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mercredi 19 août 2026

Rien ne manque


Le sage ne rencontre pas de difficultés. Car il vit dans la conscience des difficultés. Et donc il n'en souffre pas.
Sois content de ce que tu as. Réjouis-toi de la réalité telle qu'elle est.

Quand tu comprends que rien ne manque, le monde entier t'appartient.
~ Lao Tseu

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«Si vous voulez réveiller toute l'humanité, alors réveillez-vous complètement.
Si vous voulez vous éloigner du monde de la souffrance, alors éloignez-vous de tout ce qui est sombre et négatif en vous.
En vérité, le plus grand cadeau que vous ayez à donner est celui de votre propre transformation.»

~ Lao Tseu
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vendredi 24 avril 2026

Tao ?

 Dans le Tao Te King, Lao-Tseu ne donne pas une définition figée du Tao, car il affirme d'emblée que le Tao ne peut pas être défini par le langage. Il le décrit plutôt par ses attributs, sa fonction et ses manifestations paradoxales.


Voici les traits essentiels qui caractérisent le Tao dans le texte :
​1. L'inexprimable (L'Absolu)
​Le Tao est situé au-delà des mots et des concepts. Dès le premier chapitre, Lao-Tseu explique que si l'on peut nommer une chose, on limite sa nature. Le "Tao éternel" est une réalité fluide, sans forme et indescriptible.
​2. La Source (L'Origine)
​Le Tao est le principe créateur, la matrice qui précède l'univers.
​Le Vide primordial : Il est souvent décrit comme un vide qui n'est pas "rien", mais une potentialité infinie.
​La Mère de toutes choses : Il est l'unité dont découle la multiplicité du monde (le ciel, la terre et les dix mille êtres).
​3. Le Non-Agir (Wu Wei)
​Le Tao n'agit pas de manière volontaire ou forcée. Il est le modèle de l'action sans effort :
​Spontanéité : Le Tao agit en se laissant être. Il ne force rien, il laisse chaque chose suivre sa propre nature.
​Souplesse : Dans les chapitres 76 et 78, Lao-Tseu compare le Tao à l'eau. L'eau est molle et faible en apparence, mais elle est capable de venir à bout de ce qui est dur et fort. Le Tao triomphe par la douceur.
​4. L'impartialité (L'Indifférence bienveillante)
​Le Tao ne possède pas de moralité humaine ou de préférence. Le chapitre 5 le dit explicitement :
​« Le ciel et la terre ne sont pas humains ; ils traitent les dix mille êtres comme des chiens de paille. »
​Cela signifie que le Tao est parfaitement impartial. Il soutient la vie sans s'attacher aux résultats, sans juger, et sans posséder ce qu'il crée.
​5. Les caractéristiques paradoxales
​Lao-Tseu utilise souvent des paradoxes pour aider l'esprit à concevoir le Tao :
​Il est "le plus grand" tout en étant "le plus infime".
​Il est "invisible", "inaudible" et "insaisissable".
​Il est le "retour" : tout ce qui est en mouvement finit par revenir à sa source, le Tao.
En résumé :
Le Tao est une loi naturelle, un flux ou une dynamique universelle. C'est le chemin de la simplicité et du retour à l'état originel, où l'individu, en harmonie avec ce flux, n'essaie plus de dominer le monde mais s'y intègre parfaitement.

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source : article FB

dimanche 19 avril 2026

Choisir

 LA SPIRITUALITÉ NE NOUS ÉPARGNE PAS. ELLE NOUS APPREND À CHOISIR

Il y a une attente sourde chez beaucoup de cheminants spirituels : que comprendre suffise à alléger. Que voir les choses clairement permette de ne plus les subir. Que l'éveil soit une sorte de sortie de secours.
Mais ce qui se passe est plus étrange et plus exigeant.
La pratique ne désamorce pas les obstacles.
Elle modifie le terrain sur lequel on les rencontre. Et progressivement, elle rend visible quelque chose qu'on préférait ne pas voir : une grande partie de nos souffrances ne nous tombent pas dessus. Nous les reconduisons.
Pas par masochisme. Par habitude. Par familiarité avec ce qui nous épuise.
Il y a des difficultés qui ne mènent nulle part. Les disputes qu'on rejoue pour ne pas affronter quelque chose de plus profond.
Les liens qu'on maintient parce que les rompre engendrerait des conséquences, souvent supposées, que nous ne sommes pas prêts à assumer.
Les résistances qu'on appelle des principes. On s'y abîme, mais elles ont la forme rassurante du connu.
Et les autres difficultés. Celles qui demandent quelque chose de réel : un renoncement, un positionnement, une rupture avec une image de nous-mêmes. Elles ne sont pas douces. Souvent, elles sont bien plus déstabilisantes que les premières. Mais elles ont une orientation. Quelque chose se transforme pour de bon dans celui ou celle qui les traverse.
La tradition taoïste parlerait ici de 辨 (biàn) — le discernement, la capacité à distinguer. Non pas le bien du mal, mais le fécond du stérile. Ce qui nourrit le mouvement, le vivant en nous, de ce qui l'entrave sous des apparences de profondeur.
Ce déplacement-là ne se fait pas une fois pour toutes. Il se refait, à chaque carrefour.
Choisir l'inconfort qui structure plutôt que celui qui disperse.
Tenir une direction même quand elle coûte.
Cesser de spiritualiser ou de rationaliser ce qui demande simplement du... courage.
Le critère change. Ce n'est plus "est-ce difficile ?", parce que de toute façon, tout finit par l'être.
C'est "est-ce que cette difficulté nous engage dans quelque chose de vivant ?". Ou à minima, fait à nouveau renaître une étincelle?
La spiritualité ne simplifie pas la vie, au contraire.
Elle nous rend simplement moins disponibles pour ce qui nous consume sans nous nourrir.
Et après de nombreuses années de pratiques, souvent plusieurs dizaines, plus disponibles du tout pour autre chose que ce qui nous nourrit, tout en servant l'ensemble, et l'indicible.
Fabrice Jordan

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jeudi 19 février 2026

Le vide du Tao

 Les Enseignements de la Nature : Apprendre du Tao à travers le Vivant

Regardez bien cette image :

C’est une simple tasse. Vide. Vous vous dites sûrement qu’une telle image est plutôt triste, voire ennuyeuse.

Et pourtant, celle-ci recèle un enseignement fort, en lien direct avec la pensée taoïste : le concept du vide.

Or, ce n’est ni la forme ni la matière dans laquelle est constituée cette tasse qui la rende utile au quotidien. C’est son vide qui lui permet de remplir sa fonction. Le vide lui donne tout son sens.

Ce qui est intéressant, c’est que, dans le taoïsme, le concept du vide est essentiel. Le vide n’y représente pas une absence, comme on pourrait le suggérer, ni un manque. Il représente un potentiel infini.

