mercredi 3 juin 2026
Une part de lui-même
mardi 2 juin 2026
Mon secret...
Jiddu Krishnamurti, ce grand philosophe et maître spirituel indien, voyagea et s’adressa au public dans le monde entier presque continuellement pendant plus de 50 ans, essayant de transmettre par la parole (le contenu) ce qui est au-delà des paroles, au-delà du contenu. Au cours d’une allocution qu’il donna vers la fin de sa vie, il surprit son audience en demandant :« Voulez-vous connaître mon secret ? » Tous les gens présents dressèrent l’oreille. Certaines personnes venaient l’écouter depuis 20 ou 30 ans et n’arrivaient toujours pas à saisir l’essence de ses enseignements. Enfin, après toutes ces années, le maître daignait leur donner la clé de la compréhension ! « Mon secret, dit-il, c’est que je ne me préoccupe pas de ce qui arrive. »
Il n’élabora pas sur le sujet et j’imagine que la plus grande partie de son audience fut encore plus perplexe qu’auparavant. Cependant, les implications de cette affirmation toute simple vont loin.
Quand je ne me préoccupe pas de ce qui arrive, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que, intérieurement, je suis en harmonie avec ce qui arrive. « Ce qui arrive », bien entendu, renvoie à la qualité de ce moment, qui est toujours déjà tel qu’il est. Cette expression renvoie au contenu, à la forme que ce moment – l’unique moment à exister – prend. Être en harmonie avec « ce qui est », c’est être en lien sans résistance intérieure avec ce qui se produit. Cela veut dire laisser l’événement être ce qu’il est sans l’étiqueter mentalement comme étant bon ou mauvais. Cela veut-il dire que vous ne pouvez plus passer à l’action pour amener des changements dans votre vie ? Au contraire ! Quand vos actes sont fondamentalement et intérieurement liés au moment présent, ils sont sustentés par l’intelligence de la vie.
Eckhart Tolle ( Nouvelle Terre P : 168-169 )
lundi 1 juin 2026
Exercices doux pour le dos
Souvent appelée posture de la guirlande, est en fait aussi celle du Mala, le rosaire indien. Les indiens s'asseyent volontiers accroupi... et bien plus aisément que la plupart des occidentaux. Dans la posture finale de Malasana, les bras forment une couronne autour du corps, et donc une boucle d'énergie. Idéalement, le front touche le sol... c'est une attitude à la fois d'ancrage (pieds, bassin), de prière (Mala) et de lâcher-prise : on s'en remet à la Terre ou au Plus-Haut.
dimanche 31 mai 2026
Et c’est le temps qui passe !
Lorsqu’on prend de l’âge, on se demande parfois comment arrêter le temps, freiner l’accélération des heures que l’on constate. À peine s’est-on retourné que 20 ans sont passés. Déjà ! « Enfant à l’aube et ce soir, un vieillard ! Qu’est-elle d’autre qu’un seul jour, la vie ? », dit Pétrarque dans son poème les Triomphes.
La réalité est que le temps n’existe pas, il appartient au monde de la matière, à nos conditions terrestres, celles que l’on quittera le moment venu.
Le leurre temporel
Toutes les religions parlent du leurre temporel. Un leurre avec lequel on doit pourtant apprendre à composer dans notre incarnation. Comment faire pour prendre distance, ne pas redouter le sablier qui s’écoule mais s’appuyer sur ce qu’il représente ici pour évoluer et s’en détacher ? Ce n’est pas rêver de comprendre qu’un jour, je dirai adieu à Chronos. Mais auparavant, j’aimerais faire en sorte qu’il ne puisse pas me dévorer !
Dans les représentations du temps, Monsieur Chronos est un vieil homme échevelé, à la barbe hirsute, aux ailes noires. Le peintre Francisco de Goya en montre une image effrayante, celle d’un homme aux yeux exorbités en train de déchiqueter de ses dents le corps de son enfant. Ivre de son omnipotence, il redoute que l’un de ses héritiers prenne sa place, aussi préfère-t-il s’en débarrasser. L’image a beau être terrifiante, je pense qu’elle saisit de cette façon extrême pour méditer avant qu’il ne soit trop tard sur cette existence qui passe d’abord lentement et puis trop vite.
