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jeudi 24 septembre 2026

Expérience et observation


Quelle expérience voulez-vous vivre — celle de mes enseignements ou votre expérience propre ? J'espère que vous faites bien la différence. Si c'est celle de mon enseignement, vous aboutirez nécessairement à la question : "Et maintenant, que faire ?" parce que vous tentez de parvenir à un résultat que vous croyez être en ma possession. Vous croyez que je possède quelque chose qui vous manque et qu'en faisant l'expérience que je décris, vous allez l'acquérir vous aussi. 

Voilà comment réagissent la plupart des gens : en approchant cela avec une mentalité mercantile — faire ceci pour obtenir cela. "Je vais prier, méditer et me sacrifier pour obtenir quelque chose".

Vous ne pratiquez pas mes enseignements. Sachez que je n'ai rien à vous dire, sinon ceci : observez votre propre esprit, découvrez-en la profondeur. Ce n'est pas mon enseignement qui compte, mais vous-même. Il importe que vous découvriez votre propre façon de penser et ce que celle-ci implique. 

Et si véritablement vous regardez votre propre pensée, si vous l'observez, si vous la ressentez, si vous la découvrez, et si vous lâchez prise en mourant jour après jour à tout ce que vous avez acquis, amassé, vous n'aurez plus jamais à poser la question : "Et maintenant, que faire ?" 

~ Jiddu Krishnamurti

Tel que vous êtes,

Libérer l'esprit de tout conditionnement

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mardi 25 août 2026

Chaos


Comment réagissez-vous quand plus rien ne va dans votre vie ? Quel regard portez-vous sur le chaos ?

J’aime particulièrement ce mot et ce qu’il désigne. J’en ai fait souvent l’expérience, parfois redoutable, souvent bien plus féconde que je n’aurais pu l’imaginer.

Bien que ce mot évoque souvent le désordre et le danger, je le vois plutôt comme une origine nécessaire. Sinon, pourquoi serait-il si présent au début des mythes de la création du monde ? 

Le chaos, nous le portons en nous. Nous y puisons sans le savoir nos plus belles intuitions. Il est indéfinissable, d’où sa puissance et sa beauté. Il est le germe confus de nos gestes créateurs. C’est l’inconnu qui nous met en mouvement, le brouillon qui nous permet d’écrire. Il nous fait naître et mourir plusieurs fois au cours de notre vie. 

Le chaos est aussi hors de nous. Mais notre raison voudrait l’éradiquer au profit d’un monde idéal. 

Cela ne signifie pas qu’il faille le laisser en l’état, que l’on doive s’y résigner. L’accueillir tel qu’il est, d’abord, ne signifie pas le subir, bien au contraire. Tout chaos appelle un cosmos. Mais tout cosmos rappelle un chaos. Et ainsi de suite.

Pour autant, je n’y vois pas d’absurdité. Le paradoxe (ou l’ambivalence) n’est pas absurde : il est le principe même de notre condition. Mais ce que nous ne pouvons pas conceptualiser, nous le rejetons. Au lieu de le vivre, le traverser, et y grandir.

Sabine Dewulf

Illustration : Marie Dewulf pour L'Oracle alphamythique 

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samedi 13 juin 2026

Au cœur du souffle


 Le souffle n'est pas seulement un rythme fondamental du corps ; c'est aussi le processus dans lequel le contrôle et la spontanéité, l'action volontaire et l'action involontaire trouvent leur identité la plus claire. 

Le zen, le yoga indien et le taoïsme chinois pratiquaient la « surveillance de la respiration », dans le but de l'observer, de le libérer et de le laisser devenir lent, profond et silencieux. 

Physiologiquement et psychologiquement il y a une relation entre la respiration et la conscience. Si nous considérons l'être humain comme un processus plutôt qu'une entité, comme un rythme plutôt qu'une structure, la respiration est quelque chose que nous faisons non seulement, mais que nous « sommes ».

L'air, l'énergie et la vie, profiter de l'expérience et laisser aller.

Jack Kornfield, Le Cœur Sage 


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mercredi 10 juin 2026

Pour la personne en chemin tout commence par une expérience !

 

Dans la tradition qu'est le Zen, l'expérience dont il est question est appelée Satori.

La signification du kanji satori est : compréhension.

Il ne s'agit pas d'une compréhension intellectuelle. Il s'agit d'une « compréhension directe » qui ne se fait pas à travers l'entendement, la réflexion intellectuelle.

Selon D.T. Suzuki : « Le satori peut être défini comme une saisie intuitive de la nature des choses par opposition à la compréhension analytique qu'on peut en avoir. Pour compliquer ou simplifier les affaires (c'est selon), le maître zen évoque cette saisie à l'aide d'un autre kanji :  Kenshō !

Kenshō  ...   Satori ?

Lorsqu'il est confronté à ces indications, l'homme occidental fantasme d'autant plus que cette expérience est présentée comme étant ... spirituelle tout en étant une expérience... physique.

Récemment, Joël Paul nous rappelait ce que Sensei Deshimaru reprochait aux français qui se disaient intéressés par le Zen : "C'est d'imaginer que satori est grand comme ... Versailles".  

À Graf Dürckheim  qui avait préfacé son ouvrage « Vrai Zen », maître Deshimaru avait répondu que : Satori est l'état naturel de l'être humain.

Il me semble important de partager la réponse qui m'a été donnée :

Observez un enfant qui, à l'approche de son premier anniversaire, est soudainement animé par une intention intérieure puissante : faire ce que jusque-là il n'a jamais encore fait : marcher. 

Après beaucoup d'efforts, l'enfant se tient debout ... se trouve en équilibre ... fait quelques pas et tombe. Kenshō ! Pourquoi ? Parce que dans ces actions, bien qu'entravées, se manifeste la présence de la nature de Bouddha présente en tout être humain (qu'il soit né en Occident ou en Orient).   

Ensuite, grâce à un effort sans cesse renouvelé, l'enfant se rendra compte qu'il peut marcher tout le temps et dans un parfait équilibre. Satori !  Pourquoi ? Parce que désormais, par sa manière de marcher, l'enfant témoigne qu'il est en contact permanent avec sa vraie nature.

Ce qui ne signifie pas qu'il s'agit d'un acquis définitif. Tout au long de notre existence, chaque pas  est le fruit et le témoignage d'un processus appelé création.  

