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lundi 19 octobre 2026

Cultiver la paix

 🪷🪷🪷 Méditer, est-ce se retirer du monde ou apprendre à mieux y agir ? 🪷🪷🪷

Il aurait eu 100 ans le 11 octobre dernier.

Un siècle après sa naissance, Thích Nhất Hạnh (1926-2022) nous laisse une conviction aussi simple que révolutionnaire : on ne peut pas véritablement cultiver la paix en soi tout en restant indifférent à la souffrance du monde.

Moine zen vietnamien, poète, enseignant et artisan de paix, celui que ses disciples appelaient affectueusement Thầy (« maître ») a traversé les tragédies du XXe siècle sans jamais renoncer à croire en la capacité des êtres humains à se transformer.

Lorsque la guerre déchirait le Vietnam, il aurait pu choisir le silence des monastères. Il a préféré aller à la rencontre des populations meurtries, participer à la reconstruction des villages, venir en aide aux victimes et appeler à la réconciliation.

Méditer ne suffisait pas. Il fallait aussi agir.

C'est ainsi qu'il a contribué à donner au bouddhisme engagé une portée internationale : une spiritualité qui ne détourne pas les yeux de la souffrance, mais qui puise dans la méditation la lucidité et la compassion nécessaires pour y répondre.

Et son engagement ne s'arrêtait pas aux conflits armés.

Bien avant que l'urgence écologique ne s'impose au cœur du débat public, Thích Nhất Hạnh nous invitait à prendre conscience de notre interdépendance avec le vivant. Protéger la Terre n'était pas, à ses yeux, une cause extérieure à la pratique spirituelle : prendre soin de la planète, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes.

À travers le Village des Pruniers, fondé en France en 1982, et ses enseignements diffusés dans le monde entier, il a rendu la pleine conscience accessible à des millions de personnes.

Mais attention à ne pas réduire son héritage à quelques exercices de respiration destinés à mieux supporter le stress quotidien !

La pleine conscience, telle qu'il l'enseignait, n'était pas une méthode pour s'accommoder d'un monde qui souffre. Elle était aussi une invitation à le transformer.

Transformer notre manière de consommer. De parler. D'écouter. De regarder celui qui ne pense pas comme nous. De répondre à la violence sans alimenter davantage la haine.

Une révolution ? Peut-être. Mais une révolution qui commence parfois par un simple pas, accompli en pleine conscience.

En ce centenaire de sa naissance, l'Union Bouddhiste de France souhaite rendre hommage à cette figure majeure du bouddhisme contemporain, dont la vie rappelle combien la sagesse et la compassion peuvent nourrir un engagement concret au service des autres.

Thích Nhất Hạnh s'est éteint en 2022. Mais son message demeure d'une brûlante actualité, dans un monde traversé par les guerres, les fractures sociales et les crises environnementales.

Car la paix n'est pas seulement ce que nous espérons voir advenir un jour. Elle est aussi ce que nous choisissons de construire, dès aujourd'hui, dans chacun de nos actes.

Un pas en pleine conscience ne change peut-être pas le monde. Mais il change déjà notre manière d'y marcher.

Union bouddhiste de France

mercredi 7 octobre 2026

Simple réel ?

 

Parfois on ne va pas bien et on se dit : "Il faudrait que j'aille bien". Mais où est-ce écrit qu'il faudrait que j'aille bien ? On se fait encore plus de mal en pensant qu'il ne faut pas qu'on n'aille pas bien. Ça n'a pas de sens ! 

On ne peut pas trouver la paix et la joie par soi-même. C'est quand on accepte ce qui est là : "ça ne va pas bien". Alors l'instant est que ça ne va pas bien. C'est écrit nulle part qu'il faudrait que ça aille bien ! Pourquoi ça devrait aller bien ?

À partir du moment où vous dites "oui" au fait que ça ne va pas bien, vous allez remarquer qu'il y a quelque chose qui se détend. Et du coup ça va bien, parce qu'il n'y a plus de refus de ce qui se passe. C'est tout simple en fait le truc !  

~ Marion Renault

(extrait d'une vidéo)

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mercredi 30 septembre 2026

Vérité incarnée

 


Vous êtes l'incarnation de la vérité, alors quand vous dites un mensonge ou que vous entendez un mensonge prononcé par d'autres, vous ressentez un malaise. 

Vous êtes l'essence de la paix, c'est pourquoi vous n'aimez pas l'agitation. 

Vous êtes éternel, pur, illuminé, libre, ainsi vous voulez connaître votre véritable Soi et finalement vous le réalisez.

~ Anandamayi Ma


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vendredi 18 septembre 2026

Vie intérieure

LE MONDE COMMENCE AUJOURD'HUI 

extrait - Jacques Lusseyran


" Les yeux créent les couleurs. L’homme fait et défait les paysages. Laissez-moi vous dire ces choses, elles sont trop peu connues et, venant d’un aveugle, elles ont une petite chance de plus de retenir votre attention.

Les yeux font les couleurs. Bien sûr pas les yeux physiques, ceux de l’ophtalmologie. Ces deux organes confus et fragiles en avant de la tête ne sont, après tout, que des miroirs. Les deux miroirs brisés, les yeux continuent de vivre.

