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lundi 12 octobre 2026

Désobéissance intime

 L’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau a créé le concept et la pratique de la « désobéissance civile », reprise ensuite notamment par Gandhi, en refusant de payer ses impôts à un gouvernement cautionnant l’esclavage. Positionnement qui lui valut un bref – et à dire vrai guère rude – séjour dans la geôle de son village et surtout lui inspira l’essai Civil Disobedience. Mais la grande affaire de Thoreau, ce fut la désobéissance intérieure, tout à fait compatible, son exemple le prouve, avec la désobéissance civile.

Désobéir intérieurement, oui, mais à quoi ? À l’ensemble – et ce n’est pas rien – de nos conditionnements, préjugés, présupposés, opinions toutes faites, en bref à tout ce qui en nous-même relève de l’aliénation, laquelle se traduit nécessairement ensuite dans nos comportements. 

Si il est très connu pour avoir été vivre deux ans dans les bois en grand précurseur de l’autosuffisance, épisode qui donna lieu à son grand livre Walden, classique de la littérature américaine, son projet fonda mental n’était pas d’ordre écologique ou/et protestataire, mais d’ordre spirituel – j’en suis convaincu pour avoir dans ma jeunesse passé plusieurs années à scruter ses écrits en vue de ma thèse de doctorat.

Imprégné, là aussi en précurseur, de textes hindous tels que la Bhagavad Gita (« Le matin, je baigne mon intellect dans la philosophie cosmogonique et prodigieuse de la Bhagavad Gita »), Thoreau cherche avant tout à toucher l’essentiel au plus intime de lui-même, sa nature originelle, le visage qui était le sien avant qu’il soit né, dirait le zen. Ses préoccupations et pratiques écologistes ou « alternatives » avant la lettre, si inspirantes soient-elles, ne sont que la traduction en actes d’une quête intérieure, celle de la vie consciente et délibérée.

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.

Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.

Réduire à néant tout ce qui n’était pas la vie.

Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’aurais pas vécu ».

Car Thoreau avait compris que si parfois – souvent – la société, l’éducation reçue, le « progrès », les religions, l’idéologie dominante, quelle qu’elle soit, nous aliènent, la désaliénation réelle et profonde ne viendrait pas uniquement de changements à ce niveau mais d’une émancipation intime. En cela, il me semble se révéler très proche du sage swami Prajnanpad, connu comme le maître d’Arnaud Desjardins, pour qui « nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations, nos actions des caricatures » et qui prône un passage au crible de tout ce que nous tenons pour acquis.

Ce qu’on peut appeler le « travail spirituel » consiste d’un certain point de vue à de plus en plus désobéir. Désobéir à nos habitudes, à ce vers quoi nous amène la mécanique des pensées qui s’enchaînent, à toutes les mécaniques internes en vérité, hormis celles qui relèvent de la préservation biologique : la mécanique des jugements et donc des exclusions, la mécanique des réactions commises sous le coup de l’émotion, la mécanique de l’obsession de la sécurité et du confort...

Cette désobéissance est sans doute la plus difficile, la plus exigeante et aussi en fin de compte et à long terme la plus puissante. C’est le véritable sens, hélas largement oublié, de la « guerre sainte », contre soi-même.

Les révolutionnaires les plus profonds et les plus radicaux n’ont pas laissé derrière eux une trace sanglante. Les révolutions qui ne substituent pas une nouvelle aliénation à l’aliénation ancienne sont toujours pacifiques, ce qui n’exclut pas radicalité et fermeté. Elles prennent place d’abord dans les consciences.

Gilles Farcet

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lundi 27 juillet 2026

Vie intérieure

Paris, le 1er juillet 2026

C’est une évidence mais pas pour tout le monde, à commencer par soi même à qui il importe de quotidiennement la rappeler : la vie est intérieure . 

Tout ce qu’un humain connaît goûte expérimente se joue au dedans de lui et non au dehors. 

Pour ma part je ne vais pas aller jusqu’à dire comme certains mystiques et métaphysiciens qu’il n’y a pas d’extérieur. Débattre de ce point (le monde existe-t-il en dehors de mon expérience de lui ) me paraît tout à fait vain comme pas mal d’arguties mystico philosophiques.

