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samedi 24 septembre 2022

Mieux vaut donc être impoli...

« Le moment de notre mort est incertain, car notre vie est aussi brève que celle d’une fleur d’été ou d’un arc-en-ciel. Le Dieu de la mort vient aussi vite que l’éclair. »

Certains bébés meurent dans le ventre de leur mère. D’autres meurent de mort naturelle dans le ventre de leur mère lors d’une fausse couche. D’autres encore meurent d’un avortement. Certains meurent juste après leur naissance. D’autres ont de très graves maladies, de sorte qu’ils peuvent à peine profiter de la vie. On peut voir des gens mourir à tout âge. De même, nous n’avons aucune idée du temps que nous allons vivre. Nous sommes dans la position difficile d’avoir à prendre soin de nous-mêmes, de penser à notre futur et de planifier des choses parce que la vie devient plus chère et que lorsqu’on est vieux, on doit être capable de se débrouiller. Mais en même temps, nous ne savons pas si nous serons vivants pour profiter de notre belle retraite, à supposer que nous en ayons une.

Ces réflexions ont pour objectif de nous éveiller au fait que la situation dans laquelle nous sommes et qui peut sembler si attrayante, si séduisante et intéressante est en réalité un lieu extrêmement dangereux, et cela est souvent difficile à voir. Un ami vous dit : « oh, on ne s’est pas vu depuis longtemps. Viens, sortons boire un verre ! » Et vous pensez : « Hé, voilà qui est chouette ! » Et alors vous sortez et vous buvez quelques bières, et vous parlez de choses et d’autres, et vous vous dites que c’est vraiment bon d’être avec cette ami. Il prête beaucoup d’attention aux histoires que vous lui racontez sur votre vie. Vous vous sentez donc compris et vous avez le sentiment qu’il vous estime. Mais ce cher ami vient juste de vous empoisonner. Car tandis qu’il vous accorde cette attention et témoigne d’un grand intérêt pour votre vie, l’information qu’il voûte transmet – et qu’il vous confirme -, c’est que les détails insignifiants de votre vie sont vraiment importants. Vous obtenez donc la confirmation que votre patron est réellement ignoble ou que votre conjoint ne vous traite pas correctement.

Ce type de vue, qui est le fondement de notre façon d’« être humains ensemble », est complètement opposé à la pratique du Dharma, et cela peut être très difficile à voir. Parce que nous voulons avoir des amis, et nous voulons que nos amis nous aiment, et que nos qualités soient appréciées, et nous voulons être consolés pour nos petites douleurs et nos petites contrariétés. Ainsi, les facteurs nécessaires pour qu’une vie fonctionne sainement sont en réalité des facteurs qui vous amènent à répéter votre existence dans le Samsara.

Même ici, dans notre sangha, si quelqu’un dit : « Je ne sais pas ce que j’ai fait et voici ce qui s’est passé… », les gens ont tendance à écouter. Ils ne disent pas : « Pourquoi ne récites-tu pas quelques mantras, au lieu de raconter cela ? C’est ennuyeux et inutile de parler de cette façon. » Une telle réponse passerait pour très impolie, mais elle serait aussi très utile. Mieux vaut donc être impoli. Mais nous sommes polis et nous laissons les gens dire n’importe quoi, tout le temps.

Nuden Dorjé - Le miroir au sens limpide.

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mardi 3 septembre 2019

Samadhi...

Prenez une corde avec une pierre attachée au bout et faites-la tourner. Que voyez-vous'? Un cercle. Mais c'est une pierre et un morceau de corde. C'est la pierre qui en tournant crée l'illusion du cercle. La grossièreté de votre vision vous empêche de percevoir les différentes positions de la pierre. D'où l'apparence du cercle. C'est une illusion, un phénomène non une substance. La pierre et la corde sont réelles. Le cercle est irréel. De même au cinéma, notre vue est grossière. Nous ne pouvons distinguer entre les différentes images qui sont projetées sur l'écran, une à une. En apparence, un homme lève les bras, frappe son ennemi etc... Mais l'action que nous voyons n'a pas lieu. C'est seulement une impression, une apparence, personne ne frappe personne. Des images différentes apparaissent sur un écran. La grossièreté de notre vision nous empêche de percevoir les images séparées. Nous voyons une action là où il n'y en a pas. De même dans le monde. On l'appelle Jagrat: ce qui bouge bouge. 

C'est le samsara fuyant et éphémère. Il n'y a pas de rivière, il y a seulement un écoulement. Bien que rien ne se passe, vous avez l'illusion d'un monde: parce que tout change, il n'y a jamais d'entité. Tout ce que nous voyons est pure impression, apparence, phénomène, nom et forme. Il y a un changement continuel dans le monde extérieur : bonheur d'un côté, malheur de l'autre, plaisir et souffrance, chaleur et froid, douceur et brutalité, amour et haine etc... Partout la dualité. Rien n'est monotone. Observer la nature est extrêmement intéressant et ce n'est pas peine perdue. A chaque seconde tout est nouveau. Si tout dans ce monde est nom et forme et évanescent y a-t-il une base au moins à ces apparences? Y a-t-il quelque chose de réel et de permanent, quelque chose qui ne change pas? Oui. 

C'est l'arrière plan, sur lequel se produisent ces changements, qui est réel. Le cercle est une illusion. La pierre est réelle. Les images sont vraies, mais l'action déployée est irréelle. L'observateur perçoit ce changement. La vision qui perçoit le changement ne change pas. Ceci est permanent, c'est la substance. Aussi faites en sorte de percevoir et ressentir le changement dans chaque chose. Alors rien ne vous affectera, ne vous bouleversera, parce que vous savez que tout est simple phénomène et apparence. Quelle que soit l'apparence, vous demeurez calme, serein et désintéressé. C'est cela le samadhi: vous êtes lucide mais non affecté.


Entretiens avec S. Prajnanpad publiés par R. Srinivasan, L’originel, p. 62-63. Jacques Martin