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dimanche 14 février 2021

La joie à l’épreuve de la vie

En 2013, après avoir rencontré Ilios Kotsou lors d'un stage l'année précédente, je m'étais engagé à aller voir une des journées Emergences qu'il programme chaque année avec Matthieu Ricard et Christophe André. Cette journée m'a beaucoup touchée grâce à ces intervenants. Je vous partage la vidéo du témoignage de Patrice Gourrier. 
Avec humour, il fait disparaitre la souffrance derrière l'amour de l'autre.


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vendredi 18 décembre 2015

Les quatre conseils de Patrice Gourrier pour méditer avec les Pères du désert (2)


2. « Assieds-toi »
L’assise, élément déterminant dans la méditation, car comme le disaient ces sages : « Un arbre fréquemment transplanté ne prend jamais racine. » Un méditant ne peut succomber à la dictature ambiante, qui veut que l’on n’existe qu’en s’agitant… Cette assise est digne, elle exprime de manière visible ma dignité intérieure. Elle est stable et, l’espace d’un instant, je deviens montagne. Elle est confortable. Cette stabilité extérieure, même si cela ne s’opère pas immédiatement, favorise une stabilité intérieure. Prenons le temps de plonger en nous-mêmes : est-ce que j’arrive à me poser régulièrement ? Ai-je vraiment le désir de m’asseoir ? Quelles sont mes résistances ?


3. « Tais-toi »

Cela peut surprendre, mais les Pères du désert insistaient sur la nécessité de mettre une « garde à ses lèvres ». Être un méditant, c’est ne parler qu’avec bienveillance, éviter les propos critiques, les jugements. Être un méditant, c’est prendre garde à ne pas râler continuellement sur le temps qu’il fait, les autres, la société… Être un méditant, c’est aussi faire un travail sur soi afin de faire taire les passions qui nous divisent, nous coupent de nous-mêmes, des autres, de Dieu, et constituent autant d’empêchements à notre progression intérieure. Comment être un méditant si je succombe à l’avidité, jamais rassasié de ce que j’ai ? Comment être un méditant si je succombe à l’orgueil, avec un ego gonflé de suffisance, de prétention ? Comment être un méditant si je suis rongé par la haine, par la rancune, par la jalousie, qui m’empêchent de m’ouvrir et m’enferment sur moi-même ? Les Pères du désert l’avaient bien compris et leur démarche passait par cette connaissance de soi et par une guérison intérieure. Il ne s’agit en rien de morale, mais du désir de changer pour devenir meilleur.


4. « Apaise tes pensées »
Nous entrons dans le vif du sujet, et cela nous concerne tous, que nous ayons une quête spirituelle ou non. Nous pouvons être assis dans un lieu, être présents physiquement, et avoir l’esprit ailleurs. La science moderne nous apprend que nous pensons sans cesse, car nous sommes conçus pour cela, et c’est merveilleux. Le grand drame, c’est que parfois nos pensées nous empêchent d’être « là » et de vivre pleinement l’instant. Toutes les grandes traditions mentionnent les distractions, encore appelées vagabondage mental. Notre corps est bien présent, mais pas notre esprit, et cela fait obstacle à l’unité de notre être. Les chrétiens ne sont pas une exception. Nous pouvons nous trouver dans une église, ou, chez nous, en train de prier, et pourtant ne pas y être vraiment, car perdus dans nos pensées. Il en va de même si nous nous rendons dans un temple, une mosquée, une synagogue… Ou encore, lors d’une promenade en forêt, il nous arrive aussi d’être tellement absorbés dans nos cogitations que nous ne voyons ni les arbres ni les oiseaux… Comment écouter l’Invisible si nous sommes aussi absents de nous-mêmes ?
Pour ramener sans cesse leur attention, et faire l’unité du corps de l’âme et de l’esprit, ils répétaient le nom de Dieu : Jésus, Jésus, Jésus, non pas mécaniquement mais avec attention, avec amour, avec tendresse. Les mystiques anglais du Moyen Âge nous proposent quant à eux de choisir un mot qui résonne à notre cœur : amour, bienveillance, paix, sérénité. D’autres nous proposent de répéter « Maranatha ». L’objectif : remplacer toutes les pensées par une seule pensée afin de favoriser notre unité, notre disponibilité à la rencontre avec nous-mêmes, avec Dieu. Personnellement, depuis toujours, c’est le nom de Jésus que j’ai choisi, car lorsque je le prononce, il est là, et je sens une brûlure apaisante tout au fond de mon cœur.

