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vendredi 10 juillet 2026

Une unique humanité...


 « Au plus profond, la conscience de l'humanité est une. C'est une certitude ; si nous ne le voyons pas, c'est parce que nous nous aveuglons nous-mêmes.

Beaucoup de gens pensent qu'ils réfléchissent alors qu'ils ne font que réorganiser leurs préjugés.

L'idée que nous sommes tous des fragments séparés existant indépendamment les uns des autres est manifestement une illusion, et cette illusion ne peut conduire qu'à des conflits et à la confusion sans fin. »

— David Bohm

(Physicien quantique)

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mercredi 11 mars 2026

lundi 29 décembre 2025

Honorer ce que je suis

 Il y a un point qui est important, c'est d'arrêter de se dissocier. Il y a toujours un discours du mental qui vient dire : "Je suis comme ça" ou "Je devrais me comporter comme ça", etc. On a l'idée de comment on devrait être, ou de comment on devrait se comporter, et c'est plus ou moins problématique. À un moment donné, est-ce qu'on ne pourrait pas tout simplement juste être ce que l'on est ? C'est ça aussi l'authenticité : je suis ce que je suis. 

J'arrête d'être "deux" en fait. Le deuxième est toujours en train de me dire que comme je suis, ça ne va pas de toute façon : "Les autres attendent ça de moi", "Je ne suis pas à la hauteur", "Je ne suis pas assez spirituel", "Je ne devrais pas montrer ça", etc. Ce sont des discours du mental. Et l'Être est un peu à l'oubli là. 

Donc, être "un". 

On revient à "Je ne sais pas". 

Je ne sais pas comment je dois être. 

Je me découvre dans l'instant. 

Je n'ai pas de personnage à défendre, pas d'image à défendre. Oui, par moments je vais réagir, et par moments je vais être silencieuse. On n'est pas obligé d'élaborer une histoire, de tout personnaliser. Par moments ça ne parle pas ici. Par moments c'est comme ça. C'est juste un type de langage, mais par moments on peut sentir comment on s'en tient : "Ah, ça respire", "Ah, c'est triste", "Ah, il y a de la colère"... Et quand on personnalise moins, c'est presque moins problématique déjà. 

Il arrive un moment où ça suffit de vouloir être un autre ! De vouloir avoir une autre histoire, de vouloir être moins réactif, moins agité, moins en colère, d'être plus ouvert, d'être plus ceci et cela. Mais l'Absolu n'a pas fait d'erreurs quand il a mis en place cette forme ! Et pour Lui il n'y a pas d'erreurs. C'est uniquement le discours mental qui pense qu'il y a des erreurs. 

Donc, honorez cette forme, avec ses limites, son aspect humain et son essence absolue. Cette forme se montre comme ça, elle est obligée de se montrer avec ses limites ; dès qu'on prend une forme on se limite. Donc, on a tous nos limites. Et si je vous dis cela, c'est pour petit à petit identifier cette voix du mental. J'aime beaucoup Byron Katie qui l'appelle "la salle de torture mentale", et elle n'a pas tort. Cette voix qui est tout le temps en train de nous dire que ce que l'on fait, c'est pas bien, ça ne va pas, c'est pas comme ça. Et bien sûr, les autres pareil, mais de toute façon, on traite les autres comme on se traite soi-même, il n'y a pas de secret. 

On peut être soi, mais sans en faire un truc narcissique, on peut être soi de manière humble. Se dire : "Je vais arrêter d'avoir honte d'être moi-même, de penser que je ne suis pas assez, ou que je suis trop". Tous ces critères n'ont aucune valeur, puisque pour certaines personnes je suis trop, pour d'autres je ne suis pas assez... On ne s'en sort pas ! Alors on peut se dire : "Je suis ce que je suis", mais sans devenir rebelle non plus. 

Tout simplement, je suis ce que je suis, et l'autre est ce qu'il est. Et si j'appréciais tout ça, plutôt que de tout le temps vouloir le transformer, et se dire : "Tiens, je vais apprécier ce qui est là". C'est simple, c'est l'amour. ♡

~ Nathalie Delay 

Stage dans la Drôme, mai 2022 

(extrait d'une vidéo)

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samedi 19 juillet 2025

Sur un autre plan...


...L’ego, qui nous limite toujours à notre conscience d’être une présence dans un corps (nama et rupa, un nom et une forme), peut fonctionner de façon normale ou, hélas le plus souvent, d’une façon pathologique, névrotique, tout simplement parce qu’il est hypertrophié. Cette hypertrophie de ce qui est déjà l’individualisme et le sens de la séparation entraîne des troubles d’adaptation aux circonstances que l’existence impose à chacun et des souffrances parfois si intolérables qu’elles sont apaisées seulement par les tranquillisants et les neuroleptiques. On peut essayer de transformer un ego anormal en un ego équilibré, harmonieux, communiquant normalement avec ceux qui l’entourent et trouvant normalement sa place dans un monde relativement réel. Ou bien — et c’est le but de la sadhana — on peut dépasser cette conscience définie par l’individualité, par le corps et le psychisme, la transformer en une autre conscience qui dépasse le langage et ne peut être décrite qu’en termes négatifs d’infini, d’illimité et de non séparation. C’est une conscience affranchie de la multiplicité donc de l’espace mais c’est aussi une conscience affranchie du changement donc du temps. S’il n’y avait pas de changement, Si tout se figeait et s’arrêtait, il n’y aurait plus ce que nous appelons le temps.

