablement indicible. Les mots ne peuvent pas dire totalement ce que j'ai vécu avec la perte de mes deux petites filles. La souffrance se vit seul, dans l'intimité de ce qu'on est.
Il est normal que je ressente de la solitude dans ce que je suis le plus profondément. Je tiens à le souligner pour que ceux qui souffrent ne se disent pas qu'il est anormal d'avoir un tel sentiment. Quand on apprend un drame, tout ce qui entoure s'efface. Immédiatement, il n'y a plus que la souffrance à l'intérieur de soi. Mais la solitude n'est pas l'isolement. Si elle le devient, alors c'est dramatique.

Ne pas se comparer à celui souffre

Le risque, lorsque l'on se compare, est de se sentir illégitime pour consoler. L'autre est vu comme inaccessible, effrayant. Il m'est arrivé, en parlant des épreuves que j'ai traversées, de rencontrer l'effroi dans le regard des gens. « Comment peut-elle être de ce monde ? », se disaient-ils.
C'est difficile à vivre. Cette mise à distance qui me peinait n'avait pas lieu d'être. Ma souffrance a beau être très singulière, elle appelle comme toutes les autres une consolation. Quelle que soit la souffrance, la même relation doit s'instaurer.

Établir une relation

Consoler est toujours délicat et douloureux. Ce serait anormal que la consolation soit facile, qu'on la maîtrise. C'est une relation qu'on établit : il s'agit de rapprocher son coeur de celui de l'autre par un geste ou par un mot. D'entrer en relation, complètement, dans l'instant.
Le toucher est particulièrement important parce qu'avec lui on se sent vivant. L'autre peut s'avancer dans mon espace vital pour adoucir physiquement ma peine. Mais il n'y a pas de recette ! On aimerait tant qu'il y en ait une : on serait moins embarrassé. 
Mais ce n'est pas grave de l'être !

Accueillir la souffrance de l'autre


Il s'agit d'accueillir, et non pas de ressentir la souffrance de l'autre, de l'accompagner. Et les personnes les plus empathiques ne sont pas toujours les meilleures consolatrices. Car la consolation n'est pas un don, c'est une relation à la portée de chacun. À condition d'accepter notre impuissance à gommer la peine de l'autre. On peut seulement marcher avec sa souffrance.

Accepter que l'autre se referme

La souffrance ferme et ouvre le cœur à la fois... Il faut être réaliste : un cœur qui souffre a plus de mal à aimer. Lorsque mes filles sont mortes, à chaque fois, j'ai été très triste pour mon mari. Mais il faut admettre que je ressentais d'abord ma propre souffrance. On fait ce que l'on peut.
Je crois qu'il faut être doux avec soi-même. Admettre que parfois je ne peux pas accueillir les souffrances des personnes qui viennent vers moi. Il me semble qu'il faut être naturel. Souvent j'ai dit : « Là je ne peux pas, cela me submerge trop. »


Répondre à l'appel des larmes

Pleurer est un signal envoyé, un appel. Pour ma part, je ne laisse jamais quelqu'un pleurer dans la rue. J'interviens : « Ça va ? » Parfois, je n'ai pas vraiment de réponse : peut-être que ma simple petite intervention a permis à la personne de se ressaisir, sur le moment.
Un jour, j'étais assise dans un carré du métro, devant une jeune fille qui ne cessait de pleurer. Je lui ai posé ma question. Et elle m'a parlé, longuement. J'ai pu la consoler, car elle ne se sentait plus seule. Il faut alors être prêt à ne pas descendre à la station de métro où l'on devait s'arrêter. Toujours est-il qu'il n'est pas possible de dire que les larmes sont gênantes : elles nous interpellent.

Agir dans l'instant présent

La parole sincère, le geste qui console, c'est maintenant. Beaucoup de peurs s'évaporent quand on est dans l'instant présent. C'est important de comprendre que maintenant, si je souffre, ce n'est pas pour toujours. De se le redire : je peux pleurer maintenant en vérité, car c'est un instant. Ce n'est pas toute la vie.

Consentir à la présence de Jésus

Pour moi, Jésus a été toujours présent tel qu'il est : sans jamais s'imposer. Il est celui qui est à mes côtés et qui propose. Toujours sous la forme d'une question : « Est-ce que tu veux de moi ? » C'est à notre liberté de consentir. Cela nécessite un acte de notre part pour répondre « oui », comme la Vierge au pied de la croix. Mais cela n'empêche pas de souffrir.
La foi ne fait pas disparaître la souffrance, mais elle empêche de désespérer. À la mort de Thaïs et d'Azylis, j'ai été détruite comme n'importe quelle mère. Les larmes me défiguraient. La douleur n'est pas belle. Mais je savais qu'Il était là et m'aimait. C'est la source profonde de ma paix.


source : La Vie


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lundi 19 octobre 2020

Pour le mystère du vivant... avec Nicole (2)

 1er juin 2020

O.K. donc pour le suicide.

Mais comment? Car ce suicide doit servir de sonnette d'alarme pour signaler cet isolement total des personnes âgées avec repas en chambre et aux conséquences qui s'ensuivent.

