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mercredi 20 mai 2026

Interdépendance

[...] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

XIVe Dalaï-lama, enseignements donnés à Amaravati, Inde, 2005.

📸 : Elèves de l’école de Shèchèn au Tibet oriental. 2014

Partagé par Matthieu Ricard

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lundi 11 mai 2026

Satisfaction

 


« Le fait d’éprouver de la joie à faire le bien d’autrui, ou d’en retirer de surcroît des bienfaits pour soi-même, ne rend pas, en soi, un acte égoïste. L’altruisme authentique n’exige pas que l’on souffre en aidant les autres et ne perd pas son authenticité s’il s’accompagne d’un sentiment de profonde satisfaction. De plus, la notion même de sacrifice est très relative : ce qui apparaît comme un sacrifice à certains est ressenti comme un accomplissement par d’autres. »

Matthieu Ricard - Plaidoyer pour l'altruisme
📸 : Lumières du matin en Himalaya, Namo Buddha, Nepal, mai 2020

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jeudi 16 avril 2026

Dépendance...

 


[…] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

‍FOURTEENTH DALAI LAMA, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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jeudi 19 mars 2026

Pensées sur moi

‍Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.

14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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lundi 30 décembre 2024

Un voyage avec Matthieu Ricard

 RENCONTRE - Ce samedi 28 décembre, Ushuaïa TV a proposé un numéro inédit du magazine Les voyageurs solidaires consacré à Matthieu Ricard. Devenu moine bouddhiste, interprète français du dalaï-lama, auteur et photographe à succès, il a fondé Karuna-Shechen, une ONG laïque et apolitique, pour lutter contre la pauvreté.

Entre une retraite en Dordogne et un voyage au Bhoutan, Matthieu Ricard nous reçoit chez son cousin à Paris pour parler de voyages et d’altruisme. Des amies passent, des collaborateurs s’affairent dans la pièce voisine autour d’un projet de film et d’un livre à paraître. Une ruche créative, baignée de joie et de bonne humeur.


Matthieu Ricard. - Grâce à ma famille, j’ai eu la chance d’être confronté à des gens passionnants qui venaient régulièrement à la maison : des prix Nobel, intellectuels, artistes, scientifiques, explorateurs… J’admirais leurs talents, mais je n’avais pas forcément envie de leur ressembler en tant qu’être humain. Et puis un jour, à 20 ans, j’ai vu Le Message des Tibétains, le documentaire d’Arnaud Desjardins. Il avait filmé des maîtres spirituels qui avaient fui l’invasion du Tibet. J’avais l’impression de voir vingt Socrate, vingt saint François d’Assise, vivant aujourd’hui. J’ai tout de suite décidé de partir en Inde, en 1967. Arnaud m’a alors conseillé d’aller rendre visite à l’un de ces maîtres qui l’avait particulièrement impressionné, Kangyur Rimpoché. Je suis donc parti pendant les vacances universitaires le voir à Darjeeling. C’était tellement extraordinaire ! Une montagne de sagesse, de bienveillance, de simplicité. J’ai pensé : je suis arrivé à destination, à l’endroit depuis lequel je peux faire le voyage de toute une vie. J’ai dû rentrer à Paris pour finir mes études, soutenir ma thèse de doctorat en génétique cellulaire. J’ai fait six allers-retours, et fin 1972, j’ai pris un aller simple, me suis installé dans un petit ermitage auprès de mon maître spirituel et me suis dit : la vraie recherche commence maintenant ! Comme disait le poète Henri Michaux, « si on va en Inde sans une quête spirituelle, on est juste la proie des moustiques ».

L’Inde est-il un pays fascinant mais qui peut faire peur ?

