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mercredi 27 mai 2015

Graf Dürckheim par Marie -Edith Laval


En 1947, à son retour du Japon, Karlfried Graf Dürckheim écrit : « Face au zen deux attitudes sont possibles : on peut soit se convertir au bouddhisme, soit accueillir et réaliser ce qu’il renferme d’universellement humain. Seule m’importe la seconde attitude. » Dix ans durant, ce docteur en psychologie et en philosophie s’est plongé dans le monde du zen, pour, au final, l’importer en Europe, ignorante de cette pratique méditative.

Né en 1896 à Munich, Karlfried Graf Dürckheim montre très tôt un vif intérêt pour la vie mystique. Ses 18 mois de front durant la guerre de 1914-1918 le marquent profondément. Se dirigeant vers des études de psychologie et de philosophie, le jeune homme découvre un grand nombre de maîtres spirituels, dont Eckhart, « mon maître, le maître. » Professeur de psychologie à Breslau puis à Kiel, Dürckheim part ensuite au Japon, de 1937 à 1947, pour étudier l’éducationjaponaise d’un point de vue spirituel. Il tirera de cette expérience en terre nippone la majeure partie de tout son enseignement. De retour en Allemagne, il fonde, accompagné de l’analyste jungienne Maria Hippius, un Centre de formation et de rencontres de psychologie existentielle à Todtmoos-Rütte, en Forêt-Noire. C’est là-bas qu’il s’éteindra, en 1988.

Nous ne devons pas chercher Dieu seulement avec notre intellect et notre volonté mais aussi avec tout notre corps, voilà ce que Graf Dürckheim m’a appris. Faire l’expérience de l’Être est au cœur de son enseignement : ne pas chercher à savoir ce qu’est l’Être essentiel en utilisant la pensée, mais en faire l’expérience dans la réalité que je suis. L’Être ne peut se réaliser qu’en s’incarnant dans un corps, socle, au même titre que l’esprit, de la vie spirituelle.




mardi 26 mai 2015

Les conseils de Marie-Edith Laval pour une vie « orientée »

1. Émerveillez-vous
Les sens en éveil, laissez place à la fraîcheur de la perception. Brisez la banalité de l'habitude, du déjà-vu en percevant le monde avec des sens neufs, en faisant du banal un motif d'éblouissement envers toute chose et chacun : je ne vois pas un arbre, mais un geste de la vie. « Tout ce qui est visible est un invisible élevé dans un état de mystère », a dit le poète Novalis. Derrière l'émerveillement se trouve la splendeur de l'essentiel.

2. Soyez plein de gratitude
Remerciez, la célébration dans le cœur et la louange sur les lèvres. Louer le ciel, c'est porter un autre regard sur la vie, une nouvelle façon d'être au monde. Rien n'est dû, tout est pur don, la vie se donne. Vivez pleinement et ne vous contentez pas d'exister.

3. Cultivez la pleine présence
Soyez attentif, en pleine conscience, à la tâche en cours. Ne désertez pas le présent par des ressassements stériles ou des anticipations anxieuses, mais demeurez dans l'Être là, dans la simplicité et la fraîcheur de l'instant présent. Pour cela, libérez-vous de vos attentes et veillez à ne pas faire de vos visions d'avenir une condition de votre bonheur. Est-ce que je prends la décision de vivre ma vie ici et maintenant ou est-ce que je vais continuer à penser et rêver mon existence ?.


4. Enthousiasmez-vous
À chaque réveil, enthousiasmez-vous de participer à ce nouveau jour : voyez le miracle à l'oeuvre en tout, en tous, en chaque instant, en prenant conscience du fait vertigineux d'exister. Chaque nouvelle aurore est comme une aventure, parée de neuf.

