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samedi 26 septembre 2026

Statues d'éveil

 Les statues de Rakan au Japon représentent les disciples de Bouddha ayant atteint l'éveil spirituel (aussi appelés arhats).

Qu'est-ce qu'un Rakan ?

Définition : Un disciple sage et digne de Bouddha.

Représentation : Sculptés en groupes (souvent 16, 500 ou 1 200).

Particularité : Chacun possède une expression unique (sourire, rire, visage pensif ou scène de la vie quotidienne).

Au temple Otagi Nenbutsu-ji, à Kyoto, environ 1200 statues de Rakan sont dispersées dans la végétation. Sculptées par des gens ordinaires sous la direction du moine Kocho Nishimura, elles sont toutes différentes : certaines prient, sourient ou rient, tandis que d’autres tiennent des objets évoquant la vie quotidienne.


Signifiant littéralement "le digne", le terme rakan est le titre le plus élevé attribué aux disciples du bouddhisme zen. Ces disciples sont parvenus à atteindre l’illumination par leur pratique ascétique et à raison de très nombreux efforts personnels. Le bouddhisme zen enseigne en effet que l'illumination s'obtient par un éclair de perspicacité ou par un long et rigoureux travail sur soi ainsi qu'une profonde prise de conscience. Ces pratiquants fidèles sont considérés comme les gardiens des enseignements du bouddha et honorés en tant que modèles dans la quête spirituelle individuelle. (Japan Experience)

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mercredi 23 septembre 2026

Effets d'éveil en cause (suite)

 1er août ...


Je reprends et complète un peu mon entrée d’hier.

Quantité de témoignages d’éveillés obéissent à un schéma récurent que l’on pourrait grossièrement résumer ainsi : période de dépression plus ou moins prononcée , impression de toucher le fond, irruption soudaine et hors contexte d’une expérience « d’éveil »,  intégration plus ou moins effectuée et aisée de cette expérience, début du témoignage et enseignement qui voit la personne proclamer son éveil tout en insistant sur le fait qu’il n’y a personne…

 À cet égard la phrase de l’ami Daniel Morin (dans son livre Où est donc le problème) me parait sans appel dans sa lucidité mordante : « chez certains malgré un discours imparable, il y a toujours la notion d’un moi qui serait sorti d’affaire. Leurs prestations ne servent qu’à valider un moi enseignant. »

Les livres et témoignages des « éveillés  ne racontent pas (sauf celui courageusement écrit par Andrew Cohen après sa vertigineuse chute et " destitution ") les abus divers et variés ; lesquels surviennent , de manière si prévisible,  dans un contexte d’immaturité, d’enjeux de pouvoir non pris en compte, en l’absence de structures propres à réguler - ou pire encore comme dans le cas notoire de certains Tibétains ou de l’Eglise, à l’intérieur de structures qui faillissent à leur raison d’être en mettant le problème sous le tapis jusqu’à ce que les odeurs trop nauséabondes obligent à le soulever. Mais alors il est trop tard.  Les dégâts sont faits et souvent irréparables . 

Tentative de provisoire conclusion à la volée  : 

Oui,  Il y a eu et il y a des « sages » , des témoins, dont certains, rares,  transcendants , des êtres transparents au Tout Autre. Des êtres  reflétant ce « Tout Autre », jusqu’à un certain point , voire de manière éblouissante. 

Mais il n’y a pas « d’état ». Pas de concession de sainteté à perpétuité, pas un absolu que le relatif pourrait saisir, pas de forme apte à intégralement capter le sans forme.

Gilles Farcet

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mardi 22 septembre 2026

Effets d'éveil en cause

 MESAVENTURES ET DECONFITURES DE  « L’EVEIL ».LE MYTHE DE LA « BASCULE »

(Le 31 juillet)

Lu un livre offert par un vieil ami, co traducteur du dit bouquin.


Il s’agit du récit (à ce que je comprends, assez populaire aux Etats Unis dans un certain milieu) d’un « éveil sauvage », un de plus, vécu par une jeune américaine , Suzanne Segal, au début des années 80. 

Je trouve ce bouquin très intéressant, sans doute pas tout à fait pour les mêmes raisons que la plupart de ses lecteurs.

 En effet, de mon point de vue, ce récit - que je ressens comme assez tragique - condense et illustre toutes les réserves que j’en suis venu, après tout de même de longues recherches et une fréquentation proche de pas mal de protagonistes de l’ « éveil », à avoir sur ce concept même d’ « éveil »  dans sa forme contemporaine, bien spécifique. 

Sur le concept, et sur ses chantres, les « éveillés ».  

Pas en tant que personnes, évidemment  ; certains rencontrés m’ont été fort sympathiques, d’autre moins, certains plus ou moins potentiellement dangereux de par leur prétention naïve, la coupure de leur propre souffrance vis à vis de laquelle la proclamation de leur éveil leur faisait office de bouclier blindé, et de ce fait leur imbrication non consciente dans quantité d’enjeux de pouvoir et de domination. 

L’auteur du livre dont il est ici question, après avoir un temps pratiqué  la méditation transcendantale (à cet égard, je suis bien placé pour me sentir en communion avec son enthousiasme juvénile puis ses doutes et déceptions) connait au début des années 80 une expérience fulgurante de « dépersonnalisation » (disparition du sens du moi). 

