mardi 5 juin 2018

Entrons !!! simplement...

 Edmond Charles Cross 1856-1910
Les îles d'or 1892































"Il faudrait être encore plus simple,
Si simple que l'on puisse entrer
Dans la simplicité du vent,
Du soleil poussiéreux
Du linge qui pantelle sur la corde sans se plaindre.
Il n'y a pas de désespoir dans le monde,
Ni d'espoir.
Il n'y a que la simplicité du vent,
Du soleil,
Du linge,
De la corde;
Il n'y a que la simplicité de l'eau,
Ses vergetures d'accouchée;
Il n'y a que l'eau,
Le caillou,
La simple nécessité de brûler et de mourir.
Il faudrait pouvoir entrer sans frémir
Dans les choses.
Pourquoi cette révulsion de notre coeur?
Pourquoi cet éternel énervement de nos nervures?
La pensée ne construit rien. Le sentiment nous épuise.
Nous serrons les dents et saignons
Sans accoucher.
Nous pianotons sur les choses
Comme une pluie dont chaque goutte
Aurait peur de se faire du mal.
Nous sommes les petits électrisés du monde.
Nous n'entrons pas."

Jean Rousselot 1913-2004
Les moyens d'existence
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lundi 4 juin 2018

La méditation et la science


 1980 — Philippe a six ans. Il rentre de l’école.

« Qu’avez-vous fait aujourd’hui ? »
« On a cassé une fleur en morceaux. Et le maître a expliqué la racine, la tige, les pétales et encore un autre truc. Mais tu sais papa, il n’a rien dit de … la fleur ! »

   

1920 — Graf Dürckheim suit un séminaire à l’université de Kiel. Le maître de conférences affirme d’un ton professoral que « la note “do” est 256 oscillations par seconde ».
Dürckheim s’empresse de répliquer que le verbe être est sans doute abusif : « On ne peut affirmer de la sorte une telle équivalence ; ces 256 vibrations par seconde ne représentent à mon sens que la réalité physique de la note émise. Mais en tant qu’être humain je perçois des sons, et non des ondes ! »
A son retour du Japon, après dix années de pratique des exercices proposés dans le monde du zen, parmi lesquels la méditation appelée zazen, Dürckheim discernera plus encore ces deux approches du réel : l’expérimentation scientifique objective et l’expérience intérieure, le vécu intérieur subjectif.


2018 — Au cours du récent reportage, sur la 5ème chaîne, « Méditation : une révolution dans le cerveau! » [1] il apparaît clairement que les mesures quantitatives, que permettent le scanner, l’IRM, l’électroencéphalogramme, ne cessent de jouer le premier rôle dans l’intérêt porté à la méditation. Il a beaucoup été question, dans cette enquête très sérieuse, du cerveau et des télomères.
Les télomères ? L’extrémité d’un chromosome « dont la dégradation serait la cause de nombreuses pathologies » [Elizabeth Blackbum, biologiste moléculaire australo-américaine (prix Nobel de médecine 2009), et Elissa Epel, psychiatre à l'université de Californie].

Dommage que cette enquête ne propose pas leurs conclusions: « Nous ne sommes pas uniquement le produit de nos gènes; nos sentiments, nos émotions modèlent en permanence l'expression de ces gènes. De plus nous avons aujourd'hui la certitude que rien n'est irréversible. Nous savions déjà que la plasticité cérébrale était une réalité, maintenant nous savons aussi que les cellules du corps réagissent profondément avec notre état d'esprit. Et surtout, si nous sommes remplis de stress, cela peut être transformé, modifié ».
Cette découverte étonnante démontre le lien étroit entre les émotions et ce qui se passe à l'intérieur de la cellule. Mais ce qui est également étonnant c'est que le phénomène est réversible! « Nous avons aussi constaté que lorsque le niveau de stress diminue, la longueur des télomères augmente. L'aspect réversible vaut dans les deux sens. On peut se “soigner” soi-même, mais on peut aussi se rendre “malade”, et c'est nous qui tenons la barre en quelque sorte. » [2]


Tenez la barre ! Méditez !
Mais quelle forme de méditation ?



