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lundi 12 octobre 2026

Désobéissance intime

 L’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau a créé le concept et la pratique de la « désobéissance civile », reprise ensuite notamment par Gandhi, en refusant de payer ses impôts à un gouvernement cautionnant l’esclavage. Positionnement qui lui valut un bref – et à dire vrai guère rude – séjour dans la geôle de son village et surtout lui inspira l’essai Civil Disobedience. Mais la grande affaire de Thoreau, ce fut la désobéissance intérieure, tout à fait compatible, son exemple le prouve, avec la désobéissance civile.

Désobéir intérieurement, oui, mais à quoi ? À l’ensemble – et ce n’est pas rien – de nos conditionnements, préjugés, présupposés, opinions toutes faites, en bref à tout ce qui en nous-même relève de l’aliénation, laquelle se traduit nécessairement ensuite dans nos comportements. 

Si il est très connu pour avoir été vivre deux ans dans les bois en grand précurseur de l’autosuffisance, épisode qui donna lieu à son grand livre Walden, classique de la littérature américaine, son projet fonda mental n’était pas d’ordre écologique ou/et protestataire, mais d’ordre spirituel – j’en suis convaincu pour avoir dans ma jeunesse passé plusieurs années à scruter ses écrits en vue de ma thèse de doctorat.

Imprégné, là aussi en précurseur, de textes hindous tels que la Bhagavad Gita (« Le matin, je baigne mon intellect dans la philosophie cosmogonique et prodigieuse de la Bhagavad Gita »), Thoreau cherche avant tout à toucher l’essentiel au plus intime de lui-même, sa nature originelle, le visage qui était le sien avant qu’il soit né, dirait le zen. Ses préoccupations et pratiques écologistes ou « alternatives » avant la lettre, si inspirantes soient-elles, ne sont que la traduction en actes d’une quête intérieure, celle de la vie consciente et délibérée.

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.

Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.

Réduire à néant tout ce qui n’était pas la vie.

Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’aurais pas vécu ».

Car Thoreau avait compris que si parfois – souvent – la société, l’éducation reçue, le « progrès », les religions, l’idéologie dominante, quelle qu’elle soit, nous aliènent, la désaliénation réelle et profonde ne viendrait pas uniquement de changements à ce niveau mais d’une émancipation intime. En cela, il me semble se révéler très proche du sage swami Prajnanpad, connu comme le maître d’Arnaud Desjardins, pour qui « nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations, nos actions des caricatures » et qui prône un passage au crible de tout ce que nous tenons pour acquis.

Ce qu’on peut appeler le « travail spirituel » consiste d’un certain point de vue à de plus en plus désobéir. Désobéir à nos habitudes, à ce vers quoi nous amène la mécanique des pensées qui s’enchaînent, à toutes les mécaniques internes en vérité, hormis celles qui relèvent de la préservation biologique : la mécanique des jugements et donc des exclusions, la mécanique des réactions commises sous le coup de l’émotion, la mécanique de l’obsession de la sécurité et du confort...

Cette désobéissance est sans doute la plus difficile, la plus exigeante et aussi en fin de compte et à long terme la plus puissante. C’est le véritable sens, hélas largement oublié, de la « guerre sainte », contre soi-même.

Les révolutionnaires les plus profonds et les plus radicaux n’ont pas laissé derrière eux une trace sanglante. Les révolutions qui ne substituent pas une nouvelle aliénation à l’aliénation ancienne sont toujours pacifiques, ce qui n’exclut pas radicalité et fermeté. Elles prennent place d’abord dans les consciences.

Gilles Farcet

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mardi 6 janvier 2026

Au cœur de l’existence, l’essence

 

La vigilance, qualité naturelle d’attention du corps vivant, est une présence au réel par la sensation. Vivre dans cette attention ouverte et inclusive ne demande pas de rajouter des surplus à l’existence : plus de sensations, fortes si possible, plus d’expériences, plus de variété dans nos activités. Cette recherche du toujours plus ne nourrit que le faire et le paraître à la surface de nous-mêmes mais reste vide de sens quant à notre relation à l’être profond que nous sommes. L’Être n’est pas quelque chose, Être est une action : c’est ce que je fais, sens, vis et ressens en tant que Personne.

Ce terme de Personne est très important pour Dürckheim, qui emploie ce mot pour qualifier un être humain devenant conscient de sa vraie nature, de son appartenance à la « Grande Vie », et pas seulement un individu mené par le moi existentiel et ses performances dans le monde : avoir plus, savoir plus, pouvoir plus.

La pleine attention sensorielle au réel affine le sentir, le goût du vrai soi-même, rafraichit notre rapport à l’ordinaire du quotidien et donne un sens plus intérieur, plus intime à notre existence.

Ainsi, tout au long d’une journée, il y a ce que je fais et comment je le fais ?

Ce « comment » est le domaine de l’être : plutôt crispé ou détendu ? Fermé ou ouvert ? Dans un rythme juste ou précipité ?

Ce que je suis en train de faire, qu’est-ce que cela me fait ?

Suis-je en contact avec ce que je sens et ressens ?

Suis-je toujours désireux de vite passer d’une activité à une autre ?

Suis-je toujours intérieurement dépendant de la situation extérieure ?

Bien des aspects de sécurité et de maitrise de notre existence sont illusoires et nous éloignent de notre profondeur, du vrai point d’appui de notre existence - Être-, source intérieure d’indépendance, de stabilité et de force d’être soi au sein des activités mondaines. D’où cette question récurrente de Dürckheim : « Quand allez-vous cesser de fuir l’essentiel ? » L’essentiel ? Je suis un être vivant porté par la vie, et chacun de mes gestes me rapproche ou m’éloigne de cette profondeur.

Revenir à l’essentiel, c’est se confier au calme intérieur qui nous attend au cœur de nos existences.

Est-il juste de vivre toujours inquiet, agité, angoissé, fatigué, de vivre dans la fuite en avant ? De vivre constamment dans un esprit de possession ?

