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vendredi 10 juillet 2026

La foi...


Aujourd’hui, j’évoquerai ce qui m’apparaît comme le fondement d’une existence. Celui-ci se résume en un mot : la foi. Non pas la foi en un dogme ou un dieu, mais dans la vie elle-même… Ce terme est issu du latin « fides » qui signifie confiance, loyauté, promesse…

C’est par cette sorte de foi que commence le conte Le Diable aux trois cheveux d’or. Un nourrisson naît coiffé, c’est-à-dire le crâne couvert d’un fragment de membrane fœtale. Pour les habitants du village, c’est un signe de chance : tout réussira à cet enfant dans son existence. C’est donc imprégné de ce présage favorable que va grandir cet « Enfant de la Chance ». 

Mais ne nous méprenons pas ! Ce qui est intéressant, dans ce qui suit cette naissance, ce n’est pas la destinée heureuse dont on attend en vain l’accomplissement. Bien au contraire : plus que quiconque, le jeune garçon ira d’épreuve en épreuve, risquant la mort à chacun de ses pas. Dans l’une des dernières parties du conte, il sera même contraint de se rendre en enfer !

De quelle « chance » ce conte nous parle-t-il donc ? Eh bien, très précisément, il nous parle de la foi en la vie, de cette conviction qui habite le héros dès sa naissance et selon laquelle tout ce qui lui arrivera tournera à son avantage. Puissante leçon : ce conte nous invite à renverser notre regard, à cesser de tout diviser selon les catégories du bon et du mauvais et à considérer n’importe quel événement, fût-il des plus funestes, comme une merveilleuse opportunité. 

Dans le jeu qui accompagne ce conte et que j’ai publié en 2016 aux  éditions du  Souffle d'Or, Stéphanie Delcourt, ma coautrice, formée par Anne-Marie Jobin, a eu l’idée géniale d’y proposer un exercice créatif qui permet de se réapproprier sa naissance en remplaçant les paroles négatives assimilées par notre inconscient par un oracle bénéfique, à inscrire par-dessus la photographie du nourrisson que nous fûmes, selon un protocole très précis présenté dans le livre.

Transformer la malédiction qui gouverne notre inconscient en promesse, c’est retrouver la foi dans notre existence. Dès lors, tout devient possible… 

Sabine Dewulf

https://sabinedewulf.fr/trois-cheveux-d-or/


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lundi 4 mai 2026

Tout fait partie de ton chemin

Mirmande, une entrevue avec Jacques Castermane :

« - Jacques, est-ce que tu me sens vraiment engagé sur la Voie ?

Est-ce que je pratique suffisamment bien, suffisamment intensément, pour progresser et assurer une juste transmission de l’enseignement ? (Sous-entendu : est-ce que je suis prêt ? Est-ce que j’en fais assez ?)

- Joël, quitte l’idée que tu dois être prêt ; on n’est jamais prêt.

A trop vouloir faire ou provoquer les choses, tu ne laisses pas la place à ce qui se fait. Tout fait partie de ton chemin ». Ces propos, qui me sont revenus suite à la dernière lettre d’avril (relation au maitre), montrent que les réponses d’un maitre sortent de l’entendement habituel et de tout esprit volontariste d’acquisition et de réussite.

A mes inquiétudes de ne pas être assez « performant », à mon besoin d’être rassuré - preuves que le mental est toujours à l’œuvre même après des années de pratique - cette réponse m’invite à me positionner à un autre niveau de présence et d’attention.

La véritable confiance n’a rien à voir avec un sentiment passager de perfection ou de réussite existentielle, mais se nourrit de ce lien à « ce qui se fait » ou « l’infaisable », substrat intemporel et universel de nos existences.

Par ce lien, l’être humain n’est plus seulement le jouet des hauts et des bas de son existence ou des caprices de son mental, mais redevient conscient d’être porté et animé par le souffle d’une Vie plus vaste. Jacques rappelle que pratiquer sur la Voie n’est passe construire un avenir maitrisé et serein selon ses propres critères de réussite, mais remet en cause tout un monde de croyances et d’idéaux qui empêche de « laisser la place à ce qui se fait ».

La Voie n’est pas un chemin à suivre, mais un chemin à tracer dans l’acceptation pleine et entière de notre existence et de notre Personne, singulières et uniques. S’ouvrir à « ce qui se fait » ou « l’infaisable », c’est admettre la dimension universelle de notre vie ; accepter que « tout fasse partie de notre chemin », c’est admettre et assumer ce que notre existence a d’unique.

Au sujet de cette voie de transformation qu’est le zen, Durckheim parle d’un « processus de libération de l’individualité créatrice ». « Tout fait partie de ton chemin » est une invitation à quitter le syndrome du bon élève, du pratiquant efficace et performant rêvant d’atteindre, selon certains critères personnels, moraux ou sociétaux, un « bon » niveau de sagesse ou de calme.