Patrice Gourrier

Source : La Vie


jeudi 17 décembre 2015

Les quatre conseils de Patrice Gourrier pour méditer avec les Pères du désert (1)

Patrice Gourrier est prêtre du diocèse de Poitiers et psychologue clinicien.Il coordonne un pôle de méditation, de développement personnel et spirituel. Il est l’auteur de Talitha Koum ! .

Ceux qui m’ont guidé sur le chemin de la méditation ont vécu il y a bien longtemps. On les appelle les Pères du désert. Je les ai rencontrés par hasard, un jour au détour d’un rayon de librairie. Depuis, c’est avec eux que je chemine au quotidien. Les Pères du désert ont vécu durant le premier millénaire dans les déserts d’Égypte et de Gaza. Ils étaient, comme on a pu le dire, ivres de Dieu. À l’origine de leur démarche, une quête brûlante : se rapprocher de Dieu au point de ne faire plus qu’un avec Lui. Ils ont bien compris que cette « union mystique » était au final un don de Dieu, mais que l’effort de l’homme était nécessaire. Faire taire notre ego, faire taire nos pensées, changer, évoluer intérieurement. J’ai été heureux d’apprendre grâce à la science moderne que leurs conseils nourrissaient non seulement mon âme mais faisaient aussi du bien à mon corps, à mon cerveau, apaisant celui-ci.

Les Pères du désert savaient que l’homme pour être vraiment lui-même devait découvrir qu’il est l’union du corps, de l’âme et de l’esprit. Sans la prise en compte de chacun de ces éléments constitutifs, l’homme ressent au plus profond de lui-même, un sentiment d’incomplétude. Ils savaient aussi, et c’est capital, que ce n’est pas à l’extérieur de lui-même que l’homme devait chercher, mais à l’intérieur de lui-même. « Où cours-tu, le ciel est en toi », nous dira plus tard un grand mystique.

Parmi nous, il y en a qui croient au ciel, il y en a qui n’y croient pas, mais les conseils des Pères s’adressent à nous tous. Avant toute chose, il faut nous interroger. Avons-nous le désir de nous mettre en route ? Quel est notre désir profond ? Les pères du désert avaient le désir brûlant de se mettre à l’écoute de Dieu, de faire « un » avec Lui. C’est ce qui m’anime aujourd’hui. Mais même si ce désir n’est pas le vôtre, interrogez-vous. Sans désir, méditer risque de vous paraître bien fastidieux et vous aurez toutes les raisons de ne pas prendre le temps de le vivre.


1. « Change d’air »
Il ne s’agit pas de fuir hors du monde, mais de savoir se déplacer, s’alléger. Trop souvent, nous sommes envahis par de multiples choses, qui, loin de nous faire grandir, nous agitent et nous détournent de nous-mêmes. Elles deviennent des barrières de plus en plus difficiles à franchir. Pis encore, nous perdons, à la suite de l’usure du quotidien, notre souplesse intérieure, la pire des arthroses étant intérieure à nous-mêmes. Alors, pour avancer sur le chemin de la méditation, il importe que nous nous accordions du temps rien que pour nous. Que nous quittions, pendant quelques minutes, le tohu-bohu du monde afin d’apaiser peu à peu, dans la pratique, le tohu-bohu qui nous habite. 
Pour changer, trouvons le moyen de faire un pas de côté par rapport à tout ce qui constitue notre quotidien. Débarrassons-nous de ce qui nous alourdit et qui n’est pas nécessaire. Cela peut être un trop-plein d’activités, qui dissimule une peur, une résistance à ce chemin d’intériorité. Cela peut être aussi la plongée excessive dans des divertissements, qui nous éloignent de nous-mêmes. Ou encore une dépendance aux nouvelles technologies, qui nous empêche de nous ancrer et, peu à peu, nous emprisonne dans nos écrans d’ordinateur, de téléphone… Pour cela, rien de plus simple que de choisir un jour, voire deux, par semaine, où nous évitons de consulter compulsivement nos e-mails toutes les heures et de nous perdre dans les méandres des réseaux sociaux. Accepter que le monde tourne sans nous quelques instants.




lundi 16 février 2015

Appel interreligieux au jeûne, à la prière et au partage contre la violence et la division

Du 7 au 14 mars.

