dimanche 29 octobre 2017

Se relier au sacré

Après avoir grandi dans le milieu du spectacle, auprès de son père, Peter Brook, metteur en scène, et de sa mère, Natasha Parry, comédienne, Irina Brook dirige actuellement le Théâtre de Nice. Voici ses 4 conseils pour tendre au sacré.

1. Cherchez le silence

Nous passons beaucoup de temps dans le bruit, le nôtre, celui des échanges superficiels, celui de la rue et de la ville. Or il est très difficile de se ressourcer dans le stress de la vie moderne. Pour nous retrouver intérieurement, nous avons besoin d'en sortir, d'être au calme et de trouver le silence. Pour cela, il ne faut pas hésiter à faire des retraites de toutes sortes dans des lieux sacrés, des églises, des monastères, ou d'autres endroits qui nous touchent.

2. Ressourcez-vous dans la nature

Dès que nous en avons le temps, nous pouvons nous ressourcer dans la nature, à la campagne, en forêt ou en mer. Contempler une fleur, respirer l'air, embrasser un arbre, passer les bras autour et poser son visage contre lui, par exemple, tout cela peut nous aider à nous régénérer. La beauté de la nature nous permet en effet de sortir de notre quotidien, de renouer avec le vivant et, par là, le sacré.

3. Entourez-vous d'êtres proches

La vie étant très prenante, il est important de faire régulièrement une pause. Pour cela, nous pouvons chercher la compagnie d'êtres chers, nous entourer de proches ou d'amis de longue date, qui comptent pour nous. Partager leur amour ou leur amitié pour nous remplir le cœur et nous rappeler l'essentiel.

4. Lisez des ouvrages spirituels

Quand nous n'avons pas l'occasion de faire une retraite ou de partager un moment avec des proches, nous pouvons nous ressourcer dans la lecture d'ouvrages spirituels. Quitter l'ordinateur, ou tout autre instrument de travail, et ouvrir un livre. Certains textes sont là pour nous inspirer et nous guider.
source : La Vie

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jeudi 26 octobre 2017

Grandissez ! par Thierry Gaillard

Auteur-compositeur-interprète, Thierry Gaillard, est élève de Lee Lozowick, dans la tradition des Bâuls d'Occident, cousins des musiciens mystiques du Bengale. Il a fondé le groupe « Manny », qui se produit régulièrement en Europe, et notamment en Allemagne où les médias Vont surnommé le poète rock. Il est l'auteur du roman initiatique Le Grand Singe à la fissure dans le cœur (Ed. Charles Antoni / L'Originel) dans lequel il conte avec humour le chemin d'un jeune endormi en quête de sens, jusqu'à la rencontre avec son maître.


"Si je m’endors, me réveillerez-vous ? ", demande Claudio Capéo dans sa chanson L’homme debout.

Un cri du cœur authentique, qui inspire ma nature romantique et sert parfaitement la cause d'un refrain. Le cri d’un cœur affamé de la beauté objective des profondeurs, malmené par un monde moderne déshumanisé. Un appel sincère mais qui ne reflète guère la réalité brute d’un chemin spirituel, mains plongées dans le cambouis du façonnage de l’être.

Dans mon expérience, la réalité est plus proche d'un « je dors » suivi de « et je ne veux pas être
réveillé ! Le bureau des réclamations est fermé, ne repassez pas demain ».

Bien sûr, je clame le contraire et je n’ai rien d'un hypocrite. J’ai vraiment, au fond du cœur, cette nostalgie d’une condition d'homme libre du chaos des émotions. J’ai soif d’absolu et je suis prêt à faire certains efforts.

C’est ainsi qu’au cours de mes pérégrinations quêteur de sens, je me suis retrouvé à boire potions magiques autour de la marmite des chamanes amazoniens. En état de transe répété, j’étais convaincu de mes percées vers des niveau de conscience élevés. Un feu d’artifice de visions fortes, que je considérais comme autant de réveils, comblant ma fascination pour les expériences spectaculaires.


Lorsque, gavé de potion magique qui donne une force surhumaine, je rencontre Lee Lozowick, j’ignore tout de la relation d’un maître à son élève.
Un maître ? Pas vraiment, non merci, j’aime plutôt bien ma façon de voir les choses. Dans le langage des Dupont-Dupond : « Je dirais même plus, c’est mon avis et je le partage. »

Mais quelque part, une petite voix souffle des airs de « pourquoi pas » ? Après tout, un enseignant spirituel, reconnu comme tel, validera peut-être mon auréole d'apprenti saint qui s’apprête à illuminer le firmament ? Je flotte alors sur les hauteurs d’un cumulo-nimbus grisâtre qu’en toute bonne foi je vois rose ou proche du blanc immaculé.
En bien peu de mots, Lee s’emploie à me ramener sur terre. Peu de verbes et beaucoup d'amour, sans complaisance.