Il y a des personnes qui vous disent « moi je ne peux pas aller en Inde, c’est trop dur, il y a trop de misère ». Pourtant, quand on voyage dans les campagnes indiennes, c’est très beau et émouvant. S’émerveiller devant la beauté de la nature ou le regard d’un enfant, ça nous sort du cocon de l’individualisme exacerbé. Voyez la façon dont les villages sont solidaires, l’organisation de la vie communautaire ! Tout le monde aide à la moisson, à réparer un toit… Vous savez, j’ai beaucoup vécu dans les quartiers pauvres de Delhi. Les conducteurs de rickshaws qui viennent des campagnes n’ont pas les moyens de se loger, ils dorment sur leurs sièges dans la rue. Eh bien le soir, ils se réunissent en cercle, font un feu avec des vieux cartons, et chantent, s’amusent, rigolent… Il n’y a pas ce malaise que l’on voit dans les sociétés occidentales où la consommation d’anxiolytiques et le nombre de suicides des jeunes ne cesse d’augmenter.

Que voulez-vous dire ?

On peut penser que je suis naïf, mais ce comportement a été étudié, il s’appelle le paradoxe des pauvres heureux. Évidemment cela ne veut pas dire qu’il faut les laisser pauvres, ce serait inconvenant. Il faut bien entendu les aider à sortir de la pauvreté et leur apporter une assistance médicale, les éduquer s’ils le souhaitent… Mais ils vivent avec une certaine insouciance, sans être préoccupés par l’ambition, la soif de consommation, de statut social. Mettre tous nos atouts dans le développement matériel, ce n’est pas ce qui nous rend épanoui dans l’existence. Une fois que vous avez le minimum pour vivre raisonnablement, sans devoir être dans l’angoisse chaque fin de mois, doubler ou tripler vos revenus ne vous rend pas plus heureux. C’est le fameux paradoxe d’Easterlin, qui a bien été étudié. Un proverbe tibétain dit : « Savoir se contenter, c’est tenir un trésor dans le creux de sa main. » Quand vous avez cinq milliards à dépenser pour aller cinq minutes dans l’espace avec vos copains comme M. Jeff Bezos alors qu’avec cette somme vous pouvez mettre tous les enfants qui ne sont pas scolarisés à l’école, c’est indécent. Il faut absolument sortir de ses intérêts personnels immédiats pour contribuer au bien commun. Développer la voie du « care » à côté de celle de la raison. On ne peut plus dire aujourd’hui « I don’t care », pour la pauvreté au sein de la richesse, pour le sort des générations futures… ça ne passe plus !

Quand avez-vous commencé à aider les autres ?

Tout est parti du voyage initial qui m’a mené à vivre en Inde, au Népal, au Bhoutan… et m’a permis de voir tout ce qui pouvait être fait pour aider. Mais je n’avais aucun moyen et vivais avec l’équivalent de cinquante euros par mois. Puis un éditeur m’a proposé de faire un livre d’entretiens avec mon père Jean-François Revel. Cet ouvrage, Le Moine et le Philosophe, a été un grand succès. Avec les droits d’auteur, je n’allais pas construire une piscine dans l’Himalaya ni rouler en Ferrari sur les chemins de pierre ! J’ai donc donné tout l’argent de ce livre, et des suivants, à des projets humanitaires et ai créé la fondation Karuna-Shechen consacrée à des programmes de lutte contre la pauvreté. Elle fêtera ses 25 ans l’an prochain. Aujourd’hui, Karuna-Shechen vient en aide à 500.000 personnes directement et 1 million indirectement chaque année. Nous avons commencé comme des Indiana Jones au Tibet, où nous avons construit vingt-cinq dispensaires et autant d’écoles, ainsi que dix-huit ponts. Bref, tout cela est parti d’un voyage de découverte qui s’est transformé en voyage altruiste.

Comment définissez-vous l’altruisme ?

