jeudi 12 février 2026

Feu sur feu

 Osez ouvrir de nouveaux chemins et prendre pleinement votre place.

Cheval de feu et Tigre de métal...


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mercredi 11 février 2026

Bonté

 Dans l’enfance ou à l’âge adulte, avez-vous connu des moments d’illumination, des expériences d’ordre mystique ?


Ce n’est pas vraiment une illumination mais un sentiment plus souterrain, diffus, que je pouvais parfois croire être perdu et qui revenait toujours : la sensation d’une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n’a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.

Christian Bobin

Entretien le monde des religions en 2007 avec F. Lenoir

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mardi 10 février 2026

Se connaître...

 IL Y A 95 ANS, NAISSAIT STEPHEN JOURDAIN ...


Extrait d'une interview de Stephen Jourdain, où il évoque admirablement l'idée du "geste intérieur" qui nous est toujours possible de faire. (MT, 2008) : 

« ... Je crois que je dois essayer de vous donner une idée de cet acte : Regard de conscience totale trouvant, avec la sû­reté de la flèche, le centre, la source, la vérité de l'es­prit, et se croisant lui-même... Remontée à con­tre-courant de soi-même, à travers l'acier des vérités, de la Vérité elle-même, à travers toutes les concep­tions, toutes les opinions, toutes les intentions et tous les programmes de l'esprit, jusqu'au contact authenti­que avec soi — jusqu'à « l'éveil », sommet depuis quoi, en vérité, l'ascension a été faite, depuis qui et par qui... Exhumation et rejet de toutes les identités et de tous les noms qui collent insupportablement à l'âme, à la présence des­quels elle est d'ordinaire insensible, faute de les dis­cerner et faute de se con­naître...»

Stephen Jourdain (8 janvier 1931 - 19 février 2009)

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lundi 9 février 2026

Cabane hors du temps


" Et si la liberté consistait à posséder le temps ? 

Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ? 

Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. " 

Sylvain Tesson 

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dimanche 8 février 2026

Mon ami, mon frère

 


On n’y voit plus rien. Ça vocifère de partout. Le monde qu’on laisse se déployer tout autour – et en nous – fait un bruit aveuglant. Poisseux. On se demande chaque jour quelle plume on va perdre encore dans le carnaval triste à pleurer.

Et soudain, ta voix, mon ami, mon frère, toi le veilleur du « Dieu qui se fait jour ». Que dis-tu ? À quel visage me reconduis-tu ? Tu n’as pas d’autre ambassade que la boue de tes souliers et la franchise de tes mains. Tu ne viens pas démontrer. Tu ne fais pas, comme tant d’autres, du nom de Dieu un marteau pour cogner sur les dernières forces qui nous restent.

Tes livres ? Des lettres qu’on écrit à l’aube ou le soir, avant ou après une journée de labeur. Parce que les mots ne sont rien s’ils ne sentent pas la terre, la pudeur animale et la vieille patience des hommes. Les paroles n’ouvrent pas les portes verrouillées qui nous font mourir à petit feu, si elles ne sont pas nues et pauvres comme une enfance face à la nuit.

Toi, mon ami, mon frère, tu sais écouter ce que le savoir a oublié de savoir. Ce que les certitudes cachent : ce halo de lumière et d’espérance qui se tient, palpitant, là où leur tranchant s’attendrit. Tu viens nous redonner des nouvelles d’une joie qu’on ne trouve qu’à l’intersection de la frugalité et de l’émerveillement.

Un visage à habiter

Le monde existe. Existe vraiment. Il n’a rien à voir, dans sa simplicité désarmante, avec cette parodie hurlante que nous appelons le monde.

Tu ne promets rien, mon ami, mon frère, tu dis, ce que tu as sous les yeux, ce qui se laisse entrevoir, dans le battement de l’instant. Tu dis et, par ce simple geste, élémentaire, tu donnes. Quoi ? Un commencement, une aurore, un pas de confiance. Tu nous redonnes un paysage à habiter, une amitié à vivre, une lumière aimante posée paisiblement sur le monde.

Toi, mon ami, mon frère, tu n’es pas de ceux qui se paient en passant. Si tu le pouvais, tu ne dirais pas ton nom. Comme les bâtisseurs d’oratoires ou de chapelles ne le clamaient pas. Tu parles et c’est le premier matin. Tu parles et je suis de nouveau un homme. Tu parles et le ciel existe. Tu parles et Dieu est là, dans l’arche émue des solitudes.

