... Plus nous pouvons être profondément en contact avec les sensations corporelles et pleinement présents au mouvement de la pensée - sans les saisir ou les rejeter - plus nous pouvons nous sentir et nous reconnaître comme le témoin de ces sensations, comme la lumière consciente qui les illumine, comme ce contenant de toute expérience qui est libre de ses contenus mais qui ne fait qu'un avec eux, de la même manière que le miroir est libre de l'objet qui s'y reflète, tout en ne faisant qu'un avec lui.
Mais nous ne pouvons pas simplement ignorer le corps et l'esprit et les repousser en nous accrochant à la croyance que "je ne suis pas cela mais la conscience". Nous ne pouvons nous libérer que de ce que nous connaissons clairement, nous ne pouvons réaliser encore et encore notre identité profonde en tant que Conscience qu'en voyant et en comprenant clairement ce que nous ne sommes pas - ce qui implique d'explorer et de connaître clairement ce avec quoi nous nous identifions - là où la conscience identifiée s'embourbe. Pour reprendre l'exemple classique védantique du serpent et de la corde, nous ne pouvons réaliser que le serpent illusoire est en fait une corde qu'en observant attentivement ce serpent sans aversion pour nous libérer de notre vision erronée. Si l'on a peur du serpent (le corps-esprit), si l'on ne veut pas le voir et qu'on le rejette, alors on ne peut pas se libérer de la fausse identification/superposition de l'image du serpent sur la corde. De la même manière se dissocier du corps ou rejeter les états mentaux et émotionnels en pensant « je ne suis pas cela » renforce la croyance en leur réalité et nous empêche de les voir et les explorer pour réaliser leur vraie nature et ce qu’il y a derrière.
Voir clairement nos identifications, c'est lâcher nos identifications. Et être totalement intime avec le corps et les sensations corporelles sans réaction ni identification c'est permettre à ces sensations de se libérer et de revenir à leur état naturel, libre des tensions et des fixations liées à l'identification. Nous habitons alors pleinement le corps comme véhicule de la conscience, nous découvrons un corps subtil naturel, plus léger, spacieux, vibrant, transparent et ouvert, pleinement habité par la conscience, qui en est l'expression. Alors nous pouvons dire "Je suis le corps" - mais alors ce n'est plus le corps de la pensée, le corps de la représentation, le corps conditionné séparé, le corps de la tension et de la réaction, mais un corps ouvert, un corps qui ne fait qu'un avec l'environnement. Ce n'est pas le corps séparé, mais le corps élargi qui inclut le monde et les autres. Je suis le corps, je suis le monde.
De même, lorsque les pensées sont pleinement acceptées et observées comme de simples pensées, sans les nourrir ni les rejeter, elles peuvent alors se libérer de l'identification du moi et être perçues comme une expression de la Conscience, surgissant et retombant en elle comme les vagues de l'océan.
L'enseignement "tu n'es ni le corps ni le mental" est donc un moyen habile qui permet de les observer en tant qu'objets sans les saisir ou les rejeter, et de permettre à l'attention de retourner vers la Conscience qui les illumine, la Source qui les anime - mais nous devons faire attention à ne pas mal comprendre cet enseignement afin de créer une nouvelle dualité et de renforcer une dissociation ou un contournement spirituel pour éviter d'affronter nos parts d'ombre ou ce qui en nous, au niveau de la personnalité, est encore identifié, vulnérable, non libre ou en réaction.
David C , L'Ouvert - spiritualité, méditation et non dualité
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