mercredi 12 août 2026
Toute la mer
mercredi 11 février 2026
Bonté
Dans l’enfance ou à l’âge adulte, avez-vous connu des moments d’illumination, des expériences d’ordre mystique ?
Ce n’est pas vraiment une illumination mais un sentiment plus souterrain, diffus, que je pouvais parfois croire être perdu et qui revenait toujours : la sensation d’une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n’a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.
Christian Bobin
Entretien le monde des religions en 2007 avec F. Lenoir
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samedi 27 décembre 2025
Retours d'enfance...
lundi 18 août 2025
Esprit d'enfance
" À 40 ans, j’ai découvert l’esprit d’enfance. Qu’est-ce ? Le sens de l’étonnement, la curiosité, l’appétit, l’enthousiasme, le goût du jeu, l’humilité, la modestie, la confiance dans l’inconnu, ces qualités dont nous jouissons avant de les abîmer ou les égarer. Sans rebrousser chemin, il faut les récupérer. Aujourd’hui, je me force à lutter contre l’illusion de savoir. J’ai la passion du nouveau. Je refuse la fatigue de vivre. Je proscris le sentiment de déjà-vu ou de déjà-entendu. Je casse toute habitude. J’entends cultiver la fraîcheur, la saveur de la première fois, la naïveté éternelle.
L’art m’y aide. Quand j’admire un tableau ou que j’écoute une musique, je deviens vierge, neuf, j’assiste à une épiphanie. L’aube scintille. "
(Plus tard, je serai un enfant - Éric-Emmanuel Schmitt)
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mercredi 18 décembre 2024
Blessures d'enfance : quand l’amour répare
Les blessures d’enfance rejaillissent naturellement dans la vie de couple. Elles peuvent assombrir la relation, mais aussi ouvrir un chemin de guérison. À condition d’en prendre conscience et de vouloir les dépasser à deux.
...Quatre types de liens hérités de l’enfance
Comment identifier ses blessures ? « Certaines sont révélées par un comportement inadapté ; une réaction automatique, comme si le disque était rayé ; des échecs professionnels ou relationnels répétés », répond la psychologue, qui a publié les Blessures d’enfance, les connaître, s’en remettre (Mame, 2023). « L’impression d’un manque de liberté ou que, dans une situation particulière, on ne se reconnaît pas, on ne s’aime pas. » Agnès connaît ce malaise diffus lorsque, à chaque fois qu’elle passe des vacances dans sa famille, elle ressent une forte tension s’installer en elle (voir témoignage ci-dessous). Autre indicateur : les réflexions bienveillantes mais répétées du conjoint ou de l’entourage. « S’il nous fait toujours la même remarque, c’est un signal », poursuit l’experte.
La théorie de l’attachement identifie quatre types de liens hérités de la petite enfance, comme le détaille la psychologue Gwénaëlle Persiaux dans Guérir des blessures d’attachement (Eyrolles, 2021) : « sécure » ; « anxieux », marqué par la peur de l’abandon ; « évitant », avec la crainte de l’intimité ; « désorganisé » à cause d’une éducation imprévisible et incohérente. Ces tendances, qui colorent sans qu’on s’en rende compte toutes les relations affectives, ressurgissent particulièrement en amour.
« Souvent, l’autre appuie inconsciemment sur ce qui nous a marqué petit, relève Nathalie Loevenbruck, conseillère conjugale et familiale du cabinet Mots croisés. L’intensité relationnelle que l’on vit dans le couple rappelle les besoins affectifs que nous avions enfants et qui n’ont pas été toujours suffisamment satisfaits. Les conjoints attendent souvent du lien conjugal comme une réparation : amour inconditionnel, attention privilégiée ou bonne distance, qui ont pu manquer. Ainsi, notre choix amoureux va inconsciemment résonner avec notre vécu relationnel d’enfance. »
Prendre conscience de son histoire
Avec du recul, Véronique en témoigne, elle qui a épousé un homme très autoritaire. « Au début de notre mariage, je n’osais pas lui dire ce que je pensais, par peur du conflit, se souvient cette enseignante. En fait, je revivais exactement la même situation qu’avec ma mère ! Face au chômage et à la dépression de mon mari, je me suis fait violence pour lui dire mon ressenti. Le fait que je change nous a permis de vivre une relation plus ajustée. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de lui faire part de mes craintes, par exemple. » Et que l’on soit attiré par son semblable ou par son contraire, la difficulté ne tardera pas à émerger, comme le souligne Bénédicte Sillon : « Quand une personne me dit qu’elle a épousé une femme ou un homme très différents de sa mère – l’opposé même – ou de son père, cela me fait sourire, parce que les opposés, c’est souvent la même problématique… »
Un accompagnement thérapeutique peut permettre de prendre conscience de son histoire. « Ainsi, on projette moins sur l’autre ce qui nous appartient », abonde Nathalie Loevenbruck. Dans le cas de Louise, pas de quoi se livrer à 10 ans de divan, mais son attitude mutique a pu déstabiliser son mari. « Au début, quand elle se fermait, je pensais bien faire en la laissant tranquille, explique ce commercial quinquagénaire. J’ai mis plus de 10 ans à comprendre qu’il s’agissait en fait d’un appel à l’aide… muet. » Il s’emploie désormais à l’aider à s’exprimer, quand il la sent bloquée. « Parle-moi ! », lui intime-t-il alors en la serrant dans ses bras, jusqu’à ce qu’elle réussisse à vider son sac. « Sa tendresse inconditionnelle, son absence de jugement et son humour m’ont beaucoup aidée à sortir de ma coquille », accorde son épouse.
