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vendredi 16 octobre 2026

Hommage à Douglas Harding

 En 2007 Douglas Harding nous quittait à l'âge de 97 ans et comme il le disait si bien, il a pu arrêter de prétendre être Douglas Harding.

Ce grand génie de l'humanité a utilisé sa vie incarnée à mettre au point différents moyens pour nous révéler notre véritable nature, ce que nous sommes vraiment, vraiment, vraiment. Non seulement il a mis au point ces expériences mais il les a partagées dans le monde entier en écrivant des livres et en animant des ateliers sur les 5 continents. Il nommait cela "la vision sans tête", en anglais "Headless way".Son enseignement n'était basé sur aucune croyance, mais sur l'expérience vécue de nos 6 sens (les 5 sens physiques et le sens mental). Comme Ramana Maharshi, il a toujours pointé vers celui (ou ce) qui percevait.

Vingt ans plus tard que reste-t-il des enseignements de celui qui a toujours refusé de créer une nouvelle église, une nouvelle école, un nouveau dogme, mais qui croyait en une communauté d'amis sincères partageant une même vision de leur véritable nature ?

J'ai personnellement bien connu Douglas Harding de 1993 a 2007 et ce qu'il m'a permis de voir, de réaliser a bouleversé ma vie et cette évidence ne m'a plus jamais quitté. Ce que je parais être peut me quitter et disparaître, pas ce que je suis.

De 1997 à 2002 j'ai été l'éditeur de la revue "Vivre Sans Tête" qui était un lieu de partage entre les amis de Douglas Harding.

Je souhaiterais organiser un WE d'hommage en son honneur à Niort (79) les 22 et 23 mai 2027. 

L'idée est de retrouver les amis qui l'ont connu et nous sommes nombreux. 

Après 20 ans, que nous reste-t-il de ces enseignements, de ces expériences ? 

Qu'en avons-nous fait dans nos vies ?

Au cours de ces deux journées nous pourrions partager cela avec des amis qui n'ont pas connu Douglas Harding, mais qui sont curieux de découvrir les expériences que Douglas Harding a mis au point, et qui sont curieux de voir leur véritable nature,.

En fonction du nombre de personnes intéressées par ce projet l'hommage aurait lieu chez nous à Saint Maxire ou dans une salle à Niort.

Si vous avez connu Douglas Harding, je vous saurais gré de bien vouloir diffuser l'information auprès de vos amis qui l'auraient connu afin de contacter le maximum d'anciens amis. 

Vous pouvez répondre à un sondage (https://framadate.org/polls/4f329fa053198fd04ec0) ou directement m'écrire afin que je puisse découvrir ceux qui seraient intéressés par ce projet et que je puisse organiser cet hommage dans les meilleures conditions.

Si vous avez des commentaires ou des propositions, n'hésitez pas à m'en faire part.

Philippe Fabri (06 07 19 44 83)

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lundi 12 octobre 2026

Désobéissance intime

 L’écrivain et philosophe américain Henry David Thoreau a créé le concept et la pratique de la « désobéissance civile », reprise ensuite notamment par Gandhi, en refusant de payer ses impôts à un gouvernement cautionnant l’esclavage. Positionnement qui lui valut un bref – et à dire vrai guère rude – séjour dans la geôle de son village et surtout lui inspira l’essai Civil Disobedience. Mais la grande affaire de Thoreau, ce fut la désobéissance intérieure, tout à fait compatible, son exemple le prouve, avec la désobéissance civile.

Désobéir intérieurement, oui, mais à quoi ? À l’ensemble – et ce n’est pas rien – de nos conditionnements, préjugés, présupposés, opinions toutes faites, en bref à tout ce qui en nous-même relève de l’aliénation, laquelle se traduit nécessairement ensuite dans nos comportements. 

Si il est très connu pour avoir été vivre deux ans dans les bois en grand précurseur de l’autosuffisance, épisode qui donna lieu à son grand livre Walden, classique de la littérature américaine, son projet fonda mental n’était pas d’ordre écologique ou/et protestataire, mais d’ordre spirituel – j’en suis convaincu pour avoir dans ma jeunesse passé plusieurs années à scruter ses écrits en vue de ma thèse de doctorat.

Imprégné, là aussi en précurseur, de textes hindous tels que la Bhagavad Gita (« Le matin, je baigne mon intellect dans la philosophie cosmogonique et prodigieuse de la Bhagavad Gita »), Thoreau cherche avant tout à toucher l’essentiel au plus intime de lui-même, sa nature originelle, le visage qui était le sien avant qu’il soit né, dirait le zen. Ses préoccupations et pratiques écologistes ou « alternatives » avant la lettre, si inspirantes soient-elles, ne sont que la traduction en actes d’une quête intérieure, celle de la vie consciente et délibérée.

« Je suis allé dans les bois parce que je voulais vivre délibérément.

Je voulais vivre intensément et sucer la moelle de la vie.

Réduire à néant tout ce qui n’était pas la vie.

Et ne pas, quand je viendrais à mourir, découvrir que je n’aurais pas vécu ».

Car Thoreau avait compris que si parfois – souvent – la société, l’éducation reçue, le « progrès », les religions, l’idéologie dominante, quelle qu’elle soit, nous aliènent, la désaliénation réelle et profonde ne viendrait pas uniquement de changements à ce niveau mais d’une émancipation intime. En cela, il me semble se révéler très proche du sage swami Prajnanpad, connu comme le maître d’Arnaud Desjardins, pour qui « nos pensées sont des citations, nos émotions des imitations, nos actions des caricatures » et qui prône un passage au crible de tout ce que nous tenons pour acquis.