La marche appelée kin-hin n'est pas une construction, une fabrication ; la lenteur qui favorise la momentanéisation de chaque pas a pour sens de —se défaire— de ce qui entrave ce processus infaisable par le moi capable de faire mille et une choses.

Lorsqu'il vivait au Japon, Graf Dürckheim pratiquait régulièrement l'exercice appelé zazen dans un ZenDo, assis à côté d'un moine qui avait le double de son âge. Et voilà que tout à coup, à la fin de l'exercice, le vieux moine s'écrie : Quel mystère ... quel miracle ... je respire !

C'est peut-être le moment d'entendre que lorsqu'on est en chemin : 

S'émerveiller, c'est ne jamais s'habituer !


Kenshō ? Satori?

C'est aussi l'expérience que : "En ce moment j'inspire, et moi je n'y suis pour rien! " 

Expérience de cette action infaisable — le souffle vital — grâce à laquelle en ce moment huit milliards d'êtres humains sont en train de vivre.  

Quel mystère ... quel miracle ...! 

S'émerveiller, c'est ne jamais s'habituer !

Ce que dit le maître Zen Ryokan n'est pas un souhait. Il adresse à toute personne qui se dit en chemin une injonction.  Il attire notre attention sur un danger : celui de pratiquer par coeur, comme d'habitude.   Il ne s'agit pas de vouloir apprendre à s'émerveiller. Il s'agit d'apprendre que lorsque je marche, par exemple, "ce pas" jamais encore n'a été et plus jamais ne sera ! 

À son retour du Japon en 1947, Graf Dürckheim a perçu la difficulté à laquelle est confronté la personne occidentale qui s'intéresse aux chemins de la sagesse initiés en Extrême-Orient.

Christian Bobin, poète de la sagesse humaine, observe les mêmes malentendus que le vieux sage de la Forêt Noire : « L'Occident exsangue, au bord de se dévorer lui-même, s'en va depuis quelques temps voler aux Orientaux ce qu'il croit être leur SAGESSE. Dans ce pillage il le dénature, le change en cela seulement qu'il COMPREND : des techniques, des recettes, des savoirs. »

En ce moment pour ce moment "je inspire" et moi je n'y suis pour rien !

Il ne s'agit pas d'une théorie. Il s'agit d'une expérience, d'un senti et d'un ressenti. Il s'agit d'une expérience corporelle, physique.   

Pour un homme en chemin tout commence par une expérience.


L'expérience est inobjectivable! 

Notre langage, et d'autant plus lorsqu'il s'appuie sur ce qui est aujourd'hui tendance : l'Intelligence artificielle, est fondé sur l'objectivation. Un coach (encore un mot tendance) formé à la pratique de la méditation en quelques semaines peut vous proposer son savoir et son savoir-faire en vous promettant l'accès à plus de 100 bienfaits!

Hirano Röshi, qui a animé des sesshin au Centre Dürckheim pendant une dizaine d'années écrit que : Pour apprendre l’entraînement et donc l’ascèse qu’est zazen, il faut pratiquer avec un maître authentique. Graf Dürckheim parlant de la relation entre celui qu'on appelle le maître et celui qu'on appelle le disciple me disait : " Le Maitre Zen ne propose ni un savoir ni un savoir-faire. 

Le maître Zen  partage sa connaissance".

Il me semble qu'il en est de même pour le maître qui enseigne le Yoga, le Taïch-Chuan comme aussi pour le maître de musique ou le maître de danse. 

Le maître n’est pas un élément de stabilité. La personne en chemin, si elle aspire à la tranquillité, à la sécurité, à l’harmonie risque d'être déçue parce qu'il arrive que le maître retire le tapis sous les pieds de l’élève, car lorsqu'on se dit en chemin ce qui importe c’est MARCHER et non pas s’installer. 

Profitez de votre premier séjour au Centre Dürckheim, ou de votre centième séjour au Centre Dürckheim pour vous émerveiller ! Il arrive qu'en pratiquant zazen un oiseau chante ... lorsque vous arrivez au Centre de bon matin les roses, les tulipes s'ouvrent ... et le soir elles se referment ... Au loin, un chien aboie ... tout près le ruisseau gargouille ...

 

Jacques Castermane 

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vendredi 14 novembre 2025

Êtres de nature

Et si on considérait les arbres, ou la nature, comme des êtres ? 🌳 Dans son dernier livre sur l’entraide, Pablo Servigne rappelle que nous sommes dotés de grandes capacités sociales. 🫂
Si l’on voyait la nature comme on voit les humains, on ne pourrait plus la massacrer. Il fait appel aux pensées d’Edgar Morin et de Joanna Macy pour expliquer comment l’élargissement de notre empathie nous rendrait plus humains. ☘️🌼

Mathieu Vidard


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Expérience sur les haricots.

Le professeur Stefano Mancuso, de l’université de Florence, a filmé des pousses de haricots qui grandissaient. Ces derniers ont pour particularité de rechercher « instinctivement » les tiges verticales, que ce soient des troncs, des poteaux ou des bâtons, pour s’élever. En observant la vidéo en accéléré, on voit le haricot pousser en spirale jusqu'à ce qu’il trouve un tuteur, s’y accroche et grimpe enfin. Le comportement du haricot change suivant la présence ou l’absence d’un tuteur dans les environs, comme si le haricot sentait sa présence, même à très grande distance. Dans une autre expérience, le professeur Stefano Mancuso a disposé deux plants de haricot à égale distance d’un unique poteau et les a filmés. En passant la vidéo en accéléré, on voit là encore les deux haricots tournoyer pour essayer de rejoindre le poteau. Mais dès que l'un des deux l’a touché, l’autre renonce et cherche dans une autre direction. Cela signifie que le second haricot a non seulement détecté le poteau, mais qu’il a compris qu'il arrivait trop tard et le laisse donc poliment à son concurrent, plus rapide.

Sylvain Wells. Encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu. - Extrait de la Voix de l'arbre de Bernard Werber

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samedi 20 septembre 2025

A l'écoute !

De même pour écouter. Dans une conversation qui ne vous implique pas trop, vous pouvez tenter cet effacement : non pas « j'écoute Simone » – moi je suis là et j'écoute attentivement Simone – mais « Simone est écoutée ». Il y a une écoute, il y a une possibilité de répondre, il y a une mémoire de ce qui aura été dit, mais ahamkar, « ce qui fait le moi », momentanément n'est plus présent. Vous verrez aussi combien c'est inhabituel. Et si vous pouvez vivre cette expérience, ce changement d'attitude intérieure, relativement facile à effectuer ne fût-ce que pendant quelques instants, cela vous en dira déjà plus sur l'effacement de l'ego que bien des paroles de sages.

