lundi 12 mai 2025
Compagnon de l'instant
dimanche 12 janvier 2025
La paix à offrir (3/3)
Nous nous percevons petites vagues, perdues sur l’immensité de l’océan, au milieu des autres vagues, dans un vécu de séparation, d’exclusion, de déconnexion. La vague se sent vulnérable quand elle est dans l’ignorance d’elle-même, mais, quand elle regarde en profondeur, au-delà de sa désespérance à se sentir si insignifiante, elle voit que son essence est l’élément «eau», une essence qu elle partage avec toutes les autres vagues. Tout change alors. Elle reste «elle», singulière et distincte, mais elle se sent en paix quand elle embrasse la calme magnificence de la réalité de son être. C’est ce qui se passe à cet instant, dans l’expérience partagée avec cette femme. Elle est la vague. Je suis la vague. Nous sommes indissociables de l’océan. Nous sommes l’océan. Nous n’avons jamais été ni perdus, ni exclus, ni déconnectés.
Au niveau ultime, n’y aurait-il plus de solitude ?
Je sors très apaisé de cette chambre et vais m’asseoir quelques instants dans un bureau isolé. J’ai besoin de réfléchir, de contempler ce qui s’est passé. Cette femme a trouvé en elle un espace de paix. Sans même en avoir conscience, elle me l’a offert en retour.
Je m’interroge. Et si l’inverse était vrai? Si je fais la paix en moi, de quelque manière que ce soit, par la méditation ou tout autre moyen, puis-je moi-même offrir la paix en retour à autrui, afin de le toucher intérieurement de la même manière que cette femme m’a touché? Pourrais-je y parvenir, sans rien faire d’autre que simplement cultiver mon propre espace intérieur ?
Il y a de la joie dans cette prise de conscience. La joie de constater qu’on peut spontanément faire du bien à ceux qui nous entourent par le simple fait d’aller à la rencontre de nous-mêmes.
Dans cette perspective, me donner de la paix, du calme, prendre soin de moi, cesse d’être un mouvement égocentré où mon seul bien-être est la priorité, la seule finalité. J’inscris cette attention à moi dans une attention à toi, conscient que tout le bon que je peux générer en moi a le pouvoir de toucher ton cœur, sans même que je le veuille, sans même que tu le saches.
Faire vibrer mon diapason intérieur de ma plus belle note et te laisser entrer en résonance. Sans rien faire. Sans rien te dire. Cela ne vaut-il pas la peine d’essayer? Ne serait-ce pas là le sens des mots du Dalaï-Lama ?
« Fais la paix en toi et tu feras la paix dans le monde. »
Ce matin, je crois que cette dame qui va bientôt mourir vient de me les faire comprendre.
vendredi 16 août 2024
Deux réalités (fin)
Il n'y a pas de séparation, pas de dualité, pas d'opposition entre la vague et l'Océan, entre le moi existentiel et notre réalité essentielle.
La souffrance propre à l'être humain, souffrance fabriquée mentalement, est la souffrance de la séparation. Une souffrance qui n'a donc pas une cause réelle mais notre représentation mentale du réel. Représentation que je me fais ou représentation à laquelle on m'invite à croire (le credo) ou à laquelle on m'oblige à adhérer (le dogme).
La vague qui pense être séparée de l'Océan, l'homme qui pense être séparé de sa propre essence souffre ; l'homme souffre d'un manque.
Non. Il souffre de l'impression d'un manque.
“Je ne souffre pas de ce qui manque ; je souffre d'ignorer ce qui ne manque pas.” K.G.Dürckheim
Afin de perdre l'ignorance, le maître Zen nous invite à nous mettre en chemin. Le chemin est la technique, la technique est le chemin. Un chemin d'expérience et d'exercice.
Vous êtes actuellement en vacances au bord de l'Océan. Profitez-en pour vous allonger à la surface de l'eau, et laissez-vous porter par cette action de l'Océan qu'est le va-et-vient des vagues. Comme, lorsque vous pratiquez zazen, vous vous livrez au va-et-vient qu'est le souffle vital. Ne rien faire, rien. Et le corps vivant que nous sommes prend de lui-même la forme du calme.