Une invitation à ne plus faire de différence entre des moments que nous considérerions comme profanes et d’autres plus spirituels. La totalité de notre existence et de notre personne est incluse dans ce que l’on appelle la VOIE. L’extraordinaire se niche au cœur de l’ordinaire, l’infaisable agit sans arrêt au cœur de nos activités quotidiennes, et nous le redécouvrons si nous apprenons à voir et sentir « ce Tout Autre, ce plus profond que j’appelle notre être essentiel…

Retrouver une vie qui se réalise sur le plan terrestre sans perdre le fil d’or qui la relie à l’être essentiel, témoigner dans le monde de cet être et de son influence, c’est reconstituer l’Homme tel qu’il est dans sa plénitude. La Voie de la transformation est un chemin de devenir sans fin, chemin contraire à tous les principes du moi existentiel qui s’oppose à la transformation par l’attachement à tout ce qui est statique, ce qui veut demeurer, s’établir, ce qui est fixé ou ce qui semble solidement acquis. » K.G. Dürckheim – L’expérience de la transcendance

« Ce qui se fait » ou « L’infaisable » ?

En ce moment, quoique nous fassions, nous sommes engagés dans une activité existentielle plus ou moins importante, utile, urgente, avec des attentes de résultats et leurs cortèges de pensées et de projections : désirs, peurs et refus multiples et variés.

En général, ce sont ces aspects de l’activité qui retiennent toute notre attention. Mais suis-je attentif à ce qui permet, ce qui soutient cette activité : ce qui ne vient pas d’un « devoir faire », le tout simple, ce qui est déjà là et qui nous attend ?

En ce moment, j’inspire, j’expire … je suis dans une certaine forme et tenue corporelles … Je suis assis, debout, en train de marcher, allongé … Des actions auxquelles on ne prête que peu d’intérêt nommées « attitudes dignes » dans le zen. Considérées comme sacrées, ces actions ont le pouvoir de nous relier à ce qui se fait hors de notre volonté, de notre conscience ordinaire.

Approches du réel par la sensation, ces actions nous invitent à prendre au sérieux une vie prémentale vaste et sensible : les intentions du corps vivant ou « intentions de l’être ». La possibilité d’un rythme plus juste, d’une forme et d’une tenue plus justes, d’une respiration plus naturelle, d’un geste unifié, apaisé et vivant : telles sont les intentions et la proposition que nous fait la Vie à chaque instant.

Dans toutes nos activités existentielles, essayons de garder ce contact avec « l’infaisable », veillons à laisser transparaitre un geste plus digne ; digne parce que plus respectueux de la Grande Vie qui nous anime, qui nous respire.

Loin de toute posture imposée, un geste vivant se crée, évolue, se transforme instant après instant. L’attention à ces actions vitales infaisables est le cœur du zen.

« On ne pratique pas le zen pour maitriser sa vie, mais pour s’unir à la Vie » K.G. Dürckheim

Joël PAUL

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vendredi 20 juin 2025

Le mystère qui nous fait exister


" Simplement, je cultive la confiance. Confiance dans le mystère qui nous fait exister. Confiance dans la vie. Confiance dans la mort.
La vie fut une belle surprise, la mort sera une belle surprise. De quel ordre ? Aucune idée ! Croire ne revient pas à savoir. Croire consiste plutôt à habiter l’ignorance avec confiance."
(Journal d'un amour perdu - Eric-Emmanuel Schmitt)

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dimanche 15 juin 2025

À tous ceux qui nous veulent du bien

Face à toutes les injonctions paradoxales ou contradictoires du quotidien, il y a parfois de quoi perdre son latin. Cette chronique salutaire nous invite à renouer avec le bon sens et à nous faire confiance. Par Nicole Prieur

 Je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller vérifier si l’enfer était effectivement pavé de bonnes intentions, mais ici sur terre – qui par certains aspects nous donne un aperçu de ce que pourrait être l’enfer – nous sommes gâtés ! Les conseilleurs de tout bord foisonnent. Tant de personnes, que nous ne connaissons pas, à qui nous n’avons rien demandé, nous veulent du bien et souhaitent notre bonheur.

Chaque expert autodésigné, chaque influenceur nous délivre sa recette miracle pour « rester zen » dans un monde en furie, nous accompagne dans notre développement personnel en nous guidant tellement bien que nous n’aurons plus à nous prendre la tête, c’est-à-dire à penser. À les croire, rien n’est plus simple… Chacun y va de sa recommandation, les promesses pullulent sur les réseaux sociaux, levez le bras, buvez ceci, mangez cela, votre vie en sera transformée ; vos angoisses les plus ancrées, vos freins les plus inconscients s’effaceront dans un claquement de doigts. On se demande pourquoi la santé mentale de nos contemporains est si mal en point.

Savons-nous encore penser ?

Dans la même veine, les modes éducatives se succèdent en s’opposant, évidemment. Après avoir dû, pour ne pas être considéré comme des parents indignes, appliquer les règles de l’éducation positive, plus ou moins bien transmises et comprises, voilà qu’on accuse les mères et les pères d’être trop laxistes. Dorénavant il faut punir, appliquer le time out… Combien de femmes et d’hommes ai-je reçus en consultation, culpabilisés, perdus : « On fait comme on nous dit de faire et ça ne marche pas ! »

Mais où est donc passé le bon sens, c’est-à-dire la réflexion qui permet d’analyser, de questionner ? À l’affût de la bonne méthode, savons-nous encore penser ? Nous voulons des réponses immédiates, des solutions magiques, réductrices, pour en finir rapidement avec ce qui nous trouble. Et nous nous enfonçons encore davantage. À force de tout simplifier à outrance, de croire qu’il suffit de peu pour exclure le négatif, nous ne nous donnons pas les moyens d’agir. Albert Camus nous le rappelle : « Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaître la nuit. »

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire

La lumière, les perspectives n’adviennent que si on ose sortir d’une conception dualiste, des oppositions stériles, sur le mode « ou-ou ». Avoir le courage d’aborder la complexité humaine, c’est se donner les moyens d’accéder à nos ressources, nos capacités de résilience là où l’espoir semblait perdu. Penser les contraires dans leur complémentarité, c’est agir avec la souplesse nécessaire au respect du réel.

