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vendredi 17 juillet 2026

Derrière les yeux


Le souffle de lumière, le tremblement concentré
qui émane de certaines rencontres
contredit parfois sa propre brièveté
et s’étend comme une lente alchimie
sur tout le reste de la vie.
Posséder ainsi pour toujours
quelque chose que l’on n’eut jamais
et que l’on n’aura jamais,
change la condition de l’homme,
modifie ses limites.
Les mains se touchent parfois
et parfois n’y parviennent pas.
Mais les yeux se touchent
ou quelque chose qui est derrière les yeux.
Mais posséder ainsi, toucher ainsi,
réduit encore un coin d’éternité
et le fait tenir dans la cellule que nous occupons.
C’est peut-être là qu’est la sagesse de l’amour,
sauvée des incendies qui le dévastent.
Roberto Juarroz - Douzième poésie verticale
"Mains d'amant" - Rodin

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mercredi 18 février 2026

Shabbat

 Shabbat

oui, je sais
il y a la douleur de la carcasse
le cri du corps
cloué
je n’ai pas oublié
mais aujourd’hui
le feu crépite
la maison en beauté
ronronne comme un félin repu
la campagne tressaille
au timide soleil
j’ai résolu
de ne rien faire
sinon écouter
jouer de la musique
prier
marcher
écrire lire
en douce compagnie
alors sans restriction
je me réjouis
mes cellules
se gorgent de contentement
je sais
il y a la souffrance des esprits
tourmentés
de grands et petits soucis
agités
de démons inventifs
les uns et les autres
leurs meurtrissures
leurs plaies ouvertes
leurs illusions
chevillées au corps de douleur
je n’oublie pas
je suis là
mais aujourd’hui
Je fais shabbat
celui fait pour l’homme
je me guéris moi même
de mes infirmités
me soigne
de mes lassitudes
je sais
il y a
tout ça
la pantomime
ce qu'ils appellent l’Histoire
qui ne fait que se répéter
sous des chorégraphies variés
ce qu'ils nomment
l’actualité
pourtant dépassée à peine énoncée
par laquelle
sous l’alibi de l’information
il se laissent ronger
jusqu’à en être vérolés
aveuglés et assourdis
de pensées
d’opinions
d’émotions
chacun se croyant fondé
à y aller de son commentaire
je n’ignore pas
les dictateurs en devenir
leurs songes de puissance
auxquels
sans ciller
ils sacrifient les foules
j’y prête
juste ce qu’il faut d’oreille
je m’en garde
sans m’en protéger
mais aujourd’hui
j’existe
dans mon sanctuaire
saturé de bénédictions
entre tous privilégié
terrassé de gratitude
je sais
nous sommes suspendus
dans le vide
à la merci
de forces et de courants
hors de notre portée
entre les mains du Plus Grand
dont nous ne savons le dessein
je n’enterre pas ma face
ce qui viendra
il sera toujours temps de le vivre
mais aujourd’hui
le serviteur
loyal et de bonne volonté
se repait du repos
accordé par son maître

Gilles Farcet
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dimanche 24 août 2025

Ne voyez-vous pas l’homme de la voie?


Ne voyez-vous pas l’homme de la voie?
Il a cessé l’étude et n’agit plus.
Il ne rejette pas les pensées illusoires
Et ne recherche pas davantage la vérité.