« Si nous sommes blessés en relation, c’est en relation que nous pouvons guérir, approuve la conseillère. La relation conjugale est celle qui nous met le plus au travail ! Elle nous invite, notamment par les conflits que provoque la réactivation des blessures, à cheminer. » Et de citer l’exemple de Stéphanie qui, enfant, s’était sentie étouffée par des parents surprotecteurs. Devenue une adulte casse-cou, rebelle, elle tombe amoureuse de Raphaël. Elle se sent sécurisée par le côté prévoyant qu’il a développé car lui, à l’inverse, s’est souvent senti en danger lorsqu’il était petit. Ses parents le surveillaient peu, il se blessait, se perdait fréquemment. Mais cette femme aventureuse finira par mal supporter les limites que semble lui imposer son conjoint et lui, séduit au départ par la soif d’exploration de sa chérie, en ressentira de l’insécurité. « La situation peut devenir invivable. Mais si chacun prend conscience de ce qui se joue, elle sera occasion de guérison », garantit Nathalie Loevenbruck.
« Apprendre à explorer le monde de l’autre »
Pour y parvenir, elle propose notamment l’approche relationnelle Imago. L’idée ? « Apprendre à explorer le monde de l’autre, si différent, si étrange… Comprendre que telle réaction trop vive exprime un besoin non satisfait dans l’enfance. » Concrètement, la méthode invite à des dialogues. « Chacun à son tour “traverse le pont qui le relie à l’autre” en reformulant ce qu’il dit, en exprimant sa compréhension, son empathie, détaille-t-elle. Des demandes réalistes pourront être faites et librement consenties. »
Ainsi, Raphaël et Stéphanie vont comprendre, ensemble, que lui a mis son côté aventurier « au congélateur » pour se protéger. Elle veillera à lui proposer une excursion où le danger est mesuré, qu’il pourra suivre sans peur. Il « décongèlera » ainsi l’audace bloquée en lui. Elle-même fera le chemin inverse en posant une limite à son goût du risque excessif et grandira en prudence, par amour. Cette approche thérapeutique permet de se révéler l’un à l’autre, jusque dans sa vulnérabilité. « On entre dans une relation plus consciente, conclut Nathalie Loevenbruck. En rejoignant l’autre, on apporte un baume sur sa blessure car se sentir compris aide à sortir d’une logique de victime et on se renforce soi-même. »
Mère de trois enfants, Louise en témoigne : « On fait partie des équipes Notre-Dame, et chaque mois, on se prend un moment en tête-à-tête pour se redire notre amour, aborder les difficultés rencontrées – tout ce que j’aime !, ironise-t-elle. Mais au fil des ans, cet exercice m’a appris à verbaliser mes besoins, à présenter mes failles, à ouvrir davantage mon cœur. » Si les blessures font mal, elles peuvent ouvrir un chemin d’espérance, par la force d’un amour qui sécurise et répare.
Par Agnès de Gelis
Source : La Vie
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jeudi 12 décembre 2024
Prendre conscience...
Consoler l'enfant perdu que nous avons été, ce n'est pas le dorloter, nourrir son obstination, en revivre obsessionnellement les souffrances.
Donner à l'enfant toute permission de s'exprimer, certes pour qu'il puisse grandir, évoluer. Nous portons cet enfant en nous, mais nous ne le sommes plus.
Travail de désidentification à faire ;
Réflexion sur le plan de la compréhension de nos comportements, jamais sur celui des "excuses". Evitons cette erreur puérile.