“La meilleure façon de purifier une eau boueuse est de la laisser tranquille.” (Alan Watts)
Jacques Castermane
******************
jeudi 15 août 2024
Deux réalités (1)
Tout être humain est tendu entre deux réalités
« L'homme est tendu entre deux réalités : sa réalité
existentielle au cours de laquelle il se sent menacé — la durée de son
existence dans le monde — par le chaos des événements extérieurs ET sa réalité
essentielle, qui n'est autre que sa vraie nature, ce que j'appelle son être
essentiel. » (K.G. Dürckheim)
"L'homme se sent menacé — la durée de son existence —
dans le monde" ! Cela a toujours été et l'est encore aujourd'hui.
Aujourd'hui comme hier la menace relève de la puissance de
la Nature. Ici un tremblement de terre ; là un tsunami. Ici une sécheresse ; là
une inondation. Aujourd'hui plus qu'hier des dangers relèvent de la prétention
de l'être humain. Exemple : identifié à son ego la vanité de l'homme est telle
qu'il pense vivre – dans – la nature et qu'il peut donc dominer, contraindre,
ce quelque chose à quoi il fait face. En réalité, comme tous les êtres vivants,
l'homme vit – de – la Nature.
La vraie nature de l'être humain, sa réalité essentielle,
est de la même Nature que la Nature.
La Nature est notre propre essence, notre réalité
essentielle. Pour se libérer de cette menace le devoir de l'homme est de se
mettre au service des lois de la Nature. Je crains que l'obsession de
l'intelligence artificielle l'en dispense plus encore.
Lorsque, au début de mon séjour à Rütte (1967), j'ai dit à
Graf Dürckheim que je n'arrivais pas à comprendre la relation entre ce qu'il
désigne comme étant notre être essentiel et ce qu'il appelle le moi
existentiel, il a souri et m'a dit "Je vous comprends ! Parce qu'on ne
peut pas comprendre cette relation. Mais vous pourriez commencer par lire un
récit qui me donne l'impression d'être une véritable clé de compréhension de la
souffrance qui est propre à l'être humain. Cette allégorie attire notre
attention sur la relation de la vague avec l'Océan".
Quel est ce récit ?
Le lendemain, sous la porte de ma chambre, s'était glissée
cette métaphore qui répond à la question : « Qui suis-je ? »
LA VAGUE ET L'OCEAN.
« La vague n'est pas un objet différent de l'Océan, quelque
chose qu'il serait possible de séparer de l'Océan. Le sentiment qui anime la
vague tout au long de son parcours en surface, dans ce qu'on appelle le monde,
est le sentiment de sécurité.
La sécurité ! Comment se fait-il ? Parce que la vague se
sent UNE avec l'Océan.
Si la vague se différencie de l'Océan en pensant il y a moi
et en dessous de moi il y a quelque chose, l'Océan, son parcours en surface est
animé par l'angoisse et les états qui l'accompagnent. »
Cette allégorie reprend ce qui est commun à la plupart des
voies de sagesse qui ont leurs racines en Orient et en Extrême-Orient.
Tout enseignant du Yoga, du Tai-Chi-Chuan, du tir à l'arc
(Kyudo), de l'art du thé (Chado), de l'art du combat au sabre (Kendo), de l'art
de la calligraphie (Shodo) devrait lire et relire ce qui est la clé de
compréhension du fondement des ces pratiques à la fois différentes et
identiques.
L'affirmation qui est commune à tous ces enseignements est
que profondément, dans son essence, l'homme est réellement libre, calme,
confiant. Comme la vague je peux envisager un parcours dans le monde dans la
... sécurité.
