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dimanche 1 avril 2012

Regardez ! Regardez ! avec Joshin Luce Bachoux

« Regardez ! Regardez ! » Aussi bref qu'une respiration, aussi plein qu'un tableau, il y en a un pour chaque instant de notre vie : le « haïku », ce court poème japonais, nous montre de petites choses, si légères qu'on ne les voit pas, si habituelles qu'on ne les regarde pas. Il parle du fugace, de l'absolu, de l'instant :
« Au firmament d'automne,
un petit oiseau
aux dimensions du ciel... »
Issa

Comme on voudrait le saisir, l'attraper, juste ce moment ! J'ai les yeux plus grands que la tête et les mains qui me démangent ! C'est que cette matinée est si belle ! Juste fraîche, avec un petit parfum de feu de bois et de rivière. Il est tôt, et les oiseaux, eh bien, s'égosillent, il faut le dire, rien de très mélodieux, mais si joyeux, si pleins de vie qu'ils donnent envie de courir et de sauter... Et puis il y a la neige, et les pins aux fleurs de givre, et peut-être, là-bas, queue rousse, vite disparu dans un fourré, un renard - et on veut croire qu'il est venu voir le soleil se lever, et pas vérifier si la porte du poulailler du voisin est bien fermée !
Oui, il est si parfait ce matin, dans sa beauté et son impermanence, son effervescence et son foisonnement : je ne sais par quel bout le prendre ; je voudrais le ranger dans ma tête, pour le ressortir à l'envi, ou, mieux encore, pouvoir le faire vivre sur le papier... Mais je sens bien qu'il m'échappe, déjà, la lumière change, déjà, le moment est passé, déjà, il est trop tard...D'autres, avant moi, s'y sont essayés :


« Soir : la cloche du temple
arrêtée dans le ciel
par les cerisiers en fleurs. »
Chiyo


Attrapant au vol l'infiniment grand et l'infiniment petit, il nous fait rêver, ou rire, ou frissonner :


« Une par une
les étoiles apparaissent
- quel froid ! »
Taigi

Mais, toujours, il nous interpelle : ne dormez pas ! Tout est autour de vous, toujours... Regardez ! Regardez :


« Crépuscule,
dans l'eau de la flaque
la lumière vit encore... »
Issa

Ces courts poèmes illustrent bien cette phrase du peintre Shitao : « Trouver la profusion, au bord du pas-grand-chose, au bord du rien... »
Au bord du rien : un souffle, une esquisse de geste, un rêve :


« Sur ma paume
une libellule bleue
et son parfum d'eau. »
Kuroda


Le haïku : une évocation, un trait à peine tracé, une émotion attrapée au vol, le cœur qui se serre :


« Sur ce chemin,
nul ne vient,
- soir d'automne. »
Bassho


Oh, il n'est pas toujours romantique ; tout est bon, les gestes les plus quotidiens et les choses les plus ordinaires, il suffit de regarder autrement et nous voyons le comique des petits événements de notre vie :


« Pour vous aussi, les puces,
la nuit est peut-être longue
- mais elle n'est pas solitaire ! »
Issa


Il nous transforme en géant, ou en Lilliputien ; il nous fait ouvrir les yeux à un autre monde, il voit de la poésie là où, souvent, nous ne voyons rien...Ah ! Celui-ci, mon préféré, peut-être, au bord du minuscule, au bord du rien, et tout est là :


« Sur la pointe d'une herbe
dans l'infini du ciel,
une fourmi... »
Hosaï

Regardez ! Regardez !