Depuis quelques années la méditation, dite moderne, prend place au cœur des études sur le corps-objet (Körper). Depuis plus de vingt-cinq siècles, la méditation, dite ancestrale, invite l’homme à se mettre à l’écoute du corps-vivant qu’il est (Leib) .
La science cherche dans quelle mesure la méditation moderne pourrait libérer l’homme des symptômes de cette maladie constituante : l’angoisse et les états qui l’accompagnent (inquiétude latente, peur souterraine, stress, dépression, burn-out) .
Depuis le Bouddha, la personne qui médite ne cherche pas à vaincre la maladie mais à ne pas continuer à vivre dans l’ignorance de son état de santé fondamental : le calme intérieur, la paix de l’âme.
Sur ce chemin de guérison qu’est la pratique de la méditation, la fonction-témoin n’est pas le scanner ou l’IRM ; la fonction-témoin est ce que la personne qui médite sent et ressent.

Rien n’est irréversible ? Alors …. Méditez !
Portez attention à la … fleur ! Considérez avec une attention soigneuse les … sons !
Prenez au sérieux cette qualité d’être, le calme, qui se présente à travers la … sensation et le sentEment ! 

Jacques Castermane
[1]  Enquête de santé - Méditation : une révolution dans le cerveau, France 5,  émission diffusée le 16.05.2018
[2]  Dr. E. Blackburn, Dr. E. Epel, L’effet télomère, Guy Tredaniel Editeur, 2017, 400 p.
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dimanche 3 juin 2018

L'immobilité pour mobile...



Quelqu'un cita une phrase tirée du Tao-te-king : « Le sage, par sa non-activité, gouverne tout. »
Shrï Bhagavân commenta : « La non-action est activité incessante. Le sage se caractérise par une éternelle et intense activité. Sa tranquillité est comparable à l'apparente tranquillité d’un gyroscope dont la vitesse de rotation est si grande qu'elle ne peut être suivie par l’œil; il paraît immobile et pourtant il tourne à toute allure. Il en est ainsi de l’apparente inactivité du sage. Ce point doit être expliqué aux gens car ils prennent généralement la tranquillité pour de l’inertie. »

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samedi 2 juin 2018

4 conseils de Stan Rougier pour suivre sa voie

1. Interrogez-vous sur vos talents et vos désirs

« Tu la connais ta vocation, à ce qu'elle pèse en toi », écrivait Saint-Exupéry dans Citadelle. Où êtes-vous le plus généreux ? Dans quelle voie ? Où exercez-vous le plus vos talents ? Êtes-vous heureux de rendre heureux les autres ? Qu'est-ce qui vous donne le plus de bonheur et de joie ?

2. Restez vous-même et grandissez en liberté

Il ne s'agit pas d'imiter quelqu'un d'autre, mais de suivre votre voie propre. Évitez de porter un masque, et donnez-vous la liberté d'être vous-même. Détournez-vous de ceux qui vous rendent « coincés » ou « gnangnan ». Être bien dans sa vocation nécessite de bien se connaître soi-même, et de ne pas « s'y croire ». Développez votre jugement.

3. Entourez-vous d'amis et de bons livres

Demandez conseil à d'autres adultes sensés, qui vous connaissent, vous voient vivre et vous confient des responsabilités. Personnellement, je suis allé consulter des écrivains, des philosophes, des couples mariés, des prêtres. Plongez-vous dans de bonnes lectures. Je continue à lire la Bible avec la même passion. J'y fais encore des découvertes aujourd'hui. Citadelle est aussi pour moi une source inépuisable d'inspiration et de prière.