Ceux dont je veux parler, les vrais yeux, travaillent au-dedans de nous. Tant pis si le vocabulaire fait défaut, s’il est faible : voir, c’est un acte fondamental de la vie, un acte indéchirable, indestructible, indépendant des outils physiques dont il se sert. Voir, c’est un mouvement de la vie fait en nous avant les objets, avant toute détermination extérieure. Avant les objets et après eux si, par accident, les instruments matériels de la rencontre viennent à manquer. C’est au-dedans de vous que vous voyez.

Si la lumière intérieure ne nous était pas donnée d’abord, et par conséquent les couleurs aussi qui sont la monnaie de la lumière, jamais nous ne pourrions admirer les couleurs du monde.

Voilà ce que je sais après vingt-cinq ans de cécité. Voilà pourquoi je puis vous parler, sans honte ni défi, de ma nouvelle province, de ma Virginie."

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"La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde. C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière. C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais. Et cela, pour la simple raison que nous l’avons déjà. "
Jacques Lusseyran

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mardi 15 septembre 2026

"La perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée."


Je suis assez arrivé dans la vie maintenant, j'ai assez vécu pour savoir que la perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée. Non seulement on ne peut pas l'éviter, on ne peut pas vivre sans perdre, sans perdre beaucoup. On perd des forces, on perd des gens, surtout des gens, on perd des espérances, on perd beaucoup de batailles... C'est impossible de vivre sans perdre.

Et quand vous sentez ça, quand vous l'avez éprouvé, il y a quelque chose comme une sorte de paix qui commence à s'installer. Vous commencez tout simplement à accepter d'avoir à perdre, d'avoir à perdre tout, presque tout avec le temps. 

(...)

Il y a une très belle lumière qui vient de ce qui nous manque, de ce qui nous fait défaut. 

Dans ce qui manque, dans le très peu, dans le très bas, dans les absences, dans tout ce dont follement on cherche à se protéger, il y a quelque chose qui vient et qui en fait est très bienveillant pour nous, très mystérieusement bienveillant. 

La bienveillance est partout, je pense, mais il est possible qu'elle craigne un tout petit peu quand on a un peu trop de confort ; il est possible qu'elle s'éloigne, qu'elle ne sache pas comment faire. 

~ Christian Bobin - Entrevue radiophonique avec Thierry Lyonnet sur RCF Notre-Dame, 2009

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mardi 7 juillet 2026

Ici, Joie intérieure...


« J’ai faim d’une chose qui ne diminuerait pas et ne grandirait pas, d’une chose qui simplement n’aurait pas de fin. Cette chose-là, faute d’autre mot, je l’appelle la vie intérieure. (…)

« La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde. 

« C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société, enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière. 

"C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais. Et cela pour la simple raison que nous l’avons déjà. »

– Jacques Lusseyran, « Le monde commence aujourd'hui »

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lundi 30 mars 2026

Forces désarmées

 Peut-on imaginer de très forts niveaux de puissance désarmés par la conscience et par l’amour ?

Quand notre niveau de puissance est coupé, séparé, de notre niveau de conscience, cela ne peut nous conduire qu’à la catastrophe.

Aujourd’hui, nous observons un niveau de puissance très élevé technologiquement, capable de réduire en cendres ceux que nous considérons comme nos ennemis ou nos adversaires.

Ce niveau de puissance ne correspond pas à un niveau de conscience où l’on découvre que tout est Un, interrelié, comme nous le rappelle la physique contemporaine et les êtres évolués de toutes grandes cultures d’Orient et d’Occident.

Pour ce niveau de conscience, la guerre est impossible. On ne peut pas utiliser l’intelligence humaine à créer des armes avec lesquelles elle ne peut et ne veut que se détruire elle-même, il y a trop à faire pour la sauvegarde et l’embellissement de la planète.

Le déploiement des niveaux de puissance que nous observons peuvent être utilisés et utilisables que par des niveaux de conscience faibles ou dualistes qui ne voient qu’oppositions et séparations entre les êtres, les choses, les sociétés et les nations.

Consciences qui voient les choses en surface où tout est multiple, jamais en profondeur où tout est Un.  

Il s’agit d’être conscient de l’un et de l’autre, ne pas opposer l’un et l’autre et ne pas oublier l’un ou l’autre : l’un en profondeur, le multiple en surface, c’est l’unique Réel.

Comment éveiller ce niveau de conscience, qui rendra non nuisible leur niveau de puissance, chez nos « dirigeants » ? Sans doute faut-il commencer par observer que ce qui dirige nos dirigeants peut nous diriger nous-mêmes.

Ce qui dirige et oriente notre vie, est-ce la volonté de puissance à laquelle nous soumettons notre volonté de conscience, ou est-ce la volonté de conscience qui peut éclairer nos différents niveaux de puissance ?

Si nous avons plus de plaisir à nous soumettre les autres et à nous soumettre aux autres plutôt qu’à nous accueillir et nous respecter, sans doute sommes-nous malades, en tout cas nous ne sommes pas heureux.

Faut-il rappeler la sagesse de Rabelais, « Science (puissance), sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

Oser même aller au-delà : puissance, conscience, « sans amour » n’est que ruine de l’âme, perversion de l’humain véritable, oubli de l’Être, du Vivant, qui a besoin de bras désarmés pour se rencontrer et vivre.

