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jeudi 13 février 2025

Pratique du non refus

 Extrait de l'entretien d'Alexandre Jollien, philosophe, avec Bernard Campan, humoriste et homme de cinéma. - Le métier d'homme, Seuil, Ed. de poche 2013, p. 102-106

B. Campan vient de raconter qu'à la suite d'une expérience, il a cherché un sens.



A J. : Quel a été le déclic pour passer à la pratique ?

B.C. : Ce fut la rencontre avec un livre d'Arnaud Desjardins, À la recherche du soi. Et je pense même plus particulièrement, les premières lignes du chapitre qui s'appelle "L'acceptation". Cela a tout de suite fait écho en moi : l'acceptation de la vie, le oui à la vie… […] Le oui à la vie a été le déclic. C'est l'un des mots-clés de l'enseignement d'Arnaud Desjardins.

A J. : C'est alors que la pratique s'est installée ?

B.C. : Elle est venue quand j'ai pris conscience de tous les refus que j'opposais à la vie telle qu'elle est. Au départ, les refus on les voit peu. Puis progressivement, on se rend compte que le quotidien est tissé de refus, ainsi que des petites émotions, plus ou moins subtiles, qui y sont liées. Ma pratique finalement consistée, au début, à prendre conscience de mon être, du goût d'exister, de vivre, d'être vivant tout simplement. Et de déceler qu'à chaque refus on passe à côté du vivant. Chaque refus est inconscient. Il nous entraîne dans notre propre monde, qui n'est pas le monde réel, dans ce sommeil dont parlent beaucoup les philosophies hindoues : le monde du sommeil, de l'illusion et de l'esclavage, car on devient alors esclave de son propre monde.

A J. : Finalement, tu étais dans le non ?

B.C. : Oui… ! Refuser la vie telle qu'elle est, c'est être dans le non. C'est rediscuter en permanence ce que la vie me propose à chaque instant, et par là-même résister en permanence au réel. […] On est en permanence en discussion avec le réel, en permanence dans : « Ce serait mieux autrement », « Il aurait mieux valu que ce soit comme ça », etc.

A J. : Mais en quoi c'est mal ?

B.C. : C'est mal déjà parce que cela nous fait du mal. Cela crée une tension supplémentaire. Un de nos amis communs appelle cela une "crise d'impossibilité". Car on remet en question ce qui est. Et à rediscuter sans cesse ce qui est, on ne peut qu'être dans une perte d'énergie énorme, d'une usure considérable. Alors que si c'est ce qui est, c'est indiscutable. Voilà, en ce sens déjà, c'est mal.


En outre, on risque de rester enfermé dans ce processus, parce qu'on peut toujours argumenter intellectuellement : « Mais je sais bien que la réalité est comme ça ». Et là, on peut être prisonnier d'une illusion très subtile : « Je comprends bien la réalité, et je l'accepte. » Sauf qu'on est dans une sorte de résistance qui est la résignation et pas l'acceptation.

Alors qu'être dans le oui, c'est s'ouvrir à ce que la vie est, à ce que la vie nous propose, à la fois extérieurement – les faits, les événements, les situations – et intérieurement – les émotions, les humeurs. Le non à la vie, c'est le non à la vie tout entière : à l'extérieur de nous telle qu'on la conçoit et à l'intérieur de nous telle qu'on la reçoit.

J'étais dans un commentaire permanent de la vie qui résistait à ce qu'elle me proposait. Et tout à coup, j'ai senti que je pouvais cesser de résister et aller dans son sens. Changer radicalement de direction. […]

Au départ je pensais que c'était le moi qui devait accepter. Aujourd'hui, je vois que le travail se passe plutôt dans l'effacement du moi. Le refus doit tomber, céder, pour que l'acceptation se révèle. Comment ? Déjà en faisant la différence entre accepter et se résigner. Cela a été énorme pour moi de découvrir cela. […] Accepter n'est pas se résigner devant un fait. Ce n'est pas du fatalisme. […]

Accepter ce que l'on est, accepter nos souffrances. Cela n'a rien de doloriste. Il s'agit simplement d'accepter la personne en nous qui souffre, qui souvent est l'enfant. Et l'accepter, ça veut dire l'aimer. Il n'y a pas d'acceptation sans amour et pas d'amour sans acceptation. Et il n'y a pas de connaissance sans amour non plus. S'aimer et s'accepter, c'est la même chose. C'est à un moment avoir un regard vrai, lucide et indulgent sur ce que l'on est : sur nos souffrances, nos mécanismes, sur tout ce qui nous constitue, le plus souvent d'ailleurs sans que l'on en ait conscience.

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source : blog Voies d'Assise

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samedi 11 novembre 2023

Bernard Campan et Denise Desjardins


 "Plébiscité par le public français, Bernard Campan est acteur, scénariste, réalisateur et producteur.