Tu fais entrer dans les mots l’évangile du monde : « Qu’est-ce que la pénombre ? La lumière qui ne fait pas de peine à la nuit ; la lumière dont la nuit demeure l’aînée. » Le murmure du monde : « Sans la jachère obscure qui l’entoure, l’étoile pourrait-elle respirer ? » L’ivresse rêveuse du monde : « Coloriage – Le ciel de mai a posé un cierge rose sur chaque pagode verte des marronniers, avec application, en tirant la langue, et d’une main d’enfant. »


Comme tu nous redonnes un monde à accueillir, tu nous rouvres le chemin de toute notre humanité à vivre, à comprendre, à aimer : « Dans un regard – transfiguré – que nous porterions les uns sur les autres, nous nous verrions auréolés de ces auréoles grises que sont nos vies. Et nous devrions nous échanger ces auréoles, parfois, pour les embrasser, car c’est avec cela qu’il fait jour. »

Toi, mon ami, mon frère, tu prends les grands mots intimidants et tu nous fais voir que chaque jour nos pressentiments nous en rapprochent : « L’éternel n’est point ce qui dépasse le temps, mais ce qui le traverse ; non point l’outre-temps, mais l’entre-temps ; non point le trépas du temps, mais sa plus vive vie. »

C’est parce que nous sommes enfermés dans notre manège que nous ne voyons plus rien. C’est parce que nous avons l’oreille collée à la mauvaise vitre que la vocifération nous rend sourds : « Tout, absolument tout est possible, dès l’instant que l’on passe le mur de soi, comme on passerait le mur du son. »

Tu t’appelles François Cassingena-Trévedy, mon ami, mon frère. Et ton livre porte un titre aussi beau que ta vie : Douze constellations pour une année d’éveil (Albin Michel, 2026).

Emmanuel Godo

Emmanuel Godo, poète, a publié récemment Avec les grands livres, actualité des classiques (Éditions de L’Observatoire).

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samedi 7 février 2026

Résister

 En quoi consiste une bonne résistance ?


Nous sommes parfois tentés de résister avec des logiciels du passé, c’est-à-dire « contre » ceux qui ont tort à nos yeux. Certains combats justes – je pense à l’écologie, par exemple –, pris par l’animosité, peuvent devenir intolérants et violents. Spinoza a montré combien la haine diminue notre puissance d’agir, nous coupe du réel et nous plonge dans une obscurité totale. Il importe de la surmonter afin de préserver notre intégrité, et combattre au nom de la vie.

La véritable révolution suppose de résister « pour ». Ce changement de paradigme nous invite à déterminer ce qui nous anime profondément : pour quoi sommes-nous prêts à nous battre ? Qu’est-ce qui mérite d’être sauvé, protégé, transmis ? Résister s’inscrit dans le quotidien et rend heureux.

Fabrice Midal.

Extrait d'une interview dans le magazine La Vie.

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vendredi 6 février 2026

Un-sécurité


La vérité n'a pas pour but de réconforter l'esprit.
Elle brise le « moi », la sécurité, l'identité et l'illusion.
C'est pourquoi les gens fuient la vérité.
Mais ce n'est que lorsque l'esprit est complètement vide et voit directement la réalité que la véritable liberté voit le jour.
Krishnamurti
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La pensée ne peut résoudre aucun problème humain, car la pensée elle-même est le problème.
Krishnamurti
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Le mental vit dans un cercle vicieux. Il crée lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre. Svami Prajnanpad
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Le mental est souvent son propre pire ennemi, en créant des boucles infinies de pensées négatives et de problèmes auto-générés. Il est important de prendre du recul et de trouver des moyens de sortir de ce cercle vicieux pour retrouver la paix intérieure.
Svami Prajnanpad
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Rien ne peut vous rendre plus heureux que vous ne l'êtes déjà.
Toute recherche du bonheur est source de souffrance et conduit à davantage de souffrance.
Le seul bonheur digne de ce nom est le bonheur naturel de l'être conscient.
Nisargadatta Maharaj
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« L’esprit n’est rien d’autre que des pensées.
Parmi toutes les pensées, la pensée “je” est la racine.
Ainsi, l’esprit n’est que la pensée “je”. »
Ramana Maharshi

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jeudi 5 février 2026

Vie simple !


« Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières : la faim, la soif, la poésie, l’attention au monde et aux gens. Il est possible que le monde moderne soit une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales sous le prétexte de les exalter. Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas. 

Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide. Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d’éparpillement. 

La méditation, la simplicité, la vie ordinaire : voilà qui donne des forces pour résister. 

Le grand mot est celui-là : résister. »

Christian Bobin

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mercredi 4 février 2026

Cheval de feu



2026. L'année du Cheval de Feu. Une combinaison rare.

La dernière fois que cette énergie a traversé nos vies, c'était en 1966. Il y a 60 ans. Ce qui nous attend : une année de double Feu

Le Cheval, c'est le mouvement. L'élan. La liberté. L'envie de galoper vers ses rêves.

Le Feu Yang (Bing 丙), c'est le soleil à son zénith. Une lumière qui illumine tout. Qui réchauffe. Qui donne de l'énergie. Mais qui peut aussi brûler si l'on s'y expose sans discernement.

Et en 2026, nous avons affaire à un double Feu. Car le Cheval est lui-même naturellement associé à l'élément Feu. Ce qui amplifie tout. Le meilleur comme les excès.

Les défis à anticiper : 

→ L'impulsivité guette. L'envie de tout faire, tout de suite.

→ Le risque de burnout est présent. Galoper sans jamais s'arrêter épuise.

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mardi 3 février 2026

Je t'attends

 


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lundi 2 février 2026

Les multiples visages de la beauté

 


Dans L’infini dans la paume de la main, un dialogue entre l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et moi-même, nous avons consacré un chapitre à la relation entre la beauté et la vérité. Une théorie ou une équation mathématique est « belle », me disait Thuan « quand elle a un caractère inévitable, nécessaire, et qu’une fois élaborée, elle s’impose comme une évidence. Face à une belle théorie, un physicien se dira : “ Elle est tellement belle qu’elle doit être vraie. Pourquoi ne l’ai-je pas vue auparavant ? ” Ainsi, la théorie de la relativité d’Einstein, de l’avis général des physiciens, la théorie la plus belle et l’édifice intellectuel le plus harmonieux que l’esprit scientifique ait jamais conçu, est belle comme une fugue de Bach à laquelle on ne peut changer une note sans que toute l’harmonie ne s’écroule, ou parfaite comme le sourire de la Joconde auquel on ne peut changer le moindre trait sans en détruire l’équilibre. »

La beauté d’une théorie scientifique tient aussi à sa simplicité. Enfin, la plus indispensable d’une belle théorie, c’est sa vérité, son critère ultime de validité étant sa conformité avec la Nature et le fait qu’elle révèle des connexions jusque-là insoupçonnées.

On peut également considérer la beauté comme l’harmonie des parties avec le tout. Dans l’art bouddhiste, il existe une iconographie précise définissant les proportions idéales d’une représentation du Bouddha. On utilise une grille sur laquelle se placent très exactement la courbe des yeux, l’ovale du visage et les différentes parties du corps. Ces traits correspondent à une harmonie parfaite et sont les reflets extérieurs de l’harmonie intérieure de l’Éveil. 

De l’accessoire à l’essentiel, la beauté varie donc en fonction de la manière dont chacun conçoit le plaisir esthétique. On pourrait dire aussi que l’amour et l’altruisme sont beaux, tandis que la haine ou la jalousie sont laides. Regardez comment les premiers peuvent embellir un visage, et les deux autres le défigurer. La vraie beauté reflète ainsi une adéquation avec la nature profonde de l’être humain. Plus nous sommes en accord avec notre nature fondamentale, plus nous découvrons la beauté intérieure qui est en chacun de nous. La beauté ultime est l’accord parfait avec la nature de Bouddha, la connaissance suprême, l’Éveil.

Matthieu Ricard

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dimanche 1 février 2026

Suivre la ligne d'horizon

 


Ostende. La mer du Nord. La plage de sable blond s’étend à perte de vue. Et tout au bout, la mer, les vagues et ce ciel gris et nuageux qui a fait rêver tant de peintres et de poètes. Je contemple l’horizon, cette ligne mystérieuse où le ciel semble embrasser la mer, comme une frontière entre visible et invisible, la promesse d’un ailleurs. Mais elle est bien autre chose qu’une frontière : c’est un point de rencontre.