Arnaud Desjardins - La voie et ses pièges


Ce n'est pas ce que vous écoutez qui vous rend tranquille: c'est d'écouter. La joie c'est d'écouter. 

Ce qu'il y a de plus beau à écouter, c'est vous, votre peur, votre avidité, votre tristesse. Là se trouve la beauté. C'est mille fois plus profond que d'écouter quiconque.

Eric Baret

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jeudi 21 août 2025

Demande intérieure


"Toute demande intérieure provient d’une dualité : « Je suis malheureux, je voudrais être heureux.» En cette aspiration : « Je veux être heureux » est un état malheureux, de même que lorsqu’on fait un effort vers le bien, en cette vertu est le mal. Toute affirmation contient son opposé, et tout effort renforce ce que l’on veut surmonter. Lorsque vous désirez l’expérience du vrai ou du réel, cette demande émane de votre manque de satisfaction au sujet de ce qui « est », et crée, par conséquent, son contraire. Et dans ce contraire se trouve ce qui a été. Nous devons nous libérer de ces incessantes demandes, autrement il n’y aurait pas de fin au couloir de la dualité. Cela veut dire se connaître soi-même si complètement que l’on ne cherche plus.

On a, en cet état, un esprit qui n’appelle pas l’expérience ; qui ne veut pas être provoqué ; qui ne connaît pas la provocation ; qui ne dit ni « je dois », ni « je suis éveillé » ; qui est complètement ce qu’il « est »."

« Se libérer du connu » - J. Krishnamurti

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lundi 10 février 2025

"S'éveiller à la réalité est la porte de la vie"

 


C’est l’histoire d’un brave homme qui se met en marche pour demander une parole de sagesse à maître Ikkyû. Pour toute réponse, le moine zen, calligraphe réputé, trace avec son pinceau un idéogramme signifiant « attention ». Le paysan venu de loin ne s’en satisfait pas et il revient peu après auprès du maître zen pour lui demander une autre parole de sagesse. Celui-ci reste un long moment en silence avant d’écrire de nouveau « attention ». La même scène se reproduit une troisième fois et le paysan reçoit de nouveau le même idéogramme.

L’attention est le mot-clé du bouddhisme zen, ce petit conte que j’aime beaucoup l’illustre bien. Mais toutes les voies spirituelles font retentir cet appel à l’attention. La philosophe Simone Weil écrivait par exemple : « Le péché, c’est l’inattention. » Je crois que cette phrase résume tout l’Évangile. Pour vivre l’expérience spirituelle, il est essentiel d’habiter la Présence. S’ouvrir et s’éveiller à la réalité est la porte de la vie. Il s’agit d’être totalement réceptif au réel, de l’accueillir tel qu’il est ; le réel empirique (les choses autour de moi que je vois, que j’entends, que je touche…) et le réel intérieur (ce qui grouille en moi, mes blessures, mes zones d’ombre, mes hostilités…).

Cette présence au réel n’a rien d’évident, surtout dans nos sociétés de l’accélération, de la culture du clip et du zapping. L’essor du « capitalisme attentionnel », ou capitalisme de la captation de l’attention, est en cela un drame qui produit des fruits de mort. Toutefois, j’ai l’espérance que de plus en plus de personnes vont se réveiller et refuser ce conditionnement insidieux des esprits via le tout numérique. Je pense en particulier, en disant cela, aux gens qui me remercient pour le bien que cela leur fait d’être soustraits aux distractions en tout genre pendant mes sessions de méditation dans l’esprit du zen que je n’ai jamais cessé d’animer.

Bernard Durel

source : magazine La Vie

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samedi 29 juin 2024

Revenir sans cesse


Avec le temps, l'expérience qui consiste à étiqueter ses pensées « penser » devient aussi beaucoup plus claire. On peut être complètement plongé dans une rêverie, dans une remémoration du passé ou faire des projets d'avenir, totalement absorbé, comme si on avait pris place dans un avion qui s'est envolé. On est ailleurs, on est avec d'autres personnes, on a redécoré une pièce ou bien on a revécu des événements, agréables ou non, ou bien on s'inquiète énormément de quelque chose qui pourrait arriver, ou encore on retire une grande jouissance en pensant à quelque chose qui pourrait se produire, mais on y est immergé tout entier, comme si on était dans un rêve. Puis, soudain, on s'en rend compte et on revient, un point c'est tout.

C'est automatique. On se dit « penser » et, en le disant, fondamentalement, on choisit de laisser tomber ces pensées : on ne les refoule pas, mais on les reconnaît avec beaucoup de clarté et de douceur comme du « penser », pour ensuite les abandonner.

Quand on commence à se familiariser avec ce processus, on acquiert une puissance incroyable : voir que l'on peut être complètement obsédé par l'espoir, la peur et toutes sortes d'autres pensées, se rendre compte de ce que l'on fait — sans le critiquer —, et que l'on peut abandonner ces pensées.

C'est probablement l'un des outils les plus stupéfiants qu'on puisse recevoir, cette capacité de simplement renoncer aux choses, sans être pris dans l'étreinte de ses propres pensées de colère, de passion, d'inquiétude ou de dépression.

Pema Chödrön – Entrer en amitié avec soi-même

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dimanche 28 avril 2024

Routes spirituelles

En chemin vers la détente avec Jacques Castermane...


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jeudi 15 février 2024

Shiatsu en Ehpad


Une personne travaillant en ehpad s'est dit que si le shiatsu lui faisait du bien, elle pouvait le proposer aux résidents.

Ainsi, j'ai récemment pu sentir la détente se propager dans des corps en fin de vie et chez des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer.

Certaines ronronnaient pendant la séance puis avaient ensuite oublié mais j'ai ressenti que le corps n'oublie pas qu'il a reçu de la détente... au moins pendant un moment.

Une fois, une de ces personnes m'a demandé d'arrêter le contact et s'est tourné vers moi en disant : "Regarde !" et en montrant une cour déserte.

Dans un état de présence profonde, nous avons regardé ensemble la cour immobile.

Elle s'est de nouveau tournée vers moi en levant le doigt et a dit : "Ecoute !" et nous avons prêté l'oreille au silence...

Après un moment magique de contemplation commune, elle s'est retournée vers moi en disant avec sa voix fluette : "Merci !!!".