Lâcher prise du besoin de faire, de contrôle, d’acquisition, ne peut pas être une action volontaire que « Moi » je peux faire.

«Le lâcher dont il s’agit sur la Voie et un -se confier-» disait Maître Eckhart.

La voie du zen nous invite à porter notre attention sur une attitude plus juste, juste parce qu’en contact avec ce qui nous soutient en profondeur, notre être essentiel, tout en étant pleinement investis dans nos activités existentielles. Ce « plus juste » est le domaine corporel du geste et de la sensation, de notre manière d’être, de ce que je fais et comment je le fais.

« S’exercer, c’est développer l’intuition de ce qui est juste » nous dit Dürckheim, aussi bien dans la pratique d’un exercice spécifique que dans un quotidien vécu comme exercice, afin de sentir que « l’extraordinaire se cache au cœur de l’ordinaire ».

L’exercice spécifique, c’est reprendre za-zen tous les matins, une activité qui, extérieurement, peut sembler stricte et sévère, mais qui révèle une vie intérieure foisonnante. Pratiquer za-zen est stérile si ne se dévoile pas une intériorité riche de cette vérité : enfin je m’abandonne à ce qui ne dépend pas de moi, à la source de mon humanité : « Quel mystère, j’inspire … j’expire…et moi, je n’y suis pour rien !

L’exercice, c’est aussi affiner encore et encore notre relation à l’Essence - ce qui intérieurement nous porte, nous soutient - dans les activités du quotidien, en renouvelant l’attention au tout simple par la pratique des quatre attitudes dignes - marcher, être debout, être assis, être allongé – et découvrir qu’un « exercice que l’on fait tout le temps n’est plus un exercice, c’est une autre manière d’être au monde. »


Nous reprenons un même exercice, un même geste, afin de goûter la Personne que nous devenons.

Une Personne consciente de sa complétude, de son unité avec l’être essentiel qui la porte et la nourrit, mais aussi consciente de son appartenance à l’existence. « Un homme qui se dit spirituel et qui n’a pas de contact avec la matière est quelqu’un dont on peut douter » nous rappelle Dürckheim.

Dans le zen, nous ne multiplions pas les exercices, mais nous reprenons un seul exercice, nous portons une attention de plus en plus fine à nos actions quotidiennes les plus banales, afin de sentir ce qui nous anime en profondeur : souffle, renouvellement de la forme et de la tenue, relation à nous-mêmes et au monde réactualisée sans cesse.

Un geste est une action unique, une création de l’instant, qui nous ramène constamment au processus de transformation voulu par la vie et animé par la loi universelle de l’impermanence : tout change tout le temps.

Une loi naturelle dont l’ego ne veut pas entendre parler, cherchant à se fixer dans des acquis, des croyances ou des postures. Le souffle, premier geste vital, infaisable, nous montre le chemin de cet abandon à la Grande Vie, source de la pleine confiance.

Joël PAUL

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jeudi 7 août 2025

L'essentiel noyau

 L’essentiel est là où nous l’avons laissé !

Si nous ne savions pas ce que sont les tragédies propres à l'être humain, il nous suffit d'écouter — entre deux publicités — les informations proposées en boucle par les médias.

De quoi nourrir l'angoisse et les états qui l'accompagnent pour le reste de la journée. Il y a de quoi se demander si notre existence a un sens ? À cette question, Graf Dürckheim répond ainsi : « Autres que les tragédies humaines du passé, du présent ou de l'avenir qui nous émeuvent, nombreuses sont aujourd'hui les personnes qui ont l'intuition ou pressentent par-delà l'espace et le temps un noyau secret. Un noyau secret qui peut donner sens à notre existence dans le monde tel qu'il est sans attendre qu'il change. Ce noyau secret est ce que le maître Zen désigne comme étant notre vraie nature et que j'appelle notre être essentiel. »

L'essentiel ! Qu'est-ce que c'est ça ? Les réponses, lorsqu'elles sont proposées par un philosophe, un psychanalyste, un scientifique ou un membre du clergé, divergent grandement.

Si l'essentiel est invisible je ne le verrai jamais ; si l'essentiel est indicible, incommunicable, à quoi bon chercher à le décrire ; si l'essentiel est métaphysique, transcendant et donc abstrait du réel, il va prendre place dans un credo que chacun est en droit de renier.

…Où trouver notre être essentiel ?

« Là où nous l'avons laissé... là où il nous attend. » répond Graf Dürckheim.

La voie qui prépare les conditions qui permettent et favorisent la dé-couverte de notre être essentiel est un chemin d'expérience et d'exercice. L'exercice qui vous est proposé au Centre Dürckheim s'appelle "zazen".

Zazen c'est attendre ... sans rien attendre ... ce qui en réalité nous attend !

C'est en pratiquant l'exercice appelé zazen qu'un beau jour, assis dans l'absolue immobilité et ne faisant rien d'autre que faire face à ce à quoi je fais face, c'est dévoilé une vérité inéluctable : Je inspire et moi je n'y suis pour rien ; je expire et moi je n'y suis pour rien!

Une évidence éclatait sous mes yeux : Je suis et moi je n'y suis pour rien ! L'essentiel se révélait dans la présence de l'INFAISABLE.

L'infaisable ? Ce n'est pas une vérité conceptuelle, c'est la vérité vraie.

L'infaisable s'offre à la sensation. Aussi vraie que celle qu'on éprouve lorsque on plonge malencontreusement la main dans l'eau bouillante. Personne ne pourra vous dire que ce que vous sentez n'est que subjectif. C'est une expérience qui s'impose à vous en tant que sujet.

Je réalisais que c'est en se glissant de la logique de l’entendement dans la logique du sensible que l'homme s’éveille au fondement de lui-même : sa propre essence.

Ce qui m'a bouleversé est qu'au moment même où j'épouse l'infaisable, ma manière d'être au monde se transforme instantanément.

