mardi 27 novembre 2018

Annamalai Swami : la vigilance

Q : Je pense que je commence maintenant à saisir ce qu'est le « Je suis ». Il semble que c'est quelque chose en arrière du corps, en arrière du mental et en arrière de la conscience du corps. Je pense que nous n'entrons pas automatiquement en relation avec ce « Je suis » parce que nous sentons que nous ne sommes pas consciemment familiarisés avec lui. Nous sommes habitués à diriger notre attention à l'extérieur plutôt qu'à l'intérieur. Nous pensons aux gens et aux choses parce que nous sommes attachés à eux, et pour aucune autre raison. Je commence seulement à comprendre combien il est difficile de renoncer à cette habitude.
A.S. : Laissez le mental aller partout où il veut aller. Vous n'avez pas à accorder de l'attention à tous ses vagabondages. Soyez simplement le Soi et ne vous occupez pas de toutes les activités du mental. Si vous adoptez cette attitude, les activités et les vagabondages du mental vont diminuer de plus en plus. Si le mental vagabonde toute la journée, ce n'est que parce que vous vous identifiez à lui et accordez de l'attention à toutes ses activités. Si vous pouviez vous établir en tant que conscience seule, les pensées n'auraient plus d'énergie pour vous distraire. Quand vous n'avez pas d'intérêt pour les pensées, elles s'évanouissent aussitôt qu'elles apparaissent. Au lieu de s'attacher à d'autres pensées, qui en entraînent d'innombrables autres, elles ne font qu'apparaître pour une ou deux secondes, puis s'évanouissent. Nos vâsanas font surgir les pensées. Une fois qu'elles ont surgi, elles ne cessent de se répéter en série selon des schémas réguliers. Si vous avez des désirs ou des attachements, les pensées les concernant apparaîtront constamment dans le mental. Vous ne pouvez pas vous battre avec elles, parce qu'elles se nourrissent de l'attention que vous leur donnez. Si vous essayez de les réprimer, vous ne pouvez le faire qu'en leur accordant de l'attention. Ce faisant, vous vous identifiez avec le mental. Cette méthode ne marche jamais. Vous ne pouvez stopper le flot des pensées qu'en refusant de vous y intéresser. Si vous demeurez dans la source, le Soi, vous pouvez facilement attraper chaque pensée à l'instant où elle surgit. Si vous ne les attrapez pas au moment où elles surgissent, elles germent, deviennent des plantes et, si vous les négligez encore, elles grandissent jusqu'à devenir de grands arbres. Habituellement, le sâdhaka inattentif n'attrape ses pensées que lorsqu'elles sont parvenues au stade de l'arbre. Si vous pouvez être continuellement conscient de chaque pensée au moment où elle surgit, et si vous pouvez être assez indifférent à elle pour qu'elle ne germe ni ne fleurisse, vous pouvez échapper aux enchevêtrements du mental.
Q : Il est relativement facile de le faire pendant un moment, mais ensuite l'inattention prend le dessus et les arbres refleurissent.
A.S.: L'attention continue ne viendra que par une longue pratique. Si vous êtes vraiment sur vos gardes, chaque pensée se dissoudra dès son apparition. Mais pour atteindre ce niveau de dissociation, vous ne devez pas avoir d'attachements du tout. Si vous avez le plus petit intérêt pour une pensée particulière, elle échappera à votre attention, se liera à d'autres pensées, et s'emparera de votre mental pendant quelques secondes. Cela arrivera plus facilement si vous êtes habitué à réagir émotionnellement à une pensée particulière. Si une pensée particulière fait surgir en vous des émotions comme l'inquiétude, la colère, l'amour, la haine, ou la jalousie, ces réactions s'attacheront aux pensées qui s'élèvent et les renforceront. Ces réactions vous font perdre votre attention pendant une ou deux secondes. Ce genre de défaillances donne à la pensée plus qu'assez de temps pour croître et fleurir. Vous devez être complètement impassible et détaché quand des pensées de ce genre apparaissent. Vos désirs et vos attachements ne sont que des réactions aux pensées qui apparaissent dans la conscience. Vous pouvez les conquérir tous les deux en ne réagissant pas aux nouvelles pensées qui s'élèvent. Vous pouvez complètement transcender le mental en n'accordant pas d'attention à ses contenus. Et une fois que vous serez allé au-delà du mental, vous ne serez plus jamais perturbé par lui. Après sa réalisation, le roi Janaka dit : « Maintenant j'ai trouvé le brigand qui me volait mon bonheur. Je ne lui permettrai plus de le faire. » Le voleur qui lui dérobait son bonheur était son mental. Si vous êtes toujours attentif, les yeux ouverts, les voleurs ne peuvent pas entrer. Ils ne peuvent s'introduire que pendant que vous dormez et ronflez. De même, si vous êtes toujours vigilant, le mental ne peut pas vous tromper. Il ne prendra le pouvoir que si vous omettez de rester attentif aux pensées qui surviennent.
Q : C'est assez facile d'empêcher un voleur de s'introduire dans une maison. Il suffit de fermer la porte. Mais dans ce cas particulier, le voleur est déjà dedans. Il nous faut d'abord l'attraper et le jeter dehors. Ce n'est qu'alors que nous pourrons fermer la porte sans danger.