Je mets un cadre à ma décision :

1) Quelques jours avant de mettre en œuvre concrètement ce suicide :

J'écris une lettre expliquant '' Les dégâts causés par la déshumanisation de cet isolement sans aucun contact avec l'extérieur , que subissent actuellement les personnes âgées des maisons de retraite, des Résidences seniors et bien sûr des Ehpad.

Je photocopie ce courrier. Je l'envoie en recommandé avec accusés de réception :

- Aux associations s'occupant de soins palliatifs... et autres.

- À la presse régionale,

- À la presse médicale, politique, aux directeurs des Ehpad...ayant pignon sur rue et au ministre de la santé etc... Cela va de soi !

  • Lieu du suicide....je choisis la mer, un magnifique coin accessible dans les calanques...( tant qu'à faire !...)
  • Comment y aller? Facile, je commande un taxi pour un soi-disant rendez-vous à l'hôpital, avec une ordonnance en bonne et dû forme, à la bonne date bien sûr !...Arrivée à l'endroit que choisi, je règle la course en prétextant qu' un ami m'a proposé de m'accompagner à l'hôpital et qu'il vient me rejoindre là

2) Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tout azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion... c'est mon souhait. Bien sur, cette décision tournicote en moi, elle n'est pas anodine....

Peu à peu je réalise que ce suicide n'est pas un acte de lâcheté et que, bien au contraire, il correspond à ce qui m'est vital :

agir selon ma conscience, selon mon cœur,

vital pour moi et pour ceux qui m'entourent…

quelques jours passent...et, à mon étonnement, une maturation intérieure prend forme, s'incarne, s'exprime :

C'est l'heure du repas à midi...J'avance de quelques pas devant ma table et à ma surprise, m'exclame d'une voix de stentor: " JE FAIS LA GRÈVE DE LA FAIM!...."

Et je m'assois devant mon assiette sans y toucher bien sûr....stupeur générale

À la fin de mon repas virtuel, je regagne mon studio. La responsable du repas m'apporte alors un plateau en chambre, je le refuse...lui redis comment je ressens ce que nous sommes en train de vivre, comment cela est géré sans tenir compte de nos besoins d'êtres humains, comment cela nous transforme intérieurement peu à peu en clones irresponsables, chosifiés....elle prend acte.

Sans doute, après ma décision prise en public, y a t-il eut réunion avec la direction ; cette personne est revenue me voir pour me dire que ma décision de faire la grève de la faim avait été entendue et que certains aspects pris en compte en compte (..? ..) bien sûr, dans le domaine du possible mais en tenant compte de ce que ce confinement impliquait pour nous, les '' super-confinés''.

Je suis soulagée....je ne craignais pas l'acte du suicide mais cela représentait de la fatigue pour moi, trop d'énergie à déployer alors que je sais qu'actuellement, je n'en ai pas beaucoup à ma disposition… Tandis que la grève de la faim non! C'est une voie royale qui convient à mes possibilités réduites…

Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tous azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion...c'est mon souhait.


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vendredi 9 octobre 2020

Ces personnes victimes de solitude...


 

Le radeau de la Méduse

Ils sont là, en salle de restauration
de retour après 10 semaines
d'absence...
dix semaines de confinement,
dans le cachot
de leur studio

Ils se regardent, les uns les autres
certains le visage vide
...non, ils croient qu'ils se regardent
illusion, ce n'est qu'une illusion.

Il n'y a personne qui regarde

la vie n'est plus là
elle s'est absentée de leurs yeux,
a effacé leur histoire, leur destin.
Comment s'accommoder de ce rien?
Comment retrouver
la vie en communauté?

Elsa, figée sur sa chaise
n'arrive pas à décrypter ce qu'elle ressent
elle cherche un fil conducteur pour recréer du lien
pour donner un nouveau sens à ce qui n'en a plus.
Après son passage dans ce no mans land de l'isolement
ses repères ont fondus dans un temps inconnu
qui vient de marquer sa chair au fer rouge.
Elle cherche des indices, veut capter des mots.
Quel est ce lieu soigneusement clôturé, sans nom
où on les a isolés, parqués ?

Le trottoir de la rue qu'elle voit derrière les grilles du parking,
est un mirage, celui de la réalité d'autrefois...
Les mots n'existent plus; elle veut s'aider d'une image.
C'est celle du radeau de la Méduse qui s'impose,
ainsi qu'une tristesse inexplicable.
Elle sait qu'il n'y aura jamais de traces palpables
de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils vivent encore ;
visibles dans son cœur
dans celui de ses compagnons de route.

Le stylo à la main, comment écrire sur le rien, faire l'éloge du peu.

Impossible: c'est vraiment terre inconnue.
Elsa décide de monter sur le radeau de la Méduse.
Accepter est la seule issue possible pour elle.

Mais elle serre fort contre son ventre ce qu'elle sait.
Elle sait qu'elle n'acceptera jamais de perdre
son humanité, sa dignité.

Nicole Digier 
29 mai 2020


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