"Si vous pratiquez vraiment zazen le corps prend la forme du calme".

Le calme ! Il ne s'agit pas d'un calme qui n'est que le contraire de l'agitation. Il s'agit du grand calme inné, qui atteste et confirme l'absence de la moindre agitation.

Ce grand calme est le symptôme de notre état de santé fondamental. Où trouver ce grand calme apaisant ? Là où nous l'avons laissé... là où il nous attend. Dans le corps que nous sommes – dès ce moment mystérieux qu'est la fécondation – et que nous devenons tout au long de la gestation et au cours des premiers mois qui suivent la naissance physiologique.

« La métaphysique des bébés est la seule qui ne trahisse ni la terre, ni le ciel » écrit Christian Bobin. Et il ajoute : « Les bébés sont les grands sages. Le vrai savoir est dans leurs yeux. (...) C'est le visage même de la sagesse qui n'est pas un visage de savoir. (...)

Une de leurs grandes vertus est de ne pas être aveuglés par un savoir. Ils regardent sans morale, sans philosophie, sans religion, sans aucune précaution. Il n'y a aucune distance entre leurs yeux et Dieu ou les anges. Ou les atomes de l'air si l'on ne croit pas en Dieu ou aux anges. Les bébés sont à une cloison de riz de la vérité. »

Michiko Nojiri, maître dans l'art qu'est la cérémonie du thé commençait ses leçons par le pratique de zazen. Son introduction à l'exercice était toujours le même « Pratiquer zazen c'est être assis comme un bébé est allongé dans son berceau. »

Jacques Castermane

* Christian Bobin : Le plâtrier siffleur, p. 11-12 – éd. Poesis

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samedi 25 mai 2024

L'essentiel est partout


« Comme autrefois dans le ventre de notre mère le liquide amniotique où nous voguions, cet espace qui nous entoure est l’espace nourricier. L’essentiel est ENTRE. L’essentiel est dans le mouvement de navette entre les bords, entre les rives, de l’instant de la naissance à l’instant de la mort, de ma bouche à votre oreille, de votre cœur au mien, de l’aube au crépuscule. L’allée et venue entre l’homme et la femme, l’espérance et la désespérance, le monde visible et le monde invisible, le temps horizontal et l’éternité. L’essentiel respire ENTRE.

L’essentiel n’est pas dans un lieu situé dans un âge d’or qu’il s’agirait de retrouver. Il n’est de fidélité au passé que dans l’avenir, que dans cet élan vers l’avant ! Dès que l’on s’arrête dans un lieu, c’est déjà un casus belli qui s’annonce : il va falloir le préserver, le défendre. Ainsi, le tombeau du Christ : des générations entières ont cru qu’Il était là, dans ce tombeau, et qu’il fallait le défendre ! Or le tombeau du Christ n’est nulle part ailleurs que dans nos cœurs de pierre.


L’essentiel n’est pas là où notre raison, notre intellect le cherchent (bien qu’il puisse y être aussi, comme partout ailleurs). Il n’est pas dans les lieux où on l’annonce avec solennité (bien qu’il puisse y être aussi, comme partout ailleurs). Il n’est pas à la place où on l’a rencontré la dernière fois et où l’on retourne le cœur battant (bien qu’il puisse y être aussi, comme partout ailleurs).

Si l’essentiel te semble parfois n’être nulle part, c’est en fait qu’il peut être partout à tout instant.

« Quand tu fends du bois, je suis là. Quand tu soulèves une pierre, je suis sous la pierre. Ne me cherche pas ailleurs que partout. » dit l’Evangile de saint Thomas.

Si l’essentiel est partout, il ne manque plus que nos yeux pour le voir…Ouvrir les yeux, sortir de l’anesthésie féroce de nos coeurs ! Nous laisser attendrir, toucher par la gratitude d’être vivants ! Non pas des voyeurs, des (télé)spectateurs consentants de la destruction du monde, mais des témoins de la merveille du monde crée ! »

Christiane Singer

(N’oublie pas les chevaux écumants du passé)

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samedi 17 février 2024

Se détacher du miroir

 


Désolé si cette pépite – sous-titrée « Reflecting a lifetime » – vous semble un peu rude pour commencer une année … qui s’annonce difficile :

« Il raconte l’histoire d’un homme qui passe de l’enfance au statut de vieillard, le temps d’un brin de toilette. … Si ce récit paraît être une fiction, il est pourtant bel et bien réalité puisqu’il est tout simplement l’histoire de chacun d’entre nous. »

Comme nous sommes tellement « ignorants de ce dont nous sommes le plus assuré, notre essence transparente comme le cristal », nous avons besoin de « réveils » sans cesse plus puissants. D’autant plus que, généralement, « nous n’aimons point les réveils … ».

Il existe deux manières radicalement différentes de regarder « Le miroir » & de se regarder dans un miroir :

  • l’habituelle : l’objet reflète ce que nous sommes, constate les inexorables effets du temps sur nos corps … Entretien machinal d’une commune léthargie, si bien résumée par Christian Bobin dans Le Très-Bas : « Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. … L’enfant va à l’adulte et l’adulte va à sa mort. Voilà la thèse du monde. Voilà sa pensée misérable du vivant : une lueur qui tremble en son aurore et ne sait plus que décliner. C’est cette thèse qu’il te faut renverser. »
  • celle de la Vision du Soi, le véritable cadeau :

Voilà ce que Douglas écrit dans « Vivre sans stress » à quelqu’un qui se regarde dans un miroir tenu à bout de bras :

« Votre visage humain, votre visage acquis, votre apparence est là-bas, à un mètre environ. C’est une chose. Mais ici, de ce côté-ci de votre bras, se trouve votre visage non-humain, votre Visage Originel, votre Réalité. Ce n’est pas une chose. […] Il est bénéfique de bien faire la différence entre nos deux visages et de bien mettre chacun à sa vraie place. […] Utilisez maintenant votre miroir pour vous débarrasser du stress – en le regardant pour voir ce que vous n’êtes pas. »

Ne vous contentez surtout pas de lire ce passage, faites réellement l’expérience devant un miroir, vérifiez ce qu’il en est pour vous-même !