Joshin Luce Bachoux est nonne bouddhiste. Elle anime la demeure sans limites, temple zen à Saint-Agrève, en Ardèche.

vendredi 17 mai 2024

La vie de l'ombre


 "Matin de printemps 
Mon ombre aussi 
Déborde de vie ! "
Issa



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dimanche 23 septembre 2007

Des haïkus pour une "Phytorelaxation"

Voici trois petite vidéos de moins de deux minutes pour faire entrer la nature en nous sous forme de poésie. Les trois maîtres de haïkus sont :

Matsuo Bashō (1644-1694)
la fraîcheur -
j'en fais ma demeure
et m'assoupis


Buson Yosa (1716-1784)
montant jusqu'au ciel
parfum des fleurs de prunier -
halo de la lune


Kobayashi Issa (1763-1828)
ne possédant rien
comme mon coeur est léger
comme l'air est frais

dimanche 25 février 2024

Dans l’énergie du printemps, allégeons et dépoussiérons nos intérieurs


Dans la maison comme dans la nature, la nouvelle saison s’annonce par un grand nettoyage, une régénération du corps et de l’esprit pour mieux accueillir la vitalité montante. Un coup de fraîcheur revigorant qu’il nous faut préparer. (Par Élisabeth Marshall)

Avec le retour de la lumière me vient depuis quelques jours des envies de ménage et de renouvellement. Des envies d’ouvrir grand les fenêtres, de dépoussiérer les meubles, de dégager l’espace et la vue, de nettoyer les recoins et d’alléger mon intérieur. Comme une cure de rajeunissement pour la maison et pour l’esprit. Repousser définitivement les derniers miasmes de l’hiver, débusquer les coins d’ombre et me laisser porter par l’énergie du printemps qui monte.

On associe depuis toujours, et dans toutes les cultures du monde, le printemps à une forme de nettoyage et de régénération, de la nature comme de l’humain. La saison contient en germe un bouleversement et une vie à l’état brut qu’il nous faut être prêts à recevoir. Tandis que le ciel se lave à grandes eaux de soudaines giboulées, la tradition et le bon sens invitent l'humain à s’alléger par le jeûne et le repos digestif. À se libérer des « stocks » de l’hiver pour remettre son corps en mouvement et au jardin. Une invitation pour la médecine traditionnelle chinoise à nous « mettre au vert », et ce dans une merveilleuse synchronicité avec la nature : au moment où l’on s’attache par la verdure à régénérer le foie, les talus se couvrent de feuilles de pissenlits aux vertus nettoyantes.

L’élan des nouvelles énergies

Pour cette approche taoïste de santé, la saison printanière a débuté dès le mois de février, durant cet entre-deux où tout se met en branle, où les graines commencent à germer, les jours à rallonger. Le printemps nous fait entrer, bien avant le 21 mars, dans l’élan des nouvelles énergies et inspirations. Ne mésestimons pas dès lors l’effort d’adaptation que représente, pour le corps, ce passage vers la renaissance saisonnière, entre fatigue déprimante ou trop plein de tension et d’impatience. Et respirons ! Aérons nos intérieurs, au moins une heure chaque jour. Retrouvons le réflexe de grandes inspirations et expirations devant la fenêtre ouverte ou la pratique des « nettoyages de poumons », ces méthodes ancestrales de pranayama par lesquelles le yoga vise à réveiller notre énergie vitale et à éliminer ce qui nous encombre.

C’est là que mon ménage de printemps révèle aussi tous ses atouts. En substituant à la fatigue visuelle du désordre, de l’accumulation ou de la poussière, un intérieur frais lavé, des vitres de nouveau transparentes, des pièces dégagées où circule la lumière, je me redonne de l’élan et de la vitalité… à moi-même ainsi qu’à tous les visiteurs de la maison. Je me souviens que c’est dans cet esprit que le Japon – l’un des pays les plus propres au monde ! – entretient ses temples zen ou ses intérieurs. Ou que, dans un monastère de Bourgogne, les moniales marquent l’arrivée du printemps en ouvrant grand les voilages d’hiver qui occultaient les fenêtres de la chapelle.

Et il me plaît de déceler de subtiles mais constantes correspondances entre les traditions. De faire miens, en ces jours d’allègement du carême, les mots dansants du poète japonais Issa : « Rien qui m’appartienne sinon la paix du cœur et la fraîcheur de l’air. »

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source : La Vie

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