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dimanche 26 avril 2026

Zaz : « Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée »

En 2025, Zaz a sorti « Sains et saufs » chez Tôt ou tard. Réédité le 27 mars 2026, ce sixième album marque une nouvelle étape dans la vie de la chanteuse française à la renommée mondiale : une entrée dans une vérité de soi plus profonde, libérée des addictions et de la volonté de plaire.

En 2020, après avoir attrapé le Covid, j’ai décidé de faire un jeûne ; j’avais appris que cela pouvait « réinitialiser » le système immunitaire. J’ai surtout arrêté toutes les addictions : le café, les cigarettes, l’alcool. C’était si dur… Mais de jour en jour, je me sentais de mieux en mieux. Je renouais avec une espèce de lucidité sur la vie, une sérénité. À ce moment, j’ai pris conscience que j’agissais jusque-là comme une super-héroïne : je voulais changer le monde, c’était ancré très profondément en moi.

En construisant mon album Isa (Parlophone, 2021), et plus encore Sains et saufs (Tôt ou tard, 2025), j’ai donc fait le choix de sortir de la recherche de perfection pour prendre du plaisir, m’amuser. J’ai testé plein de trucs, dans les textures, dans les voix. J’ai lâché quelque chose, peut-être l’envie de plaire. Je me suis présentée comme je suis.

Le choix de la vie

Je m’appelle Isabelle Geffroy. Je suis née le 1er mai 1980 dans la banlieue de Tours (Indre-et-Loire). Mon père était dysfonctionnel : très alcoolique, mentalement pas sain. Ma mère, dépressive. Comme tous les enfants, je pensais que c’était de ma faute si mes parents n’allaient pas bien. Alors, j’ai voulu les sauver, mais à 13 ans, déjà très curieuse, je me suis mise à la drogue, j’avais envie de tout tester.

La communication avec mes parents est devenue compliquée. Plus personne ne me tenait. Je suis allée en pension, puis en foyer, et à chaque fois je me suis fait virer. La juge pour enfants m’a alors envoyée vivre à Bordeaux (Gironde) chez ma sœur, de neuf ans mon aînée – j’ai un frère qui a quatre ans de plus que moi. J’avais 15 ans. L’école, j’y allais ou je n’y allais pas. Tout était très chaotique. Mais j’avais en moi, depuis l’âge de 4 ans, cette intuition que si j’étais venue sur terre, c’était pour une raison précise. Que je serais chanteuse et que je serais connue.

Ma mère m’avait inscrite au conservatoire, puis à des cours de chant, mais le côté académique m’ennuyait beaucoup. J’ai toutefois pu apprendre à jouer du violon, du piano, et développer une très bonne oreille. Quand je chantais – et je chantais tout le temps –, cela me procurait des émotions : de la tristesse, de la joie. Et, d’un coup, je me connectais aux humains. Enfin ! C’était si difficile avant, pour moi : il fallait décoder tout un tas de psychismes différents.

J’avais 20 ans quand mon ancien petit copain s’est fait assassiner. Cela a été comme un déclic. Moi, j’étais vivante. J’avais encore le choix : la mort ou la vie. Cela ne dépendait que de moi. Grâce à la mission locale, j’ai obtenu une aide financière du conseil régional pour une formation à Bordeaux, au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam). J’y suis entrée en 2000. Il y avait des scènes ouvertes, des ateliers… et j’avais un cadre, une structure. J’ai intégré mon premier groupe de blues. À la fin de la formation, j’ai répondu à une petite annonce pour intégrer un orchestre au Pays basque. J’ai été retenue. Puis, j’ai intégré un groupe de composition en français et espagnol, donné des cours de musique dans une Maison des jeunes et de la culture (MJC)… J’ai toujours eu cette folie d’y aller, et d’y aller à fond.