Elle avait, pour moi, résumé en 3 mots notre présence sur terre.

Gratitude !

Eric Dewulf

azur-shiatsu.com

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dimanche 7 janvier 2024

Expérience duelle


Si vous avez fréquenté un minimum les cercles spirituels contemporains, vous savez qu’il existe un engouement pour « la non dualité ». Le concept et le rythme des mots autour de ce thème spirituel provoque quelque chose en soi, éveille une forme de distance froide, une posture surplombante qui fait planer l’esprit au-delà du monde et des contraintes de l'Incarnation. Le vague adoucissement émotionnel que l'on ressent parfois à l’écoute de cette perspective est réel mais n'est pas une confirmation que nous approchons de la vérité. 

Nous vivons une expérience de dualité. C’est tout simplement indéniable. Notre monde est animé par la relation (où il faut être au moins deux). Tout se joue dans la tentative laborieuse d’incarnation de l'amour entre deux ou plusieurs êtres. Même la relation au divin doit être personnelle aussi longtemps que nous sommes incarnés. On ne peut se dissocier de cette réalité du deux, de l'autre, humain et divin. Nous aimerions ne pas être pétris par le monde, par ses affaires, par les affres des relations mais la résolution n'est pas dans la dissolution de la dualité, dans le refus des contraintes de l'incarnation, dans le rejet de l'altérité, dans la perspective de se dissoudre dans une « unité » sans substance. 

La beauté de la relation à l’autre ne surgit qu'après un chemin de va-et-vient ou l’on réalise qu’incarner l'amour ce n'est pas le demander à tout prix, ni même l’éviter, c'est dépasser la demande d'amour infantile afin de pouvoir servir le projet d'amour divin, tissé de don de soi et de service.

Je sais qu’on peut, de façon savante, élaborer n'importe quelle vérité parallèle, comme un ange déchu qui souhaiterait entrer en compétition avec son créateur, démiurge avec des apparences de sauveur. Notre époque aime inventer des voies téméraires, des solutions d’apprenti-sorcier, en défiant les lois naturelles de ce monde. Et la spiritualité contemporaine n’est pas en reste dans cette attitude. Si bien qu'il y a quelque chose de nocif dans la posture non duelle occidentale.

Il est urgent de revenir à la simplicité, à la flagrante réalité de nos chemins de vie. Nous n’avons pas de temps à perdre. Mais surtout, au-delà de déconstruire le mythe non duel, nous pouvons restaurer le sens de la relation. Les abstractions désincarnées, sans compassion chaleureuse pour nos existences pétries à la fois par nos failles et nos fulgurances spirituelles, nous éloignent de ce qui se trame vraiment. 

Nous voulons aimer, ressentir le flux vivant de l’amour. Et même lorsqu’il s’agit de Dieu, nous ne rencontrons la reconnaissance de son amour infini que dans le lien personnel, parce que nous sommes constitués ainsi. Impossible de snober notre humanité. Le dépassement nécessaire de la demande infantile ne met pourtant pas à la poubelle la réalité du prodigieux lien interpersonnel littéralement attaché au processus de l’incarnation. Il n’y a pas de honte, ni rien de puéril, à vouloir vivre un « cœur à cœur » avec l’être aimé, fût-il divin.

L’expérience non duelle appartient à Dieu. Tout est en Lui mais, dans le mystère Créateur, nous ne sommes jamais Lui. Pour nous, il n’est question que de « communion ». La prétention à dissoudre le moi dans un « grand tout » est attrayante (plus ou moins) mais joue sur le douloureux déni du réel. Le problème de la faille humaine, c’est qu’elle produit des postures que l’on prend pour des réalités vivantes. Un peu comme quelqu’un qui dit « moi, je n’ai pas peur de la mort » (il faut vraiment toucher la perspective de la mort pour savoir ce que l’on ressent à ce sujet, quelle que soit la réalité du phénomène et de nos interprétations). 

Ne nous faisons pas de mal avec des postures déshumanisées, aussi attractives soient-elles (après tout, on sait qu’une drogue peut nous faire planer, ce qui est plaisant mais « plus dure sera la chute » !). Retrouvons, sans complexe, un chemin de vie porté par le désir de donner le meilleur de soi-même dans la relation, de respecter la création, la divine dualité, et de jouir des grâces avec gratitude. 

Thierry Vissac

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lundi 11 décembre 2023

De maître à pensées...

 


Nous devons cheminer entre deux risques : si nous ne suivons pas une voie traditionnelle comportant la transmission d’un maître ayant lui-même reçu cette transmission d’un autre maître, nous risquons tout simplement de ne suivre que nous-mêmes et de nous bercer de nouvelles illusions. L’autre danger consiste à suivre une tradition en se figeant dans des formes, ou dans une pratique, qui devienne l’imitation d’un idéal créant en nous une personnalité artificielle. Il est essentiel de ne jamais perdre le contact avec le sens de l’expérience en suivant aveuglément les cultes ou les croyances.

Roland Rech - Moine zen en Occident

(...) Si, en étant bien concentré sur la posture du corps et la respiration, on se met à observer l'esprit, alors on réalise que l'esprit est insaisissable car c'est l'esprit lui-même qui observe, c'est l'esprit qui pense . Si on s'avise de vouloir saisir l'esprit, cela ne peut pas être l'esprit mais une idée au sujet de l'esprit et à ce moment-là, l'esprit , au lieu d'être ce qu'il est, illimité comme le vaste ciel contenant tout, devient à son tour une pensée, une fabrication mentale, quelque chose de séparé et de limité. Alors, l'esprit perd le pouvoir de nous libérer et devient un objet d'attachement parmi d'autres. Si l'on essaye d'observer l'esprit, ce que l'on peut juste faire, c'est d'observer ce qui apparaît et disparaît d'instant en instant dans cet esprit . En étant attentif au moment de l'apparition d'un phénomène, si on observe comment surgissent la pensée, la sensation, la perception, alors très vite l'agitation mentale se calme. Très vite un espace vide apparaît entre les pensées, les sensations et les perceptions. C'est le point où observation et concentration se rejoignent. Cela permet à l'esprit de fonctionner suivant sa véritable nature, c'est à dire de ne pas s'aliéner aux choses, aux pensées en s'identifiant à elles. Et, cela ne peut se réaliser qu'instantanément."(...)