4. Soyez des transmetteurs de sens

Peu importe le chemin, l'essentiel est d'en emprunter un et de le suivre, sans regarder en arrière. Il n'y a pas de déshonneur à ne pas être prêtre ou à ne pas être marié. Le monde a un besoin fou de transmetteurs de la beauté de l'Évangile. Les gens ont faim de pain, mais avant tout soif de Dieu. « Saint-Ex » avait bien saisi cette aimantation de la transcendance et ce besoin impérieux de « rendre aux hommes une signification spirituelle (...) On ne peut vivre de frigidaires, de politique, de bilans et de mots croisés, voyez-vous ! On ne peut plus vivre sans poésie, couleur ni amour ».
 Ce prêtre tout-terrain, éducateur, écrivain, conférencier, est une figure de l'Église. Sa vocation, qui a tourmenté ses années de jeunesse, n'a cessé depuis de porter du fruit.
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source : La Vie

vendredi 1 juin 2018

Union des Souffles de vie

 

"Je voudrais qu’on rêve ensemble
Qu’on se réveille ensemble
Je voudrais qu’on attrape d’une même main
Qu’on entende d’une même oreille
Je voudrais te saluer de près
Ne jamais te perdre de loin
Je voudrais te voir par tous les moyens de la vision
Je voudrais que l’intérieur commence par toi
Que l’extérieur ne soit que toi
Je te voudrais dans la volonté et dans ce qui la dépasse
Je me voudrais ce qui court vers toi
Ce qui s’anéantit et retrouve vie en toi
Sans que tu ne diminues en rien
Je me voudrais ailes déployées
Corps qu’aucune aile ne peut porter
Je te voudrais destination de toute lettre
Source de tout mot
Je te voudrais champ et chambre
Terre et arbre, iris et son regard
Comme si ta vie était l’envers de la mienne
Et qu’elle serait balayée par le même souffle"

Seyhmus Dagtekin
Tableau:
Sita trouve Rama parmi les fleurs de Lotus - Warwick Goble, 1913.

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jeudi 31 mai 2018

Réalité de l'expérience d'être...


Oui, il est possible d'être... le paysage de l’expérience.




Le travail que l'homme peut faire sur lui-même, je l'appelle le chemin initiatique. Il commence avec une expérience. Cette expérience nous fait connaître notre Être essentiel. Une telle expérience efface une fois pour toutes le doute qu'il s'agirait du résultat d'une recherche métaphysique, d'une pieuse spéculation ou d'une projection psychologique. 
L'Être essentiel est une réalité dont on peut vraiment faire l'expérience."

extrait de "Le Centre de l'être" de Karlfried Graf Dürckheim

mercredi 30 mai 2018

Certitude du doute...

Intéressante citation même si les mots (et les maux peut-être aussi) viennent aussi du cerveau (et c'est encore une localisation)


Le doute n’existe pas dans mon corps parce qu’il ne pourrait pas vivre s’il avait des doutes. Si mes poumons commençaient à douter du fait qu’ils peuvent inspirer et expirer, la vie s’arrêterait. Mes émotions non plus ne peuvent pas vivre dans le doute. C’est la partie mécanique du cerveau qui touche la partie mécanique du centre émotionnel qui introduit le doute : “Est-ce que je sais aimer ? Est-ce que je peux faire ceci ou cela ?”
Mais la partie en vous qui aime aime sans douter.
« Tous les doutes proviennent du cerveau parce que c’est dans le cerveau que le doute est né. C’est terrible, cet aspect. Si le doute est né dans le cerveau, c’est parce que le cerveau sait dans les tréfonds de lui-même qu’il n’est pas réel. La pensée n’est pas une réalité, elle est un bruit.

 

Luis Ansa

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mardi 29 mai 2018

Entrer en saveur avec François Malespine


Un extrait du livre de François Malespine pour goûter l'instant


...
« Est-ce que “je” et “moi” sont la même chose ? »

« Est-ce que vivre implique obligatoirement “moi ?” »

« Quel goût avait Je avant que moi ne se soit formé ? »

« Quelle est la saveur de la vie à partir de “Je” » ?

« Quel est le sens de la vie à partir de moi ? »

« Quel est le sens de la vie à partir de Je ? »

Ici je parle bien de saveurs.

Entrer en conscience, c’est entrer en saveurs.

