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vendredi 26 juin 2026

Du jardin à la maison, de l'enfant à l'adulte...


 « J'ai encore de telles émotions au bout de tant d'années! Il y a un changement général dans mon comportement mais certaines souffrances et certains désarrois demeurent toujours aussi puissants. » Au moment où vous suffoquez dans cette douleur ou ce tumulte intérieur aggravé par les pensées, vous êtes situés dans une région de votre psyché et il est possible de ne pas y rester emprisonnés. Vous pouvez retourner du jardin dans la maison. Et la voie va consister à passer de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement de cette part qui demeure, qui ne change pas, qui est infantile, à la part adulte. Ce qui change, c'est que vous êtes de moins en moins souvent et de moins en moins longtemps dans la part intitulée l'enfant en vous et de plus en plus souvent dans la part intitulée l'adulte.

La démarche consiste donc dans ce passage d'un lieu intérieur à un autre. Cette démarche, vous seul pouvez la tenter et peu à peu la réussir et c'est elle que Swâmiji appelait « dissocier l'adulte et l'enfant ». Mais pour cela il faut une conviction que vous ne pouvez plus oublier et, avant tout, vous souvenir que l'émotion n'est jamais justifiée. En tant qu'adulte, je ne peux pas ressentir cette émotion et les pensées qui l'accompagnent – seulement en tant qu'enfant. Et au moment où vous êtes encore désemparés, vous vous souvenez : l'adulte est là en moi. Je suis dans le jardin mais la maison est là. Au pire, admettons que la porte soit fermée, que j'aie perdu la clé et que je sois condamné à me geler dehors. Mais la maison chaleureuse est là, déjà. L'adulte est là mais vous ne serez pas conscients de sa réalité si vous restez entièrement immergés dans l'enfant en vous sans tenter d'en sortir – et avec cette idée fausse que l'enfant, un jour, n'aura plus d'émotions. Si tel était le cas, ce ne serait plus l'enfant!

Extrait "La Voie et ses pièges " de Arnaud Desjardins

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mercredi 3 juin 2026

Une part de lui-même


IL Y AVAIT UNE FOIS UN ENFANT QUI SORTAIT CHAQUE JOUR

Il y avait une fois un enfant qui sortait chaque jour,
Et au premier objet sur lequel se posaient ses regards, il devenait cet objet,
Et cet objet devenait une part de lui-même pour tout le jour ou une partie du jour,
Ou pour nombre d'années ou d'immenses cycles d'années.
Les précoces lilas devinrent une part de cet enfant,
Et l'herbe et les volubilis blancs et rouges et le trèfle blanc et rouge, et le chant du moucherolle brun.
Et les agneaux de Mars et les petits rose pâle de la truie et le poulain de la jument et le veau de la vache.
Et la couvée caquetante de la basse-cour ou celle qui s'ébat dans la bourbe au bord de la mare,
Et les poissons qui se suspendent si curieusement sous l'eau et le superbe et curieux liquide.
Et les plantes aquatiques avec leurs gracieuses têtes aplaties, tout cela devint une part de lui-même.
Extrait de Poèmes de Walt Whitman
- WALT WHITMAN – Poète américain – 1819 - 1892
(traduit de l’anglais par Léon Bazalgette)
la fleur, illustration de Simone Rea (illustrateur italien né en 1975)

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jeudi 12 mars 2026

Infantilisme


Aucune chaîne n’est plus solide que le plus faible de ses anneaux, aucun homme n’est plus fort que sa plus grande faiblesse. Voilà la vérité.

Le commencement de la transformation en adulte, c’est le goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors, le goût et l’amour de la vérité. Car l’enfant n’aime pas la vérité ; l’enfant aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m’avait donné l’exemple d’un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de l’argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant, ils aiment prétendre. Et un adulte qui n’a pas le goût personnel de la vérité, de la vérité coûte que coûte et à n’importe quel prix, est encore un adulte infantile. Le commencement du passage de l’enfant à l’adulte s’accomplit quand cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer, plus forte que faire semblant, plus forte qu’être aimé – plus forte que tout le reste je veux la vérité. C’est la promesse de l’adulte un jour.

Regardez-vous vous-même, avec une grande exigence et une grande lucidité parce que ce n’est pas tellement facile, j’en parle en connaissance de cause. Où suis-je totalement vrai ?

