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vendredi 25 juillet 2025

Princes et dragons.

 « Nous n’avons aucune raison de nous méfier du monde, car il ne nous est pas contraire. S’il est des frayeurs, ce sont les nôtres ; s’il est des abîmes, ce sont nos abîmes ; s’il est des dangers, nous devons nous efforcer de les aimer. Si nous construisons notre vie sur ce principe qu’il nous faut aller toujours au plus difficile, alors tout ce qui nous paraît encore aujourd’hui étranger nous deviendra familier et fidèle.

Comment oublier ces mythes antiques que l’on trouve au début de l’histoire de tous les peuples ; les mythes de ces dragons qui, à la minute suprême, se changent en princesses ? Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours, qui attendent que nous les secourions.

Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez-vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève devant vous, si grande que jamais vous n'en aviez vu de pareille ; si une inquiète agitation, comme la lumière et l'ombre des nuages, parcourt vos mains et tout ce que vous faites. Il vous faut penser alors que quelque chose se passe en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu'elle vous tient dans sa main ; elle ne vous laissera pas tomber.

Pourquoi voudriez-vous exclure de votre vie quelque anxiété, quelque douleur, quelque mélancolie que ce soit, puisque vous ignorez quel est le travail que ces états accomplissent en vous ? Puisque vous savez bien que vous êtes au milieu de transitions, et que vous ne souhaitiez rien tant que de vous transformer .»

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

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dimanche 11 mai 2025

Emulation...

 « Il y a deux endroits dangereux dans la vie : être derrière une mule ou devant un maître » Proverbe tibétain 


Derrière une mule, on risque un coup de sabot inattendu. Devant un maître, on risque une transformation tout aussi imprévisible — mais intérieure, et elle fait aussi peur à l'ego qu'un coup de sabot. La mule symbolise un danger physique, archaïque, immédiat.

Le maître, lui, incarne un danger spirituel ou psychologique : si on s'expose trop tôt, sans préparation, on peut être bousculé, voire désorienté par sa présence, sa parole ou son silence.

Ce n’est pas que le maître soit "dangereux" par nature, mais plutôt que le rapport au maître peut l’être s’il est basé sur la projection, l'attente, ou une forme d'insouciance, souvent inconsciente.

Comme le dit un autre adage : “Le maître est un miroir ; c’est ton reflet qui peut te faire peur.”

Dans le taoïsme, un maître (師 shī) n’est pas un quelqu'un d'autoritaire, mais un être fluide, aligné avec le Tao, la Voie. Parfois, comme Gandalf dans le Seigneur des anneaux, il peut apparaître menaçant. Mais dans le film, il n'est pas possible de savoir si cette autre face de Gandalf est une projection de Frodon ou une réalité. 

Sa présence, sa parole ou son silence peuvent révéler des déséquilibres chez le ou la disciple, mettre en lumière des attachements, ou faire fondre des illusions.

Être "devant un maître", c’est : 

Se trouver exposé au non-agir agissant, qui déstabilise car il échappe aux repères habituels.

Être confronté à sa propre ignorance, son ego, ou sa fausse quête de contrôle.

Risquer la perte d’identité construite et factice au profit de sa véritable authenticité. L'ego n'est très souvent pas prêt à cette mutation profonde. Et se débattra à la hauteur de la peur qu'il a de sa propre métamorphose. 


D’où le danger : le maître ne TE fait rien. Mais en sa présence, ce que tu caches remonte à la surface. Si tu n’es pas prêt, c’est insupportable.

Le proverbe peut aussi être lu de manière psychologique :

Du point de vue de la psychologie, en particulier dans la dynamique maître-disciple, le danger réside dans :

La projection : placer sur le maître des qualités idéales (omniscience, pureté, toute-puissance).

La régression : devenir dépendant, cherchant protection ou validation comme un enfant face à un parent. 

Le transfert : transférer sur le maître des émotions anciennes, souvent liées à des figures parentales.

Être "devant un maître", c’est donc potentiellement :

Se livrer à une figure d’autorité qui devient le théâtre de notre inconscient.

Se perdre dans une quête de perfection qui nie sa propre autonomie.

Oublier que le but du maître véritable est justement de nous rendre libre de lui.

Ce proverbe est "vrai" non pas parce que le maître est un danger en soi, mais parce que notre position intérieure vis-à-vis du maître détermine la nature de la relation.

Bonne réflexion 

Fabrice Jordan

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lundi 7 août 2017

Hommage à Anne Dufourmantelle (1)

Inspirée, inspirante, aimée et aimante, c'est peu dire d'Anne Dufourmantelle. La philosophe et psychanalyste, décédée le 21 juillet en sauvant des enfants de la noyade, avait de surcroît, le don rare de joindre l'acte à l'élégance de sa parole. Lorsqu'elle a publié Eloge du risque, (Manuels Payot), la journaliste Danièle Laufer a réalisé cette belle interview pour le magazine Prima. Nous la partageons avec vous.

Danièle Laufer : Anne Dufourmantelle, comment définiriez-vous le risque ?