N’y étant en rien préparée, n’ayant ni cadre ni tradition ni guide compétent pour l’assister dans la contextualisation et l’intégration de cette expérience, elle la vit très mal, pendant au moins une décennie si j’ai bien lu, plutôt comme une malédiction qu’une bénédiction. 

Finalement, après avoir rencontré plusieurs enseignants spirituels, elle commence à vivre cette rupture intérieure de manière positive , écrit son témoignage, devient une intervenante reconnue dans la sphère de l’ « éveil », dotée manifestement d’un réel charisme. 

Puis, et je trouve cela particulièrement éclairant, d’après les éditeurs et préfaciers de son livre qui en témoignent avec honnêteté, elle connait à la fin de sa vie - la malheureuse va décéder à 42 ans d’une tumeur au cerveau, son livre ayant été écrit si j’ai bien compris deux ans auparavant - de nouveau une période de doute et de remise en cause du caractère positif de son expérience, aiguisée par la résurgence d’abus survenus dans son enfance et jusque là refoulés. 

 De par la maladie autant que par les turbulences intimes traversées, elle termine son existence désorientée et confuse, loin de  l « immensité » qu’elle célébrait. 

« Vers la fin de sa vie, nous n’avons pu que constater que cette réalisation lui glissait entre les doigts comme du sable, la laissant frustré et confuse » écrit son préfacier et ami. 

Ainsi, tous les ingrédients sont là : immaturité psychique et humaine (l’expérience survient sur un terrain bien fragile), utilisation inconsciente de l’expérience pour se couper d’une souffrance enfouie, confusion entre « réalisation » - l’emploi de ce terme est décidément fort problématique - et expérience dite d’éveil, frontière très floue entre la psychose et l’ « état » de non moi…

Finalement, chute et régression. 

Il y aurait tant à dire mais ce qui m’interpelle encore et toujours, c’est la fascination de quantité d’enseignants mentionnés dans ce livre  (dont plusieurs que j’ai connus et parfois appréciés) pour ce type d’expériences ; son assimilation immédiate et à mon sens dépourvue de discernement critique avec le témoignage d’un Ramana Maharshi (témoin très crédible, contrairement à un personnage douteux comme Poonjaji ou un leader si charismatique mais lui aussi si égaré,  ainsi qu’ il en conviendra lui même comme mon ami Andrew Cohen (« mon ombre, c’était de croire que je n’en avais pas » me dira-t-il lors de notre dernière conversation). 

Ramana (lui même étant passé à seize ans par une rupture intérieure fulgurante qui le laissa momentanément dysfonctionnel, mais dans un contexte hindou traditionnel, ce qui fait toute la différence) témoigne bien de quelque chose qui ressemble à s’y méprendre à ce dont parle une Segal ou d’autres, mais est ce bien « la même chose » ?

 Ou, autre manière de se poser la question, cette expérience ne prend elle pas une portée radicalement différente selon le contexte intérieur et extérieur (équilibre psychique ou névrose assez prononcée, environnement socio culturel et familial stable et sécurisant, ou pas …) dans lequel elle survient ?

 Et, enfin et surtout, quelle valeur intrinsèque attacher à cette expérience par rapport à celle d’une maturation à la Swami Prajnanpad, maturation par laquelle les dimensions spirituelles se trouvent au fur et à mesure harmonisées avec les dimensions humaines et psychiques ? 

Chacun semble prendre pour argent comptant le fait que cette Suzanne est » éveillée » suite à une « bascule »… 

Venons en donc à cette fameuse « bascule ». 

Pour ma part et avec le recul, j’ai été amené à remettre en cause sinon la notion même de « bascule » du moins la manière dont elle est couramment envisagée. La remettre en cause au risque, plus que probable, d’être mal compris. 

En effet,  je ne nie pas l’existence et la possibilité, voire dans certains cas la valeur de telles « bascules ».

 Ce que je mets en cause, c’est leur portée, leur sens, les conséquences qu’on leur attribue, tout l’imaginaire spirituel qui s’édifie à partir de là.  

Chez mon propre maître lui, même, Arnaud, dont je révère la présence, ce qui m’a avec le recul vraiment convaincu , ce n’est pas du tout la « bascule » dont il a témoigné - et que j’ai d’ailleurs minutieusement décrite selon son témoignage très précis dans la biographie écrite en étroite collaboration avec lui - mais son intégration et sa pratique de l’enseignement , manifestées par sa compassion, sa fiabilité, son rayonnement solide (non passager) et son constant service.

 Lui même d’ailleurs a témoigné (notamment auprès de moi à travers un autre livre écrit ensemble) du fait que cette « bascule » ne lui avait pas évité des fluctuations…. 

Mais il semble que cet aspect de son témoignage,  pourtant si clair et  consigné noir sur blanc soit encore peu pris en compte,  et ce jusque parmi ses élèves, tant il y a un enjeu d’imaginaire autour de ce concept de « bascule », l’ avant », l’ « après », la fin de toute souffrance, le repos éternel, etc etc… 

Cela a aussi pour conséquence non conscientisée  (ici j'ai conscience de marcher sur des oeufs ...)  que personne d’autre parmi nous n’est supposé avoir vécu ou même  puisse être tenu comme susceptible de vivre une semblable  « bascule » ;  et donc qu’il y aurait entre le maître et ses élèves y compris les plus mûrs et convaincants une sorte de frontière infranchissable. 