Tout change sans cesse, c’est la loi de la manifestation. La seule chose qui ne change pas c’est le changement. Seule l’acceptation du changement peut donner accès à l'écran immuable sur lequel se déroule le film indéfini des apparences. Une libération par rapport au temps c’est la perception de ce qui est au delà du changement. Le double mouvement du limité vers l’illimité et du changement vers l’éternel représente la seule chance véritable pour l’homme, d’arriver un jour à une satisfaction parfaite et à un sentiment de plénitude.

Arnaud Desjardins - Les Chemins de la Sagesse

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dimanche 22 décembre 2024

Le mental par Swami Prajnanpad

 Qu’est-ce que le mental ? Le mental est ce qui vous éloigne de la Réalité, de l’objet. Quand vous vous abandonnez au mental, vous vivez dans l’erreur et donc dans la peine. Le mental ne vous mène jamais à l’objet. Il vous en éloigne toujours. Aussi, il vous faut annihiler le mental si vous voulez vivre dans la réalité. C’est-à-dire, vous devez entièrement vous orienter vers le Ici et Maintenant. Être libre du mental, c’est vivre dans la Vérité.

Comment peut-on dire que le mental cache la Réalité? C’est parce qu’il prend la place de la Réalité.

Le mental n’est rien d’autre qu’une illusion qui vous éloigne de vous-même. A tout moment demandez-vous : «Qu’est-ce que je veux ici et maintenant?» «Qui suis-je dans cette situation ? » Ce que vous voulez être, vous l’êtes déjà. Le désir c’est ce qui vous pousse à agir. Le forgeron veut forger. Le mental forge à la perfection. Mais la plupart des gens ne savent pas ce qu’ils veulent. Ils gaspillent leur énergie et n’obtiennent pas ce qu’ils prétendent vouloir. Vous n’êtes pas le corps ni le mental seulement. Vous pouvez accorder une certaine attention au corps mais pas toute votre attention. Le corps et le mental sont vos deux instruments. Si l’un des serviteurs domine le maître, quel spectacle désolant !


Le mental crée son propre monde d’irréalité. Chacun crée son propre monde et donc le monde de chaque homme est différent. Et ce monde change pour le même homme d’un jour à l’autre, même si l’homme ne change pas d’endroit. Comme chacun crée son propre monde ; cela ne vaut donc pas la peine de se disputer avec autrui. On doit accepter, s’ajuster, s’adapter à ce qui est, c’est-à-dire, au monde qu’autrui a créé pour lui-même.

Sortez de votre coquille. Soyez à l’aise, naturel. Le monde dans lequel vous vivez et celui avec lequel vous entrez en contact sont également « vôtres ». Ayez le sentiment que toutes les choses sont à vous et acceptez-les. Dites oui à tout. Ne refusez rien et encore moins quelque chose qui se trouve en vous-même.


Le mental a tendance à fuir la réalité. Nous voyons une rivière et nous disons qu’elle fait des zigzags. Mais qu’est-ce qu’une rivière ? Simplement de l’eau. Prenez de l’eau dans vos mains et voyez si elle fait des zigzags. Non. C’est le lit de la rivière qui fait des zigzags. Cependant le mental dit que la rivière fait des zigzags. Le mental prend toujours l’apparence pour la réalité.

Comment distinguer l’apparence de la Réalité? Nous disons qu’un homme est de Madras, qu’un autre est du Bengale. Mais leur essence à tous deux c’est d’être des hommes. Le mental ne voit pas cette réalité sous-jacente, cette unité sous-jacente. L’apparence l’en éloigne. Il voit des vêtements différents et leur donne des noms différents. Comment pouvons-nous savoir que nous voyons l’apparence ou la réalité? Si nous éprouvons un sentiment d’unité, c’est que nous voyons la réalité. Si nous avons l’impression d’être séparé de ce qui nous entoure c’est que nous voyons l’apparence.

La différence est uniquement dans l’apparence. Eventuellement, ces deux hommes sont pareils et il n’y a pas d’antagonisme. Quand nous les séparons l’un de l’autre, immédiatement un conflit surgit. L’émotion apparaît. L’apparition de l’émotion est le test de l’intrusion du mental. Aussi évitez l’émotion, voyez l’unité, non la séparation.

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lundi 6 mai 2024

La séparation avec soi


Le lien à soi est aussi en souffrance, et il est, lui aussi, à restaurer. Il s’agit de la relation que Ion a avec son propre cœur, un cœur entendu au-delà même de la capacité à ressentir ou éprouver quelque chose, comme un organe spirituel qui nous relie à l’infini, à l’infiniment plus grand que soi, à ce qui est au-delà de l’espace et du temps, à l’origine de toutes choses. Mais, là encore, quelle éducation à trouver son cœur recevons-nous ? Qui nous apprend à vivre selon ce qui jaillit de ce cœur ? Quel exercice spirituel pratiqué au quotidien peut libérer dans notre existence tout entière sa source de vie, d’amour et de puissance ? Car le cœur n’est pas seulement un organe physique, sensible. Il nous relie à une profondeur à côté de laquelle la profondeur de l’univers lui-même n’est qu’une surface. Et du côté de cette profondeur, de cette origine, il y a une fontaine de miséricorde, issue d’une source mystérieuse d’où surgissent l’univers et son harmonie... Mais laquelle de nos méditations nous apprend à creuser assez profond pour libérer son jaillissement ?