5. Méditez... priez
Régulièrement, mettez-vous à l'écoute de votre « petite voix ». L'expérience spirituelle est à l'image d'un feu qui risque de s'éteindre si on ne l'alimente pas, alors maintenez et cultivez la flamme du divin quotidiennement (prière, méditation, art dans une dimension sacrée). Chaque matin, durant 20 minutes, je pratique la méditation en assise silencieuse, dans l'ouverture et l'immobilité. Je m'offre ainsi un temps d'accueil à la grande présence qui m'habite et oeuvre en secret.





lundi 25 mai 2015

Pèlerinage avec Marie-Edith Laval (2)


21 août 2013. Dernier jour à Shikoku. Le soleil éclatant perce un ciel azur. À quelques mètres de moi, s'élève, majestueux, le temple numéro 1, celui-là même dans lequel j'ai pénétré il y a tout juste 52 jours. Entre-temps, mes pieds ont arpenté 1 200 km sur l'île nippone, à la rencontre de ses 88 temples bouddhistes. Tel un mandala, ce chemin circulaire est symbole d'infini, de perfection, d'absolu, de divin. Serait-ce parfois en tournant en rond que l'on avancerait le plus ? Ce 21 août 2013, c'est à la fois une autre personne qui clôture cette boucle, et la même, profondément elle-même, tutoyant la dimension sacrée de son Être. Rentrée à Paris, je suis habitée par une force sereine, une paix puissante. Non sans émotion, j'insère ma clé dans la porte de mon appartement. Cette clé, je l'avais égarée, tel un acte manqué, le premier jour de mon voyage, puis retrouvée à sa toute fin, en pénétrant sur le territoire du « Nirvana ». À travers elle, la vie semble me chuchoter : « Voilà la clé de ta transformation, substantielle. Le paradis, c'est ici et maintenant ! Ce paradis n'est pas dans une destination lointaine, mais, tout simplement, dans le pas que tu fais en ce moment, où que tu sois. Il n'est pas dans les mirages illusoires mais dans l'ordinaire de ton existence. »



En marchant plein ouest, vers Compostelle, l'été 2012, j'avais eu l'impression que l'ancien mourait en moi, avec ce désagréable sentiment d'avoir du mal à retrouver le nord à mon retour. En m'engageant plein est, au pays du Soleil-Levant, c'est comme si une nouvelle aurore avait pointé en mon for intérieur. Le principe bouddhique de l'« impermanence » nous apprend d'ailleurs que nous ne cessons de mourir pour renaître à nouveau. Je suis en perpétuelle évolution, en éternel devenir. Rien n'est jamais figé.

Cette aventure a été comme un réveil pour l'ensommeillée que j'étais, une invitation à rentrer dans la danse de la vie, qui est là et partout. Jour après jour, il m'est apparu de manière limpide que la réponse à cette soif se trouvait là où s'était formée la question : à l'intérieur de moi. « Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ? » dit Angelus Silesius, mystique allemand du XVIIe siècle. M'ouvrant peu à peu au mystère de l'infini au creux de mon Être, j'ai cheminé vers une source, que je pourrais nommer noyau divin, lumière, Être, Dieu.

Ce voyage a suscité en moi l'envie de retourner à l'Église, avec une nouvelle qualité de présence, plus d'intériorité. Quelle révélation lorsque j'appris que la méditation était déjà présente chez les Pères du désert ! J'ai découvert aussi l'hésychasme, pratique spirituelle dans la tradition chrétienne orientale, la « quies », le repos en Dieu, cher à saint Bruno et aux Chartreux... Puisque ma propre tradition détient de vrais trésors pourquoi irais-je chercher ailleurs ? Depuis, Dieu a pris un autre visage : j'ai rencontré un Jésus proche et touchant de par son humanité, un Dieu accessible, une figure du Christ incarnée.



Un livre et une conférence 
Pour un premier ouvrage, c'est une réussite. Avec talent, Marie-Édith Laval partage au fil de ces 300 pages son chemin initiatique en terre nippone, sous la forme d'un journal de bord. Jour après jour, le lecteur est emporté par cette escapade où le concret côtoie le spirituel, où l'horizontalité semble ne faire qu'un avec la verticalité. 
L'auteure donnera une conférence sur le pèlerinage de Shikoku, le 28 mai au Forum 104 (104 rue de Vaugirard, Paris VIe), de 20 h à 22 h 15. Dès 19 h, elle se tiendra disponible pour échanger sur son expérience. 
Comme une feuille de thé à Shikoku. Sur les chemins sacrés du Japon, de Marie-Édith Laval. 
Le Passeur Éditeur, 19,50 EUR.