Que , en tant qu'élève , dans l'intime du coeur,  j'envisage ainsi les choses selon une perspective mystique et "dévotionnelle" - encore un mot source de tant de malentendus !- par laquelle je me sens à peine digne d'essuyer la poussière des pieds de mon maître - rien à voir avec une servilité et idolâtrie vis à vis de sa personne, comprenne qui pourra ... Oui ! 

Reste qu'il convient à mon sens de ne pas confondre cette perspective que je qualifie de mystique - d'ailleurs aujourd'hui quasi inaudible- avec ce qui me parait relever d'un imaginaire non examiné. 


C’est assez paradoxal et drôle d’un certain point de vue : 
d’un côté , au sein de ce galimatias qu’on appelle le milieu spirituel, il advient des éveillés comme s’il en pleuvait.

 De l’autre, dans une « école » sérieuse et rigoureuse comme la nôtre, il y a comme un tabou, un interdit , un impensé et impensable. 

A savoir que personne ne saurait jamais" être éveillé» comme l’était le maître qui reste la figure d'un horizon inatteignable et indépassable, ce alors même- mais nous n'en sommes pas à une contradiction près- qu'il est censé incarner la possibilité vivante d'une transformation intérieure...  

Fut bien un temps au sein de notre école où il était entendu , c’était un dogme irrécusable, que  tel élève d’Arnaud ,  homme remarquable,  à certains égards génial, l’ « était ». 

Ah, ce temps béni où  l’on se croyait en sécurité, où un éveillé allait succéder à un éveillé, un « basculé » à un autre, où la transition allait se faire tellement en douceur, comme si de rien n’était, on ne sentirait rien, même pas un peu mal … 

Et puis … La vie, le réel, ont fracassé ce rêve. 

L’enseignant en question, suite à des positions prises qui n’étaient pas celles attendues , en tout cas non conformes à sa « légende », a brusquement cessé d’être « éveillé » … c’est à dire tenu pour et étiqueté comme tel , tant il est vrai que le statut d’éveillé - que l’homme en question n’avait d’ailleurs jamais revendiqué-  repose sur un consensus.

 Ceux là mêmes qui le portaient aux nues l’ont,  un temps du moins, voué aux gémonies, tant était cuisante la déception, le renoncement à l’idéal. 

Le temps a pansé les blessures,  notre école  a fort heureusement continué à vivre, en se passant d’un « basculé » à sa tête. Mais je n’ai pas encore décelé une réelle réflexion autour de l’imaginaire en question. 

Autant j’ai vu, au premier rang desquels Arnaud, des témoins convaincants de la dimension spirituelle, autant j’attache grand prix à  certaines rencontres  et à une amitié qui continue avec certains,  autant j’en ai vu plusieurs , sans que pour cela d’ailleurs je leur retire mon affection et mon estime sur un certain plan, littéralement dégringoler, même pas « chuter » mais se ramasser , avec  de cruelles conséquences humaines pour eux mêmes et leurs proches. 

Enfin, a-t-on jamais vu un mystique chrétien revendiquer haut et fort une expérience mystique, se déclarer lui même « saint », au delà de la « tentation », du risque de la chute…

 Au contraire, les mystiques chrétiens se défient grandement de ces « consolations sensibles ». Et j’entends encore mon si cher Lee Lozowick répéter en présence d’Arnaud qui ne l’a jamais contredit devant une salle pleine d’élèves : « anyone can fall » …

Gilles Farcet

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mercredi 5 août 2026

Evolution des pratiques

 La pratique vers l'éveil adaptée au monde moderne.

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mardi 23 juin 2026

Enjeu de jeu


Le mental ne peut se représenter la libération que sous la forme d’un événement qui aurait lieu dans le temps, avec un avant et un après. Mais au plan d’« être », il n’y a ni avant ni après. Il n’y a pas à proprement parler un événement au cours duquel se serait passée une libération. Il n’y a pas de cause à « être ». 

On peut seulement constater après coup qu’une transformation radicale a eu lieu. Et cependant, cette transformation n’est qu’un effet secondaire et non le cœur même de ce qui est en question, car la réalité était déjà là avant cet apparent événement.

« Être » ne change pas. « Être » continue de jouer le jeu de la forme, mais au lieu de s’y perdre, il se retrouve dans ce jeu.

Malo Aguettant « Rien ne manque à cet instant » 

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samedi 9 mai 2026

mercredi 11 mars 2026

mardi 10 février 2026

Se connaître...

 IL Y A 95 ANS, NAISSAIT STEPHEN JOURDAIN ...