Une capacité extraordinaire à accueillir et à transformer. Le taoïsme nous invite donc à repenser notre manière de considérer le vide, afin d’intégrer cette idée dans nos vies en toute sérénité. La tasse vide recèle alors de nombreuses possibilités : elle peut y accueillir du café, de l’eau, mais aussi être utilisée pour nettoyer les pinceaux d’aquarelle ou pour mesurer une quantité de farine.

Le vide présent dans notre vie est alors tout autant porteur de potentiel que cette simple tasse. Il nous suffit de lui laisser suffisamment d’espace pour exister. Explorons ensemble ce sujet aussi intrigant que passionnant.

Le vide selon le Tao : fondement et puissance

Le concept du vide est essentiel dans l’enseignement du Tao. Nommé wu (无), le vide n’y est pas vu comme un manque ou une absence. Il s’agit davantage d’un espace de préexistence, d’où tout peut émerger. Un commencement. Une promesse.

Sa compréhension est intimement liée à celle du wu-wei (non-agir). À première vue, les non-initiés penseront que le wu-wei est une invitation à la paresse, au renoncement complet de l’action. Or, ce principe taoïste est bien plus nuancé. Il s’agit en réalité d’une capacité à agir spontanément, sans préméditation, sans autre but que de permettre une action immédiate et nécessaire. Tout le reste est considéré comme superflu. Les fondamentaux du wu-wei s’expriment comme une non-résistance aux forces de la nature. Une acceptation profonde et salutaire.

Zhuangzi, un éminent penseur chinois, le décrit de cette manière au sein de l’ouvrage « Le Taoïsme » par Bernard Baudouin : « Le Wu-wei ne signifie pas ne rien faire et se taire, mais permettre à chaque chose d’être ce qu’elle était à l’origine, de telle sorte que sa nature se réalise ».

Il s’agit alors d’une manière d’accepter pleinement le cours des choses, sans y opposer une quelconque volonté contraire. Alors, quel est le lien entre le vide et le wu-wei ?

Le vide favorise l’émergence du non-agir, dans ce que l’on peut nommer « la culture du vide ». Le vide est alors vu comme le symbole d’une quiétude retrouvée, qui se caractérise comme une absence complète d’idées préconçues, de jugements ou de désirs. Pratiquer le non-agir, c’est ainsi faire de la place au vide. Faire une place pour cette force attractive exceptionnelle, attirant à elle toutes les possibilités. Or, si nous avons des jugements, des envies de transformation, une résistance au changement… Nous ne laissons pas le vide exister.

C’est en pratiquant le non-agir que nous pouvons ouvrir la porte à toutes les potentialités offertes par le vide. Le wu-wei nous permet alors de faire le tri entre ce qui est absolument nécessaire et le superflu, pour que nous puissions accueillir en nous un vide salutaire. Le vide n’est alors pas une négation, une absence, comme nous avons pu l’envisager. Le vide est un réceptacle, un vide dit « d’accueil », qui nous pousse à davantage de réceptivité. Il nous permet d’exister pleinement, dans le flux naturel du Tao. Il permet au Tao d’exister en nous, de nous arrêter pour comprendre sa présence et sa sérénité.

Comprenez-vous alors pourquoi le vide est dynamique et non pas morne et triste, comme nous aurions pu le supposer ? Le vide est créateur d’harmonie. 

Le vide comme espace de transformation. 

Si le concept du vide dans le Tao peut vous sembler complexe à comprendre, rassurez-vous : il est possible de mieux appréhender cette théorie grâce à des exemples pratiques.

Dans la nature, le vide est une condition nécessaire pour permettre l’existence du changement et du renouveau. À nouveau, le vide est l’espace d’où toute manifestation peut émerger. De la même manière que les arbres se dépouillent en octobre pour mieux renaître et fleurir en mai. Tout comme les marées se retirent pour mieux remplir ensuite l’espace des plages. Comme les sillons creusés dans la terre deviennent des flaques d’eau après la pluie, permettant d’abreuver les animaux sauvages et de passage. Le silence de l’hiver, dénudé de ses animaux et de ses oiseaux, est suivi par une éclosion de cris, de chants et de pépiements au retour du printemps. Le vide est ainsi une condition nécessaire pour la renaissance et le renouveau, et cela peut également se vérifier dans votre vie personnelle.

N’avez-vous jamais expérimenté des moments de doute ou de pause, vous offrant la possibilité de nouvelles perceptives ? Si vous avez déjà retenu votre parole dans une conversation, vous savez de quoi il s’agit. Vous vous êtes sûrement déjà rendu compte que votre silence, au milieu d’une conversation, va pousser votre interlocuteur à davantage parler. À s’ouvrir à vous. Pourquoi ? Parce que vous lui offrez de l’espace. Votre silence lui offre un espace où ses confidences peuvent émerger naturellement, dans le flux spontané du moment. N’est-ce pas magnifique ?

J’aime beaucoup cette citation du Dao De Jing, qui explique parfaitement l’importance créatrice du silence : « Trente rais composent une roue ; mais c’est de leur vide que dépend l’usage du char. On façonne l'argile pour faire des vases ; mais ce n'est pas seulement leur forme qui importe, c'est le vide qu'ils contiennent qui leur donne leur pleine utilité... On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison ; c'est encore du vide que dépend l'usage de la maison. C'est pourquoi l'être produit des objets, mais c'est le non-être qui rend leur usage possible. »

Le vide est ainsi un élément efficace, dynamique et existant. C’est un réceptacle de potentialités, qui ne demande qu’à être utilisé.

La création d’espace dans la pratique taoïste.

Je suis certain que vous avez déjà observé l’utilité du vide dans votre vie.

N’avez-vous jamais baissé le son de la radio lorsque vous cherchez votre route en voiture ? Ne vous sentez-vous pas plus apaisé lorsque vous avez terminé de désencombrer une pièce ? Je vous invite alors, à présent, à identifier un domaine encombré de votre vie.

Dans votre esprit, votre emploi du temps, ou dans votre lieu de vie. Créez-y de l’espace pour que le vide puisse s’y inviter. Décrochez les cartes postales du frigo, afin de faire de la place pour de nouveaux souvenirs à accrocher. Désencombrez et rangez votre bureau. De nouvelles idées créatives peuvent ainsi émerger. Annulez cette activité que vous vous forcez à réaliser, mais qui ne vous procure aucun bienfait - et qui surcharge inutilement votre emploi du temps. Méditez, afin d’inviter le vide dans votre esprit.

Il existe des centaines de manières de faire de la place au vide et à l’harmonie dans notre existence. Invitons-les, tels des convives précieux, dans notre quotidien. 