Où est-ce que je me mens à moi-même ? Où suis-je empêtré dans mes illusions ? Et vous découvrirez que la vérité a été tellement perdue de vue – la vraie vérité, pas celle qu’on arrive à faire croire aux autres parce qu’on est un peu plus habile – que vous ne la retrouvez plus.

Vous êtes, dans une certaine acception du mot, « aliénés », c’est-à-dire « étrangers à vous-mêmes ». Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que j’aime, ce que je veux ; je me suis perdu de vue.

Tout l’enseignement de Swâmiji peut être vu dans cette ligne, à condition de ne pas la prendre au sens figuré ou allégorique. Ce ne sont ni des paraboles, ni des figures de rhétorique. C’est tout à fait réaliste : l’enfant fait la loi en vous. On ne peut vraiment comprendre les adultes, les autres êtres humains autour de nous, qu’en termes d’infantilisme. Et en termes d’infantilisme, tout s’explique. Au fond nous le savons bien, nous nous en rendons compte plus ou moins. Mais ce dont j’avais besoin, moi, c’est que quelqu’un avec l’autorité de Swâmiji me le dise.

Je peux regarder n’importe lequel d’entre vous dans les yeux et lui demander : « Dans quel domaine n’êtes-vous encore qu’un enfant, que l’expression d’un enfant ? Auprès des femmes ? Dans la vie professionnelle ? Dans vos relations avec l’argent ? Dans votre peur du qu’en-dira-t-on ? Dans votre besoin d’être aimé ? Dans votre crainte d’être critiqué ? »

Cet infantilisme, cherchez-le bien ; cherchez-le même dans ce que vous considérez comme un de vos atouts majeurs dans la vie. Ce n’est pas parce qu’une vedette de cinéma ne peut faire le voyage de Rome à Hollywood sans son ours en peluche qu’elle est infantile.

C’est certainement une marque d’infantilisme mais ce n’est probablement pas la plus flagrante ni la plus tragique. Ne vous trompez pas. Ne vous dupez pas.

Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela

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dimanche 17 août 2025

Besoins fondamentaux

 


"Il y a deux choses dont on a fondamentalement besoin dans l'existence. La première, la plus importante, est la communion, la relation aux autres, c'est-à-dire l'amour au sens large, non la seule relation amoureuse. L'être humain a un besoin vital d'être relié. 

La seconde chose nécessaire pour s'épanouir, c'est la liberté, au sens profond de pouvoir être soi-même, de ne pas être entravé dans l'expression de sa sensibilité.

Lorsque l'on parvient à équilibrer ces deux pôles de l'existence, on est vraiment dans la joie." 

Frédéric Lenoir

Photo : Helen Levitt - 1940


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jeudi 14 août 2025

L'arc stable


Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, Parlez-nous des Enfants. Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran -(extrait du recueil Le Prophète)
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dimanche 20 juillet 2025

lundi 23 juin 2025

Le maillon faible

 


Cherchez le maillon le plus faible de la chaîne. C'est celui-là qui peut se rompre. Ne vous illusionnez pas avec vos forces, ayez l'honnêteté de vous mesurer à votre plus grande faiblesse et c'est cette plus grande faiblesse à laquelle vous devez mettre fin, même s il faut pour cela deux ans, cinq ans, dix ans.

Il est plus facile de fermer les yeux et d'essayer de ne pas la voir. Mais vous n'avez plus aucune chance de devenir libre un jour. Si la chaîne que vous représentez comporte quinze anneaux forts et un anneau faible, et si vous ne voyez que les quinze anneaux forts et ne voulez pas tenir compte de l'anneau faible, vous ne deviendrez jamais un sage jamais quels que soient vos efforts de « sadhana » ou de méditation. Et cette faiblesse, vous pouvez découvrir qu'elle s exprime en termes d infantilisme. Voilà le point sur lequel je suis encore un enfant. Et puis comprenez bien ce qu'est un enfant ; regardez les enfants de deux ans, trois ans, cinq ans.

Swâmiji m'a mis le nez sur le maillon le plus faible de ma chaîne. Et c'était un maillon sur lequel je m'illusionnais complètement parce que j'y voyais au contraire une certaine force. Il s'agissait de la relation avec le sexe féminin. À partir du moment où j avais dépassé la timidité, le complexe d'échec de mes vingt ans et une approche infantile de l'amour, j'avais peu à peu gagné une affirmation, une aisance, une audace en face du sexe féminin. Swâmiji m'a montré que c était uniquement de la faiblesse et de l'infantilisme, même si un certain prestige s'attache à l'homme qui a du succès auprès des femmes, ou la femme qui a du succès auprès des hommes.