Dans la relation parentale, par exemple, il faudra un jour interdire, un autre « négocier », voire « céder », selon les circonstances, en tenant compte de multiples facteurs que seuls les parents sont capables de discerner. Redonnons aux mères et aux pères leur juste place : ce sont eux les véritables experts ! Ils le seront d’autant mieux s’ils gardent leur liberté, agissent avec discernement.

L’autorité, ce n’est pas être autoritaire, elle ne s’affirme pas avec ou tel ou tel geste, mais il s’agit bien plus d’une attitude. Auctoritas vient du verbe augeo, qui signifie « faire naître, augmenter, produire à l’existence ». Il s’agit de faire advenir notre enfant à ce qu’il y a de meilleur en lui et cela s’invente à chaque instant. Éduquer, n’est-ce pas avant tout préserver l’espoir d’un monde plus juste… qui reste à créer.

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mercredi 2 octobre 2024

Laisse faire

 Q : Et si je suis en colère ? 


Betty Quirion : Laisse faire ! Ne t'en mêle pas ! Ne gère pas. Ne contrôle pas. Observe, simplement... 

Q : Le chercheur spirituel ne veut pas se fâcher !

Betty : Ah ce cher chercheur spirituel ! Qui s'est emmuré vivant dans son monde : "Il ne faut pas faire ceci, c'est mal de faire cela..."

Le jour vient où on en a jusque-là de ces trucs. 

Q : Il s'agit juste d'"être"...

Betty : Il s'agit juste de voir qu'on n'est pas capable "d’être" ! 

La paix dans les bois, c'est l'opposé de l'agitation. Le personnage qui est identifié au corps vit dans cette dualité et aura les deux côtés de la dualité. C'est tout et ça ne va pas changer ! Point final. 

Q : C'est faire confiance à la vie...

Betty : Ce n'est même pas faire confiance à la vie. C'est seulement de regarder le processus qui se déroule. C'est tout. Quand tu dis : "faire confiance à la vie", tu parles de qui ? S'il y a une chose que tu devrais regarder au niveau de la confiance, c'est de voir combien on fait confiance aux nombreuses impressions que l'on a : "j'ai l'impression que ceci, j'ai l'impression que cela..." Ce ne sont que des impressions. 

Alors les questions tombent et il s'agit simplement de constater ce qui est là, dans l'instant. 

(extrait d'une vidéo)

Betty Quirion

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lundi 28 août 2023

Pratiquer les vertus communes, pour une vie simple



« Nous venons d’une tradition où les vertus sont abstraites et subsistantes par elles-mêmes. Il faut les assumer, les appliquer. Moi, j’ai repris un petit passage d’Aristote, où il explique qu’il n’y a pas que les grandes vertus héroïques, mais aussi les vertus quotidiennes. Au sens littéral, il faut faire avec, chacun de nous avec ses propres limites. Nous sommes dans une société qui essaye aujourd’hui de franchir à tout prix les limites de la personne : le culte qu’on a pour l’intelligence artificielle est une espèce de soif de dépasser le constat des limites humaines.

Pour ma part, je reste en deçà. Avant de faire quoi que ce soit et pour bien habiter avec nous-mêmes, il faut connaître et accepter nos limites. Cela est plus facile et fructueux que d’essayer de les dépasser, vainement, du reste. Il ne s’agit pas d’une fainéantise spirituelle. Les vertus ne sont pas un alibi pour se pardonner constamment, mais une ascèse pour mieux exercer notre conscience. Reconnaître ses limites, c’est aussi le moyen le plus direct pour assurer un rôle effectif à la liberté d’autrui. Dans mes livres les Vertus communes et la Vie simple, j’ai illustré des dispositions d’attention aux autres réellement à notre portée, que nous pouvons pratiquer dans l’ordinaire de nos vies.

Nous plongeons dans le malaise de la complexité et nous risquons d’être paralysés par les choix à effectuer si nous ne nous exerçons pas. Il faut donc faire le pari de la confiance envers autrui. Elle peut être déçue, mais si l’on est trop prudent et que l’on cherche toujours à détecter le comportement d’autrui, c’est la paralysie. La défiance est stérile. Il est difficile de pouvoir vivre sans faire constamment des actes de confiance simples – c’est ce sur quoi se base notre civilisation. Lorsque nous sortons dans la rue, nous ne passons pas notre temps à tout vérifier et anticiper. Pratiquer la confiance c’est aussi croire à la société. »

Carlo Ossola

---------------- source: magazine La Vie


dimanche 8 janvier 2023

Réalité !

 


Soulageant, apaisant, réjouissant, ce magnifique graphique offert par une institutrice pour m’inviter à la confiance. Sacré boulot !!!