Ce poème débute par une singulière interrogation qui nous est adressée. Mais déjà nous pourrions nous méprendre. Il semblerait en effet que nous soyons invités à contempler un sage, un exemple vivant de l’accomplissement des enseignements en la personne d’un saint, d’un maître ou d’un gourou. Or rien n’est plus faux. Cette question toute rhétorique pointe au cœur du cœur, à l’intimité de nous-même, à ce que, à défaut de termes plus adéquats, j’appellerais l’espace intérieur, car il n’existe rien de tel, intérieur et extérieur sont des mirages et des constructions. Cet homme de la voie est cet être humain que vous êtes, quel que soit son identité ou son sexe, ses préférences ou ses rejets, son âge ou sa nationalité. C’est l’homme dépourvu de rang, déshabillé des oripeaux de l’identification. Jiko, le soi-même. Ce qui reste quand nous nous sommes oubliés, que les vestiges du passées et ses ruines ou que les échafaudages du futur se sont évanouis, nous, et nous seuls, c’est à dire en pauvreté, en humilité, réduit à la seule incandescence d’être. Ce qui est dit ici n’implique en rien le simple rejet de l’étude ou de l’action, ce qu’il faut entendre ici c’est que la voie ne dépend plus de la seule activité intellectuelle ou du corps qui se meut conformément à son histoire fait d’habitudes et de conditionnement. La voie du non faire ne peut être comprise comme une simple léthargie, une paralysie des sens et du sens, elle est plutôt l’inhibition des réactions et schémas habituels de la pensée afin de laisser surgir le mouvement véritable. Nous cessons d’en être la source, d’en contrôler le cours, ce que le Wu Wei désigne, c’est l’abandon de toutes ces histoires, ces mémoires, ces interprétations et réflexes, automatismes du corps et penchants de la pensée qui empêchent la voie de se réaliser d’elle-même. Autrement dit la non action est une action dépourvue d’effort, en pleine conformité avec l’expression universelle.
« La vraie personne , l’authentique personne est au-delà de l’étude et de l’intention d’accomplir » écrit Dogen dans son Fukanzazengi. Ceci est la clé et le secret du chemin. Non son résultat. L’homme de la voie n’est pas celui qui pratique la voie, il en abandonne l’étude et n’en recherche pas l’accomplissement. Il obscurcit et efface ses propres traces. S’il œuvre, c’est à sa propre disparition. Contrepied radical à ces valeurs qui hantent aujourd’hui notre planète numérisée : performance, efficience, productivité, faire mieux et plus vite, souci de soi avec tous ses narcissismes, recherche du profit, calculabilité généralisée…
Maître Daichi écrit de puis son ermitage du mont Hozan :
« La renommée et ses liens, le profit et ses chaînes, qu'ils passent et ne restent pas,
J'obscurcis mes traces dans la brume et les nuages, au milieu de l'eau et des pierres.
Je fais cuire des légumes dans une marmite aux pieds recourbés,
À rester dans les montagnes, je suis sans effort le style des Anciens ».

Pierre Turlur

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mercredi 13 novembre 2024

L'homme en chemin

 


" Il incombe à chacun de bien savoir vers quelle voie le pousse son cœur, et d'embrasser alors celle-ci en y mettant toutes ses forces ... " 

(Rabbi Baer dans Le Chemin de l'homme de Martin Buber)

" Le retour décisif sur soi-même est le commencement du chemin dans la vie de l'homme...

Ainsi, le chemin par lequel un homme accèdera à Dieu ne peut lui être indiqué par rien d'autre que par la connaissance de son être propre, la connaissance de sa qualité, de sa tendance essentielle.

Dans chaque être, il est un trésor qui ne se trouve en aucun autre, mais ce qui est "trésor" en lui, il ne pourra le découvrir que s'il saisit véritablement son sentiment le plus profond, son désir principal, ce qui, en lui, émeut son être le plus intime. "

 Martin Buber, Le Chemin de l'homme

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jeudi 15 août 2024

Deux réalités (1)

 

Tout être humain est tendu entre deux réalités

« L'homme est tendu entre deux réalités : sa réalité existentielle au cours de laquelle il se sent menacé — la durée de son existence dans le monde — par le chaos des événements extérieurs ET sa réalité essentielle, qui n'est autre que sa vraie nature, ce que j'appelle son être essentiel. » (K.G. Dürckheim)

"L'homme se sent menacé — la durée de son existence — dans le monde" ! Cela a toujours été et l'est encore aujourd'hui.

Aujourd'hui comme hier la menace relève de la puissance de la Nature. Ici un tremblement de terre ; là un tsunami. Ici une sécheresse ; là une inondation. Aujourd'hui plus qu'hier des dangers relèvent de la prétention de l'être humain. Exemple : identifié à son ego la vanité de l'homme est telle qu'il pense vivre – dans – la nature et qu'il peut donc dominer, contraindre, ce quelque chose à quoi il fait face. En réalité, comme tous les êtres vivants, l'homme vit – de – la Nature.

La vraie nature de l'être humain, sa réalité essentielle, est de la même Nature que la Nature.

La Nature est notre propre essence, notre réalité essentielle. Pour se libérer de cette menace le devoir de l'homme est de se mettre au service des lois de la Nature. Je crains que l'obsession de l'intelligence artificielle l'en dispense plus encore.