Nous vivons des existences qui, hélas, sont rarement alignées entre ce plus profond intérieur et l’extérieur, où l’eau fondamentale ne s’écoule pas de nos cœurs à nos pensées jusqu’à nos actes, nos engagements, si sincères soient-ils. Nous ressentons dès lors comme une souffrance, entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, et nous remplissons ce vide avec des consommations extérieures. Nous souffrons aussi d’une société qui ne nous donne pas l’occasion, dans notre travail, de chercher puis de libérer et d’engager la ressource de ce moi si profond, mais qui nous conditionne et nous condamne à ne vivre qu’en surface de nous-mêmes. Ainsi, nous restons si faibles, si fragiles, que nous devenons une proie toujours plus facile pour toutes les dominations, exploitations, aliénations, illusions qui prolifèrent dans le monde d’aujourd’hui.

Pour résister à cela, pour être plus forts que ce qui nous me, nos grands liens sont des canaux. Ils nous relient à des énergies sans lesquelles nous serons, hélas !, toujours plus impuissants et deviendrons plus encore des proies pour les prédateurs de toutes les dominations, de toutes les aliénations, à commencer par les aliénations consuméristes, mais aussi les aliénations politiques. L’enjeu du spirituel, c’est-à-dire l’enjeu de la puissance des liens, est inséparablement un enjeu politique. Voilà pourquoi il est urgent et nécessaire, me semble-t-il, que nous réfléchissions ensemble, que nous méditions ensemble, à partir de la ressource la plus intérieure, à la façon dont nous allons pouvoir reconstruire des vies authentiquement humaines, retisser nos liens essentiels, nos liens de vitalité, nos liens de lucidité, nos liens de lumière, les liens qui nous engagent dans le monde de façon à la fois intelligente, généreuse et amoureuse.

Abdennour Bidar - La puissance des liens

De Ilios Kotsou, Caroline Lesire, Christophe André, Abdennour Bidar, Fabienne Brugère, Rébecca Shankland, Matthieu Ricard

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jeudi 23 novembre 2023

Y a de la joie

 Selon les événements qui surviennent nous éprouvons différents sentiments : de la joie, de la tristesse de la colère, du désir...

Or, à mon avis, nous avons bien peu de choix sur les événements qui se produisent. Avons nous le choix de ce que nous allons éprouver lorsqu'un événement se produit ? Le même événement va-t-il toujours entrainer chez nous la même réaction, le même sentiment ? Avons-nous le choix de nos sentiments ?

Je n'ai évidemment pas de réponse réductrice à apporter à cette question. Mais je peux vous parler de la joie que l'on peut éprouver face au bonheur d'autrui.


Notre fonctionnement humain ordinaire est d'éprouver de la joie pour notre propre bonheur, même s'il survient parfois au détriment d'autrui. Mais cette joie pour soi-même, sans se préoccuper du bien-être des autres, reste un peu fermée et source de tension, ma joie est à défendre.

Tandis que si vous éprouvez de la joie pour le bonheur de l'autre, vous êtes ouvert et vous n'avez rien à défendre et cela vous permet d'être exempt de toute tension. Il y a juste une détente joyeuse, "Y a de la joie..."

Ce qui empêche cette joie spontanée de survenir devant le bonheur des autres est due à notre confusion, à notre ignorance, à la croyance  que nous sommes  un moi "substantiel", ayant une existence propre, séparée du monde. Ce moi construit est toujours à défendre et nous ne pouvons pas y arriver car il n'a pas d'existence propre, on tourne en rond.

S'il n'y a plus de moi à défendre, si nous remettons en question cette croyance, nous trouvons ici, juste où nous sommes, une présence joyeuse. Tout ce qui survient, tous les événements deviennent alors une opportunité, une opportunité pour faire fleurir la joie et pouvoir en offrir des bouquets autant à ceux qu'on aime, qu'à ceux qu'on pensait moins aimer.

Avec ma profonde amitié pour vous tous, je vous souhaite une journée débordante de joie.

Philippe Fabri

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lundi 11 septembre 2023

Je, ne sait pas...

 Paraît ce mois-ci un livre décapant de Daniel Morin « Je, ne sait pas ».


   Le sens commun de la séparation fausse toutes les recherches même les plus intéressantes, qu’elles soient d’ordre scientifiques ou religieuses. L’Absolu et le relatif sont inséparables, et sont toujours coexistant.

   Ce livre insiste sur l’évidence de la non-séparation. On comprend mieux que l’homme n’est pas une entité séparée autonome lorsqu’il est vu qu’aucune chose, grossière ou subtile, n’est séparée de son environnement - et cela à l’infini - et qu’elle est en échange d’équilibre constant avec son environnement.

   Cette loi fondamentale d’équilibre, unificatrice, gouverne l’univers entier tel que nous le percevons. Elle peut être une aide réelle pour appréhender la vie d’une façon nouvelle.

Tant que nos connaissances ne coexisteront pas avec le Grand Je ne sais pas ou « Je, ne sait pas », toutes nos théories les plus avancées seront fausses car basées sur l’identification du moi. Quand on admet notre limite, on est en relation avec le « je ne sais pas ». Je ne sais pas est impersonnel, on ne peut ni le saisir, ni le maitriser.