Quand on lui a demandé de choisir deux femmes à nous présenter, cet ancien Inconnu nous a avoué avoir du beaucoup chercher. Et cela n’a rien à voir avec sa mémoire à lui, mais plutôt avec l’oubli dans lequel notre Histoire laisse sombrer des femmes extraordinaires.

Au micro de Donne-moi des Elles ce mois-ci, il a choisi d’évoquer la mémoire d’Olympe de Gouges et de Denise Desjardins, deux personnalités libres et engagées, l’une sur la voie révolutionnaire et l’autre sur la voie spirituelle. "

Je vous propose la partie sur Denise Desjardins en cliquant sur cette phrase.


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mercredi 16 février 2022

Presque

 

Hier matin, j'ai assisté à l'enterrement d'une collègue avec qui j'ai pu partager de beaux moments au travail.
J'ai touché le cercueil. 

Hier soir, j'ai vu ce film où il est question également de cercueil mais où l'on ouvre notre boîte corporelle pour faire sortir la vie. On accueille alors ce qui est là, sans jugement. J'ai pu ressentir que ce sont notamment nos souffrances qui font notre identification. Du corbillard au corps billard qui se laisse toucher par les chocs sans que cela l'empêche d'avancer.

Pouvoir lâcher nos nuages permet d'entrevoir un ciel presque totalement bleu où l'on peut se relier à plus vaste que soi.


Je vous conseille ce film !
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jeudi 23 janvier 2014

Rencontre entre Alexandre Jollien et Bernard Campan


"Une fois n’est pas coutume, Manuella Maury accueille dans son émission 2 invités. Mais pas n’importe lesquels ! Des êtres profonds qui se sont découverts par écran et téléphone portable interposés et qui sont devenus amis voilà 6 ans déjà, pour partager, philosopher, méditer et échanger. Le philosophe Alexandre Jollien, dont le dernier ouvrage Le Philosophe nu caracole en tête des ventes, a ému le comédien et réalisateur français Bernard Campan. Je me suis reconnu en lui, dit ce dernier à propos du Valaisan.

Lors de ce voyage entre Genève et Zurich, les 2 amis se livrent à cœur ouvert et avec générosité. Leur quête du bonheur (l’art de la joie), du détachement, de l'allègement, la volonté d’être vrai, la quête du silence et du calme, la contemplation et la méditation sont autant de points communs qui seront évoqués au cours de l’entretien. Mais il sera aussi question de libre-arbitre et de carcans, car tous 2 ont dû lutter contre les idées reçues et les clichés pour s’affranchir de leur passé.

Du côté des surprises, un message audio d’André Comte-Sponville sera diffusé dans le wagon avec beaucoup d’émotions, tandis que des œuvres enfantines et une gourmandise chocolatée toute particulière achèveront de combler les invités du jour."





mercredi 22 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (3)


B. C. : J’aimerais pouvoir dire qu’il y a des rôles dont l’incarnation change la vie autant que la fréquentation des philosophes, mais c’est un vœu pieux. Disons qu’il faut le souhaiter, il faut tendre vers ça, à ceci près que, encore une fois, les rôles qu’on incarne réclament, de la part de l’acteur, qu’il aille chercher en lui-même ce qu’il fait dire à un autre. Être acteur, c’est multiplier les identités sans être trop affecté par elles sous peine de verser dans le psychodrame. Si le métier d’acteur change la vie, c’est qu’il apprend à se connaître soi-même. C’est un combat, finalement. Avec le bonheur à la clé.

A. J. : J’ai dû me battre pour accepter la possibilité d’être heureux malgré les circonstances. J’ai mis longtemps à accepter l’idée que le bonheur ne soit pas insupportable, en particulier quand ma petite fille est née. Mais je suis en train de me libérer de l’idée du bonheur, pour aller vers la joie. La modernité véhicule une idée du bonheur qu’on identifie platement à l’hédonisme ou au bien-être… C’est une définition très pauvre, négative et assez fade, qui résume le bonheur à l’absence de tristesse, à la négation de tout ce qui contrarie le plaisir. La grande, l’infinie différence entre le bonheur et la joie tient en ce que la joie intègre les malheurs, les peines, les difficultés que le « bonheur » exclut. Être joyeux, c’est assumer la tristesse. Être heureux, c’est la récuser, croire qu’on peut (et qu’on doit) vivre sans elle. Le bonheur est belliqueux, la joie fait la paix.

B. C. : Bonheur ou joie ? Plutôt la joie, bien sûr, mais je ne suis pas certain de m’affranchir du bonheur aussi facilement qu’un philosophe. Le bien-être et les plaisirs, en tout cas, sont indispensables à l’équanimité, l’ataraxie, la tranquillité, la paix que décrit Alexandre. Ce qui est certain, c’est qu’il m’est arrivé d’être joyeux à l’intérieur de grandes souffrances et d’être triste dans des moments de grande joie, comme à l’adoption d’un enfant.