Entrer en saveurs, c'est connaître au lieu de juger ou croire comprendre à partir de l'intellect. Cette chute en cet abîme correspond à la phrase d’Amma :

« Tomber de la tête dans le cœur »

C'est goûter et par ce goût connaître dans un premier temps la saveur « moi » à travers ses ressentis, ses perceptions, ses j aime, j aime pas, mais aussi goûter cette saveur à travers les actes qui en découlent, qu'ils soient bons, bien, mauvais ou mal. Cette saveur « moi » nous montre que seule l’origine de l'acte le qualifie. Soit il est la manifestation du moi, soit il est la manifestation de l’Origine/vacuité « Je Suis ».
Ici, je ne parle pas d'actes exceptionnels. Se moucher peut prendre son origine en « moi » ou en « Soi ». À nous d’être présent pour le voir et surtout pour en découvrir la saveur.

Si ces saveurs sont difficiles à regarder en face, puis à vivre au plus profond du cœur, c’est qu’on ne peut les voir sans se voir. C’était tellement confortable d’être à travers nos actes, soit du côté blanc, soit du côté noir ! Et voilà que cette référence qui est aussi le socle de nos jugements sur autrui, s'effondre. Nous faisons la dure expérience qu’entrer en connaissance, naître avec, implique qu’il y ait mort afin qu’il puisse y avoir naissance. Jésus appelle ces instants : « la mort du vieil homme ». Vouloir voir le Soi, Dieu, est la preuve que l’Origine nous appelle, mais le chemin d’accès, lui, consiste à voir comment « moi » le recouvre, même quand il prétend le chercher.

Alors notre ancienne croyance à partir de laquelle tel comportement nous rapproche de Dieu tandis que tel autre nous en éloigne, laisse la place à une présence qui détecte à chaque instant où « moi » trouve sa gloire. Il est alors vu que « moi » peut se nourrir d’actes répréhensibles autant que de comportements vertueux. Cela entraîne un changement radical dans la perception que nous avons de nous-même et par conséquence de l’autre.

Le « péché » n’est plus d’ordre moral. Comme en son sens originel, il nous apparaît comme « ce qui nous fait manquer la cible ». Il est vu qu’une seule chose nous fait manquer la cible : « moi », quels que soient les habits dont il se pare.

Un nouveau champ de perception s’ouvre car nous ne cherchons plus à changer un comportement pour un autre mais à connaître à l’instant même, avant même qu’il ne s’actualise en acte, d’où ce comportement survient. Cela ne signifie pas que cesse l’effort d’un comportement plus altruiste. Simplement tout comportement est vu en sa source...

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lundi 28 mai 2018

Je suis né... et maintenant ?


Je souhaite mettre en exergue un livre qui vient de paraître aux éditions Accarias l'Originel. 
Il permet de toucher le "Je" et, notamment pour les personnes qui ont suivi l'enseignement d'Arnaud Desjardins, de goûter à cette pratique de l'instant...
Voici la quatrième de couverture :


Depuis que nous sommes nés, le monde que nous observons, le monde que nous vivons, et le monde que nous sommes, ont peu à peu pris forme à partir du regard, du perçu, du ressenti et du penser des autres.

Le « Tu ES Cela » écrit en majuscules et désignant l’Origine, est devenu : « tu es cela/corps/psychisme » en minuscule. 

« Je » impersonnel, vierge de toute histoire, sans contour donc sans limite, sans plus ni moins, est devenu «je suis moi », en s’identifiant à une forme, à une histoire, en agrégeant toutes sortes d’influences sociales, religieuses, raciales.

« Je suis moi » est aujourd’hui notre identité, notre point de vue sur (opinions, croyances, appartenance). De cette «conscience/je suis moi» surgit le monde de la dualité, ce monde « de pleurs et de grincements de dents » que nous connaissons.
Le défi pour chacun est de sortir de cette paresse d’un monde formaté, accepté et transmis, de démasquer « moi » jusque dans ses repères les plus secrets afin de découvrir que « Je » n’est pas « moi ». Que « Je » est simple « espace/énergie/Conscience », contenant tout sans avoir besoin de rien, source « de tout » et n’étant « rien ». 

Vacuité fraîche et lumière en soi-même.