Retrouver le contact

J’avais une copine qui habitait Paris. Quand je lui rendais visite, j’étais toujours excitée par cette ville. Je voulais « monter à la capitale ». « Tu vas perdre ton intermittence », me disait-on. Mais il fallait que je le fasse. J’agis à l’instinct, pour être cohérente avec moi-même, pas pour l’argent. La vie m’a montré qu’à chaque fois que je faisais preuve d’audace, il y avait quelque chose de mieux, derrière, qui m’attendait. Cela n’empêche pas la peur. J’étais terrifiée quand je suis arrivée à Paris, à 26 ans. J’ai débuté Aux trois mailletz, un cabaret, entre minuit et 5 heures du matin… Puis j’ai atterri dans un autre endroit où je chantais deux fois par semaine.

Un jour, je suis sortie fumer une clope. Un homme est venu vers moi et m’a lancé : « Je t’ai entendue. Est-ce que cela te dit d’aller chanter à Vladivostok ? » J’ai alors appris que cet homme était le directeur de l’Alliance française de cette ville en Russie, Cédric Gras. Je suis partie avec un pianiste, en plein mois de décembre. C’était complètement dingue. Il faisait – 25 °C. Je reprenais des éléments du répertoire de la chanson française et quelques chansons à moi. J’avais déjà mon nom de scène : Zaz. Pour moi, c’est le symbole de l’infini, du serpent qui se mord la queue. Ce qui meurt et renaît sans cesse. C’est un peu moi. Je suis sans cesse en train de mourir et de renaître.

Je suis issue d’une famille catholique mais je ne suis pas allée au catéchisme. Pendant longtemps, j’ai pensé que Dieu m’avait abandonnée. Je me disais que je ne pouvais pas vivre autant de trucs horribles s’il y avait un Dieu. J’étais fâchée avec lui, en tout cas avec ce que j’imaginais être Dieu. Je voyais juste que j’étais en galère, que je n’étais pas aidée, ni dans le concret, ni dans l’invisible. Je me suis même fait tatouer une croix à l’envers – je l’ai refaite à l’endroit. À 20 ans, je suis tombée dans un trou. Mais, étonnamment, il y avait toujours ce je-ne-sais-quoi en moi, cette présence. J’ai compris que c’était à moi de retrouver le contact. Que rien n’avait jamais été contre moi. J’ai alors voulu tout savoir sur les religions. Je me suis mise à bouquiner, énormément.

Après la Russie, je n’avais plus de boulot. Je chantais dans la rue, avec des amis. Un jour, nous avons trouvé un endroit à Montmartre. Nous faisions du folklore et cela collait parfaitement au quartier. Tous les peintres nous ont accueillis. Une foule de gens s’arrêtaient pour nous écouter, certains pleuraient. On me voyait comme « une gamine à la Piaf ». Jusqu’au jour où j’ai participé à un concours. Je suis arrivée en finale, à l’Olympia, et… j’ai gagné. J’ai alors enregistré un album tout en continuant à jouer dans la rue. Mes chansons commençaient à passer à la radio. Je veux a fait un carton, y compris dans d’autres pays, notamment en Allemagne mais aussi en Amérique latine, et à l’Est…

Qui je suis vraiment

À 30 ans, je touchais à la notoriété. On m’adorait ou on me détestait. Je vivais un rêve alors je ne voulais pas me plaindre, je voulais tout donner à ceux qui m’aimaient. Je n’ai pas mis de limites. L’alcool n’a pas aidé. Il était constamment là, comme les clopes. J’ai beaucoup travaillé sur moi, suivi des thérapies. Mais m’arracher à l’alcool, je n’y arrivais pas. En 2018, j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Quelqu’un d’hyperdoux, de calme, de compréhensif. Pour moi, c’était l’occasion. J’avais envie de construire. Je désirais aussi savoir qui j’étais vraiment, sans artifice, sans alcool, sans cigarette. J’ai arrêté du jour au lendemain, en 2020, grâce au jeûne.