A.S. : Croire que ce voleur est quelque chose de réel, quelque chose qui doit être combattu et attrapé, c'est comme croire que votre ombre est une sorte d'intrus à combattre et à expulser. Si vous essayez de lever la main pour frapper votre ombre, elle va elle aussi lever la main pour vous frapper. Vous ne pouvez pas gagner un combat contre votre mental parce que dans tous vos combats vous ne ferez que boxer votre ombre. Vous ne pouvez pas mettre K.O. votre ombre en la frappant parce que vous frappez dans le vide. L'ombre va continuer à danser dans tous les sens aussi longtemps que vous continuerez à danser dans tous les sens en essayant de la frapper. Il n'y a pas de vainqueurs dans des combats de ce genre, seulement des perdants frustrés. Si vous partez de l'hypothèse que le mental est réel et que vous devez le combattre et le contrôler en agissant sur vos pensées d'une certaine façon, le mental ne s'affaiblira pas mais se renforcera. Si une sâdhanâ présuppose que le mental est réel, la pratique de cette sâdhanâ perpétue le mental au lieu de l'éliminer. L'ego est tout à fait comme un esprit. Il n'a pas de véritable forme propre. Si vous voyez ce qu'est réellement l'ego par l'investigation : « Qui suis-je ? » il s'enfuit sans demander son reste. Le mental n'a ni substance ni forme. Il n'existe que dans l'imagination. Si vous voulez vous débarrasser de quelque chose qui est imaginaire, tout ce que vous avez à faire c'est cesser de l'imaginer. Ou bien, si vous pouvez être continuellement conscient que le mental et toutes ses créations n'existent que dans votre imagination, elles cesseront de vous tromper et vous cesserez d'être importuné par elles. Par exemple, si un magicien crée un tigre, vous n'avez pas besoin d'en avoir peur parce que vous savez qu'il essaye seulement de vous faire croire que le tigre est réel et dangereux. Si vous ne croyez pas que le tigre est réel ou dangereux, vous n'avez pas peur. Quand le cinéma fut introduit ici, certains villageois prenaient peur quand ils voyaient des choses telles que du feu sur l'écran. Ils s'enfuyaient parce qu'ils croyaient que le feu allait se répandre et détruire la salle. Quand vous savez que tout ce qui se passe ne fait qu'apparaître sur l'écran de la conscience, et que vous êtes vous-même l'écran sur lequel tout cela apparaît, rien ne peut vous toucher, vous blesser ou vous effrayer. Les gens qui croient à la réalité du monde ne valent pas mieux que ceux qui construisent des barrages pour retenir l'eau qu'ils voient dans un mirage.
Q : Parfois tout est si clair et paisible. Il y a des fois où il est facile de regarder les mécanismes du mental et de voir que ce que dit Swâmî est vrai. À d'autres moments, en dépit de nos efforts, il n'y a pas moyen de produire la moindre impression sur notre mental chaotique.
A.S. : Chaque fois que vous êtes dans un état méditatif, tout est clair. Puis les vâsanas qui étaient d'abord cachées dans le mental font leur apparition et recouvrent cette clarté. Il n'y a pas de solution facile à ce problème. Il vous faut continuer tout le temps l'investigation « À qui cela arrive-t-il ? » Si vous avez des difficultés, rappelez-vous : « Ceci se passe uniquement à la surface de mon mental. Je ne suis pas ce mental, ni les pensées errantes. » Puis retournez à l'investigation « Qui suis-je ? » En le faisant, vous pénétrez de plus en plus profondément et vous vous-détachez du mental. Ceci n'arrivera qu'une fois que vous aurez fait un intense effort. Si vous avez déjà un peu de clarté et de paix, quand vous faites l'investigation « Qui suis-je », le mental s'enfonce dans le Soi et se dissout, ne laissant derrière lui que la conscience subjective « Je-Je ». Bhagavan m'a expliqué tout cela en grand détail quand j'allais pour son darshan entre 1938 et 1942.
Annamalai Swami

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