Merci pour tout.

Prenez soin de vous!

Alexandre Jollien





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samedi 13 août 2022

Confiance.

 


"Avoir confiance en quelque chose est un manque de maturité. Tant que l'on a confiance en quoi que ce soit, on n'a pas vraiment confiance. Tôt ou tard on sera déçu, car on projette sa tranquillité dans ce en quoi on a confiance . On s'imagine que la situation peut nous apporter cette plénitude. Or, ni moi ni ce que l'on appelle les autres ne sont en état de me l'a donner. Donc toute confiance est mal placée. Quand je n'ai plus confiance ni en moi ni en l'environnement, il reste une confiance qui n'est plus dirigée vers quelque chose mais qui est simplement un non-commentaire. J'arrête de critiquer ma vie, de penser qu'elle devrait ou pourrait être autrement. Je cesse de savoir quoi que ce soit. Reste la disponibilité. En l'absence de réaction psychologique, la simplicité de la vie m'apparaît. Tout ce qui m'arrive est présence. La confiance naît quand j'abandonne tout espoir. Une confiance sans objet.''

''Il faut avoir confiance, non pas confiance en soi mais confiance tout court (...) La confiance est le pressentiment du divin. Vous ne pouvez avoir confiance en vous. Un « soi-même » doit toujours être remis en question. Avoir confiance en soi est une mauvaise orientation. Ayez confiance tout court, la même confiance qu’au moment où vous vous couchez. Quand vous vous donnez au sommeil profond, vous avez confiance, vous abdiquez totalement. Quand vous vous levez le matin, vous avez la même confiance vis-à-vis de la journée, pas confiance que la journée va aller dans la conception que vous vous faites des choses, dans ce que vous voulez, mais confiance que tout ce qui se passe participe du courant de la vie. Vous êtes ouvert, sans commentaire, sans rien vouloir changer. ''

Eric BARET, extraits des livres ''De l'Abandon'' et ''Le Sacre du Dragon Vert''

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photo : Abbaye de Sainte Foy, Conques, France, vers 1050.

lundi 8 février 2021

Gratitude (1)

 Le MOOC sur la transition intérieure de l'université Colibris est ouvert. Un dossier sur la gratitude y est présenté dont voici un extrait.

Pourquoi s'entraîner à ressentir la gratitude

Au sein du mouvement de la Transition, nous insistons sur l’importance de pratiquer la gratitude avant de nous plonger dans les émotions plus inconfortables. Dans cet article nous découvrons les raisons de cette posture et les richesses qui se cachent derrière cette pratique. L’article finit par vous offrir quelques pistes pour la pratiquer davantage dès aujourd’hui.

image Dominique_Fortin_Chrysalide.jpg (0.3MB)
Dominique Fortin Chrysalide

La dimension politique du coeur
Il y a 6 ans, j’étais en formation en Angleterre aux côtés de Looby Macnamara et de Peter Cow pour me former à la permaculture humaine. Le premier jour après des heures de trajet, nous créions le cercle d’ouverture et j’avais hâte d’entendre qui était là, quelles étaient leurs expériences, de pouvoir partager les miennes et de partager comment j’allais. Pourtant, à ma surprise, nous avons commencé par un tour de gratitude. Un tour de gratitude ? Le mot sonnait comme un peu poussiéreux et je me lançai dans l’exercice. Ce partage me bouleversa et des larmes me vinrent aux yeux : une première pour moi dans un tour d’ouverture, habituée à une militance à la dure où j’avais bien souvent serré les dents. Que s’était-il passé ? Ensuite nous fûmes invité·es à une marche nocturne et silencieuse pour se présenter et partager ce qui nous touchait et ce pourquoi nous étions reconnaissant·es.

La soirée terminée, je mis du temps à m’endormir car j’avais une petite colère intérieure ; mon égo frustré et mon mental insécurisé ne me laissaient pas en paix. Il m’a fallu du temps pour comprendre la révolution qui s’était opérée dans ce simple cercle d’ouverture où, au lieu de parler de soi en premier, nous remerciions les autres et le vivant. Ce rituel se poursuivit durant les 10 jours à chaque cercle d’ouverture. Cette reconnexion à l’abondance de beau, de soutien, d’amour m’a permis de me réconcilier avec une partie de moi qui aime la vie et qui s’autorise à le dire sans avoir peur d’avoir l’air ringarde ou « bisounours ». J’ai également compris que pratiquer la gratitude pour la Transition était devenu pour moi un acte politique et spirituel qui m’aide à me décentrer pour m’engager au service de plus large que moi. De plus- cerise sur le gâteau - cela me procurait des émotions positives et libératrices. J’aimais écouter les histoires des autres et j’aimais partager les miennes pour nous rencontrer à un autre endroit d’engagement que celui de la tête. Depuis lors, je muscle ma capacité à mettre la lentille de la gratitude dans mon regard sur le monde : une posture radicale et révolutionnaire qui change le monde.