L’histoire sur le temps long nous le rappelle : à la fin, ce sont « les forces désarmées » qui l’emportent. On appelle cela le printemps…

Jean-Yves Leloup, mars 2026

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jeudi 19 mars 2026

Pensées sur moi

‍Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.

14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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samedi 24 janvier 2026

Maladie et mort

 Que voulez-vous dire?



C.A. : Notre équipement neurobiologique n’est pas conçu pour affronter tranquillement l’idée de notre propre mort : comme un animal entre les griffes d’un prédateur, l’humain doit se battre jusqu’au bout pour sa survie. Concevoir notre finitude reviendrait, pense-t-on, à se laisser dévorer sans bouger. Donc on se débat, on refuse la possibilité de mourir, on évite même d’y penser. Toutes les civilisations ont tenté d’apprivoiser la mort, de lui trouver un sens, une explication : « N’ayez pas peur, il se passera des choses après, et vous y aurez accès si vous vous comportez bien. » Ça ne suffit pas. La mort reste un impensé total, et on continue de faire des efforts désespérés pour ne pas voir l’éléphant au milieu de la pièce. Si c’est comme ça qu’on tient, très bien. Mais à certains moments, quand la fin approche ou se précise, on n’a plus le choix : parler de ses peurs peut alors nous amener à une forme de paix. C’est ce qu’on a voulu faire dans ce livre : accompagner le lecteur sur ce chemin où il fait face à ce qu’il redoute.

Au printemps 2015, on vous a diagnostiqué un cancer du poumon, dont vous êtes aujourd'hui guéri : comment avez-vous vécu cette traversée?

C.A. : D’abord avec une certaine difficulté à accepter la réalité : on a découvert ce cancer tout à fait par hasard. Je ne fumais pas, je ne toussais pas, je n’avais pas maigri, j’étais, certes, un peu fatigué, mais pas plus que ça. En tout cas, aucun symptôme qui aurait pu m’alerter, voire me préparer au diagnostic - si tant est que ce soit possible. J’avais, en revanche, une tumeur au rein, et il a fallu vérifier si elle ne s’était pas propagée sur une autre partie du corps : c’est là qu’on a découvert ce cancer du poumon. J’étais sidéré : pour la première fois de ma vie, j’avais une maladie potentiellement mortelle. Je suis alors passé par le tourbillon d’émotions propres à ces moments-là : il y a de la peur, évidemment, de la colère, de l’envie, même, vis-à-vis de ceux qui, eux, ont fumé ou fument, et pourtant n’ont rien. Mais chez moi, la tristesse a vite prédominé : alors ça y est, c’est déjà fini? Les gens, les endroits, les choses que j’aime, je vais devoir les quitter? Pendant la batterie d’examens qui a suivi, je guettais, sur le visage des médecins, le moindre signe qui m’indiquerait si, oui ou non, mon heure avait sonné. C’était terrible, parce que dans le même temps, je comprenais combien la vie était formidable, et comme je chérissais la mienne. Certes, elle n’était pas sans stress, voire sans emmerdes, mais quand même ! Très vite, ce diagnostic a recalibré mon regard sur les blessures du quotidien.

Que se passe-t-il, pour vous, une fois le diagnostic posé?


C.A. : J’ai eu la chance de pouvoir éviter la chimiothérapie comme la radiothérapie - donc de longs mois de traitements pénibles et douloureux. Mais on m’a enlevé la moitié du poumon, plus les ganglions autour. C’était une très grosse opération, qui a provoqué, chez moi des réactions assez incroyables. La veille, j'ai eu un choc mystique. Pas banal, pour quelqu’un qui. comme moi, vient d’une famille de militants communistes - enfant, on m’avait appris à chanter L’Internationale quand je voyais un curé. Je suis devenu croyant sur le tard, parce que j’ai trouvé un certain réconfort dans la foi. En revanche, je pratique peu. Je vais rarement à la messe, et disons qu’intérieurement j’oscille un peu. Mais là, le soir précédant l’opération, je me retrouve dans la chapelle de l'hôpital et je me mets à prier. Happé par un cocktail d’espérance, d’angoisse et de tristesse, je ressens l’urgence de parler à Dieu. Je commence par le remercier pour toute cette vie qu'il m’a permis de vivre, pour mes études, pour ma femme, pour mes trois filles, pour ces lectures qui m'ont passionné, pour m’avoir fait grandir dans un pays en paix... Et puis, quand même, j’ai la trouille. Justement parce que cette vie, je voudrais quelle continue un peu. Alors je lui dis : « C'est toi le chef, donc c’est toi qui vas décider. Mais franchement. si tu es OK pour me donner un peu plus de temps, je suis preneur. » [Rires] Je suis resté une bonne heure à prier, alternant entre exaltation euphorique et crise de larmes : j’étais en feu. J’ai fini par retourner dans ma chambre, mais j’ai encore connu quelques phases de grande, grande intensité émotionnelle.