Que le monde soit ou non «  un rêve »  -postulat déjà rapide et  simpliste en lui même-il ne s’en passe pas moins quantité de choses qui sont éprouvée, ressenties : par exemple si il fait quarante degrés comme tout récemment qui pourrait nier que l’organisme le ressente, en soit plus ou moins affecté et ne sois contraint à tenter de s’y adapter . On voit de suite le ridicule qu’il y aurait à apostropher les humains écrasés par la canicule en leur serinant : c’est un rêve ! Même si bien des métaphysiciens du dimanche n’ont pas peur et surtout pas conscience de ce ridicule qui est aussi une indécence face à la souffrance . 

Bref ! Rêve ou non il se passe plein de choses, tout le temps c’est à dire à chaque instant.  

Et la vie est intérieure puisque tout réside non sans de qui se passe en tant que circonstance mais dans ma façon intime de le vivre. 

La journée que je suis en train de vivre est ce qu’elle est du point de vue des conditions et circonstances.

 Ces conditions et circonstances, j’en ai une évaluation, évaluation qui à mon sens est encore autre chose que la manière dont je les vis intérieurement. Par exemple, ces conditions et circonstances d’aujourd’hui, je les évalue comme un peu délicates, pas des plus faciles à négocier, et, sans être tragiques, pas des plus heureuses humainement à vivre. 

Voilà mon évaluation qui me parait à peu près objective (il me semble que si je les décrivais, personne n’aurait idée de me soutenir qu’elles ne soient pas un peu) délicates , de même que personne n’aurait idée de soutenir qu’il ne fait pas chaud par quarante degrés - même si évidemment la température se mesure plus objectivement et surtout matériellement que la délicatesse ou difficulté d’une circonstance. 

Et cette évaluation (hors laquelle je serais un robot  ou une pierre plutôt qu’un être humain sensible) ne présume pas de ma façon de vivre ces conditions et circonstances.

 Autrement dit, le fait de les évaluer comme délicates ne présume pas de ma vie intérieure. Les mêmes conditions et circonstances, je pourrais les vivre accablé, révolté, déprimé, découragé, inquiet. Je peux aussi les vivre serein, tranquille, ouvert et fondamentalement confiant sans rien nier de ce qu’elles peuvent avoir de difficile voire préoccupant sur le plan de l’existence. 

Je pourrais achever cette journée dans le malaise, je peux l’achever à l’aise, à conditions et circonstances égales, et cela sans pour autant ne rien sentir, sans tomber dans le terrible écueil  spiritualiste d’une pseudo « neutralité » qui est en fait un blindage. 

Et donc, oui, la vie est bien intérieure.

Ce qu’il m’est donné de vivre aujourd’hui, c’est en moi même que je le vis.


Il y a le climat mesurable ou évaluable, celui de la température, ou des conditions et circonstances ;  et il y a le climat au dedans de moi-même, lequel ne modifie pas l’ « extérieur » mais change tout pour ce qui est mon expérience. J’ajoute que mon climat intérieur , quoique ne modifiant pas ici et maintenant les conditions et circonstances influe dans une certaine mesure sur leur évolution. Des conditions et circonstances ici et maintenant abordées avec tranquillité ne donnent pas lieu à des réactions intérieures comme extérieures qui les font dégénérer et empirer. 

Tout ça, c’est le b.a.-ba  de ce qu’on peut appeler si on veut une sagesse, ce n’en est pourtant pas si facile et courant. 

On concèdera qu’il est des conditions et circonstances particulièrement fortes, humainement broyantes, tragiques, avec un puissant pouvoir d’identification (l’identification, c’est quand la vie semble cesser d’être intérieure pour n’être plus que soumise aux conditions et circonstances). 

Grandes souffrances physiques ou morales, tragédies individuelles ou/et collectives. Mais même dans ces cas là, des mystiques, au sein ou en dehors (Etty Hillesum) de religions et traditions ont démontré la prééminence de la vie intérieure sur les conditions et circonstances.

Gilles Farcet

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mardi 7 juillet 2026

Ici, Joie intérieure...


« J’ai faim d’une chose qui ne diminuerait pas et ne grandirait pas, d’une chose qui simplement n’aurait pas de fin. Cette chose-là, faute d’autre mot, je l’appelle la vie intérieure. (…)

« La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde. 

« C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société, enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière. 