Aucune chaîne n'est plus solide que le plus faible de ses anneaux, aucun homme n'est plus fort que sa plus grande faiblesse. Voilà la vérité.

Le commencement de la transformation en adulte, c'est le goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors, le goût et l'amour de la vérité. Car l'enfant n aime pas la vérité ; l'enfant aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m avait donné l'exemple d un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de l'argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant, ils aiment prétendre. Et un adulte qui n'a pas le goût personnel de la vérité, de la vérité coûte que coûte et à n'importe quel prix, est encore un adulte infantile. Le commencement du passage de l'enfant à l'adulte s'accomplit quand cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer, plus forte que faire semblant, plus forte qu'être aimé - plus forte que tout le reste je veux la vérité. C est la promesse de l'adulte un jour.

Arnaud Desjardins - « Tu es cela » - À la recherche du soi IV

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samedi 19 avril 2025

Cette douleur qui ne part pas

 


Tu crois que tu pleures une rupture. Tu crois que c’est la perte de l’autre qui t’écrase. Mais la vérité, c’est que chaque départ réveille quelque chose de bien plus ancien. Tu vis une fin… mais ton cœur, lui, revit un abandon. Un que tu n’as jamais su digérer. Celui de l’enfance. Celui où tu n’as pas été choisi. Pas écouté. Pas assez regardé. Et tu ne t’en rends même pas compte. Tu souffres aujourd’hui comme si c’était disproportionné… mais c’est simplement accumulé.

Chaque fois que tu t’attaches à quelqu’un, c’est comme si une partie de toi espérait secrètement que cette fois-ci, on va rester. Qu’on va t’aimer sans condition. Qu’on va réparer ce que d’autres ont cassé. Tu ne cherches pas seulement un partenaire. Tu cherches un refuge. Une preuve que tu vaux la peine. Et c’est ça le piège. Parce que tant que tu ne guéris pas cette blessure originelle, tu vas continuer à confondre l’amour avec le besoin d’être sauvé.

Et quand ça casse, ce n’est pas juste une histoire qui se termine. C’est un schéma qui se répète. Encore. Et encore. Tu te demandes pourquoi tu tombes toujours sur les mêmes types de personnes. Pourquoi tu souffres toujours autant. Pourquoi ça fait aussi mal. C’est parce que ce n’est pas elle ou lui que tu perds… c’est l’espoir que, cette fois, ça allait enfin réparer ce vide que tu traînes depuis l’enfance. Un vide que tu n’as jamais appris à remplir toi-même.

Tu vois, l’enfant en toi a été blessé un jour. Il s’est senti rejeté, invisible, pas assez bon. Et comme personne ne l’a rassuré à ce moment-là, il a grandi avec cette peur viscérale : celle de ne jamais être aimé pour de vrai. Depuis, à chaque relation, il tend les bras. Il dit : « S’il te plaît, choisis-moi. Reste. » Et quand ça s’écroule, il s’effondre avec. Ce n’est pas l’adulte en toi qui pleure. C’est cet enfant qu’on a laissé derrière.

Tu n’as pas besoin d’un amour parfait. Tu as besoin de te retrouver. De revenir vers toi. De reconnaître cette part de toi qui a été blessée, et de lui dire : « Tu n’es plus seul. Je suis là maintenant. » Parce que personne ne viendra guérir ça à ta place. Personne n’a ce pouvoir. Même l’amour le plus sincère ne suffira pas, si tu ne te donnes pas, toi aussi, cette présence que tu attends des autres depuis toujours.

Tu peux continuer à courir après des gens pour combler ce vide. Tu peux aussi décider de t’arrêter. De respirer. Et de regarder en face ce qui a vraiment besoin d’attention. Ton cœur. Ton histoire. Ton passé. Tu ne peux pas changer ce que tu as vécu. Mais tu peux arrêter d’en faire un automatisme. Tu peux transformer ce schéma en le regardant droit dans les yeux. Tu peux aimer autrement. Commencer par toi.

Parce qu’un jour, tu vas aimer sans avoir peur qu’on parte. Tu ne supplieras plus pour qu’on t’aime. Tu ne seras plus à genoux pour être choisi. Tu seras debout, solide, en paix. Tu sauras que tu es entier, même si l’autre s’en va. Et ce jour-là, l’enfant blessé en toi ne criera plus. Il sera fier. Fier de toi. Fier de la personne que tu es devenue. Fier que tu sois enfin rentré chez toi.