L’altruisme est défini comme l’intention que vous avez maintenant, pas forcément tout le temps (on n’est pas altruiste à tout moment dans toutes les situations) d’accomplir le bien d’autrui ou de soulager sa souffrance. La finalité n’est pas de recevoir des louanges ou d’être fier de soi. Cette intention doit être purement altruiste, sans calcul. Vous n’allez pas aider une vieille dame pendant un an dans l’espoir d’avoir son héritage, par exemple. Le but est d’être au service d’autrui. Et généralement on se sent bien soi-même en faisant le bien des autres, car cela reflète notre nature profonde, mais il ne faut évidemment pas le faire dans ce but, même si, comme disait Coluche, « il n’y a pas de mal à se faire du bien ». Un milliardaire me disait un jour : je donne à des associations humanitaires car ça me fait du bien ! Ça, c’est le « warm glow » anglo-saxon, mais certainement pas l’altruisme véritable. J’ai écrit un livre, Plaidoyer pour l’altruisme, de 800 pages et je projette de faire L’altruisme en action, une version courte de 100 pages, pour évoquer tout ce qui peut être mis en pratique de manière pragmatique pour soulager les souffrances et apporter du bien-être à autrui. J’évoquerai également les développements récents comme le mouvement de l’altruisme efficace.

Avons-nous une prédisposition à l’altruisme ?

Si on se sent mieux quand on est altruiste cela indique qu’au fond, en tant qu’animal social, les humains sont profondément coopérateurs. Les recherches en psychologie comportementale, dans plusieurs universités, ont montré que les jeunes enfants de moins de 5 ans sont des coopérateurs inconditionnels et préfèrent les gens qui se comportent avec bienveillance avec d’autres personnes, contredisant ainsi ce qu’affirmaient Freud et Piaget. Nous avons donc une prédisposition plus forte à l’altruisme. Certes, on peut devenir un psychopathe, ou un dictateur sanguinaire, mais la plupart des huit milliards d’êtres humains, la majeure partie du temps, se comportent de manière décente les uns envers les autres. Ça ne se remarque pas car, quand tout va bien, on n’en parle pas. C’est ce que j’ai appelé la « banalité du bien. »



Comment être une bonne personne sans se faire marcher sur les pieds ?

En étant ferme, mais sans malveillance, sans s’emporter, sans escalade de la violence. Être altruiste ne signifie pas être un paillasson, ni vivre dans un monde de bisounours, mais avoir toujours à l’esprit l’accomplissement du bien d’autrui.

Est-ce que les voyages développent l’altruisme ?

Absolument. Le voyage peut développer l’altruisme et d’autres qualités humaines comme la résilience, la paix intérieure, la force de l’âme et beaucoup d’autres. Les qualités intérieures, c’est ce qui donne du sens à notre existence. Les cultiver, c’est l’affaire d’une vie, mais c’est la chose la plus belle que l’on puisse faire. Comme disait Aristote, « on devient vertueux en pratiquant la vertu ». Le voyage nous ouvre les yeux sur notre humanité commune.

En voyage, nous avons tous été confrontés un jour à la grande pauvreté, une misère abyssale… Comment se comporter humainement sans souffrir soi-même de la peine des autres ?

C’est le problème de la détresse empathique. L’empathie affective nous mène à souffrir de la souffrance de l’autre. C’est l’effet que les émotions de l’autre ont sur vous. Elle est importante car elle vous permet de comprendre la situation de l’autre. Mais elle épuise, et peut conduire au burn-out. En revanche, la compassion est entièrement tournée vers l’autre, c’est apporter une bienveillance inconditionnelle à la souffrance de l’autre. Un flot d’amour. Un baume. C’est le bon cœur, la chaleur humaine. La compassion est un antidote direct à la détresse empathique. Elle régénère nos forces. Quand un médecin intervient sur un champ de bataille, il ne se pose pas de question, il agit.

Pourquoi vos portraits photographiques montrent-ils toujours des êtres humains souriants ?

Je n’ai jamais pu faire de photos sur la déchéance humaine. C’est un choix que j’assume. À travers la photo, j’essaie de redonner confiance en la nature humaine.


source : Par Marie-Angélique Ozanne, pour Le Figaro Voyage

association de Matthieu Ricard : Karuna-shechen.org

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samedi 21 octobre 2023

Imprégner l’empathie de compassion

 Extrait du livre de Matthieu Ricard, Plaidoyer pour l’altruisme...



