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jeudi 16 juillet 2026

Rage

 RAGE

"Etes vous prêt à reconnaitre que vous avez en vous le pire du pire et le meilleur du meilleur ?" - Swami Prajnanpad
(Après la "douceur" - l'autre versant, la rage, aussi présente en nous, oui ... )
À chaque recoin de chaque rue
en la ville grondante
ma rage
celle
de tous les humiliés et offensés en moi
chacun
raide de rage
rivé à sa rancoeur
réduit
à rugir
pour un rien
à rêver
de réduire en bouillie
d’autres humiliés et offensés
mes semblables mes frères
rajouter de la rage à la rage
de l’offense à l’offense
de l’outrage à l’outrage
s’époumoner sur les braises
de tant de vieux comptes à régler

Gilles Farcet

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mardi 18 mars 2025

Projections pour nous connaître


 « Tout ce qui nous irrite chez les autres peut nous mener à une meilleure compréhension de nous-mêmes » - Jung

Une fois de plus, les projections améliorent notre auto-connaissance. En même temps que nous nous projetons, nous générons l’opportunité de voir très clairement chez l’autre ce que nous ne sommes pas capables de voir en nous-mêmes. Ou ce que nous ne voulons pas voir… Le paradoxe réside dans le fait que, même sans miroir, nous sommes capable de reconnaître des choses qui nous concernent.

Les projections peuvent se faire par rapport à ce que nous détestons chez l’autre ou par rapport à ce que nous admirons chez d’autres personnes ; ce sont dans tous les cas des choses que nous ne voyons pas en nous. Quand vous vous sentez profondément irrité-e par quelque chose qui, a priori, ne devrait pas vous toucher, demandez-vous si cela peut avoir un lien avec une chose que vous détestez aussi chez vous mais que vous n’acceptez pas.

Il ne s’agit pas d’en arriver à se détester, ce n’est pas du tout ce que voudrait Jung. Il s’agit de comprendre ses propres points obscurs et de les accepter pour pouvoir les changer. Si nous ne passons pas par cela, nous projetterons toujours chez l’autre ce que nous n’acceptons pas de nous-mêmes. Et, une fois de plus, nous serons condamnés à une vie de tromperie et de non-authenticité.

(source : site "Nos Pensées")

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vendredi 14 février 2025

Colère(s)


La colère est mauvaise conseillère. C'est vrai. Mais elle peut être un excellent révélateur.

Dans les arts énergétiques chinois, celle-ci est souvent décrite comme un signe de dysfonctionnement organique (Foie). On oublie qu'en la présentant ainsi, on omet de préciser que c'est au travers d'un regard médical qu'elle apparaît pathologique.

Pourtant, comme toute émotion, celle-ci a intrinsèquement une valeur indispensable à la nature. Elle a un côté parfaitement physiologique, et peut se révéler saine, y compris au niveau spirituel.

Que nous signifie-t-elle dans ce cas ?

Premièrement, que quelqu'un ou quelque chose ne respecte pas nos limites ou nos valeurs. 

Deuxièmement elle peut signaler un décalage entre ce qui nous est dit, ce que la surface montre, et le réel sous-jacent. Autrement dit, la colère est un excellent détecteur de mensonges.

Troisièmement, elle peut signaler une accumulation de frustrations, c'est à dire des élans créatifs bridés ou bloqués.

Dans ces trois cas, cette émotion est saine, à condition de pouvoir en faire qqch de constructif, ce qui est une gageure en soi.

Dans tous les cas, ostraciser la colère de manière systématique est une erreur. Ceux qui le font se coupent d'une forme vitale d'énergie qui agit souvent comme le tonnerre en réorganisant une structure bancale ou fausse.

Quand on n'assume pas sa colère, on la refoule ou on s'en coupe complètement. Refoulement et clivage font à coup sûr le lit d'abus de toute sorte.

Il est urgent de redonner à la colère son juste rôle. Qui doit être temporaire pour rester physiologique et sain d'un point de vue spirituel.

Le Bois nourrit naturellement le Feu. La colère doit trouver sa sortie dans la parole, le cœur, le lien, dans notre dignité intrinsèque.

Sans cela elle stagne au Bois, devient chronique, destructrice intérieurement ou extérieurement. Elle devient violence, tournée vers soi ou vers l'autre, si elle ne peut déverser son énergie au Feu.

Dès lors, apprendre à exprimer sa colère de manière constructive, et donc apprendre à communiquer sainement est un travail aussi important en spiritualité qu'apprendre à méditer correctement.

Bonne observation et pratique !

Fabrice Jordan

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lundi 20 janvier 2025

Que faire de nos émotions (2)

 Comment se déclenchent nos émotions ?


Les émotions nous tombent dessus, elles nous « saisissent », mais leurs mécanismes neurophysiologiques sont aujourd’hui assez bien connus. De récentes études en neurobiologie ont démontré que les émotions sont un mélange de plusieurs facteurs biochimiques, socioculturels et neurologiques.


En stimulant avec des électrodes certaines zones cérébrales, on a notamment localisé quatre grands circuits neuro-anatomiques qui commandent la plupart de nos réactions émotionnelles et de nos comportements. Des chercheurs finlandais ont ainsi pu tracer par thermographie la première carte corporelle de nos émotions. C’est assez édifiant. On voit le corps « s’allumer » en zones chaudes et froides en fonction de la suractivité ou de la sous-activité provoquée par chaque émotion. La colère et la peur se distinguent par une augmentation de l’activité au niveau de la poitrine, « caractérisant vraisemblablement une accélération des rythmes respiratoires ou cardiaques », avec le ventre en plus pour la peur. La honte présente les mêmes réactions corporelles que la peur, mais à un degré moindre, ainsi qu’une suractivité au niveau des joues (rougir de honte). Le dégoût ressemble aussi à la peur, mais avec une diminution de l’activité au niveau de la poitrine et une augmentation au niveau de la bouche. On se souviendra que le dégoût est à l’origine une réaction physiologique destinée à nous dissuader de manger des aliments avariés, quelle que soit notre faim. La tristesse en revanche est associée à une diminution de l’activité du torse et des membres supérieurs, d’où l’expression « baisser les bras » fréquemment employée lorsque l’on se sent accablé. Assez étonnamment, seule la joie, le bonheur diraient d’autres, stimule l’activité de l’ensemble du corps, encore plus que l’amour qui, sans que l’on sache pourquoi, « coupe les jambes ». L’impression de jambes flageolantes souvent ressentie en cas de choc amoureux pourrait donc s’expliquer ainsi.

Pourquoi réprime-t-on nos émotions ?