Cette ligne de clarté me met en communion avec tous les chercheurs de sens. La mer, lourde de ses vagues, avance vers le ciel comme une prière muette. Le ciel descend vers elle comme une réponse silencieuse. À l’horizon, nul triomphe, nul fracas : dans un accord discret, une ligne fine, le réel consent à l’infini. La foi ne serait-elle pas cette ligne ténue, insaisissable ? Dieu n’est pas d’abord quelque chose que l’on trouve mais quelque chose que l’on cherche.

Mon voyage intérieur

Comme l’horizon, il sera toujours hors de portée. Mais il donne envie d’aller de l’avant et d’explorer. Il invite à lever les yeux, à regarder plus loin, à ne pas s’enfermer dans l’immédiat, et à imaginer ce qui pourrait advenir. L’horizon que je contemple en ce matin venteux me ramène à mon voyage intérieur : un voyage infini.

Ce sera toujours comme ça : à distance, on dirait que le ciel et la mer s’embrassent, mais à y regarder de près, ils se dérobent. L’horizon est une couture invisible qui les relie sans les enfermer. « Rien n’est plus utile, écrivait Maurice Zundel, que de méditer sur cette réconciliation du visible et de l’invisible ; rien n’est plus merveilleux que de songer que nous n’avons pas à refuser le monde et à le mépriser, mais à l’aimer d’un amour infini, à l’aimer en le déchiffrant, à l’aimer en sentant le secret dont il déborde à nos yeux, pour en faire une offrande en laquelle nous échangerons avec Dieu. » Laisser la vie être touchée.

Un ciel à espérer


Mais pourquoi vivons-nous si souvent les yeux baissés, comme si nous étions prisonniers de la terre, comptables affairés de nos vaines urgences. La vie n’est pas qu’une terre à laquelle s’accrocher : elle est aussi un ciel à espérer. Dans la lumière de ce matin d’hiver, attiré par cette ligne d’horizon, je me surprends à redresser la nuque, à détendre mes épaules et à tendre les bras vers le ciel. Ce que je contemple ce matin me rappelle que rien, dans une vie, n’est définitivement clos. Cela vaut pour moi, et pour d’autres aussi…

Est-ce frustrant ? Non, c’est appelant : je marcherai toute ma vie sans atteindre cette ligne, et pourtant elle oriente mes pas. L’horizon ne se donne pas pour être possédé, mais pour être suivi. J’y décèle un appel à ne pas m’installer – jamais ! – dans quelques certitudes, et à ne pas faire de ma tente de nomade, souvent froide et venteuse, une forteresse définitive.

Habiter la ligne d'horizon

Aujourd’hui, sur le bord de la mer, l’horizon m’apparaît comme une ligne nette, presque tranchante. Mais je sais qu’on ne peut pas contempler l’horizon puis passer à autre chose : sa ligne s’imprime en nous, définitivement. Dans quelques heures, je roulerai dans la campagne : il ondulera, il épousera les arbres et les clochers qui jaillissent comme des mâts de cocagne sur ce plat pays que j’aime. Un peu plus tard, quand je serai rentré chez moi, dans mon appartement en ville, je sais par expérience qu’il se fragmentera et qu’il jouera à cache-cache derrière les immeubles voisins. La ligne changeante d’horizon sera le rappel insistant que le Ciel ne déserte pas la vie. Jamais.

La sagesse que je me souhaite – et que je vous souhaite – pour cette nouvelle année, c’est d’habiter cette ligne d’horizon, pas pour la posséder, mais pour s’y laisser appeler, jour après jour, pas après pas, dans l’ordinaire des jours. Là où la terre et le ciel continuent obstinément de se chercher…

Raphaël Buyse

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samedi 31 janvier 2026

Le petit moi.


« Si vous pouvez comprendre que ce “petit moi”
n’a jamais, à aucun moment,
eu d’existence en dehors de votre imagination,
alors vous ne serez plus préoccupé
par les moyens ou les méthodes
pour vous en débarrasser. »
ANNAMALAI SWAMI
— The Mountain Path, juin 1993, p. 50
Image : Kristina Varaksina

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vendredi 30 janvier 2026

"je m’époumonerai doucement"


 "Tant qu’il me restera un souffle, de vie ou bien de mots, de vie aussi en mots, je m’époumonerai doucement.