En parallèle, j’ai réalisé que je n’avais pas la main sur ce qui était extérieur à moi. Quoi que je fasse, le monde ne changerait pas. J’ai compris que je m’étais trompée : il fallait que je change, à l’intérieur. Ce n’était pas mon nom d’artiste que je devais modifier, comme je l’avais songé un temps, mais ce que j’avais mis dedans. Je me suis alors résolue à prendre soin de moi, à appliquer à moi-même tout ce que je voulais faire aux autres. À partir de là, mes relations se sont transformées, mon rapport au monde aussi. J’ai commencé à poser des limites. J’ai préparé l’album Isa. Et puis, mon père est mort. Sa mort a ouvert une autre porte.

Cet album, ce dernier, je l’ai appelé Sains et saufs parce que malgré tout ce que j’ai enduré, je suis saine et sauve. J’écris des chansons pour qu’elles s’adressent à d’autres, les rejoignent. Les chansons sont universelles, voilà pourquoi j’ai choisi le pluriel. Ce n’est pas mon album, mais le nôtre.

Dedans, je parle du pardon, je m’adresse à Dieu. Il est une intelligence qui m’accompagne. J’ai toujours eu le sentiment d’une présence auprès de moi. Aujourd’hui, je médite, cela me permet d’aller dans un espace qui est, pour moi, la source. Là, il n’y a plus de mental. Même si parfois je doute, je sais que j’ai dû traverser toute mon histoire pour incarner ce que je dois incarner aujourd’hui. Ces épreuves, je les ai vécues, et donc je peux en parler. Sans elles, je ne chanterais pas comme je chante. Il y a encore des trucs que je n’arrive pas à régler. Ce n’est pas parfait et cela ne le sera jamais. Mais je veux transformer les choses, pour plus de liberté. Et pour plus de conscience. Nous sommes sur terre, et nous sommes privilégiés pour cela. Cela ne dure pas longtemps. Alors, allons-y quoi. Vivons !


Les étapes de sa vie

1980 Naissance d’Isabelle Geffroy à Chambray-lès-Tours (Indre-et-Loire).

2000 Formation au Centre d’informations et d’activités musicales (Ciam), à Bordeaux (Gironde).

2009 Zaz remporte la finale de la troisième édition du concours le Tremplin Génération de France Bleu/Réservoir qui se tient à l’Olympia.

2010 Sortie de l’album Zaz. Buzz de la chanson « Je veux ».

2020 Arrêt de l’alcool, du tabac et du café.

2021 Sortie d'Isa.

2025 Sortie de Sains et saufs, entrée au label Tôt ou tard.

2026 Réédition de Sains et saufs, tournée mondiale.

Interview Isabelle Demangeat

Source : La Vie

mercredi 28 janvier 2026

Danse du temps

 

mes jours désormais
se succèdent
en une chorégraphie
à la fois répétitive
et toujours improvisée
invariablement surprenante
j’accomplis les mouvements,
j’obéis au chorégraphe
jusqu’à la tombée du rideau
et les applaudissements qui ne me concernent pas
j’acquiesce au rythme
à la musique
que je n’ai pas écrite
mais dont je reconnais les progressions d’accord
pouvant parfois les prévoir
aussi bien qu’en être surpris
je danse volontiers ma partie
l’oeil rivé
sur la grande image
dont je suis un détail
conscient
les jours se succèdent
ils filent
le temps n’est qu’un artifice utile
du chorégraphe pour son ballet
que je danse
sans plus m’interroger
sinon sur la fluidité
de mes mouvements
l’obéissance de mes gestes
la musique est parfois triste
parfois enlevée, joyeuse
et il s’agit de danser
la cacophonie
encercle
la figure du danseur
elle fait partie du ballet
sans pour autant le réguler
le danseur danse et danse
en son cercle magique
dont l’intégrité défait le chaos
laissé à lui même
à son vide
déconcerté

Gilles Farcet

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jeudi 8 janvier 2026

Dieu m’a inondé de bienfaits...

 Gilles Farcet : "Pourquoi ne pas, sans rien nier du tragique, sans même s'interdire de demander, prendre la mesure de tout ce que nous avons reçu et recevons ?"