A. J. : C’est amusant – si j’ose dire – de constater qu’on parle de la joie comme on pourrait parler du deuil, dans la mesure où le travail du deuil consiste non pas à nier la mort de quelqu’un, mais à l’assumer, de la même façon, le travail de la joie consiste à ne pas nier la tristesse mais à l’assumer.

B. C. : Pour qu’un deuil soit un deuil, il doit être accompagné d’une joie. Sans joie, pas d’acceptation.

A. J. : Et sans acceptation, pas de chance. La chance n’est pas une faveur de la fortune, mais elle réside tout entière dans l’aptitude à recevoir le peu qui nous est donné. La « chance » reconduit l’injonction stoïcienne d’accepter ce qui ne dépend pas de moi. La chance compose avec la malchance.

B. C. : C’est l’histoire, que raconte Alexandre dans son livre, du paysan dont le fils se casse une jambe. Le père est accablé car, du coup, il ne pourra pas l’aider au champ. Mais le lendemain de sa fracture, la guerre est déclarée et le fils ne va pas sur le front. Tous les voisins qui, la veille, plaignaient le paysan reviennent le voir le lendemain pour lui dire combien il a eu de la chance. Moralité : d’un mal peut sortir un bien, et la confiance consiste à accepter de ne pas savoir ce qui est bon ou mauvais pour nous.

A. J. : De ce point de vue, a posteriori, on peut dire que mon handicap a été une bénédiction. Comme dit saint Augustin : « La mémoire est l’estomac de l’esprit. » On peut se libérer du passé en créant quelque chose à partir de lui, mais j’avoue que, sur le moment, la douleur (comme toute douleur) est injustifiable.

B. C. : Quand j’ai rencontré Alexandre, le premier conseil qu’il m’a donné a été de lire Lettres à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke, un livre dans lequel j’ai découvert que l’artiste était un « passeur de lettres ». En d’autres termes, tout créateur est l’interprète de quelque chose qui le précède déjà. La création est une manière de s’abandonner à ce qui est en nous, de se libérer de ce qui nous empêche de coïncider avec nous-mêmes. Le créateur improvise et ne contrôle rien : les choses s’expriment à travers lui et presque malgré lui. Tout acteur peut témoigner que ce qui est intéressant dans sa démarche, c’est le moment où il n’en a plus la maîtrise, le moment de grâce où, malgré tous les dispositifs mis en place, il parvient à lâcher prise. C’est un exercice d’humilité : créer demande d’accepter qu’on ne soit plus le maître à bord .

source : Philosophie magazine 
Propos recueillis par Raphaël Enthoven

mardi 21 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (2)


B. C. : J’ai longtemps été séparé de mon propre corps, pour avoir grandi dans une famille qui n’aimait pas trop les contacts. Nous vivions sous le régime d’un code social qui enlevait tout son intérêt à la chair, au profit d’un intellect désincarné. Il fallait que je m’en extirpe : le théâtre a rempli cette fonction libératoire. En allant sur scène, j’ai surmonté des années de négligence à l’endroit de mon corps. Du coup, c’est le théâtre qui, en m’invitant à travailler contre un code génétique et social, m’a permis de progresser sur le chemin du bonheur dont trop d’abstraction nous éloigne. En ce sens, il y a une différence essentielle entre le travail d’un acteur au théâtre et à la télévision ou au cinéma. Alors qu’un acteur de théâtre est en prise directe avec le public (on peut presque le sentir, le toucher), il lui est paradoxalement assez facile de s’isoler. Les limites de la scène, le noir qui l’entoure et le silence dans lequel il baigne sont propices à l’isolement, la solitude et l’introspection. Au cinéma, en revanche, on est toujours regardé par une caméra indiscrète. En fait, alors que l’image est plus lointaine que la scène, le travail que l’acteur fait sur lui-même pour s’isoler et conquérir une indépendance est plus difficile au cinéma qu’au théâtre.

A. J. : Je ne suis pas convaincu par le terme d’« indépendance », auquel je préfère celui de « liberté ». Dans la question difficile du rapport à autrui et de la place qu’il faut faire aux regards extérieurs, l’indépendance résonne un peu comme un mur qu’on met entre soi et les autres. La liberté me paraît moins figée, car elle consiste non pas – comme on le dit en général – à « faire ce qu’on veut », mais à se rendre disponible à autrui, à baisser un peu la garde, à s’ajuster à l’autre, c’est-à-dire négocier la distance qui me sépare d’autrui savoir être ni trop près ni trop loin.

B. C. : C’est l’« eumétrie », n’est-ce pas, Alexandre ?

A. J. : Exactement. L’« eumétrie » ou la bonne distance. C’est la distance qui se réajuste tous les jours, qui permet d’être près sans être mélangé, et à distance sans être lointain. L’eumétrie est une démarche active, un mouvement sans fin que les circonstances changeantes imposent de revisiter en permanence pour saisir l’opportunité, le kairos aristotélicien qui permet d’accorder sa confiance à quelqu’un.

