dimanche 3 août 2008

Où sont les chef-d'oeuvres... par Christian Bobin (3)

Par les fenêtres de l'âme, Christian Bobin nous emmène... faire des courses. :







"En face, sur le mur, une peinture de Bonnard. La maison d'enfance du peintre n'était pas loin d'ici. Une des jeunes femmes en parle. Elle porte des vêtements dans les mêmes tons que cette peinture : des couleurs assourdies, des lumières couvant sous la cendre, des couleurs d'été ancien, d'amour perdue. Les armoiries du paradis : rose, lilas. Parler de peinture ce n'est pas comme parler de littérature. C'est beaucoup plus intéressant. Parler de peinture c'est très vite en finir avec la parole, très vite revenir au silence.
Un peintre c'est quelqu'un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence..."

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci Eric pour ce texte ,c'est tout à fait ça être commerçant ,écouter l'autre et ressentir ce qu'il veux exprimer .

"aimer de nouveau son enfance" ses paroles me touchent beaucoup !
Bises

Frédérique a dit…

Quand je crée un tableau, j'y met ce que je suis, les sensations les plus belles et celles qui me font mal. Bonnard dit que ce qui est plus plus intéressant dans le tableau c'est celui qui le regarde (François Cheng exprime un peu cela aussi).
Quand j'observe, j'écoute une personne qui regarde un de mes tableaux, j'éprouve une joie intense : le tableau ne m'appartient plus. L'autre, en le regardant le fait sien. Il aime ou n'aime pas. Cela a peut d'importance au fond. Ce qui compte c'est ce qu'il y met de lui. Quand je fini un tableau, il meurt un peu pour moi. Celui qui le regarde, lui rend un peu de vie, lui donne une autre vie.