L'Océan est la matrice de chaque vague. De l'Océan s'extrait
chaque vague. Chaque vague n'est autre que l'Océan. Il serait prétentieux de
dire "Je suis l'Océan...!" Mais j'ai le droit de dire que
"Jesuis un paquet d'Océan!"
Dans les années 1930, Graf Dürckheim pratique l'exercice
appelé zazen et le tir à l'arc (Kyudo) depuis quelques mois. À D.T. Suzuki, qui
lui a conseillé de ne pas aborder le Zen à travers son entendement de
philosophe mais en entrant dans la pratique d'un exercice, il dit "Si je comprends
bien, le Zen ouvre sur l'expérience d'être comme un poisson dans l'eau ?"
Réponse immédiate de Suzuki :"Non. Le Zen ouvre sur
l'expérience d'être comme l'eau ... dans l'eau".
La Voie tracée par Graf Dürckheim, le Zen dans ce que cette
tradition recèle d'universellement humain, me libère de l'illusion que la Vie
est – dans - le vivant, me libère de l'illusion que l'Être est – dans -
l'étant.
Le vivant, le corps vivant que je suis (Leib, IchLeib)
"EST" la vie qui d'instant en instant prend forme existentielle.
Le corps n'est pas le contenant d'un contenu ... la Vie. De
même que la vague n'est pas le contenant d'un contenu ... l'Océan.
----
Jacques Castermane
A suivre.
mercredi 5 juillet 2023
Sourire à la vie
jeudi 21 juillet 2022
Vie spontanée...
Photos prises ce mercredi
"La vie à partir de Qui nous sommes est une vie de spontanéité. Il n’y a pas de règles établies, dictant ce que nous devons faire dans chaque évènement de la vie. Laissez l’évènement se produire, voyez qui vous êtes, et découvrez ce que vous faites."
mardi 18 janvier 2022
VAGUE (" le nirvana est le samsara")
Illusion que ce monde,
disent ils
non sans dédain
or
l’illusion n’est pas ce monde
mais la conviction
qu’il gravite autour de moi
le moi n’est qu’un rêve,
clament ils
non sans morgue
or
le rêve n’est pas le moi
mais sa prétention d’exister
souverain
par lui même
et à jamais
séparé
alors qu'il n'est que distinct
vaines, ces entreprises,
prétendent ils
non sans condescendance
or
nos entreprises
non seulement ne sont pas vaines
mais chacune
chacune
importe
pourvu qu’elle participe
au déploiement
du vivant
vaine
par contre
la conviction
que le monde devrait
se conformer à notre gré
fiction que la personne
pointent ils
non sans affectation
or
la personne
n’est pas plus fiction
que la vague
jaillie de l’océan
fiction par contre
que sa propension
à s’imaginer
autonome
et éternelle
chimère que le libre arbitre
dénoncent ils
non sans désespoir
or
est ce chimère que
le vertige
du possible choix
dans le précipice de l’instant
mais chimère,
que de se croire
libre
tant qu’on ne l’est pas
chimère
de s’attribuer
la moindre liberté
comprenne qui pourra
aveuglement que l’amour
ricanent ils
non sans cynisme
or
aimer
aimer de la manière
la plus ordinaire
la plus banale
qui soit
ses enfants
son conjoint
sa maison
son chien
aimer
n’est pas s’aveugler
s’aveugler
c’est confondre
chaque objet d’amour
avec l’amour lui même
investir d’éternité
l’éphémère
et ainsi refuser
la perte
l’éloignement
le changement
égarement que le désir
avertissent ils
non sans morbidité
or
le désir
n’est pas plus aveugle
que la vie
dont il procède
n’est aveugle
que la pulsion
vouée
à son seul assouvissement
surface, surface
pointent ils
non sans superficialité
or
la surface
n’est superficielle
que tant qu'elle est appréhendée
hors de la profondeur
dont elle procède
et qui l'irrigue
La surface est la profondeur
La profondeur est la surface
oh
qu’il me soit donné
de me savoir
vague
dérisoire
cruciale
vague
naissant
vivant
mourant
en l’inconnaissable océan
me savoir
pleinement
joyeusement
glorieusement
vague
.........Gilles Farcet
-------------------
mercredi 9 juin 2021
Conscience océane
vendredi 18 décembre 2020
Cool, suivre le flux
jeudi 29 octobre 2020
"LA PEUR" par Khalil Gibran
vendredi 9 mars 2018
L'accueil de la mer...