Le vide, une invitation au renouveau

Le vide permet au changement naturel de s’exprimer librement. C’est à partir de lui seul que la nouveauté peut émerger. C’est comme lorsque nous répétons sans cesse la même erreur en espérant un résultat différent. Nous ne pouvons évoluer et nous transformer que lorsque nous laissons de la place à la nouveauté. Sortir de nos anciens schémas de pensée, sans en adopter de nouveaux.

Simplement nous détacher de nos croyances préconçues, et observer ce qui vient remplir le vide que nous avons créé. Plusieurs métaphores taoïstes permettent d’illustrer ce propos.

Une graine a ainsi besoin d’un petit espace creusé dans le sol pour réussir à germer et grandir. C’est le vide entre les feuilles d’un arbre qui permet à la lumière de passer, pour inonder de ses rayons les sous-bois. Un silence partagé avec un ami vaut souvent bien davantage que de longues phrases.

Il est alors si particulier de découvrir toute la puissance du vide.Savoir reconnaître l’utilité de sa présence est un chemin sinueux, nous menant vers une plus grande harmonie au quotidien. 

Accueillir le vide comme une voie vers le Tao

Le vide, ainsi, n’est ni une absence ni un manque. Il s’agit d’une exceptionnelle opportunité. Il ne tient qu’à nous de lui offrir une place de choix dans notre vie. Que diriez-vous d’observer l’espace que vous pouvez libérer, afin d’accueillir ce qui cherche naturellement à émerger ? Je vous invite à réfléchir à la place que vous pourriez laisser au vide, pour faire émerger quelque chose de nouveau.

En harmonie avec le Tao.

Charles Zhang

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dimanche 26 octobre 2025

Les feux de paille


 Aujourd'hui, et de plus en plus, une grande partie des cheminants spirituels cherchent une forme d'intensité. 
Physique, au chaud ou au froid extrême, dans l'intensité de l'effort lui-même. Dans les émotions fortes, fussent elles d'amour et de compassion, qui ne sont souvent que des formes de sensiblerie convenues. Dans les états de conscience extraordinaires.

Alors on consomme, champignons, verdures de toute sorte, chants extatiques, rituels néo druidiques si possible au clair de lune. On cherche l'intensité avec le postulat conscient ou pas que celle-ci serait garante de  transformation ou de changement. Il n'en n'est malheureusement rien. Mais il faut des années de pratique pour s'en rendre compte. 

La transformation et le déploiement ne viennent pas de l'intensité, qui entraîne simplement le plus souvent un effet yoyo. Ils viennent non pas de l'intensité et de la motivation, mais de la persévérance.

Ils viennent de la cohérence interne d'une méthodologie éprouvée par des générations à laquelle le ou la pratiquante accepte de s'exposer avec courage et sur le long terme.

Pas d'une vague juxtaposition de 12 outils issus de 8 traditions incohérentes entre elles. Qu'on change quand un angle de notre ego risque d'être démasqué. 

Qu'on pratique cette juxtaposition pour soi est une chose, on n'expose que soi-même au principal risque d'un tel choix : la stagnation. Qu'on veuille en faire un chemin pour d'autres procède par contre d'une forme d'aveuglement.

Les feux de paille peuvent être très beaux, parfois fascinants.

Ils ne sont malheureusement pas de la même nature que le Feu alchimique, Transformateur, même s'ils peuvent faire illusion quelque temps. 

Bonne réflexion et pratique

Fabrice Jordan 

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lundi 22 septembre 2025

Le vide médian

 


Le Vide originel est présence agissante au cœur du manifesté, au sein des Dix mille êtres. On l'appelle alors vide médian. Par sa dynamique, il permet aux souffles yīn/yáng d'entrer dans leur mouvement d’échange :

"C’est lui qui attire et entraîne les deux souffles vitaux dans le processus du devenir réciproque ; sans lui le yin et le yang demeureraient des substances statiques et amorphes."

Il "est le point nodal tissé du virtuel et du devenir, où se rencontrent le manque et la plénitude, le même et l’autre."

C'est en et par le vide médian que s'organise, se structure la rencontre des deux souffles yīn/yáng :

"le Vide même, loin d'être synonyme de flou ou d'arbitraire, est le lieu où s'établit le réseau de transformations du monde créé."

 Le vide, est une puissance de transformation, présence insaisissable au cœur du manifesté. La pensée chinoise nous incite à ne pas arrêter notre regard au niveau le plus visible mais à devenir l’ami du caché d’où procède le visible. Ne nous laissons pas fasciner par l'apparence des choses, apprenons à ressentir la présence du vide, wú 無, au sein de toute chose. Au sein d'une roue de char, d'un vase, de la pièce d'une maison... :

 "Trente rayons se joignent en un moyeu unique

Ce vide (wú 無) dans le char en permet l’usage

 D'une motte de glaise on façonne un vase

Ce vide dans le vase en permet l'usage

 On ménage des portes et des fenêtres pour une pièce

Ce vide dans la pièce en permet l'usage.

Le vide est présent en toute chose. En l'homme aussi qui, au profond, à l'intime, a la capacité de le ressentir. Parce qu'il est situé entre Ciel et Terre, qu'il est né de leurs souffles,

"l'Homme, par son esprit, est capable d'acquérir les vertus de la Terre et du Ciel, de communier par le truchement du Vide médian avec le Vide suprême."

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jeudi 11 septembre 2025

Nettoyer les plaies - hexagramme 18

Avec l'hexagramme 18, remédier au corrompu, il y a à réparer quelque chose qui a été négligé. C'est le moment de clarifier le passé, de soigner les blessures afin de rétablir un équilibre. 

Un plan d'action en trois phases.

Nettoyer les plaies comporte toujours une part de risque. Il va donc falloir procéder par étapes. 

1. Avant de soigner une plaie, il faut savoir ce qui l'a provoquée et identifier clairement ce qui a mené à la dégradation actuelle. 

2. La plaie doit ensuite être vigoureusement nettoyée ; cette phase centrale est la plus délicouracate, celle qui "fait mal" : il faut avoir le courage d'affronter des vérités pénibles et de renoncer à des habitudes ou à des modes de comporte- ment qui ne vous correspondent plus. 

3. Pour finir, il faut suivre pas à pas le processus de "cicatrisation" pour éviter tout risque de re- chute dans la corruption du passé.

(source : "Prendre les bonnes décisions" avec le Yi king de Nathalie Chassériau)

"Le vent souffle bas sur la montagne : image de la DÉCOMPOSITION.

Ainsi, l'homme supérieur stimule le peuple et fortifie son esprit.