Deux mois après les attentats survenus à Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, aux côtés des réponses nécessaires sur la sécurité, l’éducation, la prévention…, nous croyons qu’il y a un indispensable combat spirituel à mener contre toutes les divisions, qu’elles soient collectives, comme le terrorisme et le radicalisme, ou individuelles, au cœur même de notre être. Les religions, dans le cadre de l’espace laïc, peuvent apporter ces réponses particulières que sont le jeûne, la prière, le partage. Et ce, tous ensemble, ceux qui croient au ciel (chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes…), et ceux qui n’y croient pas.
Nous avons choisi le jeûne, la prière et le partage non seulement parce que ce sont des pratiques communes aux religions, mais aussi parce qu’elles peuvent unir tous les individus de bonne volonté.
Vous pouvez vous associer du 7 au 14 mars à cet appel :
● Individuellement, en vous engageant à jeûner chez vous le temps d’un repas le jour que vous aurez choisi (par exemple le mercredi ou le vendredi pour un chrétien ; le lundi ou le jeudi pour un musulman…).
● Collectivement, en organisant une rencontre interreligieuse (repas, prière…) dans votre communauté ou association, avec vos voisins (de toutes confessions), vos amis, en famille… en osant inviter des personnes de confessions différentes. Une manière de créer ensemble de nouveaux réseaux contre la violence et la division. 

Père Patrice Gourrier,
Mohammed Chirani,
Rabbin Avraham Weill,
Matthieu Ricard.

> Pour nous rejoindre :

Si vous acceptez de vous associer à cette initiative, votre nom sera inscrit sur une carte de France qui paraîtra dans La Vie.
Merci pour cela de répondre d'ici le 25 février, en précisant bien votre nom et votre ville, en écrivant à v.durand [arobase] lavie.fr

Voir l'article en entier


dimanche 7 décembre 2014

Patrice Gourrier, ma marche intérieure

À la suite de Jérôme Kerviel, il a sillonné les routes de France pour dénoncer la « tyrannie des marchés financiers ». Au fil des kilomètres, c’est un véritable bouleversement intérieur qui l’a traversé.

Mai 2014, frontière franco-italienne. Nous dînons avec Jérôme Kerviel, en compagnie d’un journaliste. « Je vais être arrêté dans les prochains jours. Je ne pourrai donc pas tenir ma promesse faite au pape : marcher jusqu’à la place de la Bourse, contre la tyrannie des marchés financiers et pour une économie au service de l’homme. » Lorsque j’entends ces mots de Jérôme, que je connais depuis seulement quelques jours, une décision s’impose à moi : cette marche, c’est moi qui vais la poursuivre. L’évidence relève de la fulgurance, le sentiment de paix intérieure est immédiat : ma place est là. Tout à coup, je n’ai plus peur. Peur de quitter ma chère paroisse de Saint-Porchaire, où je termine, un peu épuisé, mon mandat, peur de ne plus avoir d’agenda, peur de l’inconnu. Pour quelqu’un d’hésitant comme moi, pieds et mains liés à ses sécurités, c’est la planète Mars.

Quelques jours suffisent pour vider mon bureau à Poitiers et donner la majeure partie de mes affaires. Le besoin d’allègement est aussi criant que stupéfiant. Spontanément, je vois une prière, une seule, pour accompagner ma marche, heure par heure : celle du cœur. « Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi pêcheur. » J’ai le sentiment que tout ce contre quoi je veux lutter ne pourra évoluer qu’avec la grâce de Dieu. À échelle humaine, on attend un retour sur investissement immédiat. Mais les fruits de ce combat fleuriront peut-être dans 100 ans… Cela ne m’appartient pas. Après quelques jours de retraite à l’abbaye de Lérins, je suis officiellement en « temps sabbatique » pour « une marche de spiritualité et de solidarité », d’après les propres mots de mon archevêque, Mgr Wintzer. Muni de mon petit sac à dos, contenant trois vêtements, un bréviaire, l’Évangile et Récits d’un pèlerin russe, je pars seul sur les routes.

La rencontre avec Jérôme Kerviel a été le détonateur de tout ce qui résonnait en moi depuis des années. Durant cette marche, je me suis aperçu que j’avais perdu une partie de moi-même. Qu’avais-je fait de mon caractère militant si présent dans mes années étudiantes ? Jusqu’à l’âge de 38 ans, j’ai dirigé une maison d’édition. Mon patron m’expliquait que le salarié devait être adaptable, flexible et recyclable. Je lui rétorquais qu’il ne parlait pas là d’un être humain, mais d’un tuyau. En tant que prêtre ensuite, j’ai publié un ouvrage, Lettre ouverte au prochain pape, où je n’ai pas hésité à affirmer que notre société « sacrifie l’homme sur l’autel du profit ». En cela, les propos du pape François me rejoignent totalement aujourd’hui. En nous invitant à aller aux périphéries existentielles, il a ébranlé mes certitudes : « Comment mettre en application ce qu’il dit tout en étant présent dans ma paroisse ? » Puis il y a eu Lampedusa : « Pleurez-vous lorsque vous voyez les cadavres ? » Sa question m’a transpercé. Non, je ne pleurais plus depuis longtemps. J’en étais horrifié. « Mon cœur serait-il devenu dur ? »