Ce qu’on peut appeler le « travail spirituel » consiste d’un certain point de vue à de plus en plus désobéir. Désobéir à nos habitudes, à ce vers quoi nous amène la mécanique des pensées qui s’enchaînent, à toutes les mécaniques internes en vérité, hormis celles qui relèvent de la préservation biologique : la mécanique des jugements et donc des exclusions, la mécanique des réactions commises sous le coup de l’émotion, la mécanique de l’obsession de la sécurité et du confort...

Cette désobéissance est sans doute la plus difficile, la plus exigeante et aussi en fin de compte et à long terme la plus puissante. C’est le véritable sens, hélas largement oublié, de la « guerre sainte », contre soi-même.

Les révolutionnaires les plus profonds et les plus radicaux n’ont pas laissé derrière eux une trace sanglante. Les révolutions qui ne substituent pas une nouvelle aliénation à l’aliénation ancienne sont toujours pacifiques, ce qui n’exclut pas radicalité et fermeté. Elles prennent place d’abord dans les consciences.

Gilles Farcet

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vendredi 9 octobre 2026

Pratique spirituelle

 ET SI NOTRE PRATIQUE SPIRITUELLE NE MARCHAIT PAS ?

Quinze ans de pratique. Et bordel, je ne change pas. Voilà une phrase dure à oser se dire. 

Le retour de stage, on sait tous le raconter : l'ouverture, la clarté, cette impression rare que les choses se mettent enfin en place. Il est beaucoup plus difficile d'avouer qu'après des années d'engagement, on ne sait pas très bien si sa vie en a été transformée.

Surtout quand d'autres semblent franchir un palier à chaque séminaire.

Alors on continue, on s'inscrit au niveau suivant en espérant y trouver la pièce manquante, et le doute s'installe en silence : est-ce que j'avance, ou est-ce que je me suis attaché à l'idée d'avancer ?

Les milieux spirituels ont une réponse toute prête à l'absence de résultats : vous ne pratiquez pas assez, vous n'avez pas lâché prise, vos résistances bloquent le processus. C'est parfois juste, car un travail réel demande du temps et de la rigueur.

Mais cette réponse a un défaut de fond : elle rend la méthode infaillible. Quand ça marche, c'est grâce à l'enseignement ; quand ça ne marche pas, c'est la faute de l'élève.

La tradition chinoise est sur ce point d'un pragmatisme rafraîchissant. Elle parle de gōngxiào 功效, l'efficacité.

Gōng 功, c'est l'effort patient, le travail de l'artisan sur sa matière. Xiào 效, c'est l'effet produit, ce qui se vérifie à l'épreuve des faits. Ensemble, ils posent une question simple : ce que j'investis produit-il quelque chose de réel, et que faut-il ajuster ?

Dans les arts taoïstes, cette question ne trahit pas le chemin, elle en fait partie.

Une pratique qui nourrit la vitalité doit se voir dans le corps, pas seulement dans le bien-être ressenti pendant le cours. Un travail sur l'esprit se mesure à nos réactions ordinaires : l'attention, la patience, la façon dont on encaisse l'imprévu.

Vingt minutes de calme parfait sur un coussin, suivies d'un emportement à la première contrariété, ce n'est pas un progrès. C'est une pause.

Quand la stagnation dure, elle mérite quelques questions franches.

Est-ce que je pratique avec rigueur, ou est-ce que je répète une routine devenue confortable ?

La méthode convient-elle encore à mon tempérament, à ce que je vis aujourd'hui ? Et ne suis-je pas en train de demander à la méditation de régler ce qui relève d'une décision, d'une conversation difficile ou d'un médecin ?

Évaluer sa pratique n'a rien d'une défiance.

On peut commencer simplement : choisir un critère concret, le sommeil, la clarté dans ses choix, le temps qu'il faut pour retrouver son calme après un conflit, et l'observer honnêtement pendant quelques semaines.

Puis en parler à son enseignant, faits à l'appui. De son côté, un enseignant qui entend « ça ne m'aide pas » devrait y voir une information précieuse plutôt qu'une attaque. C'est souvent l'angle de la transmission qui doit s'ajuster, pas l'élève qui est en faute.

Un artisan qui travaille le même bois depuis quinze ans sans que rien ne prenne forme ne se dit pas qu'il manque de foi. Il regarde son outil, son geste, sa matière. Puis il change quelque chose.

Rester fidèle à une méthode qui ne nous transforme pas, c'est parfois de l'habitude, parfois de la loyauté, parfois la peine d'admettre des années sans retour.

Mais du gōng sans xiào, ce n'est plus une pratique, c'est une routine.

Quinze ans d'engagement ne sont pas perdus parce qu'on ose les évaluer. Ils risquent par contre de le devenir quand on refuse de le faire.

Bonne pratique et réflexion

Fabrice Jordan

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dimanche 4 octobre 2026

Le non refus

 

"L'acceptation n'est pas le fruit d'un effort. Elle n'est pas un résultat. Elle est ce qui est, lorsque le refus n'est pas."

"Portez votre attention sur le personnage principal, nommé "moi", et non sur ses agissements. Vous verrez ainsi ce personnage naître et mourir en même temps que la pensée. Cette vision libre et détachée du mouvement des phénomènes, vous en détache, sans qu'il n'y ait d'effort pour s'en détacher. C'est ainsi que la conscience regagne sa plénitude oubliée."