Qu’est ce que la gratitude ?
Mais quelle est donc cette pratique qui m’a tant bouleversée ? Que se cache donc derrière cette notion bien connue et dont la pratique semble si révolutionnaire ?
Pour définir les contours de la gratitude, je vous renvoie à la lecture de l’un des ouvrages incontournables écrit par Joanna Macy : « L’espérance en mouvement ». Joanna commence en ces termes :

«Être vivant dans ce magnifique univers auto-organisé- participer à la danse de la vie avec des sens pour la percevoir, des poumons pour la respirer [...] - est en soi une merveille au-delà des mots. De surcroît, c’est un immense privilège d’être gratifié d’une vie humaine, avec une conscience autoréflexive qui nous permet un regard lucide sur nos propres actions et nous donne la capacité d’effectuer des choix. C’est ce qui nous permet de choisir de prendre part à la guérison de notre planète... Nous tenons trop aisément ce don pour acquis. C’est pourquoi tant de traditions spirituelles commencent par une action de grâce, pour nous rappeler que, malgré toutes nos souffrances et nos craintes, notre existence même est un bienfait immérité que nous n’aurions jamais pu créer nous-mêmes.»

Ainsi, la gratitude c’est ce «vif sentiment d’émerveillement, de la reconnaissance et de l’appréciation».

On perçoit d’ores et déjà dans cette définition le puissant potentiel de la gratitude. Et l’on peut aller encore plus loin, pour en exploiter tous les bénéfices, que Joanna Macy décrit à merveille :


  • La gratitude favorise le sentiment de bien-être. Lorsque l’on prend l’habitude d’activer notre gratitude seul ou en groupe, on entraîne plus facilement et rapidement son esprit à remarquer les aspects positifs dans notre vie… La gratitude a deux aspects : l’un est l’appréciation, où l’on ressent comme positif ce qui s’est passé ; et l’autre est l’attribution, où l’on reconnaît le rôle de quelqu’un ou de quelque chose dans ce qui est arrivé… La gratitude est une émotion sociale. Elle fait ressortir notre côté chaleureux et notre bonne volonté envers les autres.  « Quand on n’a pas le moral, on pourrait penser que c’est exagéré de porter son attention sur quelque chose d’aussi positif. Pourtant , reconnaître les dons de la vie donne des forces. En savourant ces cadeaux, nous augmentons notre faculté psychologique à garder notre équilibre et notre calme sur les flots houleux. Voilà pourquoi nos ateliers commencent ainsi. La gratitude renforce la résilience, ce qui donne des forces pour faire face aux informations perturbantes.
  • Commencer avec des émotions positives nous soutient pour accueillir celles qui sont plus inconfortables. Quand on aborde des questions telles que le changement climatique, la posture de la gratitude est une alternative rafraichissante à la culpabilité et à la peur. 
  • La gratitude renforce la confiance et la générosité, car elle nous aide à reconnaître les moments où nous avons pu compter les uns sur les autres… elle joue un rôle clef dans l’évolution du comportement coopératif et dans l’évolution des sociétés. Lorsque les niveaux de gratitude sont élevés, nous sommes non seulement plus enclins à rendre service, mais nous sommes également plus susceptibles d’aider des personnes que nous ne connaissons pas. (p. 76) La partage de la gratitude permet d’ouvrir les coeurs et créer la confiance dans le groupe.
  • La gratitude antidote au consumérisme, alors que la gratitude peut accroître le bonheur et la satisfaction de la vie, le matérialisme- le fait de donner une valeur plus élevée aux biens matériels qu’aux relations humaines profondes- à l’effet inverse... la gratitude c’est de se délecter et se sentir satisfait de ce dont on a déjà fait l’expérience, à l’inverse de ce que nous propose la publicité. L’industrie de la publicité a pour but de saper ces sentiments en nous convaincant qu’il nous manque quelque chose…. ainsi la gratitude nous fait déplacer notre attention du verre à moitié vide au verre à moitié plein.

Présentée ainsi, la gratitude semble évidente et pourtant elle reste parfois difficile à évoquer dans nos groupes. Pourquoi ne la pratiquons-nous pas davantage?

Rédigé par Cheval Noémie
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lundi 23 novembre 2020

Plaisir ou satisfaction profonde ?

 

Nous confondons trop souvent plaisir avec satisfaction profonde ou vie pleine de sens.
Sont-ils en opposition, et devrions nous renoncer à l'un pour l'autre ? Pas du tout. Mais ne pas les différencier est une erreur qui peut nous coûter cher, sur le long terme.
Le plaisir est le ressenti plaisant allant éventuellement jusqu'à la jouissance, lorsque nous avons accès à quelque chose que nous désirons et qui procure un plaisir immédiat : sexe, alcool, consommation matérielle, fête super trop cool entre potes, compliment reçu, super livre ou super film, nomination, etc...
Le plaisir est comparable à celui qui doit sauter à l'élastique pour se sentir vivant. C'est bien, mais cette intensité, si elle est confondue avec le sentiment subtil d'être vivant, devient un problème à moyen terme.
Le plaisir a cette caractéristique énervante : il ne dure pas, et laisse le plus souvent derrière lui un sentiment de polarité opposée (frustration, dépit) dont la durée dépasse généralement le temps du plaisir. Autrement dit, si c'était une transaction, nous serions perdants.
Par ailleurs, il entraîne de manière mécanique une demande automatique de nouvelle récompense et de recherche de nouveau plaisir. Qui suivra le même cours que le cycle précédent...
D'un point de vue émotionnel cela entraîne des montagnes russes épuisantes, pour l'entourage, mais surtout pour soi-même, et à la longue, un sentiment de vide difficile à supporter.