Je vois cette marche comme un dévoilement intérieur. Alors que son moteur premier était de prier pour les victimes de la finance et des banquiers, elle s’est révélée être aussi un parcours initiatique, personnel. Sur le plan affectif notamment. Intensément, j’ai demandé à Dieu le don des larmes. Le premier jaillissement a eu lieu lors de ma dernière messe à Saint-Porchaire, la veille de mon départ. Depuis, elles ne cessent de couler, dans les joies et dans les peines, dans la souffrance rencontrée chez l’autre, au bord d’un chemin, à même le bitume. En tant que prêtre et psychologue, j’ai toujours été touché par le malheur des gens. Mais par manque de temps, je n’allais pas jusqu’au bout de la compassion. Mon agenda rempli entravait la disponibilité de mon cœur.

Au fil des kilomètres, tout imbibé de la prière du cœur, j’ai découvert physiquement qu’une vie ne vaut que si elle est donnée. J’ai pu vivre concrètement la Parole, en serrant des mains, en enserrant dans mes bras. De tels gestes pouvaient être source de peur ou de gêne auparavant. En me rapprochant de Dieu durant cette marche, je me suis rapproché des hommes. J’ai vécu là une véritable conversion intérieure.

Sans programme, agenda, statut, j’ai appris à vivre de la Providence, tout en préservant une discipline de vie, avec des temps de prière, de méditation et l’eucharistie. Ma manière de célébrer la messe a changé. Elle est censée durer une demi-heure la semaine et une heure le dimanche. Désormais, si j’en ressens le besoin, je marque des temps d’arrêt, de recueillement, sans être stressé par l’attente des paroissiens. Je vois qu’ils comprennent.

Ma marche avec Jérôme Kerviel n’est pas finie. Nous ignorons quand nous l’achèverons, mais nous repartirons. Moi-même, je regagnerai les routes, seul. En quête de quoi ? Je l’ignore. La marche est un état d’esprit. Depuis mai, elle n’a jamais cessé. Mon évêque m’a nommé responsable d’un centre de méditation à l’abbaye Sainte-Croix, chez des bénédictines. Je rendrai service en paroisse comme prêtre auxiliaire à Poitiers, mais ne serai plus en charge de. C’est très différent. Paradoxalement, je ne me sens pas perdu devant l’inconnu de la Providence : au contraire, je n’ai jamais été aussi comblé, en paix et affirmé dans mes convictions. Je n’ai pas assez de recul sur ce qui se passe aujourd’hui dans ma vie, mais je sais une chose : je ne peux plus être le même prêtre qu’avant.

Propos recueillis par Anne-Laure Filhol

Les étapes de sa vie
1960 Naissance à Paris.
2000 Ordonné prêtre.
2004 Devient chroniqueur aux Grandes Gueules !, sur RMC.
2005 Publication de Lettre ouverte au prochain pape.
2006 Nommé curé à la paroisse de Saint-Porchaire (86).
2008 Ouvre un cabinet de psychologie clinique à Poitiers (86) (fermé en 2014).
2008 Prend la défense de Jérôme Kerviel au micro de RMC.
Mai 2014 Débute sa marche.
Depuis septembre Responsable du centre de méditation à l’abbaye Sainte-Croix (86).
6 novembre Publie le Jour où ma vie a basculé (Le Passeur Éditeur).


Un centre de méditation
Le père Gourrier a été nommé responsable d’un centre de méditation par son archevêque, Pascal Wintzer. Les sessions ont lieu chez les sœurs bénédictines, au sein de l’abbaye Sainte-Croix, à Saint-Benoît (Vienne). Les activités de ce centre s’articulent selon deux axes : l’un thérapeutique (gestion des pensées et émotions, ruminations, stress…), l’autre spirituel, inspiré notamment de la spiritualité des Pères du désert (respiration, assise, silence et apaisement des pensées, messes méditatives, marches spirituelles…). Les deux se déclinent sous forme de journées, sessions, cycles, stages, retraites.
Renseignements : 06 11 68 41 78 ou www.gourrier-meditation.fr

mercredi 31 octobre 2012

Méditation chrétienne : cinq voies pour pratiquer (2)


2 - Méditer en développant une pleine conscience

Cette approche nous aide à être pleinement conscient du moment présent. Le père Patrice Gourrier, qui s’y est formé, nous la présente.