Nous sommes programmés par notre mémoire, comme un ordinateur doté de "mémoires" différentes selon les questions que l'on souhaite lui poser.
Prendre conscience de ce que nous sommes, de ce qui nous régente de loin : le passé. Ce passé, avec ses impressions restées toutes puissantes, invisibles, qui nous manœuvrent à notre insu comme une marionnette dont il tire les ficelles.
Principe incontournable : ce qui vient, vient pour partir : états de conscience provisoires, pensées instables, émotions changeantes ; notre psychisme entier est transitoire.
Comment pourrait-on être en paix avec autrui si on ne l'est avec soi-même.
Nous avons perdu le souvenir de notre implacable sensibilité d'enfant. Toute les sensations s'enregistrent chez lui comme une plaque ultra-sensible où s'amplifient le moindre son, le plus léger choc.
Un geste agressif, et il se sent tué. Il désire tuer à son tour immédiatement. L'enfant ne croit qu'à l'agréable et à sa permanence. Au moindre désagrément, il est perdu ; s'il subit un violent traumatisme, pas de nuances, le ressentiment sera long à passer.
Du ressentiment à la compréhension jusqu'à la réconciliation.
Qu'est-ce que comprendre l'autre sinon voir sa souffrance, son irresponsabilité, essayer de se mettre à sa place.
La mémoire : alors que chaque sensation, chaque perception est unique et qu’il n'y a pas de continuité, la mémoire s'immisce et nous incite à juger, comparer, en ramenant sans cesse des impressions anciennes. Elle établit des ponts, relie l'impression actuelle à celle du passé et ce lien donne l'illusion de la continuité. Quelque chose semble persister, devient insensiblement un "je" qui se développe et convaincu de sa propre permanence, se gonfle d'importance. C'est à travers la mémoire que se vomissent les émotions douloureuses du passé sur celles du présent, elle qui les dramatise et les fait dérailler.
La mémoire est neutre, c'est un instrument, que l’on emploie à sa guise.
Pourquoi ? Le "pourquoi" : je questionne lucidement, et je quitte le plan du mental pour celui de la buddhi ; l'intelligence discriminative.
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dimanche 24 décembre 2023
Des yeux de miséricorde
Tu prendras les mots comme ils te viendront. Mais ce que tu diras reviendra à ceci : dans la crèche il y a l’enfant-roi, l’enfant divin. Autour un père, une mère, des animaux avec des yeux de miséricorde. Un peu plus loin, un peu plus tard, il y a des bergers, des mages, tout un peuple qui vient prendre sa place. Et ce soir, il y a nous, autour de la même crèche, sur le même plan qu’elle. Elle n’est pas un élément du décor. Elle est le centre de nos vies. Le véritable soleil.
À Noël, l’enfance nous regarde d’un regard solaire. L’enfance de Dieu. Dieu comme enfance. À jamais. C’est le seul cadeau qui ne s’évente pas. Qui ne soit pas déjà ouvert. La mort peut venir avec ses hymnes désastreux. Le temps peut frapper à la porte avec ses clichés usés jusqu’à la trame. Le roi-enfant nous donne sa gloire et son regard d’amour. Ici et maintenant. À Noël, l’enfance te regarde. Elle revient de la longue nuit, et tu portes au visage, soudain, tes beaux yeux de toujours.
Emmanuel Godo. Poète et essayiste
(source : La Vie)
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jeudi 17 août 2023
L'esprit d'enfance
Dans la pratique et le travail sur soi, il est important de retrouver l'esprit du débutant...
Voici des articles du magazine La Vie qui nous parlent de l'esprit d'enfance :
dimanche 16 juillet 2023
vendredi 7 juillet 2023
dimanche 5 mars 2023
Se laisser malaxer le cœur
La plupart d’entre nous évoluons dans un contexte généralisé de maltraitance du ressenti. Nos parents, notre éducation, la société, tout nous pousse à la répression. Cela va des injonctions les plus grossières (« Un homme, ça ne pleure pas ! ») jusqu’aux plus subtiles (« Après des années de thérapies et de pratique, je ne devrais pas être si fragile ! »). Alors, il ne faut pas ressentir, ou le moins longtemps possible, et surtout que cela ne se voie pas. Qui plus est, l’enfance nous a confrontés à des situations si douloureuses que nous n’avons pas pu les ressentir complètement, nous avons donc dû nous fermer, nous « blinder » pour survivre.