   Ce livre n’est pas une méthode de mieux-être ni un enseignement d’une amélioration à venir. En-dehors de tout dogme, il s’adresse à ceux qui ont le goût de la recherche de vérité, c’est-à-dire voir le faux comme étant faux. Il peut cependant permettre à certains de vivre le monde relatif d’une façon tout à fait différente. Non pas sur la conviction que nous sommes une partie autonome toujours en attente d’un jour meilleur, mais sur l’évidence indiscutable que nous sommes un élément relié et inséparable du Cosmos.

Aux éditions Accarias L'originel


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mercredi 31 mai 2023

Le sentiment de séparation

La grande illusion dans laquelle nous vivons, c'est le sentiment de séparation !


Cette expérience de la séparation, nous la vivons et nous l'expérimentons comme solitude, et au cœur de celle-ci, nous revendiquons et réclamons d'être aimés, ce qui nous semble apparemment le plus logique pour sortir de cette solitude et de ce sentiment de séparation. Ce qui revient à revendiquer une appartenance, pour avoir le sentiment de ne pas être exclus. Nous vivons cela d'une manière tellement non formulée, non analysée que nous nous laissons complètement prendre par la contradiction que cette demande porte en elle.

Cette même personne qui souffre de la séparation, plutôt que de pénétrer le cœur et l'intimité, revendique immédiatement le fait d'abolir la séparation d'être aimée. Mais la personne qui veut être aimée va s'accorder l'importance suffisante et nécessaire par tous les jeux habituels que nous connaissons de l'ego pour être aimée. Mais quel est le processus sous-jacent? Nous souffrons de la séparation et cette contradiction se manifeste à notre insu. Cette même personne, cette identité séparée à laquelle nous nous identifions, cette entité veut être aimée sans se rendre compte qu'en étant aimée, elle est renforcée dans sa nature d'objet et dans sa nature de séparation.

C'est là qu'est l'ascèse.

C'est là qu'est le sacrifice.

C'est là qu'est le chercheur.


Le disciple de la voie se distingue de l'être ordinaire qui court d'amant en amant. Qui veut m'aimer ? Qui veut de moi aujourd'hui ? Qui m aime ? Nous voilà prêts à toutes les concessions, à tous les compromis pour être aimés et bien sûr nous sommes aussi prêts à aller sur les chemins de la spiritualité, voire de la religion. Et nous allons prendre Dieu au même piège de notre histoire. Nous allons prendre l'instructeur à ce même piège de notre histoire, et nous comporter devant lui de façon à être l'objet séparé digne de son amour.

Or l'instructeur authentique ne va pas nous aimer dans le sens courant du terme, il ne va pas faire de nous un objet aimé. Son souci, c'est de lever le mirage de la séparation, pas de nous perpétuer au travers de l'amour de l'objet séparé. Ce qui est important pour chacun de nous, c'est de reconnaître cela, de sentir une fois pour toutes qu'il vaut mieux ne pas être aimés et surtout qu'il ne faut pas tomber sur un instructeur qui va se mettre à nous aimer. La preuve flagrante de l'amour de Dieu, c'est qu'il ne se limite pas à un objet aimé. Quand nous crions son absence parce que nous ne nous sentons pas aimés, là est la preuve flagrante de son amour. L'amour authentique fonctionne autrement que de créer des êtres aimés, de faire des objets aimés. L'amour abolit la séparation.

L'amour amourifie.

L'amour ne rend pas aimé.

L'amour rend aimant.

Alors, derrière tout le jeu de notre ego, derrière toutes les stratégies habituelles, du manque et les multiples séductions que l'on connaît, il faut aller explorer l'illusion du besoin d'être aimé ! L'illusion de la séparation...

Yvan Amar - extrait de "Tisser le lien"


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samedi 5 février 2022

Sans avis...

 


S'il vous plaît, de me donnez pas votre avis, je ne vous donnerai pas non plus le mien ; cet avis qui se mijote avec des pour avec des contre, avec des plus avec des moins, imprégné de toutes nos frustrations et de nos blessures profondes, mêlées à nos incompréhensions, voire à nos ignorances.

Non, donnez-moi votre ressenti, je vous donnerai le mien ; cette petite voix qui vient du cœur, qui a l’innocence de l’enfance, sans calcul et sans jugement, et qui parle au poète, à l’artiste, au rêveur, à l’amoureux, à l’intuitif, au sage, au prophète ou au fou, à l’intérieur de nous.

Ne laissons pas les pour et les contre nous diviser. Nous avons tant de belles choses à partager...

Elisabeth Kuhn

peinture: Edward Hopper 1882-1967 / Jo Sketching at Good Harbor Beach, 1924


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lundi 22 novembre 2021

Le sentiment de séparation

 

La grande illusion dans laquelle nous vivons, c’est le sentiment de séparation !


Cette expérience de la séparation, nous la vivons et nous l’expérimentons comme solitude, et au cœur de celle-ci, nous revendiquons et réclamons d’être aimés, ce qui nous semble apparemment le plus logique pour sortir de cette solitude et de ce sentiment de séparation. Ce qui revient à revendiquer une appartenance, pour avoir le sentiment de ne pas être exclus. Nous vivons cela d’une manière tellement non formulée, non analysée que nous nous laissons complètement prendre par la contradiction que cette demande porte en elle.