Lorsque, au début de mon séjour à Rütte (1967), j'ai dit à Graf Dürckheim que je n'arrivais pas à comprendre la relation entre ce qu'il désigne comme étant notre être essentiel et ce qu'il appelle le moi existentiel, il a souri et m'a dit "Je vous comprends ! Parce qu'on ne peut pas comprendre cette relation. Mais vous pourriez commencer par lire un récit qui me donne l'impression d'être une véritable clé de compréhension de la souffrance qui est propre à l'être humain. Cette allégorie attire notre attention sur la relation de la vague avec l'Océan".

Quel est ce récit ?

Le lendemain, sous la porte de ma chambre, s'était glissée cette métaphore qui répond à la question : « Qui suis-je ? »


LA VAGUE ET L'OCEAN.

« La vague n'est pas un objet différent de l'Océan, quelque chose qu'il serait possible de séparer de l'Océan. Le sentiment qui anime la vague tout au long de son parcours en surface, dans ce qu'on appelle le monde, est le sentiment de sécurité.

La sécurité ! Comment se fait-il ? Parce que la vague se sent UNE avec l'Océan.

Si la vague se différencie de l'Océan en pensant il y a moi et en dessous de moi il y a quelque chose, l'Océan, son parcours en surface est animé par l'angoisse et les états qui l'accompagnent. »

Cette allégorie reprend ce qui est commun à la plupart des voies de sagesse qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient.

Tout enseignant du Yoga, du Tai-Chi-Chuan, du tir à l'arc (Kyudo), de l'art du thé (Chado), de l'art du combat au sabre (Kendo), de l'art de la calligraphie (Shodo) devrait lire et relire ce qui est la clé de compréhension du fondement des ces pratiques à la fois différentes et identiques.

L'affirmation qui est commune à tous ces enseignements est que profondément, dans son essence, l'homme est réellement libre, calme, confiant. Comme la vague je peux envisager un parcours dans le monde dans la ... sécurité.

L'Océan est la matrice de chaque vague. De l'Océan s'extrait chaque vague. Chaque vague n'est autre que l'Océan. Il serait prétentieux de dire "Je suis l'Océan...!" Mais j'ai le droit de dire que "Jesuis un paquet d'Océan!"

Dans les années 1930, Graf Dürckheim pratique l'exercice appelé zazen et le tir à l'arc (Kyudo) depuis quelques mois. À D.T. Suzuki, qui lui a conseillé de ne pas aborder le Zen à travers son entendement de philosophe mais en entrant dans la pratique d'un exercice, il dit "Si je comprends bien, le Zen ouvre sur l'expérience d'être comme un poisson dans l'eau ?"

Réponse immédiate de Suzuki :"Non. Le Zen ouvre sur l'expérience d'être comme l'eau ... dans l'eau".

La Voie tracée par Graf Dürckheim, le Zen dans ce que cette tradition recèle d'universellement humain, me libère de l'illusion que la Vie est – dans - le vivant, me libère de l'illusion que l'Être est – dans - l'étant.

Le vivant, le corps vivant que je suis (Leib, IchLeib) "EST" la vie qui d'instant en instant prend forme existentielle.

Le corps n'est pas le contenant d'un contenu ... la Vie. De même que la vague n'est pas le contenant d'un contenu ... l'Océan.

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Jacques Castermane

A suivre.

dimanche 23 juin 2024

Ombre et lumière


Mordom. Il s’appelait Mordom. Il était terrible. En tout cas je l’imaginais tel. Quoi qu’il eût le pouvoir de se rendre invisible (je ne l’avais jamais vu et chacun n’en parlait que pour dire son absence), il ne semblait pas appartenir à la galaxie des super-héros. J’avais épluché bien des comics, espéré tomber sur une page où il serait vaincu par Superman ou terrassé par Spiderman…

Mais pour cela, encore fallait-il offrir prise. Apparaître. Or, de Mordom, nous ne connaissions que le nom. Et cela suffisait à susciter l’effroi. Peut-être ce nom n’était-il qu’une variante, à partir de la première syllabe, de cet autre ennemi invisible, et par-là invincible, ce professeur Moriarty que jamais Watson ne verra et que Sherlock Holmes n’affronte physiquement qu’une seule fois, et encore, le jour de sa mort…