Au début d’une émotion, il y a toujours une surprise, un choc physiologique, qui provoque des modifications brutales : accélération du pouls, palpitations cardiaques, pâleur, rougissement, tremblement... Alors, forcément, par peur d’être débordé, on a tendance à les réprimer, notamment les émotions négatives.

On pleure devant les images de la Shoah, on crie de colère devant son poste de télé quand la France encaisse un but non mérité, on regarde des films d’horreur pour se faire peur, mais paradoxalement, on s’interdit souvent de vivre ces mêmes émotions dans notre vie quotidienne, la règle étant : «Je ne veux pas éprouver de sensation pénible. » C’est bien plus facile par procuration. Elles font moins mal, nous troublent, mais sans nous ébranler comme le feraient nos propres émotions. Car une vraie émotion, ça secoue toujours un peu physiquement et moralement.

On réprime aussi nos émotions en songeant aux conséquences qu’elles pourraient avoir sur les autres ou sur notre relation avec eux. Et cela pour une multitude de raisons :

• Pour nous conformer aux normes sociales. Par exemple, nous avons appris à ne pas rire pendant un enterrement, fût-il d’une tante particulièrement détestable, à modérer notre joie en cas de succès, à sourire vaillamment quand on a perdu, etc. Tout cela afin de ne pas encourir la désapprobation, les foudres de la bien-pensance.

• Pour coller aux attentes. Ainsi, les femmes peuvent exprimer la tristesse, la peur et d’autres signes de vulnérabilité ; les hommes, la colère, l’animosité et d’autres signes d’hostilité. Le contraire fait désordre et est très mal perçu (les femmes sont alors considérées comme hystériques, des harpies, les hommes comme faibles, des lâches).

• Pour protéger les sentiments des autres. Ainsi, on cache sa déception en recevant un cadeau qui ne nous plaît pas pour ne pas faire de peine à la personne qui nous l’a offert, ou on dit que tout va très bien quand ça va très mal pour ne pas inquiéter quelqu’un qu’on aime.

• Pour se protéger soi, éviter d’être jugé négativement. Par exemple, on ne montre pas sa jalousie par crainte de reproches, voire de représailles, ou on ne manifeste pas qu’on est très envieux des autres parce que cela donnerait une mauvaise image de soi.

Tout cela ne va pas sans un certain nombre de dégâts pour soi. Quand on bloque nos émotions, elles retentissent à l’intérieur. Cela affecte nos sentiments de bien-être, mais aussi notre santé.


De nombreuses observations cliniques ont montré que notre niveau de défenses immunitaires dépendait pour beaucoup de nos émotions*.

Même si on connaît encore assez mal le mécanisme de ces influences, on sait que les émotions négatives (la peur, la colère, la tristesse), quand elles ne sont pas exprimées, occasionnent de nombreux bobos : allergies, asthme, colites, maladies infectieuses. Elles constituent aussi un important facteur de risque dans différentes maladies encore plus antipathiques : affections cardiovasculaires, cancers, etc.

Les effets négatifs de nos émotions sur notre santé sont d’autant plus importants qu’en bloquant nos émotions « moins », on bloque automatiquement nos émotions « plus ». On s’interdit de pleurer, d’exprimer sa colère, et finalement, on ne rit plus, on a de moins en moins de joies, de plaisirs. Cela affaiblit d’autant nos défenses immunitaires, et diminue notre espérance de vie.

Sans émotions, on prend aussi de mauvaises décisions. Des patients à qui manque le bout de cerveau des émotions restent tout à fait capables de raisonner, mais en l’absence de résonance affective, ils n’arrivent plus à se décider, ou décident mal, parce qu’ils ne font plus la différence entre bon et mauvais.

Bref, tout un engrenage toxique dont on ne peut sortir qu’en apprenant à réguler ses émotions de manière à la fois plus confortable pour soi et socialement acceptable, au lieu de les étouffer.

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Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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vendredi 17 janvier 2025

c'est l'avenir qui viendra à vous...

 Q : Je confesse être d'humeur rebelle aujourd'hui. Tout me semble incertain, inutile...


Nisargadatta Maharaj : C'est une humeur profitable. Douter de tout, tout refuser, s'interdire d'apprendre quelque chose d'autrui. C'est le fruit de votre longue sadhana (pratique spirituelle). Après tout, on n'étudie pas éternellement.

Q : J'en ai assez. Cela ne m'a mené nulle part...

M : Ne dites pas nulle part. Cela vous a mené où vous êtes maintenant. 

Q : Toujours l'enfant et ses accès de colère ! Je n'ai pas avancé d'un pouce.

M : Vous avez commencé comme enfant, vous finirez enfant. Vous devez perdre tout ce que vous avez gagné et finir comme vous avez commencé. 

Q : Mais l'enfant se rebiffe ! Quand il est en colère, quand on lui refuse quelque chose, il se met à trépigner. 

M : Laissez-le trépigner. Regardez-le seulement, quand il trépigne. Et si vous avez trop peur des autres pour trépigner avec conviction, constatez-le. Je sais que c'est un travail douloureux. Mais il n'y a pas de remède, sauf de renoncer à chercher des remèdes. 

Si vous êtes en colère ou dans la peine, situez-vous hors de la colère et de la peine : observez-les. L'extériorisation est le premier pas vers la libération. Éloignez-vous et regardez. Les événements physiques continueront d'arriver, mais, en eux-mêmes, ils n'ont aucune importance. C'est le mental seul qui compte, quoi qu'il arrive. Vous ne pouvez pas trépigner et hurler dans les bureaux d'une compagnie aérienne ou d'une banque, la société ne le permet pas. Si vous n'aimez pas leurs manières, ou si vous n'êtes pas prêt à les accepter, ne voyagez pas et n'ayez pas d'argent. Marchez, et si vous ne pouvez pas marcher, ne voyagez pas. Si vous avez affaire à la société, vous devez accepter ses usages, car ce sont les vôtres. Vos besoins et vos demandes les ont créés. Vos désirs sont si complexes et si contradictoires qu'il n'est pas étonnant que la société que vous créez soit, elle aussi, complexe et contradictoire.

Q : Je le vois bien et j'admets que le chaos extérieur n'est qu'un reflet de mon propre manque intérieur d'harmonie. Mais quel est le remède ? 

M : Ne cherchez pas de remèdes. 

Q : Quelquefois on est dans un état de grâce et la vie est heureuse et harmonieuse. Mais un tel état ne dure pas ! L'humeur change et tout va mal.

M : Si vous pouviez seulement vous tenir tranquille, les attentes et les mémoires éclaircies, vous seriez capable de voir la belle mise en place des événements. C'est votre agitation abrutissante qui cause le chaos. Vous voulez des résultats immédiats ! Nous ne faisons pas de magie ici. Tout le monde fait la même erreur : refuser les moyens mais en voulant la fin. Vous voulez la paix et l'harmonie dans le monde mais vous refusez de les avoir en vous. Suivez mon conseil avec confiance et vous ne serez pas désappointé. Je ne peux résoudre vos problèmes simplement par des mots. Vous devez agir conformément à ce que je vous dis et persévérer. 