Je discutais récemment avec une infirmière qui, comme la plupart de ses collègues, est continuellement confrontée aux souffrances et aux problèmes des patients dont elle s’occupe. Elle me disait que dans les nouvelles formations de personnel soignant, l’accent était mis sur la « nécessité de garder une distance émotionnelle vis-à-vis des malades » pour éviter le fameux burnout qui affecte tant de professionnels de la santé. Cette femme très chaleureuse, dont la simple présence rassure, me confia ensuite : « C’est curieux, j’ai l’impression de gagner quelque chose lorsque je m’occupe de ceux qui souffrent, mais lorsque je parle de ce “gain” à mes collègues, je me sens un peu coupable de ressentir quelque chose de positif. » Je lui décrivis brièvement les différences qui semblent exister entre la compassion et la détresse empathique. Cette différence concordait avec son expérience et prouvait qu’elle n’avait aucune raison de se sentir coupable. Contrairement à la détresse empathique, l’amour et la compassion sont des états d’esprit positifs, qui renforcent la capacité intérieure à faire face à la souffrance d’autrui.

Si un enfant est hospitalisé, la présence à ses côtés d’une mère aimante qui lui tient la main et le réconforte avec d’affectueuses paroles lui fera sans doute plus de bien que l’anxiété d’une maman submergée de détresse empathique qui, ne pouvant supporter la vue de son enfant malade, fait les cent pas dans le couloir. Rassurée par mes explications, cette amie infirmière me confia qu’en dépit des scrupules qu’elle avait de temps à autre, ce point de vue s’accordait avec son expérience de soignante.

À la lumière de ces recherches préliminaires, il semblerait donc logique de former à l’amour altruiste et à la compassion ceux dont le métier consiste à s’occuper quotidiennement de personnes qui souffrent. Une telle formation aiderait également les proches (parents, enfants, conjoints) qui prennent soin de personnes malades ou handicapées. L’amour altruiste crée en nous un espace positif qui sert d’antidote à la détresse empathique et empêche que la résonance affective ne s’amplifie au point de devenir paralysante et d’engendrer l’épuisement émotionnel caractéristique du burnout. Sans l’apport de l’amour et de la compassion, l’empathie livrée à elle-même est comme une pompe électrique dans laquelle l’eau ne circule plus : elle va rapidement s’échauffer et brûler. L’empathie doit donc prendre place dans l’espace beaucoup plus vaste de l’amour altruiste. Il importe également de considérer l’aspect cognitif de la compassion, autrement dit la compréhension des différents niveaux de la souffrance et de ses causes manifestes ou latentes. Ainsi, nous sera-t-il possible de nous mettre au service des autres en les aidant efficacement tout en préservant notre force d’âme, notre bienveillance et notre paix intérieure. Comme l’écrit Christophe André : « Nous avons besoin de la douceur et de la force de la compassion. Plus on est lucide sur ce monde, plus on accepte de le voir tel qu’il est, et plus on se rend à cette évidence : nous ne pouvons rencontrer toutes les souffrances que l’on rencontre dans une vie d’humain, sans cette force et sans cette douceur."

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lundi 24 avril 2023

Esperance bienveillante

 Matthieu Ricard aborde la crise climatique sous l'angle de la bienveillance, un pas de côté qui pourrait permettre à tous d'agir pour le bien commun...



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mercredi 6 octobre 2021

J'aime mon prochain comme moi-même

 

J’aime mon prochain
Exactement comme moi même
Je le juge
Lorsque je préside le tribunal
Où je me cite à comparaître
Je ne lui voue que mépris
Lorsque je me méprise
Je consigne
La moindre de ses fautes
Dans mon grand livre
Et l’en tiens comptable
Lorsque je procède
A l’inventaire des miennes.
Je ne lui passe rien
Quand je ne me pardonne pas
Et le châtie durement
Lorsque je me punis
Envers lui me voici
Des plus intransigeant
Cependant que je traque
Le moindre de mes manquements
Si, pourtant
J’abdique mon arrogance
D’arbitre tout puissant
Au profit de la bienveillance
Envers la créature
Démunie
Que je suis
Dès lors que je me vois
Désemparé
Et aux abois
Pris
Dans les rets de cette vie
Me voilà saisi
De pitié
Et de patience
Envers moi
Comme envers autrui
Ou est la différence ?
Si il se veut mon ennemi
C’est qu’il est déçu de lui
Tout comme c’est dans la déconvenue
D’ un moi
Qui d’ailleurs
N’existe pas
Que je me meurtris
Oui, mon prochain je l’aime
Exactement comme moi même
Ni plus ni moins
Que je ne m’aime
- Ou pas.
Gilles farcet*************

vendredi 7 mai 2021

Mathieu Ricard : "La bienveillance, c'est une question d'entraînement"