Mordom a-t-il un corps ? A-t-il toutes ses dents ? De quelle couleur sont ses cheveux ? N’est-il pas le diable lui-même, dont les noms mystérieux suffisent à inspirer la crainte : Satan, Lucifer, Belzébuth, Béelzéboul, Légion… ? À mesure que je grandissais, celui que j’imaginais comme une grosse brute au visage sombre devenait plus diaphane. Bien plus tard, je reconnus l’impression que me laissait Mordom dans les figures évanescentes et non moins terrifiantes que l’on trouve des nouvelles de Lovecraft. Il y a Cthulhu, évidemment, l’affreuse créature tentaculaire. Il y a surtout Nyarlathotep, démon à l’identité flottante, ombre qui plane, monstre dont la forme est celle que lui donnera votre propre angoisse…

Relativiser l’épreuve

Un jour, j’ai compris. J’ai compris que quand les adultes rencontrent une épreuve, ils éprouvent le besoin de la mettre en perspective, de la replacer dans un champ plus large. Bref de la relativiser. Ou bien de relativiser l’épreuve de leurs congénères, afin de n’avoir pas à s’y intéresser ou à les consoler. J’ai aussi compris que ce qui me distinguait d’un adulte était précisément ce recul qu’on acquiert face à la contrariété. Ce jour où j’ai compris, c’était avant l’école.

Ma mère revenait de la boulangerie. « Cette nuit, quelqu’un a visité notre voiture ! », nous annonce-t-elle. L’inconnu a pris un paquet de cigarettes qui traînait là et piqué la monnaie du parking dans la boîte à gants. « Bah, il n’y a pas mort d’homme. » Non pas le Mordom dont la présence aurait signifié pire que toutes les effractions. Non, seulement une façon de dire que ce n’est pas grave. Je me souviens : le pain était là, tout frais, mais il n’y avait plus de chocolat en poudre pour mettre dans mon lait. Comme il n’y a pas non plus mort d’homme, on m’a demandé de retenir mes larmes.


Sous un fond de grâce

Mordom n’est parti pas comme ça. Le pouvait-il seulement, lui qui jamais n’est venu ? Car jamais je n’entendis dire : « Il y a mort d’homme ! » Mordom m’a laissé sa leçon de sagesse. Quand il m’arrive aujourd’hui un peu plus qu’un lait chaud sans poudre chocolatée, ou qu’une visite de la boîte à gants, quand vraiment le bât me blesse, je sens avec une acuité particulière l’absence d’un mal qui fût pire.

Mordom a fait mieux. Il m’a confié une lumière pour éclairer sous un jour plus favorable mes épreuves. Relativiser l’adversité non en la maximisant par imagination peut mener à se rendre insensible. Plus sage encore est de reconnaître que l’épreuve n’a jamais lieu que sous un fond de grâce. On ne tombe malade que d’être en vie. Il n’y a de tension en famille que parce qu’il y a là une famille assez unie pour vivre les tensions. Nos disputes en couple écrivent l’histoire d’amour sans laquelle elles n’existeraient pas. Etc.

Mordom est devenu Rich. Car tout ça, n’est-ce pas, ce sont les problèmes de Rich.

 

Par Martin Steffens. 

Professeur de philosophie en classe préparatoire, il a notamment publié Petit traité de la joie. Consentir à la vie, Rien que l’amour. Repères pour le martyre qui vient, l’Amour vrai. Au seuil de l’autre (Salvator), et Faire face. Le visage de la crise sanitaire (Première Partie). Dernier ouvrage paru : Dieu, après la peur (Salvator).

source : La Vie 

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lundi 3 juin 2024

Tout sert !

Y aurait-il la moindre parcelle de vivant qui n’ait son utilité ?

J’ai beau scruter : dans le monde végétal, tout sert. Le plus visible est la chaîne alimentaire. Mais pas seulement. Le végétal contient des principes actifs pour soigner les animaux et les humains. Il constitue la base de la pharmacopée. Il régule le climat. En se nourrissant du minéral terrestre et de la lumière céleste, il montre subtilement l’amour inconditionnel : recevoir-donner.


Le minéral qui nourrit le végétal est indissociable de la chaîne du vivant. Chaque atome, dans sa spécificité, s’unit à un autre pour constituer le socle de la vie terrestre visible. Par exemple le carbone aux multiples affinités ou la combinaison hydrogène-oxygène pour son environnement gazeux.