B. C. : Ça demande beaucoup de patience…

A. J. : Je préfère le terme de « confiance ». Il y a dans la patience un élément de passivité qui m’est étranger. La confiance est active et tournée vers autrui. Elle est, à mes yeux, ce qu’on peut faire de mieux en matière de rapports humains, dans la mesure où l’empathie est, elle, utopique. Je suis de plus en plus sceptique sur l’aptitude à se mettre à la place de l’autre et à comprendre sa souffrance, mais il reste la confiance, le don de la confiance qui scelle une proximité véritable.


B. C. : Il est tentant de croire qu’un acteur, à l’inverse, a non seulement la possibilité mais le devoir de se mettre à la place de l’autre, mais c’est faux. Bien sûr que, quand on joue, on emprunte un personnage et on essaie de l’incarner aussi justement que possible. Mais quand on travaille sur un rôle, il s’agit moins de se mettre à la place de quelqu’un, que d’aller chercher ce qu’il y a, peut-être, de commun entre le personnage qu’on imagine et ce qu’on pressent. Tout le monde est avare et tout le monde est généreux. Pour jouer la générosité ou l’avarice, un acteur a donc le devoir d’aller chercher et d’exhumer le défaut qui est celui du type qu’on représente. Cette démarche est un antidote à la maladie du jugement dont on parlait tout à l’heure, puisqu’elle consiste à se demander dans quelle mesure je suis moi-même affecté des vices que j’attribue à un autre.

A. J. : Le jugement est finalement la mauvaise distance. C’est la volonté vorace de rapprocher l’autre de moi en l’insérant dans mes valeurs, d’emprisonner l’autre dans mes propres catégories. Le jugement a ceci de rassurant (et de dangereux) qu’il nie l’altérité, au motif qu’elle est incompréhensible et peut faire peur. Cela dit, nous parlons des autres (et à leur place) pour parler de nous-mêmes. En ce qui me concerne, j’aime à m’approprier les philosophes dont je parle, ce qui ne veut pas dire que je les travestis, mais que je suis fidèle à moi-même en parlant d’eux...



source : Philosophie magazine

lundi 20 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (1)

Entre eux, l’amitié s’est imposée comme une évidence, un apprentissage de la différence et du respect, dont ils nous délivrent quelques conclusions.

L’un passe pour un « comique », l’autre pour un « handicapé », mais quelle notoriété ne repose pas d’abord sur un malentendu ? Après s’être fait remarquer sur la scène du Petit Théâtre de Bouvard, Bernard Campan a connu un succès phénoménal avec les Inconnus (en compagnie de Didier Bourdon et de Pascal Légitimus), mais, depuis 1999, il s’attache à remplacer la comédie par un cinéma plus intimiste, émouvant, parfois douloureux, tantôt sous la direction de Bertrand Blier (Combien tu m’aimes ?), de Marc Esposito (Le Cœur des hommes) ou de Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses et L’Homme de sa vie).

Suite à un accident de naissance (strangulation par le cordon ombilical), Alexandre Jollien est infirme moteur cérébral. Après avoir décrit, dans Le Métier d’homme (Seuil, 2002), le combat quotidien d’un corps difficile, la dureté du corps médical et le sentiment d’anormalité qui accompagne son handicap natal, celui qui veut « rester vulnérable pour ne pas anesthésier sa sensibilité » entreprend, dans La Construction de soi, son dernier ouvrage, de dessiner un art de la joie malgré le monde et ses difficultés. Il souhaite également s’affranchir de l’étiquette d’« anormal savant », au profit d’une conversation joyeuse et sans illusion avec les plus grands penseurs – Boèce, Schopenhauer, Spinoza, Montaigne, Épicure…


Bernard Campan : J’ai découvert Alexandre Jollien à l’occasion d’une émission de télévision. J’ai tout de suite eu envie d’écrire un scénario à propos de son histoire qui m’a renvoyé à mes propres handicaps, à ma propre difficulté de vivre ou d’être heureux. Mais l’idée du film a rapidement été mise de côté au profit d’une amitié pure, sans autre enjeu qu’elle-même.

Alexandre Jollien : L’objectif du scénario était, à la faveur du récit de ma vie, de témoigner d’un état d’esprit, essentiellement joyeux malgré la douleur des êtres et la situation du monde. Mais on a eu peur que les spectateurs ne réduisent le film au handicap qui m’affecte. Rares sont ceux qui ne s’arrêtent pas aux apparences… Cela dit, pour dépasser le handicap, il faut tout d’abord le voir, le reconnaître. Nul n’échappe aux apparences, mais tout le monde n’est pas obligé de s’y tenir. Elles sont une porte ouverte qu’on néglige souvent de franchir, faute d’audace ou de temps.