Ce n'est pas le conseil juste qui libère mais l'action qui se fonde sur lui. Voyez le docteur qui dit au patient, après lui avoir fait une piqûre : "Maintenant, restez tranquille. N'en faites pas plus, restez seulement tranquille" ; je vous dis comme lui : vous avez eu votre piqûre, maintenant restez tranquille, seulement tranquille. Vous n'avez rien d'autre à faire. Mon guru a fait la même chose. Il m'aurait enseigné quelque chose et ensuite aurait dit : "Maintenant restez tranquille. N'allez pas ruminer tout le temps. Arrêtez. Soyez silencieux."

Q : Je peux rester une heure tranquille le matin, mais la journée est longue et beaucoup de choses arrivent qui jettent à bas mon équilibre. C'est facile de dire : "Faites le silence", mais dites-moi comment, au milieu des hurlements en moi et autour de moi, peut-on y parvenir ? 

M : Tout ce qui doit être fait peut être fait dans le silence. Il n'y a aucune raison d'en être bouleversé.

Q : Tout ça n'est que théorie qui ne colle pas aux faits. Je vais retourner en Europe où je n'ai rien à faire. Ma vie est totalement vide... 

M : Essayez simplement d'être calme, tout viendra à vous, le travail, la force de le faire, la motivation juste. Faut-il que vous sachiez tout d'avance ? Ne soyez pas angoissé par votre avenir, soyez tranquille aujourd'hui et tout se mettra en place. L'inattendu arrivera certainement alors que l'attendu peut ne jamais se produire. Ne me dites pas que vous ne parvenez pas à contrôler votre nature. Il ne vous est pas nécessaire de la contrôler. Jetez-la par-dessus bord, n'ayez pas de nature à combattre ou à laquelle vous soumettre. Aucune épreuve ne vous blessera pourvu que vous n'en fassiez pas une habitude. Vous êtes la cause subtile de l'univers entier. Tout EST, parce que vous êtes. Accrochez-vous fermement et profondément à ce point – demeurez-y. Réaliser ceci comme absolument vrai, c'est la libération. 

La nature n'est ni plaisante ni déplaisante. Elle n'est qu'intelligence et beauté. La souffrance comme le plaisir ne sont que dans le mental. Changez votre échelle de valeurs et tout changera. Le plaisir et la souffrance ne sont que des perturbations des sens ; acceptez-les tranquillement, ils ne seront plus que béatitude. Puisque le monde est ce que vous en faites, rien ne vous empêche de le faire heureux. Seul le contentement peut vous rendre heureux. Des désirs assouvis naissent de nouveaux désirs. Se garder de tout désir, se contenter de ce qui vient de soi-même, est une attitude très fructueuse – un premier pas vers l'état de plénitude. Ne méprisez pas sa stérilité et sa vacuité apparentes. 

Croyez-moi, c'est la satisfaction des désirs qui engendre la misère. La liberté vis-à-vis du désir est béatitude. 

Q : Il y a des choses dont nous avons besoin... 

M : Ce dont vous avez besoin se présentera à vous si vous ne désirez pas ce dont vous n'avez pas besoin. Mais peu de gens atteignent cet état de lucidité totale et de complet détachement. C'est un état très haut, le seuil même de la libération.

Q : Ces deux dernières années, j'ai été stérile, désolé, vide, souvent j'ai appelé la mort...

M : Avec votre présence ici, les choses se sont mises en marche. Laissez-les se produire comme elles arrivent. Le tri se fera convenablement de lui-même en fin de compte. Ce n'est pas la peine de vous battre pour l'avenir – c'est l'avenir qui viendra à vous. Pendant un certain temps encore, votre démarche sera celle d'un somnambule, comme aujourd'hui, dépourvue de sens et d'assurance ; mais cette période aura une fin et vous trouverez votre travail fructueux et facile. 

Il y a toujours des moments où on se sent vide et détaché. De tels instants sont des plus désirables car ils montrent que votre âme a largué ses amarres et vogue vers des pays lointains. C'est cela le détachement : quand on en a fini avec le vieux et que le nouveau n'est pas encore arrivé. Si vous avez peur, cet état peut être éprouvant ; mais il n'y a là rien dont vous puissiez être effrayé. Souvenez-vous de cette instruction : quoi qu'il vous arrive – dépassez-le.

~ Nisargadatta Maharaj 

Je Suis, chapitre 53

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mercredi 15 janvier 2025

Que faire de nos émotions (1)

 « N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir. » Vincent Van Gogh, lettre à son frère Théo


Notre corps est souvent traversé d’émotions qui ont un impact immédiat sur notre sentiment de bien-être subjectif. On en a tous fait l’expérience, plutôt deux fois qu’une, et parfois à nos dépens.

Positives ou négatives, les émotions que nous ressentons ne sont malheureusement pas toujours désirables.

On verra dans ce chapitre que nous avons souvent toutes les raisons de ravaler notre colère, de cacher nos peurs et de refouler nos larmes ou, au contraire, d’en rajouter dans la bonne humeur. Mais on s’attachera surtout à montrer que nous ne sommes aucunement obligés d’être « pris en otage » par nos émotions, pour utiliser une expression à la mode. Et qu’un bon usage de nos émotions contribue fortement à notre niveau de bonheur.

Commençons par quelques précisions. Le mot émotion vient du latin motio, « mouvoir » : c’est « ce qui met en mouvement ». En cela, les émotions se distinguent des sentiments. Quand je pense que plusieurs millions d’enfants meurent de faim chaque année dans le monde, j’éprouve un sentiment de tristesse. Mais quand j’apprends la mort d’un proche et que je pleure, c’est une émotion. Un sentiment ne vous fera jamais fuir ou vous battre ; une émotion, oui.

L’émotion se distingue aussi de la passion qui vient du latin passio, lui-même venu du grec pathos (qui nous a donné « pathologie »), tous deux signifiant « souffrance ». La passion est donc pour l’essentiel négative. Elle a une dimension de passivité (on ne peut que la subir) que n’a pas l’émotion, qui nous pousse plus souvent à l’action.

À quoi ça sert, les émotions ?

On a tous un jour ou l’autre été submergé par une émotion incontrôlable. Crise de colère ou de larmes, fou rire, trac... Dans tous les cas, nos émotions fonctionnent comme des soupapes : ce sont des « décharges d’urgence » qui nous permettent de nous libérer de nos tensions. Et de nous adapter physiquement et socialement.