Racontez-nous._

C.A. : Par exemple, juste après l’opération. Je suis dans mon lit. avec toutes ces tubulures et ces perfusions, quand j'ai une attaque de gratitude - comme on peut avoir des attaques de panique : éperdu de reconnaissance pour les infirmières, pour mon chirurgien, pour son équipe, je dis mon amour pour la médecine, pour la vie. pour l’humanité... Et je reste dans cet état quasi délirant pendant quinze bonnes minutes. Certes, je recevais de la morphine pour moins souffrir, mais ça n’explique pas tout. Les jours suivants, j’ai pu aussi me retrouver à méditer pendant des heures, comme en lévitation, sans même sentir le temps passer. Bref, la maladie m’a fait connaître des secousses émotionnelles si fortes qu’elle m’a profondément transformé. Je me suis juré de ne jamais oublier l’intensité de ces moments-là. Et de me rappeler, toujours, combien le fait même d'être en vie était passionnant.

extrait d'une interview de Christophe André dans Psychologie magazine.
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mardi 13 janvier 2026

Invente !

 "Inventer, inventer… devant les tragédies du monde, devant les drames qui nous frappent, face aux guerres et à l’injustice, inventer, inventer toujours des chemins de paix, inventer une société éveillée et plus juste. Inventer des remèdes collectifs à la souffrance."

Alexandre Jollien


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vendredi 26 décembre 2025

L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue

 

Sur la bande des fréquences humaines, il existe une longueur d’onde, que pas grand monde ne capte .
Bien peu en connaissent ne serait ce que l’existence. La part préservée en eux , cependant, la soupçonne sans oser y croire.
Elle les travaille cette longueur d'onde, elle les tenaille, leur mémoire originelle se souvient qu’elle existe.
Mais leur "raison" la range sur le rayon des mythes, légendes, contes de fées et idéaux dont le temps est censé guérir.
Cette longueur d’onde est celle de la bonté ; celle de la compassion ; celle de la bonne volonté.
Mais attention !
Pas de la bonté mièvre, de la compassion imbécile , de la bonne volonté qui bêle …
C’est une longueur d’onde qui n’émet aucun son du moins aucun décelable à l’oreille de chair.
Ce qu’elle diffuse n’ est audible que d’une oreille intérieure , laquelle, bien qu’elle soit là, ne devient accessible que par un rare travail.
Ouverte par le travail, cette oreille intérieure capte la longueur d’onde en question, et cette longueur d’onde émet un climat.
Au sein du climat généré par cette fréquence inconnue , il n’y a plus d’argumentations défensives ; plus de répliques : plus de "débats" ; plus de vainqueur ni de vaincu.
Il n’y a plus d’humiliations ; plus de règlements de comptes.
Il y a des paroles. Parfois agréables, parfois pas, du moins de prime abord, justement pour qui se réfère encore aux fréquences connues .
Il y a des silences. Il peut y avoir des larmes, des larmes bienfaisantes qui ouvrent toujours plus grand.
Il y a des rires et des sourires.
Et tout cela a un goût qui instantanément rassasie, soulage et détend quiconque s’y relie : le goût de la vérité. Celle qui ne s'énonce pas, ne procède de personne , celle qui ne participe de rien d’autre qu’elle même.
Et qui, pourtant, n’est pas une vérité sèche, soi-disant métaphysique, prétendument "non duelle".
Une vérité incarnée, immanente à l’humain ; l’humain, en tant que lui même émanation de cette longueur d’onde si bien cachée
Toute parole, tout regard, tout sourire, tout silence, tout geste qui puise sa source dans cette longueur d’onde est investi d’une force qui ne se discute pas .
D’une autorité qui en impose sans diminuer et encore moins écraser .
Cette longueur d’onde, elle est là, toujours. Elle émet.
Mais il est si difficile de s’y connecter, si difficile de la trouver et surtout de ne pas la perdre une fois captée.
S’y connecter, se brancher sur elle, est en soi un travail, travail rendu possible par tant de nettoyages d’écuries, d’audaces et de périples hasardeux au bord des précipices .
Cette longueur d’onde ne prêche pas ; elle n’enseigne même pas, quoiqu’elle soit condition préalable à toute transmission digne de ce nom.
Est ce qu’elle prie ?
Oui mais pas de la manière connue .
Elle ne demande rien. Elle confie, elle invite, elle remet,…
Elle est en elle même prière.
Cette longueur d’onde n’est pas bon marché.
On ne s’y abonne pas par quelques slogans psychologiques ou spirituels, ni par des concepts philosophiques , si impeccables de rigueur soient ils .
Elle ne se brade pas à la foire des "éveils".
Elle se paie cher.
Très cher.
En unités de prétention, de mensonge, d’illusion, de postures, de déni, de résistance, d’évitement et autres noms donnés à ce qui, au final, n’est rien sinon le faux.
Elle ne diffuse aucune recette.
Elle ne résout rien.