Elle coïncide bien entendu avec celles que proposent la plupart des véritables spiritualités, le Zen notamment :

Connaissez-vous le kôan : « Vous êtes l’image au miroir, mais l’image au miroir n’est pas vous » ? Le moi n’est que votre image, celle que vous présentez aux autres et à laquelle par erreur vous vous identifiez. Votre moi est aléatoire, il n’est que provisoire, il naît et il meurt, il meurt parce qu’il est né. Or vous, vous étiez avant et vous serez après. Voilà ce que signifie l’expression « visage originel ». Jacques Brosse « Pratique du zen vivant » (page 85)

Elle s’inscrit dans le droit fil de la logique de la Vie « surabondante », la Grande Vie : « Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé, chaque fois une première fois. » (Christian Bobin, Le Très-Bas).

Et l’observation & constatation soigneuses de ce qui est vu permettent – simplement, concrètement, joyeusement – d’adopter cette nouvelle & très ancienne façon de Voir :

d’où sort la dent de lait ?

où vont la brosse à dents, le rasoir, la cigarette ?

où disparaissent le gant de toilette, l’eau dont s’asperge l’adolescent, la gorgée effervescente ?

les lunettes ne s’ajustent-elles pas en un « œil unique » ?

les nombreux « R » inversés dans le titre et le générique de début ne sont-ils pas autant d’invitation à retourner le regard vers sa source ?

 Jean-Marc Thiabaud

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lundi 11 décembre 2023

De maître à pensées...

 


Nous devons cheminer entre deux risques : si nous ne suivons pas une voie traditionnelle comportant la transmission d’un maître ayant lui-même reçu cette transmission d’un autre maître, nous risquons tout simplement de ne suivre que nous-mêmes et de nous bercer de nouvelles illusions. L’autre danger consiste à suivre une tradition en se figeant dans des formes, ou dans une pratique, qui devienne l’imitation d’un idéal créant en nous une personnalité artificielle. Il est essentiel de ne jamais perdre le contact avec le sens de l’expérience en suivant aveuglément les cultes ou les croyances.

Roland Rech - Moine zen en Occident

(...) Si, en étant bien concentré sur la posture du corps et la respiration, on se met à observer l'esprit, alors on réalise que l'esprit est insaisissable car c'est l'esprit lui-même qui observe, c'est l'esprit qui pense . Si on s'avise de vouloir saisir l'esprit, cela ne peut pas être l'esprit mais une idée au sujet de l'esprit et à ce moment-là, l'esprit , au lieu d'être ce qu'il est, illimité comme le vaste ciel contenant tout, devient à son tour une pensée, une fabrication mentale, quelque chose de séparé et de limité. Alors, l'esprit perd le pouvoir de nous libérer et devient un objet d'attachement parmi d'autres. Si l'on essaye d'observer l'esprit, ce que l'on peut juste faire, c'est d'observer ce qui apparaît et disparaît d'instant en instant dans cet esprit . En étant attentif au moment de l'apparition d'un phénomène, si on observe comment surgissent la pensée, la sensation, la perception, alors très vite l'agitation mentale se calme. Très vite un espace vide apparaît entre les pensées, les sensations et les perceptions. C'est le point où observation et concentration se rejoignent. Cela permet à l'esprit de fonctionner suivant sa véritable nature, c'est à dire de ne pas s'aliéner aux choses, aux pensées en s'identifiant à elles. Et, cela ne peut se réaliser qu'instantanément."(...)

Roland Rech - la voie de l'oiseau

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jeudi 30 novembre 2023

L'instant du toucher


 LE « TOUCHER » : LE SENS LE PLUS IMPORTANT CHEZ L’ÊTRE HUMAIN ?

Vous êtes-vous déjà posé la question de quel est le sens le plus important chez l’humain ?

Le plus développé ou celui dont vous ne pourrez vous passer ?

La vue ? L’ouïe ? L’odorat ? Le goût ?

Quelle drôle de question pensez-vous peut-être ? Elle fut pour moi centrale pendant la pandémie de Covid-19 lors de laquelle les pratiques du toucher étaient classées comme « non-essentielles ».

Cette classification m’a assez vite indisposé, me demandant s’ils y en avaient qui connaissaient encore les terribles expériences en psychologie des années 50′. L’une d’entre elles qui m’a le plus interpellée est celle du professeur Harlow, psychologue américain, qui avait retiré des bébés singes à leur mère pour les mettre dans des cages isolées avec 2 substituts maternels.  Des formes en fils de fer qui avaient une vague forme de la maman singe, une en fils de fer nus, l’autre recouvert d’un tissu doux.

L’expérience marquante est celle où la poupée en fil de fer distribuait le lait mais quand ils étaient effrayés, les bébés se réfugiaient dans celle en tissu doux pour se blottir. En parallèle des résultats sur la théorie de l’attachement, il en découla que le toucher est essentiel pour un développement psycho-émotionnel harmonieux.

Sous cet éclairage, vous allez peut-être vous souvenir de toute une série de sensations ? Une plume sur le bras, le vent sur le visage, une douche chaude, la texture d’un tronc d’arbre, un biscuit qui croque dans la bouche, etc.

Mais revenons à nos organes des sens. A y regarder de plus près, le plus grand organe sensoriel que nous avons est notre peau. Cette peau, membrane-frontière, qui informe l’intérieur de ce qui se passe dehors pour favoriser la meilleure adaptation au milieu. Elle fonce s’il y a du soleil, elle s’humidifie quand il fait chaud, elle se resserre dans le froid. Si je la vois comme organe frontière entre l’intérieur et l’extérieur, on peut y ajouter tout ce qui recouvre les voies respiratoires et la paroi intestinale. Bref, tout ce qui interagit dans la séparation et les échanges intérieur-extérieur.