Francis Machabée 

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lundi 7 avril 2025

Univers d'enfant

 



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dimanche 26 janvier 2025

Emmanuel Godo : « Toute naissance réintroduit dans le monde l’esprit du commencement »

L’enfant dans son berceau. Ce visage, cette présence inouïe qui émerveille et intimide. Venu ici, parmi nous, après un long voyage que la science n’explique pas. Que les raisons n’élucident pas seules. Ces mains fripées, ces yeux mi-clos, c’est un petit vieillard vénérable. Neuf et très vétuste. Il a marché pendant combien de siècles pour venir au monde, là, maintenant ? Il a traversé la nuit, l’absence, les grandes étendues du rien, toute l’histoire passée.

Le silence qui le porte est sacré. Barrès disait : « Il ne faut pas dire que les enfants sont de petits animaux. Ce sont des rois-prêtres qui sommeillent. » Il écrivait ces mots devant son fils, nouveau-né, Philippe. Et moi j’écris ces mots en pensant à mon petit-fils, Marceau, né fin septembre. C’est toujours la vie qui nous souffle ce que nous devons écrire. Ou plutôt, c’est elle qui nous demande des mots qui soient fidèles à sa déchirante beauté, celle qui, justement, nous laisse sans voix. On écrit avec, toujours, cet espoir : qu’un peu de cette splendeur de la vie vienne animer nos paroles, les faire sortir de l’hiver qui les tient prisonnières.


Aziliz Le Corre vient d’écrire un très beau livre, un hymne à l’enfantement : L’enfant est l’avenir de l’homme (Albin Michel, 2024). On y trouve des arguments contre les voix qui désespèrent, contre les sirènes du renoncement qui, la main sur le cœur et le néant à la bouche, serinent à chaque instant leur venin : ne plus faire d’enfant pour sauver la Terre. On reconnaît le mal à sa manière de vouloir rendre préférable l’inexistence. De privilégier les idoles creuses (Gaïa, la planète) aux dépens de la vraie vie : le paysage, l’enfant, le foyer — le monde à taille humaine.

Quelqu’un au bout du fil

L’enfant vient au monde appelé par la confiance et l’amour. Novalis l’a dit d’une manière fulgurante et définitive dans le Brouillon général : « Un enfant est un amour devenu visible » (Allia, 2000). Cet amour est humain mais tout amour a une racine et une destination divines. Devant l’enfant, il nous vient le désir de remercier, de dire notre gratitude. Et même si l’on a une idée floue de ce qu’est Dieu, on sent bien, de tout notre être, qu’il y a quelqu’un au bout du fil de la reconnaissance.

Aziliz Le Corre cite un très beau poème écrit par René Char à la vue d’un nourrisson, Élisabeth, la fille du poète Jacques Dupin : « J’ai vu tes yeux bleus de vingt jours / Donner un frisson clair aux feuilles / De l’ormeau qui ferme le parc / Où bientôt tu trottineras. / J’ai vu ton père se grandir / En t’élevant sur sa poitrine, / Et ta mère se définir / En baisant tes joues d’algue douce. / Dans le berceau conciliant / Où tu rougis petite aurore, / Élisabeth, je te découvre / Comme la rose des sous-bois. / Et je suis heureux de cela, / Moi qui marche sous la pluie fine. »

Les plus beaux poèmes sont des poèmes de circonstance, enracinés dans la vraie vie qui n’est pas ailleurs mais là, sous nos yeux, juste derrière nos représentations, nos mots prévisibles, le sommeil de nos idées.

Cette foi dans le monde

Aziliz Le Corre raconte comment Hannah Arendt, écoutant à Munich, en 1952, l’oratorio de Haendel le Messie, a la révélation de ce que signifie, profondément, la naissance des enfants : « Le miracle qui sauve le monde, le domaine des affaires humaines, de la ruine normale, “naturelle”, c’est finalement (…) la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau l’action dont ils sont capables par droit de naissance. » C’est cette espérance et cette foi dans le monde, poursuit Arendt, qui trouvent leur expression la plus resserrée et la plus glorieuse, dans la petite phrase des Évangiles : « Un enfant nous est né. »

Tout enfant redit la promesse. Toute naissance réintroduit dans le monde l’esprit du commencement. Le grand crépuscule où tourne en boucle notre mémoire de rose fanée est vaincu par presque rien : une toute petite aurore. 