Roland Rech - la voie de l'oiseau

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dimanche 27 août 2023

Accueil du miroir

 

Lors de la méditation... j'ai repris la comparaison classique de notre esprit et du miroir. Nous ne pouvons jamais voir la surface d'un miroir. La surface d'un miroir est toujours recouverte d'un reflet.

Le reflet n'est pas la surface du miroir. La surface du miroir est par elle-même, par essence, vide et ne contient aucune image, aucune forme, aucune couleur. La nature du miroir est de refléter.

De par le fait que la surface du miroir n'a aucune caractéristiques, aucune formes et aucune couleurs, elle est capable de refléter toutes les formes et les couleurs qui se présentent à elle. A chaque instant la surface du miroir reflète quelque chose de différent, l'analyse fine nous montre que ce n'est identique à aucun moment.

Le miroir ne choisit à aucun moment ce qu'il reflète, il accueille tout avec la même équanimité. Bien qu'il soit capable de tout refléter, le miroir ne garde aucune trace de ce qu'il a reflété.

L'image qui est reflétée dans le miroir est vide de toute existence en elle-même, c'est la raison pour laquelle elle ne peut laisser aucune trace. Notre esprit a des caractéristiques très semblable au miroir, sans être un miroir, car notre esprit n'est pas une chose.


Nous ne pouvons pas voir notre esprit directement, mais seulement au travers de tout ce dont il est conscient. Ce dont l'esprit est conscient, toutes les perceptions (les cinq sens et les perceptions mentales), ne sont pas l'esprit, l'esprit est ce qui perçoit les perceptions. L'esprit est par essence vide de tout et ne contient rien. Et perce qu'il ne contient rien, il peut tout accueillir.

La nature de l'esprit est d'être animé et connaissant. Au sein de l'esprit apparaissent toutes les perceptions, ce surgissement est l'aspect animé de l'esprit. Le fait d'en prendre connaissance est l'aspect connaissant et auto connaissant de l'esprit.

Tout ce qui apparaît dans l'esprit à chaque instant est nouveau et n'a jamais eu lieu à un autre moment que maintenant. Notre esprit ne choisit pas ses perceptions, elles surviennent, elles émergent, elles surgissent sans aucun chois de notre part. Notre esprit est par nature totalement équanime. 

La conscience ne garde aucune trace de ce qui a surgi dans l'instant précédent, si ce n'est une nouvelle pensée qui surgit et fait suite à la précédente. Mais c'est une nouvelle pensée, ce n'est pas une trace. Chaque pensée est vide d'existence autonome et ne peut être saisie, elle n'est qu'un flux, un mouvement de l'esprit. Sachons laisser le flux de la vie nous traverser sans chercher à le saisir. Sachons être rempli de gratitude que tout cela puisse survenir afin que nous puissions réaliser notre véritable nature.

Philippe Fabri

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mercredi 19 juillet 2023

Quand le masque est taquiné... (extrait du carnet)


When you first meet someone

they seem so sincere

when you scratch the surface

get a little too near ... (Lee Lozowick) 

C’est quand même saisissant de constater à quel point , quand quelque chose de la stratégie de survie (le masque) est effleuré, la manière dont nous débattons obéit à des figures obligées. C’est comme une chorégraphie dont il est possible de prévoir à l’avance chacun des mouvements. 

Cela alors même que la personne en cause s’éprouve plus que jamais singulière, s’arc-boute sur sa « liberté »… 

Ce serait comique si ce n’était pas déchirant. Cela débute presque toujours par un détail,  « un petit rien, une bêtise ».

Plusieurs cas de figure. 

Souvent, la personne prend la parole pour évoquer en général autre chose, un arbre qui cache la forêt. Parfois elle cherche l’air de rien à prendre en défaut l’enseignant, pointant une « contradiction », une « erreur »,  tout en faisant mine de ne pas y attacher d’importance … Ou alors elle entreprend de s’expliquer sur un propos précédent qui aurait été « mal compris » ; ou elle tient un discours visant à démontrer la profondeur et la justesse de sa pratique. 

En tout cas, le démarrage se fait la plupart du temps sur un point « de détail » sous la surface duquel grouillent des nuées de monstres, ceux là même qui tirent depuis si longtemps les ficelles de la marionnette à laquelle la personne s’identifie.  

A ce moment là, soit l’enseignant, vieux singe à qui on n’apprend pas à faire la grimace, relève et cherche à en tirer un profit, si il ou elle le sent possible. 

Auquel cas il ou elle prend un petit risque, se lance les yeux ouverts dans un échange dont il est à peu près sûr qu’il ne sera pas de tout repos et lui demandera un surcroit d’attention et d’énergie, dans le moment et par la suite . Car il s’agira d’assurer le service après vente, et c’est bien pourquoi ce type d’intervention ne peut se faire sauf exception que dans le cadre d’un lien à durée indéterminée, d’un véritable accompagnement qui ne s’arrête pas à la fin du « stage » ou « séminaire » . 

Soit, estimant que rien n’est possible présentement, l’enseignant(e) botte en touche. Quoi qu’il en soit, si l’enseignant (e) « relève le défi », les choses périlleuses commencent. 

La personne se sentait déjà confusément en « déséquilibre », son intervention ayant visé à ce qu’elle se rééquilibre en surface. Et voilà qu’elle se sent de suite commencer à perdre pied. 

C’est alors qu’arrivent les « protestations ». Non non, ce n’est pas ce qu’elle voulait dire, on l’a manifestement mal comprise, elle s’est certainement mal exprimée, qu’à cela ne tienne elle va clarifier son propos. 

L’enseignant (e) signifie alors qu’il ou elle a très bien compris, et que le vrai sujet se situe ailleurs, pas tout à fait là où on le croit …  aïe aïe aïe … 

A ce stade, soit la personne qui se retrouve bien malgré elle et tout en l’ayant cherché à l’insu de son plein gré sur la sellette capitule, pour son plus grand honneur et sa profonde paix, mais c’est rare. Elle « capitule » parce qu’elle voit et dans ce cas là cette capitulation est une splendide victoire sans vaincu , un moment de gloire…

Soit, et c’est ce qui se passe dans l’immense majorité des cas, la personne - ou plutôt la marionnette à laquelle la personne s’identifie- redouble de protestations, d’explications, d’argumentations… 

C’est le moment où l’on voit des gens intelligents et sensibles devenir momentanément idiots, tenir des propos absurdes, incohérents, dénués de bon sens. 