Lorsque le vent souffle bas sur la montagne, il est repoussé et détruit la végétation. Ceci constitue un défi à l'amélioration. Il en va de même pour les attitudes et les modes dégradantes : elles corrompent la société humaine. Pour mettre fin à cette corruption, l'homme supérieur doit régénérer la société. Ses méthodes doivent également s'inspirer des deux trigrammes, mais de manière à ce que leurs effets se déploient en séquence ordonnée. L'homme supérieur doit d'abord mettre fin à la stagnation en agitant l'opinion publique, comme le vent agite tout, puis il doit fortifier et apaiser le caractère des gens, comme la montagne apporte tranquillité et nourriture à tout ce qui pousse à ses alentours."

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mardi 2 septembre 2025

Taoisme et astres : non pas des forces, mais des rythmes

On entend souvent dire que les astres « agissent » sur nous : qu’ils provoqueraient des marées intérieures, influenceraient directement nos comportements, nos émotions, ou même des événements comme les naissances et les accidents. 

Cette vision est très répandue, mais scientifiquement elle ne tient malheureusement pas la route: les forces physiques des planètes et des étoiles sur le corps humain sont infinitésimales, des millions de fois plus faibles que les forces biochimiques qui gouvernent nos cellules. Autrement dit, ce ne sont pas les forces brutes des astres qui nous influencent.

Alors pourquoi depuis toujours, toutes les civilisations ont-elles lié les astres à la vie et leur prêtent une influence sur celle-ci?

Parce qu’ils donnent des "rythmes".


Dans le monde vivant, la vie se règle sur les cycles astronomiques : 
Le soleil structure l’alternance jour-nuit et les saisons, organisant migrations, hibernations, floraisons. La lune cadence la reproduction des coraux, l’activité de certains poissons, et influence de façon plus subtile le sommeil et parfois les cycles menstruels humains. Les planètes suivent des trajectoires régulières, utilisées comme repères pour marquer le temps long. Le champ magnétique terrestre sert de boussole à des animaux comme les oiseaux, les abeilles ou les tortues marines.

L’influence n’est pas mécanique, mais rythmique : les astres servent de "métronomes cosmiques", des horloges fiables auxquelles la vie peut s’accorder.

C’est exactement ce que le taoïsme a compris et enseigne avec finesse. 

Contrairement à certaines traditions qui attribuent aux astres une force occulte qui « agirait » directement sur nous, le taoïsme les considère comme des "indicateurs de transformation". Ils ne sont pas des agents qui nous forcent, mais des signes qui indiquent quand un mouvement est en train de se produire.

Le calendrier taoïste est entièrement construit sur cette logique de rythmes :

Les "24 souffles solaires" ("jieqi" 節氣) qui découpent l’année en micro-saisons

Les "cycles lunaires" qui guident rituels, méditations et pratiques respiratoires

Les "grandes périodes cosmiques" de 20 ou 60 ans, utilisées en astrologie taoïste (BaZi, Qi Men Dun Jia)

Le "calendrier sexagésimal" à 60 temps, produit par la combinaison des "10 Troncs célestes" (Tian Gan 天干) et des "12 Branches terrestres" (Di Zhi 地支).

Le calendrier sexagésimal est une manière de dire que chaque instant porte une signature énergétique unique.

Les 10 Troncs célestes sont comme dix « couleurs du Ciel », exprimant la qualité du souffle cosmique selon les Cinq Mouvements (bois, feu, terre, métal, eau, chacun en polarité yin et yang).

Les 12 Branches terrestres sont comme douze « figures de la Terre », représentées par les animaux du zodiaque, qui expriment les cycles d’ouverture, de croissance, de repos et de mutation dans la nature.

En combinant ces deux séries, on obtient 60 combinaisons possibles : un peu comme si l’on croisait dix notes de musique avec douze rythmes différents, créant ainsi soixante accords uniques. Chaque accord ne se répète qu’après un cycle complet de 60 temps (jours, mois ou années).

Prenons la combinaison Jia Zi 甲子 (Bois Yang du Ciel associé au Rat). Jia 甲 représente le Bois yang : l’élan vital, la germination, la force de la tige qui perce la terre au printemps. Zi 子 correspond au Rat, premier des douze rameaux : l’énergie de minuit, de l’hiver profond, du moment où tout est contenu en germe, étincelle du Yang.  Quand ces deux forces s’associent, on obtient une image très forte : l’énergie nouvelle qui surgit au cœur de l’obscurité, la semence de vie qui jaillit quand tout semble encore figé. Dans la tradition taoïste, ce moment est considéré comme favorable pour initier de nouveaux cycles, poser les fondations d’un projet ou enclencher un processus intérieur de transformation.

À l’opposé, une autre combinaison comme Gui You 癸酉 (Eau Yin du Ciel avec le Coq) exprime un moment de condensation, de repli, de raffinement, où l’on met de l’ordre, on clarifie, on clôture. Ainsi, chaque instant n’est pas seulement une date abstraite, mais une qualité rythmique précise, lisible dans la rencontre des souffles célestes et terrestres.

La pensée grecque antique a cherché à répondre à la question « Qu’est-ce que c’est ? » — elle a produit une ontologie de l’être.

La pensée occidentale moderne a mis l’accent sur la substance et les lois mécaniques de la matière et de l’énergie.

Le taoïsme, lui, se concentre sur le temps et les transformations. Il demande non pas « qu’est-ce que c’est ? », mais « quand est-ce juste ? ».

C’est une véritable chronospiritualité : une voie où l’on apprend à lire les cycles du ciel et de la terre, à se synchroniser avec eux, et à transformer sa vie intérieure en résonance avec le grand mouvement du Dao.

Pratiquer le taoïsme, c'est chercher à entrer dans le tempo du monde. Comme un musicien ou une musicienne, mais à une échelle cosmique. C’est comprendre que l’efficacité spirituelle ne vient pas des passages en force ou de la volonté, mais très souvent de la justesse du moment choisi.

Ainsi, le taoïsme nous enseigne l’art de la synchronisation : vivre avec les astres non comme des puissances qui nous déterminent ou nous contraignent, mais comme des horloges naturelles qui nous rappellent la danse universelle des transformations et nous apprennent à danser avec elles avec grâce, sans marcher maladroitement sur les orteils de la Réalité.

Bonne réflexion et pratique

Fabrice Jordan

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jeudi 7 novembre 2024

Une vie de ronces et de cours d’eau

 Mais, tout d’abord, laissez-moi vous conter l’histoire de Zhongli Quan, l’un des plus célèbres des 8 Immortels…

Zhongli Quan : l’Immortel qui changea de voie

Enfant, Zhongli Quan était connu dans sa région natale pour les miracles qui se produisaient sur son chemin. Il était déjà apprécié, dès son plus jeune âge, pour sa sagesse extraordinaire. L’enfant grandit, et décida de suivre davantage une vie de militaire plutôt que ses aspirations spirituelles, tout comme son père l’avait fait avant lui. Rapidement, Zhongli Quan fut recruté par la cour de l’empereur, et nommé général. Il fut envoyé sur le champ de bataille par l’empereur Han, afin de combattre les Qiang. Au cours de ce combat, Zhongli Quan fut lâchement trahi par son supérieur, et subit une terrible défaite. Blessé, humilié, il se réfugia dans une montagne enneigée pour s’y laisser mourir.