Emmanuel Godo

source : La Vie

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mercredi 18 septembre 2024

Quel respect ai-je de moi ?


...Pour un enfant, la relation affective avec ses parents représente un enjeu vital qui justifie tous les sacrifices, quitte à y laisser son intégrité. Pour obtenir, un peu d’attention, pour conquérir le cœur d’un parent distant ou rejetant, de quoi serait-il capable ! Cela prime sur tout le reste. Ce mécanisme gouverne les désordres de l’immunité psychique, l’enjeu infantile supplantant la nécessité présente de savoir se défendre. On comprendra que les effets de cette carence affective ancienne ne sauraient se résoudre en quelques jours...

Nous nous traitons nous-mêmes comme nous avons été traités : « Je n’accorderai pas plus de crédit à mes ressentis que mes parents ne l’ont fait. Je me nie si on m’a nié, m’abandonne si on m’a abandonné, me rejette si on m’a rejeté. » En prendre conscience sur le vif, dans la mouvance d’un moment relationnel ouvre l’accès à un ressenti plus profond de soi-même. « Quelle considération, quel respect ai-je pour moi ? Suis-je à mes côtés, solidaire, ou déjà prêt à vaciller, à renoncer, à plier ? »

Christophe Massin- Savoir se défendre L'immunité psychique

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dimanche 25 août 2024

« J’ai le vague à l’âme de l’été, la nostalgie de l’enfance où le temps du repos était long »

 Paule Amblard arpente les rues désertées du Paris estival… et cette saison lui évoque l'insouciance de ses jeunes années, les déambulations des poètes, l'abandon au présent des spiritualités orientales.



À l’heure où j’écris, la ville dans laquelle j’habite est dépeuplée. À Paris, les rues sont en deuil avec leurs commerces fermés par les lourdes ferrailles des rideaux gris, les trottoirs sont désertés des humains, des poussettes, des chiens. Je pourrais me réjouir de ce calme retrouvé, où la cité semble reprendre souffle.

Débarrassée de son trop-plein d’habitants, elle apparaît nue dans la beauté de ses musées, de ses monuments, de ses immeubles de vieilles pierres, de ses éléments qui n’appartiennent qu’à elles : une entrée de métro signée Guimard, une fontaine Wallace avec ses cariatides, un bouquiniste le long de la Seine. La pierre reprend ses droits sur la foule qui s’est enfuie, elle redevient un objet de contemplation. Je pourrais me réjouir de ce spectacle qui brille pour une poignée d’égarés qui ne sont pas partis. Mais le temps radieux m’invite ailleurs.


Ce bonheur d’enfant

J’ai le vague à l’âme de l’été, la nostalgie de l’enfance où le temps du repos était long, heureux, loin de mon quotidien d’écolière. L’été avait le goût de pêche, l’odeur de fleur et de vent, la surprise de l’instant non prévu, le sourire des adultes détendus. C’était si simple, le temps d’enfance, à rêvasser, à bouger sans fatigue ou lassitude, à regarder l’infiniment petit dans une fourmi ou l’infiniment grand dans les constellations célestes.


À l’heure où je devrais travailler, j’aimerais voyager dans ce passé des étés de l’enfance, revoir mon grand-père dans le jardin confectionner pour ma sœur et moi des pagnes de Tahitiennes avec des fanes de carotte. J’aimerais revenir dans l’église où nous allions chaque dimanche célébrer la messe avec ma grand-mère, l’entendre chanter fort à me faire rougir d’être à ses côtés, mettre ma main dans la sienne à l’heure de communier, aller dans le cimetière sur la tombe familiale pour dire un bonjour hebdomadaire à ceux qui sont partis et nettoyer la pierre, l’orner de nouvelles fleurs et enfin revenir dans la maison, rejoindre mon grand-père qui ne croit pas mais respecte la ferveur de son épouse.

J’aimerais retrouver ce bonheur d’enfant fait de grandeurs et de manques, d’engouements et d’ennuis. Pourquoi à l’âge adulte est-ce devenu si complexe de vivre pleinement, sans crainte, en faisant confiance à notre destinée ? Il faudrait faire comme les bouddhistes, laisser passer les nuages des pensées, des obligations, des projections pour fixer sa conscience sur l’instant présent, qui laissera sa place à un autre instant.