Darwin est l’un des tout premiers à s’en être aperçu :« L’expression, ou le langage des émotions ainsi qu’on l’a quelquefois nommée, a certainement son importance pour le bien de l’humanité. »

Dans leurs formes les plus intenses et brèves, du type grande frayeur ou grosse colère, nos émotions se réduisent à des réactions instinctives de défense (fuite ou agression) ou d’approche (repliement sur soi, soumission). Grâce à elles, nous sommes capables d’agir d’instinct, très vite, sans réfléchir, et donc de mieux faire face à des dangers potentiels. Elles permettent aussi de faire l’économie du langage et de communiquer très rapidement en situation d’urgence. Quand une bombe explose ou qu’un ours débarque sur le camping, on n’a pas le temps de discuter. Une expression de peur vaut mieux qu’un long discours, tout le monde comprend immédiatement qu’il faut ficher le camp.

De nombreux travaux ont confirmé l’universalité des expressions émotionnelles. Partout dans le monde, les émotions de base — peur, colère, tristesse, dégoût, joie, surprise — activent les mêmes muscles du visage, et tout le monde est capable de les reconnaître. Un Papou sait « lire » les émotions d’un Américain, qui sait « lire » les émotions d’un Japonais, qui comprend quand vous ouvrez grand les yeux si votre surprise est bonne ou mauvaise.

Notons d’ailleurs que des émotions comme la colère et la peur et les réactions qui leur sont associées, le combat ou la fuite, ne sont pas spécifiquement humaines. On les retrouve chez presque tous les animaux.

On peut d’ailleurs se demander s’il y a vraiment six émotions de base. La surprise ne serait-elle pas un sous-genre de la peur ; le dégoût, de la colère ? Certains n’en imaginent que quatre : la peur, la colère, la tristesse et la joie, qui seraient liées aux quatre temps de la respiration, on en verra plus bas l’intérêt. Mais d’autres, en allant plus loin dans la nuance, en voient beaucoup plus. James Russel, un psychologue américain, a proposé par exemple une classification des émotions en fonction de leur caractère agréable ou non, et de leur dynamique plutôt active ou non.

Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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A suivre...

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mercredi 3 avril 2024

Contrôle du contrôle

 


Lors de la méditation d'hier ... nous avons tenté d'explorer notre besoin de tout contrôler, afin de réaliser ce que nous pouvons réellement contrôler.

C'est un sujet important car la sensation de perte de contrôle est à la base de beaucoup de nos colères et donc de notre mal être.

N'oublions pas que nous souhaitons tous mettre fin à notre mal être, mais que nous sommes relativement confus quant à l'origine de notre mal être. Lâcher l'illusion ou la nécessité de devoir contrôler certaines choses et situations pourrait nous permettre de diminuer notre mal être.

Je vous souhaite une belle journée à vous tous, conscient que le contrôle que vous avez sur l'instant qui va juste arriver est relativement limité.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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lundi 6 février 2023

Espace d'accueil

 


Il est naturel d'éprouver du ressentiment envers une personne qui nous blesse et nous fait souffrir.
Il est également humain de ressentir de la sympathie et de l'affection pour quelqu'un qui nous comble et participe à notre bonheur.
Lorsque vous vous engagez sur une voie spirituelle, vos ennemis sont déterminants quant à votre pratique.
Ils représentent une occasion et une chance uniques de progresser en vous aidant à développer la patience, la tolérance, l'amour et la compassion.
La tolérance envers ceux qui nous font du tord ne suppose en aucun cas de subir l'injustice.
Se montrer tolérant nécessite de mettre en place une action volontairement différente et dénuée de tout sentiment négatif comme la haine et la colère.
Nos amis ne nous permettent pas de cultiver la patience, cette force et cette détermination de l'esprit. Seuls nos ennemis détiennent cette capacité à nous éduquer.
Notre but n'est pas de devenir insensible ou indifférent en développant une attitude égale, envers tous les êtres.
Il faut avant tout poser de nouvelles fondations, créer un espace de liberté dans notre esprit.
C'est à partir de cet espace qu'il est possible d'engendrer des pensées et des émotions positives.
La patience est le seul moyen qui permet de dépasser la souffrance.
La forme de la patience la plus élevée consiste à accepter les épreuves avec joie.
Elle nous permet de développer la persévérance.
Le Dalaï Lama

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samedi 17 septembre 2022

Vacuité de l'émotion


"Les émotions négatives ne sont pas nos amies. Pour cette raison, l’analogie que je vais employer ici, bien qu’un peu gênante, va droit au cœur du sujet. Pour vaincre rapidement une armée ennemie en combattant le moins possible, la meilleure stratégie consiste à identifier le guerrier le plus fort et à le mettre hors de combat en premier. De la même manière, la plupart des gens ont une émotion négative qui est plus forte que toutes les autres. Si vous pouvez commencer par purifier celle-là d’abord, les autres vont perdre leur pouvoir et battre en retraite en posant relativement peu de problèmes. Pour saper le pouvoir des émotions négatives, vous avez tout d’abord besoin de les comprendre. Pour comprendre correctement quelque chose, il faut l’observer et la meilleure façon d’observer une émotion négative puissante est de le faire dans le laboratoire, sous contrôle, de votre propre établissement dans un état de calme, où l’esprit est libre de toute pensée. Nous pouvons prendre la colère comme exemple. 

Pendant que nous méditons, après avoir établi pendant quelques temps l’esprit centré sur un point, sur la clarté et la vacuité, mettez-vous dans une rage terrible. Plus forte sera l’émotion, plus fort sera le contraste, plus il y aura de choses à observer et meilleur ce sera pour la pratique. Il peut être assez difficile de faire s’élever une telle émotion négative à partir d’un état de profonde tranquillité, mais vous pouvez avoir recours à votre imagination pour penser à une situation qui vous est déplaisante et vous met en colère ; ou alors faites appel à vos souvenirs – rappelez-vous une circonstance où vous avez été profondément offensé, blessé ou attaqué. 

Une fois que cette émotion s’est élevée, vous devez contempler aussi objectivement que possible, et de façon analytique, sa nature et ses attributs.

D’où vient-elle ?

A-t-elle une forme ?

Un lieu ?

A-t-elle une substance quelconque ?

Vous allez mettre à nu ses qualités illusoires et elle va se dissiper d’elle-même. Lorsque l’émotion se dissout, l’esprit demeure à nouveau dans son état naturellement pur. Cette pratique, vous pouvez l’appliquer au désir, à la jalousie ou à toute autre émotion perturbatrice. 

Stimulez, étudiez, neutralisez. En développant cette habitude et cette capacité, vous serez de plus en plus à l’aise pour analyser la nature de tout ce qui s’élève dans l’esprit. Quand vous comprenez cela, tout ce qui apparaît disparaît de lui-même."