C’est alors qu’une maisonnette de bois lui apparut, au milieu de la forêt. Sur son seuil se tenait un vieillard, vêtu d’une peau de cerf blanc. L’homme accueillit le soldat blessé, et lui offrit l’hospitalité. Leurs discussions, profondes et empreintes de sagesse, réveillèrent l’aspiration de Zhongli Quan pour la spiritualité. Il supplia le vieillard de l’aider à renouer avec cette part de lui-même, qu’il avait si longtemps négligée. L’homme accepta, et se chargea de l’initiation de Zhongli Quan au Tao.

Bien des jours plus tard, le vieillard poussa Zhongli Quan à quitter les bois pour réintégrer la société, en lui faisant promettre d’utiliser ses nouvelles connaissances pour le bien de l’humanité. Après avoir quitté la maisonnette et fait quelques pas dans la neige, Zhongli Quan se souvint qu’il n’avait pas remercié son hôte comme il l’aurait dû. Il fit demi-tour. La maisonnette avait disparu.

Zhongli Quan réintégra la société, comme il l’avait promis, et se consacra corps et âme à sa quête spirituelle. Il multiplia les miracles et les bienfaits sur son passage, changeant le cuivre en argent, afin de permettre aux paysans miséreux de s’acheter de la nourriture. Entre autres faits, Zhongli Quan fut celui qui montra la voie de l’illumination à Lu Dongbin, l’un des 8 Immortels.

Un jour, alors que Zhongli Quan méditait dans sa chambre, un mur de la pièce s’effondra, laissant apparaître une boîte en jade. Lorsqu’il l’ouvrit, Zhongli Quan y découvrit le secret de l’Immortalité.

Il devint ainsi Immortel à son tour, et rejoignit les cieux.

Une peinture de Zhongli Quan à la recherche de la voie du Tao, 15e siècle

Lorsque les évènements nous soufflent la voie à prendre

Comme nous tous, certainement, Zhongli Quan a essuyé au cours de sa vie une terrible défaite. Je suis certain que nous avons tous et toutes déjà vécu un événement similaire. Un licenciement. Une trahison amoureuse ou amicale. Un projet qui nous tenait à cœur, mais qui n’a pas fonctionné.

Dans le cas de Zhongli Quan, l’Immortel a dû vivre une terrible trahison, suivie d’un échec cuisant, pour se rendre compte que la voie qu’il avait empruntée n’était pas la bonne. L’échec, vous en conviendrez tout comme moi, n’est pas agréable. Rare est celui qui parvient à se réjouir d’une défaite. Mais échouer, se tromper, qu’est-ce que cela veut vraiment dire ?

Est-ce une fatalité, un événement contre lequel lutter de toutes ses forces ? Ou, au contraire, une main tendue par la voie du Tao ? N’oublions pas, chers amis, le principe de non-agir. Principe contraire à notre envie de lutter contre les échecs. À nous battre, toujours plus fort, contre les évènements.Lorsque nous luttons contre ce qui nous arrive de plus malheureux, nous nous épuisons inutilement. Nous nageons à contre-courant, dans un torrent vif et impétueux. Au lieu de nous laisser porter par l’eau.

Le non-agir n’est pas de la passivité. Il s’agit simplement de ne pas forcer les choses. Agir en harmonie avec le flux naturel, comme un bateau qui suit le courant plutôt que de lutter contre lui. Avez-vous déjà fait l’expérience d’essayer de nager contre le sens naturel d’une rivière ? Si oui, vous connaissez ce sentiment d’épuisement qui vous gagne. La douleur et la fatigue. Le froid qui commence à ronger votre peau. Si vous avez déjà fait cette expérience, vous savez aussi le soulagement que l’on ressent lorsque l’on cesse de se mouvoir. Lorsqu’on accepte le sens du courant. Lorsque nous nous y abandonnons pleinement. Il ne s’agit pas de résignation, non. Simplement d’un choix de suivre le juste cours des choses. D’accepter l’évidence, au lieu de tenter de plier la réalité à la seule force de notre volonté.

La rivière est le Tao. Accepter son flux naturel est un soulagement évident. 

Quand les échecs guident notre chemin

Peinture de Zhang Lu sur Zhongli Quan, début du XVIe siècle

J’aime voir les échecs, les trahisons et les instants difficiles de notre vie comme des buissons de ronces qui poussent le long de notre chemin de vie. Qui nous empêchent de nous tromper de sentier, et, au final, de nous perdre. Qui nous mènent, avec plus de douceur que l’on pourrait le supposer, vers ce que nous sommes et voulons profondément. Une occasion précieuse de réorienter notre chemin.

Dans le Taoïsme, les échecs et les obstacles sont vus comme des courants invisibles dans le flot de la vie. Plutôt que de les voir comme des barrages, nous pouvons les percevoir comme des signaux subtils qui nous guident vers une voie plus harmonieuse. En accord avec notre vraie nature

N’oublions jamais, ami(e)s du Tao, que la voie est celle qui apparaît sous nos pieds. Sans forcer et sans acte de résistance. Tout comme la maison du vieillard est apparue devant Zhongli, alors que les ronces de ses échecs l’avaient poussé à s’isoler dans la montagne. Les échecs, les trahisons et les déconvenues de l’existence nous indiquent que nous ne nous trouvons pas sur le bon chemin.

Alors, peut-être, nous indiquent-ils où se trouve notre réelle place dans l’univers. Celle que nous connaissons, tout au fond de nous.

Mais à laquelle nous refusons de croire...

Charles Zhang

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jeudi 31 octobre 2024

Sa propre voie

 Le Tao est un cheminement solitaire, équilibriste entre les obligations de notre société et la quête d’un non-agir qui semble parfois inaccessible.

L’histoire du jour résonne fortement avec cette quête d’un chemin qui se dérobe sous nos pas, aussitôt que nous choisissons consciemment de l’emprunter.

Han Xiangzi, le musicien et poète Immortel


Han Xiangzi était un enfant intelligent, mais différent. Difficile à apprivoiser, qui se tenait hors des sentiers que l’on tentait vainement de tracer pour lui. On disait que son âme était celle d’une grue blanche, intégrée dans son enveloppe humaine par l’Immortel Zhong. Une grue blanche, symbole de chance, de sagesse et de paix.