La satisfaction profonde est discrète et subtile. Elle résulte d'un alignement complet entre Terre (environnement et relations), Ciel (pensées), Homme (actions) et Nature intime (nos dons et aspirations profondes).
C'est le signal doux et aimant que nous envoient chacune de nos cellules quand cet alignement est réalisé.
On le repère au fait qu'il est beaucoup plus stable et n'entraîne que de minimes fluctuations, qui n'ont plus le pouvoir de nous déstabiliser, et n'est pas suivi d'un sentiment de polarité opposée. Il est aussi, malgré sa discrétion apparente, infiniment plus nourrissant.
Et nous permet d'atteindre la "Plénitude des Reins", un état de confiance et de tranquillité qui nous installe dans une forme de disponibilité habile, apte à répondre adéquatement aux multiples sollicitations qui viennent à nous.
Si vous le voulez, essayez dorénavant de différentier les deux. Le chemin vers la satisfaction profonde commence toujours par le discernement et la clarté.
Bonne pratique
Fabrice
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samedi 10 octobre 2020

« Lorsqu’on pratique zazen, le corps prend la forme du calme ! »

 
Cette indication, qui terminait la lettre n° 86, semble poser question à différents lecteurs de la lettre D’Instant en Instant.
Si nous entendons le mot « corps » comme étant la somme des éléments matériels, organiques, qui le composent, cette indication n’a aucun sens. Elle dérange même sérieusement ce qu’on appelle l’entendement, c’est-à-dire la faculté intellectuelle de comprendre, de concevoir, de saisir ce qui est intelligible en se désintéressant de cette approche universelle du réel qu’est la sensation. L’entendement, processus mental, est le moyen de la connaissance raisonnée par opposition à la connaissance intuitive, sensitive.
L’indication, donnée par le maître zen Hirano Roshi n’a de sens que dans la mesure où nous entendons le mot « corps » comme étant l’ensemble des gestes et des attitudes à travers lesquels l’être humain prend forme, se présente, devient ce qu’il est ou se manque. Il s’agit donc de ce que Graf Dürckheim appelle : le corps que l’homme EST, le corps-vivant (Leib, dans la langue allemande) à ne pas confondre avec le corps que l’homme A, le corps objectivé dans les laboratoires d’anatomie ou de physiologie (Körper, dans la langue allemande).
Notre vie intérieure est chevillée au corps-vivant. Le corps-vivant (Leib) prend la forme de notre vécu intérieur.
Ainsi, par exemple, la personne qui manque de confiance exprime ce vécu intérieur en étant crispée dans les épaules.
Il ne s’agit pas ici de ce qu’on envisage comme étant une relation de cause à effet, ce qui sous-entendrait qu’il y a une dualité entre ce qu’on appelle le corps et ce qu’on appelle notre vie intérieure. Le maître zen nous dit que lorsqu’on pratique un exercice : « la cause est l’effet ET l’effet est la cause ».



Conséquence ? Toute personne qui est en quête de sens et qui, afin de répondre à ce désir, s’engage dans la pratique d’un exercice oriental comme le Yoga, le Taï-Chi-Chuan, Zazen, l’Aïkido, et autres disciplines artisanales, artistiques ou martiales, sera nécessairement confrontée à une approche du « corps » qui n’est pas habituelle en Occident.
Voici la réponse que m’a donné le maître de tir à l’arc Satoshi Sagino(1) lorsque je lui ai demandé ce qui différencie la quête de sens engagée par l’homme occidental (lequel prend appui sur la philosophie, un credo, la psychanalyse ou la science) et l’homme oriental qui s’engage sur des voies telles que le Yoga, le Taï-Chi-Chuan, Zazen, l’Aïkido, et autres disciplines artisanales, artistiques ou martiales ?



« La différence ? C'est, comme le répétait sans cesse mon maître Kenran Umeji Roshi (maître de Graf Dürckheim pendant son séjour au Japon de 1937 – 1947) c’est la confiance dans la pratique d’un exercice. Le chemin est la technique ; la technique est le chemin. Dans le tir à l'arc, comme dans la pratique du zazen, lorsqu'il y a liberté intérieure, non-désir, confiance, bonheur, présence à l'instant, cela se voit ! Dans le tir à l'arc, cela se voit à la façon de tirer de l'élève. Dans l'exercice même il y a une réalisation immédiate.
Pour être ouvert aux autres il ne s'agit pas de penser ouverture ou d'avoir un sentiment d'ouverture. Il s'agit de s'ouvrir concrètement, de s'ouvrir en profondeur, de s'ouvrir toujours plus profondément. L'exercice de l'ouverture est plus important qu'une doctrine de l'ouverture. (…)

Dire " Occupez-vous uniquement de la technique et un jour vous aurez une amélioration sur le plan intérieur " ne sert à rien. Si on sépare ce qu'on appelle l'homme et la technique on crée une opposition, et plus tard on ne peut plus réunir ce qu'on a opposé. Cette loi de l'unité entre l'homme et la technique est vraie pour tous les arts. (…)
L'intériorité a son expression dans la forme extérieure du tir que nous réalisons à l'instant. C'est pourquoi la technique est le chemin, c'est-à-dire une voie d'intériorisation. Le maître du tir à l'arc ne fait pas de discours sur l'intériorité. Il ne sert à rien de parler de l'intériorité. Il faut suivre la Voie avec patience. En s'exerçant régulièrement et modérément chacun peut arriver. Il faut de la détermination. C'est plus que de la volonté. La volonté a ses racines dans la pensée, la détermination engage la totalité de soi-même, aussi le corps ».
« Lorsqu’on pratique zazen, le corps qu’on EST prend la forme du calme ! »
Si ce constat expérientiel vous interpelle et si vous sentez le besoin de le vérifier … c’est simple : Pratiquez zazen.
En vous rappelant ce que dit Hirano Roshi : « il y a mille et une façons de méditer mais il n’y a qu’une manière de pratiquer zazen !