Cette nouvelle vidéo de Gestion des Restes (filmée l'été dernier pendant notre petite tournée) le propose :

Tu le vois dans le bleu du ciel
Tu le vois quand une femme est belle
Tu l’entends dans les contrechants
Dans les pleurs d’un petit enfant
Tu le goûtes dans un fruit mûr
Tu le respires dans l’air pur
Tu le sens omniprésent
Tu le captes au coeur du vivant
Dieu m’a inondé de bienfaits
Je sais
Et je les lui rendrai
Je l’ai vu briller dans la nuit
Dans les étoiles à l’infini
Je l’ai dégusté dans ce vin
Je l’ai senti dans ce parfum
Je l’ai deviné dans l’eau bleue
Dans le crépitement du feu
Je l’ai reconnu dans ton regard
Je l’ai pressenti
Dans la douceur du soir
C’est vraiment fou
Si fort si doux
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jeudi 31 octobre 2024

Sa propre voie

 Le Tao est un cheminement solitaire, équilibriste entre les obligations de notre société et la quête d’un non-agir qui semble parfois inaccessible.

L’histoire du jour résonne fortement avec cette quête d’un chemin qui se dérobe sous nos pas, aussitôt que nous choisissons consciemment de l’emprunter.

Han Xiangzi, le musicien et poète Immortel


Han Xiangzi était un enfant intelligent, mais différent. Difficile à apprivoiser, qui se tenait hors des sentiers que l’on tentait vainement de tracer pour lui. On disait que son âme était celle d’une grue blanche, intégrée dans son enveloppe humaine par l’Immortel Zhong. Une grue blanche, symbole de chance, de sagesse et de paix.

L’enfant fut élevé par Han Yu, un illustre fonctionnaire, qui tenta de l’éduquer pour le faire entrer, plus tard, dans les services gouvernementaux. Han Yu proposait à Han Xiangzi une voie toute tracée. Bien rangée. L’enfant se désintéressa de cette voie, naturellement, sans rébellion. Il s’en écartait sans effort ni volonté apparente.

Han Xiangzi possédait un don, lui permettant de faire pousser et fleurir une multitude de plantes en quelques secondes. Une nature intérieure trop puissante pour être canalisée par une vie toute tracée. Une fois adolescent, Han Xiangzi devient le disciple de l’Immortel Lü Dongbin. Il emmena le jeune homme les branches du Pêcher Surnaturel, pour lui permettre d’apercevoir l’entrée du paradis.

Han Xiangzi chuta des branches, mais devint lui-même Immortel avant de toucher le sol. Lü Dongbin lui proposa alors de le rejoindre dans les cieux. L’adolescent refusa poliment. Il préférait rester sur terre, pour parcourir les montagnes et vivre en communion avec la nature. On l’aperçut alors par les vallées, les forêts et les villages, jouant de sa flûte magique. Un instrument qui avait le don de restaurer l’harmonie autour de lui. Les animaux le suivaient, hypnotisés.

Au cours des années qui suivirent, Han Xiangzi refusa d’accorder la moindre importance à l’argent et à la reconnaissance des humains. Il jetait à terre tout ce qu’on pouvait lui offrir. Il fut connu pour ses prophéties et ses sublimes poèmes, qu’il aimait inscrire sur les pétales des pivoines. Il parcourut ainsi son propre chemin, armé de sa flûte magique, capable de guérir et élever les esprits.

Han Xiangzi : la sagesse de suivre sa propre voie


L’histoire douce et poétique de Han Xiangzi regorge d’enseignements et nous indique de nombreuses pistes de réflexion. Han Xiangzi, en se détournant du sentier droit et tout tracé qui lui était proposé par Han Yu, n’a pas exprimé d’acte de rejet. Il n’a pas fui, ne s’est en rien opposé à ce qui lui était offert.