L’enfant fut élevé par Han Yu, un illustre fonctionnaire, qui tenta de l’éduquer pour le faire entrer, plus tard, dans les services gouvernementaux. Han Yu proposait à Han Xiangzi une voie toute tracée. Bien rangée. L’enfant se désintéressa de cette voie, naturellement, sans rébellion. Il s’en écartait sans effort ni volonté apparente.

Han Xiangzi possédait un don, lui permettant de faire pousser et fleurir une multitude de plantes en quelques secondes. Une nature intérieure trop puissante pour être canalisée par une vie toute tracée. Une fois adolescent, Han Xiangzi devient le disciple de l’Immortel Lü Dongbin. Il emmena le jeune homme les branches du Pêcher Surnaturel, pour lui permettre d’apercevoir l’entrée du paradis.

Han Xiangzi chuta des branches, mais devint lui-même Immortel avant de toucher le sol. Lü Dongbin lui proposa alors de le rejoindre dans les cieux. L’adolescent refusa poliment. Il préférait rester sur terre, pour parcourir les montagnes et vivre en communion avec la nature. On l’aperçut alors par les vallées, les forêts et les villages, jouant de sa flûte magique. Un instrument qui avait le don de restaurer l’harmonie autour de lui. Les animaux le suivaient, hypnotisés.

Au cours des années qui suivirent, Han Xiangzi refusa d’accorder la moindre importance à l’argent et à la reconnaissance des humains. Il jetait à terre tout ce qu’on pouvait lui offrir. Il fut connu pour ses prophéties et ses sublimes poèmes, qu’il aimait inscrire sur les pétales des pivoines. Il parcourut ainsi son propre chemin, armé de sa flûte magique, capable de guérir et élever les esprits.

Han Xiangzi : la sagesse de suivre sa propre voie


L’histoire douce et poétique de Han Xiangzi regorge d’enseignements et nous indique de nombreuses pistes de réflexion. Han Xiangzi, en se détournant du sentier droit et tout tracé qui lui était proposé par Han Yu, n’a pas exprimé d’acte de rejet. Il n’a pas fui, ne s’est en rien opposé à ce qui lui était offert.

Il s’en est simplement détourné. Naturellement, doucement, calmement. Il a suivi un chemin de traverse, qui s’écoulait doucement à côté du sentier bétonné que Han Yu lui offrait. Son propre chemin, qui s’écartait naturellement des attentes du monde.

Par deux fois, des hommes très différents lui ont proposé d’emprunter un sentier qui semblait idéal pour lui. Han Yu et Lü Dongbin, tous deux, ont offert au jeune homme de suivre leur voie. Une vie de fonctionnaire et une vie aux cieux. Par deux fois, Han Xiangzi s’en est doucement écarté. Par deux fois, Han Xiangzi quitta la route qui s’ouvrait devant lui, pour traverser les prairies des possibles, et tracer son propre cheminement. Naturellement, comme une feuille qui tombe de son arbre et se laisse emporter par le vent.

Le Tao nous enseigne que chaque individu doit trouver sa propre voie. Quitter l’autoroute de ce qui semble normatif et bien structuré, pour découvrir son propre itinéraire. Le Tao ne s’impose pas à nous, il nous est impossible d’apprendre ses enseignements de manière dogmatique.

Le Tao n’est pas une autoroute toute propre, toute tracée, toute lisse. Le Tao est le chemin que nous traçons par notre propre intuition, dans un pré fleuri. Nous devons le trouver par nous-mêmes. Que se passe-t-il lorsque nous restons sur l’autoroute de ce que la société attend de nous ? Nous perdons de vue le pré fleuri. Nous perdons notre propre nature. Perdus dans un quotidien stressant, nos obligations, le bruit des villes, des personnes qui nous entourent, des responsabilités…

Nous n’écoutons plus ce qui murmure tout bas. Ce qui nous dit doucement que l’harmonie n’est pas ici. Dans notre vie moderne, de nombreuses choses nous maintiennent, de gré ou de force, dans un chemin qui nous est attribué sans que nous ne l’ayons choisi. La productivité. Le sérieux. L’ambition. 

Prenons un instant pour y réfléchir. Dans quels domaines de votre vie avez-vous l’impression de suivre une voie qui n’est pas la vôtre ? Avez-vous déjà eu l’impression que votre chemin était ailleurs ? Je ne parle pas ici de rébellion, de quitter la société moderne et de vivre en ermite. Je me questionne simplement sur les voies que nous suivons parce qu’elles semblent logiques. Sans qu’elles ne résonnent pleinement en nous.


Au contraire, quelles sont les décisions, les petits sentiers isolés que nous avons empruntés, et qui nous ont apporté un véritable sentiment d’harmonie ? Se détourner des conversions médisantes et des commérages. Ne pas s’intéresser aux « qu’en dira-t-on ». Prendre du temps pour se promener, seul, en forêt. Cuisiner en pleine conscience, en appréciant chaque geste, chaque odeur et chaque sensation. Commencer à peindre, ou à jouer de la guitare, car cela résonnait avec un appel profond qui existait en nous.

Il ne s’agit pas alors de rejeter en bloc ce que la société contemporaine nous offre. Mais plutôt de prêter une oreille plus attentive à ce que souffle notre nature profonde. Suivre davantage notre instinct, notre quête naturelle d’harmonie, pour tracer notre propre cheminement. Dans l’acceptation de ce qui s’offre à notre intuition, sans effort ni ambition.

Le Tao se révèle à nous, simplement, quand nous suivons nos instincts. L’art comme un reflet de l’harmonie. 

L’art de Han Xiangzi découle de son harmonie intérieure. En jouant de la flûte, en inscrivant ses poèmes et prophéties sur les pétales des pivoines, Han Xiangzi retourne simplement au monde ce qui existe en lui. Dans un cycle vertueux, sans objectif. Il résonne alors pleinement avec le Tao.

La légende de Han Xiangzi nous enseigne que l’art n’est pas un moyen intentionnel de transcender. Il s’agit d’une conséquence, et non pas d’une cause. La conséquence de l’harmonie fluide et naturelle avec le Tao. Il ne s’agit alors pas d’un chemin direct vers la transcendance. Plutôt d’une expression spontanée de cette union entre le flux naturel et universel, et ce qui fait de nous des humains.

Notre intuition. Notre créativité. Notre capacité à voir et apprécier la beauté de ce monde.

L’expression artistique, dans une perspective taoïsme, n’est pas un exutoire, un moyen de nous défouler et de nous apaiser. Mais davantage une manifestation de notre tranquillité intérieure. L’art taoïste est alors une manière en soi d’incarner le non-agir (wu-wei). Par l’art, nous devenons alors le canal de l’énergie créatrice qui circule autour de nous. Nous lui permettons de s’exprimer, elle. Pas de nous exprimer, nous.