Extrait d'une interview de Stephen Jourdain, où il évoque admirablement l'idée du "geste intérieur" qui nous est toujours possible de faire. (MT, 2008) : 

« ... Je crois que je dois essayer de vous donner une idée de cet acte : Regard de conscience totale trouvant, avec la sû­reté de la flèche, le centre, la source, la vérité de l'es­prit, et se croisant lui-même... Remontée à con­tre-courant de soi-même, à travers l'acier des vérités, de la Vérité elle-même, à travers toutes les concep­tions, toutes les opinions, toutes les intentions et tous les programmes de l'esprit, jusqu'au contact authenti­que avec soi — jusqu'à « l'éveil », sommet depuis quoi, en vérité, l'ascension a été faite, depuis qui et par qui... Exhumation et rejet de toutes les identités et de tous les noms qui collent insupportablement à l'âme, à la présence des­quels elle est d'ordinaire insensible, faute de les dis­cerner et faute de se con­naître...»

Stephen Jourdain (8 janvier 1931 - 19 février 2009)

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mardi 19 août 2025

"La Présence n'apparaît que lorsqu'elle est nécessaire."


Personne ne s'éveille dans sa zone de confort. 

Disons que vous allez dans un spa où vous payez 2,000$ par jour pour des conditions d'éveil fantastiques. Votre mental pourrait vous dire : "Ce sont les conditions optimales pour l'éveil, personne ne me dérange, je ressens la paix et la tranquillité partout autour de moi, aucun défi mondain ne peut me distraire de mes périodes de méditation, la nourriture est excellente, tout est pur et propre, deux massages par jour avec des huiles essentielles... Des conditions fantastiques pour l'éveil spirituel ! Ahhh..." (sourire)

Pourriez-vous vous éveiller ainsi ?

Vous pourriez devenir très paisible, et vous seriez comme une plante qui pousse à partir de semences dans un environnement protégé, comme dans une serre : la plante pousse très vite, elle fleurit — mais elle est très faible. Dès qu'elle est placée à l’extérieur, elle s’effondre immédiatement parce qu’elle n’a pas développé les forces internes nécessaires pour exister dans le monde réel.

Donc, pour l’éveil, les défis que vous rencontrez actuellement dans votre vie quotidienne sont en fait ce qu'il y a de mieux pour vous. La manière optimale de s'éveiller à la conscience est d'utiliser les défis auxquels vous êtes confronté dans votre vie quotidienne, au lieu de croire : "Si seulement je pouvais trouver une situation idéale, alors je m'éveillerais facilement."

Non, ça n'arriverait pas. En effet, après quelques premières expériences très agréables dans ce spa imaginaire, votre niveau de conscience baisserait et vous vous rendormiriez graduellement : "C'est tellement agréable... Ahhh..." (sourire)

La Présence n'apparaît que lorsqu'elle est nécessaire. Rien ne vient à moins que cela ne soit nécessaire. Il faut qu’il y ait un appel pour cela. Les choses doivent être difficiles, sinon le changement ne se produira pas.

~ Eckhart Tolle - (extrait d'une vidéo)

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mardi 5 août 2025

Nature véritable !

 "Lorsque les vagues des pensées

N'affectent pas plus la sérénité de l'esprit

Que les nuages n'altèrent le ciel,

Advient alors la libération des pensées

dans leur nature véritable."

- Mipham Rinpotché, Un demi-siècle dans l'Himalaya. 


Un moine tibétain contemple la vallée du Khumbu depuis un rocher surplombant le monastère de Thangboche.

Obtenir du beurre à partir du lait n'est possible que parce que le lait contient déjà de la crème, mais personne n'a jamais fait du beurre en barattant de l'eau. L'orpailleur cherche l'or parmi les minéraux et non parmi des copeaux de bois. De même, s'efforcer d'atteindre le pur et parfait Éveil n'a de sens que parce que la nature éveillée est déjà présente en chaque être. Sans cette nature, tout effort serait futile.


JAMGÖN KONGTRUL LODRÖ THAYE (1813-1899)


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lundi 14 juillet 2025

Conscience lumineuse


De l'état de complète relaxation de l'origine, vous vous retrouvez plongé dans cet état malsain. Même si vous décidez de vous reposer et vous détendre, cela ne sera pas possible.

C'est l'illusion initiale, elle possède tous ces noms éminents, tous ces titres Yogmaya, Mahashweri ... Il ne s'agit pourtant que du pouvoir de Maya. Cet état initial produit sa propre lumière, son propre rayonnement. Dès l'éveil, "l'auto-luminosité" se manifeste et vous percevez un espace. C'est votre lumière qui éclaire l'espace intérieur où apparaît l'espace extérieur. C'est donc bien votre rayonnement, votre lumière qui se répand partout, c'est dans votre lumière qu'apparaît l'espace qui vous entoure, c'est grâce à elle qu'il est perçu. Comme le rayon du soleil est l'expression du soleil lui-même, votre monde ne peut pas exister en-dehors de votre conscience. Il est l'expression de ce "je suis". Ce monde est votre manifestation.

Vous seul êtes. Le système solaire, le cosmos, tout cela peut être connu grâce au soleil. Pour vous, c'est la même chose. Tout cet espace, y compris le soleil, se manifeste grâce à ce "je suis", cette conscience. Cette conscience et la lumière solaire sont similaires, elles jouent le même rôle, elles sont Une. Nous vivons dans l'espace, cet espace n'est qu'une seule entité et par quoi est-il révélé ? Par la lumière du soleil ! Votre lumière intérieure est-elle différente ? Votre espace intérieur est-il différent ?