B. C. : Il faut dire qu’Alexandre lui-même est sans pitié ! Je me souviens du jour où je lui ai montré la première mouture d’un autre scénario que je venais d’écrire. Il m’a juste dit : « Bon, ce n’est pas mal mais un peu conventionnel… » J’étais effondré. Grâce à lui, je venais de comprendre que j’avais plus écrit pour épater la galerie que pour dire quelque chose. Tout était à refaire, j’ai donc recommencé, avec la bénédiction d’Alexandre. Il m’a promis de me « tenir la main » jusqu’à la fin de la rédaction, ce qu’il a fait. Je ne sais pas si le nouveau scénario est bon, mais je sais qu’il est désormais fidèle à ce que je voulais dire. En un sens, Alexandre m’a permis d’accoucher de moi-même.

A. J. : Dans mes ouvrages, je ne cherche pas à me faire plaindre, mais à poser la question de la dissemblance, à revenir sur la distinction entre le normal et le pathologique, à décrire le parcours qui transforme éventuellement le malheur en bénédiction. À aucun moment, je n’ai cherché à inspirer l’espèce de sollicitude – ou de condescendance – qui pollue certains articles sur mon dernier livre, La Construction de soi. Quand je lis un papier qui ne parle que de ça, j’ai l’impression d’être deux fois handicapé. C’est (au moins) une fois de trop ! Il y a du jugement dans la commisération. Mieux vaut ne pas être du côté de ceux qui, selon Spinoza, « aiment mieux prendre en haine ou en dérision les passions et les actions des hommes que de les comprendre ».


B. C. : J’envie la sagesse d’Alexandre (ou celle de Spinoza), car, pour ma part, le jugement m’obsède. Je suis même, je l’avoue, dans un jugement permanent. Disons que je condamne le jugement sans pouvoir m’empêcher de le pratiquer. Si le jugement est toujours premier, je reconnais qu’il est cependant possible de l’éviter. Une des voies pour y parvenir consisterait à admettre la tentation de juger qui existe en chacun de nous pour la dépasser ensuite.

A. J. : C’est dire que nous sommes tous les deux d’un tempérament résolument pacifique. Je crois que ça vient du fait que nous utilisons l’un et l’autre notre corps comme outil de travail. En ce qui me concerne, la recherche de la cohérence philosophique m’impose de tenir toute pensée pour une émanation du corps. De faire la paix, en somme, en moi-même et avec moi-même.


Propos recueillis par Raphaël Enthoven

dimanche 24 novembre 2013

samedi 10 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (4)

Dans ce cheminement, quelle place a pour vous la vie familiale, la vie conjugale ?
Une très grande place. On parlait de vocation, eh bien ! J'ai vraiment l'impression que ma femme et mes enfants en font partie. Ces dernières années, quand j'ai écrit mon propre film, j'ai moins tourné car ça correspondait à l'arrivée de notre deuxième enfant, Nina, qui a dix ans aujourd'hui. Notre premier, Loan, avait cinq ans ; donc je me suis dit : « Ils sont petits, il faut que j'en profite le plus possible et qu'on passe du temps ensemble '. J'ai très peur de louper ça, d'avoir des regrets. Alors j'essaie d'être présent au mieux, le plus possible, d'être un père à l'écoute. J'essaie aussi de ne pas trop vouloir leur inculquer ce que moi-même j'ai peine à découvrir, la spiritualité par exemple. J'essaie de ne pas trop leur donner de leçons et d'apprendre d'eux le plus possible.

Quels sont vos projets, tant personnels que professionnels ?
J'ai parlé tout à l'heure de faire la suite des Trois frères. Ce n'est pas encore tourné et l'écriture n'est pas finie. Mais c'est évidemment un projet important ! Je viens de tourner un film qui est le numéro 3 du Cœur des Hommes, un film de Marc Esposito. Il sortira en octobre prochain.
Des projets, j'en ai plein. Avec Alexandre Jollien, aussi, on a des projets : comment mettre sur scène notre amitié, comment faire partager ça ! On a fait des conférences ensemble. Ce n'est pas facile pour moi de témoigner de ma spiritualité à ses côtés, lui qui est tellement lumineux et charismatique. II aurait voulu en faire une sorte de spectacle, un spectacle improvisé : nous n'avons pas encore trouvé ! Nous avons également le projet de faire un film ensemble... Et je voudrais faire un deuxième film personnel, que je n'arrive toujours pas à écrire...