Jacques Castermane

(1) La Sagesse exercée - Jacques Castermane – éd. Le Relié (pages 102 à 113).

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mardi 28 avril 2020

Prendre soin...


Parfois des amis me demandent de l'aide pour des problèmes dans le monde, ils me demandent d'utiliser des "pouvoirs magiques". Je leur réponds toujours que le Dalaï Lama n'a pas de pouvoirs magiques. Si j'en avais, je n'aurais pas de douleurs dans les jambes ou de mal de gorge. En tant qu'êtres humains nous sommes tous semblables et nous expérimentons les même peurs, les mêmes espoirs, les mêmes incertitudes. 
Dans la perspective Bouddhiste, tous les êtres sensibles connaissent la souffrance et les vérités de la maladie, du grand âge et de la mort. Mais en tant qu'êtres humains nous avons la capacité d'utiliser notre esprit pour maîtriser la colère, la panique et l'avidité. Ces dernières années j'ai insisté sur le "désarmement émotionnel", essayer de voir les choses de manière réaliste et claire, sans la confusion générée par la peur et la colère. Si un problème a une solution, nous devons essayer de la trouver, s'il n'en a pas, nous n'avons pas à perdre notre temps à y penser. 
Nous, Bouddhistes, nous croyons que le monde entier est interdépendant. C'est pourquoi je parle souvent de responsabilité universelle. L'apparition de ce terrible coronavirus a montré que ce qui affecte une personne peut très vite affecter toutes les autres. Mais elle nous rappelle aussi qu'une action constructive et pleine de compassion - que nous travaillions dans un hôpital ou que nous observions simplement la distanciation sociale - a le pouvoir d'aider beaucoup de gens. 
Depuis les nouvelles à propos du coronavirus à Wuhan, j'ai prié pour mes frères et soeurs en Chine et partout ailleurs. Nous pouvons constater maintenant que personne n'est immunisé contre ce virus. Nous sommes tous inquiets à propos de ceux que nous aimons et à propos du futur, à propos à la fois de l'économie mondiale et de nos foyers. Mais la prière ne suffit pas. 
Cette crise nous montre que nous devons tous prendre nos responsabilités là où nous le pouvons. Nous devons associer le courage dont font preuve les médecins et les infirmières avec la science empirique pour commencer à retourner la situation et protéger notre futur d'autres menaces. 
Dans ce temps de grande peur, il est important de penser à long terme aux défis et aux possibilités de la planète entière. Les photos de notre monde prises depuis l'espace montrent qu'il n'y a pas de frontières sur notre planète bleue. Nous devons donc tous prendre soin d'elle et travailler pour prévenir les effets du changement climatique et des autres forces destructives. Cette pandémie nous alerte sur le fait que c'est seulement ensemble, avec une réponse coordonnée et globale que nous ferons face à l'ampleur sans précédent des défis actuels. 
Nous devons aussi nous rappeler que personne n'est libre de la souffrance et tendre la main à ceux qui manquent d'un foyer, de ressources ou d'une famille pour les protéger. Cette crise nous montre que nous ne sommes pas séparés les uns de autres - même lorsque nous ne vivons pas ensemble. Nous avons donc tous la responsabilité d'exercer compassion et aide. 
En tant que Bouddhiste, je crois dans le principe de l'impermanence. A la fin, le virus passera, comme j'ai vu passer des guerres et de terribles menaces durant ma vie, et nous aurons l'opportunité de reconstruire notre communauté planétaire comme nous l'avons fait de nombreuses fois par le passé. J'espère sincèrement que chacun puisse rester en bonne santé et rester calme. En ce temps d'incertitude, il est important de ne pas perdre l'espoir et la confiance dans les efforts constructifs que tant de gens ont engagés.
          Publié parTime Magazine le 14 avril 2020.

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dimanche 5 avril 2020

Confinement : les conseils des moines (fin)


Conseil n°6 : Confiance !