À la lettre que je lui envoie, description jolie de mes prises de conscience éclairées, il me répond, en grosses lettres noires en travers de page :
« CRAP CRAP CRAP, only mind, RELAX ! » (de la merde, de la merde, de la merde, que du mental, détends-toi !). Je reste interdit, la mâchoire au sol, façon loup Tex Avery, stoppé net dans des élucubrations mentales qui pensent savoir penser juste...

Si je m'endors, réveillez-moi !
Je le demande le cœur sincère, mais que suis-je prêt à recevoir, hors des sentiers balisés de mes préférences personnelles et de mes tendances psychologiques ?




Lee raconte l’histoire d’une de ses élèves, de famille fortunée, aux dehors très soignés, qui lui demande une tâche pour travailler au corps la mécanique de l’ego. Alors qu’elle est prête à s’investir dans une action forte, aller ramper dans la boue des bidonvilles pour servir la soupe aux démunis, Lee lui propose, en guise de mission, de ne plus porter aucun maquillage ni vêtement chic pendant un certain temps. Il décrit l’air horrifié de cette femme à l’idée de ce défi insurmontable.

« Moi » a ses limites. La voie rabaisse mes prétentions.

Grow up ! (Grandissez !)

Un mot, deux en anglais, que Lee Lozowick a hurlé à ses élèves dans les dernières années de sa vie et qui résument l’ensemble de la voie.
L’enfant timoré qui a dirigé la majeure partie de ma vie lui en a voulu de la brûlante simplicité de cette affirmation aux contours bien trop réels. Ce même enfant qui se rêve lancé sur les traces de Ramana Maharshi et se retrouve brutalement ramené au constat décevant de devoir seulement... grandir ?

Il n'a pas dit : « Tout n'est qu’amour, beauté et illusion. asseyez-vous au pied d’un arbre pour contempler le silence et la vacuité de votre être profond. »
Au lieu de cela, il a hurlé : « Grandissez ! », en alternance avec un sourire d’une tendresse à dégeler les cœurs les plus endurcis. Le chaud et le froid en guise de bain-marie écossais et mon cœur qui fond à petit feu.
En d’autres mots, « incarnez des qualités d’adulte en prenant la responsabilité de pratiquer ».
 

Un ami était plongé dans une grande confusion, douloureusement tiraillé entre plusieurs options, dans un de ces virages de vie que nous connaissons tous. En désespoir de cause, coincé dans un cul-de-basse-fosse intérieure, il décide de solliciter l’aide de son maître : « Lee, je suis si perdu que je suis prêt à faire n’importe quoi. Donnez-moi une instruction et je la suivrai. » Réponse : « OK, je veux que tu fasses un choix. »

Un jour, je lui demande de m’aider à clarifier pourquoi j’ai du mal à mettre de l’énergie dans ce qui est vraiment bon pour moi. Sa réponse :
« Clarify what ? Lazy is lazy. Your loss, my friend ! » (Clarifier quoi ? Quand on est paresseux, on est paresseux. C’est toi le perdant, mon ami !)
Caramba ! Ça coince aux entournures. Mon cri d’enfant: « S’il vous plaît, pouvez-vous me réveiller ? »

Le facteur de réveil n’a que rarement l’odeur que je lui prête dans mon imaginaire fécond.

Déçu par l’échec de bon nombre de relations amoureuses, j’avais décidé que le statut de célibataire me convenait à merveille. Plus besoin d’affronter les écueils de la vie de couple et même l’occasion d’embrasser enfin une vie plus contemplative. « C’est mon chemin, j’en suis certain... » Cause toujours. Au contact de la voie que propose mon maître, au fil des ans, cette idée a dérapé et j’ai tout naturellement glissé dans le feu d’une relation intime, avec laquelle j’apprends aujourd’hui ce que cent ans de célibat ne m’auraient jamais enseigné : construire l’amour, lentement, un pas après l’autre, et prendre le risque de la vulnérabilité. Vous voulez être réveillé ? Essayez de jouer au plus malin et de (vous) mentir au nez et à la barbe de votre conjointe...