Il s’en est simplement détourné. Naturellement, doucement, calmement. Il a suivi un chemin de traverse, qui s’écoulait doucement à côté du sentier bétonné que Han Yu lui offrait. Son propre chemin, qui s’écartait naturellement des attentes du monde.

Par deux fois, des hommes très différents lui ont proposé d’emprunter un sentier qui semblait idéal pour lui. Han Yu et Lü Dongbin, tous deux, ont offert au jeune homme de suivre leur voie. Une vie de fonctionnaire et une vie aux cieux. Par deux fois, Han Xiangzi s’en est doucement écarté. Par deux fois, Han Xiangzi quitta la route qui s’ouvrait devant lui, pour traverser les prairies des possibles, et tracer son propre cheminement. Naturellement, comme une feuille qui tombe de son arbre et se laisse emporter par le vent.

Le Tao nous enseigne que chaque individu doit trouver sa propre voie. Quitter l’autoroute de ce qui semble normatif et bien structuré, pour découvrir son propre itinéraire. Le Tao ne s’impose pas à nous, il nous est impossible d’apprendre ses enseignements de manière dogmatique.

Le Tao n’est pas une autoroute toute propre, toute tracée, toute lisse. Le Tao est le chemin que nous traçons par notre propre intuition, dans un pré fleuri. Nous devons le trouver par nous-mêmes. Que se passe-t-il lorsque nous restons sur l’autoroute de ce que la société attend de nous ? Nous perdons de vue le pré fleuri. Nous perdons notre propre nature. Perdus dans un quotidien stressant, nos obligations, le bruit des villes, des personnes qui nous entourent, des responsabilités…

Nous n’écoutons plus ce qui murmure tout bas. Ce qui nous dit doucement que l’harmonie n’est pas ici. Dans notre vie moderne, de nombreuses choses nous maintiennent, de gré ou de force, dans un chemin qui nous est attribué sans que nous ne l’ayons choisi. La productivité. Le sérieux. L’ambition. 

Prenons un instant pour y réfléchir. Dans quels domaines de votre vie avez-vous l’impression de suivre une voie qui n’est pas la vôtre ? Avez-vous déjà eu l’impression que votre chemin était ailleurs ? Je ne parle pas ici de rébellion, de quitter la société moderne et de vivre en ermite. Je me questionne simplement sur les voies que nous suivons parce qu’elles semblent logiques. Sans qu’elles ne résonnent pleinement en nous.


Au contraire, quelles sont les décisions, les petits sentiers isolés que nous avons empruntés, et qui nous ont apporté un véritable sentiment d’harmonie ? Se détourner des conversions médisantes et des commérages. Ne pas s’intéresser aux « qu’en dira-t-on ». Prendre du temps pour se promener, seul, en forêt. Cuisiner en pleine conscience, en appréciant chaque geste, chaque odeur et chaque sensation. Commencer à peindre, ou à jouer de la guitare, car cela résonnait avec un appel profond qui existait en nous.

Il ne s’agit pas alors de rejeter en bloc ce que la société contemporaine nous offre. Mais plutôt de prêter une oreille plus attentive à ce que souffle notre nature profonde. Suivre davantage notre instinct, notre quête naturelle d’harmonie, pour tracer notre propre cheminement. Dans l’acceptation de ce qui s’offre à notre intuition, sans effort ni ambition.

Le Tao se révèle à nous, simplement, quand nous suivons nos instincts. L’art comme un reflet de l’harmonie. 

L’art de Han Xiangzi découle de son harmonie intérieure. En jouant de la flûte, en inscrivant ses poèmes et prophéties sur les pétales des pivoines, Han Xiangzi retourne simplement au monde ce qui existe en lui. Dans un cycle vertueux, sans objectif. Il résonne alors pleinement avec le Tao.

La légende de Han Xiangzi nous enseigne que l’art n’est pas un moyen intentionnel de transcender. Il s’agit d’une conséquence, et non pas d’une cause. La conséquence de l’harmonie fluide et naturelle avec le Tao. Il ne s’agit alors pas d’un chemin direct vers la transcendance. Plutôt d’une expression spontanée de cette union entre le flux naturel et universel, et ce qui fait de nous des humains.