Cette même personne qui souffre de la séparation, plutôt que de pénétrer le cœur et l’intimité, revendique immédiatement le fait d’abolir la séparation d’être aimée. Mais la personne qui veut être aimée va s’accorder l’importance suffisante et nécessaire par tous les jeux habituels que

nous connaissons de l’ego pour être aimée. Mais quel est le processus sous-jacent ? Nous souffrons de la séparation et cette contradiction se manifeste à notre insu. Cette même personne, cette identité séparée à laquelle nous nous identifions, cette entité veut être aimée sans se rendre compte qu’en étant aimée, elle est renforcée dans sa nature d’objet et dans sa nature de séparation.

C’est là qu’est l’ascèse.

C’est là qu’est le sacrifice.

C’est là qu’est le chercheur.

Le disciple de la voie se distingue de l’être ordinaire qui court d’amant en amant. Qui veut m’aimer ? Qui veut de moi aujourd’hui ? Qui m’aime ? Nous voilà prêts à toutes les concessions, à tous les compromis pour être aimés et bien sûr nous sommes aussi prêts à aller sur les chemins de la spiritualité, voire de la religion. Et nous allons prendre Dieu au même piège de notre hisroire. Nous allons prendre l’instructeur à ce même piège de notre histoire, et nous comporter devant lui de façon à être l’objet séparé digne de son amour.

Or l’instructeur authentique ne va pas nous aimer dans le sens courant du terme, il ne va pas faire de nous un objet aimé. Son souci, c’est de lever le mirage de la séparation, pas de nous perpétuer au travers de l’amour de l’objet séparé. Ce qui est important pour chacun de nous, c’est de reconnaître cela, de sentir une fois pour toutes qu’il vaut mieux ne pas être aimés et surtout qu’il ne faut pas tomber sur un instructeur qui va se mettre à nous aimer. La preuve flagrante de l'amour de Dieu, c’est qu’il ne se limite pas à un objet aimé. Quand nous crions son absence parce que nous ne nous sentons pas aimés, là est la preuve flagrante de son amour. L’amour authentique fonctionne autrement que de créer des êtres aimés, de faire des objets aimés. L’amour abolit la séparation.

L’amour amourifie.

L’amour ne rend pas aimé.

L’amour rend aimant.

Alors, derrière tout le jeu de notre ego, derrière toutes les stratégies habituelles, du manque et les multiples séductions que l’on connaît, il faut aller explorer l’illusion du besoin d’être aimé ! L’illusion de la séparation...

Yvan Amar
Extrait de "Tisser le lien"

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jeudi 18 février 2021

Qui nous secoue ?

 Pas sur que ce soit véridique mais j'ai trouvé cela intéressant. 

"Nous semblons parfois loin les uns des autres, dans notre façon de comprendre, de penser, d’agir que le fossé qui nous sépare peut paraitre infranchissable. L’un est certain qu’en suivant le groupe il est dans la vérité, l’autre aspire à la désobéissance civile au nom de la liberté….


En cette période troublante, deux enseignements éclairants…
Si tu ramasses 100 fourmis noires et 100 fourmis rouges et que tu les mets dans un pot en verre, rien ne se passera. Mais si tu prends le pot, tu le secoues violemment et tu le laisses sur la table, les fourmis commenceront à se tuer les unes avec les autres.
Les rouges pensent que les noires sont les ennemies, tandis que les noires pensent que les rouges sont les ennemies... alors que le véritable problème vient de la personne qui a secoué le pot.
Il en va de même dans la société.
Hommes contre Femmes.
Gauche contre Droite.
Riche contre pauvre.
Foi contre Science.
Jeunes contre Vieux.
Pro masques contre anti masques.
Etcétéra...
Avant de se battre entre nous, ne devons-nous pas nous demander qui a secoué le pot ? »

Anonyme

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Une contemplation de fourmi !
« La fourmi est un vrai bourreau de travail »
Faux. La fourmi a l’image d’une travailleuse acharnée que rien ne détourne de sa tâche. Pourtant, une étude américaine a démontré que de nombreux individus d’une même colonie passeraient beaucoup de temps à… se tourner les pattes ! En réalité, seules 10 % d’entre elles seraient réellement actives (celles chargées de récolter la nourriture pour le reste de la communauté). Les autres fourmis seraient plutôt oisives, voire resteraient immobiles. Quel est alors leur rôle ? Peut-être celui de réserviste en cas d’attaque…

(soure : Kapo)
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lundi 1 février 2021

L'humain, c'est de la nature !

 

Le penseur, engagé en faveur de l'environnement, alerte sur les risques de

 dissocier l'être humain de la nature qui nous entoure.

Une interview à écouter de Pierre Rabhi sur RCF (11 min.)

À l’aube d’un potentiel troisième confinement en France, les interactions sociales semblent à nouveau en sursis. "L’être humain a besoin du contact, il est clanique. C’est dans sa nature, il ne peut pas vivre seul", affirme Pierre Rabhi. Pour autant, il constate également que la solitude augmente. "Il y a une désocialisation de plus en plus forte", déplore-t-il. 

METTRE NOS APTITUDES AU SERVICE DE L'ENVIRONNEMENT

L’homme, c’est celui que Pierre Rabhi tient pour responsable du changement climatique. Il prend exemple sur l’Amazonie, ravagée par la déforestation. "Notre impact est terrible par rapport aux autres créatures", se désole-t-il. Selon lui, la terre nourricière est droguée de chimie. "Nous avons répandu sur la planète des nuisances épouvantables", lâche Pierre Rabhi. 