C’est le moment où tout le groupe présent (en tout cas la majorité) est consterné et gêné, chacun percevant bien ce qui se joue, tant il est vrai que notre stratégie de survie est transparente aux yeux des autres, même si ils demeurent aveugles à la leur propre (la fameuse « poutre » qui ne nous empêche pas de voir la paille dans l’œil de nos semblables) . 

C’est le moment où, contrairement à ce qui se passe si souvent en thérapie de groupe, parfois avec profit mais souvent au prix de gros dégâts, il importe surtout que le groupe se taise, soit là, vraiment là, mais en soutien silencieux. Surtout pas de « retours »… 

C’est un passage, un passage délicat que l’enseignant (e) doit gérer avec la maîtrise d’un commandant de bord en pleine tempête quand le pilote automatique fait défaut. 

Comment faire en sorte que le travail se fasse sans que ce soit une boucherie, que  la personne se voit démasquée sans se sentir durablement malmenée (je dis durablement parce que tout effleurement du masque sera sur le moment vécu comme une atteinte), voire humiliée…  

Comment permettre à l’élève de ne pas se sentir durablement défait alors même que la stratégie est déjouée, exposée, mise en déroute ? Comment œuvrer avec délicatesse tout en traitant le mal près de la racine ? 

C’est le moment où l’enseignant se fait chirurgien - dentiste à l’œuvre tout près du nerf  mais sans anesthésie… Pas étonnant que plus grand monde ne veuille faire ce job, pas étonnant que le dit travail ne soit même plus envisagé et conçu la plupart du temps, laissant la place aux berceuses de la « non dualité » pseudo radicale  ou du "développement personnel »… 

C’est le moment où la personne, se débattant de plus belle, s’enlise, coule, bat des pattes, s’accroche à n’importe quelle branche pourrie, cherche des alliances , écarquille les yeux, parfois pleure des larmes de crocodile, s’agite en tous sens… 

C’est un spectacle totalement prévisible, une chorégraphie encore une fois, une danse qui fait mal, celle de la souffrance agrippée à elle même, résolue à ne pas céder un pouce de son empire… 

Et c’est le moment où il faut , du côté de l’enseignant, savoir arrêter honorablement le combat avant qu’il ne vire à l’affrontement frontal, négocier un armistice décent qui ne laisse pas l’autre écrasé, tendre une main généreuse sans pour autant laisser le presque noyé oublier qu’il ou elle a voulu faire le malin et présumé de ses capacités à nager par gros temps …

C’est le moment où il s’agit de passer à tout autre chose, de ne plus en reparler jusqu’au moment propice, de faire preuve de légèreté. C’est le moment de plaisanter gentiment, de danser, de trinquer, de respirer. 

Et, d’un bout à l’autre, c’est le moment de la compassion, de la compassion non dite mais dominante hors laquelle tout ce processus n’est plus que mascarade sadique, pseudo folle sagesse , bidouillages d’apprenti sorciers et autres caricatures , Gurdjieff au petit pied …

S’ensuit souvent pour la personne un moment de fermeture, plus ou moins assumée, plus ou moins vue et déjouée par l’élève en la personne, un moment  d’apitoiement sur soi même où la créature recroquevillée se fait la liste des torts odieux qui lui ont été infligés par le ou les enseignants. 

C’est un passage périlleux, celui où l’on pourrait si on n’y prend garde, prendre ses cliques et ses claques, partir en un geste pathétique et grandiose, s’offrir un pied de nez amer, une pirouette désespérée. Certains le font et n’en reviennent pas. 

Dans ces cas là, il appartient à l enseignant de procéder à son examen de conscience et de se demander si il ou elle n’a pas mal évalué les forces en présence, présumé de l’aptitude de l’élève… 

Etant entendu que l’enseignant aussi a droit à l’erreur, pourvu que la compassion ait été là, et même si il importe qu’il ou elle ne cesse de gagner en expérience, afin que sa main se fasse de plus en plus sûre, son geste de plus en plus adéquat et précis, bref et décisif. 

Si la personne, par on ne sait quelle grâce, consent à faire passer la vérité avant le faux semblan , à privilégier l’émergence de son visage originel par dessus le masque, alors c’est si beau,  si nourrissant … 

Alors le vrai éclate de sa splendeur rare.

Gilles Farcet

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dimanche 25 juin 2023

lundi 21 novembre 2022

Itinéraire intérieur

Par Sabine Dewulf

Je dois avouer qu'habituellement, je suis très circonspecte quand j'entends ou lis ce mot si galvaudé : "éveil". Mais ici, il s'agit visiblement de tout autre chose...
Dès les premières pages de ce livre publié par les éditions Jean-Louis Accarias -L'ORIGINEL, je me suis sentie à la fois happée et concernée au plus profond... au point, moi qui n'aime pas beaucoup les vidéos, d'aller chercher un lien pour pouvoir entendre et voir cette auteure québécoise, Christine Morency, qui cherche avec tant de soin à nous faire comprendre, avec des mots et des images qu'elle sait condamnés à l'approximation, ce qu'elle a vécu en deux étapes, en 2010 puis en 2015 ! Et je n'ai pas été déçue...
À cette lecture, on peut se rendre compte à quel point ce terme d' "éveil", de nos jours employé à toutes les sauces, mérite une attention et une précision décuplées. Le résultat en est vertigineux. Je ne dirais pas que cette lecture est facile, ni qu'elle est difficile. C'est seulement qu'elle nous parle depuis un " espace" si différent du nôtre, si indescriptible, qu'à la fois elle accroche et déconcerte, bouleverse tout en nous laissant un goût d'intimité, de déjà-connu-de-l'intérieur comme une évidence jamais manifestée.
Vraiment, ce livre en vaut la peine. Il me paraît honnête d'un bout à l'autre, cherchant à coller à l'expérience vécue dans sa traversée d'une découverte miraculeuse et insondable, celle qui fait se rejoindre dans un même éblouissement la plus haute métaphysique et l'ordinaire quotidien. Passionnant !
"Sous chaque titre apparait un court texte que je développe et qui résume de façon générale l'idée du titre. Ensuite la place est laissée à des textes qui témoignent de mon expérience ainsi qu'à des écrits que j'appelle les révélations spontanées, et ce sans ordre prédéfini. [... ] Peut-être répandront-ils sur vous leur parfum ?"
Sommaire :
Introduction
Qu'est-ce que l'éveil ?
Manifesté -- Non-manifesté
Le corps
Embûches sur le chemin
L'essence

Extrait du livre :


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samedi 15 octobre 2022

La Vie

 


Etre entièrement vivant, entièrement humain et complétement  éveillé, c'est être continuellement jeté hors du nid. Vivre complétement c'est être sans cesse dans le no man's land, c'est faire l'expérience de chaque instant complétement neuf et frais. 