Quand une personne de notre entourage a besoin de soutien, une main sur l’épaule fait ressentir la présence. Une embrassade, un hug permet souvent de faire descendre la pression. Une main sur un bras, une caresse sur le visage ou dans les cheveux permet de faire revenir  ici et maintenant.

Au-delà des gestes amoureux, la sensation du toucher fait revenir à l’instant essentiel d’être. Cette sensation invite au retour à soi, au relâchement, à la prise ou reprise de conscience de soi par le corps. Et nous avons besoin de ce toucher essentiel.

Pour moi, le shiatsu porte en lui cette part d’essentiel. Au-delà des symptômes sur lesquels il est possible d’agir, la première chose qui compte le plus est la façon dont une main se pose. Bien plus qu’un corps, c’est la personne en entier qui est touchée à travers ce corps. Les praticien(ne)s de shiatsu connaissent cet art de l’essentiel : revenir au corps-esprit et prendre soin du moment et de l’être. Il n’est plus question de divergence entre bien-être et thérapeutique : le simple retour au moment et à soi est source de lâcher prise dans ce moment-promesse.

rédacteur : Fabian Bastianelli.

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lundi 21 août 2023

Hommage à Kenneth White


Gilles Farcet : Tu m’as écrit un jour, lorsque je t’ai envoyé ma traduction des Upanishads, que tu avais mis en exergue à un manuscrit autobiographique encore non publié la citation suivante :
« Cela est le Tout Ceci est le Tout De la Totalité émerge la Totalité. La Totalité étant issue de la Totalité la Totalité demeure. »
Kenneth White : J’avais utilisé une traduction légèrement différente, mais peu importe… La vie passe, et l’on perd beaucoup de choses. On oublie aussi, et certains éléments sont sans doute irrécupérables. Pourtant, tout demeure présent, quelque part, et l’on peut retrouver cette totalité en écrivant, l’écriture étant une manière de sismographier et de synthétiser.
(extrait d'une interview de Kenneth White par Gilles farcet)


Méditer n’est pas se momifier

c’est le mouvement vif
qui éveille l’esprit
ces vagues
qui se croisent et s’entrecroisent
se gonflent et se brisent
dans cette aube qui point
voilà
le parfait zazen
(Atlantica, p.35)



Je vis à l’estime

et j’écris
mais je n’oublie pas
que du hasard de la vie
du hasard
l’essentiel toujours surgit
(Le grand rivage, p.101)

Kenneth White

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dimanche 19 juin 2022

« Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel »


 Voici une vingtaine d’années, je suis tombée en contemplation face à un visage de pierre du temple d’Angkor. Ses deux yeux étaient clos sur une illumination intérieure, et ses lèvres rayonnantes d’un sourire de joie.

Et voilà qu’une pensée a éclos de mes profondeurs, et j’ai entendu résonner en moi : « Tu es une enfant de la connaissance. » J’ai accueilli cette parole (qui semblait être, elle aussi, de connaissance) et je l’ai confiée au silence. Jésus n’a-t-il pas dit : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » ? Si cette parole était de vérité, elle révélerait son sens, un jour, tout simplement.

« L’enfant que j’ai été »


Ce jour est advenu, le mois dernier, dans toute son évidence. J’attendais dans une salle d’attente peinte en bleu, donnant sur un jardin baignant de lumière. Face à moi, pas de visage de pierre, mais une petite chaise en bois pour enfant, avec une assise en paille. J’aime attendre sans plus rien attendre, car ces temps suspendus permettent à nos âmes de s’abandonner librement à leur fantaisie créatrice, et ils portent souvent des fruits étonnants. De fait, cette petite chaise vide s’est emplie d’une grande présence. Je n’étais plus seule dans la pièce… Une enfant était là, assise devant moi : l’enfant que j’ai été.

Je crois beaucoup à la vie cachée. Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel, en tournant nos regards vers ce qui se passe sur le soi-disant devant de la scène. Mais ce qui se joue là, « dans la grande assemblée », contribue moins au salut du monde, que ce qui se vit, à l’abri des projecteurs, dans notre intériorité ou notre intimité.

De simples et petits gestes

Une parole d’amour murmurée à l’oreille d’un amant, une main posée sur la main d’un mourant, un verre d’eau tendu à un enfant pèsent dans la balance. Ce sont ces simples et petits gestes qui ouvrent, dans nos vies cachées, la « porte étroite » du Royaume. Cette chaise en bois me tendant son miroir, j’ai plongé dans son regard, retombant dans la cache de l’enfance.

J’ai vu ma chambre bleue où je dormais seule à l’étage, écoutant les craquements des meubles et les gargouillements des tuyauteries. J’ai vu mon lapin blanc tapant du pied et sautant sur mon lit pour me réclamer des caresses derrière ses oreilles. J’ai vu aussi mes cheveux de Vénus, ces capillaires que ma mère me confiait pour que j’acquière la main verte. Jour après nuit, je suis « née » de cette chambre, de ce lapin, de ces fougères, dont j’ai pris soin et que j’ai « fait naître » dans un amour mutuel.

Vers la joie fertile et créatrice

Et si c’était cela le sens de cette parole de connaissance ? Avoir pour vocation, non seulement de connaître, mais aussi de « co-naître » ? Être une enfant, non de la connaissance, mais de la « co-naissance » ?

À quoi sert, en effet, d’être une somme et des bagages de connaissances, si nos rencontres ne nous permettent pas de nous donner mutuellement la vie ? Ne sommes-nous pas sur terre pour aller à la rencontre des uns des autres, et naître les uns des autres ? La Bonne Nouvelle, n’est-ce pas la joie fertile et créatrice de cette co-naissance, qui nous permet ensemble de « faire toutes choses nouvelles » ?