Pour les personnes qui apprécient la poésie, Sabine a créé une page sur Facebook nommée Le miroir d'or afin de la mettre en valeur.
jeudi 7 septembre 2017
jeudi 2 juin 2016
La vague est l'Océan ! avec Jacques Castermane
David avait un peu plus de deux ans. Nous étions au bord de l’océan. En pointant le doigt, il pose la question « Quoi c’est, ça ? ». Je regarde mais ne vois rien qui flotte à la surface de l’eau. Impatient, David insiste « Quoi c’est, ça ? ». Je me rends alors compte que ce qu’il désigne, le bras tendu, ce sont ... les vagues.
A l’instant même je vois pourquoi les maîtres zen comparent volontiers la relation entre le moi (l’ego) et l’être à la relation entre la vague et l’océan.
L’idée d’être un moi autonome, qui s’administre de façon indépendante et ne dépend d’aucun autre système que ce moi-même, peut en effet être comparé à la croyance en la réalité autonome de la vague. Alors, qu’en vérité, la vague « est » l’océan qui s’organise et se réalise dans cet événement particulier qu’on appelle ... la vague. La vague n’est pas quelque chose ; la vague est action (un geste de l’océan).
Vous méditez ! « Quoi c’est ça que vous sentez ? ». C’est évident, n’est-ce pas, ce que je sens c’est : la respiration. Lui parlant de la respiration, Graf Durckheim m’interrompt et me dit : « La respiration, ça n’existe pas. Quelqu’un respire. Quelqu’un est respiré ! »
Lors de ma première participation à une sesshin, le maître zen Yuho Seki Roshi (qui venait chaque année en Forêt Noire) me pose la question « Quand vous respirez, qui respire ? ». Tout en pensant que cette question bizarre n’a pas grand intérêt je réponds « Bah ... quand je respire c’est moi qui respire ». Ma réponse le fait sursauter, il éclate de rire et me dit, d’une voix forte « Si c’est votre moi qui respire, alors arrêtez de respirer ! ».
Aujourd’hui, quarante ans plus tard, la méditation m’apprend, chaque jour encore, et c’est une expérience bouleversante, que ce n’est pas moi qui respire, que la respiration n’est pas quelque chose. Cette vague intérieure est un geste de la vie, une action du corps-vivant (Leib), une action de l’être. Je respire et moi je n’y suis pour rien !
C’est dans ce « Je n’y suis pour rien » que se révèle votre vraie nature ; laquelle est insaisissable par la pensée, le raisonnement, le mental.
La vague n’est pas : quelque chose, un ça. La vague est un événement qui participe à cet événement qu’est l’océan. La respiration n’est pas : quelque chose, un ça. C’est un événement qui participe à cet événement qu’est l’être, l’acte d’être.
Je suis, donc je respire ; je respire, donc je suis. Comme on peut l’observer pour certaines expressions de la langue allemande, je suis tenté d’écrire « JeSuis » et « JeRespire » sans intervalle. Parce qu’il n’y a ni distance ni écart de temps entre ce que je nomme "Je", ce que je nomme "suis" et ce que je nomme "respire".
Notre vrai point d’appui dans l’existence n’est pas l’ego (Moi je suis ce que je pense que je suis). Notre vrai point d’appui (source de la plénitude intérieure, du calme intérieur, de la paix intérieure) est notre vraie nature : JeSuis, qui se révèle et s’exprime dans cet événement, le plus intime qui soit : JeRespire.
Pour le vérifier, rien de plus simple que la méditation de pleine attention.
Jacques Castermane
--------------------------