Une question de conscience

Il faudrait être comme les poètes qui n’ont pas besoin de sortir de chez eux pour déambuler dans la nature et être en communion avec le monde : « J’irai dans les sentiers, / Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : / Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. / Je laisserai le vent baigner ma tête nue. / Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : / Mais l’amour infini me montera dans


l’âme », écrit Rimbaud dans son poème Sensation.

Il faudrait être comme les voyants, sentir le ravissement spirituel, quitter nos pesanteurs, se retourner et voir le ciel ouvert comme Jean à Patmos. Que l’on reste, que l’on parte, on voit bien que tout ceci est une question de conscience. Vacances ou non, il s’agit de trouver la bonne orientation, celle qui mène à l’Orient de nous-mêmes, vers la lumière qui est la nôtre.

Alors les nuages, les nostalgies seront laissées à ce qu’ils sont, des souvenirs. Si vous partez en vacances ou si vous ne partez pas, - puissiez-vous goûter les pêches et sentir l’odeur du vent. « Ici une buée, et là une buée / Et après la Clarté ! » (Emily Dickinson). 


Paule Amblard

Historienne de l’art, spécialisée dans l’art du Moyen Âge et la symbolique chrétienne, elle est l’autrice de l’Apocalypse de saint Jean, illustrée par la tapisserie d’Angers (Diane de Selliers, 2010), des Enfants de Notre-Dame et de la Chambre de l’âme (Salvator, 2021 et 2023).

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dimanche 7 avril 2024

Quand nos enfants ne sont plus des enfants

Quand nos enfants ne sont plus des enfants, peut-on encore leur donner des conseils ?

 


Quand nos « chers petits » deviennent adultes, comme il est difficile de les considérer comme tels et de trouver la position juste. Nous nous croyons tellement indispensables. Si en théorie nous sommes d’accord pour respecter leur liberté, acceptons-nous vraiment de ne plus avoir notre mot à dire, ? Couper le cordon, oui, mais… il nous faut encore veiller sur eux. Jusqu’à quel âge sommes-nous responsables d’eux ? À partir de quand pouvons-nous les « lâcher » ?

Qu’ils fassent leurs propres armes, nous en sommes fiers. Qu’ils prouvent ce dont ils sont capables, formidable ! Mais qu’ils ne s’éloignent pas trop des projets que nous avions conçus pour eux avec tant d’amour et de pertinence ! Au fond, qui les connaît mieux que nous ? Qui sait ce qui est bon pour eux ? Ils manquent si souvent de discernement !

Pris dans une tempête émotionnelle 

S’ils nous présentent un amoureux, une amoureuse si peu apte, à nos yeux perspicaces, à les rendre heureux, s’ils quittent leurs études, ou leur travail, pour lesquels, c’est certain, ils étaient faits, quand ils prennent une orientation sexuelle qui nous surprend, s’ils divorcent alors qu’on ne comprend pas pourquoi, notre premier réflexe, c’est la peur, le désarroi. Nous sommes inquiets pour eux. Que faire ? Que dire ?

Une tempête nous submerge. Nous sommes pris entre le risque de les perdre si nous nous opposons frontalement, et celui de les voir s’engouffrer dans une impasse désastreuse, si nous ne réagissons pas. Mais sommes-nous vraiment aptes à juger ? Avons-nous encore une quelconque autorité ?

Reconnaître son enfant dans sa différence

Pour trouver la bonne distance émotionnelle, il est déjà important de ne pas considérer que leurs choix signent notre échec de parents. « Qu’ai-je raté ? » : la culpabilité ne résout rien. Ensuite, il s’agit de nous décentrer de notre propre vision, voire de nos propres convictions, faire un pas de côté, vers notre fille, notre fils devenus femme, homme. Efforçons-nous de les regarder, non plus à travers nos yeux de parents, mais de les découvrir comme des personnes à part entière, avec leurs ressources propres. Essayons de comprendre leur choix, avant de le juger, le condamner. Quel sens a-t-il pour eux ? Tentons d’en discuter avec eux, en leur demandant non pas de se justifier mais d’expliquer.


En reconnaissant notre enfant dans sa différence, nous l’affirmons dans sa singularité. C’est de cela que les jeunes adultes ont besoin. « Reconnaître autrui, c’est croire en lui », déclarait Levinas. Accepter les « trahisons » de nos enfants s’avère plus facile si nous avons, nous aussi, en son temps, osé mettre en œuvre les déloyautés nécessaires vis-à-vis de notre famille d’origine. Cette attitude, exigeante, certes, permet néanmoins à chacun de grandir et d’entretenir un lien ouvert et respectueux.