Y aurait-il le moindre insecte, le moindre animal qui n’ait son utilité ? Même si je connais peu d’animaux parmi leur immense diversité, je sais que chaque espèce possède un instinct dominant qui lui est propre, et lui donne une façon unique d’exister. Et nous sommes la sommation du monde animal. Nous leur devons la base de ce qui constitue notre personnalité.

Avec un petit truc en plus : la parole. Tout a son utilité. Et l’homme n’aurait pas d’utilité ?

Au sommet de l’évolution, le petit dernier arrivé sur terre n’aurait pas sa place active dans la chaîne du vivant ?


L’être le plus complexe de la création a, comme les autres, son utilité. Bien sûr, son originalité, c’est qu’il doit trouver sa propre utilité. Elle est forcement singulière car chaque être humain est singulier.

Mais la famille humaine a reçu et sait la nature de son service, à la suite des règnes qui nous ont précédés. Être comme le minéral, croître comme le végétal, instinctivement ensemble comme l’animal, en le sachant par sa personnalité, son rôle : donner de l’amour. 

Mettre de la paix là où il y a la guerre, de l’ordre là où le désordre gouverne, mettre de la douceur où la haine domine.

Donner de l’amour, selon sa propre forme, voilà l’utilité dévolue à chacun.

Christian Rœsch

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jeudi 2 mai 2024

Les formules de Swami Prajnanpad (4)

 Man as man.

L’homme en tant qu’homme.


Swâmiji m’avait un jour cité cette parole du Mahabharata : « Et maintenant, je vais te dire le secret des secrets ! dans tout cet univers, il n’y a rien de plus grand que l’Homme. »

Swâmiji considérait que « l’Homme », c’était l’homme accompli, l’homme unifié, l’homme libéré des émotions, libéré du mental, libéré de l’égoïsme et non pas l’homme encore tâtonnant, encore prisonnier de ses peurs, de ses désirs, de ses lâchetés, de ses passions et de son isolement parmi les autres, conflictuel, rancunier, douloureux, emporté, incapable de s’aimer et d’aimer les autres, coupé de l’infini. Celui-ci n’est qu’un germe d’homme, une potentialité d’homme. Mais ce germe et cette potentialité sont en tout homme.

— Un grain de sagesse, chap. «Voici l’Homme ».

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lundi 1 avril 2024

Passage sur terre...


 Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d'années. Il n'emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l'air contre ses tempes, les confidences de l'eau entre ses mains les éblouissements des renards qui croisaient son chemin, de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l'univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu'à la corde ces paroles de l'errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l'herbe, ainsi s'agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d'un visage si humain qu'il en devenait divin. "Mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l'économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l'amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s'éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l'existence de Dieu : on ne s'adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Christian Bobin - L'homme-joie page 153

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vendredi 16 février 2024

Une autre Saint-Valentin

 


Mi-février : la végétation se réveille des torpeurs de l’hiver, les champs verdissent ; la sève cherche à monter. Le chant des oiseaux se fait entendre. Les hormones titillent ; c’est la fête des amoureux. Cette énergie nouvelle provenant de la lumière invite à nous laisser prendre dans ses rais.

 Ce milieu de février, paradoxe apparent, est aussi une invitation à la purification. Début du carême – qui se fête bruyamment – où la vie propose de nous nettoyer des scories de l’hiver, de nous débarrasser de l’ancien qui ne sert plus, de faire place nette autant dans le corps que dans notre environnement. Vider les placards, vider les rancœurs. Faire propre du sol aux murs, du foie aux intestins, et aussi assainir les pensées jusque dans le cœur.

Ainsi préparée notre terre intérieure, tout comme celle qui nous environne, est prête à accueillir le renouveau printanier quarante jours plus tard. Quarante est le symbole de la fin d’un cycle, et nous fêterons la résurrection christique. Quel que soit l’état de la Terre, le Ciel fait son office. Il envoie chaleur et lumière pour que pousse le nouvel Homme.

À nous de l’accueillir pour qu’il mûrisse et s’épanouisse dans le cocon de notre être.

Réjouissons-nous aujourd’hui, en ces prémices de la nouvelle terre, du nouvel homme.