Je dirai le lent balancement du ciel dessus la branche, l’air léger du printemps et ses odeurs de vent. La mer à pleine bouche et le sel sur ma langue. Les chemins à cailloux qui roulent sous l’accent. Les pas à regarder le beau à l’infini.

Je ne frapperai l’homme qu’au regard du bon sens. Comme un rappel à l’ordre immuable des choses que nous avons trahies. Cette fraternité de l’arc en ciel bafouée et en loques. Et je tendrai la main à mes semblables humains pour former une chaîne qui libère le monde.

Je dirai la rencontre quand je n’y croyais plus, et je donnerai tout, envers et contre tous, pour aller au plus vrai et quel qu’en soit le risque. Il arrive un moment où l’on sait que c’est là, et l’on ne compte plus. On donne ce qu’on est. A ne plus rien en perdre. Ou tout. Mais c’est pareil.

Tant qu’il me restera un souffle, de vie ou bien de mots, de vie aussi en mots, je m’époumonerai doucement. Afin que l’on m’entende, sans qu’il y ait de peur. Je suis au vrai de moi. Au plus haut que l’on peut. Il fallait tout ce temps pour respirer enfin.

Et si j’y perds mon souffle, il restera le vent."

Jean Diharsce

peinture: Henri Matisse 1869-1954 - paysage de mer 1906

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jeudi 29 janvier 2026

Opportunité...

 


"Notre bonheur dépend de nous, de notre façon de répondre aux événements, et non des autres personnes. Notre souffrance dépend également de nous. Quand nous sommes conscient.e.s de cela, nous ne blâmons ni ne nous plaignons plus ; nous sommes déterminés à prendre un nouveau départ avec nous-mêmes. Car une nouvelle opportunité est déjà en train de se présenter à nous".
-le maître zen Thich Nhat Hanh, extrait d'une lettre à ses disciples

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mercredi 28 janvier 2026

Danse du temps

 

mes jours désormais
se succèdent
en une chorégraphie
à la fois répétitive
et toujours improvisée
invariablement surprenante
j’accomplis les mouvements,
j’obéis au chorégraphe
jusqu’à la tombée du rideau
et les applaudissements qui ne me concernent pas
j’acquiesce au rythme
à la musique
que je n’ai pas écrite
mais dont je reconnais les progressions d’accord
pouvant parfois les prévoir
aussi bien qu’en être surpris
je danse volontiers ma partie
l’oeil rivé
sur la grande image
dont je suis un détail
conscient
les jours se succèdent
ils filent
le temps n’est qu’un artifice utile
du chorégraphe pour son ballet
que je danse
sans plus m’interroger
sinon sur la fluidité
de mes mouvements
l’obéissance de mes gestes
la musique est parfois triste
parfois enlevée, joyeuse
et il s’agit de danser
la cacophonie
encercle
la figure du danseur
elle fait partie du ballet
sans pour autant le réguler
le danseur danse et danse
en son cercle magique
dont l’intégrité défait le chaos
laissé à lui même
à son vide
déconcerté

Gilles Farcet

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lundi 26 janvier 2026

Accepter les névroses cachées


Dans la pratique de la méditation, finalement, nous sommes exposés. Nous espérions ne pas avoir à passer par l'embarras de nous exposer ; nous espérions contourner cette zone particulière et devenir éclairés.
Vous pouvez parler de la façon dont vous étiez mauvais auparavant. Il n'y a pas de mal à en parler car c'est du passé ; vous êtes déjà une meilleure personne.
La pratique de la méditation est tout le contraire de cela. Il ne s'agit pas du tout d'atteindre un certain état d'être. La pratique de la méditation est un moyen de devenir ami avec soi-même. Que nous soyons dignes ou indignes, là n'est pas la question. Il s'agit de développer une attitude amicale envers nous-mêmes, d'accepter les névroses cachées qui nous traversent.
"Écrits choisis" dans les Œuvres complètes de Chogyam Trungpa, volume 2, page 540.