"C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais. Et cela pour la simple raison que nous l’avons déjà. »

– Jacques Lusseyran, « Le monde commence aujourd'hui »

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mardi 12 mai 2026

Priorité intérieure

Janus et Bellone


 "Avant tout, cette méditation semble avoir deux visages, comme Janus. Elle regarde simultanément vers Celui qui voit, à l'intérieur, et vers ce qui est vu, à l'extérieur. 


Cependant, et tout en sachant que Rien ne les sépare, elle accorde la priorité à ce qui est intérieur, car c'est là que tout ce qui est extérieur prend son sens. " 


Douglas Harding


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vendredi 27 mars 2026

dimanche 1 février 2026

Suivre la ligne d'horizon

 


Ostende. La mer du Nord. La plage de sable blond s’étend à perte de vue. Et tout au bout, la mer, les vagues et ce ciel gris et nuageux qui a fait rêver tant de peintres et de poètes. Je contemple l’horizon, cette ligne mystérieuse où le ciel semble embrasser la mer, comme une frontière entre visible et invisible, la promesse d’un ailleurs. Mais elle est bien autre chose qu’une frontière : c’est un point de rencontre.

Cette ligne de clarté me met en communion avec tous les chercheurs de sens. La mer, lourde de ses vagues, avance vers le ciel comme une prière muette. Le ciel descend vers elle comme une réponse silencieuse. À l’horizon, nul triomphe, nul fracas : dans un accord discret, une ligne fine, le réel consent à l’infini. La foi ne serait-elle pas cette ligne ténue, insaisissable ? Dieu n’est pas d’abord quelque chose que l’on trouve mais quelque chose que l’on cherche.

Mon voyage intérieur

Comme l’horizon, il sera toujours hors de portée. Mais il donne envie d’aller de l’avant et d’explorer. Il invite à lever les yeux, à regarder plus loin, à ne pas s’enfermer dans l’immédiat, et à imaginer ce qui pourrait advenir. L’horizon que je contemple en ce matin venteux me ramène à mon voyage intérieur : un voyage infini.

Ce sera toujours comme ça : à distance, on dirait que le ciel et la mer s’embrassent, mais à y regarder de près, ils se dérobent. L’horizon est une couture invisible qui les relie sans les enfermer. « Rien n’est plus utile, écrivait Maurice Zundel, que de méditer sur cette réconciliation du visible et de l’invisible ; rien n’est plus merveilleux que de songer que nous n’avons pas à refuser le monde et à le mépriser, mais à l’aimer d’un amour infini, à l’aimer en le déchiffrant, à l’aimer en sentant le secret dont il déborde à nos yeux, pour en faire une offrande en laquelle nous échangerons avec Dieu. » Laisser la vie être touchée.

Un ciel à espérer


Mais pourquoi vivons-nous si souvent les yeux baissés, comme si nous étions prisonniers de la terre, comptables affairés de nos vaines urgences. La vie n’est pas qu’une terre à laquelle s’accrocher : elle est aussi un ciel à espérer. Dans la lumière de ce matin d’hiver, attiré par cette ligne d’horizon, je me surprends à redresser la nuque, à détendre mes épaules et à tendre les bras vers le ciel. Ce que je contemple ce matin me rappelle que rien, dans une vie, n’est définitivement clos. Cela vaut pour moi, et pour d’autres aussi…

Est-ce frustrant ? Non, c’est appelant : je marcherai toute ma vie sans atteindre cette ligne, et pourtant elle oriente mes pas. L’horizon ne se donne pas pour être possédé, mais pour être suivi. J’y décèle un appel à ne pas m’installer – jamais ! – dans quelques certitudes, et à ne pas faire de ma tente de nomade, souvent froide et venteuse, une forteresse définitive.

Habiter la ligne d'horizon

Aujourd’hui, sur le bord de la mer, l’horizon m’apparaît comme une ligne nette, presque tranchante. Mais je sais qu’on ne peut pas contempler l’horizon puis passer à autre chose : sa ligne s’imprime en nous, définitivement. Dans quelques heures, je roulerai dans la campagne : il ondulera, il épousera les arbres et les clochers qui jaillissent comme des mâts de cocagne sur ce plat pays que j’aime. Un peu plus tard, quand je serai rentré chez moi, dans mon appartement en ville, je sais par expérience qu’il se fragmentera et qu’il jouera à cache-cache derrière les immeubles voisins. La ligne changeante d’horizon sera le rappel insistant que le Ciel ne déserte pas la vie. Jamais.