 Christian Rœsch

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mercredi 27 septembre 2023

 


En tant qu'égo, individualité, être non régénéré, vous n'êtes pas Dieu. Et pourtant vous êtes Dieu, vous êtes l'Absolu. Certains d'entre vous pensent peut-être : '' mais c'est un blasphème que de dire : je suis Dieu ''. Non, le blasphème luciférien, c'est d'oser dire : '' je ne suis pas Dieu, je suis autre que Dieu, il y a Dieu et moi ''. 

Monstrueuse affirmation d'indépendance et d'autonomie, prétention à posséder l'être en soi-même. Il y a beaucoup moins d'égoïsme et d'orgueil à se dénier toute existence autre que l'Unique Réalité qu'à se considérer comme un être, même pécheur, humilié et plein de remords, existant par soi-même.

Le but proposé à l'homme c'est de perdre complètement sa conscience d'être autre que Dieu.

- Arnaud Desjardins (extrait du livre" Les chemins de la sagesse")

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mardi 14 mars 2023

Humainement homme


un humain n’est pas
simplement parce qu’il existe
existe vaguement
pour un temps
l’existence
ne donne pas
l’être
la naissance
n’octroie pas
la présence
la respiration
ne confère pas
le souffle
pas plus que la vue
ne dispense
la vision
l’humain
ne naît pas
humain
mais le devient
l’être
produit transformé
de l’existence
l’être
n’est pas
un état
mais un acte
un geste
de la conscience
un humain
est ce qu’il a fait
comme ce qu’il n’a pas fait
ce qu’il a osé
comme la somme des peurs
auxquelles il a cédé
ce qu’il a écouté
de sa profondeur
comme ce qu’il en a renié
la somme de ses ferveurs
comme de ses tiédeurs
un humain est
ce qu’il a continué
ce qu’il a préservé
ce qu’il a achevé
comme tout ce qu’il a
abdiqué
négligé
laissé
un humain est
ce qu’il a regardé
comme ce qu’il a évité
ce qu’il a reconnu
comme ce qu’il a nié
et alors
au mitan
de son avancée
il commence
à récolter
ce qu’il a semé
de plus en plus rassasié
ou de plus en plus affamé
s’il n’a rien cultivé
qui vaille
car avec le temps
avec le temps va tout s’en va
de ce qui de toutes façons
ne pouvait demeurer
avec le temps viens tout advient
de ce qui a authentiquement été
de son pas si léger
la jeunesse s’en va
et avec elle
tout
ce qui faisait écran
jusqu’à ce que ne reste
que toi
et le Plus Grand
(texte écrit pour les 50 ans d'un ami)

Gilles Farcet
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dimanche 25 décembre 2022

samedi 10 décembre 2022

Equilibre humain ou naturel

 

A la recherche de l'équilibre.

Mais rien n'est jamais perdu !


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mercredi 16 novembre 2022

Etre humain



J’atteste qu’il n’y a d’Être humain
que Celui dont le cœur tremble d’amour
pour tous ses frères en humanité
Celui qui désire ardemment
plus pour eux que pour lui-même
liberté, paix, dignité
Celui qui considère que la Vie
est encore plus sacrée
que ses croyances et ses divinités
J’atteste qu’il n’y a d’Être humain
que Celui qui combat sans relâche la Haine
en lui et autour de lui
Celui qui dès qu’il ouvre les yeux au matin
se pose la question :
Que vais-je faire aujourd’hui pour ne pas perdre
ma qualité et ma fierté
d’être homme ?
Abdellatif Laâbi
14 novembre 2015

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jeudi 6 octobre 2022

L’homme et l’enfant


Ce n’est qu’un homme et un petit enfant
Dans une allée d’automne,
Un homme et un enfant s’en allant, souriant,
Sous une pluie de feuilles jaunes.
Ils ne se disent rien. L’enfant regarde
L’homme qui lui sourit.
Et ils s’en vont, main dans la main, sous les grands arbres
Vers un toit qui reluit.
Sur les arbres montrant obstinément leurs nids,
Le ciel se dore comme un fruit.
Ce n’est qu’un homme et un petit enfant,
Et l’on dirait que, tout joyeux, l’automne
Marche devant eux en semant
Du soleil et des feuilles jaunes.
Maurice Carême
Complaintes, 1975

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