"Qu'il y ait des pensées ou qu'il n'y en ait pas, ne change rien à la nature propre de votre être. Que votre corps soit écouté, ou qu'il ne le soit pas, ne change rien non plus à la nature propre de votre être. Tournez l'attention vers l'immuable, et détournez-vous du changeant."

Jean-Marc Mantel « La pratique spirituelle »


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mercredi 9 septembre 2026

Wabi-Sabi (侘寂 — japonais)


Le wabi-sabi est un concept esthétique et spirituel qui célèbre l’imperfection des choses. Axée sur la notion de beauté et du temps qui passe, cette pensée touche l’univers de l’art, de la littérature et du développement personnel. Découvrez cette philosophie du bonheur inspiré des moines bouddhistes et du taoïsme.

Pour mieux comprendre le concept du wabi-sabi, intéressons-nous à son étymologie. Tout d’abord, ce mot se compose de deux idées : wabi et sabi.

Wabi traduit la simplicité, la nature et évoque la beauté dans sa forme la plus modeste. Les imperfections faisant partie de l’harmonie. C’est l’enchantement que l’on éprouve lorsque l’on regarde une fleur gracieuse à laquelle il manque un pétale, par exemple.

Sabi traduit l’usure naturelle par l’œuvre du temps ainsi que l’attrait pour les choses qui ont du vécu. Alors, on apprécie un meuble patiné, les petites marques du vieillissement, etc.

Le concept wabi-sabi célèbre la beauté de l’imperfection et de l’impermanence, reflet même du cycle de la vie. C’est un principe selon lequel l’harmonie réside dans le naturel et la spontanéité et non dans l’absence de défauts. Ainsi, l’asymétrie, l’impermanence, les déséquilibres, les formes incomplètes et les cassures viennent sublimer les choses. 

Le wabi-sabi c’est la plénitude que l’on ressent lorsque l’on contemple un paysage naturel, un bol en terre cuite d’aspect irrégulier ou encore lorsque l’on savoure un vin bonifié avec les années.

Aujourd’hui, la recherche de perfection envahit le monde moderne dans tous les domaines sans pour autant apporter satisfaction à ceux qui se démènent. Au Japon, pays des traditions et de la modernité, le wabi-sabi fait partie intégrante de la culture que ce soit dans la notion du beau ou dans la spiritualité.


Adopter le wabi-sabi au quotidien

👁 Changer son regard

Tout d’abord, apprenez à changer votre regard et prenez conscience de la beauté des choses imparfaites. Cette petite fissure dans le mur n’apporte-t-elle pas un peu plus de cachet à votre appartement ? Ces marques du temps, ces cicatrices ne sont-elles pas le reflet d’un vécu incroyablement riche et parsemé d’épreuves qui vous rend unique ?

🤦♀️ Se débarrasser du superflu

L’étape suivante consiste à retirer le superflu de votre vie. Débarrassez-vous de ce qui ne vous sert pas, des objets inutiles, des vêtements que vous ne portez jamais. Aussi, pourquoi ne pas essayer de vous passer de télévision ou de smartphone afin de revenir à l’essentiel et de vous tourner davantage vers les activités d’extérieur comme le jardinage ?

🍎 Consommer moins et mieux

Le wabi-sabi c’est aussi privilégier le commerce local, équitable et artisanal en consommant de manière raisonnée ; ne plus jeter à outrance, mais recycler tout ce que l’on peut.

😍 Éprouver de la gratitude

Plutôt que de passer du temps à penser à ce que vous n’avez pas et à critiquer les autres, pourquoi ne pas exprimer votre gratitude pour ce que la vie vous offre ? Vous avez peut-être la chance d’avoir une famille aimante, des amis sur qui compter, des collègues sympas et puis… vous n’êtes pas si mal que ça.

👍 Reconnaître ses qualités

Il vous arrive souvent de vous focaliser sur vos défauts. Sachez que cela ne vous aide pas à vous sentir bien ni à vous rendre meilleur. Et si vous faisiez plutôt la liste de vos qualités pour changer ?

❤️ L’acceptation et l’amour inconditionnel

Finalement pour être heureux, il suffit de s’aimer tel que nous sommes en acceptant nos imperfections et celles des autres. Cela demande également un certain lâcher-prise sur soi-même et sur l’environnement.

Le wabi-sabi ou l’art de l’imperfection révolutionne la conception du monde qui nous entoure. A travers cette philosophie qui prône le retour à l’essentiel se trouve probablement l’une des clés du bonheur. Que ce soit dans le domaine de l’art, de la spiritualité ou même de la psychologie, la philosophie wabi-sabi fait de nombreux adeptes. Et vous, êtes-vous prêt à l’adopter ?

Extraits du site Univers du Japon

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jeudi 3 septembre 2026

"Je ne sais pas"

 Q : Comment faire dans les moments de tempête où tout s'active en cascade et où il n'est pas possible de se poser pour prendre une décision à partir de l'espace de tranquillité ?

Nathalie Delay : Là ce qui est important, c'est de lâcher tous les objectifs, et d'être purement dans l'instant. Ça peut être des moments très forts de lâcher prise : "Je ne sais pas"...

Je ne sais pas de quoi j'ai besoin et donc, ce qui se passe, là, dans l'instant, c'est exactement ce dont j'ai besoin. La suite, ça n'existe pas. 