Et cependant, elle éclaire tout, de sa lumière inouïe.
Elle est l’unique issue.
La seule réponse.
Le vœu que je m’adresse, chaque année et chaque jour, est de me souvenir d’elle, de me connecter à elle et, autant que possible, de demeurer de plus en plus en elle.
Pas pour m’y protéger.
Pas pour mon confort, pas pour « ma » paix , mais pour la paix.
Afin d’être son serviteur dans la multiplicité complexe du visible .
Si, derrière la mécanique des « fêtes », la litanie des vœux pieux, des souhaits qui sonnent creux, des prières pour la forme, si il existe un esprit de Noël, c’est en cette longueur d’onde et en elle seule que cet esprit vit.
Cette fréquence n’appartient qu’à elle même.
Elle n’est à personne.
Certainement pas à une élite dont je m’imaginerais être, parce que j’ai le front d’écrire pareil texte.
Et elle est notre terre commune.
Elle est l’esprit de Noël, de Hanouka, de Divali, de al -Mawlid al nabawî.
Amen Om Shalom Salam aleykoum

Gilles Farcet

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lundi 21 juillet 2025

Emotion libre

 Libérer l'émotion est la détente du cœur.

Déposer les larmes est la sagesse de l'âme.

"Manon et Leili - chants d'outre-tombe" de Yann Damezin

"Ce n'est vraiment qu'avec le lying que j'ai pu comprendre la parole du Christ promettant : « Heureux ceux qui pleurent car ils seront consolés.» Si l'on parvient à pleurer, c'est-à-dire à laisser venir la souffrance en étant parfaitement réconcilié, on est alors consolé au plein sens du terme parce que l'on éprouve une paix d'un autre monde." 

Eric Edelmann (Swami Prajnanpad et les lyings)

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samedi 10 mai 2025

Espace de paix


Par temps de guerre, il faut prendre en considération, l’épouvantable liberté du moineau, l’indifférence généreuse et parfumée de la rose…
Tant de vies et de sang perdus dans l’immensité heureuse du printemps,
Tous ces innocents écrasés par des chars,
Tous ces hommes enflammés par des drones…
Qui osera dire encore que la guerre est juste ?
Cela est juste absurde, contagieux comme le virus que seul le rien arrête.
Pourquoi obéissons-nous à des ordres qui nous tuent, qui détruisent tout ce qu’on peut détruire…
On ne lutte pas avec le ciel bleu !
Y a-t-il un seul obus qui ne nous retombe pas sur la tête ?
Seul l’espace en chacun de nous n’est pas atteint par la grande mitrailleuse,
là où respire l’épouvantable moineau,
la sérénité de la rose et l’invincible printemps.

Jean-Yves Leloup, Mai 2025



vendredi 9 mai 2025

La paix soit avec vous tous !

 La paix soit avec vous tous !


Frères et sœurs bien-aimés, ceci est le premier salut du Christ ressuscité, le bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Moi aussi, je voudrais que ce salut de paix pénètre votre cœur, qu’il rejoigne vos familles, toutes les personnes, où qu’elles soient, tous les peuples, toute la terre. La paix soit avec vous !

C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. Nous avons encore en tête cette voix faible mais toujours courageuse du pape François qui bénissait Rome !

Le pape qui bénissait Rome bénissait le monde entier, ce matin du jour de Pâques. Permettez-moi de prolonger cette bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne triomphera pas ! Nous sommes tous dans les mains de Dieu. Alors, sans peur, unis main dans la main avec Dieu et entre nous, avançons. Nous sommes des disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui, comme d’un pont pour être rejointe par Dieu et son amour.

« Merci au pape François ! »

Aidez-nous, aidez-vous les uns les autres à construire des ponts, par le dialogue, par la rencontre, en nous unissant pour être un seul peuple toujours en paix. Merci au pape François !

Je veux aussi remercier tous les frères cardinaux qui m’ont choisi comme successeur de Pierre, pour marcher avec vous, en Église unie, cherchant toujours la paix, la justice, en travaillant toujours comme hommes et femmes fidèles à Jésus-Christ, sans peur, pour proclamer l’Évangile, pour être missionnaires.

Je suis un fils de saint Augustin, un augustin, qui disait : « Avec vous je suis chrétien, pour vous je suis évêque. » C’est dans ce sens que nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie que Dieu nous a préparée.

Un salut spécial à l’Église de Rome ! Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte à accueillir, comme cette place aux bras ouverts. Tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, du dialogue et de l’amour.

« Prions pour la paix dans le monde »

(En espagnol) Et si vous me le permettez, un mot, un salut à tous, et en particulier à mon cher diocèse de Chiclayo, au Pérou, où un peuple fidèle a accompagné son évêque, a partagé sa foi et a tant donné, tant donné pour continuer à être une Église fidèle de Jésus-Christ.

(En italien) À vous tous, frères et sœurs de Rome, d’Italie, et du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église en chemin, une Église qui cherche toujours la paix, la charité, qui veut toujours être proche, surtout de ceux qui souffrent.

Aujourd’hui est le jour de la Supplication à la Vierge de Pompéi. Notre Mère Marie veut toujours marcher avec nous, rester proche, nous aider par son intercession et son amour.

Alors, je voudrais prier avec vous. Prions ensemble pour cette nouvelle mission, pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et demandons cette grâce particulière à Marie, notre Mère.

Je vous salue Marie…

Léon XIV

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samedi 18 janvier 2025

Apaisé...


Apaisé maintenant, te souviens-tu
D'un temps où nous luttions à grandes armes,
Que restait--il
Dans nos cœurs qu'un désir de nous perdre, infini ?
Nous n'avions pas franchi
La seule grille au soir ou sagesse de vivre
Qui est dans la grisaille et l'acanthe des morts.
Nous n'avions pas aimé
Le feu de longue nuit, l'inlassable patience
Qui fait aube pour nous de tout branchage mort.