Cet exercice est tiré du livre de Shamar Rinpoché « Lo Djong, la voie vers l’Eveil ».

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mardi 2 août 2022

Ma foi, faut-il se faire de la bile ?


Du grec χολέρα, qui signifie non pas bile, mais choléra. Colère n'est entré qu'assez tard dans la langue ; le mot habituel dans les âges anciens était ire ; puis est venu chole, bile (χολὴ, bile) ; chaude chole, pour dire emportement, a été longtemps usité.

Se mettre en boule disait Bile...



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“Ne m’accorde pas de répit, ne me pardonne jamais.

Harcèle mon sang, que chaque cruauté soit toi qui reviens.

Ne me laisse pas dormir, éloigne de moi la paix !

Alors je gagnerai mon royaume

et lentement je naîtrai.

Ne me perds pas comme une musique facile, ne sois pas caresse ni gant,

taille-moi comme un silex, désespère-moi.

Garde ton amour humain, ton sourire, tes cheveux. Donne-les.

Que vienne vers moi ta colère sèche d’allumette et d’écailles.

Crie. Vomis du sable dans ma bouche, casse-moi la gueule.

T’ignorer en plein jour m’importe peu

et savoir que tu joues face au soleil et à l’homme.

Partage-le.

Je te demande la dure cérémonie de l’entaille,

ce que personne ne te demande : les épines

jusqu’à l’os. Arrache-moi ce visage infâme,

Oblige-moi à crier enfin mon véritable nom.”

Julio Cortázar

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lundi 11 avril 2022

Nécessité du repos et de la pause sourire

 La fatigue, voire l'épuisement, sont à l'origine de nombreux conflits. (Hexagramme 47)

Après le repos, chat va toujours mieux. D'où la nécessité de s'offrir du temps pour accueillir ce qui vient à nous. Bonne semaine.


L'image ci-dessous nous démontre l'importance de se poser ;-)



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mardi 4 janvier 2022

Laisser des cailloux sur le chemin



 « La véritable mesure du développement spirituel tient à la capacité d’un individu à gérer ses émotions destructrices, comme la jalousie et la colère, - pas à l’obtention d’états inhabituels par la méditation, ni à l’exhibition de prouesses physiques. »

Daniel Goleman

(source : Fabrice Jordan)




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mardi 28 décembre 2021

Les voix du coeur

 Vous arrive-t-il de vous demander pourquoi nous crions lorsque nous sommes fâchés ? Voici de quoi réfléchir...

Un sage hindou, en visite au Gange pour prendre un bain, remarque un groupe de personnes criant les unes après les autres.

Il se tourne alors vers ses disciples, sourit et demande : Savez-vous pourquoi les gens crient les uns après les autres lorsqu'ils sont en colère? Les disciples réfléchissent pendant un moment et l'un d'eux dit finalement : C'est parce que nous perdons notre calme. 

Mais, pourquoi criez-vous quand l'autre personne est juste à côté de vous, demande le guide. Vous pourriez tout aussi bien lui dire ce que vous avez à dire d'une manière plus douce.

Puisqu’aucune des réponses des disciples n'était suffisamment satisfaisante pour le sage, il a finalement expliqué :

Quand deux personnes sont en colère l'une contre l'autre, leurs cœurs sont séparés par une grande distance. Pour couvrir cette distance, elles doivent crier, sinon elles sont incapables de s'entendre l'une et l'autre. Alors plus elles sont en colère, plus elles auront besoin de crier fort.

Qu'est-ce qui se passe lorsque deux personnes tombent en amour ? Elles ne crient pas l’une après l'autre. Elles se parlent doucement parce que leurs cœurs sont très proches. La distance entre eux est soit inexistante, soit très faible.


Et le sage continua...

Quand elles s'aiment encore plus, que se produit-il ? Elles ne se parlent pas, elles chuchotent et obtiennent encore plus de proximité et plus d'amour. Enfin, vient un moment où elles n'ont même plus besoin de chuchoter, elles se regardent seulement et se comprennent. Puis il regarda ses disciples et leur dit :

Ainsi, quand vous discutez les uns avec les autres, ne laissez pas vos cœurs s'éloigner. Ne dites pas les mots qui vous éloignent davantage, ou bien viendra un jour où la distance sera si grande que vous ne trouverez plus le chemin du retour. 

Suite à cette lecture, puisse nos cœurs éviter l'éloignement. ❣️

Nicole Charest

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lundi 12 octobre 2020

Nous et les autres



Chaque individu est un enfant de l'univers et il chemine selon un plan établi. En respectant et en honorant notre propre part divine, nous en ferons autant avec autrui. Lorsque nous sommes confrontés à des personnes cyniques, rebelles, en colère, c'est qu'elles ont un malaise psychologique non résolu, en ayant un comportement doux et compatissant envers l'agressivité de l'autre, nous lui insufflons un peu de douceur. Comprendre la déchirure intérieure dont la personne est victime nous aide à faire preuve de plus de compassion, de pardon.
Les frictions, les colères intérieures sont des barrières qui empêchent la sagesse de notre moi profond de parvenir à notre conscience. Communiquons, aux autres, amour et chaleur pour les aider à atteindre le sentiment d'harmonie que nous envoyons.
Si nous sommes confrontés à des comportements violents émotionnellement, il est important de plonger en soi-même et de se demander s'il est possible que les réactions de rejet, d'hostilité que nous témoignent les autres sont le reflet de nos propres déceptions et frustrations ?
N'essayons pas de changer les autres, ils agissent en fonction d'une éducation, de conditionnements, de schémas mis en place. Si nous pouvons les aider, si le moment est arrivé pour eux, allons vers leur divinité, si le temps, pour eux, n'est pas encore venu, confions les à l'univers qui les guidera et continuons notre route sans culpabilité de n'avoir pas pu aider et encore moins sauver, ce n'est pas notre rôle.
Envoyons paix, amour et lumière pour que la paix de l'âme soit.

Monique Damel
La Voie de l'Etoile.

