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mardi 23 juillet 2024

De tout, il resta trois choses


 De tout, il resta trois choses
 :

La certitude que tout était en train de commencer,

la certitude qu’il fallait continuer,

la certitude que cela serait interrompu avant que d’être terminé.

Faire de l’interruption, un nouveau chemin,

faire de la chute, un pas de danse,

faire de la peur, un escalier,

du rêve, un pont,

de la recherche…

une rencontre.

Fernando Pessoa

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vendredi 8 juillet 2022

Le poème

 


"Un poème sommeille en moi

Qui exprimera mon âme entière.

Je le sens aussi vague que le son et le vent

Non modelé dans sa forme accomplie.


Il n’a ni stance, ni vers, ni mot.

Il n’est même pas tel que je le rêve.

Rien qu’un sentiment confus de lui,

Rien qu’une brume heureuse entourant la pensée.


Jour et nuit dans mon mystère intime

Je le rêve, je le lis, je l’épelle,

Et sa vague perfection toujours

Gravite en moi à la frange des mots.


Jamais, je le sais, il ne sera écrit.

Je sais et j’ignore à la fois ce qu’il est.

Mais je jouis de le rêver,

Car le bonheur, même faux, reste le bonheur."


Fernando Pessoa 1888-1935

photographie: Gertrude Käsebier 1852-1935 - «Heritage of Motherhood.» 1904

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mercredi 25 mai 2022

Réél qui est...

 

" Lorsque viendra le printemps,

si je suis déjà mort,

les fleurs fleuriront de la même manière

et les arbres ne seront pas moins verts

qu’au printemps passé.

La réalité n’a pas besoin de moi.

J’éprouve une joie énorme

à la pensée que ma mort n’a aucune importance.

Si je savais que demain je dois mourir

et que le printemps est pour après-demain,


je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.

Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon

en son temps ?

J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;

et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même

si je ne l’aimais pas.

C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,

parce que tout est réel et tout est précis.

On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.

On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.

Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.

Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est. " 

Fernando Pessoa / Extrait de:  1960, Le Gardeur de Troupeaux, (Gallimard)

mercredi 30 mars 2022

Secret passage


 "Entre le clair de lune et le feuillage,

Entre la quiétude et l'allée d'arbres,

Entre la nuit qui tombe et la brise,

Passe un secret.

Mon âme le suit au passage."


Fernando Pessoa 1888-1935 / Fragments d'un voyage immobile

photographie: ©Henri Prestes from The velvet Kingdom wonderful misty and foggy landscape


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mardi 15 décembre 2020

En conclusion


 
Aujourd'hui, soudainement, j'en suis arrivé à une conclusion absurde mais inerrante. Dans un moment d'illumination, j'ai réalisé que je ne suis personne, absolument personne.

Fernando Pessoa

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mercredi 15 juillet 2020

Contemplation


" Penser, malgré tout, c’est encore agir. Ce n’est que dans la rêverie, où rien d’actif n’intervient, où la conscience de nous-mêmes finit par s’embourber dans la vase – c’est seulement, dans ce non-être tiède et humide, que le renoncement à l’action peut être atteint efficacement. Ne pas tenter de comprendre; ne pas analyser… Se voir soi-même comme on voit la nature contempler ses émotions comme on contemple un paysage – c’est cela la sagesse…"

Fernando Pessoa 1888-1935
Le livre de l’intranquillité


Charles-Clos Olsommer 1883-1966
femme assise 1911

mardi 13 juin 2017

Suffisante beauté !




L'effarante réalité des choses 

est ma découverte de tous les jours. 
Chaque chose est ce qu'elle est,
et il est difficile d'expliquer combien cela me réjouit 
et combien cela me suffit.

A. Caeiro (F. Pessoa)

mardi 18 novembre 2014

Né à chaque instant...


Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’enfant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…


Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…

Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.


Fernando Pessoa


jeudi 21 mars 2013

L'unique innocence avec Fernando Pessoa

Mon regard est net comme un tournesol,
J’ai l’habitude d’aller par les chemins,
Jetant les yeux à droite et à gauche,
Mais en arrière aussi de temps en temps…
Et ce que je vois à chaque instant
Est ce que jamais auparavant je n’avais vu,
De quoi j’ai conscience parfaitement.
Je sais éprouver l’ébahissement
De l’enfant qui, dès sa naissance,
S’aviserait qu’il est né vraiment…
Je me sens né à chaque instant
À l’éternelle nouveauté du Monde…
Je crois au monde comme à une pâquerette,
Parce que je le vois. Mais je ne pense pas à lui
Parce que penser c’est ne pas comprendre…
Le Monde ne s’est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c’est avoir mal aux yeux)
Mais pour que nous le regardions avec un sentiment d’accord…
Moi je n’ai pas de philosophie : j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est,
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer…
Aimer, c’est l’innocence éternelle,
Et l’unique innocence est de ne pas penser.


Fernando Pessoa



mardi 6 mars 2012

Non pas le monde pensé mais panser le monde

Pour le printemps des poètes ... 

Je me sens né à chaque instant
à l'éternelle nouveauté du Monde...
[...]
Le Monde ne s'est pas fait pour que nous pensions à lui
(penser c'est avoir mal aux yeux)
mais pour que nous le regardions avec un sentiment d'accord...
……..
Aimer, c'est l'innocence éternelle,
et l'unique innocence est de ne pas penser.
……….
Le seul mystère, c'est qu'il y ait des gens pour penser au mystère.
……….
L'unique signification intime des choses,
c'est le fait qu'elles n'aient aucune intime signification.
……….
les choses n'ont pas de signification : elles ont une existence.
Les choses sont l'unique sens occulte des choses.
……….
Passe, oiseau, passe, et apprends-moi à passer !


(Le Gardeur de troupeaux et autres poèmes, trad. Armand Guibert, ,nrf Poésie/Gallimard)


Fernando Pessoa
1888-1935

source : Vent d'Eveil