 

 Plus que jamais engagé dans de nombreux projets humanitaires, le moine bouddhiste et essayiste en est persuadé : le Covid-19 est un signal d'alarme qui pointe notre rapport déséquilibré aux autres espèces vivantes. Pour lui, ce n'est qu'en prenant soin du monde et de nos semblables que nous retrouverons l'équilibre. On ne présente plus Matthieu Ricard, le moine bouddhiste aux multiples talents. Auteur, photographe, interprète du Dalaï-lama, ce globe-trotteur est un pèlerin au service de l'altruisme en action, "fil d'Ariane qui peut indiquer le juste chemin dans ce dédale de préoccupations" que sont "la recherche du bonheur, la protection du vivant, les impératifs de l'économie et la prise en compte des générations futures", et que la crise sanitaire rend encore plus aiguës.

Loin de son monastère népalais, confiné depuis des mois en Dordogne auprès de sa mère de 97 ans, il a fêté les 20 ans de son ONG Karuna-Shechen, dont les programmes bénéficient à plus de 250 000 personnes dans l'Himalaya. Et a lancé Résilience, un projet pilote en France avec le Samu social de Paris, pour que ceux qui viennent en aide aux plus vulnérables soulagent la souffrance des autres sans s'y perdre.

Marie Claire : Comment pouvons-nous résister à ce climat délétère ?


Mathieu Ricard : Il faut améliorer les conditions extérieures mais notre contrôle reste limité, éphémère et souvent illusoire. Il importe donc de cultiver les ressources intérieures. L'univers n'est pas un catalogue où l'on commande selon nos désirs et nos goûts. Récemment Mind and Life Europe a organisé un webinar avec le Dalaï-lama sur le thème : "Notre humanité commune en période d'incertitude", mais l'incertitude est toujours présente.

Quand on est un méditant, on doit toujours se demander ce qui viendra en premier : demain matin ou ma propre mort. Ce n'est pas pour sombrer dans la morosité mais pour donner toute sa valeur au temps qui passe : écouter la pluie, regarder le soleil ou la beauté de l'être humain. Lors d'une de mes rencontres avec le père Ceyrac, il sortait du métro et me dit : "Les gens sont si beaux, mais ils ne le savent pas."

C'est la capacité d'émerveillement…

Oui, et l'émerveillement mène au respect. Vous n'allez pas détruire ce qui vous émerveille. Concerné par leur sort, vous allez préserver la nature, les autres espèces, prendre soin de vos 122 semblables, venir au secours de ceux qui sont dans le besoin.

Il nous faut donc cultiver l'altruisme ?

Certains nous font un faux procès : "Vous faites ça parce que ça vous fait du bien, encore un truc égocentrique." C'est ridicule, cela revient à dire : "Il faut faire un feu qui éclaire mais qui ne donne pas de chaleur."

C'est dans la nature des choses : si vous êtes généreux, ouvert à autrui, accueillant, vous vous sentirez bien. Avoir chaud au cœur est un "bonus" de la bienveillance, mais son but principal est d'accomplir le bien d'autrui. Tout le monde est gagnant alors que dans l'égoïsme, tout le monde est perdant.