"Les êtres humains se sont proclamés intelligents, ça n’est pas vrai", affirme le penseur. Pour lui, nous avons confondu aptitude et intelligence. "Nous sommes grisés par nos aptitudes. L’intelligence est dans la vie. Cette dissociation que nous avons créée entre nous et la vie aboutit à notre condamnation", alerte-t-il.

CULTIVER LE CONTENTEMENT

Cette attitude destructrice s’explique selon Pierre Rabhi par un consumérisme démesuré et "la peur de manquer, vouloir plus et encore plus". Face à cela, "il faudrait cultiver le contentement car sans ça on est constamment dans le désir". 

Dans "Frères d’âme" (éd. de L'aube), une série d’entretien menée avec le journaliste Denis Lafay et le philosophe Edgar Morin, Pierre Rabhi témoigne. Si tout semble l’opposer à Edgar Morin, il assure que "ce qui nous a rapproché, c’est nos consciences, nos âmes, nos exigences, nos désirs d’un monde différent". Selon lui, "il faut dépasser les particularismes qui ont divisé l’humanité pour aboutir à quelque chose qui va amener la convergence des consciences humaines".

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mardi 16 juin 2020

Non séparation avec Gilles Farcet



L'impression de séparation est intimement liée à celle qui nous faut nous croire le possesseur de quoi que ce soit. 
Pour reprendre l’exemple de l’automobiliste coincé dans un embouteillage : si cette route est ma route, alors elle n'est pas insérée dans un ensemble et donc soumise aux chaînes de causes et d’effets à l'œuvre dans cet ensemble. Le fait qu’elle soit en travaux pour le bien de la communauté ne me concerne pas, moi qui entend aller attraper mon train pour mon rendez-vous dans ma journée à moi ! Selon l’expression consacrée, « ce n’est pas mon problème » ! En tant que moi possesseur et contrôleur, je me fantasme et me positionne du même coup comme séparé, existant à part du tout. 
Dans le monde séparé de l’ego, le fait que la lumière ne s’allume pas alors que moi j’aurais besoin d’y voir clair n’a rien à voir avec le tout qui n’est même pas pris en considération. L'EDF est en grève, il y a eu des tempêtes, les magasins vendant des ampoules sont fermés le dimanche ? « Pas mon problème », serine l’ego.

Cette fabrication d'un ego contrôleur, possesseur et séparé repose sur un mécanisme à l’œuvre au cœur de notre relation à ce qui est, à savoir le refus. Chaque fois qu'au nom de ce qui devrait être (« la route devrait être dégagée ») je refuse que ce qui est soit, j’alimente très concrètement l’illusion de l’existence d’une entité que nous appelons ego. C'est pourquoi la pratique du oui à ce qui est, bien envisagée à sa place c’est-à-dire dans l’instant et non dans le déroulement du temps au sein duquel il s'agit de se positionner, n’est pas seulement une démarche de bon sens mais bien une pratique spirituelle par laquelle l’existence même de l’ego se trouve mise en cause. Chaque fois que le conflit cesse, l’ego se trouve déjoué.

Sans doute avons-nous aussi entendu affirmer que l’ « ego n’existe pas ». Et, en effet, s’il existe bien momentanément une personne, il n’existe pas d’entité située à part de l’ensemble, apte à contrôler et propriétaire de « son » monde. Et pourtant, tant qu'une illusion nous tient, elle existe bel et bien pour nous. L’enfant qui, dans la pénombre de sa chambre, tremble de peur du fait de la présence d'un monstre est, certes, victime d’une totale illusion. Il n’y a pas de monstre. Reste qu’il a bel et bien peur tant que ses parents n’allument pas la lumière et ne lui montrent pas que la méchante créature n’était que sa fabrication. Il ne s’agit donc pas de prétendre détruire ou soumettre le mécanisme de l’ego mais plutôt de le déjouer par la pratique du « oui » et ainsi d'en arriver à voir, soit son inexistence - si on entend par ego un moi possesseur, contrôleur, séparé -, soit sa dimension provisoire et relative - si on entend par ego l’inévitable point de vue individuel.

Demeure alors la personne humaine, dans sa plénitude non défigurée par l’ego. Le « sage», c’est la personne parvenue à maturité et donc à plénitude, le rayonnement de la personne que les masques de l’ego ne sont plus là pour distordre. Et cette personne non déformée a alors toute latitude d’être au service de l’ensemble dont elle-même fait partie.


A la vérité, tout ce qui participe à la maladie du monde, avidité, égoïsme, violence, exclusion, manipulations, procède de l'ego et de sa prétention à posséder et contrôler à partir de sa position isolée. Un « ego sain », ce que Swami Prajnanpad entendait sans doute lorsqu’il affirmait avoir besoin d'« ego forts », c’est la plénitude d’une personne purifiée des mécanismes de l’ego. « On n’est pas plus ou moins libre mais plus ou moins asservi », rappelle Arnaud Desjardins. Disons alors que moins elle se trouve asservie à la prétention à posséder, contrôler et à l'illusion de la séparation, plus la personne unique reflète Dieu, si l'on entend par là, ainsi que l'exprimait Swami Prajnanpad, « la plus haute possibilité de l'homme ». L’humain purifié des déformations de l’ego s’exprime, se déploie, le visage humain lavé des grimaces du moi illusoire resplendit dans sa beauté et sa grandeur.