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dimanche 7 juin 2020

Spontanéité de l’instant


Se laisser ressentir que tout ce qui survient est absolument sans problème.
Et si cela n’est pas ressenti comme tel, simplement laisser la porte ouverte à cela,
Dire oui à la possibilité que cela puisse être ainsi.
Car penser est absolument sans problème,
Éprouver de la peur est absolument sans problème,
Se faire du souci pour un proche est absolument sans problème,
Se sentir « envahi » par une énergie forte de colère est absolument sans problème,
Pleurer de joie est absolument sans problème,
Être amoureux de la vie est absolument sans problème…..
Tout ce qui survient est absolument sans problème car rien n’est personnel. Personne n’en est l’auteur.
Lorsque ceci est reconnu, tout peut se détendre, c’est un véritable cadeau.
La recherche de « sens », de mieux-être s’évanouit,
Les jugements et résistances se dissolvent d’eux-mêmes, la dualité s’estompe et s’efface.
Tout survient, simplement.
Rien n’a changé dans le monde, c’est la perception que l’on en a qui s’est transformée. 
C’est la libération, la « magie » de la vision.
Je suis cela en qui tout survient, simplement. Gratitude.
Marion
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jeudi 9 avril 2020

L'homme est le cancer de la Terre


"La paix, m'a dit mon grand-père,
c'est l'âme humaine en harmonie avec le Tout.
S'il n'y avait plus aucun homme dans cette conscience,
sais-tu ce qu'il adviendrait ?
J'ai répondu non je ne sais pas.
Il a ri.
Mais le monde disparaîtrait !"



"Toute notre culture est basée sur la peur. 
Toutes nos énergies sont consacrées à refuser la mort. 
Et nous ne voyons pas qu'à refuser la mort 
c'est à la vie que nous disons non. 
Car la mort et la vie ne sont qu'une seule et même réalité. 
Cela, les Indiens le savent.
(...)

Nous, les Blancs, qui dominons le monde, 
avons trop peur de sentir la vie parcourir notre chair, 
trop peur de savourer notre appartenance à la Terre, 
parce que c'est aussi garder mémoire 
qu'il faudra retourner, un jour, à la terre.
L'Indien sait, d'un savoir cellulaire, 
qu'il n'est pas distinct de la Terre
 dont il provient et dont il est fait. 
Avec mes frères, 
j'ai appris à marcher pieds nus sur la terre brûlante, 
comme eux je me suis étendu sur la Terre 
à me laisser bercer par la pulsation profonde de sa vie.
Aimer la vie, me disait Lololma, 
c'est se souvenir que l'on n'est rien. 
L'homme blanc préfère se faire croire qu'il est tout. 
Il est rempli de haine pour la Terre dont il est fait. 
Il veut la posséder. 
Il met la Terre en demeure de produire,
 toujours davantage. 
Il ne veut aucune limite à sa puissance. 
Il détruit ce qui lui échappe, 
il se rend sourd et aveugle à ce qu'il ne peut détruire.
Il ne connaît plus rien du Grand Mystère." 
.
"Nous sommes une partie de la Terre. 
Mais nous avons cessé de collaborer avec la Terre. 
L'être humain prolifère et se développe 
conformément à des fins qui sont les siennes, 
et ne sont pas celles du Tout. 
L'homme prolifère et se développe exactement 
comme des cellules cancéreuses dans un organisme : 
anarchiquement, et sans être reliées à la logique de l'ensemble.
L'homme est le cancer de la Terre."


Denis Marquet
"Colère"
Source : Blog "Le Fil d'Ariane"

Résumé du livre :
"La Terre. 
Exploitée, martyrisée, défigurée. 
La Terre se révolte. 
Séisme, raz de marée, ouragans, 
éruptions volcaniques, virus foudroyants...
Face à une série de cataclysmes sans précédent, 
les scientifiques du monde entier sont sans réponse. 
Une femme, elle, a compris. 
Parce qu'elle a su payer le prix. 
Mais le monde est-il prêt à écouter une femme ?"

mercredi 11 mars 2020

L'art de s'arrêter


Nous devons apprendre l’art de nous arrêter - arrêter nos pensées, nos énergies d’habitude, notre oubli et les émotions fortes qui nous gouvernent. [...] La pleine conscience est l’énergie qui nous permet de reconnaître notre énergie d’habitude et de l’empêcher de nous dominer. [...] 
Nous avons besoin d’éclairer de la lumière de la pleine conscience chaque chose que nous faisons, afin que l’obscurité de l’oubli puisse disparaître. [...] 
Nous devons apprendre à devenir solides et stables comme un chêne, pour ne pas être emportés d’ici de la par la tempête. Le Bouddha nous a enseigné de multiples techniques pour nous aider à calmer notre corps et notre esprit et les regarder profondément. Ces techniques peuvent être résumées en cinq étapes :


Reconnaître : Si l’on est en colère, on dit : « Je sais que la colère est en moi. »

Accepter : Si l’on est en colère, on ne le nie pas. On accepte ce qui est présent.

Embrasser : On prend sa colère dans ses bras comme une mère prendrait son bébé en pleurs dans ses bras. Notre pleine conscience embrasse notre émotion et cela suffit déjà à calmer notre colère et à nous calmer.

Regarder profondément : Une fois notre calme retrouvé, nous pouvons regarder profondément ce qui a fait naître cette colère, ce qui a causé la gêne de notre bébé. 

Pratiquer la vision profonde : Le fruit du regard profond est la compréhension des nombreuses causes et conditions, principales et secondaires, qui ont fait naître notre colère, qui ont fait pleurer notre bébé. 
Notre bébé a peut-être faim, à moins que sa couche ne soit trop serrée. Notre colère a été déclenchée par les paroles blessantes qu’un ami vient de nous dire, et soudain on se rappelle qu’il ne va pas très bien aujourd’hui parce que son père est sur le point de mourir. Nous continuons de pratiquer le regard profond jusqu’à commencer à comprendre ce qui a pu causer notre souffrance. Avec la vision profonde, nous savons ce qu’ il faut faire et ne pas faire pour changer la situation.

Thich Nhat Hanh

source : anthologie de la Vigilance  - Marie Chantale Forest - Editions Accarias L'originel
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vendredi 19 avril 2019

Quand le silence des mots réveille la violence des maux (3)