Notre intuition. Notre créativité. Notre capacité à voir et apprécier la beauté de ce monde.

L’expression artistique, dans une perspective taoïsme, n’est pas un exutoire, un moyen de nous défouler et de nous apaiser. Mais davantage une manifestation de notre tranquillité intérieure. L’art taoïste est alors une manière en soi d’incarner le non-agir (wu-wei). Par l’art, nous devenons alors le canal de l’énergie créatrice qui circule autour de nous. Nous lui permettons de s’exprimer, elle. Pas de nous exprimer, nous.

L’absence d’effort conscient dans cette expression artistique est alors un moyen privilégié de se connecter avec ce qui fait l’essence du Tao. Avec sa manière d’exister en nous. Les exercices d’écriture intuitive sont d’excellents points de départ pour qui souhaite découvrir cette essence. Écrire sans réfléchir, sans y penser. Laisser le flot couler en nous, de notre cœur à notre stylo. Comme une brise légère qui viendrait guider doucement nos gestes. Nous nous connectons alors pleinement à notre véritable essence.

Mais la magie se brise lorsque nous commençons à y réfléchir. À la faire exister de manière consciente. Avez-vous déjà ressenti ces instants d’harmonie ? Si forts, mais pourtant si fugaces. Qui nous échappent aussitôt que nous les remarquons ? Cuisiner pour sa famille, et, sans y prendre garde, se détacher de ce qui nous entoure. Plus rien n’existe alors que l’instant présent. La douceur de la lumière du soir, qui illumine la pièce. L’inspiration qui vous vient, et qui vous pousse à adapter une recette que vous connaissiez déjà par cœur. Mais qui vous invite à y ajouter votre touche personnelle. Jouer d’un instrument de musique, et se laisser porter par les notes qui se dévoilent sous les doigts. Instinctivement.

C’est dans ces moments que le Tao s’exprime. Lorsque nous ne cherchons pas à le trouver. Lorsque nous le laissons venir à nous, sans y penser.

Cher(e) ami(e) du Tao, je vous souhaite aujourd’hui de trouver là où se cachent vos possibilités d’harmonie. Et de vous y plonger. Jusqu’à ce que le Tao s’invite à vous.


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jeudi 23 mars 2023

Sourire un instant

 Sourire, un état d'esprit... (source de l'interview : revue Reflet)




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vendredi 16 décembre 2022

Intervalle

INTERVALLE
dans un intervalle
hors du temps et de l’espace
mais qui en mimait les formes
je voyais de loin ta silhouette
élégante en toutes circonstances
avancer vers moi
le long de cette rue familière
ressuscité de par l’esprit
et néanmoins de chair et d’os
tu me souriais
j’allais pouvoir déposer
un baiser sur ta joue
me nourrir de ta voix
creusée par une longue vie
nous faisions quelques pas
les larmes me venaient
je te savais mort depuis tant de lunes
et pourtant si présent
dans la chimie de moi
ici maintenant vivant

 Concert avec Gilles farcet



voir aussi

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vendredi 24 juin 2022

mercredi 27 avril 2022

Comme un alcool fort...

 


Loin du temps de sa jeunesse où il s’évertuait à tenir le tragique à distance à grands renfort de méditations, de croyances et d’espérances, il cohabitait désormais avec lui.

Il ne se protégeait plus de la violence intrinsèque de la vie. Il la goûtait, la savourait, comme le palais apprécie un alcool fort dont les arômes subtils se révèlent à l’intérieur d’une brûlure.

Vers la moitié du chemin de sa vie, il avait entendu son ami spirituel, cet émetteur-récepteur qu’une confondante grâce lui avait permis de détecter pour ne plus jamais s’en éloigner, prononcer une parole : « si vous vous libérez de votre propre souffrance, vous héritez de celle du monde entier ». Plus il avait avancé en âge et en maturité, plus cette phrase lui était apparue comme vertigineuse de vérité.