"Je ne sais pas"...

Donc, je me rends totalement disponible à l'instant. Et j'oublie complètement mes objectifs, mes plans, mon planning. "Je ne sais pas". Ces situations de crise sont des moments parfaits où tu peux sentir tout d'un coup une espèce d'arrêt total, de lâcher prise total. Tu es complètement disponible à ce moment et tu pourras davantage voir qu'est-ce qui est nécessaire là, maintenant. Ça peut être extraordinaire en fait des moments comme ça. 

Donc, tu ne cherches surtout pas à trouver l'espace de tranquillité. Non, ça, ça ne va pas marcher. "Pour le moment, je suis LÀ". C'est tout. C'est tout ce qui existe. C'est ce moment, cet instant. Tout le reste, "Pffuiitt"...

Et si tu peux être comme ça de manière très radicale dans cette verticalité, tu vas voir que tout le monde se calme. La famille se calme aussi. Ça a un effet comme ça, ça ramène tout le monde un peu dans l'instant. Tu deviens l'ancre qui ramène tout le monde. 

Les moments comme ça sont vraiment faits pour vous faire pratiquer. Mais surtout, c'est qu'on fait intervenir le temps dans "Je vais retrouver le calme". Il est là le calme, et c'est de comprendre que ça peut être instantané ce retour dans le calme si je lâche complètement tout le programme là-haut (dans le mental). C'est cela que ça peut nous permettre de réaliser. 

Et bien sûr, la vie adore nous tester ou en tous les cas, les choses s'accumulent comme ça et c'est comme pour nous mettre à l'épreuve, pour nous faire travailler. 

~ Nathalie Delay

"La pure verticalité de l'instant"

(extrait d'une vidéo) 

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mardi 1 septembre 2026

Vivre les questions


Vous êtes si jeune, en quelque sorte avant tout début, et je voudrais, aussi bien que je le puis, vous prier, cher Monsieur, d'être patient à l'égard de tout ce qui dans votre cœur est encore irrėsolu, et de tenter d'aimer les questions elles-mêmes comme des pièces closes et comme des livres écrits dans une langue fort étrangère. Ne cherchez pas pour l'instant des réponses, qui ne sauraient vous être données car vous ne seriez pas en mesure de les vivre. Or il s'agit précisément de tout vivre. Vivez maintenant les questions.

Rainer Maria Rilke
Lettres à un jeune poète

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vendredi 28 août 2026

Connaître l'émotion

 "La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion : je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. 

L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. 

Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90 

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samedi 15 août 2026

L'humilité ?

 Je me souviens qu’à seize ou dix sept ans, déjà, je m’interrogeais dans une sorte de journal que je n’ai pas tenu longtemps sur la vraie nature de l’humilité. 

Je pourrais presque dire que j’en suis toujours là cinquante ans plus tard. 

Pas tout à fait quand même car, au vrai, la nature essentielle de ce qu’on peut appeler humilité me parait très claire et précise : l’humilité, c’est de ne rien s’attribuer de ce que les autres vous attribuent à tort ou à raison. 

Qualités, bien sûr, mais aussi et c’est déjà moins immédiatement compréhensible, défauts. 

Si on me fait des compliments, ou même simplement si on me remercie de quelque chose que j’ai pu faire, dire, je ne sens pas, je ne sens plus, du moins je le crois sincèrement, qu’il s’agisse de « moi », qu’il soit en quoi que ce soit légitime de me l’attribuer. 

Je sais bien que ce qui a pu se faire ou s’exprimer d’utile, de bienfaisant, de juste, et pour lequel je me vois remercié ou complimenté, est passé à travers « moi », ma personne,  mon style, ma forme. 

Mais me l’attribuer, l’attribuer à cette forme, à cette personne, m’apparait comme non seulement absurde mais comme l’essence de la prétention. 

Prétendre, qu’est ce sinon se prendre ou se montrer pour ce qu’on n’est pas vraiment ? 

Or, mes qualités, mes accomplissements, ne procèdent pas de quelque magnificence de ma personne. Les dons même que je peux avoir - lesquels d’ailleurs coexistent avec tant d’inaptitudes- m’ont été, justement et comme le dit si bien le mot, donnés. Tout au plus ma personne les a-t-elle cultivés mais là aussi, où est la part de déterminisme, de conditions et circonstances qui m’ont donné loisir et contexte pour être à même de cultiver les dons en question ? 

Bref, je me sens incapable aujourd’hui de « prendre » pour moi les remerciements, compliments, etc.

 Bien sûr, je les reçois, je remercie, tandis qu’intérieurement je les remets … au Plus Grand, au mystère. 

Alors, est ce humilité ? 

Le difficile, c’est que l’écrivant,  je m’attribuerais moi même le qualificatif de « humble », ce qui serait tout de même un comble ! 

Mais enfin comment s’en sortir, ou alors en se taisant, en demeurant complètement invisible… Et là aussi, au cas où je serais « humble », il serait absurde qu’il y ait en moi quelqu’un pour s’en vanter !

Le « moi » au sens de l’ego n’est jamais humble, comme l’eau n’est jamais sèche ou le feu froid. 

Si comme je l’écrivais plus haut, mes qualités ne m’appartiennent pas, mes défauts non plus. 

Ce n’est pas une raison loin s’en faut pour ne pas m’en sentir responsable. 

M’en sentir : le sujet conscient en moi. 