L’absence d’effort conscient dans cette expression artistique est alors un moyen privilégié de se connecter avec ce qui fait l’essence du Tao. Avec sa manière d’exister en nous. Les exercices d’écriture intuitive sont d’excellents points de départ pour qui souhaite découvrir cette essence. Écrire sans réfléchir, sans y penser. Laisser le flot couler en nous, de notre cœur à notre stylo. Comme une brise légère qui viendrait guider doucement nos gestes. Nous nous connectons alors pleinement à notre véritable essence.

Mais la magie se brise lorsque nous commençons à y réfléchir. À la faire exister de manière consciente. Avez-vous déjà ressenti ces instants d’harmonie ? Si forts, mais pourtant si fugaces. Qui nous échappent aussitôt que nous les remarquons ? Cuisiner pour sa famille, et, sans y prendre garde, se détacher de ce qui nous entoure. Plus rien n’existe alors que l’instant présent. La douceur de la lumière du soir, qui illumine la pièce. L’inspiration qui vous vient, et qui vous pousse à adapter une recette que vous connaissiez déjà par cœur. Mais qui vous invite à y ajouter votre touche personnelle. Jouer d’un instrument de musique, et se laisser porter par les notes qui se dévoilent sous les doigts. Instinctivement.

C’est dans ces moments que le Tao s’exprime. Lorsque nous ne cherchons pas à le trouver. Lorsque nous le laissons venir à nous, sans y penser.

Cher(e) ami(e) du Tao, je vous souhaite aujourd’hui de trouver là où se cachent vos possibilités d’harmonie. Et de vous y plonger. Jusqu’à ce que le Tao s’invite à vous.


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dimanche 17 septembre 2023

Qi Men Dun jia ou l'art des portes sacrées

Ce dimanche, commence ma troisième formation avec la journée offerte d'initiation au QiMen Dunjia 

Le QiMen est le couteau suisse des arts métaphysiques chinois. Il peut être une alternative au Yijing, au Bazi, au Feng Shui, à la sélection de dates, et comporte un aspect stratégique marqué.

Ce dernier aspect peut être utilisé pour améliorer des relations, provoquer des opportunités, résoudre des conflits et rendre notre lien au Ciel plus tangible, entre autres.

Nous expérimenterons la notion de Palais de Destinée et vous découvrirez quelle est votre "déité" tutélaire (votre rapport privilégié au subtil). Nous apprendrons à engager le dialogue avec elle.

Puis nous verrons comment le QiMen peut être utilisé en mode divinatoire, à la manière du Yijing, pour mettre de la perspective sur une situation donnée...

Fabrice Jordan

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vendredi 14 juillet 2023

Ici, pas de Qi Qi

 


Il y a Qi 氣 et Qi 炁

Maître Liu : "Ce que tu fais n'est pas mal, mais tu ne travailles que le Qi 氣". Me dit il après 15 années de pratique assidue. Le but n'est pas ça du tout. Tu dois arriver à contacter ce Qi là 炁.

- Comment fait-on ?

- Il faut déjà savoir que ce sont deux modalités différentes. Ensuite, tu dois le chercher dans le plus subtil.

- Comment faire la différence ?

- C'est facile, le Qi 炁 ne se sent pas, ne provoque pas de sensations.

- Mais....???

- Tu ne sentiras rien. Mais tu constateras ses effets.

- Mais...???

- Il faut qu'on parte, sinon nous serons en retard.

Fin de la discussion.

Maître Liu, Wei Bao Shan, hiver 2009

(par Fabrice Jordan)

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mercredi 14 juin 2023

conseils taoïstes pour une vie épanouissante

Les vertus taoïstes pour une vie épanouissante


Le taoïsme met l'accent sur le développement de certaines vertus, qui sont considérées comme essentielles pour une vie épanouissante. Voici quelques-unes des vertus taoïstes à cultiver pour améliorer 
votre bien-être émotionnel et spirituel :

  1. La simplicité : Apprenez à vivre de manière simple et authentique, en évitant les complications inutiles et les désirs excessifs.
  2. La compassion : Développez votre empathie et votre bienveillance envers vous-même et les autres, en reconnaissant que tous les êtres vivants partagent une nature commune et sont interconnectés.
  3. La modestie : Cultivez l'humilité et le respect pour les autres, en évitant l'arrogance et l'attachement excessif à votre ego.
  4. La flexibilité : Apprenez à vous adapter aux changements et aux situations imprévues, en cultivant une attitude souple et résiliente face aux défis de la vie.

La communication taoïste : parler avec justesse et écouter avec attention

La communication est un aspect fondamental de nos relations avec les autres. Le taoïsme nous enseigne à communiquer de manière authentique et respectueuse. Voici quelques conseils pour améliorer votre communication en suivant les principes taoïstes :

Parlez avec sincérité : Exprimez-vous de manière claire et honnête, sans chercher à manipuler ou à tromper les autres. 

Écoutez attentivement : Prêtez une attention sincère aux paroles des autres, en mettant de côté vos jugements et vospréoccupations personnelles.

Cultivez le silence : Apprenez à apprécier le silence et à l'utiliser comme un outil pour favoriser une communication profonde et réfléchie.

-------- source: Fabrice Jordan

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dimanche 28 mai 2023

Parole portée

 

Quand l'homme oublie qu'il est porteur de la parole, il ne parle plus. C'est bien en effet ce qu'il se passe. La plupart des gens ne parlent pas, ils répètent, ce n'est pas tout à fait la même chose.

Quand l'homme ne parle plus, il est parlé.

Jacques Lacan / Le mythe individuel du névrosé


Phoenix : dans la pensée taoïste, le phoenix est lié au Feu et à la parole authentique et transformatrice.

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samedi 20 mai 2023

Ami spirituel ?

 L'AMI SPIRITUEL, VRAIMENT ?


En Occident, le terme "ami spirituel" a été utilisé dès les années 70, probablement popularisé par Chögyam Trungpa Rinpoché, pour désigner le ou la maitre spirituel.le.

Si on comprend très bien pourquoi on a voulu utiliser cette terminologie plutôt que celle, classique et traditionnelle, de maître spirituel, celle-ci participe à entretenir une certaine confusion sur la relation très particulière que constitue la relation maître-disciple.

Revenons à la définition même d'amitié : « affection entre deux personnes en dehors des liens du sang ou de l'attrait des sexes ». Rajoutons spirituel à ce lien.

On obtient une définition extraordinairement partielle de la relation maître disciple, qui "cache", selon moi, l'essence même de la transmission, qui est symboliquement générationnelle, et comporte donc obligatoirement une notion de verticalité, et donc, ô horreur aux yeux de la modernité, une notion de hiérarchisation.