Comment s’y prend-on ? 
« Cette méditation dite “de pleine conscience” repose notamment sur deux exercices simples. Le premier consiste à porter son attention sur les différentes parties de son corps. Commencez par le pied droit, puis remontez jusqu’à la hanche, puis effectuez le même mouvement avec le pied gauche. Poursuivez en portant l’attention sur votre dos, votre colonne vertébrale, en remontant doucement vers le haut, puis les épaules, le cou, le cuir chevelu. Détendez ensuite votre front, puis les yeux, sentez l’air qui entre par les narines, la mâchoire qui se relâche. Soyez attentifs à la poitrine, le plexus solaire, le ventre. Terminez en passant en revue l’ensemble de votre corps. Cet exercice peut être pratiqué par tout le monde, à l’exception des personnes qui souffrent de trouble psychotique. Le second exercice s’effectue assis, les yeux fermés, les deux mains sur les genoux, paumes ouvertes vers le ciel, la colonne vertébrale droite. L’attention se porte sur sa respiration, l’alternance de l’inspir et de l’expir, le trajet de l’air qui circule par le nez, les poumons, le ventre. »

En quoi est-ce chrétien ? 
« Souvent, nous n’arrivons pas à prier, car nous sommes pris par le tumulte de nos pensées. En son temps, saint Augustin avait déjà identifié le besoin de ralentir le rythme de ses pensées. Jésus a valorisé cette présence ici et maintenant ; en invitant à ne pas regarder en arrière et à ne pas se soucier du lendemain. Cette méditation constitue une bonne introduction à la prière. Si je suis préoccupé par des souvenirs, des projets, je ne peux me nourrir par le passage de la Bible que je lis, je ne peux me mettre à l’écoute de l’Esprit saint. Cette technique permet aussi de prier en ayant conscience de son corps, de tout notre être. »

• Pour pratiquer. Les formateurs en méditation de pleine conscience se sont regroupés au sein de l’Association pour le développement de la mindfulness. Retrouvez sur le site : www.association-mindfulness.org


mercredi 19 septembre 2012

Patrice Gourrier et la pleine conscience

...j’étais un cadre d’entreprise qui menait sa vie tambour battant en faisant du 8h-21h. Puis un gros problème de santé en 2000 a cassé cet élan : j’ai failli mourir et j’ai dû être hospitalisé longtemps. Quelques mois avant, j’avais découvert la tradition hésychaste, celle des Pères du désert, et trois mots forts résonnaient à mon oreille alors que j’étais sur mon lit d’hôpital : « Assieds-toi, tais-toi, calme-toi. » Exactement ce que je n’étais pas. C’est à partir de là que j’ai fait de la pleine conscience sans le savoir. Ensuite, j’ai découvert un ouvrage de Jon Kabat-Zinn, le pionnier de la pleine conscience aux États-Unis. J’ai pu mettre des concepts sur ce que j’avais lu chez les Pères du désert et sur ce que je vivais personnellement...

Quand je suis devenu prêtre, un changement s’imposait. Je ne pouvais rester l’homme stressé que j’étais. On a un mot, chez les catho­liques, qui est l’ascèse et qui signifie, en grec, « l’exercice, l’entraînement, la manière de vivre ». C’est ainsi qu’à Talitha Koum, le mouvement que j’ai créé avec quelques-uns, nous avons comme principe de nous arrêter une fois par jour, par semaine, et par mois, à chaque fois un peu plus longuement. Les Pères du désert affirment qu’il est ainsi possible de calmer nos pensées, d’apaiser nos passions.

Je commence donc ma journée par 5 minutes minimum de méditation de pleine conscience et essaie ensuite de travailler mes cinq sens jusqu’au soir. Toute ma vie en entreprise, on m’a appris à avaler mon repas, à marcher dans la rue pour rejoindre mon but le plus vite possible. Maintenant, au contraire, je m’évertue à goûter les saveurs, à observer ce qui se passe autour de moi et à être pleinement à ce que je fais. Toutes ces démarches sont de la pleine conscience. Avec tous ces petits exercices quotidiens, je sens une transformation : ma prière et ma manière de célébrer la messe ont changé et l’assemblée le ressent.


Patrice Gourrier
Source : La Vie