Percevez-vous votre évolution ?
Oui. J'ai de plus en plus confiance et foi dans la vie, mais ce qui évolue moins, c'est cette confiance en moi. Fondamentalement, quelque chose est inscrit : « Je n'ai pas confiance en moi ». L'autre jour, j'avais écrit une lettre, et j'ai voulu la faire lire à trois quatre personnes pour savoir si je pouvais l'envoyer, si elle était digne d'être envoyée. C'est difficile pour moi : je suis très perfectionniste et la dévalorisation va de pair. C'est justement parce que je me sens nul que je vise la perfection. C'est épuisant, en particulier dans l'écriture, de viser toujours une forme de perfection, et de se sentir nul au fond de soi. Ce manque de confiance en moi, aujourd'hui je m'en libère, mais je ne lutte pas contre, ce n'est pas possible. J'en émerge progressivement. Je le vois, j'en souris. On parlait de l'humour, c'est extraordinaire quand je vois à quel point parfois je me minimise. Et l'orgueil ! L'orgueil que je peux avoir, c'est risible ! Je laisse le mécanisme fonctionner et j'essaie de ne pas m'identifier à ce mécanisme.

La crise vous semble-t-elle encore devant nous ? 
Quelqu'un a dit : "Je plains l'humanité d'être dans d'aussi mauvaises mains que les siennes ". Je pense aussi à ce texte de Fred Vargas : " On a utilisé le monde, et maintenant on paie l'addition", texte magnifique sur ce sujet ; c'est superbe ce que Fred Vargas a écrit. Tout ça, c'est fort. Et puis quand vous dites : « Cette
crise qui arrive c'est fort aussi, parce qu'aujourd'hui on a envie de dire : " La crise, elle n'arrive pas, elle est là, mais elle arrive aussi, elle ne cesse d'arriver et de s'amplifier ". 
La crise a tellement de formes ! J'ai peur mais, justement, ça me pousse à être le plus possible ouvert, épanoui, pour pouvoir à mon tour me tourner vers les autres ; parce que dans les années à venir il y aura un besoin d'aide beaucoup plus grand qu'on ne l'imagine. Je pense qu'on va au devant de périodes très sombres. Je ne veux pas noircir le tableau, mais je pense qu'on n'est qu'au début... 
Donc, si j'ai quelque chose à faire. c'est déjà d'essayer de m'ouvrir le plus possible. afin de pouvoir m'ouvrir au monde. Je pense qu'il y aura beaucoup à faire, et tant mieux d'ailleurs. Je suis optimiste d'une certaine manière. Comme les forces, tout s'équilibre à un moment. La souffrance n'est pas à désirer, pourtant, quand elle est là, il y a un équilibre que l'on peut retrouver. Si nous avons une part à jouer, moi et tous ceux qui peuvent le faire, c'est de nous ouvrir à la souffrance du monde. 
Arnaud disait : " A chaque action, est-ce que vous participez à la guérison du monde ou à la maladie du monde ? Posez-vous la question ». 

Interview de Bernard Campan dans la belle revue "Reflets" (mars 2013)
(photos des lieux : Gandha)


vendredi 9 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (3)

Vous êtes toujours relié à son enseignement ?
Je suis relié... ou je ne le suis pas. C'est comme la vigilance qui est un aspect fondamental de l'enseignement ; je suis vigilant ou je ne le suis pas. Je suis à côté ou je ne suis pas à côté. Je suis conscient de l'instant, de ce que je suis en train de vivre ou, au contraire, je suis emporté, embarqué, « je ne suis pas là » ; le tout étant de prendre conscience que je n'étais pas là, de me réjouir, plutôt que de me blâmer d'être à côté de la plaque. C'est une différence par rapport à celui que j'étais il y a quelques années : par exemple, je passais une matinée ou plusieurs heures complètement ailleurs, perdu dans mes rêves et mes pensées, absorbé, happé par la vie, par l'existence... Et quand je reprenais conscience de ma présence, ma présence d'être vivant sur terre, je culpabilisais beaucoup ; je me flagellais, je me disais : « Merde, comment ça se fait ? ». Puis, avec le temps, on se rend compte que c'est une des règles du jeu. Pierre a renié le Christ trois fois : tomber, se relever, puis se réjouir à nouveau d'être au cœur de la pratique, se réjouir à nouveau d'être au cœur  de l'enseignement.

La pratique peut-elle vous aider à comprendre ce qui se passe en vous ?
Parfois oui, parfois non. Je pense à un ami, Alexandre Jollien, qui m'aide beaucoup (on s'appelle tous les jours depuis des années) et qui a l'art de me faire comprendre que, parfois, je suis avec mes oeillères... ça y est, je suis embarqué dans mes problématiques existentielles et la pratique n'est plus là, la compréhension de l'enseignement n'est plus là. Parfois, il y a en moi un déni de l'enseignement ; je suis totalement à côté de la plaque. Alexandre sait très bien mettre le doigt là-dessus. Mais je peux aussi, dans des difficultés, à l'intérieur même de ces difficultés, puiser à la source de ce que m'apportent justement la pratique et l'enseignement.