Yves Bonnefoy
A une terre d'aube in Hier régnant désert
Poésie Gallimard 1982

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dimanche 12 janvier 2025

La paix à offrir (3/3)

 


Nous nous percevons petites vagues, perdues sur l’immensité de l’océan, au milieu des autres vagues, dans un vécu de séparation, d’exclusion, de déconnexion. La vague se sent vulnérable quand elle est dans l’ignorance d’elle-même, mais, quand elle regarde en profondeur, au-delà de sa désespérance à se sentir si insignifiante, elle voit que son essence est l’élément «eau», une essence qu elle partage avec toutes les autres vagues. Tout change alors. Elle reste «elle», singulière et distincte, mais elle se sent en paix quand elle embrasse la calme magnificence de la réalité de son être. C’est ce qui se passe à cet instant, dans l’expérience partagée avec cette femme. Elle est la vague. Je suis la vague. Nous sommes indissociables de l’océan. Nous sommes l’océan. Nous n’avons jamais été ni perdus, ni exclus, ni déconnectés.

Au niveau ultime, n’y aurait-il plus de solitude ?

Je sors très apaisé de cette chambre et vais m’asseoir quelques instants dans un bureau isolé. J’ai besoin de réfléchir, de contempler ce qui s’est passé. Cette femme a trouvé en elle un espace de paix. Sans même en avoir conscience, elle me l’a offert en retour.

Je m’interroge. Et si l’inverse était vrai? Si je fais la paix en moi, de quelque manière que ce soit, par la méditation ou tout autre moyen, puis-je moi-même offrir la paix en retour à autrui, afin de le toucher intérieurement de la même manière que cette femme m’a touché? Pourrais-je y parvenir, sans rien faire d’autre que simplement cultiver mon propre espace intérieur ?

Il y a de la joie dans cette prise de conscience. La joie de constater qu’on peut spontanément faire du bien à ceux qui nous entourent par le simple fait d’aller à la rencontre de nous-mêmes.


Dans cette perspective, me donner de la paix, du calme, prendre soin de moi, cesse d’être un mouvement égocentré où mon seul bien-être est la priorité, la seule finalité. J’inscris cette attention à moi dans une attention à toi, conscient que tout le bon que je peux générer en moi a le pouvoir de toucher ton cœur, sans même que je le veuille, sans même que tu le saches.

Faire vibrer mon diapason intérieur de ma plus belle note et te laisser entrer en résonance. Sans rien faire. Sans rien te dire. Cela ne vaut-il pas la peine d’essayer? Ne serait-ce pas là le sens des mots du Dalaï-Lama ?

« Fais la paix en toi et tu feras la paix dans le monde. »

Ce matin, je crois que cette dame qui va bientôt mourir vient de me les faire comprendre.

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)
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samedi 11 janvier 2025

La paix à offrir (2)

 Je l’ai compris auprès d’une femme qui n’avait plus que quelques jours à vivre.


J’entre dans une chambre de l’unité de soins palliatifs où je travaille. Cette femme est là, alitée. Elle m’accueille avec un sourire. Elle est fatiguée mais une douceur intérieure lisse les traits de son visage. Je m’assieds sur le rebord de son lit. Spontanément, elle me prend la main et me regarde en silence. Elle hésite, comme si elle cherchait ses mots. «Je vais bien, me dit-elle presque dans un souffle. Je ne comprends pas pourquoi... mais je vais bien. »

Elle est pourtant en train de vivre ses derniers jours. C’est étrange : l’un après l’autre, elle perd les supports de ce qui a constitué sa personne tout au long de son existence. Son corps l’abandonne. Il s’épuise et s’amaigrit. Elle a perdu depuis longtemps son statut professionnel et a renoncé aux projets qui étaient ses moteurs de vie. Elle sait qu’elle est en train de perdre sa place dans le monde des vivants qui continueront à vivre quand elle ne sera plus... Tant de pertes successives, tant de renoncements. La perte inexorable de tout ce qui lui permettait de dire : «Je suis cette personne. Ceci est “moi”.» Et pourtant, aujourd’hui, alors qu’elle est profondément engagée dans le deuil d’elle-même, elle me dit : «Je vais bien.» Cet état de quiétude arrive si rarement chez une personne en fin de vie que j’éprouve le besoin de rester auprès d’elle. Pour m’en imprégner. Pour comprendre aussi ce qui se passe sous mes yeux car, de façon troublante, je me sens aussi pénétré par cette tranquillité si paradoxale, alors que la mort s’annonce.

Que se passe-t-il à cet instant ? Quelle est la nature de cet apaisement ?

Je vois cette femme qui n’a plus assez de «support » pour continuer à se définir elle-même comme elle le faisait autrefois. Sous les assauts de la maladie, elle est contrainte à quitter son ego - cette représentation mentale d’elle-même - qui lentement se délite. Son espace psychique se vide progressivement de tout ce qu’elle pensait être mais, dans un même temps, une porte s’ouvre en elle : elle fait l’expérience directe d’un espace intérieur où peu de pensées s’élèvent. Et elle y découvre la paix. Une sorte d’immédiateté dans son rapport au monde et à elle-même. Quelque chose de très simple et de très calme, un espace de non-lutte par rapport à sa nouvelle réalité.