Le moi ego se défend, minimise ses défauts, se récrie, se rééquilibre, se tient constamment sur la défensive. Le sujet conscient n’aspire qu’à la vérité, voir, reconnaitre. Et donc au dépouillement de ce qui est excroissance, boursouflure du moi. 

Je ne parle pas des défauts en tant que caractéristiques de l’être humain que je suis, produit de ses gênes, de son éducation, etc. 

Si par exemple je suis inapte en matière manuelle, il n’y a pas à y voir une boursouflure du moi, de même que mon absence quasi pathologique de sens de l’orientation. Je peux faire des efforts mais je serai nul jusqu’au bout et ce n’est d’ailleurs pas un problème, sinon que ce serait bien pratique de savoir bricoler ou m’orienter. 

Donc, les failles ou manifestations de l’ego qui se manifestent en la personne que je suis, il m’incombe d’en être responsable pour autant que possible les dépasser. 

Responsable mais pas coupable.

Derrière toutes ces failles, ces ridicules, ces postures, il y a une souffrance pas encore pleinement vue et assumée, un enfant qui pleure ou enrage. 

Voilà ma perspective présente quand à l’humilité. 

Après, j’avoue ne pas avoir beaucoup de goût pour ce que j’appelle l’humilité psychologique - et que je distinguerais de l’humilité objective - cette espèce de convenance à finalement paraitre humble, à ne pas trop se montrer, pour ne pas dire se planquer, quitte à au final se montrer très ombrageux, susceptible. 

Dans ma jeunesse et même bien plus tard, tout en n’étant au final pas si dupe, je pouvais, par souffrance, faire preuve d’arrogance, ou trop parler de moi, manquer d’une certaine forme de pudeur et de réserve, et je comprends qu’on ait pu m’en faire grief. 

J’avais aussi ce côté «j’ai compris et pas vous et je vous le fais sentir», la revanche de l’enfant blessé par les moqueries de sa différence et de ses inaptitudes matérielles, puis jeune adulte exalté pour ses facilités intellectuelles et artistiques. Ce côté «Tremblez Minables». 

J’espère avoir appris de tout ce qui a pu m’être à juste titre souvent pointé, même si tout cela avait aussi sa large part de protections, de jalousies etc. 

Et il m’est souvent arrivé et m’arrive encore de me sentir ébahi par la prétention pour moi objective de telle ou tel qui ne se croit pas prétentieux.

Bref, pas si évident cette question de l’humilité. 

Pour finir , je me sens si profondément, si sincèrement animé de l’aspiration à me dépouiller de tout ce qui est en trop pour que seule reste mon humanité transparente à ce qui la fonde, au Plus Grand…

Et je sais devoir encore traquer avec bienveillance ce qui pourrait m’échapper de cet ego toujours prompt à se rengorger, à s’approprier, à faire son malin, son intéressant … 

Mais c’est si vite fait de se méprendre. 

On pourrait lire quasiment toute l’œuvre sublime d’un Walt Whitman comme une vantardise obscène. « Je me célèbre moi même », « je suis fort, libre » etc etc. 

De ce point de vue là, il y a aussi une sorte d’abîme culturel entre une sensibilité littéraire et une approche se voulant exclusivement « spirituelle », étrangère à cette sensibilité, qui, du coup, me parait très linéaire, rivée au premier degré, peu réceptive au mystère à la complexité, au paradoxe. 

Gilles Farcet

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mardi 11 août 2026

Eclipse

 ÉCLIPSE DU 12 AOÛT : FAUT-IL VRAIMENT RESTER À L’INTÉRIEUR SELON LA METAPHYSIQUE CHINOISE ?

En parcourant les publications qui circulent actuellement dans les milieux de la métaphysique chinoise moderne, je suis tombé sur plusieurs avertissements concernant l’éclipse solaire du 12 août. Il faudrait rester chez soi, fermer les rideaux et éviter toute exposition. Certaines publications affirment qu’une minute passée à observer l’éclipse pourrait entraîner une année de malchance. D’autres désignent les personnes qui seraient particulièrement vulnérables en fonction de leur BaZi.
Chacun reste libre de suivre ces recommandations. Si vous ressentez le besoin de vivre cette éclipse dans le retrait, je ne vois aucune raison de vous forcer à sortir. Un geste peut avoir du sens pour nous sans devoir s’imposer à tous.
Il devient toutefois nécessaire de vérifier les sources lorsque ces conseils sont présentés comme des règles anciennes de la métaphysique chinoise.
Les éclipses étaient effectivement prises très au sérieux dans la Chine traditionnelle. Le Soleil représentait notamment le souverain. Son obscurcissement pouvait être interprété comme un avertissement du Ciel et amenait l’empereur à suspendre certaines activités, à adopter une tenue plus sobre et à examiner sa manière de gouverner.
Le Zuozhuan décrit déjà le rite destiné à « secourir le Soleil ». Le Fils du Ciel ne tenait pas de grand banquet et faisait battre le tambour à l’autel du sol. Les seigneurs y présentaient des étoffes et faisaient également battre le tambour dans la cour. Sous les dynasties suivantes, ces cérémonies furent organisées dans les bâtiments officiels, sur des plateformes découvertes et dans les cours des administrations. On y disposait une table d’encens, tandis que les tambours résonnaient jusqu’au retour complet du disque solaire.
La tradition connaît donc la gravité, l’abstention et la rectification. Elle connaît aussi des rites accomplis publiquement, devant le phénomène. Je n’y ai pas trouvé de règle générale demandant à toute la population de se barricader chez elle pour échapper à une influence nocive.
Xunzi allait beaucoup plus loin. Il rangeait les éclipses parmi les transformations rares du Yin et du Yang. Nous pouvons nous en étonner, écrivait-il en substance, mais nous n’avons pas à les craindre. Un gouvernement éclairé ne sera pas renversé par une éclipse, tandis qu’un pouvoir désordonné ne sera pas sauvé par l’absence de signes célestes.
Il connaissait parfaitement le rite du « secours au Soleil », mais lui attribuait une fonction culturelle et morale plutôt qu’une efficacité magique. Le rite donnait une forme à l’événement et rappelait aux êtres humains leurs responsabilités. Croire que les tambours obligeaient réellement le Soleil à revenir relevait, selon lui, d’une confusion.