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dimanche 25 janvier 2026

Tragédie et joie



Il existe une manière d’habiter le monde qui ne cherche ni à fuir le tragique, ni à le résoudre.
Une manière de se tenir, simplement, au croisement de deux axes : la verticalité et l’horizontalité.
C’est souvent à travers le symbole de la croix que cette posture peut être pensée — non comme instrument de souffrance, mais comme lieu de tenue, de tension assumée entre l’intériorité et l’existence concrète.
Habiter cette croix, ce n’est pas choisir entre la tragédie et la joie. C’est accepter de tenir les deux ensemble.
Non pas une joie naïve, consolatrice ou euphorique, mais une joie capable de supporter le tragique, de ne pas s’en détourner, de ne pas l’effacer.
Une joie qui ne nie rien, mais qui permet néanmoins de rester vivant.
Dans cette perspective, l’intériorité n’est pas un repli. Elle n’est pas une fermeture sur soi.
Elle est profondeur respirée, verticalité du souffle. Plus le souffle descend, plus il ouvre un espace habitable, relié au monde.
L’horizontalité, elle, est le plan de l’existence : le corps, la relation, l’exposition, la vulnérabilité.
L’une sans l’autre devient soit fuite, soit dispersion. La tenue humaine naît de leur croisement.
Cette compréhension rejoint une anthropologie très ancienne : celle de l’humain façonné à partir de l’humus, de la matière, de l’argile, et animé par un souffle.
L’humain n’est ni pur esprit ni simple matière.
Il est pâte vivante, fragile, altérable, et pourtant habitée. C’est peut-être pour cela que la pâte humaine demeure un lieu de sens si fort. Non pas comme objet d’idéalisation, mais comme réalité incarnée.
Le corps humain, dans cette lecture, n’est pas à aimer parce qu’il est intact ou performant, mais parce qu’il est habité, vulnérable, traversé par la vie. Même — et surtout — lorsqu’il est blessé, marqué, ou défait.
Cette posture ne nie pas les mouvements premiers de rejet, de peur ou d’aversion.
Elle ne prétend pas être pure.
Mais elle affirme qu’un autre mouvement est possible : celui de la présence, lorsque l’on accepte de se tenir intérieurement, de faire face, et de se laisser affecter sans vouloir réparer, corriger ou sauver.
À cet endroit précis, quelque chose peut advenir :
non pas une morale,
non pas une explication,
mais une joie grave, discrète, presque silencieuse.
Une joie de la rencontre humaine, telle qu’elle est, sans écran.
Cette manière d’habiter le monde se reconnaît souvent dans des formes simples :
la nudité d’un arbre en hiver, dont les branches racontent une histoire sans mots ;
la finesse d’une graminée, fragile, petite, presque invisible, et pourtant parfaitement accordée à son environnement.
Toujours sur fond de ciel.
Toujours sur fond de silence.
Rien de spectaculaire.
Ces formes ne disent rien.
Elles ne promettent rien.
Elles se tiennent.
Et peut-être est-ce là une vocation profondément humaine : apprendre à tenir dans la fragilité, dans la blessure, dans le tragique, sans perdre pour autant la capacité de joie.
Non pas une joie qui vient après,
mais une joie qui se tient au cœur même de ce qui fait mal.

Kabbalah Vitrail
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samedi 24 janvier 2026

Maladie et mort

 Que voulez-vous dire?



C.A. : Notre équipement neurobiologique n’est pas conçu pour affronter tranquillement l’idée de notre propre mort : comme un animal entre les griffes d’un prédateur, l’humain doit se battre jusqu’au bout pour sa survie. Concevoir notre finitude reviendrait, pense-t-on, à se laisser dévorer sans bouger. Donc on se débat, on refuse la possibilité de mourir, on évite même d’y penser. Toutes les civilisations ont tenté d’apprivoiser la mort, de lui trouver un sens, une explication : « N’ayez pas peur, il se passera des choses après, et vous y aurez accès si vous vous comportez bien. » Ça ne suffit pas. La mort reste un impensé total, et on continue de faire des efforts désespérés pour ne pas voir l’éléphant au milieu de la pièce. Si c’est comme ça qu’on tient, très bien. Mais à certains moments, quand la fin approche ou se précise, on n’a plus le choix : parler de ses peurs peut alors nous amener à une forme de paix. C’est ce qu’on a voulu faire dans ce livre : accompagner le lecteur sur ce chemin où il fait face à ce qu’il redoute.