Lee disait parfois : « Si vous voulez savoir quelque chose à votre sujet, demandez à votre épouse (ou votre époux). »

Rêver que des heures sur Youtube, à boire les paroles du nouvel « éveillé » à la mode, m’apporteront les secousses nécessaires à une maturation de l’être, est une activité vouée au même succès que d’enseigner les règles de la marelle à un cochon de lait.

Ce qui, au quotidien, m’extirpe de ma condition d’endormi n’est pas l’éblouissant fracas d’un mur de pénitencier qui vole en éclats, mais plutôt le long et patient crissement de la lime sur les barreaux, petit geste répété chaque jour avec précision. En un mot : la pratique.

Quelle pratique ? Simplement ce que mon maître me propose de pratiquer. Un ensemble de recommandations (jamais d’obligations, le fameux libre-arbitre. oui ou non. ai-je envie d’être heureux ?), actives, disponibles, même en son absence physique. La pratique établit une connexion entre mon cœur et le courant de bénédictions de la lignée de grandes âmes dont mon maître est un représentant. J’en ai besoin, c’est vital. Sans cette force, infiniment plus grande que le meilleur de mes ressources personnelles, sans le cœur du maître et de ceux qui l’ont précédé, je ne suis qu’une plume livrée aux tourmentes de l’océan. Un frêle esquif condamné aux illusions colorées d’un cocktail spirituel, d’expériences capiteuses glanées au hasard de mes attirances subjectives, ne franchissant jamais d’autre seuil que celui de ma préférence du moment.

Ce qui me réveille est une lente infusion, distillée au compte-gouttes, à la mesure de ma volonté de mettre en pratique, dans un contexte donné, des recommandations qui ont fait leur preuve.


Pour aller plus loin :
www.manny.ch

extrait du magazine Source 2017

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mardi 24 octobre 2017

lundi 23 octobre 2017

Céleste voyage...


Ramper avec le serpent
se glisser parmi les lignes
rugir avec la panthère
interpréter moindre signe
se prélasser dans les sables
se conjuguer dans les herbes
fleurir de toute sa peau
Plonger avec le dauphin
naviguer de phrase en phrase
goûter le sel dans les voiles
aspirer dans le grand vent
la guérison des malaises
interroger l’horizon
sur la piste d’Atlantides
Se sentir pousser des ailes
adapter masques et rôles
planer avec le condor
se faufiler dans les ruines
caresser des chevelures
brûler dans tous les héros
s’éveiller s’émerveiller

Michel Butor 1926-2016
À la frontière - poèmes

Odilon Redon 1840-1916
L’Art Céleste Lithographie 1894

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dimanche 22 octobre 2017

La pensée précède l'émotion

La voie proposée par Swâmi Prajnanpad, c'est la destruction de la « pensée » sous toutes ses formes : ne plus « penser » mais « voir ». Et c'est parce qu'il y a les pensées qu'il y a les émotions. Voilà le principe de base : plus de pensée, plus d'émotion. Ne renversez pas la formule : plus d'émotions, plus de pensées! Sinon vous allez vous acharner sur les émotions en occultant le travail fondamental sur les pensées et vous attendrez en vain que la transformation s'opère : « Avec tout ce que j'ai fait comme lyings, comme bio-énergie, comme primal, tout ce que j'ai pu revivre comme émotions anciennes, comment se fait-il que je ne sois pas tiré d'affaire, que je me heurte toujours aux mêmes souffrances, aux mêmes problèmes existentiels, que je retombe chaque fois dans les mêmes ornières? » 
Le travail sur l'inconscient ne constitue qu'une petite partie de l'enseignement de Swâmiji. Je ne crois pas personnellement à une transformation réelle, profonde – au point que vous n'êtes plus le même, vous ne fonctionnez plus du tout comme auparavant – qui viendrait exclusivement par la thérapie primale selon laquelle il suffirait de pousser le « cri primal » et de retrouver la « scène primale majeure » pour que tout soit résolu. 


N'inversez pas la vérité en croyant que vous mettrez fin à la tyrannie du mental en mettant d'abord fin aux émotions, sinon vous n'en sortirez jamais. Le mal ne vient pas des émotions, il vient des pensées. Ceci dit, ces pensées faisant lever les émotions, les émotions règnent en effet sur nos existences. Et, sous le coup de l'émotion, nous accomplissons des actes, nous avons des comportements qui alourdissent encore plus notre karma et créent de nouvelles chaînes de causes et d'effets. Une première approche consiste donc, même si elle manque un peu de subtilité, à souligner l'aspect nocif des émotions qui est le plus immédiatement perceptible : si vous rencontrez quelqu'un qui est jaloux, haineux et désireux de se venger, c'est surtout l'émotion qui apparaît au premier abord. 