Naître et renaître ensemble

« Faire toutes choses nouvelles » est bien l’urgence des temps… Notre monde s’effondre comme une tour de Babel lourde de ses connaissances et avide de reconnaissance, ayant oublié que l’essentiel est de naître et de renaître ensemble à l’infini. Vivre entre hommes et femmes, entre générations, entre cultures et traditions, mais aussi entre Terre et Ciel, entre mondes visible et invisible, entre règnes minéral, végétal, animal.

En me rappelant ma chambre bleue, mon lapin blanc et mes cheveux de Vénus, cette chaise en bois me désignait la « porte étroite » vers cette féconde connivence : le talent des enfants de la connaissance de co-naître dans l’amour mutuel !

Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d’écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique (Cerf), Et le miroir brûla (Cerf) et J’ai marché sur l’écume du ciel (Salvator).

-------------- source : La Vie


lundi 30 août 2021

Zazen en ce temps de pandémie ?

 

Personne ne peut ignorer le drame que traverse actuellement le collectif humain. Proposer des retraites en silence, la pratique méditative, l’exercice de la marche lente et inviter chacun à prendre le temps de contempler son vécu intérieur, peut paraître saugrenu, inconséquent. À moins de réaliser que, en réalité, c’est la personne individuelle qui souffre d’être confronté au rappel que notre existence a une fin. Me revient souvent cette affirmation de C.G. Jung : « Les éléphants ça n’existe pas ; il y chaque fois un éléphant !».

Face à l’angoisse et aux états qui l’accompagnent il y a chaque fois une personne individuelle à laquelle Graf Dürckheim ne propose pas un chemin composé de recettes thérapeutiques en provenance de l’extérieur mais un chemin d’exercice et d’expérience susceptible d’ébranler notre manière d’être habituelle et notre manière de penser habituelle. La voie proposée par Graf Dürckheim a pour sens l’accomplissement intérieur qui nous rend capable d’affronter la vie telle qu’elle est sans attendre que le monde change.


Matières premières d’un séjour au Centre Dürckheim ?

Il y a plus de cinquante ans je demandais à Graf Dürckheim ce qu’il entendait par méditation ?

« Méditation ? C’est un concept. Si vous posez cette question à vingt personnes je suis persuadé que vous aurez vingt définitions différentes. On ne peut pas dire la méditation c’est ça ! On peut décrire ce que l’on comprend en pratiquant soi-même un exercice proposé sous ce nom. La méditation que je pratique et enseigne est désignée au Japon comme étant zazen. »

Au cours d’une sesshin au Centre il y a une dizaine d’années, le maître Zen Hirano Katsufumi Rôshi (1) allègue que : « Il y a mille et une manières de méditer mais il n’y a qu’une manière de faire zazen ».

Afin d’éviter une confusion malencontreuse je suis obligé de préciser que le Centre Dürckheim n’est pas un lieu dédié à la méditation. L’exercice fondamental sur la Voie tracée par Graf Dürckheim, à son retour du Japon en 1947, est la technique appelée zazen. Si en parlant de zazen on utilise le mot méditation il serait approprié d’ajouter qu’il s’agit d’une méditation sans médiation d’aucune sorte, une méditation sans but.

Le Centre Dürckheim ne participe donc pas à la submersion de l’homme occidental dans la pleine conscience ; il s’agit plutôt de s’exercer à la pleine attention. (2)

J’aimerais comprendre ce qu’est le zen ?

À cette question, Hirano Roshi nous rappelle la réponse donnée par le Maître Dogen (3) :

« Chercher à comprendre profondément le zen n’est rien d’autre que pratiquer zazen. » Ce qui peut-être permettrait à l’homme occidental d’avaler une réponse aussi véhémente est de savoir que le kanji -zen- a pour origine le kanji -zazen-, et pas le contraire. Le concept Zen n’a pas donné naissance à un exercice appelé zazen ; c’est l’exercice appelé zazen qui est à l’origine de cette branche du bouddhisme dénommée Zen.


A celles et ceux qui aimeraient quand même comprendre ce qu’est le Zen je propose de voir ce qu’est le Zen en regardant un film récent du cinéaste japonais Tatsushi Ōmori : « Dans un jardin qu’on dirait éternel ». C’est l’histoire de deux jeunes-filles qui en ce vingt et unième siècle sont intéressées par l’art ancestral qu’est l’art de la préparation du thé, le Cha No Yu ou Chado.

Ce film, particulièrement apaisant, permet une approche du Zen que l’entendement (l’approche intellectuelle, conceptuelle, du réel) ne permet pas de saisir.

Il faut savoir qu’au Japon, des disciplines artistiques, artisanales ou martiales, aussi différentes que l’art du tir à l’arc (Kyudo), le combat à l’épée (Kendo) la calligraphie (Shodo), ou la cérémonie du thé (Chado) ont un but commun : l’éveil de l’homme à sa vraie nature d’être humain.

Ces exercices japonais ne consistent pas à poursuivre un résultat extérieur mais uniquement à préparer les conditions qui permettent et favorisent cette expérience intérieure. En 1938, le savant du Zen, Daisetz Teitaro Suzuki, dit à Graf Dürckheim qui disait s’intéresser au Zen « Pour comprendre ce qu’est le Zen, il faut faire un exercice à fond. » Et le maître dans l’art du tir à l’arc qui a accompagné Graf Dürckheim tout au long de sa plongée dans le monde du Zen d’ajouter : « Plus vous ferez un exercice à fond et plus nombreux seront les secteurs de votre vie fécondés par cette profondeur. » (4)

La RÉPÉTITION de toujours les mêmes gestes, magistralement soulignée dans le film sur l’art du thé, est très certainement l’outil irremplaçable sur la Voie qu’est le Zen. L’essentiel n’est donc pas d’apprendre mais de pratiquer ce qu’on a appris afin de devenir un artiste de la vie plutôt que de s’imaginer devoir accéder à un art de vivre.