La cause d’une maladie n’est pas son sens

Dans trop de démarches de compréhension et de « soins » il y a confusion entre la recherche de la cause (pour expliquer, justifier la maladie) et la tentative d’en comprendre le sens.
Trop souvent, en effet, nous donnons une explication à la maladie, c’est-à-dire que nous trouvons une cause matérielle ou physiologique ou une cause psychologique. « Depuis que mon mari m’a quittée, j’ai des insomnies ».
Cette tentative d’explication d’une somatisation, d’un dérangement, d’un dysfonctionnement constitue pour moi un leurre. Il ne s’agit pas de rechercher la cause, l’explication de la maladie, du traumatisme mais bien sa signification, c’est-à-dire concevoir la maladie comme un langage dans une chaîne de signifiants qui nous échappe. Ainsi les insomnies de cette femme peuvent avoir comme sens une auto-privation, une punition qu’elle s’inflige pour avoir désobéi à son père qui lui avait dit: « tu ne dois pas te marier avec un type comme ça, tu me déçois beaucoup ». Cherche-t-elle ainsi à renouer avec son père, à lui marquer son allégeance: « tu avais raison papa, regarde comme je suis punie ». Nous n’en savons rien, mais en « travaillant » sur la recherche du sens, plus que de la cause, nous obtenons souvent un changement, un abandon du symptôme, une restructuration d’une relation essentielle.
Quelle signification prennent ces otites chez ce bébé? « Maman, tu ne m’entends pas, tu n’entends rien ». C’est bien d’oreilles à déboucher qu’il s’agit, mais pas de celles que l’on croit.
Combien de psoriasis invincibles, traités, soignés depuis plusieurs années par des dermatologues compétents… mais parfois sourds, vont « éclater », se dissoudre littéralement quand la violence qui les contient pourra se dire.
La colère terrible de cette femme de trente-deux ans contre sa sœur qui lui avait volé le prénom de sa poupée… à cinq ans, lui permettra de « lâcher » un psoriasis tenace… qui ne demandait qu’à être entendu !
C’est le retour du refoulé qui va libérer ces points de fixation, d’ancrage et permettre de lâcher prise sur une « inscription, un germe de conflit, un point de tension ».
Bien sûr, la mère de cette jeune adolescente de treize ans ne sait pas qu’elle inscrit dans le corps de sa fille un « jugement sans appel » contre ces gens qui ne savent pas aimer une seule personne à la fois » (elle parlait peut-être de son ami qui a plusieurs relations). Et quand cette jeune fille de quinze ans va se sentir attirée par deux garçons à la fois… elle sera prise de violentes crises (diagnostiquées comme crises d’appendicite) – c’est son conflit qu’elle dira (je tiens à eux, à tous les deux) ou son attachement à sa mère (je ne veux pas la décevoir) et à l’image qu’elle a intériorisée (je ne veux pas être vue comme une fille facile ou une putain..). A la troisième crise (quelques minutes avant de partir à l’hôpital pour l’opération de l’appendice), un échange avec un ami de passage « ouvrira » le conflit, fera éclater « l’abcès » de ses contradictions et lui permettra de s’accepter mieux dans ses attirances multiples.
Stéphane a huit ans, c’est le soir de son anniversaire. Sa mère, célibataire, a réuni autour de lui ses grands-parents et une tante. Tout s’annonce bien, il est joyeux, détendu. Et puis le téléphone sonne, c’est l’ami de sa mère qui souhaiterait passer quelques jours avec elle. Elle l’invite, donc. Très peu de temps après l’arrivée de l’ami, Stéphane commence une poussée fébrile, il sera ausculté, palpé avec prise de température, il a 40°8. Il s’alitera. Le repas d’anniversaire se passera sans lui… autour de l’ami de maman.
Cette petite fille de dix ans et demi rentrant de camp de ski fut prise de maux de ventre violents, de vomissements, de malaises. Cela dura plus de deux mois jusqu’au moment où elle put dire à sa grand-mère qu’elle avait embrassé un garçon sur la bouche et qu’elle avait entendu à la radio que le sida pouvait s’attraper par le baiser.
Paule, mariée depuis douze ans, deux enfants, est enceinte pour la troisième fois. Son mari n’accepte pas sa grossesse et lui dit: « si tu gardes ce troisième enfant… je divorce. » Paule fera une IVG et depuis, elle a des hémorragies importantes, brutales, irrégulières. Sur le plan physique « tout est en règle ». Qui lui permettra « d’entendre » où se trouve sa blessure? Qu’est-ce qui saigne en elle? Qui l’écoutera pour qu’elle entende, elle, cette partie blessée qui s’est révélée avec l’interruption de grossesse? Paule mettra ainsi six ans (avec l’aide d’un tout petit évènement) pour découvrir et reconnaître que ce qui était blessé, « fissuré » en elle, c’est la relation avec son mari. L’enjeu qu’il avait posé, « c’est moi ou l’enfant », avait cassé quelque chose dans leur relation… et le sang des hémorragies disait cette béance entre eux.
Il s’appelle Jean et c’est le prénom du frère de la mère, mort très jeune. Il porte ce nom comme une trace, celle de la blessure vécue par sa mère, petite fille, qui adorait ce grand frère. Comment peut-il avoir du plaisir et se présenter comme un être de sensualité? Sa fidélité… lui dictera de s’autopunir, de s’anesthésier au niveau des sens et du plaisir et de ne pas entretenir trop vivante la vie qu’il porte. Jean a une relation suivie avec une jeune femme depuis six ans, mais il n’éprouve « aucun plaisir avec elle ». Ses érections ne le conduisent qu’à s’introduire puis à attendre… et il ne se passe rien. Son « impuissance » à entrer dans le plaisir le conduit à consulter un sexologue.
Pierre est un Israélien qui fait ses études en France. Il fréquente une jeune fille avec laquelle il vit et dans quelques mois, il aura son diplôme d’ingénieur. Ses parents décident de venir le voir, avec l’intention de lui rappeler ses engagements à l’égard de son pays, c’est-à-dire qu’il devra rentrer après son diplôme. Pierre est partagé, il aime son amie, il s’est attaché à la France et n’envisage pas de rentrer « tout de suite » dans son pays. Quand ses parents décident d’abréger leur séjour et de repartir, Pierre propose de les accompagner en voiture à l’aéroport. Sur l’autoroute, juste à quelques kilomètres de l’aéroport, il s’arrête dans un parking pour satisfaire un besoin élémentaire et… en descendant simplement de sa voiture… il se casse une jambe (double fracture, hospitalisation, plaques de fixation…). Pierre, lui, ne croit pas du tout que cet « accident » a un quelconque rapport avec son conflit et sa relation à ses parents… ou à son amie. Si nous ajoutons que la première épreuve de son examen devait avoir lieu la semaine suivante… qui faudra-t-il convaincre ?
Jeanne a décidé de se marier quoi qu’il arrive avant la fin de l’année. Le jour du réveillon du nouvel an, au cours du repas, elle s’engage à l’égard d’un ami, de façon impromptue mais formelle… Toute sa famille est présente. Et le lendemain matin elle se réveille « malade comme une bête ». Pendant trois mois, elle sera malade tous les jours avec les mêmes symptômes (maux d’estomac, brûlures, maux de tête…). Au bout de trois mois elle part au Maroc avec son ami et décide de prendre la pilule. Au retour, les symptômes s’amplifient et se polarisent sur les huit jours précédant les règles. « Chaque mois pendant toute une semaine j’étais malade à en crever ». Elle se marie à l’automne et pendant seize ans elle sera ainsi chroniquement malade, dérangée, en souffrance plusieurs jours par mois… sauf dans les deux périodes de sa grossesse. « Les nausées de la grossesse, connais pas… ». Dans son couple, pendant toutes ces années, pas de disputes, pas de reproches, pas de revendications. « Jamais un mot plus haut qu’un autre, mais jamais plus bas non plus… ». « Nous étions vus comme le couple idéal ». Un jour un conflit éclata entre son mari et elle. « Une sorte de révolte m’a prise. J’ai hurlé, je suis malade depuis que je te connais, je n’avais rien eu avant… Tu te présentes comme une victime mais c’est moi qui suis coincée dans notre relation ». Après cette « sortie » sauvage, véhémente, mes maux disparurent et je retrouvai ma santé de jeune fille… mais la relation avec mon mari, elle, devint difficile, c’est-à-dire réelle. J’avais commencé à changer et surtout à reconnaître combien mon engagement du réveillon de fin d’année était un passage à l’acte et non un véritable désir… que j’avais payé pendant tant d’années avec mes somatisations. J’ai pu dire plus tard à mon mari que la colère que j’exprimais envers lui, c’était contre moi que je l’avais de m’être dupée moi-même. »
Marie, mère de trois enfants, a perdu à neuf ans son père qui en avait trente-neuf. Elle se souvient bien de l’évènement. Elle faisant ses devoirs à la fin de l’après-midi, à la « tombée de la nuit », quand son père s’est levé, a fait quelques pas puis est tombé comme une masse près de la cheminée. Pendant des années elle a vécu ce moment précis, la « tombée de la nuit », avec agitation, irritation, « une sorte de malaise ». Elle reliera son comportement au souvenir de la mort du père le jour même de son anniversaire… à trente-neuf ans.
Les associations de dates sont inscrites en nous et se réactivent à des moments-clés pour dévoiler une situation difficile ou inachevée.
« Chaque fois que je me mets en situation conflictuelle sans pouvoir exprimer ma position, sans pouvoir être entendu, j’ai un incident, un accident de voiture, jamais grave mais… coûteux (tôles froissées, phares, portières, roues…). Aussi j’ai pris l’habitude, après un conflit non ouvert, de prendre un taxi… »