Vivre, c'est être disposé à mourir encore et toujours. Du point de vue éveillé, c'est ça la vie. 

Pema Chödrön

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mardi 4 octobre 2022

Maurice Nicoll, (2)

 (suite et fin du passage traduit - volume 2, "Self Observation")

Je m'autorise une remarque en introduction : les Psychological Commentaries font six volumes ; et l'assimilation d'un seul passage, comme celui là, transforme la relation à soi même. L'important n'étant pas d'avoir accès à un buffet abondant mais de digérer, de "faire soi" - " digest, assimilate , make it your own"- Swami Prajnanpad- ne serait ce qu'un seul aliment de grande qualité. 


Photo : Mr Gurdjieff observant les "mouvements". A droite, Maurice Nicoll. Au piano, Alexandre de Salzmann

"Comment puis-je vous prouver que commencer à ressentir les nombreuses influences du Travail est différent que d'être complètement identifié à l'existence ? 

Bien entendu je ne peux pas le faire, en tout cas à travers une argumentation. Je ne peux pas davantage vous prouver que ce Travail dit vrai. 

Si vous êtes complètement identifié à l'existence, mieux vaut ne pas tenter ce Travail. En fait, le Travail ne cherchera pas à vous atteindre. À ce moment-là vous êtes juste plongé dans l'existence et sa perspective. Si cela vous satisfait, alors pourquoi chercher une nouvelle compréhension, un nouveau sens à notre existence sur cette planète imparfaite et violente ? 

Ce Travail et pour ceux qui éprouvent avec une certaine conviction que l'existence ne peut pas être comprise pour ainsi dire par elle-même. Si toutes les expériences que vous vivez vous satisfont, si vous sentez que cette existence est tout ce dont vous avez besoin, si vous êtes parfaitement satisfait de vous-même, si vous êtes content de tout ce que vous avez expérimenté jusqu'à présent, alors, je le répète, pourquoi aller à la rencontre de ce Travail ? Par contre, si ce n'est pas le cas, il vous faut être assez intelligent pour faire le lien entre votre insatisfaction et ce Travail. Il vous faut commencer à réaliser que vos nombreuses insatisfactions ne sont pas exceptionnelles et entrevoir ce que le Travail a à vous dire au sujet de l'existence : comment tout arrive, comment votre être attire ce qui vous advient, etc. Sinon comment le Travail peut-il vous aider ?

Je voudrais que vous réfléchissiez à cela. C'est une idée très profonde. C'est tellement facile de devenir négatif, d’ imputer la faute aux autres et aux circonstances.… C'est la comédie habituelle de l'existence. Mais le centre magnétique amène une personne à sentir qu'il doit y avoir autre chose, qu’il existe une autre histoire , pas uniquement constituée d’émotions et de tragédies. Le problème est un problème intérieur. Sa solution commence avec l'observation de soi pratiquée selon des instructions précises.

 Aussi, à moins que vous puissiez vous observer vous-même, le Travail reste lettre morte. Afin de vous observer vous-même, il est nécessaire de réaliser que vous n'êtes pas un mais plusieurs.  Tant que vous ne pouvez pas voir les différents « je » en vous, vous ne pouvez pas sélectionner ou rejeter. Et sans le travail et la compréhension de l' objet du dit Travail, vous ne serez pas capable de faire le tri de manière juste. Par contre si vous le faites, de nouvelles influences commencent à pénétrer votre vie intérieure. Vous commencez à ressentir le début d'une nouvelle vie , une  vie nouvelle  et pleine de grâce. Si vous y prêtez l’oreille,  quelque chose commence à croître en vous. Si,  quand vous perdez contact avec cela, vous le savez,  en ressentez le manque et cherchez à le retrouver, alors cela va revenir. Pendant longtemps, et c'est inévitable, on va faire des aller retours entre l'ancien et le nouveau. C'est une question d'appréciation intérieure , en rapport avec cette chose étrange que l'on appelle la volonté.  La volonté, c'est comme c'est se tourner,  sans violence, dans une certaine direction , malgré les empêchements, comme une aiguille magnétique. Mais tout cela, tout le commencement de cette octave dont nous avons parlé qui crée de nouvelles énergies, tout cela demeure quasi impossible si vous dites « je », si vous vous identifiez à tout ce qui se présente en vous. Dans ce cas là vous êtes plongé dans les ténèbres,  celles dont parlent les versets qui ouvrent la Genèse. La lumière n'y est pas encore extraite des ténèbres.

Maintenant je voudrais que certains d'entre vous remarquent particulièrement les « je « qui dévorent leur énergie. Récemment, j'en ai été infesté et pendant un moment je ne les ai pas remarqués J'ai considéré que ces pensées, ces mots et ces émotions étaient « moi » autrement dit, je dormais. Chacun d'entre vous  est cerné à l'intérieur de lui-même par des « je » négatifs, faibles, soupçonneux, étroits, stupides, médiocres, chicaniers. Certains d'entre eux sont devenus très forts suite à votre longue habitude de leur céder. Vous voyez qu'une personne perd soudain son énergie, devient faible , négative perdue, etc. Que s'est-il passé ?  Un certain « je » est en train de dévorer cette personne. Notre vie intérieure est bien plus dangereuse que notre vie extérieure avec tous ses périls. 

Bien sûr, il vous faut tous comprendre que cette doctrine des différents « je » ne vous enlève pas toute votre responsabilité. Seul un imbécile imaginerait cela. Faire le tri entre les différents « je », en prendre certains et en laisser certains et quelque chose de très réel. Il faut que vous souffriez de votre identification à certains « je » néfastes. Que cela vous cause une vraie douleur, une vraie souffrance. C'est une souffrance utile. Il vous faut apprendre à haïr certains « je » en vous-même faute de quoi, vous considérerez le travail de manière désinvolte, comme une excuse pour faire tout ce que vous voulez. Il y a des périodes où le travail vous met une grosse pression. Puis ça passe, pour un moment. Mais si le travail ne vous met jamais la pression, vous pouvez être sûr qu'il ne s’est pas encore décidé à véritablement vous atteindre.

Par Gilles Farcet

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jeudi 15 septembre 2022

Zazen ou mindfulness ?