Ce constat rapide, mais qui n'est pas suffisant, nous amènera à conclure que le mal vient des émotions puisque le sage n'est plus affecté. En fait, le mal vient des « cogitations » et toute la différence entre le sage et l'être humain ordinaire, c'est que le sage ne « pense » plus. Seulement il est plus facile de comprendre que le sage n'a plus d'émotions : vous n'imaginez pas le Bouddha, Socrate, Epictète ou Ramana Maharshi en proie aux troubles et aux passions qui agitent la plupart des existences humaines. Mais même s'il est plus difficile de saisir ce que Swâmiji appelait : ne plus penser et voir, c'est quand même là que se situe l'essentiel. 
La vigilance par rapport aux émotions, tout ce qui peut être dit sur la diminution des émotions a sa place sur le chemin mais, si c'en est la forme la plus apparente, ce n'en est pas la plus subtile. Il faut plus d'acuité pour comprendre que c'est dans la lutte contre les pensées, et là seulement, que réside la possibilité d'une véritable libération – une lutte sans tensions. 

 Extrait de "La Voie et ses pièges"
Arnaud Desjardins

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samedi 21 octobre 2017

Hommes liés...

Humanité commune
La prise de conscience que nous appartenons à une humanité commune, et que cette appartenance est plus fondamentale que tout autre appartenance, a changé beaucoup de mes attitudes et ma vision de l’être humain. Elle m’a aidé à me libérer de compulsions égocentriques et de blessures intérieures, m’a incité à mieux accueillir ceux qui sont différents, les « étrangers », et même ceux qui nous agressent, les « ennemis ».
Jean Vanier, Accueillir notre humanité

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vendredi 20 octobre 2017

Ouverture au jour...


Point du jour
Dans la maison endormie ce matin,
la lumière qui entre par la fenêtre ouverte,
comme une étoile laissée là par la nuit.
J’ai descendu l’escalier tout doucement,

je suis allée par le jardin, vers le bois de hêtres,
dans la calme fraîcheur de cette aube,
dans les arbres, la tendresse d’une jeune mère.

Par le pont de pierre, passe et s’en va mon voyage

Nâzim Hikmet – 1901-1963
Il neige dans la nuit et autres poèmes
 
peinture: Rodolphe de Saegher 1871-1941
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mercredi 18 octobre 2017

Accepter ce qui est sans jugement




Accepter ce qui est sans jugement, voilà la clé.
« C’est ce qui est », comme si cela n’allait jamais être différent.
Tant que vous avez le désir que ce soit différent, vous réduisez votre aptitude à accepter complètement. Accepter complètement implique l’absence de jugement : cela est ce qui est, tel que c’est, parfait, ici et maintenant. Vous permettez alors à l’intelligence innée de votre moi humaniste d’être différente, si la différence est l’évolution du processus. Mais tant que vous voulez être différent, c’est que l’ego contrôle le processus ; alors le processus ne trouvera pas sa manière avec vous.
La vie ne nous donne pas toujours exactement ce que nous préférons, mais elle nous donne ce dont nous avons besoin pour être dans une relation optimale avec le Divin.
La seule chose que l’ego fera toujours, c’est de renforcer ses propres points de vue. Etes-vous remplie de haine envers vous-même ou vous sentez-vous dévalorisée en tant que femme ? Si c’est le cas, vous allez attirer à vous un homme qui abusera de vous physiquement et qui aura beaucoup d’aventures. Il est stupéfiant de constater à quel point certaines personnes peuvent se rendre malades et n’arrivent pas à joindre les deux bouts, financièrement, alors que d’autres ne font apparemment rien et sont couvertes d’or. Cela ne concerne pas Dieu, mais l’ego. Enfant, nous développons une stratégie psychologique et nous orientons le monde de telle manière qu’il serve notre stratégie, littéralement.
Si nous acceptons ce qui est, sans jugement, il n’y a pas d’ego là-dedans. Ce qui est est, peu importe ce qu’on en pense. Ce qui est est. Alors la réalité devient un mécanisme de l’intelligence de la vie et de l’univers, au lieu d’être un mécanisme de l’ego.
Lee Lozowick
Le Réel tel quel

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mardi 17 octobre 2017