Shabbat
oui, je sais
il y a la douleur de la carcasse
le cri du corps
cloué
je n’ai pas oublié
mais aujourd’hui
la maison en beauté
ronronne comme un félin repu
la campagne tressaille
au timide soleil
j’ai résolu
de ne rien faire
sinon écouter
jouer de la musique
prier
marcher
écrire lire
en douce compagnie
alors sans restriction
je me réjouis
mes cellules
se gorgent de contentement
je sais
il y a la souffrance des esprits
tourmentés
de grands et petits soucis
agités
de démons inventifs
les uns et les autres
leurs meurtrissures
leurs plaies ouvertes
leurs illusions
chevillées au corps de douleur
je n’oublie pas
je suis là
mais aujourd’hui
Je fais shabbat
celui fait pour l’homme
je me guéris moi même
de mes infirmités
me soigne
de mes lassitudes
je sais
il y a
tout ça
la pantomime
ce qu'ils appellent l’Histoire
qui ne fait que se répéter
sous des chorégraphies variés
ce qu'ils nomment
l’actualité
pourtant dépassée à peine énoncée
par laquelle
sous l’alibi de l’information
il se laissent ronger
jusqu’à en être vérolés
aveuglés et assourdis
de pensées
d’opinions
d’émotions
chacun se croyant fondé
à y aller de son commentaire
je n’ignore pas
les dictateurs en devenir
leurs songes de puissance
auxquels
sans ciller
ils sacrifient les foules
j’y prête
juste ce qu’il faut d’oreille
je m’en garde
sans m’en protéger
mais aujourd’hui
j’existe
dans mon sanctuaire
saturé de bénédictions
entre tous privilégié
terrassé de gratitude
nous sommes suspendus
dans le vide
à la merci
de forces et de courants
hors de notre portée
entre les mains du Plus Grand
dont nous ne savons le dessein
je n’enterre pas ma face
ce qui viendra
il sera toujours temps de le vivre
mais aujourd’hui
le serviteur
loyal et de bonne volonté
se repait du repos
accordé par son maître
Gilles Farcet
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