Esquisses thérapeutiques

Si nous acceptons que les « maux » produits par le corps (et qui deviennent parfois des maladies et des somatisations fonctionnelles) sont des langages symboliques, cela veut dire qu’il sera possible de les soigner non à partir de leur symptôme mais à partir du sens, du discours caché dans lesquels ils s’inscrivent, et de les traiter par des réponses symboliques. Ainsi nous proposons parfois des « réponses symboliques » qui vont être entendues et devenir des éléments actifs dans la guérison ou provoquer la disparition des symptômes.
Le petit Thomas, six ans, a depuis deux ans et demi de l’asthme. Son père a quitté la mère quand il avait trois ans et demi (c’est l’élément déclencheur). Il joue seul, refuse d’intégrer frère ou sœur dans ses jeux, refuse la vie sociale proposée par la mère, se coupe de tout. Il dit souvent: « j’aime pas l’air de cette maison, je préfère l’air de papa ». Nous proposons à la mère d’utiliser une grande bouteille (appelée Dame-Jeanne) sur laquelle elle collera une étiquette: « Bonbonne d’air de papa », avec un petit tuyau pour aspirer. Et ce jour-là, Thomas joue dans sa baignoire, appelle sa mère et lui dit: « regarde, je fais le poisson, je respire sous l’eau ». Elle nous dira: « il n’a plus fait de crise d’asthme de ce jour. »
Nous proposons aussi ce que nous appelons des jeux, des prescriptions symboliques portant sur un aspect du discours ou du symptôme entendu comme ayant une forte charge symbolique. Il nous est arrivé de prescrire à une personne de faire écouter du Mozart à ses reins ou à son foie. De faire visualiser sa nuque comme une éponge desséchée qui se gonfle lentement, lentement d’eau en descendant dans la mer…
Le petit René, quatre ans et demi, va à l’école maternelle pour la première fois et dès le troisième jour se met à faire caca dans sa culotte. Son père se fâche, le menace et lui promet une raclée s’il continue « car tu es grand maintenant ». René dira à sa mère: « je ne peux pas me retenir, ça sort tout seul, ça pousse et ça sort ». Nous proposons à sa mère de lui raconter sa naissance. Elle éclate en sanglots: « je ne lui ai jamais parlé de ça pour ne pas le traumatiser, il est né par césarienne ». Elle accepte cependant de lui dire son vécu à elle, la décision prise par l’obstétricien… Elle nous dit que les difficultés anales de René ont disparu dès le lendemain de ce récit.
Cet enfant avait douze ans lorsque son père s’est suicidé par pendaison. Le silence autour de cet évènement tant du sa famille que dans sa vie fait que souvent il a mal au larynx (étouffements, étranglements). Pendant trente ans de sa vie, il subira de multiples opérations: amygdales, kyste, ganglions autour de la gorge, du cou, de la nuque. Dans un jeu symbolique il parlera à son père et lui dira sa colère… et son amour, sa fidélité aussi à travers toutes ses cicatrices. Autant de preuves de l’existence de ce père qui s’est dérobé trop tôt… et à qui il a été impossible de dire « je t’aime et je t’en veux ».
En conclusion provisoire…
Dans cette démarche qui consiste à écouter les maux du corps pour mieux l’entendre se dire, l’écueil à éviter sera la confusion entre la cause et le sens. Nous avons trop tendance à rechercher la cause, c’est-à-dire l’explication d’une chose. Nous remplaçons trop facilement la compréhension qui est une recherche du signifié par l’explication qui est une recherche de savoir, de contrôle et de maîtrise.
Trop souvent nous parlons de notre corps… nous parlons sur lui au lieu de lui laisser la parole. Nous pouvons aussi « parler » à notre corps avec des langages symboliques.
Nous avons surtout le besoin d’être entendus, d’être écoutés plus que d’être contrôlés. La qualité de la relation avec autrui passera par notre capacité à être un meilleur compagnon pour soi-même mais ceci est déjà une autre histoire.
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BIBLIOGRAPHIE
PARLE-MOI, J’AI DES CHOSES À TE DIRE, par Jacques SALOMÉ, Ed. de l’Homme
RELATION D’AIDE ET FORMATION À L’ENTRETIEN, par Jacques SALOMÉ, P.U.L. Lille
LES MÉMOIRES DE L’OUBLI, par Sylvie GALLAND et Jacques SALOMÉ, Ed. Le Regard Fertile
1 La pire des solitudes, ce n’est pas d’être seul, c’est d’être un mauvais compagnon pour soi-même.
2 Nous savons tous le nombre d’infections vaginales, tenaces, douloureuses, qui s’installent sans « causes » évidentes, avec des analyses négatives. Elles disent souvent les malentendus, les refus non exprimés, les « violences » relationnelles

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