Le corpus taoïste adopte une position plus rituelle. Le Duren Jing et ses commentaires mentionnent les éclipses parmi les désordres célestes qui peuvent donner lieu au jeûne rituel, à l’offrande d’encens et à la récitation de textes sacrés. Nous sommes alors dans le cadre précis d’une pratique spirituelle transmise. Ce passage ne parle ni de rester derrière des rideaux ni d’une contamination frappant ceux qui se trouveraient dehors.
Je n’ai trouvé aucune origine classique taoïste ou métaphysique à la règle selon laquelle une minute d’observation vaudrait une année de malchance.
Je n’ai pas davantage retrouvé de méthode ancienne permettant d’établir les listes de Troncs célestes et de Branches terrestres actuellement présentées comme particulièrement menacés. Il peut exister des interprétations contemporaines intéressantes, mais leur caractère récent devrait être annoncé.
Cela ne retire pas toute portée métaphysique à l’éclipse. Connaître son mécanisme physique ne nous oblige pas à rester indifférents à ce qu’elle représente.
Pendant quelques instants, la lumière du Soleil nous parvient à peine. Pourtant, le Soleil n’a rien perdu. Quelque chose s’est simplement interposé entre lui et nous.
Il arrive que nous vivions une expérience semblable. Une part de nous demeure présente, mais toute notre existence s’est organisée de telle manière qu’elle ne trouve plus d’espace pour apparaître. Nous finissons parfois par croire qu’elle est morte, alors qu’elle est seulement recouverte.
L’éclipse peut nous offrir un moment pour regarder cela sans fabriquer une prédiction ni chercher un message personnel caché dans le ciel. Qu’est-ce qui s’est interposé entre nous et notre propre lumière ?
La réponse ne sera probablement pas spectaculaire. Elle peut concerner une décision continuellement reportée, une parole que nous n’osons plus prononcer ou une orientation dont nous nous sommes progressivement éloignés.
Le retour de la lumière mérite autant d’attention que son obscurcissement. Une prise de conscience ne change rien si elle disparaît dès que nous reprenons nos occupations. Lorsque ce qui était caché redevient visible, encore faut-il accepter de lui faire une place concrète.
Ceux qui souhaitent vivre l’éclipse dans le retrait pourront s’asseoir en silence quelques minutes avant son maximum. En Suisse, celui-ci aura lieu approximativement entre 20 h 15 et 20 h 20.
Nous pouvons observer intérieurement ce qui s’est obscurci, puis choisir, au retour de la lumière, un geste simple qui lui rendra un peu de place dans notre vie. Cette proposition est une pratique contemplative inspirée par le phénomène, et non un ancien rituel taoïste, précisons le.
Ceux qui préfèrent sortir et observer l’éclipse peuvent naturellement le faire, en protégeant leurs yeux selon les recommandations officielles.
Les pratiquants ayant reçu des consignes particulières suivront les indications de leur lignée.
Il vaut mieux ne pas improviser des talismans ou des invocations à partir de fragments recueillis sur Internet, surtout lorsque plusieurs règles rituelles différentes sont mélangées.
Rester à l’intérieur peut être un choix de recueillement parfaitement respectable. Sortir pour regarder le ciel ne constitue pas davantage une faute spirituelle. Je ne vois aucune raison d’ajouter de la peur à un phénomène qui nous offre déjà une image suffisamment forte.
Pour ma part, je profiterai de cet obscurcissement pour regarder ce qui, en moi, est toujours vivant, mais attend encore que je lui rende une place.
Bonne réflexion et pratique.
Fabrice Jordan
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mercredi 5 août 2026

Evolution des pratiques

 La pratique vers l'éveil adaptée au monde moderne.

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vendredi 26 juin 2026

Du jardin à la maison, de l'enfant à l'adulte...


 « J'ai encore de telles émotions au bout de tant d'années! Il y a un changement général dans mon comportement mais certaines souffrances et certains désarrois demeurent toujours aussi puissants. » Au moment où vous suffoquez dans cette douleur ou ce tumulte intérieur aggravé par les pensées, vous êtes situés dans une région de votre psyché et il est possible de ne pas y rester emprisonnés. Vous pouvez retourner du jardin dans la maison. Et la voie va consister à passer de plus en plus souvent et de plus en plus rapidement de cette part qui demeure, qui ne change pas, qui est infantile, à la part adulte. Ce qui change, c'est que vous êtes de moins en moins souvent et de moins en moins longtemps dans la part intitulée l'enfant en vous et de plus en plus souvent dans la part intitulée l'adulte.