Toutes les personnes en charge d'une forme de transmission spirituelle le savent bien : la principale résistance à la transmission prend la forme du "oui, MAIS". À tel point que tant que ce "oui, mais" est préférentiellement à l'œuvre dans la relation qu'entretient un ou une disciple avec son ou sa maître, on peut dire qu'il n'y a ni disciple, et par conséquent, ni maître.

Or ce "oui, mais" provient d'une vision horizontale de la relation, dans laquelle, au fond, tout est discutable et sujet à débat. Cette horizontalité est renforcée par le terme "ami spirituel", car très peu de personnes sont capables de comprendre que cette amitié est entière sur un plan ultime, mais pas complètement sur un plan relatif. Dans un tel cas, la dénomination "ami spirituel" est exactement ce qu'on appelle grammaticalement un "faux-ami" dans l'art de traduire. 

Loin de moi l'idée de dire qu'une amitié n'est pas possible entre maître et disciple, sur un plan relatif aussi, c'est même peut-être la forme la plus aboutie d' amitié qui puisse exister, la plus complexe aussi.

Mais il est aussi très clair que cette terminologie ne définit pas l'essence de cette relation, et pour ma part, et dans la lignée que je représente, je prends désormais la peine d'être extrêmement précis à ce sujet. Parce que sinon, on ment inconsciemment sur la marchandise (peut-être par omission) et le ou la disciple ne peut pas prendre une décision éclairée avant de s'engager.

Dans notre lignée, nous avons donc prévu un sas d'entrée, une sorte de prise de refuge taoïste, qui ne nécessite pas d'accepter le ou la maître en tant que tel, et qui permet de bénéficier de certains enseignements spécifiques tout en continuant à "tester" le ou la maître, autant que nécessaire (dans un temps raisonnable quand même). L'idée est qu'au moment de s'engager réellement, le ou la future disciple soit au clair avec le contrat tacite qui liera les deux partis et avec le mandat remis au maître. 

En chinois le problème ne se pose pas et tout est très clair :

Maître = 师父= Shifu = Enseignant-père=  étymologiquement celui qui ouvre la marche en tenant le bâton et défend celles et ceux qui le ou la suivent. Il ou elle est devant, tout.e seul.e. En cas de danger, on l'écoute et on lui fait confiance. En cas d'indécision, on le suit, parce qu'il ou elle a le meilleur point de vue du groupe.

Disciple = 徒弟= Tudi = personne de la nouvelle génération, frère ou sœur cadette, en train de marcher, avec une coupe vide (et encore en prison : la sienne, soumis aux voiles de l'illusion pourrait on ajouter).

Le génie de l'idéographie chinoise c'est qu'en permettant plusieurs angles possibles de déchiffrage, elle décrit très bien la dimension verticale, hiérarchique et générationnelle de la transmission, sans nier non plus la beauté horizontale mais complexe de l'amitié présente entre maître et disciple.

Revenons à l'image archaïque de cette personne avançant devant avec son bâton et guidant une personne ou un groupe : elle ramène à l'incroyable beauté naturelle des choses qui veut que celui ou celle qui est devant se sacrifiera si nécessaire pour la survie des suivants. Qui un jour feront pareil pour les suivants. N'est-ce pas ce que ferait tout père ou mère pour ses enfants ? 

Cette formidable solidarité archaïque hiérarchisée est le propre de tout ce qui est vivant, et de l'amour désintéressé qui traverse toute la création. Car oui, il y a un amour immense au sein même de cette hiérarchie. 

Alors réfléchissons à deux fois avant de vouloir tout horizontaliser, par peur de faire peur (sic), et de balayer certaines notions simplement parce qu'on ne comprend plus, ou mal, le vrai sens des hiérarchies. Par contre, il faut en accepter le côté complexe et dansant.

Je reparlerai de cette danse dans un futur article.

D'ici là, observons, dehors et dedans !

Bonne pratique

Fabrice Jordan

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lundi 2 janvier 2023

Un présent toujours nouveau !

 
Meilleurs vœux !
Portons au mieux les fruits de notre nature sur cette terre.


Merci de votre présence en 2022. 
Vous m'avez soutenu et je vous en suis reconnaissant !
Vos commentaires sont précieux.
J'espère poursuivre le chemin en votre compagnie en 2023.


Un petit cadeau de la part de Fabrice Jordan (en cliquant sur le copyright)


Copyright Gilles Farcet & Ming Shan, toute reproduction interdite, sur n’importe quel support, sans l’accord formel de l’auteur et de Ming Shan.

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mardi 8 novembre 2022

Mouvement de l'eau

 

Voici l'entrée dans le mouvement profond de l'eau avec le Rein et la Vessie.
* Voir la différence entre Rein et Rien 😉 car le rein ce n'est pas rien !

* Ici, c'est l'obscurité qui gagne (d'où le proverbe de ne pas prendre des vessies pour des lanternes)

Et c'est le temps d'allumer des bougies pour garder la flamme intérieure !
Que l'eau vous porte !


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dimanche 25 septembre 2022

L'artisan, l'artiste et la guérison

 Toute médecine est un art.

L’art nécessite et développe deux facettes chez ceux qui le pratiquent : l’artisan et l’artiste.


L’artisan vient en premier : 

Il est celui qui apprend docilement, travaille assidûment, répète inlassablement, qui s’améliore constamment à condition de se mettre humblement au service de son ouvrage.

L’artiste se manifeste ensuite : 

Il est celui qui invente, crée, libère, ouvre des voies, casse les codes et développe sa magie, à la condition de connaître son artisanat sur le bout des doigts.

Comme Yīn 陰 et Yáng 陽, l’un est incomplet sans l’autre, l’un appelle l’autre, et nous avons les deux en nous.

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L’artisan est dans la matière, dans le Jīng 精, au niveau de la Terre qui est yīn.

L’artiste est dans l’esprit, dans le Shén 神, au niveau du Ciel qui est yáng.

Et au milieu, comme toujours, l’Humain qui fait le trait d’union grâce au Qì 氣, et avec le Cœur 心 xīn.

On retrouve ici la dynamique Ciel-Homme-Terre et le travail des trois Dāntián 丹田 :

D’abord les fondations. Ensuite seulement la construction visible, les sphères supérieures et le style propre à chacun.

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Savez-vous ce que l’on trouve dans 藥 yào un des idéogrammes du mot médecine/remède ?

艹 : le radical des plantes et herbes 

樂 : lè qui signifie à la fois “musique”, “plaisir” et “joyeux”

Cela fait référence à la fois à la pharmacologie et aux racines chamaniques de la médecine : celui qui soigne chante et danse en plus de connaître les plantes.

Mais chant et danse sont en eux-mêmes, intrinsèquement, thérapeutiques, n’importe quel artiste de scène pourra vous le confirmer. Elles font flamboyer joyeusement le Cœur, qui nous rend alors à nous-mêmes.

Et c’est bien là la vraie guérison.

Alice Korovitch

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