La sagesse que je me souhaite – et que je vous souhaite – pour cette nouvelle année, c’est d’habiter cette ligne d’horizon, pas pour la posséder, mais pour s’y laisser appeler, jour après jour, pas après pas, dans l’ordinaire des jours. Là où la terre et le ciel continuent obstinément de se chercher…

Raphaël Buyse

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vendredi 12 décembre 2025

Lumière

 

Décembre,

la nuit prend le pas sur le jour, l’obscurité sur la clarté.

Nous allumons des feux, des bougies pour illuminer nos longues soirées. Ce temps où l’obscur et le froid dominent nous incite à ralentir et à rentrer.

Nous pouvons entrer dans notre chambre la plus profonde et la plus cachée avec une attention non volontaire mais passionnée pour voir, sentir le soleil du cœur se lever. Le feu du cœur brûle d’un feu à la fois doux et intense, il peut varier du bleu au rouge jusqu’à la pure lumière blanche.

La lumière nous réconforte au sein de l’obscurité, même la plus noire, et du chaos.

Le recueillement auquel nous invite décembre est un temps propice pour retourner le regard vers la lumière interne. Lumière à l’origine de notre existence et de toutes les formes de vies dans l’univers – notre visage originel.

Célébrons ensemble la lumière qui gît au plus profond de nos cœurs « en qui clartés et ténèbres résident, c’est le Souverain même, nature innée de tous les êtres*. »

- Nathalie Delay

* Hymnes d’Abhinavagupta

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dimanche 28 septembre 2025

Une invitation à la pratique, par Lee Lozowick.

 

«L'investigation intérieure et «neti neti» (ni ceci, ni ceci) sont deux pratiques traditionnelles en Inde qui nous aident dans notre travail. Avec «neti neti», on constate ce qui monte à la conscience et on dit : «la réalité n'est pas ceci». Car chaque fois que l'on se fixe sur quelque chose de spécifique et qu'on le considère comme étant ce qui est, on exclut tout le reste et on est dans le faux. Si on dit «neti neti» à propos de tout, au bout d'un moment, on arrête de se focaliser sur le spécifique et de fonctionner de manière dualiste, et on arrive à l'essentiel. On arête de diviser la réalité, on l'accepte telle qu'elle est dans sa totalité.
L'investigation intérieure est une pratique très similaire. On questionne chaque émotion, chaque sentiment, chaque pensée : «Who am I kidding ? - De qui je me paye la tête ?». Cette phrase est comme une épée qui tranche toutes les illusions jusqu'à ce qu'aucune ne puisse résister et qu'il ne reste plus rien d'autre que la source même de la Création, c'est à dire ce qui est. Il faut persévérer, persévérer, persévérer.
Même un satori n'est pas la fin du questionnement. Même avec un satori, quand on se dit : «Ça y est !», ça n'y est pas. Dès qu'on en fait un concept, on n'est plus ici, dans ce moment-ci. On pratique donc instant après instant, encore et encore, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'instant, jusqu'à ce qu'il n'y ait qu'ici, juste ici.»

(Lee Lozowick, Hauteville, 6 juillet 2000)
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samedi 23 mars 2024

Anne Le Maître : « Le silence conduit au cœur profond » (1)


Gratuit, subversif et fécond, le silence n’a jamais été autant désiré et recherché dans une société bruyante, invasive et consommatrice. Entretien avec Anne Le Maître, autrice d’« Un si grand désir de silence » (Cerf), qui a reçu en 2023 le prix de la liberté intérieure.

Interview Anne-Laure Filhol


Quelle définition donneriez-vous au silence ?

Il n’est pas forcément l’absence de bruit. C’est un état intérieur d’apaisement du tumulte en soi. Le silence permet à la fois d’être davantage dans la justesse vis-à-vis de son être intérieur et beaucoup plus disponible à ce qui arrive. Les deux s’enrichissent simultanément et si l’un va sans l’autre, il y a déséquilibre. Le silence est ainsi ce lieu intérieur dans lequel le dialogue entre ce qu’on est profondément et ce qui advient dans la relation avec les autres peut s’épanouir.

Le silence intérieur est-il l’absence totale de pensées ?