Mot après mot, dans un effort qu’il me semble essentiel de ne pas contrarier, elle me raconte combien elle sent un accès plus simple à l’instant présent : les sensations d’un bain ou d’un massage, la contemplation d’un arbre à travers sa fenêtre, le son de la musique, le silence d’une rencontre. Elle découvre, étonnée, qu’affranchie des pensées qu’elle n’a plus la force de suivre,

elle existe autrement, différemment. Plus calme, plus paisible. Elle avait l’impression de tout perdre et elle découvre qu’elle continue à exister. Qu’elle conserve son essence, son sentiment d’«être». «Je suis arrivée à un état que j’ai recherché toute ma vie, me confie-t-elle dans un filet de voix. Une vérité, une clarté, une simplicité à être “moi”, alors que..., sourit-elle en regardant son corps décharné, il n’y a plus rien de moi.» Une pensée me traverse : j’ai l’intuition qu’elle contacte un écho de son essence profonde, un écho sourd mais indéniable de ce qu’elle est fondamentalement. Un espace calme, clair, lumineux, sans pensée, intelligent, au-delà du temps, conscient de lui-même...

Je ne comprends pas pourquoi je suis autant touché par la paix que cette femme irradie. Je me sens moi aussi porté par cette paix. Je pense un instant qu’elle me la communique, mais non... Cela ne vient pas d’elle... Ce qui me trouble, c’est que je reconnais la sensation que ses mots réactivent en moi. Je reconnais la texture de ma propre expérience méditative — comme si son état intérieur entrait en résonance avec ma propre dimension intérieure. Son esprit dépouillé de tout devient un miroir qui me révèle à moi-même. Le visage de Chogyé Trichen traverse mon esprit. En dépit du fait que ni moi ni cette femme ne sommes «réalisés» comme lui, il se déroule la même expérience spirituelle qu’avec ce maître : nos essences respectives entrent en harmonie l’une avec l’autre.

A suivre

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)

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vendredi 10 janvier 2025

La paix à offrir (1)

 La paix qu’on se donne à soi-même n’a de sens que si on l’offre en retour


Suivre les boussoles qui font du bien. Accorder sa vie à ce qu’on pense être juste. Stabiliser son esprit... Autant d’actes qui induisent en soi du calme et de la paix. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté, n’est-ce pas ? Mais est-ce pour autant suffisant pour parvenir à la plénitude ? Non. Car ce n’est qu’une partie du chemin : les maîtres nous enseignent que se donner la paix n’a de sens que si on offre cette paix en retour.

J’en ai eu l’ultime illustration à Dhagpo, un après-midi d’été.

Chogyé Trichen est un des maîtres contemporains les plus illustres du bouddhisme tibétain. Il est de passage en Dordogne pour une série d’enseignements. Sincèrement, j’ignore tout de ce très vieil homme, né au Tibet en 1920, mais il nous est proposé de lui rendre hommage en lui offrant une kata, une écharpe de soie blanche. Une foule s’amasse devant la «maison des lamas ». Afin de ne pas trop le fatiguer, nous sommes reçus deux par deux dans une petite pièce. Sans états d’âme, j’entre, accompagné d’une amie. Le vieux maître est assis dans un fauteuil, visiblement fatigué, entouré de deux assistants. Je m’incline devant lui.

Il y a soudain un « blanc » dans ma tête.


Plus de pensée pendant un bref instant. En une fraction de seconde, je me sens comme à la porte d’un avion, à 10 000 mètres d’altitude, face à un immense espace sans limites. Je suis totalement pris de court. Je perds tout repère. C’est extrêmement fugace mais d’une incroyable puissance. Alors que je me redresse, un cuisant mal-être m’envahit ! Je me sens soudain totalement nu face à lui, comme s’il voyait tout de moi. En même temps, je sens une colossale vague de bienveillance et d’amour déferler sur moi. Une acceptation inconditionnelle de la totalité de mon être, dans ce qu’il a de plus beau et de plus laid ! Cet homme n’a pourtant rien dit, ni rien fait. Il a juste souri puis détourné son regard. Puis, en un instant, tout s’est évanoui.

Que s’est-il passé ? Il est difficile de décrire une telle expérience. J’ai déjà lu des textes qui parlent de l’impact spirituel de la rencontre avec un maître accompli, mais la réalité à laquelle j’ai été confronté aujourd’hui est tout autre. Il est dit que le maître éveillé a, comme le Bouddha, développé sa pratique à un tel point de perfection qu’il n’existe plus en tant que personne. Il n’y a plus, en lui, de support pour un quelconque ego. Celui-ci s’est dissous dans l’espace de ce qu’on appelle «la Nature de l’Esprit», la nature même du Réel. L’esprit du maître devient alors aussi transparent que le verre, aussi vaste que le ciel. Par la force de sa réalisation, il devient aussi clair qu’un miroir sans tache. Un miroir dans lequel tout se reflète et qu’il tend sans relâche à ceux qui s’avancent vers lui :

«Regarde la nature de ton esprit. Ceci est “toi" au-delà de ce que tu crois être. Contemple le travail que tu as encore à accomplir sur toi. Mais, par-dessus tout, regarde l’insondable Paix où cela va te mener. »