Au printemps 2015, on vous a diagnostiqué un cancer du poumon, dont vous êtes aujourd'hui guéri : comment avez-vous vécu cette traversée?

C.A. : D’abord avec une certaine difficulté à accepter la réalité : on a découvert ce cancer tout à fait par hasard. Je ne fumais pas, je ne toussais pas, je n’avais pas maigri, j’étais, certes, un peu fatigué, mais pas plus que ça. En tout cas, aucun symptôme qui aurait pu m’alerter, voire me préparer au diagnostic - si tant est que ce soit possible. J’avais, en revanche, une tumeur au rein, et il a fallu vérifier si elle ne s’était pas propagée sur une autre partie du corps : c’est là qu’on a découvert ce cancer du poumon. J’étais sidéré : pour la première fois de ma vie, j’avais une maladie potentiellement mortelle. Je suis alors passé par le tourbillon d’émotions propres à ces moments-là : il y a de la peur, évidemment, de la colère, de l’envie, même, vis-à-vis de ceux qui, eux, ont fumé ou fument, et pourtant n’ont rien. Mais chez moi, la tristesse a vite prédominé : alors ça y est, c’est déjà fini? Les gens, les endroits, les choses que j’aime, je vais devoir les quitter? Pendant la batterie d’examens qui a suivi, je guettais, sur le visage des médecins, le moindre signe qui m’indiquerait si, oui ou non, mon heure avait sonné. C’était terrible, parce que dans le même temps, je comprenais combien la vie était formidable, et comme je chérissais la mienne. Certes, elle n’était pas sans stress, voire sans emmerdes, mais quand même ! Très vite, ce diagnostic a recalibré mon regard sur les blessures du quotidien.

Que se passe-t-il, pour vous, une fois le diagnostic posé?


C.A. : J’ai eu la chance de pouvoir éviter la chimiothérapie comme la radiothérapie - donc de longs mois de traitements pénibles et douloureux. Mais on m’a enlevé la moitié du poumon, plus les ganglions autour. C’était une très grosse opération, qui a provoqué, chez moi des réactions assez incroyables. La veille, j'ai eu un choc mystique. Pas banal, pour quelqu’un qui. comme moi, vient d’une famille de militants communistes - enfant, on m’avait appris à chanter L’Internationale quand je voyais un curé. Je suis devenu croyant sur le tard, parce que j’ai trouvé un certain réconfort dans la foi. En revanche, je pratique peu. Je vais rarement à la messe, et disons qu’intérieurement j’oscille un peu. Mais là, le soir précédant l’opération, je me retrouve dans la chapelle de l'hôpital et je me mets à prier. Happé par un cocktail d’espérance, d’angoisse et de tristesse, je ressens l’urgence de parler à Dieu. Je commence par le remercier pour toute cette vie qu'il m’a permis de vivre, pour mes études, pour ma femme, pour mes trois filles, pour ces lectures qui m'ont passionné, pour m’avoir fait grandir dans un pays en paix... Et puis, quand même, j’ai la trouille. Justement parce que cette vie, je voudrais quelle continue un peu. Alors je lui dis : « C'est toi le chef, donc c’est toi qui vas décider. Mais franchement. si tu es OK pour me donner un peu plus de temps, je suis preneur. » [Rires] Je suis resté une bonne heure à prier, alternant entre exaltation euphorique et crise de larmes : j’étais en feu. J’ai fini par retourner dans ma chambre, mais j’ai encore connu quelques phases de grande, grande intensité émotionnelle.

Racontez-nous._

C.A. : Par exemple, juste après l’opération. Je suis dans mon lit. avec toutes ces tubulures et ces perfusions, quand j'ai une attaque de gratitude - comme on peut avoir des attaques de panique : éperdu de reconnaissance pour les infirmières, pour mon chirurgien, pour son équipe, je dis mon amour pour la médecine, pour la vie. pour l’humanité... Et je reste dans cet état quasi délirant pendant quinze bonnes minutes. Certes, je recevais de la morphine pour moins souffrir, mais ça n’explique pas tout. Les jours suivants, j’ai pu aussi me retrouver à méditer pendant des heures, comme en lévitation, sans même sentir le temps passer. Bref, la maladie m’a fait connaître des secousses émotionnelles si fortes qu’elle m’a profondément transformé. Je me suis juré de ne jamais oublier l’intensité de ces moments-là. Et de me rappeler, toujours, combien le fait même d'être en vie était passionnant.

extrait d'une interview de Christophe André dans Psychologie magazine.
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vendredi 23 janvier 2026

Quelques pas sur le chemin...