Non, c’est même l’inverse. Le silence intérieur est ce moment – ou ce lieu – où les pensées incessantes, où les mouches que l’on a dans la tête (« Il faut que je sorte la lessive de la machine à laver, que je prenne rendez-vous avec telle personne… ») se calment. Nous avons plusieurs niveaux de conscience de soi. Le silence intérieur est peut-être moins la pensée et davantage ce qu’il se passe à un niveau plus spirituel. Lorsque je fais une retraite ou que je pars marcher, plusieurs jours sont nécessaires pour que je descende dans le lieu du cœur, qui n’est pas un endroit où je ne pense pas, mais où je pense juste. Un lieu où je suis reliée à quelque chose qui est une source profonde, à une énergie vitale. Aussi, comment fait-on pour prendre une décision de vie ? Ne faut-il pas se taire et se rendre compte à un moment que la décision est prise ? Quelque chose s’est joué dans le non verbal.

Le silence conduirait donc au cœur profond…

Sans aucun doute. Et quand on est croyant, on peut y voir la présence de Dieu…

À force de faire le vide en soi, n’y a-t-il pas dissolution de l’être ?

Telle est la question angoissante : qui suis-je quand je ne parle pas ? Pourtant, si je me tais, ce n’est, la plupart du temps, pas le vide que je vais rencontrer, mais du plein. Du plein d’être. Prenons un exemple : vous êtes en forêt avec des amis, il fait beau, les oiseaux chantent. Au bout d’un moment, vous décidez de vous asseoir et de vous taire. Et plus vous allez vous taire, plus vous allez percevoir tout ce qu’il se passe : prendre conscience de la diversité des oiseaux – qui vont peut-être chanter plus fort parce que vous les dérangez moins –, des arbres, des plantes… De faire diminuer quelque chose de sa propre présence envahissante va ainsi faire surabonder le reste. Dans le silence, il y a de la surabondance en soi (de sensations, de réflexions de souvenirs) et à l’extérieur de soi.

Avant d’accéder à cette surabondance dont vous parlez, n’aurait-on pas peur de l’ennui ?

Je crois que l’ennui n’est que le début de l’angoisse du vide. Et en général, on s’arrête à l’ennui et on le comble d’une manière ou d’une autre. Là réside le divertissement pascalien, nous détournant de l’essentiel : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. » Le silence nous renvoie ainsi à notre finitude, à la mort, et nous sommes souvent réfractaires à regarder en face cette idée inconfortable. Le silence requiert un certain travail, certaines conditions…

Quelles sont-elles ?

Dans mon cas, c’est d’abord de considérer la possibilité du silence comme un état de fécondité et non pas de perte. Puis d’identifier ce qui constitue un écosystème favorable pour qu’à certains moments il y ait ces silences dans ma vie. Cet écosystème démarrait dès le matin, quand je ne vivais pas seule : je me levais souvent une heure avant le reste de la maison. Un temps où je passais une heure à boire mon thé et à réfléchir, où surgissait parfois une envie d’écrire ; de prier à d’autres moments. C’était un temps d’ouverture. Ensuite, je m’impose une certaine discipline, en restant vigilante pour discerner les moments où je me laisse trop aller, lorsque par exemple je me connecte quatre fois en quelques heures à un réseau social. Aussi, mon besoin de silence est nécessaire, pour mon équilibre intérieur et l’écriture. Si je suis donc trop longtemps dans le bruit et que je suis mal, je rentre chez moi, renonce à voir telle ou telle personne, je me passe d’écrans. La troisième condition est à mes yeux le travail, au sens de la persévérance dans ce modèle-là.

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vendredi 9 février 2024

Découverte intérieure

 


Certaines personnes passent énormément de temps et d'énergie à explorer le monde.

Mais elles ne passent jamais de temps et d'énergie à explorer leur esprit. Si elles le faisaient, elles réaliseraient que c'est le plus grand voyage qu'elles puissent faire.

~ Chamtrul Rinpoché

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jeudi 11 mai 2023

Ouverture au silence


 «Suivons les voix qui ne réduisent pas la pensée au calcul, la vérité au fait, la beauté à la fonction. Suivons ceux qui se rebellent à l'idée que l'égalité signifie l'élimination des non-égaux ; que la tolérance soit le don gracieux des vainqueurs aux valeurs qu'ils ont abattues ; que la justice habite le camp des vainqueurs. Suivons qui invite à se rebeller — mais pour en revenir à soi-même, pour commencer à comprendre d'ici, depuis ce lieu-non-lieu, notre être au monde. Libres du bavardage universel.» (Massimo Cacciari)

«Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c'est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l'absolu qui nous entoure.» (Christian Bobin) 

«Il n'y a pas à créer le silence, il n'y a pas à l'introduire en nous. Il y est déjà et il s'agit tout simplement de le laisser revenir en surface de lui-même, de sorte qu'il élimine par sa seule présence tous les bruits importuns qui nous ont envahis.» (Un Chartreux)

Photo : à proximité du monastère de la Grande Chartreuse.