Gilles farcet

jeudi 26 mars 2020

Vision partielle


La plupart du temps, nous ne voyons qu'une partie des choses et nous pensons qu'elles sont séparées. Mais si nous prenons du recul, si nous nous laissons flotter sur l'instant, nous pouvons voir que tout est lié et nous prenons alors goût à ce que nous vivons...




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vendredi 20 septembre 2019

Vigilance (1)

« Si tu dois traverser un grand ravin sur un pont large, tu n’as pas besoin de beaucoup de vigilance. Mais si c’est une question de vie ou de mort et que tu dois traverser sur un tronc d’arbre, tu vas automatiquement être plus vigilant. Donc la vigilance est par rapport à ce que tu as peur de perdre. Vous ne pouvez pas apprendre à être vigilant. Vous l’êtes par rapport à ce que vous portez comme intention et à ce que vous ne voulez absolument pas perdre. »

Daniel Morin

Extrait de la belle anthologie de Marie Chantale Forest, Anthologie de la vigilance – Un chemin vers la Lumière, préface d’Eric Edelmann, éditions Accarias L’ORIGINEL, p. 36.



vendredi 13 septembre 2019

La nature, voir que nous ne sommes pas séparés





Lorsque le corps devient plus conscient, par cette rencontre quotidienne avec nos perceptions intimes, il peut alors se mettre de lui-même au diapason de la nature et s’y harmoniser.
La forêt qui borde mon village me le rappelle tous les jours. On ne peut pas dire que je m’y promène, j’y plonge littéralement.
Ce n’est pas moi qui y pénètre, c’est la forêt qui entre en moi, vibre et vit en moi.
Mon corps jubile d’y aller, de sentir les odeurs de moisi, de pourriture, de végétal naissant, de sève et de résine.
L’immobilité et l’immensité des arbres me redressent.
Chaque pas sur la terre meuble restructure mon dos, replace mes épaules.
La densité végétale, la force du sol si fertile, la verticalité, les mouvements si lents des troncs, tout cela m’attrape et me transforme dans l’instant.
La forêt me dépose en moi-même.
Elle m’invite à m’habiter et à habiter l’instant totalement, inconditionnellement.
Je n’ai jamais eu ce sentiment qu’il fallait me relier à la nature ou à quoi que ce soit d'autre.
J'ai simplement longtemps pleuré de sentir que c'est moi qui me coupais.
Après que mes croyances à propos d’une possible coupure aient été démasquées, ce que je découvre plutôt c’est que je ne suis pas séparée.
Pas de reliance donc, mais voir que qu'il n'y a pas de séparation.
Amitié à tous

Séverine
Auteure de "Vivante ! Un éveil à la vie, à la joie et à l'amour" - éd. Accarias l'Originel.
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jeudi 18 avril 2019

Quand le silence des mots réveille la violence des maux (2)

Les séparations, les pertes

Elles sont vécues à des degrés divers, suivant l’âge et la phase de développement. Souvent l’émotion, les sentiments réels qui s’y rattachent ne sont pas directement exprimés, ne peuvent être dits, le travail de deuil ne peut se faire… et cela va s’inscrire dans le corps, dans un signe, une trace qui se révèlera plus tard à partir d’un petit évènement déclenchant.
Cet homme de cinquante ans raconte avec une émotion intense faite de désespoir et de colère mêlés cet épisode de ses sept ans où au retour de l’école il découvre « Boum Boum » son ami le cochon, éventré contre le mur de sa ferme. Son père avait tué son meilleur ami, son confident. Il se cacha toute la nuit avec un sentiment immense de culpabilité. « Il n’avait pas su protéger son ami ». Et pendant de longues années, aux temps de Noël, il trouvera toujours moyen de se blesser, de se tailler, de se couper, de se mutiler. Son corps porte la trace de nombreuses cicatrices… qui témoignent de son impuissance à sauver son animal préféré, « l’être le plus cher au monde » dans cette période de sa vie.
Cette femme, mère de quatre filles, est allergique « depuis toujours » dit-elle (il faut toujours se demander quand commence le « toujours » dans une vie). Allergie à certaines odeurs et pollen, liée à la perte d’une poupée jetée à la décharge parce que « trop vieille, trop sale ». « Tu ne vas pas garder cette cochonnerie dans ton lit » avait décrété la mère. Et chaque année au mois d’octobre (mois où la poupée avait été jetée), elle produit une sinusite infectieuse, tenace, agressive. Ces traces en elle furent retrouvées, le jour où en rangeant le grenier elle découvrit la première poupée de sa fille et éclata en sanglots, sans comprendre nous dit-elle.
La petite Louise avait neuf ans quand elle perdit sa mère nourricière, la seule mère qu’elle ait connue. Celle-ci avait soixante ans au moment de sa mort et cinquante et un ans plus tard Louise, devenue grand-mère, fit une dépression nerveuse. Elle dira bien longtemps après à son fils: « Tu sais, moi aussi j’avais pensé mourir à soixante ans comme ma mère ».

Les messages anciens de fidélité ou de réparation

Ils se jouent souvent sur le mode de la soumission, de l’identification ou de la dette.
Jean, trente-sept ans, produit plusieurs fois par an des sinusites, des rhumes mauvais qui se prolongent longtemps. Jusqu’à ce qu’il puisse dire à sa mère avec quelques trente ans de retard « la vérité » sur un évènement de son enfance. A sept ans il avait failli se noyer et avait caché cela à ses parents. Ce jour-là, oui, en l’écoutant enfin, sa mère ouvrit ses bras et lui dit: « mon pauvre petit ». Il put pleurer longuement et « lâcher » à ce moment- là toute l’eau angoissante qu’il avait gardée pendant tant d’années… et « lâcher » ainsi ses sinusites chroniques.