À chacun de choisir et de décider ! Mais, si possible, en connaissance de cause parce que l'amalgame qui est fait actuellement entre ces deux propositions est inconvenant.

Pourquoi ? Parce que :

Le Zen est un chemin d'expérience et d'exercice !

La Mindfulness est un chemin d'exercice et d'expérience !

« Pour l'homme en chemin, tout commence par une expérience! » écrit K.G. Dürckheim à son retour du Japon où, pendant une dizaine d'années, il s'est immergé dans le monde du Zen. L'expérience dont il est ici question n'a rien d'oriental, rien de japonais, rien de bouddhiste, rien de chrétien, rien de laïque. Elle est universellement humaine. Il est dans la nature de tout être humain d'être happé ou touché, par une expérience, un vécu intérieur, qui transforme en un clin d'œil la personne qui l'éprouve, qui l'accueille, sans détour par la réflexion mentale.

En témoigne et lui donne caution le récit d'un auteur hors bouddhisme, hors christianisme, hors hindouisme, hors scientisme. Il s'agit de Marcel Proust (1) :


« Et bientôt, machinalement, accablé par la morne journée et la perspective d'un triste lendemain je portai à mes lèvres une cuillerée de thé où j'avais laissé s'amollir un morceau de madeleine. Mais à l'instant même où la gorgée mêlée de miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d'extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m'avait envahi, isolé, sans notion de sa cause. Il m'avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu'opère l'amour, en me remplissant d'une essence précieuse : ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi. J’avais cessé de me sentir médiocre, contingent, mortel. D'où avait pu me venir cette puissante joie ? Je sentais qu'elle était liée au goût du thé et du gâteau, mais qu'elle le dépassait infiniment, ne devait pas être de même nature. D'où venait-elle ? Que signifiait-elle? Où l'appréhender? (...) Il est clair que la vérité que je cherche n'est pas dans le breuvage, mais en moi. Le breuvage a éveillé la vérité mais il ne la connaît pas. »

Dans la mémoire de chacun il y a une petite madeleine. Souvenez-vous ! Il y a dix ans, en écoutant Gymnopédie d'Eric Satie ... lors des dernières vacances au bord de l'Atlantique, ce coucher de soleil qui m'a bouleversé ... en courant le marathon de Paris, tout à coup je ne courrais plus, cela courrait ... j'avais quatre ans et j'étais sur la balançoire ... la semaine dernière, en arrêt devant une peinture de Monet ...!

Ce moment inattendu au cours duquel on ne se pose plus la question du sens de la vie parce que ce qu'on vit, ce qu'on sent et ressent, donne sens. Expérience à l'origine d'une force vitale stimulante, d'un calme intérieur apaisant, d'une profonde joie intérieure.


La question est alors : comment devenir celui, celle, qui s'est dévoilé à l'occasion de telle ou telle 
circonstance existentielle? La réponse au -comment- lorsqu'elle est posée à un maître Zen est immédiate : « En pratiquant zazen » (ou un exercice pratiqué dans l'esprit du zen : Kyudo, Kendo, Chado (2).

On ne pratique pas zazen dans le but de construire un avenir. On pratique zazen afin de libérer notre nature profonde enfermée dans le moi mondain, l'ego. C'est pourquoi on désigne zazen comme étant une pratique sans but. Parce que le but n'est autre que ce qui est dès l'origine de mon existence : ma vraie nature, ma nature essentielle. Zazen n'a donc rien à voir avec les méthodes proposées dans le cadre du développement personnel ni avec les pratiques méditatives qui s'appuient sur l'usage du mental (mind). Ces différentes méthodes proposent un "chemin d'exercice et d'expérience". Le Zen propose un chemin d'expérience et d'exercice.

La liste des cent (100) bienfaits promis à celles et ceux qui vont pratiquer la méditation de pleine conscience n'a absolument rien à voir avec la pratique méditative sans objet appelée zazen. Zazen, n'a d'autre but que l'éveil de nos potentialités innées qui ne peuvent être construites à coups d'exercices.

Zazen ? "C'est être assis (Za) comme un bébé est allongé dans son berceau !" (Michiko Nojiri - Maître du Chado).

Voici ce qu'écrit Christian Bobin (3) : "Les bébés sont les grands sages. Le vrai savoir est dans leurs yeux.(...) Une de leurs grandes vertus est de ne pas être aveuglés par un savoir. Ils regardent sans morale, sans aucune prétention, sans philosophie, sans religion, sans aucune précaution. Il n'y a aucune distance entre leurs yeux et Dieu ou les anges. Ou les atomes de l'air si l'on ne croit pas en Dieu ou aux anges. Les bébés sont à une cloison de papier de riz de la vérité."

L'ensemble des doctrines concernant une conception nouvelle de l'homme a pour but ce que révèle cette idée absurde ... "rien que du bonheur"! À la pointe de ce désir égotique il y a aujourd'hui l'idée d'accéder à un "homme augmenté".

Cette arrogante vanité qui promet le passage d'un ego de taille XXL à un ego de taille XXXL écarte plus que jamais l'être humain de sa nature essentielle qui est indépendante des conditions sociologiques ou psychanalytiques ou scientifiques. L'inobservance des intentions de l'être − ce qui fait que chacun est ce qu'il devient et devient ce qu'il est − est la cause d'un mal-être individuel qui devient un mal-être collectif. Finalement et irrémédiablement une vérité qui a sa place dans les traditions de sagesse en Orient est l'importance du CORPS sur ce chemin d'expérience et d'exercice.

Le corps vivant, Leib (4), est l'enceinte du secret qu'est le vrai soi-même. Il s'agit du corps-vivant, Leib (à ne pas confondre avec le corps-objet, objectivé mentalement, Körper). La vie n'est pas dans un contenant qu'on désigne comme étant un corps. Le corps-vivant est la vie qui, d'instant en instant, prend forme selon un ordre des choses (Tao-Do) qui n'est pas du ressort du moi, lequel pense que s'il ne fait rien, rien ne se fera.

Jacques Castermane

(1) Du côté de chez Swann, éd. Folio, p. 44-45

(2) l'art du tir à l'arc, l'art du sabre, l'art de la préparation du thé.

(3) Christian Bobin, Le Plâtrier siffleur, éd. Poésis, p.11

(4) Le corps-objet, le corps-outil = Körper dans la langue allemande.

 Le corps-vivant dans sa globalité et son unité = Leib dans la langue allemande.

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