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lundi 21 novembre 2022

Itinéraire intérieur

Par Sabine Dewulf

Je dois avouer qu'habituellement, je suis très circonspecte quand j'entends ou lis ce mot si galvaudé : "éveil". Mais ici, il s'agit visiblement de tout autre chose...
Dès les premières pages de ce livre publié par les éditions Jean-Louis Accarias -L'ORIGINEL, je me suis sentie à la fois happée et concernée au plus profond... au point, moi qui n'aime pas beaucoup les vidéos, d'aller chercher un lien pour pouvoir entendre et voir cette auteure québécoise, Christine Morency, qui cherche avec tant de soin à nous faire comprendre, avec des mots et des images qu'elle sait condamnés à l'approximation, ce qu'elle a vécu en deux étapes, en 2010 puis en 2015 ! Et je n'ai pas été déçue...
À cette lecture, on peut se rendre compte à quel point ce terme d' "éveil", de nos jours employé à toutes les sauces, mérite une attention et une précision décuplées. Le résultat en est vertigineux. Je ne dirais pas que cette lecture est facile, ni qu'elle est difficile. C'est seulement qu'elle nous parle depuis un " espace" si différent du nôtre, si indescriptible, qu'à la fois elle accroche et déconcerte, bouleverse tout en nous laissant un goût d'intimité, de déjà-connu-de-l'intérieur comme une évidence jamais manifestée.
Vraiment, ce livre en vaut la peine. Il me paraît honnête d'un bout à l'autre, cherchant à coller à l'expérience vécue dans sa traversée d'une découverte miraculeuse et insondable, celle qui fait se rejoindre dans un même éblouissement la plus haute métaphysique et l'ordinaire quotidien. Passionnant !
"Sous chaque titre apparait un court texte que je développe et qui résume de façon générale l'idée du titre. Ensuite la place est laissée à des textes qui témoignent de mon expérience ainsi qu'à des écrits que j'appelle les révélations spontanées, et ce sans ordre prédéfini. [... ] Peut-être répandront-ils sur vous leur parfum ?"
Sommaire :
Introduction
Qu'est-ce que l'éveil ?
Manifesté -- Non-manifesté
Le corps
Embûches sur le chemin
L'essence

Extrait du livre :


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mardi 12 juillet 2022

dimanche 19 juin 2022

« Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel »


 Voici une vingtaine d’années, je suis tombée en contemplation face à un visage de pierre du temple d’Angkor. Ses deux yeux étaient clos sur une illumination intérieure, et ses lèvres rayonnantes d’un sourire de joie.

Et voilà qu’une pensée a éclos de mes profondeurs, et j’ai entendu résonner en moi : « Tu es une enfant de la connaissance. » J’ai accueilli cette parole (qui semblait être, elle aussi, de connaissance) et je l’ai confiée au silence. Jésus n’a-t-il pas dit : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » ? Si cette parole était de vérité, elle révélerait son sens, un jour, tout simplement.

« L’enfant que j’ai été »


Ce jour est advenu, le mois dernier, dans toute son évidence. J’attendais dans une salle d’attente peinte en bleu, donnant sur un jardin baignant de lumière. Face à moi, pas de visage de pierre, mais une petite chaise en bois pour enfant, avec une assise en paille. J’aime attendre sans plus rien attendre, car ces temps suspendus permettent à nos âmes de s’abandonner librement à leur fantaisie créatrice, et ils portent souvent des fruits étonnants. De fait, cette petite chaise vide s’est emplie d’une grande présence. Je n’étais plus seule dans la pièce… Une enfant était là, assise devant moi : l’enfant que j’ai été.

Je crois beaucoup à la vie cachée. Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel, en tournant nos regards vers ce qui se passe sur le soi-disant devant de la scène. Mais ce qui se joue là, « dans la grande assemblée », contribue moins au salut du monde, que ce qui se vit, à l’abri des projecteurs, dans notre intériorité ou notre intimité.