Alors, parfois, la vie toute simple et humaine, au lieu d’être avidité et consommation, devient dans tous ses aspects : célébration.
 


Né en 1948, François Malespine fait les Beaux-Arts. Professeur en collège et lycée, il fait plusieurs expositions en France et aux Etats-Unis. En 1970, il effectue un voyage en Inde du nord. De 1975 à 1995, il suit l’enseignement d’Arnaud Desjardins. En 1997, long séjour à Arunachala. Il a déjà publié plusieurs livres.

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dimanche 27 mai 2018

Une pratique réaliste avec Arnaud Desjardins.


Je vous invite à lire ce qu’Arnaud a écrit dans son dernier ouvrage "La Paix toujours présente" – Voici quelques extraits du dernier chapitre: Pour une pratique réaliste.

« On l'a toujours dit, il existe différentes voies. Vous êtes engagés sur une voie qui ne vous demande pas, dès le départ, de vous consacrer uniquement à la recherche de l’Absolu. Vous aurez donc à développer une habileté par rapport à vous-même, tel que vous êtes situés aujourd’hui […].

Ne soyez pas tantôt orientés vers Dieu seulement, l’amour infini, l’Au-Delà, l’Eternel, puis complètement engloutis dans vos activités. Il faut mener les deux ensemble : votre ambition – un accomplissement professionnel ou amoureux – et votre pratique spirituelle. 
C’est toute votre existence très concrète qui devient le point de votre progression sur la Voie, de votre traversée vers « l’autre rive ». Ne soyez pas divisés entre un idéal irréaliste, donc mensonger pour vous aujourd’hui, et votre vérité actuelle. Autrement dit, lorsque vous voulez quelque chose, agissez mais en évitant de faire du mal à d’autres. Et si vous faites du mal à d’autres, ayez le courage de le voir. La vérité, rien que la vérité […] 

Il vous incombe de tout voir honnêtement, lucidement. Votre vérité d’aujourd’hui est votre plus grande motivation pour progresser (Aucun déni sous quelque forme que ce soit). Vous menez les deux fronts : l’existence dite ordinaire et la recherche du Royaume intérieur. C’est ce monde de l’éphémère qui devient le point d’appui de votre progression vers l’Eternel. Si vous n’arrivez pas à cette réconciliation, votre démarche est sans issue […] 

Vous vous exercez à transformer votre relation avec les autres – et avec vous-mêmes. Mais avez-vous vraiment l’intention d’être à l’écoute des autres ou est-ce qu’en fin de compte vous n’en avez pas réellement envie et vous préférez demeurer enfermés dans vos pensées ?
Être à l’écoute des autres fait partie de l’ouverture du cœur et de l’intellect: inclure, comprendre…la non-séparation […] 

L’ego se dissout en accueillant et en s’élargissant. Si vous voulez vraiment être en « non-dualité » avec l’autre ici et maintenant – ce qui vous permettra de vous libérer de vos propres limitations et de progresser sur la voie – exercez-vous comme s’il n’y avait pas d’empêchement […] 
Suivez le thème « être à l’écoute de l’autre » dans votre vision d’ensemble du chemin. Évidemment, lui ou elle se sentirait heureux ou heureuse de se sentir accueilli(e) avec attention et amour. Mais vous le faites aussi pour vous. Tout ce que vous faites pour l’autre, vous le faites pour vous – pas dans le sens de le faire pour l’ego mais pour transcender l’ego. Vous ne pouvez pas être à l’écoute de l’autre si vous êtes trop préoccupés par vos propres difficultés […] 

Toute la Voie vous conduit vers l’autonomie et la non dépendance. En trouvant au cœur de vous-mêmes la plénitude, la joie et la paix, vous devenez de plus en plus libres de l’asservissement aux désirs et aux peurs. Mais je sais combien ce détachement absolu peut paraître à l’ego plus inhumain que supra-humain. N’en rejetez ni l’idée ni la possibilité – ni surtout, une approche progressive. Il ne s’agit pas de renoncement ou de sacrifice mais de dépassement […] 