La démarche consiste donc dans ce passage d'un lieu intérieur à un autre. Cette démarche, vous seul pouvez la tenter et peu à peu la réussir et c'est elle que Swâmiji appelait « dissocier l'adulte et l'enfant ». Mais pour cela il faut une conviction que vous ne pouvez plus oublier et, avant tout, vous souvenir que l'émotion n'est jamais justifiée. En tant qu'adulte, je ne peux pas ressentir cette émotion et les pensées qui l'accompagnent – seulement en tant qu'enfant. Et au moment où vous êtes encore désemparés, vous vous souvenez : l'adulte est là en moi. Je suis dans le jardin mais la maison est là. Au pire, admettons que la porte soit fermée, que j'aie perdu la clé et que je sois condamné à me geler dehors. Mais la maison chaleureuse est là, déjà. L'adulte est là mais vous ne serez pas conscients de sa réalité si vous restez entièrement immergés dans l'enfant en vous sans tenter d'en sortir – et avec cette idée fausse que l'enfant, un jour, n'aura plus d'émotions. Si tel était le cas, ce ne serait plus l'enfant!

Extrait "La Voie et ses pièges " de Arnaud Desjardins

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jeudi 4 juin 2026

Conscience vivante


 "On ne reproduit jamais un éveil ; on ne fait que collaborer étroitement au processus éveillant qui s’est mis en route. Dans la mesure où l’on y collabore de façon profonde, sincère, intelligente, on devient de plus en plus conducteur de ce processus, et on l’incarne de plus en plus. 

Il faut reconnaitre que la lumière, l’intelligence de l’éveil n’éclairent en fait que les lieux dont on a ouvert les portes en nous. Ensuite tout le travail consiste à coopérer avec cette dynamique de l’éveil, à ouvrir une à une les portes de toutes les zones obscures pour y faire s’engouffrer la lumière de l’éveil, la lumière de cette intelligence que l’on conserve en soi. Elle est vivante en moi. Au cœur de mon être, je me sais éveillé, je me sais libre, indéniablement. Pourtant, je sais que ce n’est pas suffisant, que je ne suis pas ce qu’en Inde on appelle un « réalisé », c’est a dire un homme définitivement établi dans l’éveil, et qu’il reste encore bien des domaines de ma conscience qui doivent être investis de cette qualité, visités par cette intelligence.

Il m‘est alors apparu évident que ce qui était au cœur de la voie du monde, dans la vie quotidienne, c‘était la relation, et que la pratique consistait à faire de cette relation un travail constant. C’est ce que j’ai appelé la pratique de la « relation consciente ». 

Je me suis rendu compte à quel point l’enseignement qui mettait en avant l’éveil comme le but ultime avait tendance a individualiser la démarche et à renforcer l’égoïsme de chacun. Dans mon enseignement, j’ai voulu au contraire que les personnes entrent en relation les unes avec les autres, qu’elles oublient un objectif personnel d’éveil, de libération, et reconnaissent qu’on ne peut grandir qu’ensemble, en prenant le risque de l’autre, en entrant en relation profonde avec l‘autre dans la mesure où celui-ci est l‘occasion d’aller voir ce qu’on n’est pas capable de voir tout seul. (...)

ll se passe quelque chose a partir du moment où l’on n’est plus obsédé par l’éveil et où l’on entre vraiment en relation avec ce qui est. C’est d’ailleurs là que j’ai compris la vraie signification du mot satsang, qui tient une grande place en Inde cela ne se limite pas à la fréquentation du guru, mais c’est élargir le guru à tout ce qui est et fréquenter le réel en tout et partout. Le grand enseignement, le vrai satsang, consiste à vivre en relation consciente avec tout ce qui est ; c’est l’occasion d’un grandir qui, par nature, est de la nature de l’éveil.

En sanskrit, Brahman signifie « grandir », « croître «. Cette dynamique, du fait qu’elle devient prioritaire, nous libère de l’objectif de l’éveil ; on prend peu a peu conscience de la nature réelle du grandir et on se rend compte que cette nature est la réalité. Quand le Christ dit : "Je suis le chemin, la vie, la vérité ", il ne dit pas " Je suis le bout du chemin ", mais " je suis le chemin ". C’est quand on entre dans un grandir constant, qu’on ne cherche plus à atteindre une destination finale, un but, qu’on l’appelle « éveil » ou autrement, que le grandir devient lui-même la conscience vivante dans laquelle tout est inclus. Saint Jean de la Croix disait : « Celui qui s’arrête en quelque chose cesse de se jeter dans le tout. » 

Yvan Amar

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jeudi 21 mai 2026

Réactions ou actions ?


Ne pas avoir d’émotions, c’est ne pas réagir. Car la réaction n a rien a voir avec l’action. La réaction est l’expression du jeu des forces mécaniques. Le mouvement de la vie ou la manifestation est simplement une rupture d’équilibre et une tentative de retour à l’équilibre. Une force agit. Elle rencontre une autre force qui réagit, cette réaction rencontre une autre force encore qui réagit à la réaction. La libération du sage est une libération du jeu de la réaction. La cause essentielle de notre aveuglement est que nous prenons toujours nos réactions pour des actions. Pour être libéré de l’enchaînement des réactions, il faut reconnaître chaque réaction comme une réaction, et être un avec cette réaction comme le sportif l’est avec le torrent. Alors la réaction suivante ne se produit pas, la non réaction ou neutralité s’établit peu à peu et l’action devient possible. Un exemple concret sera plus clair. Je lève le bras à l’horizontale. Il y a rupture de la position de repos ou d’équilibre (le relâchement total). La réaction est la retombée du bras. Si cette retombée se fait mécaniquement, le bras vient frapper la cuisse et ce choc détermine une nouvelle réaction. La jambe bouge, la main est de nouveau déplacée, etc. Au contraire si le retour du bras à la normale a été un geste conscient, accompagné par la conscience, la main prend sa place doucement contre le corps et aucune autre réaction ne se produit. Le retour à l’équilibre est effectué. Il en est de même dans toutes les circonstances de l’existence.