 Quelques extraits du livre Kilomètre Zéro de Maud Ankaoua


"Je voudrais te dire une dernière chose avant ton rendez-vous avec Shanti. Chaque instant que tu perds à être malheureuse ne te sera jamais rendu. Tu sais où commence ta vie, mais pas quand elle s'arrête. Une seconde vécue est un cadeau que nous ne devons pas gâcher. Le bonheur se vit maintenant. Si tu penses qu'être ici est une obligation, tu vas vivre des moments difficiles ces prochaines heures, car la montagne est un miroir géant. Elle est le reflet de ton âme... Le reflet de ton état d'être. Tu as le choix de saisir l'opportunité qui t'est offerte, d'expérimenter ce voyage autrement, en arrêtant de comparer ce que tu es, ce que tu sais, ta culture, ton niveau de vie, ton confort. Si tu acceptes d'observer sans juger, avec un regard neuf, en oubliant tout ce que tu as déjà vu, alors malgré toutes ces différences, tu découvriras un monde nouveau dans lequel tu pourras prendre un plaisir supérieur à celui que tu connais."

- Laisse-moi deviner. Je suis persuadé que tu as fait des études brillantes qui t'ont permis de te servir de ton cerveau correctement. C'est bien utile dans de multiples cas. Mais qu'en est-il de ton cœur ? Qui ta appris à l'écouter ? Pour prendre ce genre de décision et n'avoir aucun regret, il ne s'agit pas d'être bon en probabilité, il suffit d'entendre ce battement intérieur. C'est le seul à pouvoir te guider sur le chemin de ta vie, celui qui te correspond, celui qui t'emmènera vers ta réalisation.

II n'est pas question d'agir de façon déraisonnée, mais de calmer les hurlements de la panique pour entendre le chant de tes envies. As-tu écouté ce que ton cœur souhaitait ou te laisses-tu berner par le vacarme de tes peurs ?

- Ce n'est pas facile de garder un état positif !

- Il se travaille comme le corps. Si tu souhaites te sculpter tu devras exercer chaque jour tes muscles et être attentive à ton hygiène de vie. Ce n'est pas en pratiquant une demi-heure de sport par mois et en ingurgitant des aliments gras que tu obtiendras le résultat escompté. Pour l'esprit, c'est pareil. Il te faut surveiller chaque jour tes pensées en tentant de ne pas te laisser polluer par le négativisme. Etre positif, c'est arriver à contrôler nos peurs; croire en nos rêves, les visualiser et laisser entrer les opportunités. Tu as déjà fait le plus important : tu as décidé de la direction en priorisant ta vie. C'est plus simple de prendre la route quand on sait où l'on va.

Maud Ankaoua

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jeudi 22 janvier 2026

Bulles de pensées

 Je remets ce texte fondamental !

Vous n'êtes prisonniers de rien d'autre que de vos pensées.
Vous n'avez à vous libérer de rien d'autre que de vos pensées.
Voilà la vérité.
Et vous n'avez pas d'autre problème que celui de vos pensées.
Vous n'avez de problème,
ni avec votre patron,
ni avec vos enfants,
ni avec votre femme,
ni avec votre voisin,
ni avec votre propriétaire,
ni avec le maire de votre commune.
Vous n'avez qu'un seul problème:
un problème entre vous et vos pensées...
Arnaud Desjardins

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mercredi 21 janvier 2026

Forêt primaire où le respect du temps

 

Le projet de forêt primaire de Francis Hallé :
Retour en 2023, sur cette balade dans la forêt de Fontainebleau, en compagnie de Francis Hallé 🌳 Botaniste, artiste et visionnaire, il nous parlait de son projet démesuré mais bien réel : créer une forêt primaire européenne, porté par son association Association Francis Hallé pour la forêt primaire. Soit 70 000 hectares où la nature évoluerait de façon autonome, renouvelant et développant sa faune et sa flore sans aucune intervention humaine, et ce, pendant des siècles.


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