Même cet état actuel qui est le vôtre, ce "je suis", ce monde manifesté, même cela ne connaît pas de mort. Vous êtes assailli par la peur de la mort à la suite de cette identification avec le corps, uniquement.

Extrait de "Sois" 1ère partie, chapitre 5 de Nisargadatta Maharaj

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samedi 14 juin 2025

Conscience guérisseuse.

 Si toutefois nous guérissons, c’est davantage à la manière d’un arbre, qui conservera les coups de hache et les marques du temps – la question, ici, est celle de la survie et de la croissance. Un arbre qui survit à un accident majeur de parcours et développe un tronc fort et robuste, mais de travers, peut-il être considéré comme guéri ?

Guérir en effaçant les souvenirs et les traces des traumatismes et blessures, ou guérir en continuant à évoluer en se rapprochant progressivement du bonheur — ou de l’éveil — sont deux perceptions radicalement différentes de la guérison.

Si nous prenons un ruisseau comme métaphore, nos blessures sont autant de pierres qui viennent en altérer, en dévier, le cours. L’intelligence de la vie évoquée pourrait alors être représentée par la force de gravitation, qui fait que le ruisseau coulera toujours vers le bas.

Guérir, selon moi, pour moi, et me concernant, a consisté à faire confiance à l’intelligence de la vie qui coulait en moi. Comme le ruisseau qui trouvera toujours son chemin vers la mer, d’une façon ou d’une autre.

J’entends guérison comme la résolution d’une entrave au bonheur ou à l’éveil, selon ce que nous poursuivons, chacun. Parfois, comme pour un ruisseau jonché de pierres qui viennent dévier son parcours, il convient de ne rien faire d’autre que de faire « confiance au processus de la vie ». C’est-à-dire de se fier à l’ordre naturel des choses.

Je constate qu’il est difficile – voire inacceptable – de concevoir cela, pour une personne qui souffre, mais il ne s’agit pas de ne rien faire, encore moins de se résigner. Il s’agit justement plutôt que de remuer ciel et terre, et d’établir des défenses, remparts, boucliers, carapaces et épines, de se connecter à l’intelligence du vivant. Je crois que la Conscience guérit tout ce qu’elle touche. Qu’aucun comportement destructeur ou malveillant ne résiste longtemps à la lumière de la conscience. 

🙏 Stephan Schillinger 

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mardi 17 décembre 2024

Paix sans contraire


JÉSUS A DIT : « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades » et, entre autres titres, le Bouddha a été appelé le « Grand Médecin ». Nous pouvons donc laisser de côté, du moins pour l’instant, les termes prestigieux d’Éveil, de Libération, d’Illumination et prendre appui sur le mot guérison.
La guérison et la santé physiques sont le champ d’action des médecins et des chirurgiens : diagnostic et thérapeutique. Même profanes, nous savons tous de quoi il s’agit : la toux persistante, l’arythmie cardiaque, les rhumatismes douloureux, sont les symptômes que nous cherchons à faire disparaître. Quand tous les symptômes pathologiques se sont dissipés, la santé fondamentale se révèle.
La santé psychique relève des psychiatres, des psychologues et des psychothérapeutes. Un vocabulaire professionnel précis définit et décrit les différentes pathologies. La guérison est envisagée soit par la chimie (les anxiolytiques, les antidépresseurs), soit par une intervention au niveau du psychisme lui-même : psychothérapie ne signifie pas guérison du psychisme mais par le psychisme, le premier exemple et le plus représentatif étant la psychanalyse freudienne.
Mais qu’en est-il de la guérison spirituelle et de la parfaite santé spirituelle ? Deux formules ont rencontré un certain succès : « la psychothérapie guérit l’ego, l’ascèse guérit de l’ego » ou « la psychothérapie guérit le mental, l’ascèse guérit du mental ». En vérité, tout ce qui n’est pas la paix intime, immuable, la joie non dépendante et l’amour qui n’a pas de contraire est pathologique du point de vue de la santé spirituelle. Depuis quatre millénaires, les descriptions traditionnelles du saint ou du sage sont, à cet égard, unanimes. Le christianisme promet la « paix qui dépasse toute compréhension » et la « joie parfaite ». Les termes shanti (paix) et ananda (joie) saturent la littérature sanscrite. Chacun, chacune peut donc se demander honnêtement et réalistement où il (elle) en est à cet égard – quels que soient ses «expériences spirituelles» et ses éclairs de «supra-conscience».
Arnaud Desjardins, La paix toujours présente
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lundi 12 août 2024

Histoire Zen


Taiyô Kyôgen (943-1027) et son maître allèrent présenter leurs condoléances à la famille d’un ami décédé.