De simples et petits gestes

Une parole d’amour murmurée à l’oreille d’un amant, une main posée sur la main d’un mourant, un verre d’eau tendu à un enfant pèsent dans la balance. Ce sont ces simples et petits gestes qui ouvrent, dans nos vies cachées, la « porte étroite » du Royaume. Cette chaise en bois me tendant son miroir, j’ai plongé dans son regard, retombant dans la cache de l’enfance.

J’ai vu ma chambre bleue où je dormais seule à l’étage, écoutant les craquements des meubles et les gargouillements des tuyauteries. J’ai vu mon lapin blanc tapant du pied et sautant sur mon lit pour me réclamer des caresses derrière ses oreilles. J’ai vu aussi mes cheveux de Vénus, ces capillaires que ma mère me confiait pour que j’acquière la main verte. Jour après nuit, je suis « née » de cette chambre, de ce lapin, de ces fougères, dont j’ai pris soin et que j’ai « fait naître » dans un amour mutuel.

Vers la joie fertile et créatrice

Et si c’était cela le sens de cette parole de connaissance ? Avoir pour vocation, non seulement de connaître, mais aussi de « co-naître » ? Être une enfant, non de la connaissance, mais de la « co-naissance » ?

À quoi sert, en effet, d’être une somme et des bagages de connaissances, si nos rencontres ne nous permettent pas de nous donner mutuellement la vie ? Ne sommes-nous pas sur terre pour aller à la rencontre des uns des autres, et naître les uns des autres ? La Bonne Nouvelle, n’est-ce pas la joie fertile et créatrice de cette co-naissance, qui nous permet ensemble de « faire toutes choses nouvelles » ?


Naître et renaître ensemble

« Faire toutes choses nouvelles » est bien l’urgence des temps… Notre monde s’effondre comme une tour de Babel lourde de ses connaissances et avide de reconnaissance, ayant oublié que l’essentiel est de naître et de renaître ensemble à l’infini. Vivre entre hommes et femmes, entre générations, entre cultures et traditions, mais aussi entre Terre et Ciel, entre mondes visible et invisible, entre règnes minéral, végétal, animal.

En me rappelant ma chambre bleue, mon lapin blanc et mes cheveux de Vénus, cette chaise en bois me désignait la « porte étroite » vers cette féconde connivence : le talent des enfants de la connaissance de co-naître dans l’amour mutuel !

Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d’écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique (Cerf), Et le miroir brûla (Cerf) et J’ai marché sur l’écume du ciel (Salvator).

-------------- source : La Vie


vendredi 18 mars 2022

Voir l'autre

 «Pourquoi dit-on que ce sont les autres qui ont tort ? Parce qu`on se refuse (deny) soi-même. On refuse de voir sa propre erreur. Plus on accorde une importance excessive à quelque chose d`extérieur, plus est forte la preuve que cette chose est dissimulée à l'intérieur de soi et refusée. (C'est pourquoi elle semble exister à l'extérieur.)

Pourquoi ce refus? Parce que vous établissez des comparaisons... Parce que vous croyez avoir vous-même une énorme capacité à aimer les autres, tandis que l'autre personne n'en a aucune. Si vous étiez véritablement plein d'amour envers les autres, vous auriez pu voir l'autre tel qu'il est réellement... Vous ne l'auriez pas vu alors comme un simple reflet de vous même.

La formule est donc la suivante : quelle que soit la chose extérieure à laquelle vous donnez une importance excessive, cette chose en réalité existe en vous et vous la projetez à l'extérieur. S'il n'y a rien à l'intérieur, il n'y aura rien à l'extérieur... Voilà la vérité... Celui qui affirme que l'autre n'aime pas, n'aime pas même lui-même...» 

(Swami Prajnanpad, «L'expérience de l'unité»)

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jeudi 3 mars 2022

Méprisant et méprisé

 


La guerre est aux portes de l’Europe impliquant un pays majeur.

La guerre est comme un barrage qui lâche. On ne sait pas jusqu’où cela peut aller.

Les chefs d’état occidentaux font ce qu’ils peuvent. Ils essaient d’éviter la confrontation directe avec la Russie. Et nous citoyens, que pouvons-nous faire ? Chacun se débrouille.