Telle était donc désormais sa situation. Au fait de l’être-heureux, mais d’un être-heureux non dénaturé, non travesti en facilité et recettes d’un bien-être sourd et aveugle, il s’affranchissait peu à peu. Non de la souffrance mais ce qu’il y avait d’égocentrique et inutile dans sa souffrance. S’affranchissant de la sorte, il commençait à veiller, d’une veille modeste, presque insignifiante et pourtant combien cruciale, à l’écoute, poitrine nue, de la douleur ambiante.

C’était un insigne privilège, une terre de solitude aussi où l’on n’avait guère plus d’amis tout en étant très entouré. Et dans cette solitude, une sorte de ligne directe avec la source le maintenait debout.



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Ecouter le groupe de Gilles :
Ouais, tu es, bien coincée
Ouais tu es bien blindée
Ouais tu est bien shooté
Ouais tu es bien allumé.
M’entends tu donc frapper contre ta porte
M’entends tu donc frapper comme un damné.
M’entends tu donc frapper dans ta sale allée.
Tend moi la main laisse moi entrer
Je ne suis pas un étranger
Ne me traite pas en pariah
M’entends tu donc frapper ? Es tu endormie
M’entends tu donc cogner sur ton parvis
M’entends tu donc frapper ? Balance moi les clés.
Je te supplie à grand cris
Sors de ton lit je t’en prie
je suis par terre à genoux
Moi je me traine dans la boue
Entends mon cri
Qui te hante
Prends donc ma vie
Si ça te chante
Je suis à bout Je déjante
Je suis cramé, oui à cran. M’entends tu donc frapper contre ta porte
JE TE SUPPLIE A GRAND CRIS ...

M’entends tu donc frapper comme un damné
M’entends tu donc frapper dans ta sale allée

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lundi 13 décembre 2021

Une île intérieure à préserver


Voici le clip qu'une amie, Amélie, m'a partagé. C'est elle qui court sur la plage ;-)

lundi 6 septembre 2021

La musique du coquillage

 

"La matière physique est de la musique solidifiée" - Pythagore
Ou... en sanskrit : "Nada Brahma", le monde est son.
Ou Au début était le Verbe
Pourquoi utilise-t-on des mantras dans les traditions spirituelles ? Parce que le son, dirigé par une intention, est un formidable vecteur de changement et de remodelage de nos schémas, à plusieurs niveaux.
L'image du haut est un graphique des neuf premières harmoniques d'une série harmonique.
L'image du bas est une radiographie de la structure interne d'un coquillage.


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dimanche 22 août 2021

Ecouter la musique

 


1. L’honorer

À quoi sert le musicien ? À rien, disait Olivier Messiaen, sinon à ouvrir autrui au monde de Dieu. En 1988, à l’église de la Sainte-Trinité, à Paris, j’avais passé plusieurs soirées avec lui à travailler sur sa Nativité du Seigneur. « Comment se fait-il que votre musique exprime aussi bien le mystère sacré ? », lui ai-je demandé. « Parce que le compositeur est croyant... », m’a-t-il répondu. Tout artiste l’est, mais il ne le sait pas forcément. Si l’on veut rendre à la musique sa dimension spirituelle, si l’on veut entrer en phase avec le message qu’elle transporte, entrevoir cet au-delà qu’elle révèle, on ne peut pas la galvauder, la traiter comme un vulgaire produit de consommation. Elle mérite mieux que ça !

2. Se préparer

Il faut se mettre dans un certain état d’esprit, se préparer, se prédisposer à l’écoute. La démarche du concert est belle en cela qu’elle honore le côté sacré de la musique. En concert, on ne fait rien d’autre, a priori, qu’écouter. Il est important aussi de rester en silence de temps en temps, de préserver ce silence extérieur qui est la seule façon de percevoir une musique intérieure.