Taiyô Kyôgen demanda à son maître : « Est-il vivant ou mort ? »

Le maître répondit : « On ne peut pas dire qu’il est vivant, on ne peut pas dire qu’il est mort. »

Taiyô Kyôgen demanda alors : « Pourquoi ne peut-on pas dire cela ? »

Le maître lui dit : « Si on ne peut pas le dire, on ne peut pas le dire. »

Taiyô Kyôgen se mit en colère : « Vous feriez mieux de me le dire ou je vous frappe ! »

Le maître répliqua : « Si tu dois me frapper, frappe-moi. Je ne le dirai toujours pas. »

Taiyô Kyôgen demanda alors : « Quel genre de maître êtes-vous ? Vous savez et pourtant vous ne voulez pas le dire à votre disciple. »

Taiyô Kyôgen frappa le maître et s’en alla. Quelque temps plus tard, son maître mourut. Taiyô Kyôgen trouva un autre maître nommé Ryôzan Enkan et lui posa la même question.

Ryôzan Enkan répondit : « On ne peut pas dire qu’il est vivant, on ne peut pas dire qu’il est mort. »

En entendant ces mots, Taiyô Kyôgen accéda à l’éveil.

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vendredi 3 mai 2024

Le mental se sert de nous

 


  • Le mental se sert de vous et vous vous êtes inconsciemment identifié à lui. Par conséquent, vous ne savez même pas que vous êtes son esclave.

  • C’est un peu comme si vous étiez possédé sans le savoir et que vous preniez l’entité qui vous possède pour vous. La liberté commence quand vous prenez conscience que vous n’êtes pas cette entité, c’est-à-dire le penseur.

  • En sachant cela, vous pouvez alors surveiller cette entité. Dès l’instant où vous vous mettez à observer le penseur, un niveau plus élevé de conscience est activé et vous comprenez petit à petit qu’il existe un immense royaume d’intelligence au-delà de la pensée et que celle-ci ne constitue qu’un infime aspect de cette intelligence.

  • Vous réalisez aussi que toutes les choses vraiment importantes la beauté, l’amour, la créativité, la joie, la paix – trouvent leur source au-delà du mental. Et vous commencez alors à vous éveiller.

Eckhart Tolle
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jeudi 11 avril 2024

Collaboration au processus...


 "On ne reproduit jamais un éveil ; on ne fait que collaborer étroitement au processus éveillant qui s’est mis en route. Dans la mesure où l’on y collabore de façon profonde, sincère, intelligente, on devient de plus en plus conducteur de ce processus, et on l’incarne de plus en plus. (...)

Il faut reconnaitre que la lumière, l’intelligence de l’éveil n’éclairent en fait que les lieux dont on a ouvert les portes en nous. Ensuite tout le travail consiste à coopérer avec cette dynamique de l’éveil, à ouvrir une à une les portes de toutes les zones obscures pour y faire s’engouffrer la lumière de l’éveil, la lumière de cette intelligence que l’on conserve en soi. Elle est vivante en moi. Au cœur de mon être, je me sais éveillé, je me sais libre, indéniablement. Pourtant, je sais que ce n’est pas suffisant, que je ne suis pas ce qu’en Inde on appelle un « réalisé », c’est a dire un homme définitivement établi dans l’éveil, et qu’il reste encore bien des domaines de ma conscience qui doivent être investis de cette qualité, visités par cette intelligence.

Il m‘est alors apparu évident que ce qui était au cœur de la voie du monde, dans la vie quotidienne, c‘était la relation, et que la pratique consistait à faire de cette relation un travail constant. C’est ce que j’ai appelé la pratique de la « relation consciente ». (...)

Je me suis rendu compte à quel point l’enseignement qui mettait en avant l’éveil comme le but ultime avait tendance a individualiser la démarche et à renforcer l’égoïsme de chacun. Dans mon enseignement, j’ai voulu au contraire que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l’autre, en entrant en relation profonde avec l‘autre dans la mesure où celui-ci est l‘occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. (...)

ll se passe quelque chose a partir du moment où l’on n’est plus obsédé par l’éveil et où l’on entre vraiment en relation avec ce qui est. C’est d’ailleurs là que j’ai compris la vraie signification du mot satsang, qui tient une grande place en Inde cela ne se limite pas à la fréquentation du guru, mais c’est élargir le guru à tout ce qui est et fréquenter le réel en tout et partout. Le grand enseignement, le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est ; c’est l’occasion d’un grandir qui, par nature, est de la nature de l’éveil.

En sanskrit, Brahman signifie « grandir », « croître «. Cette dynamique, du fait qu’elle devient prioritaire, nous libère de l’objectif de l’éveil ; on prend peu a peu conscience de la nature réelle du grandir et on se rend compte que cette nature est la réalité. Quand le Christ dit : "Je suis le chemin, la vie, la vérité ", il ne dit pas " Je suis le bout du chemin ", mais " je suis le chemin ". C’est quand on entre dans un grandir constant, qu’on ne cherche plus à atteindre une destination finale, un but, qu’on l’appelle « éveil » ou autrement, que le grandir devient lui-même la conscience vivante dans laquelle tout est inclus. Saint Jean de la Croix disait : « Celui qui s’arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout. » "

Yvan Amar

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vendredi 15 mars 2024

Eveil remis en perspective


 J’ai déjà abordé la conception de cet « éveil spirituel » qui serait dépourvu de souffrance, nous plaçant automatiquement au-dessus de l'humanité dans une forme de mépris de la condition humaine. 

Il n'existe simplement rien de tel. 