La capacité de se laisser malaxer le cœur par la succession des épreuves et des succès, des joies et des peines, est une des clés de la progression spirituelle. La sensibilité, c’est le contraire de l’anesthésie, de l’endurcissement, de la rationalisation et du déni. Se laisser briser le cœur va mettre à bas tout notre monde artificiel et pathétique fait d’espoirs et de craintes, d’illusions, d’orgueil, de prétentions, de faux-semblants, d’opinions ; c’est ce qui va arracher tous nos masques et mettre à néant nos stratégies illusoires pour éviter la confrontation directe et vivifiante à la réalité.
Emmanuel Desjardins
Vivre – La guérison spirituelle selon Swami Prajnanpad. Le Relié
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samedi 3 décembre 2022
Enfant vivant.
"L'univers d'un enfant est original, nouveau et magnifique, riche en merveilles et en enthousiasme. Pour la plupart d'entre nous, c'est notre malheur que cette lucidité, cette aspiration authentique, vers ce qui est beau et sublime, soient affaiblies ou même soient perdues avant même que nous ayons atteint l'âge adulte. Si j'avais la moindre influence sur la bonne fée qui est supposée présider au baptême de tous les enfants, je lui demanderais d'offrir à tout nouveau-né, à son entrée dans le monde, un sens de l'émerveillement si indestructible qu'il persisterait toute la vie, tel un antidote infaillible contre l'ennui et le désenchantement des dernières années, les préoccupations stériles face à des choses factices, l'aliénation des sources de notre force."
jeudi 3 novembre 2022
Rayonnement de la Vie
Je connais des gens qui prennent la Vie en horreur sous l'étrange prétexte que le Monde leur déplaît. Comme si le Monde et la Vie étaient sortis jumeaux du même ventre ! Le Monde n'est que le lieu où la Vie s'aventure. Il est rarement accueillant. Il est même, parfois, abominable. Mais la Vie ! L'enfant qui apprend à marcher, c'est elle qui le tient debout. La femme qui apprend les gestes de l'amour, c'est elle qui l'inspire. Et le vieillard qui flaire devant lui les brumes de l'inconnaissable, affamé d'apprendre encore, c'est elle qui tient ses yeux ouverts. Elle est dans la force de nos muscles, dans nos élans du cœur, nos poussées de sève, notre désir d'être et de créer, sans souci de l'impossible. "Impossible est impossible!" Voilà ce que dit la Vie. Avez-vous déjà vu une touffe d'herbe verte s'étonner de sortir d'une fente dans le bitume? "
Henri Gougaud - Les sept plumes de l'aigle
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dimanche 19 juin 2022
« Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel »
Voici une vingtaine d’années, je suis tombée en contemplation face à un visage de pierre du temple d’Angkor. Ses deux yeux étaient clos sur une illumination intérieure, et ses lèvres rayonnantes d’un sourire de joie.
Et voilà qu’une pensée a éclos de mes profondeurs, et j’ai entendu résonner en moi : « Tu es une enfant de la connaissance. » J’ai accueilli cette parole (qui semblait être, elle aussi, de connaissance) et je l’ai confiée au silence. Jésus n’a-t-il pas dit : « Laissez venir à moi les petits enfants ! » ? Si cette parole était de vérité, elle révélerait son sens, un jour, tout simplement.
« L’enfant que j’ai été »
Ce jour est advenu, le mois dernier, dans toute son évidence. J’attendais dans une salle d’attente peinte en bleu, donnant sur un jardin baignant de lumière. Face à moi, pas de visage de pierre, mais une petite chaise en bois pour enfant, avec une assise en paille. J’aime attendre sans plus rien attendre, car ces temps suspendus permettent à nos âmes de s’abandonner librement à leur fantaisie créatrice, et ils portent souvent des fruits étonnants. De fait, cette petite chaise vide s’est emplie d’une grande présence. Je n’étais plus seule dans la pièce… Une enfant était là, assise devant moi : l’enfant que j’ai été.
Je crois beaucoup à la vie cachée. Notre monde cherche à nous détourner de l’essentiel, en tournant nos regards vers ce qui se passe sur le soi-disant devant de la scène. Mais ce qui se joue là, « dans la grande assemblée », contribue moins au salut du monde, que ce qui se vit, à l’abri des projecteurs, dans notre intériorité ou notre intimité.
De simples et petits gestes
Une parole d’amour murmurée à l’oreille d’un amant, une main posée sur la main d’un mourant, un verre d’eau tendu à un enfant pèsent dans la balance. Ce sont ces simples et petits gestes qui ouvrent, dans nos vies cachées, la « porte étroite » du Royaume. Cette chaise en bois me tendant son miroir, j’ai plongé dans son regard, retombant dans la cache de l’enfance.