Bon film et bonne pratique de zazen !

Jacques Castermane

(1) Lire : Hirano Katsufumi Rôshi : ENSEIGNEMENTS (recueillis par J. Derudder)

(2) Dans l’ouvrage de Christophe André « Méditez avec nous » —Edition Odile Jacob— je réponds à la question : Quelle est la différence entre la pleine conscience et la pleine attention (p.193 et suivantes)

(3) Dōgen Zenji est le fondateur de l'école Sōtō du bouddhisme zen au 13ème Siècle au Japon.

(4) Les leçons de Dürckheim —Jacques Castermane - Ed. du Rocher - p.90.



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vendredi 23 juillet 2021

"Boostez votre vitalité! (1)

 


1) Les Trois Trésors
La tradition du Tao est probablement la plus ancienne tradition du monde qui s’est systématiquement intéressée à la vitalité et à la longévité. Pour désigner une femme ou un homme accompli(e), on ne parle pas de d’éveillé (e) mais d’immortel(le), désignant par là une personne qui a réussi à comprendre ce qui fait l’essence de la vie, au-delà du physique.
Les arts du Tao envisagent l’humain tissé de trois substances-énergies qui dialoguent et cohabitent, et que l’on appelle les Trois Trésors : le Jing (Essence), le Qi (Energie) et le Shen (Esprit).
Parmi les substances vitales que nous devons préserver pour garder notre vitalité, le Jing (Essence) est la plus fondamentale, car elle est le réservoir de tous les potentiels dans lesquels nous puisons pour exprimer et manifester notre vie et nos accomplissements.
De nombreux enseignements visent donc à restaurer notre Essence vitale (Jing), qui se travaille essentiellement dans le bas-ventre, le Dan Tian (champ de cinabre) basal comme disent les Chinois. Cela englobe la notion moderne du microbiote, dont nous commençons juste à comprendre l’importance aujourd’hui dans le cadre Occidental.

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vendredi 2 juillet 2021

Recentrage !

 


L'essentiel ? Mais c'est quoi ça... l'Essentiel ?
- " Écoute... c'est exactement ce qui vit au centre de ta poitrine !"

Marie Johanne Croteau
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dimanche 25 avril 2021

Nous sommes des vivants qui parlent

 méditer sur ce qui fait l'essentiel de notre humanité : écouter et recevoir une parole.

Nous ne savons jamais de qui viendra la parole qui fécondera notre vie, et qui nous sauvera, à l'heure de l'épreuve. Abraham le savait, lui qui, au pied du chêne de Mamré, a fait hospitalité aux anges, écoutant cette annonce surprenante d'un enfant à venir, gardant respectueusement leur parole.

À sa suite, j'aime ouvrir ma maison, et mes oreilles. Suivre la tradition africaine de la maison ouverte qui demande que, dans chaque village de la savane, le gîte et le couvert soient offerts à l'étranger de passage, en échange de sa parole. Une manière de partager la connaissance et la sagesse de tout chemin de vie.


La plus belle maison ouverte est, selon moi, notre maison commune. Dès que le printemps revient, je gagne le parc où j'ai l'habitude de me promener, pour écouter ce chant de la terre. Je m'y assois, pieds nus dans l'herbe, dos contre le cerisier du Japon que j'ai adopté comme banc de méditation. J'aime tant voir cet arbre se donner à la lumière, en se mettant en feuilles et en fleurs.

Il me fait contempler la tendresse virginale du vert de ses feuilles, comme la pudeur du rose de ses fleurs. La sève qui monte à ses branches est comme une larme qui monte à ses yeux, une parole qui monte à ses lèvres.

J'écoute par toute ma peau

Au pied de cet arbre, je me fais toute écoute. J'écoute, attentive, ce verger de cerisiers en fleurs, y voyant plus qu'une maison ouverte et commune : un jardin de la Parole. Le vent souffle légèrement, les oiseaux chantent et se font entendre autour de moi, dans le plein silence des voix humaines.


Je me revêts de la douceur de cette enveloppe sonore, comme pour m'y purifier de la cacophonie de la ville. Pas de bruits chaotiques, mais des filets d'eau, chantants et mélodieux, devenant rivières et fleuves, se jetant dans la mer de mon oreille, résonnant dans l'abysse de mes profondeurs.

Quand j'écoute ainsi, je n'écoute pas que de mes deux oreilles, mais par toute ma peau. Au jardin d'Éden, il est dit qu'Adam et Ève étaient, comme deux nouveau-nés, tout de peau. Tympan sonore au creux de leurs oreilles, cette peau était comme un tambour. Par lui, ils entraient en résonance, et en intimité profonde, avec toutes les formes de vie, dans l'univers visible et invisible.

Se laissant toucher et caresser par le vivant, ils pouvaient nommer l'essence de toutes les créatures. Chantres et poètes, ils fructifiaient le don de la parole qu'ils avaient reçu : celui de la parole « essentielle ».

Des vivants qui parlent


Je sais, moi qui prends la parole dans des livres, et qui donne la parole dans des ateliers, que ce don de la parole « essentielle », fondée sur une communion avec le vivant, est ce qui est le plus blessé en nous. Le serpent s'est glissé entre les herbes, et il a détourné notre peau et nos oreilles du chant de la terre.

Il a capturé notre attention pour nous faire vivre sous l'emprise de ses ondes, où toute parole professée se trouve, bien souvent, déformée et critiquée. Où toute parole professée se trouve blasphémée. Une vraie attaque virale et un ravage plus grand que la pandémie que nous traversons.

Pourtant, ce don de la parole « essentielle » est notre vocation à tous. Nous sommes appelés à être « des vivants qui parlent », à extraire un élixir de vie de tous les événements de notre chemin, à faire sur eux la lumière en laissant monter à nos lèvres une parole personnelle de sagesse.

