La canicule nous apprend à modifier notre comportement
Les maladies cognitives aussi ...
Dans nos sociétés nous savons depuis des temps lointains nous défendre contre le froid, c'est devenu un réflexe naturel ou automatique qui ne demande aucun effort de réflexion ou de mise à distance de ce qui nous arrive. La chaleur jusqu'à maintenant n'était jamais considérée comme un danger vital. J'ouvre la fenêtre et je dis: "Oh! la la, il fait encore chaud". Je pense à consulter la météo, mais je n'ai pas le réflexe de fermer rapidement la fenêtre. Je n'ai pas encore compris que s'exposer à la chaleur quand on peut l'éviter est dangereux. Le corps stocke la chaleur comme il stocke le froid et la régulation n'est pas automatique. Dans une période de canicule notre quotidien doit être revisité et réaménagé. Il faut acquérir de nouveaux réflexes que les habitants des pays chauds connaissent déjà. Notre intelligence nous sert à inventer des mots, une langue, des moyens techniques et de nouvelles stratégies pour conserver une vie supportable. En Inde, quand une mère retrouve son enfant chéri on dit que cela lui "rafraichit" le coeur. Dans nos pays tempérés, ce qui nous rend heureux nous "réchauffe" le cœur.
Pour dire les choses simplement il faut changer ses réflexes instinctifs, aller dans tous les détails pratiques pour construire un quotidien adapté, forcément différent.
Quand on se trouve confronté à une maladie cognitive le mode d'emploi habituel "prendre soin d'une personne malade" ne fonctionne pas mieux que celui qui consiste à garder ses habitudes quotidiennes de lutte contre le froid en période de canicule.
Ce que l'on constate en premier lieu c'est que les repères de temps et d'espace du malade ont changé.
Ce que l'on constate en deuxième lieu c'est qu'essayer de le faire revenir dans ses repères anciens est perçu comme une agression (et c'en est une véritablement).
Et on se trouve complètement démuni, comme l'illustration le suggère : Le malade est perdu faute de repères adaptés et l'aidant est tout aussi perdu. Personne ne sait ni ce qu'il faut faire, ni ce qu'il faut éviter. Pour continuer à communiquer avec la personne en difficultés cognitives il faut changer ses réflexes instinctifs. Notre corps stocke les frustrations et le stress, comme il stocke le froid ou le chaud, et ce n'est jamais simple de rétablir l'équilibre quand l'environnement n'est pas favorable.
Colette Roumanoff
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