Allez-vous souvent à Hauteville ?
J'essaie d'y aller deux fois par an et d'y faire des séjours de quinze jours. Pour moi, c'est un endroit sacré. La présence du Maître est là. Les collaborateurs d'Arnaud sont très précieux, indispensables. J'ai besoin de retourner à Hauteville, à Paris aussi, à la maison Raphaël ; c'est un lieu où des disciples d'Arnaud poursuivent son enseignement, je dirais, dans son aspect plus particulièrement psychologique. Christophe Massin, par exemple, est vraiment un être magnifique. Je peux le présenter comme mon thérapeute, mais en fait, son accompagnement est comme un relais avec Hauteville. Mon amitié avec Alexandre est une grande amitié spirituelle, mais je ne peux pas dire qu'il joue un rôle de guide, parce qu'on est vraiment, lui et moi, toujours dans un échange. L'accompagnement que je trouve à Hauteville ou à la maison Raphaël est, pour moi, indispensable. Sinon, je serais perdu.

Qu'est-ce pour vous : " Réussir sa vie " ?
Déjà, c'est éviter le piège de vouloir réussir sa vie. Dans un livre qu'il avait fait avec Arnaud, Emmanuel Desjardins citait un écrit de Simone de Beauvoir qui disait en substance : « On ne réussit pas sa vie ; ce n'est pas une chose, sa vie ». Agée. elle faisait le bilan et elle disait : "Finalement j'ai quasiment tout réussi dans ma vie, et pourtant la satisfaction n'est pas là ". Donc je pense que c'est un piège de vouloir réussir sa vie, d'objectiver la vie. Réussir sa vie. c'est se sentir vivant, c'est donc me sentir vivant, d'instant en instant, jusqu'au moment de mourir.

Vous faites partie d'un collectif de cinéastes pour les sans-papiers. Est-ce important pour vous d'être tourné vers une oeuvre humanitaire ?
Oui, c'est important. Mais en vous écoutant je m'aperçois que je ne suis pas bien en règle avec ça, je ne suis pas bien à l'aise avec tout ça. Par exemple, dans le cadre du collectif j'ai donné de ma présence deux fois ; ce n'est rien et en même temps je l'ai fait, donc c'est très bien. Je suis aussi parrain d'une association à Saint-Arnould, pour financer la partie paramédicale d'un hôpital pour enfants. Mais j'ai l'impression que mon engagement, ce n'est pas seulement par rapport aux gens qui souffrent, c'est par rapport à la rencontre, par rapport à l'autre. Je sens que je suis encore fermé et j'ai besoin de m'ouvrir. Les associations caritatives, c'est formidable, mais je pense que c'est en m'ouvrant à l'autre au sens le plus large, que je pourrai être plus présent. Et c'est ce qui me fait très peur. Finalement, le but d'une spiritualité, c'est de se tourner vers l'autre. Or, je m'aperçois que je suis quand même dans une récupération. J'ai un fonctionnement égocentrique qui a du mal à se tourner vers l'autre. Ça fait partie de mon chemin. C'est une étape, s'ouvrir peu à peu. Je suis en demande de cela ; et cela me terrorise aussi...



jeudi 8 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (2)

Avez-vous le sentiment d'être unique ?
Oui, peut-être que cela pourrait s'appeler la vocation, un appel précis. Je me demande toujours quelle est ma vocation, parce que je suis un comédien, parce que j'aime écrire ; mais ça représente une grosse difficulté. C'est un défi pour moi. Je me dis : "Qu'est-ce que je suis ? Je suis fait pour quoi ?"
Et je ne sais pas exactement. Par exemple, le fait de faire aujourd'hui, dix-sept ans après, la suite des Trois frères avec les Inconnus, est un réel défi. Je réalise que si, à travers ce groupe et pendant des années, j'ai eu tant à voir avec le rire, c'est qu'il y a quelque chose... Un quelque chose qui n'est pas complètement fini, contrairement à ce que j'aurais pu croire. Cela doit participer à ma vocation : aider les gens à s'amuser, à rire. Aujourd'hui, c'est essentiellement avec cette démarche que je reviens vers les Inconnus : aller au bout de ce que je suis, moi.


Vous êtes un humoriste. Vous dites combien cet humour est important. Y a -t-il un lien entre votre vie spirituelle et votre humour ?
Oui peut-être, de plus en plus. J'ai du mal à concevoir une oeuvre où il n'y aurait pas cette légèreté, cet humour, sans parler du comique. Et puis, chez les maîtres spirituels qui m'ont ébloui, j'ai toujours senti l'humour.
"Humour" a la même racine que "humus", la terre... Donc, rire, c'est nous ramener au réel. Après, il y a la moquerie... Il faut se méfier des mots. II faut différencier l'esprit de l'humour ; l'esprit, c'est « se moquer des autres », et l'humour « se moquer de soi-même ». J'aime bien la nuance. Mais c'est vrai que rire de soi, rire de ce qu'on est au quotidien et qui nous échappe complètement, c'est assez libérateur ; ça allège considérablement nos journées.
J'étais très touché par Arnaud Desjardins lorsque, dans les réunions, il avait les mimiques qu'il fallait pour nous amuser et, en même temps, nous faire comprendre quelque chose.