Les disciples le savaient, eux qui avaient ouvert l'oreille de leur cœur à la voix du Bon Pasteur : « Seigneur, vers qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. » Si le serpent a mordu, le Christ a restauré le don premier fait à Adam : celui de la parole de vie, celui de la parole qui féconde et qui guérit.

Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d'écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique et Et le miroir brûla (Cerf).


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samedi 20 février 2021

Les 5 pourquoi

 Voici un exemple de méthode qui peut être intéressante. Ici, elle est utilisée lors de la participation ou Mooc Colibri sur la transition intérieure mais elle est applicable pour de nombreuses démarches de recherche de l'essentiel.


Nous vous invitons à prendre le temps de sentir en vous ce qui vous motive profondément dans cette démarche, grâce à l'intitulé « Les 5 pourquoi ».

Objectif : révéler par l'outil des « 5 pourquoi » votre intention profonde lorsque vous rejoignez ce cheminement
Durée : 10 min
Type d'exercice : questionnement individuel ou en binôme


La méthode des « 5 pourquoi »


Il s'agit d'une méthode de résolution de problèmes qui utilise une question très simple et très puissante, le « POURQUOI », LA question favorite des enfants ! Appréhendez-la comme des poupées russes : au bout de 5 pourquoi, vous arrivez à la source essentielle du problème qui touche le sujet questionné.


Consignes


Procurez-vous une feuille de brouillon pour y inscrire directement vos réponses. Prenez 2 min maximum par question. Notez votre réponse avant de passer au pourquoi suivant. Les questions découlent des réponses précédentes.

1. Répondez spontanément, en une phrase, à la question « Pourquoi je prends part à ce MOOC ? » : c'est votre intention personnelle spontanée !


2. Appliquez les 5 pourquoi à cette première formulation


Comme vous répondez à une problématique qui vous est propre, exprimez-vous à partir de votre « Je », pas de « on », pas de « ils ». Répondez le plus spontanément possible en commençant par : « parce que ». Ce qui vous vient est ce qui est bien.

3. Au regard de ces différentes réponses, reformulez une phrase avec ce qui fait sens pour vous : c'est votre intention personnelle profonde !



Exemple 1
Pourquoi je participe au MOOC ?
Intention personnelle spontanée : pour me lancer dans une aventure de transition intérieure.
1. Pourquoi « j’ai envie de me lancer dans une aventure de transition intérieure ? »
Parce que je souhaite explorer la dimension intérieure de la transition.
2. Pourquoi « je souhaite explorer la dimension intérieure de la transition ? »
Parce que je veux trouver du sens et de la cohérence dans les actions que je mène pour l'environnement.
3. Pourquoi « je veux trouver du sens et de la cohérence dans les actions que je mène ? »
Parce que je ne veux pas me sentir seul·e et épuisé·e, et je veux me remotiver dans mon engagement écologique.
4. Pourquoi « je ne veux pas être seul·e et épuisé·e ? »
Parce que je veux mieux participer à la construction d'un système sain et résilient.
INTENTION PERSONNELLE PROFONDE : me former pour retrouver du sens, me remotiver et participer à la construction d'un système sain et résilient.

Exemple 2
Pourquoi je suis végétarienne ?
Intention personnelle spontanée : pour faire baisser le taux de CO2 dans l'atmosphère.
1. Pourquoi « faire baisser le taux de CO2 dans l'atmosphère ? »
Parce que les gazs à effet de serre sont un problème.
2. Pourquoi « les gazs à effet de serre sont un problème ? »
Parce que cela contribue au réchauffemment climatique et que ça aussi c'est un souci.
3. Pourquoi « le réchauffement climatique est un souci ? »
Parce que de nombreux écosystèmes sont en train de disparaître et cela me rend triste.
4. Pourquoi « cela me rend triste que les écosystèmes disparaissent ? »
Parce que j'aime profondément la Nature.
INTENTION PERSONNELLE PROFONDE : je suis végétarienne pour contribuer à préserver la nature

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lundi 11 janvier 2021

Un jour...

 


Un jour, vous allez voir profondément que tout ce que vous devez faire, ça va vous fatiguer. Vous allez être trop fatiguée pour faire quoi que ce soit, y compris pour être légère, y compris pour être
triste. Vous allez voir que tout ça c'est une activité qui vient uniquement quand vous prétendez avoir une histoire, avoir un passé et avoir un futur. On peut voir tout ça comme étant un concept. C'est une maturation qui ne dépend pas d'un quelconque faire et qui ne dépend pas du temps. Alors le mot maturation est faux. Évitez de vouloir le comprendre, parce qu'on ne peut le
comprendre que dans le temps et c'est faux ; la maturation est dans l'instant. Vous êtes condamnée à cette maturation. Le seul ajournement possible, c'est d'essayer d'être mûr, par la pensée, par l'action ou par l'émotion. Ça c'est un sac sans fond. Vous allez être plus sage tous les jours, plus libre tous les jours : c'est une misère constante. Vous ajournez constamment l'essentiel.
À un moment donné, vous ne cherchez plus à être moins ceci et plus cela, à être sans peur, à être sans désir : vous ne cherchez rien. On peut appeler cela une forme de respect, un respect pour la
réalité, pour ce qui est là dans l'instant. C'est le respect pour l'essentiel. L'essentiel ce n'est pas quelque chose qui est caché derrière l'apparence - ça ce sont de belles histoires indiennes -
l'essentiel c'est ce qui est là, c'est ce que vous sentez dans l'instant. Il n'y a rien d'autre que ça. Là il n'y a rien à comprendre, il n'y a tout simplement rien. C'est ça qui se reflète comme légèreté qui apparemment surgit quand les situations conviennent à votre idéologie et qui apparemment s'élimine quand les situations ne correspondent pas à votre plan pour l'humanité. À un moment
donné, vous arrêtez de vous prendre pour Dieu et de vouloir régler les problèmes de l'humanité - ou le vôtre, parce que c'est le même. C'est une histoire dans les deux cas.

Éric Baret

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