Une leçon d'humilité et un gain de liberté

Mais tout de même, lorsque, le plus objectivement possible, leur option les met en danger, nous ne pouvons nous taire. Avec tact, dans une discussion d’adulte à adulte, amicale plutôt que filiale, nous pouvons essayer de leur exprimer nos inquiétudes. Il ne s’agit pas de leur dire qu’ils ont tort, ni de les convaincre de changer, encore moins de leur donner des conseils mais les amener à avoir un autre point de vue, à réfléchir aux conséquences de leur choix. La décision leur appartient. Nous ne pouvons pas les protéger malgré eux.

Ne plus pouvoir faire pour eux ce qu’on pense devoir faire, renoncer à ce que notre expérience personnelle leur serve nous place face à une impuissance douloureuse. Arrive un temps où nous ne sommes plus les parents que nous aimerions être. Cette leçon d’humilité ouvre sur une appréciable liberté.

Nicole Prieur

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dimanche 31 mars 2024

Rire au paradis

 


« J'aime le rire. Je l'aime avec gourmandise, je l'aime tellement qu'il me donne le seul doute quant à la figure radieuse du Christ : pas un seul éclat de rire dans les Évangiles. Il est vrai que les dieux ne semblent pas goûter au rire. Ils vont plutôt du côté du sourire et cependant je ne peux croire que le rire soit laissé comme un os à ronger pour les diables, je ne peux penser que le rire n'a pas sa place en paradis : qui a vu un petit enfant éclater de rire a tout vu de cette vie et de l'autre. »


Christian Bobin, L’épuisement, Le temps qu’il fait, 1994, p. 88


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samedi 30 mars 2024

Manifestations

 


"Enfant, peut-être avez-vous joué avec un kaléidoscope, un jouet très simple et merveilleux. J’en ai quelques-uns dans ma cabane. Il y a des morceaux de matériaux colorés et deux miroirs à une extrémité qui laissent voir de nombreux motifs différents. Chaque motif est une belle manifestation. Si vous la tournez un peu, cette manifestation sera remplacée par une autre manifestation. Chaque manifestation est belle. En tant qu’enfant, vous n’êtes pas triste qu’une manifestation remplace une autre. Les manifestations aussi, même extrêmement belles, ne se sentent pas tristes quand elles cèdent leur place à la manifestation suivante. L’enfant apprécie simplement les changements sans aucun regret car la prochaine manifestation sera aussi belle que la précédente. Il n’y a pas de peur, pas de regret car toutes les manifestations ont le même fond, les petits bouts de couleurs dans le kaléidoscope. Le socle de toutes les manifestations est toujours là. Si vous pouvez toucher ce fondement, les changements ne vous dérangent pas. Vous n’êtes pas piégé par ce corps, vous savez que ce n’est qu’une manifestation. Vous êtes prêt à vous manifester sous une autre forme aussi merveilleuse que celle-ci."

Maître zen Thich Nhat Hanh

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jeudi 29 juin 2023

En disponibilité...

 


Les choses arrivent à qui est disponible pour les vivre, les entendre ou les voir. C’est formidable d’être à la disposition de son destin.

Sinon, que se passe-t-il ? Rien.

Se laisser guider par son instinct, suivre des chemins inconnus où tout devient important. Avoir le sentiment d’être de nouveau un enfant. Être curieux du monde et apprendre sans cesse. Tout a du sens quand on est comme cela, en voyage dans sa vie. 

Jacques Higelin

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mercredi 12 avril 2023

Effacement et affirmation de soi



Le Chemin comprend deux aspects, un aspect d’effacement de soi et un autre aspect d’affirmation de soi. Tant que vous n’aurez pas tiré cette apparente contradiction au clair, vous serez mené par le mental et vous ne pourrez pas vraiment progresser.
Le Chemin demande une affirmation de soi que vous ne pouvez même pas imaginer, même pas soupçonner. Et, en même temps, le Chemin demande un effacement de tout ce qui rapetisse, corrompt, dégrade, amenuise le Soi.
Swamiji s’adressait à un homme dont l’ego était plus ou moins mal en point et qui n’avait pas pu grandir et s’affirmer parfaitement. Une affirmation de soi est nécessaire, juste et normale et il ne faut pas la considérer comme un péché, un vice ou une marque d’égoïsme.
Si un enfant n’a pas été assez aimé, reconnu, aidé, apprécié, s’il a été critiqué, blessé par des paroles désobligeantes, des comparaisons, s’il s’est senti seul, incompris, il doute de lui. Il vit sans avoir vraiment confiance en sa vie et je dirais même sans oser vivre vraiment, comme s’il n’était pas convaincu qu’il a le droit d’exister, que son existence est très importante et qu’il a sa place au soleil.
Se nier soi-même, douter de soi, c’est nier le Soi, c’est douter du Soi, c’est donc une attitude blasphématoire et sacrilège.
Arnaud Desjardins
Un grain de sagesse, chapitre "Je suis"
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vendredi 13 janvier 2023

Comment préserver l’âme d’un enfant ?