'source : La Vie)

dimanche 24 mai 2015

Pèlerinage avec Marie-Edith Laval (1)

En 2013, cette jeune femme a effectué le pèlerinage de Shikoku, surnommé le « Compostelle japonais ». Une aventure initiatique en terre nippone et bouddhiste qui l'a révélée à elle-même et à son christianisme.

Tel un pont, l'approche du bouddhisme durant 50 jours de pèlerinage dans l'île de Shikoku (Japon) m'a fait revenir à ma source chrétienne, enrichie d'un autre regard. Depuis quelque temps, déjà, je m'étais éloignée du catholicisme, dans lequel je ne me retrouvais plus, que ce soit dans les dogmes ou la liturgie. Je percevais cette religion comme déconnectée du quotidien et n'étais aucunement attirée par un conformisme moutonnier. Ma quête était celle d'une expérience personnelle et libre, enracinée au plus profond de mon moi véritable. Grâce au bouddhisme, j'ai redécouvert avec une autre grille de lecture la profondeur du message chrétien. Cette longue marche m'a aussi confirmé qu'au-delà des chemins empruntés par chaque religion le sommet, l'Un, est le même, qu'il se trouve sur la cime d'une montagne ou bien dans les profondeurs de la grotte intérieure, de la source en nous où s'abreuve toute vie. Chemins qui, parfois même, s'épousent en cours de route : j'ai profondément ressenti, lors des cultes, qu'une même aspiration pour la transcendance nous aimantait les uns aux autres.

L'idée d'un pèlerinage à Shikoku sur les pas de Kukai, un moine bouddhiste Shingon, a germé à l'été 2012, alors que je me trouvais sur les chemins de Compostelle. C'est un marcheur japonais, croisé sur la route, qui m'invita à le découvrir. Rentrée à Paris, cette idée m'apparut comme une évidence, malgré mon ignorance du bouddhisme et du Japon. Évidence face à la sensation d'oppression qui m'étreignait dans ce quotidien parisien et dont l'étroitesse étouffait mes aspirations profondes. Ma soif inassouvie cherchait continuellement à s'abreuver dans l'ailleurs, l'autrement. Depuis quelques années déjà, seuls les voyages m'offraient de goûter l'instant présent et de me sentir pleinement vivante.

Un an après, me voilà en chemin, à la rencontre des 88 temples bouddhistes. Tout au long de cette première partie du pèlerinage, nommée « Éveil », mon regard neuf me permet peu à peu de voir l'« extra » dans l'ordinaire. Puis vient l'« Ascèse », deuxième étape, dont le dénivelé me coûte physiquement. Chaque phase du pèlerinage - les deux suivantes étant appelées l'« Illumination » puis le « Nirvana » - correspond à un cheminement personnel. La topographie de l'île fait ainsi écho à la géographie intérieure du pèlerin, à ses vallonnements intimes. Sous un soleil de plomb, longeant la côte Pacifique, je vis l'Ascèse comme une étape de désencombrement : je me décharge de tout ce qui n'est pas moi, de mes conditionnements et identifications en tout genre, pour aller davantage vers mon Être profond.

Ma rencontre avec Tsui-dje, pèlerine enracinée dans la culture animiste shinto, me touche infiniment. Je suis émerveillée par son attitude de respect, d'humilité, de déférence face à la nature. Les mains jointes, le buste penché, cette jeune femme va jusqu'à remercier le rocher qui l'a accueillie, le temps d'une halte. Cette notion du sacré, je la perçois aussi dans les rapports humains : s'incliner devant l'autre pour le saluer me fait prendre conscience que nous avons, chacun, une part sacrée, unique, nous reliant les uns aux autres. Je découvre à Shikoku une recherche d'harmonie comme trait d'union avec le divin : une simple cérémonie du thé élève vers une autre dimension, où souffle l'Esprit. J'apprendrai d'ailleurs que, d'après Kukai, toute personne peut atteindre l'Illumination au cours de sa vie terrestre en intégrant les actes du quotidien, même les plus banals, comme moyen d'édification. Quel enseignement !

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