Longtemps assimilée aux moines ou aux adeptes du new-age, la perception de la méditation a beaucoup évolué…

Il y a trente ans, vous proposiez un article sur la méditation à une revue scientifique, on levait les yeux au ciel. Après vingt ans de recherche, des centaines d'études sont publiées chaque année. Il existe différents types de méditations : celle sur l'amour altruiste augmente votre bienveillance, celle sur la pleine conscience augmente l'attention mais pas forcément les comportements pro sociaux…

Si vous musclez vos biceps, vous ne musclez pas vos mollets. Chaque type d'entraînement de l'esprit a une signature différente dans le cerveau et notre état d'esprit influe sur notre santé.

Si on peut muscler son cerveau, pourquoi alors ne pas apprendre ces techniques à nos enfants ?

Le neuroscientifique Richard Davidson a développé le Kindness Curriculum pour les enfants : 40 min, trois fois par semaine pendant dix semaines. Les résultats sont étonnants sur leurs interactions sociales, mais aussi sur leur équilibre émotionnel et leur intérêt à apprendre.

Un autre projet, Silver Santé, financé par la Commission européenne, a étudié les effets de l'entraînement de l'esprit sur le vieillissement. Cent cinquante volontaires de plus de 65 ans ont été testés par l'Inserm au centre Cycero de Caen ainsi qu'à Lyon. Les résultats sont en cours d'analyse. Une étude préliminaire de la structure et du métabolisme du cerveau de méditants à long terme a révélé un gain de dix à quinze ans…

D'où votre juvénilité !

Oui, ça va encore, on me dit que je ne fais pas mes 75 ans. (Rires.) Et il faut aussi garder le sens de l'humour (1).

La pandémie a-t-elle changé notre rapport au monde et aux autres ?

Il y a eu d'immenses souffrances qui nous rappellent notre fragilité et doivent nous inciter à la solidarité. Le virus a aussi balayé notre arrogance. L'homme se voyait en maître de l'univers : il peut manipuler les gènes, envoyer des hommes sur la lune, les transhumanistes nous promettent de vivre trois cents ans… et un virus d'un dixième de millimètre fait tout voler en éclat.

La Covid-19 est un signal d'alarme : tous les virus importants depuis trente ans, Ebola, grippe aviaire, grippe porcine, Sras, sont liés au rapport malsain ou déséquilibré que nous entretenons avec les autres espèces, notamment à cause de l'élevage industriel et la destruction des milieux naturels des espèces sauvages. On dévalorise les animaux en les réifiant, ils deviennent des machines à saucisses… Ils ne sont plus des sujets de vie alors que la plupart d'entre eux possèdent une large gamme d'émotions. On leur impose le droit du plus fort sans aucune justification éthique (2).

Face au virus, quel regard posez-vous sur notre société occidentale et son refus de la mort ?

En Occident, on a oblitéré la pensée de la mort, elle est cachée, aseptisée, alors qu'en Orient, on meurt en famille entouré de toute la communauté. On dit : "La mort est certaine et son heure est imprévisible". Y réfléchir souvent donne tout son sens à l'existence, sinon, à force d'oublier que l'on va mourir, on oublie qu'on est en vie.

Votre ONG, qui agit en Asie, lance un projet en France…


Karuna-Shechen a vingt ans d'existence, j'ai donné de nombreuses conférences au profit d'autres ONG en France, j'ai eu envie de faire quelque chose ici. En coconstruction avec Mindfulness Solidaire, Karuna-Shechen (3) et le Samu social de Paris, on a lancé Résilience, un projet pilote pour ses travailleurs sociaux. On sait qu'aux États-Unis, 60 % du personnel médical et des travailleurs sociaux ont été, sont ou seront affectés par un burn-out.

À force de résonner avec la souffrance des autres, on tombe dans l'épuisement émotionnel. Ce n'est pas la fatigue de la compassion mais de l'empathie. Avec la neuroscientifique Tania Singer, via des IRM, nous avons montré qu'en s'engageant dans la compassion, au lieu d'épuiser nos ressources, on les régénère. C'est un état mental constructif qui va vers l'autre alors que l'empathie est l'effet que la souffrance de l'autre a sur vous.

Karuna-Shechen finance donc un cycle de huit sessions d'échange et de pratique méditative pour aider les travailleurs sociaux du Samu social de Paris, confrontés à un défi permanent, à être encore plus résilients, plus forts, plus heureux de faire ce qu'ils font. 