Est-ce que Arnaud Desjardins vous manque ? 
Oui. (Bernard est très ému)
...


mercredi 7 août 2013

Etre vivant avant tout avec Bernard Campan (1)

Bernard Campan nous a reçus chez lui ; signe rare de simplicité, de transparence. Ce fut le tempo de la rencontre. C'était une première pour lui de se livrer sur sa foi, sur sa manière de la vivre. Il nous a confié : « Ce que je dis là, je le confie rarement. Je suis déjà content de pouvoir parler de la spiritualité telle que je la pratique. C'est quelque chose que je suis heureux de partager ».

Dans quelles circonstances avez-vous rencontré Arnaud Desjardins ?

Ma première rencontre avec Arnaud Desjardins s'est faite à travers ses livres. Son enseignement m'a tout de suite touché au plus profond. A la lecture des premières pages, il m'a montré que j'allais à contresens, que je vivais à contresens de la vie. C'était en 1995. A l'époque il donnait encore quelques conférences ; j'ai assisté à l'une des dernières probablement. J'étais allé l'écouter avec ma femme, mon beau-frère, des amis. A la fin de la rencontre, je suis allé le voir. Et là, j'ai senti le chaud et le froid. J'étais évidemment très attiré, mais j'avais très peur d'être rejeté ; j'analysais la moindre de ses paroles. J'étais donc toujours à demi déçu et à demi convaincu. Par exemple, j'étais déçu qu'il me reconnaisse parmi les membres des Inconnus. Comment un sage, un maître spirituel, peut-il s'abaisser à regarder la télévision ? Mes réflexions étaient de cet ordre-là ; c'était ainsi que je recevais les choses. Tout ce qu'il me disait était presque décevant... Pourtant, il y a eu immédiatement une confiance qui ne s'est jamais démentie !

Vous avez suivi sa voie jusqu'à son décès. Comment vivez-vous votre foi ?
C'est un cheminement ; c'est quelque chose de vivant en soi. Je parlerai de l'enseignement et de la pratique plutôt que de la foi. Je ne saurais pas dire exactement ce qu'est la foi. J'ai de plus en plus confiance dans la vie. Si c'est ça la foi, oui, j'ai une foi grandissante. Mais c'est vrai que ce qui m'a touché d'abord, c'est l'enseignement. Des formules me touchaient au plus profond. Je sentais que je pouvais tenter de les appliquer, d'en faire l'expérience, et qu'il y avait réellement possibilité de me transformer intérieurement. Cet enseignement me proposait une pratique. Et c'est cette pratique qui évolue et qui se fait de façon de plus en plus sérieuse. C'est en dents de scie, ce n'est pas une courbe régulière ; mais au fil du temps, il y a comme une intensification de la compréhension de l'enseignement et de la mise en pratique.

Quelle influence cette pratique a-t-elle sur votre vie actuellement ?
Comme un ordre juste des choses : c'est un des aspects concrets de la pratique ! En Inde, on appelle ça le "Dharma". Dans mon quotidien, ça m'aide, par exemple, à mettre de l'ordre dans ma vie professionnelle. Qu'est-ce que je veux ? Qu'est-ce que je peux mettre en oeuvre pour savoir ce que je veux vraiment ? Ce sont des outils assez concrets pour non plus avancer au hasard, comme un bouchon qui flotte sur l'eau mais avoir un gouvernail, prendre des directions et s'y tenir. Voilà : concrètement, la pratique me permet d'aller vers ce que j'ai le plus envie de faire dans mon métier.


vendredi 10 août 2012

Hommage de Bernard Campan à Arnaud Desjardins


J'ai rencontré Arnaud Desjardins en 1997, après avoir lu le tome 1 de «A la recherche du Soi».

Durant toutes ces années où il m'a accompagné, comme il l'a fait inlassablement durant plus de 30 ans pour tant de personnes, je n'ai eu de cesse de découvrir un être humain d'une grande bonté, d'une disponibilité constante pour l'autre et d'une simplicité extrême.
Plein d'un même amour pour chacun et chacune, oeuvrant infatigablement à transmettre l'enseignement dont il était lui-même le respectueux disciple.

Sa seule présence, ainsi que chacun de ses actes, était un enseignement.
Lui-même aimait à répéter que le plus important dans sa saddhàna, son propre cheminement, n'avait pas été les livres, mais la rencontre avec des sages.

Aujourd'hui, j'ai le sentiment douloureux d'avoir perdu un père, mais, lui rendre hommage, c'est lui exprimer toute ma gratitude et tout mon amour en poursuivant le chemin qu'il m'a montré.

Bernard Campan

(source : revue "Reflets")




Si l'adhésion à la souffrance est totale, parfaite, la souffrance s'efface toujours. 
Arnaud Desjardins