En décembre 2008 j'ai eu la chance d'assister à Paris à un séminaire de deux jours de Stephen Jourdain. C'était le dernier séminaire qu'il donnait car il s'est éteint 2 mois plus tard. Une étrange rencontre. Un homme parfaitement clair, un homme provocateur, un homme sans concession, mais un homme torturé par son histoire humaine. Comme la réalité est indicible, il en parlait poétiquement. Il m'a apporté une liberté, la liberté d'être ce que je suis. Aucune apparence n'est à cultiver. Nous pouvons être dans la crudité de notre humanité ou dans sa pudeur, quelque part, cela n'a aucune importance, pourvu que nous préservions la pureté de notre enfant intérieur.

Je vous souhaite à tous une belle journée, en compagnie de cet enfant intérieur qui ne nous quitte jamais, mais que nous ignorons souvent.

Philippe



"Comment préserver l’âme d’un enfant ?

Un grand dessein, mais une utopie : l'âme puérile se corrompt toute seule. Selon les apparences, le grand corrupteur, c’est « l’extérieur » : la société, l’école, les parents. En fait, quasiment dès le berceau, nous nous corrompons nous-mêmes. Il ne s’agit donc pas, ici, de préserver mais de sauver ; de mettre cet enfant que nous chérissons plus que tout, en position de se sauver lui-même.

Nous sommes tous des âmes malades – du moins, le virus de la cécité interne, de la pauvreté interne, la mort intérieure, est lové dès la naissance dans les abysses, hélas inconscients, de l’intimité de nous-mêmes. Au tournant, pourtant scintillant de la vie de l’adolescence, nous allons, toujours dans la nuit de l’inconscience, activer le virus. Et, spirituellement parlant, nous entrerons dans le coma.

Je le répète : la société a bon dos, les parents aussi…  Ces instances extérieures n’arrangent rien, c’est vrai ! Mais elles ne font qu’attiser une malédiction qui est déjà sur nous. La malédiction est sur nos subjectivités, et chacun de nous en est l’inventeur et l’ouvrier zélé.

Quel est le salaud qui met de la suie sur le monocle de l’âme ? Qui m’enténèbre et me salit au point que j’oublie que je suis un esprit, que je suis une sensibilité – plus grave encore, simplement que je suis ? Oui, qui est le dispensateur de toute cette crasse interne, QUI S’ACHARNE AINSI SUR MOI ? Moi. Moi personnellement.

Sûrement, je veux dire quelque chose ou quelqu’un en moi ? Non, je veux bien dire moi ; je veux dire exactement moi.

Donc, voilà l’incroyable vérité : c’est nous-mêmes et pas un autre à l’extérieur de nous, et pas un autre à l’intérieur de nous, qui nous massacrons – j’ai failli dire bousillons – d’instant en instant, sans jamais nous lasser, et sans que notre moi intérieur habituel en ait la moindre conscience."

Stephen Jourdain - extrait de "Voyage au centre de soi"

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mardi 20 décembre 2022

Entre Circé et Jodo

 


Aujourd'hui c'est dimanche, jour de repos. Hier samedi, notre nièce Inès nous a amené sa petite fille Circé de trois ans pour que nous prenions soin d'elle. J'ai proposé un jeu à la petite fille. Je serais un ogre essayant de me reposer, en train de faire une sieste. Circé devrait me réveiller brutalement. Le

Ogre protesterait, puis retournerait au sommeil. Elle me réveillerait à nouveau, je reviendrais protester puis m'endormir et ainsi jusqu'à épuiser. Je te conseille de voir ce qui s'est passé. Pascale a tout filmé sans que Circé et moi nous en rendions compte. J'ai compris que la meilleure pause pour six jours de travail est de jouer avec les enfants.

.🎥 par @pascale_montandonjodorowsky

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