Mais peut-on apprendre la compassion ?

C'est drôle comme question ! (Rires.) On apprend bien à lire et à écrire ! C'est une question d'entraînement.

Tout le monde a des moments de bienveillance inconditionnelle vis-à-vis d'un être cher, un enfant, un animal. On n'a qu'une envie, c'est que cette personne soit heureuse, épargnée par la souffrance, sauf que cela dure quoi, quinze secondes ? Et puis on passe à autre chose, ce n'est pas quelque chose que l'on cultive comme on fait des gammes de piano.

La méditation n'a rien de mystérieux, elle ne consiste pas à vider son esprit en s'asseyant sous un manguier avec deux bâtons d'encens. C'est entraîner son esprit à des capacités dont on a le potentiel et qui sont à l'état dormant tant qu'on ne les amène pas à un point optimal, exactement comme lorsque vous apprenez à lire et à écrire. C'est l'entraînement de l'esprit.


1. Coauteur, avec Ilios Kotsou, de "Les folles histoires du sage Nasredin", dessins de Gabs, éd. de L'Iconoclaste et Allary. 2. Coauteur, avec Jason Gruhl, de l'album pour enfants "Nos amis les animaux", illustrations de Becca Hall, éd. Allary. 3. mindfulness-solidaire.org et karuna-shechen.org 

Article publié dans le magazine Marie Claire n°824, mai 2021 

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mardi 13 avril 2021

Pas demain sans lien...

 


J'aime penser que nous avons tous besoin de changer de point de vue, de regard, de faire des pas de côté, et d'observer la vie qui va en nous à partir d'une autre berge que celle des habitudes ou de nos lassitudes.
À certains jours où tout nous semble trop clair pour être vraiment juste, à d'autres, quand tout nous semble tellement confus, il faut que quelqu'un, quelque chose, ou quelques-uns nous poussent à voir les choses autrement.
Alors on peut entrer dans la vérité de la vie. Dans une justesse que nous ne pouvions deviner de nous-même. On a besoin des autres !
Raphaël Buyse (source ; La Vie)

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jeudi 30 juillet 2020

Méditer avec Matthieu Ricard (4)

Lors des catastrophes naturelles, la solidarité est toujours immense. Il y a plus de comportements altruistes, des études l’ont prouvé.

Va-t-on vers un changement de culture, moins d’individualisme ?
J’espère. C’est la grande question. Va-t-on accorder la prééminence à l’environnement, puisqu’on sait que les catastrophes environnementales risquent d’être beaucoup plus graves que cette crise sanitaire ? Les gouvernements ont montré qu’ils pouvaient prendre des mesures draconiennes. Feront-ils preuve d’un dixième de cette détermination pour endiguer des problèmes à plus long terme, mais plus menaçants ? Hélas, ils parlent déjà de faire repartir la consommation. Les gens changent. Ils louent la solidarité, la sobriété heureuse, la proximité avec la nature. Il y a une forme de redécouverte de la tranquillité et du ralentissement. Ont-ils assez apprécié pour modifier leurs comportements ? Un vrai changement n’est pas impossible. On notait déjà une évolution : chercher davantage de coopération, s’efforcer de faire mieux avec moins, viser à l’harmonie durable au lieu d’un développement quantitatif éternel. On ne peut pas utiliser toujours plus de ressources naturelles ! Mais on n’arrivait pas à arrêter cette course effrénée. Malheureusement, l’évolution nous a équipés pour nous émouvoir des dangers immédiats, pas lointains. Moi, à 74 ans, je pourrais dire : « Après moi le déluge. » Non, ça me préoccupe. Un ministre a dit un jour : « Mes enfants, mes petits-enfants, je vois, mais après, c’est abstrait. » C’est ridicule et irresponsable ! Quand Greta Thunberg, aux Nations unies, lance que nous trahis­sons les générations futures, elle a raison. ­Voulons-nous être des traîtres égoïstes ? À chacun de voir.