Pour tous : Alors que l’épidémie se répand, nous sommes gagnés par l’angoisse. Les moines et les moniales ne sont pas épargnés, et certains d’entre eux voient des membres de leur famille touchés par le coronavirus. « Notre principal levier, dans notre vie et particulièrement en ce moment, c’est la confiance en Dieu, notre principale action, c’est de nous en remettre à Lui. » Pour les moines, c’est l’œuvre d’une vie. Nous avons plusieurs semaines pour nous mettre en route...
Les monastères en quarantaine aussi
Hôtelleries et boutiques fermées, offices à huis clos : les monastères sont, eux aussi, confinés. La quarantaine y est prise très au sérieux, car le virus pourrait se propager rapidement dans les communautés. « Nous faisons très attention car nous avons des sœurs âgées particulièrement vulnérables, explique sœur Bénédicte, de l’abbaye Notre-Dame-du-Pesquié. Être confinées nous recentre sur l’essentiel. Cela fait une différence même pour nous qui étions déjà à l’écart. » L’usine qui jouxte le monastère de Sept-Fons s’est arrêtée, permettant aux moines de goûter un vrai silence. Chez les Diaconesses de Reuilly, la consigne a été donnée d’éviter d’être à l’affût de toutes les nouvelles concernant le covid-19. Une religieuse fait un point quotidien en reprenant des sources fiables. Les moniales, moins sollicitées, ont organisé des temps de prière supplémentaire. « Le carême est d’ordinaire un temps qu’il faut arracher à la vie quotidienne, note sœur Mireille. Là, c’est le monde entier qui est à l’arrêt. Nous qui avons l’habitude de ce temps avons à creuser encore plus le sens du silence, de la prière, de la sobriété, de l’authenticité dans les relations. » Tous les moines et moniales interviewés prient sans relâche pour les confinés : « Nous mesurons notre chance et prions pour tous ceux qui sont coincés dans des petits appartements, craignent pour leur emploi ou traversent des situations familiales dramatiques », insiste sœur Anne-Samuel.
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lundi 23 mars 2020

A-t-on vraiment besoin de méditer ?


Lors d’un colloque à Avignon, après l’intervention où je présentais la pratique de la méditation, j’ai été confronté à la question suivante : “Ne médite-t-on pas tout le temps ? 
Personnellement, je pratique en me promenant ainsi que dans nombre de mes activités quotidiennes.”

Il n’est pas une conférence où cette question ne m’a été posée sous une forme ou sous une autre. Or celle-ci est l’une des plus emblématiques et des plus regrettables de notre temps et mérite que l’on s’y attarde. Elle méconnaît le sens de tout engagement spirituel, qui repose sur le principe qu’il nous faut abandonner quelque chose pour entrer dans une pratique réelle. Méditer, en effet, ne consiste nullement apprécier un peu mieux le moment présent et jouir de la vie, mais implique d’arrêter l’apparent confort de la routine. Il y a quelque chose dans notre attitude habituelle qui entrave le rapport à la pleine réalité. Mais comment méditer, sans cette prise de conscience ?

En ce sens, méditer nous confronte avec honnêteté à notre propre confusion, à ce qui en nous est crispé, effrayé, tendu, malheureux et faux. En nous asseyant sur un coussin, nous nous exerçons à| considérer notre esprit avec précision et douceur, exactement tel qu’il est. Ainsi, rien n’est plus éloigné de la méditation qu’une promenade entre amis au bord d'une plage ou que la contemplation du coucher de soleil.

Alors que je lui parlais de la difficulté de clarifier ce qui fait problème dans cette singulière conviction, une amie m’a expliqué qu’elle avait rencontré plusieurs personnes qui étaient venues assister aux méditations guidées que je donne au sein de l’École occidentale de méditation. Elles étaient, lui avaient-elles dit, profondément déconcertées par la rigueur de ces soirées, je n’y avais pas songé tant cette exigence me semble naturelle. Mais il est vrai que pour beaucoup d’entre nous, la méditation est une forme de divertissement amusant qui doit détendre, et la spiritualité une manière de rêver en se retirant dans sa tour d’ivoire.

Le choix de présenter la pratique avec sérieux semble étonnant, voire contradictoire. Pourtant, si la spiritualité à un sens aujourd’hui, c’est qu’elle consiste à nous apprendre la valeur réelle de la discipline qui, en son aspect le plus authentique, nous fait défaut. En effet, désormais, celle-ci est pour nous le plus souvent construite sur une violence qui nous contraint et nous soumet, et non sur la confiance dans la bonté primordiale que notre être recèle et qu’il faut maintenir et préserver.

En vérité, ignorer le sens de la méditation, nous le faisons tous à différents degrés. J’ai beau m’y consacrer, je découvre régulièrement que, sans m’en rendre compte, je tends moi aussi à minimiser le saut qu’elle implique. Car au fond, méditer, c’est sortir de la logique qui nous conduit à nous protéger de l’inconfort pour découvrir qu’il existe un espace vivant au-delà du “moi-moi-même-et-encore-moi”. Et cet espace, nous ne pouvons pas le comprendre, le définir ou le saisir. Il n’émerge que comme un séisme, une brèche qui vient nous réveiller comme par surprise.

Ceux qui s’engagent dans la pratique sur le long cours le font parce qu’ils tombent amoureux fous de cet autre visage du monde, un visage sacré et pur. Ils ont alors courage de se confronter à ce qui en eux le refuse. Ce n’est qu’après ce passage par le feu qu’il devient possible d’avoir un autre regard sur le monde. Et c’est seulement alors - parce qu’on a longuement pratiqué - que la manière de voir un arbre ou de saluer un ami, devient comme une forme de méditation.

Fabrice MIDAL
Philosophe et éditeur, Fabrice Midal est le fondateur de l'École occidentale de méditation, où il oeuvre à transmettre la pratique de la méditation, en dialogue avec la poésie et la philosophie.

Source : Ultreïa