Cependant, je sais ce que je peux faire :

Essayer d’arrêter la guerre. Oh, pas celle en Ukraine. Je ne peux rien faire directement.

Arrêter MA guerre. Vilipender Poutine, penser, dire du mal augmente la violence en moi. Tôt ou tard, elle sortira. Elle justifiera des représailles belliqueuses. Et la guerre ne fera que croître.

Ce que je peux faire, quand je pense du mal et pas seulement de Poutine, c’est me tourner vers mes proches, leur dire un compliment, un mot d’amour, faire un petit acte de bienveillance, de paix familiale, de paix de voisinage.

Le but est de substituer à l’état de guerre, la NON-guerre active.

Active car pour qu’elle soit efficace, elle doit être incarnée dans les mots et les actes. Cesser le mépris que j’éprouve pour ce dictateur, qui nous renvoie son mépris pour les occidentaux dans une escalade mortifère.

Christian Rœsch

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samedi 5 février 2022

Sans avis...

 


S'il vous plaît, de me donnez pas votre avis, je ne vous donnerai pas non plus le mien ; cet avis qui se mijote avec des pour avec des contre, avec des plus avec des moins, imprégné de toutes nos frustrations et de nos blessures profondes, mêlées à nos incompréhensions, voire à nos ignorances.

Non, donnez-moi votre ressenti, je vous donnerai le mien ; cette petite voix qui vient du cœur, qui a l’innocence de l’enfance, sans calcul et sans jugement, et qui parle au poète, à l’artiste, au rêveur, à l’amoureux, à l’intuitif, au sage, au prophète ou au fou, à l’intérieur de nous.

Ne laissons pas les pour et les contre nous diviser. Nous avons tant de belles choses à partager...

Elisabeth Kuhn

peinture: Edward Hopper 1882-1967 / Jo Sketching at Good Harbor Beach, 1924


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lundi 25 octobre 2021

La force tranquille du YIN

 Il est évident que l'accueil du moment, la présence et l'intériorité sont essentiels dans notre société actuelle frénétique et sans arrêt happée par les mouvements extérieurs.


L'hexagramme (2), dont le titre original est «La Terre», est l'opposé et le complément du précédent (Le Ciel). Tout comme lui, il est exclusivement formé de traits du même type, mais cette fois il s’agit de traits Yin. Grande réceptivité célèbre les vertus du «féminin-maternel» au sens large : entre autres, l’ouverture, la disponibilité, la discrétion, la stabilité, l’endurance, la souplesse. Cet hexagramme hautement favorable concerne les femmes, mais aussi tous les hommes suffisamment évolués pour comprendre que la souplesse et la douceur sont souvent préférables à la rigidité et à l’agressivité, et que le plus grand pouvoir de ce monde n’est rien si on le confronte aux forces qui régissent l’Univers et notre vie à tous. 

Alors que la rencontre avec le Yin advient naturellement chez la femme, les hommes doivent souvent accomplir un long travail sur eux-mêmes avant de réussir à intégrer et valoriser leur partie féminine. 

Seul le «Chef accompli» évoqué dans le Jugement, qui symbolise la virilité maîtrisée, préfère suivre plutôt que de se mettre systématiquement en avant, et se faire porter par le grand courant de la vie plutôt que de s'exténuer à toujours vouloir intervenir sur le cours des choses.

Source : Prendre les bonnes décisions avec le Yi King par Nathalie Chassériau

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vendredi 1 octobre 2021

Changement intérieur !

 Votre vie a une raison d'être intérieure et une raison d'être extérieure. La raison d'être intérieure est primordiale et concerne l'Être. La raison d'être extérieure est secondaire et concerne le faire.

Notre vraie raison d'être ne concerne pas ce que nous faisons, mais ce que nous sommes. Elle concerne notre état de conscience.

Ce faisant, nous apprenons que l'action, bien que nécessaire, est seulement un facteur secondaire dans la manifestation de notre réalité extérieure. Le facteur premier dans la création est la conscience. Peu importe notre niveau d'activité et la quantité d'efforts que nous fournissons, c'est notre état de conscience qui crée notre monde.

 S'il n'y a aucun changement sur le plan intérieur, même une infinité de gestes ne pourront faire la différence. Nous ne ferions que recréer sempiternellement des versions modifiées du même monde, d'un monde qui est le reflet extérieur de l’ego.

UNITÉ avec toute vie p93

Eckart Tolle


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