A l'inverse de cette perspective, il m’apparaît que plus on grandit, plus on s'éveille à la réalité, plus on s’aligne au projet divin, plus nous éclairons ainsi des mémoires racines nous concernant personnellement mais également collectives et transgénérationnelles et dont nous héritons parfois, en partage, dans un destin particulier que nous ne contrôlons pas.

Cela signifie qu’au lieu d’arrêter un jour d’être « pétris » (et d’enfin pouvoir siroter tranquillement un cocktail spirituel au bord d’une piscine, sans débordement), nous sommes, en fait, sollicités pour travailler encore plus en profondeur, pour soi let les autres, et vivre des traversées nouvelles. Une autre page exigeante de notre cheminement débute à l’endroit où l’on espère atteindre un plateau. 

Je ne dirais pas que nous souffrons davantage, parce que nous sommes portés par une perspective différente, moins centrée sur le confort et les bénéfices corporels et émotionnels de nos efforts. Mais dans la mesure où nous sommes plus aptes à traverser, il va nous être demandé plus (et non pas moins). Il est aussi dit que rien ne nous est demandé au-delà de ce que nous pouvons supporter mais, le plus important, c'est que nous ne sommes pas ici pour arriver à un état d'équilibre psycho-physiologique parfait et stationnaire, sur cette Terre, ni pour être enfin tranquille, le sourire aux lèvres en permanence, plus jamais embêtés par rien. 

C’est très tentant, je ne le nie pas, mais c’est trompeur. 

Les mystiques concevaient d'ailleurs leur progression vers la sainteté non comme un trophée ou un état final bien mérité mais comme une disponibilité accrue au plan divin telle que la notion de service croise celle du sacrifice, que le sens de notre existence terrestre n'est pas d'obtenir la santé parfaite de ce corps ou d'éviter tout danger mais d'être sûr que notre temps est exploité au mieux pour faire Sa Volonté. Toute autre option étant jugée fantasmagorique. 

Une démarche qui glorifie le détachement absolu, l'extase permanente, la retraite spirituelle béate et les pouvoirs personnels extraordinaires est à l'envers d’une conception sérieuse du cheminement spirituel. 

Il est évident que la complaisance du développement personnel est le fruit de notre civilisation matérialiste, moralement délabrée, ce qui explique pourquoi même les conceptions apparemment les plus lumineuses contiennent aujourd’hui leur part d’ombre comme celle de l'éveil spirituel qui finit par faire miroiter des aboutissements irréels ou trop superficiels. 

Si nous devions vraiment dessiner un objectif, j’en suis arrivé aujourd’hui à penser que la notion de sainteté (humble, telle que conçue par le mysticisme) est de loin préférable à celle de l’éveil.

Mais le point crucial que je voudrais finalement souligner ici est l’importance de ne pas se désoler de vivre encore longtemps des traversées sérieuses, voire éprouvantes, parce que ces processus sont normaux et trouvent même leur sens et leur portée au fur et à mesure des avancées. Le fait de s’éveiller au réel (et non pas « d’être éveillé » !) et à la vie divine suscite des chantiers intérieurs parfois spectaculaires qui, sans cette compréhension, pourraient désespérer et surprendre. 

Nos âmes sont appelées à être évasées et les initiations ne s’arrêtent pas (ce qui ne veut pas dire qu’il n’existe pas de grâces plus douces sur le chemin). Elles deviennent même généralement plus profondes et dépassent notre entendement. Il faut garder en mémoire que l’enjeu de tout cela est primordial dans notre vie spirituelle. 

C’est alors qu’il est bon d’être en alliance aimante avec le Divin, pour ne pas chercher à échapper systématiquement à ce qui nous est donné, ou afin de trouver la force pour le porter, et de commencer à déposer notre existence, avec ses processus de mutation, en offrande et participation au « plus grand que soi » et  au projet d’amour divin, dans le temps et sur le lieu même de notre incarnation. 

Thierry Vissac

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samedi 2 mars 2024

L'éveil en Soi

Le lâcher-prise absolu est de lâcher celui qui lâche prise. 
L'éveil ne signifie pas que vous vous éveillez. 
Ça signifie qu'il n'y a que l'éveil. 
Il n'y a pas de vous qui êtes éveillé, il n'y a que l'éveil. 
~ Adyashanti

L'une des formes les plus sournoises de soi est le soi spirituel. L'identité spirituelle peut être très raffinée et élégante. Et puis un jour, vous réalisez : "J'ai subtilement créé une version spirituelle de moi-même."

~ Adyashanti / A Matter of Maturity (Une question de maturité)

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vendredi 25 août 2023

Et la lumière fut

A la manière de Jean Klein ci-dessous pour décrire un changement d'état, Arnaud Desjardins utilisait l'image d'une lampe dont le cordon d'alimentation était trop éloigné de la prise, jusqu'au moment où en se rapprochant, la lumière pouvait alors apparaître.

Question.---Cette approche vers le Soi se fait-elle par paliers ou est-elle abrupte ?

   


 R.--- Le pas d'un monde conditionné dans un monde non qualifié est abrupt. Il n'y a pas de pont, mais la démarche jusqu'à ce pont se fait par paliers.