Ces termes de neutralité, absence de réaction, acceptation risquent d’ailleurs d’être fort mal compris et ils nécessitent des précisions importantes. Le sage n’a plus d’émotions, il ne juge pas, il ne condamne pas, il ne refuse pas, il accepte tout, il est un avec tout. Le disciple accepte tout ce qui est en lui pour pouvoir accepter un jour tout ce qui est hors de lui. Mais « j’accepte » ne veut pas dire: « J’accepte que ce qui est à l’instant même sera encore demain, sera encore dans une minute. » Non. Simplement : « J’accepte que ce qui est à l’instant même, soit. » Dans une seconde ce sera toujours ou ce ne sera plus. En vérité, dans une seconde ce ne sera plus, car tout est toujours, fût ce imperceptiblement, en mouvement, en changement. Et cette acceptation n’empêche pas d’agir. La réconciliation avec les faits n’est pas la résignation passive. Au contraire. Vous pouvez, si vous préférez, remplacer le mot acceptation par le terme vision scientifique.

Voir ce qui est sans émotion, cela signifie : sans se couper de ce qui est en pensant que cela devrait être autrement, donc sans comparaison ou référence à un autre possible. Aucun voile mental ne s’interpose entre moi et le reste de la manifestation. Mais il faut justement que cette acceptation soit totale, c’est-à-dire embrasse tous les éléments d’une situation donnée. Et c’est une des grandes impossibilités de l’ego qui ne voit jamais que certains facteurs d’une situation et ne voit absolument pas les autres ou, même s’il les voit, les refuse. Si tous les éléments d’une situation donnée sont vus, sans émotion, sans jugement, sans se demander si c’est bien ou si c’est mal, mais si c’est ou si ça n’est pas, le fruit de cette vision totale est une action qui apparaît alors comme une réponse rigoureuse à la situation donnée, comme la seule réponse possible, celle qu’exige la justice de cette situation particulière.

Arnaud Desjardins - Les chemins de la sagesse

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mercredi 29 avril 2026

Vous n'êtes pas libres


"La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres 
de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si

tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion :je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion

pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90

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dimanche 19 avril 2026

Choisir

 LA SPIRITUALITÉ NE NOUS ÉPARGNE PAS. ELLE NOUS APPREND À CHOISIR

Il y a une attente sourde chez beaucoup de cheminants spirituels : que comprendre suffise à alléger. Que voir les choses clairement permette de ne plus les subir. Que l'éveil soit une sorte de sortie de secours.
Mais ce qui se passe est plus étrange et plus exigeant.
La pratique ne désamorce pas les obstacles.
Elle modifie le terrain sur lequel on les rencontre. Et progressivement, elle rend visible quelque chose qu'on préférait ne pas voir : une grande partie de nos souffrances ne nous tombent pas dessus. Nous les reconduisons.
Pas par masochisme. Par habitude. Par familiarité avec ce qui nous épuise.
Il y a des difficultés qui ne mènent nulle part. Les disputes qu'on rejoue pour ne pas affronter quelque chose de plus profond.
Les liens qu'on maintient parce que les rompre engendrerait des conséquences, souvent supposées, que nous ne sommes pas prêts à assumer.
Les résistances qu'on appelle des principes. On s'y abîme, mais elles ont la forme rassurante du connu.
Et les autres difficultés. Celles qui demandent quelque chose de réel : un renoncement, un positionnement, une rupture avec une image de nous-mêmes. Elles ne sont pas douces. Souvent, elles sont bien plus déstabilisantes que les premières. Mais elles ont une orientation. Quelque chose se transforme pour de bon dans celui ou celle qui les traverse.
La tradition taoïste parlerait ici de 辨 (biàn) — le discernement, la capacité à distinguer. Non pas le bien du mal, mais le fécond du stérile. Ce qui nourrit le mouvement, le vivant en nous, de ce qui l'entrave sous des apparences de profondeur.
Ce déplacement-là ne se fait pas une fois pour toutes. Il se refait, à chaque carrefour.
Choisir l'inconfort qui structure plutôt que celui qui disperse.
Tenir une direction même quand elle coûte.
Cesser de spiritualiser ou de rationaliser ce qui demande simplement du... courage.
Le critère change. Ce n'est plus "est-ce difficile ?", parce que de toute façon, tout finit par l'être.
C'est "est-ce que cette difficulté nous engage dans quelque chose de vivant ?". Ou à minima, fait à nouveau renaître une étincelle?
La spiritualité ne simplifie pas la vie, au contraire.
Elle nous rend simplement moins disponibles pour ce qui nous consume sans nous nourrir.
Et après de nombreuses années de pratiques, souvent plusieurs dizaines, plus disponibles du tout pour autre chose que ce qui nous nourrit, tout en servant l'ensemble, et l'indicible.
Fabrice Jordan

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