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Source  : La Vie

Docteur en biologie moléculaire, Matthieu Ricard est devenu moine bouddhiste à 33 ans et a vécu en Inde et au Népal. Fils de l’académicien Jean-François Revel, il a publié avec lui le Moine et le Philosophe (NiL Éditions, 1997). En 2000, il a fondé l’association Karuna-Shechen (karuna-shechen.org) pour les populations de l’Himalaya. Photographe passionné, il a notamment publié Émerveillement (La Martinière, 2019). « Je pratique la photo depuis l’âge de 13 ans. C’est sans doute le seul métier que je connaisse vraiment », dit-il.


mardi 11 février 2020

L'altruisme en méditation


Matthieu Ricard, dans cette vidéo, vous propose de méditer sur la compassion.


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dimanche 29 décembre 2019

Altruisme avec Matthieu Ricard


Comment concilier les impératifs de l’économie, de la recherche du bonheur et du respect de l’environnement ?



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jeudi 11 avril 2019

Ne pas manquer d'air...




" Tout, sur cette terre, est décidé par les gens, mais la bonté n'est là que quand la personne accepte de s'effacer. Voilà pourquoi je ne m'intéresse pas aux chefs-d'œuvre de la peinture ou de la littérature. Moi, j'aime bien prendre ce que les autres laissent. Comme cette phrase de William Blake : " Il n'y a rien de plus grand que de laisser quelqu'un passer devant soi." 

Il s'agit de ramener dans ce monde l'air qui lui manque en s'oubliant pour l'autre."
La lumière du monde
 Christian Bobin

vendredi 15 février 2019

mercredi 18 juillet 2018

Mandela ou se souvenir que vivre ensemble est possible !


Etre libre, ce n'est pas seulement se débarrasser de ses chaînes ; c'est vivre d'une façon qui respecte et renforce la liberté des autres.


samedi 22 juillet 2017

Trois conseils pratiques avec Matthieu Ricard


1. Pratiquer l'altruisme

—> Changer notre vision de ceux qui nous entourent.

Nous pouvons nous entraîner à comprendre et à voir que la vie est beaucoup plus tissée de coopération que de compétition, d'entraide que d'hostilité, de sollicitude que de malveillance. 

—► Vérifier nos motivations.

Il est également utile de vérifier constamment notre motivation. « Notre motivation est-elle altruiste ou égoïste ? Recherchons-nous le bien de quelques-uns ou du plus grand nombre ? À court ou à long terme. » 
Nous devons nous interroger à maintes reprises de cette façon.

—> Nous engager.

Cultiver l'altruisme, ce n'est pas simplement dire que l'altruisme c'est bien. La compassion sans action est stérile. Il faut avoir constamment cet engagement à l'esprit et le traduire en actes dès que possible, dans toutes les circonstances de la vie courante, mais aussi, par exemple, en s'impliquant dans des activités bénéfiques aux autres (bénévolat, ONG, etc.).

2. Manger moins de viande

Manger moins de viande est un exemple typique de quelque chose qui est bon tant sur le plan éthique, sanitaire et écologique. En bref, cela a un impact positif sur les animaux en premier lieu, mais aussi sur les être humains et sur l'environnement.
Ce n'est pas seulement le plaidoyer du végétarien que je suis depuis plus de quarante ans, mais je vous y incite parce que c'est plus facile que d'arrêter de se déplacer en voiture ou de prendre l'avion. Arrêter de consommer de la viande, cela prend trois secondes. Ce n'est pas très compliqué !

3. La simplicité

Simplifier ses actions, c'est-à-dire ne pas consacrer trop de temps au superflu, aux distractions.

Simplifier aussi ses paroles : notre bouche dispense un flot ininterrompu de paroles souvent mutiles. Pensez au temps perdu en colportant des rumeurs et en bavardages inutiles.

Simplifier ses pensées. La simplicité, cela n'a tien à voir avec « être simple d'esprit », c est demeurer dans la simplicité de la fraîcheur du moment présent, libre d'espoirs et de craintes.


source : Se Changer, Changer le monde

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