     La progression est en spirale. Il y a d'abord accumulation, augmentation d'énergie, précipitation vers un point culminant, véritable éclatement, épanouissement, effet en force de courte durée ou effet étalé en largeur, puis descente, ralentissement, avec déperdition d'énergie, jusqu'à arrêt, repos, formation d'énergie nouvelle et redépart. Dans cette observation, il faudrait surtout porter son attention sur le moment du repos lors de la formation d'énergie souvent accompagnée de fatigue et de dépression. Ceci amène l'individu immédiatement à compenser ce vide aux dépens de l'énergie qui a besoin de se reformer. Ainsi, il empêche le départ en flèche, limite la montée et, de ce fait, abrège la période, ce qui affecte le mouvement ascensionnel tout entier.

     Chaque faculté mise en jeu crée un rappel sur tous les plans, que ce soit dans un sens positif ou négatif. Il faut être très lucide pour percevoir le rythme de ces invitations. Du point de vue de l'élimination, il ne faut pas succomber à leur tentation, et du point positif, il ne faut pas manquer à leur sollicitation. Si dans les deux sens, on les respecte, dans le premier cas les rappels s'espacent de plus en plus et, dans le deuxième cas, ils deviennent de plus en plus rapprochés. 

     Plusieurs fois dans la journée, prenez distance vis à vis de vous-même, de vos émotions, de vos pensées. Recommencez-le le lendemain, etc. jusqu'à ce que vous sentiez le réveil du rappel. Cette désidentification par laquelle vous cessez de ressasser vos mécanismes habituels, de vous remémorer vos échecs et vos succès, vous économise une force considérable. C'est celle-ci qui va servir à votre éveil, vous aidant à distinguer entre le Réel et le non-Réel.

Jean Klein, "L'homme et la connaissance ", tradition, liberté, entretiens, 1965

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mardi 4 avril 2023

Le poème de Meng Haoran



 L'éveil est le sujet de ce quatrain... 

Meng Haoran se garde bien de préciser de quel éveil il s'agit, car son intention est autre. Sous couvert de décrire les différentes phases que chacun traverse lorsqu'on passe du sommeil à la veille, il nous invite à deviner un autre éveil, celui qui s'offre à la conscience lorsque, émergeant de la grisaille quotidienne, elle s'ouvre à des lumières plus profondes

Ce n'est pas le moment de dormir...

Dès le premier vers apparaît ce choix si caractéristique de la poétique chinoise : l’élision du pronom personnel à la première personne, un rejet volontaire du nombrilisme qui permet de garder à la suite son aspect de proposition ouverte. Le second caractère de ce premier vers est habituellement rendu par un verbe ; mais comme ici il n’a aucun sujet, j’ai préféré le rendre par l’impersonnel « sommeil ». Qui dort ? On ne sait pas ! Ainsi, qui veut s’identifier, le peut. Il y a juste une indication : ça sommeille ; quand justement, tout alentour, ça s’éveille. Le premier et le dernier caractère de ce premier vers reconstituent le titre : printemps, début de l’année / aube, début de la journée. Ce n’est vraiment pas le moment de rester à dormir. Viennent donc ensuite les trois stades successifs du passage du sommeil à l’éveil.

Du sommeil à l'éveil

Les différents sens avec lesquels nous appréhendons le monde extérieur ne reviennent pas ensemble au niveau de la conscience. Le premier, qui parfois est la cause même du réveil, est l’ouïe. Les oiseaux, ces légers messagers du ciel, le régulateur impersonnel des saisons, nous annoncent par leur pépiement intempestif (« Partout, partout » : la répétition est en chinois classique marque du superlatif) que le moment est doublement venu d’accompagner le mouvement du renouveau qui se manifeste. C’est le moment présent, le premier temps du retour de la conscience.

Le second, c’est le retour de la mémoire, de la conscience du passé. Assuré d’être à nouveau vivant, l’humain replonge alors ses racines dans le temps dont il vient, c’est le retour de la mémoire. « A nuit passée », on se rappelle alors que « pluie et vent bruirent abondamment », pourrait-on presque dire pour tenter de rendre un petit peu la puissance de la rythmique du texte original. La vigueur des orages printaniers en Chine est attestée dans le Yi Jing par le tri-gramme (zhèn) dont c’est la marque.

Vient alors le troisième temps de l’éveil, la projection dans le futur : « Combien de fleurs en furent flétries » ? Le point d’interrogation est ici en dehors des guillemets car il n’existe pas en chinois. Le sens interrogatif est donné par la construction, ou plus exactement par la proposition en partie double présentée par l'association des mots « beaucoup » et « peu ». L’interrogation est inquiète car elle est nouée par une certitude : il y a des fleurs qui ont été brisées par l’orage. Et cela est difficile à admettre. Et c'est aussi cela que nous propose Meng Haoran. A l'intérieur du cycle saisonnier dont la régularité est gage de stabilité, apparaissent, comme dans notre expérience quotidienne, des moments de pur scandale : une fleur à peine éclose saccagée par l’orage, un enfant nouveau-né que la mort emporte. Absurde, évidemment ? Naturel, absolument ? L’éveil à la réalité ultime du monde est un chemin sans raisonnements. 

Cyril Javary

Source: génération Tao n°56
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