Fidélité à des messages anciens, à des engagements à tenir, à des réparations à faire.

Cette ex-petite fille a voulu « redonner » et « offrir » ainsi à sa mère le petit bébé que celle-ci avait péri lors d’une fausse couche, un petit garçon, par exemple, qui aurait comblé de joie la grand-mère; mais dans l’histoire conjugale de ce couple, il n’y avait pas de garçon, « seulement » trois filles… et quelques années plus tard cette femme (l’ex-petite fille) produira un kyste sur l’ovaire gauche (à la table familiale la mère était toujours à sa gauche).
Oui, quand nous écoutons, quand nous acceptons de laisser s’associer tant de signes produits par le corps, nous commençons à entendre des histoires fabuleuses… et pas nécessairement dramatiques.
La mémoire du corps est incroyablement riche et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle se dise. Il arrive ainsi au corps de hurler dans le silence des mots. Ne dit-on pas « à corps et à cris ». Il va tenter de parler, de lâcher les conflits, de déposer des sentiments trop lourds, des demandes refoulées, des sentiments de dette ou de réparation. Ainsi le corps peut devenir un champ de bataille, extraordinairement fécond par les « discours » contradictoires qui s’y affrontent.
Le dilemme des écoutants et des soignants est le suivant: « Si je soigne, je détruis le symptôme, je bâillonne donc ce qui tente de se dire par cette médiation ». C’est pour cela que la médecine classique qui vise à rétablir le fonctionnement, à supprimer les conséquences d’une infection risque de passer à côté de l’essentiel: entendre ce qui se dit, ce qui se crie, ce qui se débat dans l’expression d’une somatisation.
Très souvent, sans que cela soit nécessairement conscient, il y a quand même réparation symbolique dans la relation avec le soignant. Ce sera à l’occasion d’un geste, d’une parole, d’une association que se rétablira le lien dans une chaîne de signifiants qui échappent à la fois au soignant et au soigné. C’est la qualité de certains thérapeutes d’introduire ainsi dans leur relation des équivalents symboliques qui restaurent cette dimension chez l’autre.

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mardi 13 novembre 2018

L'écharde d'une attente...


Ah, cesse, cesse d'être ce pantin balloté entre espoir et désespoir ! Fais halte !
L'inutile tornade de l'urgence n'a pas de fruit. Seule la patience donne du fruit, seule la durée.
Un cheveu sépare la chute de la grâce.
Quand sont bues la colère et l'indignation devant les dérives du monde, quand est bue aussi la complaisance à s'accommoder du trou qu'on s'est creusé en terre d'exil, alors quelque chose peut commencer.
Le scénario sordide qui nous jette hors de nous, hors de toute mémoire, qui désagrège l'unité sacrée se trouve alors suspendu...
Être plein d'espoir au cœur d'un désespoir total, appréhender l'unité parfaite de l'espoir et du désespoir !
Même la séparation que tu vis est inévitable, elle n'est pas pour autant l'unique réalité.
Quand tu espères, tu es la part du monde qui espère, et quand tu désespères, tu es la part du monde qui désespère !
C'est tout ! 

Aujourd'hui, en regardant, assise devant ma maison, le vent dans le grand tilleul, j'ai compris que tout est déjà parfait, mieux : que rien n'est pas encore tout à fait parfait, que l'imperfection est le produit de mon esprit, l'écharde d'une attente, d'une espérance vaine dans la chair glorieuse de la Création.

- Christiane Singer
(Où cours-tu ? Ne sais-tu pas que le ciel est en toi ?)

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vendredi 8 juin 2018

L'Autre avec Arnaud Desjardins

René Magritte, "La reproduction interdite"


Il y a quelques critères simples pour déterminer si oui ou non, il y a encore une identification à un "moi-je" : s'il y a un "moi-je", alors, il y a un "autre" (une personne, un objet, une situation, etc...)

Or qu'est-ce que "l'autre" ? D'abord une pensée, suivie d'une émotion.

"L'autre" est ce qui a le pouvoir de me faire réagir, de me faire peur, de me mettre en colère, de me faire envie, de me rendre jaloux, "l'autre", c'est ce que je n'aime pas, ce que je refuse, ce que je rejette, ce qui me met mal à l'aise, ou au contraire ce que je désire plus que tout au monde, " l'autre", c'est aussi ce qui me fait rechercher un sentiment d'être spécial, d'être important," l'autre", c'est ce qui provoque en moi une demande insatiable d'être accepté, considéré, apprécié, reconnu, aimé. Toutes ces émotions sont plus ou moins faciles à repérer, mais dans tous les cas, elles m'indiquent s'il a un "autre" ou non, et donc un "moi-je" ou non; car lorsqu'il n'y a plus de séparation, lorsque le couple «moi et l'autre» s'est dissous, toutes ces émotions se dissolvent également.


A présent, observez : est-ce que vous ressentez une séparation ? Y a-t-il vraiment un "autre", nettement séparé de vous? Y a-t-il une réaction émotionnelle ?

Texte : Vivre en Présence


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