J’ai vu ma chambre bleue où je dormais seule à l’étage, écoutant les craquements des meubles et les gargouillements des tuyauteries. J’ai vu mon lapin blanc tapant du pied et sautant sur mon lit pour me réclamer des caresses derrière ses oreilles. J’ai vu aussi mes cheveux de Vénus, ces capillaires que ma mère me confiait pour que j’acquière la main verte. Jour après nuit, je suis « née » de cette chambre, de ce lapin, de ces fougères, dont j’ai pris soin et que j’ai « fait naître » dans un amour mutuel.
Vers la joie fertile et créatrice
Et si c’était cela le sens de cette parole de connaissance ? Avoir pour vocation, non seulement de connaître, mais aussi de « co-naître » ? Être une enfant, non de la connaissance, mais de la « co-naissance » ?
À quoi sert, en effet, d’être une somme et des bagages de connaissances, si nos rencontres ne nous permettent pas de nous donner mutuellement la vie ? Ne sommes-nous pas sur terre pour aller à la rencontre des uns des autres, et naître les uns des autres ? La Bonne Nouvelle, n’est-ce pas la joie fertile et créatrice de cette co-naissance, qui nous permet ensemble de « faire toutes choses nouvelles » ?
Naître et renaître ensemble
« Faire toutes choses nouvelles » est bien l’urgence des temps… Notre monde s’effondre comme une tour de Babel lourde de ses connaissances et avide de reconnaissance, ayant oublié que l’essentiel est de naître et de renaître ensemble à l’infini. Vivre entre hommes et femmes, entre générations, entre cultures et traditions, mais aussi entre Terre et Ciel, entre mondes visible et invisible, entre règnes minéral, végétal, animal.
En me rappelant ma chambre bleue, mon lapin blanc et mes cheveux de Vénus, cette chaise en bois me désignait la « porte étroite » vers cette féconde connivence : le talent des enfants de la connaissance de co-naître dans l’amour mutuel !
Charlotte Jousseaume est écrivaine. Elle anime des ateliers d’écriture et a publié Le silence est ma joie (Albin Michel), Quatuor mystique (Cerf), Et le miroir brûla (Cerf) et J’ai marché sur l’écume du ciel (Salvator).
-------------- source : La Vie
dimanche 13 mars 2022
Lumières naturelles
"En sortant du centre de rééducation, je portais l'enfant dans mes bras. J'ai croisé une vieille femme dans son fauteuil roulant. Son visage s'est éclairé à la vue du nourrisson. Je me suis penché vers elle pour le lui présenter. Les deux se sont dévisagés un instant celui qui n'était pas encore tout à fait dans le monde, et celle qui n'y était plus complètement. La femme avait un visage merveilleusement ridé, semblable à l'écorce d'un arbre séculaire. Devant la perfection de ces deux présences, je ne comprenais pas pourquoi cette société veut à tout prix que nous restions indéfiniment jeunes, éloignés de ces deux lumières de la naissance et du grand âge, cloués au milieu."
Christian Bobin, extrait de Ressusciter.
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samedi 5 février 2022
Sans avis...
S'il vous plaît, de me donnez pas votre avis, je ne vous donnerai pas non plus le mien ; cet avis qui se mijote avec des pour avec des contre, avec des plus avec des moins, imprégné de toutes nos frustrations et de nos blessures profondes, mêlées à nos incompréhensions, voire à nos ignorances.
Non, donnez-moi votre ressenti, je vous donnerai le mien ; cette petite voix qui vient du cœur, qui a l’innocence de l’enfance, sans calcul et sans jugement, et qui parle au poète, à l’artiste, au rêveur, à l’amoureux, à l’intuitif, au sage, au prophète ou au fou, à l’intérieur de nous.
Ne laissons pas les pour et les contre nous diviser. Nous avons tant de belles choses à partager...
Elisabeth Kuhn
peinture: Edward Hopper 1882-1967 / Jo Sketching at Good Harbor Beach, 1924
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lundi 13 septembre 2021
L'enfant à retrouver
vendredi 3 septembre 2021
Enfance
On devrait barbouiller d'enfance sa vie entière, la garder dans cette belle lumière, l'éclabousser encore des années après avec cette lampe magique.
Conserver l'éclat des émotions, des émerveillements aux genoux écorchés vifs, le goût du caillou porté à sa bouche, le goût des étoiles portées à ses rêves.
Nous avons tant à perdre en perdant l'enfance. Et tant l'ont déjà perdue...
–Jacques Dor–
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