Le maître éveillé est, en lui-même, par sa seule présence, un enseignement spirituel. Spontanément, sans effort, il offre au disciple un aperçu extrêmement bref mais extrêmement puissant de sa propre réalisation : il lui montre la réalité de son esprit quand celui-ci est affranchi des obscurcissements mentaux. C’est, je crois, ce «blanc» sans pensée que j’ai ressenti pendant ces quelques secondes à son contact, un instant si bref mais si intense. C’est au-delà de ce que le mental est capable de comprendre. Peu importe si les sceptiques ou les cartésiens ne voient dans la spiritualité qu’une simple construction mentale, un prix de consolation pathétiquement humain visant à mettre à distance la peur de la mort, cette expérience a planté en moi la certitude de la réalité du chemin spirituel et de sa finalité.

Je pensais néanmoins qu’elle resterait unique, uniquement accessible en présence d’un maître éveillé. J’avais tort... Car, depuis mon retour, je sais maintenant qu'«offrir sa paix» n’est pas l’apanage des êtres accomplis. Cela est à notre portée.

A suivre

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)

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mardi 17 décembre 2024

Paix sans contraire


JÉSUS A DIT : « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades » et, entre autres titres, le Bouddha a été appelé le « Grand Médecin ». Nous pouvons donc laisser de côté, du moins pour l’instant, les termes prestigieux d’Éveil, de Libération, d’Illumination et prendre appui sur le mot guérison.
La guérison et la santé physiques sont le champ d’action des médecins et des chirurgiens : diagnostic et thérapeutique. Même profanes, nous savons tous de quoi il s’agit : la toux persistante, l’arythmie cardiaque, les rhumatismes douloureux, sont les symptômes que nous cherchons à faire disparaître. Quand tous les symptômes pathologiques se sont dissipés, la santé fondamentale se révèle.
La santé psychique relève des psychiatres, des psychologues et des psychothérapeutes. Un vocabulaire professionnel précis définit et décrit les différentes pathologies. La guérison est envisagée soit par la chimie (les anxiolytiques, les antidépresseurs), soit par une intervention au niveau du psychisme lui-même : psychothérapie ne signifie pas guérison du psychisme mais par le psychisme, le premier exemple et le plus représentatif étant la psychanalyse freudienne.
Mais qu’en est-il de la guérison spirituelle et de la parfaite santé spirituelle ? Deux formules ont rencontré un certain succès : « la psychothérapie guérit l’ego, l’ascèse guérit de l’ego » ou « la psychothérapie guérit le mental, l’ascèse guérit du mental ». En vérité, tout ce qui n’est pas la paix intime, immuable, la joie non dépendante et l’amour qui n’a pas de contraire est pathologique du point de vue de la santé spirituelle. Depuis quatre millénaires, les descriptions traditionnelles du saint ou du sage sont, à cet égard, unanimes. Le christianisme promet la « paix qui dépasse toute compréhension » et la « joie parfaite ». Les termes shanti (paix) et ananda (joie) saturent la littérature sanscrite. Chacun, chacune peut donc se demander honnêtement et réalistement où il (elle) en est à cet égard – quels que soient ses «expériences spirituelles» et ses éclairs de «supra-conscience».
Arnaud Desjardins, La paix toujours présente
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mercredi 4 décembre 2024

Révolution pacifique

 


Qui a dit : « tu » ne tueras pas ?

Quelle femme ? Quel homme ? Quel Dieu ?

Seul un « je » peut dire « tu » et « tu » ne tueras pas.

Quel est ce « je » origine d’une telle conscience et d’une telle loi ?

Le « je » d’Abraham, de Moïse, de Yeshoua ? Le « je » de chacun de nous, quand nous sommes en bonne santé et de bonne humeur ?

Aujourd’hui, il paraît qu’il n’y a plus de « je », seulement des « on » qui se déclarent la guerre et se terrifient les uns les autres, avec leurs machines efficaces, leurs engrenages et agrégats de violence, de peur, de colère, de plainte qui emportent le « je » loin de lui-même, loin du beau « Je suis » calme et silencieux dont on a fini de rêver.

Pourquoi parlons-nous de « révolutions » et de « gardiens de la révolution », qu’elle soit islamique, française, sioniste, américaine et autres, toutes ces « révolutions » se font dans le sang ?

La véritable révolution qui littéralement veut dire « revenir à soi », « être de retour », revenir à « je », à « Je suis » ne semble pas encore née.

N’est-ce pas faire « un pas de plus », (ultreïa disaient les pèlerins) ? N’est-ce pas aller au-delà de tous ces « on » belliqueux et de toutes ces mémoires orgueilleuses et vengeresses pour découvrir un « je » libre, capable de dire : « je » ne tuerai pas et si « tu » le veux toi aussi, « tu » ne tueras pas ; toi aussi, tu seras libre, libre d’exister sans crainte ni convoitise.

Tant que « je » n’est pas en paix, « on » ne sera jamais en paix.

Encore une évidence que tout le monde sait et que personne ne fait.

Il faut un « je » pour le faire, « on » ne le fera pas à notre place.

 Jean-Yves Leloup, Décembre 2024

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