Anne Dufourmantelle : C’est une projection de soi-même dans une situation inédite, nouvelle, qui déchire le temps en deux : le temps d’avant et le temps nouveau. Il y a toujours une part de hasard, de pari et la perte d’un état ancien auquel on ne pourra pas revenir. La rencontre amoureuse est un exemple type. Un joueur qui mise sur un numéro à la roulette sait ce qu’il risque tandis que dans la rencontre amoureuse, on n’est pas en temps réel dans la perception du danger. C’est pour ça qu’il est parfois difficile de se rendre vraiment compte de l’enjeu dans l’instant. Parfois, c’est dans l’après-coup que l’on se dit : « J’ai couru un risque », « J’ai pris à ce moment-là un risque qui a déterminé ma vie».

D. L. : On n’est donc pas toujours conscient qu’on court un risque ?

A. D. : Non. Je pense d’ailleurs que beaucoup de séparations ne se passent pas en réalité au moment où l’on en est conscient. En fait, cela commence souvent bien avant que l’on se quitte. De la même façon, on est préparé à l’amour avant de rencontrer effectivement la personne. Il y a une sorte de présage.

D. L. : Vous faites l’éloge du risque à une époque qui nous enjoint d’en prendre le moins possible. Pourquoi ce paradoxe ?

A. D. : Nous vivons en effet dans une société ultra sécuritaire où l’on nous enjoint en permanence de nous protéger et, quand on n’en a pas envie, on nous dit « Mais faites-le au moins pour vos proches ». Cela joue sur la peur. C’est la logique de la dépression. Quand on est déprimé, une partie de soi a envie de changer sa vie, tandis que l’autre est empêchée et c’est ce statu quo qui l’emporte dans un régime de tristesse et de paralysie. Très concrètement, ne pas prendre de risque, c’est ne pas oser la liberté. Le risque le plus grand, on le sait depuis toujours, c’est aimer ! On n’est jamais sûr de l’issue.

D. L. : Vous dites que le risque, c’est la liberté...

A. D. : Oui, c’est l’épreuve par excellence du courage et de la liberté. Nous sommes tous très angoissés par l’idée de la perte et de l’échec. Quand on prend un risque, on échoue parfois (par exemple, on tente un concours et on le rate) mais on est toujours grandi de l’avoir pris. Cela nous modifie intimement, de façon positive. La force intérieure que l’on en retire est, de toute façon, plus importante, à mon sens, que le danger de l’échec encouru.

D. L. : Y a-t-il des risques insignifiants ?

A. D. : J’ai vu plusieurs de mes patients commencer à opérer des revirements très importants dans leur vie en décidant tout d’un coup de prendre une heure par semaine pour faire du yoga ou aller déjeuner avec leur meilleur ami, eux qui n’avaient jamais le temps. Où est le risque là-dedans ? Après-coup, vous vous rendrez compte que c’en était un parce que ça vous a fait sortir de vos habitudes et de votre carcan. Cela ouvre un corset et on ne sait absolument pas jusqu’où ça va aller. En général, c’est un premier pas qui vous emmène vers une métamorphose intérieure. Alors non, je dirai qu’il n’y a pas de petits risques.

D. L. : Mais il y a des risques dangereux – faire du saut à l’élastique, quitter sa famille pour un homme que l’on rencontre. Parfois, l’enjeu est énorme... 

A.D. : Il y a des risques dangereux et des issues très négatives. Mais on ne le sait qu’après-coup. C’est pris dans une logique auto-destructrice. Pour moi, ce sont de « faux risques », des fuites et des situations dans lesquelles on est toujours perdant. Prenons l’exemple d’une femme qui quitterait mari et enfants pour un homme qui la mettrait sous son emprise. Rien ne garantit que cette femme ne se retrouvera pas peu de temps après, très malheureuse, pieds et poings liés à cet homme. Cela arrive. Est-ce un risque ? Comment évaluer le danger ? En allant vers cet homme, une part de cette femme savait qu’elle aliénait déjà sa liberté. Dès lors que quelqu’un devient votre raison de vivre, on peut se demander ce que vous êtes déjà en train d’abdiquer de vous-même. Cela peut aussi arriver dans la vie professionnelle. On peut être pris par les sirènes de la séduction, d’une situation, d’un patron qui vous attire et se retrouver avec un travail qui s’avère absolument destructeur. Mais en principe, si on est relié à elle, notre boussole intérieure nous signale très vite si l’on est en train de se tromper. Encore faut-il y avoir accès, ne pas avoir perdu la clé. Quelqu’un qui est très gravement déprimé ne sait vraiment plus même ce qu’il aime ou ce qu’il désire.

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lundi 10 février 2014

Swami Prajnanpad et les lyings


Bernard Pernel : Swami Prajnanpad disait "le lying, ce n'est pas se souvenir, c'est revivre intensément". 
 Par exemple : si dans une situation du passé jugée douloureuse, inconfortable ou inacceptable dont toute une partie des affects, des sensations et des émotions ont été refoulés, après un certain nombre de séances, la personne se laisse aller à réellement être un avec cette situation, si elle l'"embrasse", comme la belle embrasse le monstre dans le conte, elle la transforme en prince charmant.

Voir Le lying et la purification du coeur
Voir aussi l'article de Clés magazine