3. Se laisser faire

Si on se laisse faire, si on entre dans une forme d’abandon de soi, si l’on se remet entre les mains et dans l’esprit de la personne qui chante ou joue, alors la musique pourra parler au cœur et à l’âme. Lors des ordinations sacerdotales (celles que j’ai accompagnées à Notre-Dame m’ont bouleversé) l’évêque dit aux ordonnants : « Que le Seigneur continue en toi ce qu’il a commencé. » Cette phrase me touche.

4. Se renseigner

Avant ou après l’écoute, il est bon de se renseigner sur le compositeur et l’œuvre en question, sur les circonstances d’écriture, l’environnement historique ou sociétal par exemple. L’œuvre est-elle liée à un drame précis, à un événement, à un poème, etc. ? Que porte le compositeur, quelle est son intention ?


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lundi 27 avril 2020

Une suite... de confinement.


Un morceau de ma belle sœur (piano) et mon beau frère (flûte).
Donc un beau morceau pour entamer la semaine...


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mardi 21 janvier 2020

Perception directe



" Dans le silence, la joie, la paix, se trouve l’approfondissement de la perception.
La réflexion vous coupe de la vie, le raisonnement vous éloigne, alors que la perception, c’est un pôle direct sur le silence. C’est un art.
En Inde, on apprend à écouter la musique. C’est très rare de pouvoir écouter la musique sans avoir appris, sans nommer, sans juger, sans précéder ce qui va arriver, sans se remémorer la note finie, sans trouver harmonique, disharmonique, sans dire c’est ceci, c’est cela. Quand vous allez à l’opéra, vous voyez des gens qui vivent cet art : ils s’assoient, ils n’attendent rien, ils se donnent complètement à l’instant, vous sentez un corps complètement ouvert. Quelquefois, quand les premières notes surgissent, vous les voyez pris d’un tremblement, ils sont complètement habités, cela vient d’un très grand « lâcher prise ». Également quand le dernier mouvement s’est résorbé dans le silence, vous voyez ces gens qui laissent complètement se mourir le son en eux. Ils mettent longtemps à applaudir ou à taper des pieds.
On peut apprendre à écouter la musique, à regarder une sculpture, à goûter le vin, c’est un art. C’est profondément civique, c’est cela finalement la moralité du point de vue de l’Inde : apprendre à ressentir sans conceptualiser, sans préférer, sans juger ; uniquement ouverture sensorielle.
Quand vous écoutez la vie, il n’y a que la paix, mais quand vous pensez, vous jugez, vous refusez, il n’y a que la violence. La paix profonde vient de cette totale ouverture à la sensorialité. "

Eric Baret
Le Sacre du Dragon Vert, Editions Almora
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lundi 2 septembre 2019

Pour commencer la semaine


Un morceau à deux pieds pour la rentrée de demain...

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dimanche 5 mai 2019

Union musicale

Vous ne verrez ça dans aucun autre pays.
"Allahu Akbar", "Adonaï" et "Ave Maria" à l'unisson devant le Roi Mohammed VI et le Pape François. ☪️✡️✝️
Ce samedi 30 mars à Rabat, l’Orchestre philharmonique du Maroc (OPM) a interprété un arrangement un peu spécial. Des représentants des trois religions monothéistes ont communié en chœur devant Le roi Mohammed VI et le Pape François.
Le muezzin Smahi El Hadni, a prononcé l’appel à la prière musulman (“Allahu Akbar”), accompagné par la chanteuse Françoise Atlan, qui a entonné la prière juive (“Adonaï”) puis rejoint par la chanteuse Caroline Casadesus, fille du chef d’orchestre Jean-Claude Casadesus, qui a interprété l’“Ave Maria” de Caccini.
Ils ont conclu le concert main dans la main.

Cette œuvre fait partie d’une série d'événements lancés par l'Orchestre philharmonique du Maroc en 2016 et baptisée “Les religions à l’unisson”.



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samedi 27 avril 2019