Mais je dois quand même vous dire que « quelque chose » - et quelque chose qui n’est pas anodin - continuera à « vous » concerner même si le « moi » s’est dissipé: la souffrance des autres. 
Que contribuer à diminuer le malheur autour de vous devienne une aspiration pour votre victoire personnelle sur votre propre souffrance. Ne soyez pas impatients. Soyez fidèles à vous-mêmes jour après jour, étape après étape. Regardez très loin à l’horizon vers quoi vous allez et regardez de très près où vous posez les pieds pas après pas. » 

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samedi 26 mai 2018

Pose. La petite châtelaine


L'été, un long convoi de silences traverse le ciel, un train de marchandises aux portes bleu délavé. Des étincelles de cigales jaillissent de ses roues. Il ne freine qu'à l'automne, dans un crissement pourpre. Tu as disparu un mois d'août. Tu es montée dans un de ces wagons. J'ignore où tu es descendue. Je fraie mon chemin dans le bleu avec des mouvements d'épaules. La joie est la terrible tenue de rigueur. Une rumeur, très loin : la forêt se trouve sous un couloir aérien. L'avion fait le bruit étouffé d'un fer à repasser sur un drap bleu. Une photo où tu portes une veste de cuir. C'est plus fort que toi : la méchanceté du cuir fond sur tes épaules, ta bonté éclate comme une neige au soleil.
Ton front nu est semblable à celui de La Petite Châtelaine « aux cheveux tout à jour » : le soleil s'y fracasse en anges. Camille Claudel sur les photographies est frappée d'absence. Ses yeux sont des marais dormants. La Petite Châtelaine, au dernier coup porté dans le marbre, est montée au paradis. Elle ne pesait pas un gramme. J'ai besoin d'une seconde pour voir, après c'est fini. Le petit menton qui tremble à l'idée de trembler. Ce courage ramassé dans la bouche. Ce relief des os sous les joues : c'est la famine de l'amour. Ces yeux, revenus de quel monde que notre monde ignore ? On ne sait s'ils vous pillent ou s'ils vous enrichissent. J'ai volé la châtelaine. Je l'ai prise dans les bras de mes années vécues et je suis parti en courant.
Les gardiens du musée ne m'ont pas attrapé, ni les diables policiers. Elle est en moi, la gamine, avec le marbre souple de ses cheveux. Le petit menton de Dieu qui tremble. Le front d'où les anges se jettent comme d'une falaise. Une poupée. Une grosse poupée pour consoler de l'inconsolable. Si ce buste n'a rien de spectaculaire, c'est parce qu'il dit les racines de la douleur et que les racines sont invisibles pour les distraits. La tragédie remonte du fond de la terre. La forêt cogne aux fenêtres. La main délicate du vent sur les chardons fait honte à la main des mères. La petite fille s'appelait Marguerite. Elle avait 6 ans quand Camille l'a sculptée.
La vie nous fait asseoir pour une pose qui dure des années. À la mort nous nous levons et sortons de l'atelier. Notre visage reste gravé dans quelques cœurs - tirage limité. Toute écriture, même la plus désespérée, est un acte de foi dans la vie. Les yeux griffés de ronces, monter. Cœur arraché, monter encore. Résumé des derniers chapitres : je suis vivant, tu l'es aussi comme les rois et les reines qui dorment dans les palais que nous allons machinalement fleurir à la Toussaint. Il n'y a pas de mort, il n'y a que le passage au chapitre suivant, mais nos yeux ne savent pas le lire. 
Christian Bobin  
(source : Le monde des religions)
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vendredi 25 mai 2018

Chemin initiatique...




Chacun doit s’initier soi-même. 
Les systèmes et les écoles peuvent indiquer les méthodes et les voies, mais aucun système, aucune école ne peut faire pour l’homme le travail qu’il doit faire lui-même. 
Une croissance intérieure, un changement d’être, dépendent entièrement d'un travail qu’il faut faire sur soi. 

 
Georges Ivanovitch Gurdjieff


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jeudi 24 mai 2018

Pourquoi la naisance, pourquoi la mort ?

A la cérémonie du crématorium, on m'a demandé de lire un texte que je vous partage.


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