Les ailes de Chronos
Le Temps a des ailes noires. Ce signe est double, l’aile désigne le ciel, c’est un attribut du spirituel ; la valeur noire signifie ce qui est caché, ce qui demande à être dévoilé, mis en lumière. Tel le corbeau noir dans l’histoire de Noé, qui montre que le temps de sortir de l’arche n’est pas venu, qu’il faut attendre les ailes blanches de la colombe pour découvrir une terre nouvelle où il fera bon vivre. Les ailes de Chronos m’incitent à la réflexion. Et si le temps n’était pas un simple dévoreur de nos jours mais un allié ? S’il conduit à la mort physique, il permet à l’être une prise de conscience de la fugacité de son existence pour conduire sa vie dans un sens bénéfique.
Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, incite à prendre en compte la valeur philosophique du temps qui permet d’instaurer de l’ordre dans le chaos intérieur de l’être : « La part considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l’on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d’une journée, qui comprenne qu’il meurt un peu chaque jour ? » Cette question du philosophe stoïcien vous semble peut-être âpre. En réalité, elle nous éclaire sur ce monde d’apparences que l’on doit apprendre chaque jour à quitter pour comprendre que le réel de la vie est libéré du temps et ne meurt pas.
Louange des jours passés
La grande faux de Chronos donne le choix à l’homme : subir son tranchant ou s’en servir pour la vie. Si j’ai pris le temps de parler ainsi, c’est pour partager avec vous chers lecteurs ce que je crois profondément. Lorsque notre esprit est paisible comme l’eau d’un lac, on peut s’extraire du temps, sentir la vie cachée sous la surface des choses.
On peut arrêter le temps en étant avec son amour, son ami, on peut arrêter le temps en créant, on peut arrêter le temps en goûtant au souffle des mots du beau livre d’Emmanuel Godo, Une si fragile présence (Albin Michel). On peut… Tout ceci est une louange des jours passés et à venir, une prière. La vie est prière.
Paule Amblard
Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne, elle a publié Un pèlerinage intérieur (Albin Michel), les Enfants de Notre-Dame et la Chambre de l’âme (Salvator), Notre-Dame de Paris, les symboles des pierres (Salvator). Dernière parution : Aube de Jérusalem (Salvator).
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Source : La Vie
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samedi 30 mai 2026
Graine après destruction...
Q : Avant de venir ici, je m'attendais à être pleine d'amour. En fait, je me sens faible et fatiguée.
vendredi 29 mai 2026
Pour mieux connaître Swami Prajnanpad
Je vous conseille cette vidéo avec Yann le Boucher qui prend le temps de présenter la vie de ce grand maître qu'était Swami Prajananpad.
jeudi 28 mai 2026
Abandon
mercredi 27 mai 2026
Réalité sans jugement
« Tout est juste beau et terrifiant sur cette terre – et la naissance et la mort – le velouté et le râpeux – le miel et le fiel – la foi et la détresse. J'ai porté la couronne de l'amour et j'ai mordu la poussière. Il ne m'a pas été permis de faire un choix. J'ai dû tout prendre. Et tout était bien ici. Comment la clarté des étoiles nous serait-elle visible, si la nuit ne leur prêtait pas pour s'en détacher, son fond de ténèbres ?
Entre la réalité et nous, Dieu a dressé des murs. ( J'en soupçonne pourquoi : nous faisons si peu cas de ce qui s'offre à nous, seuls l'obstacle et la quête ardue nous éveillent.)
Un cataclysme - l'amour, la mort, le désespoir - y ouvre soudain une fissure et voilà que se révèle à nous le paysage du dehors, l'univers qui nous entourait à notre insu. Ce que nous prenions jusqu'alors pour la réalité s'avère n'avoir été qu'une de ces cages de bois où les paysans ici prennent les loirs. Et les jugements que nous portions basculent dans l'ordre du dérisoire.
Le premier effet de la Révélation - l’œil collé à la fissure est l'abdication de tout jugement.
TOUT DÉPASSE NOTRE RAISON. TOUT. »
Christiane Singer 1943-2007 - Une passion entre ciel et terre
peinture: Véronique Paquereau
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mardi 26 mai 2026
C'est pour rien
lundi 25 mai 2026
Mendiants d’éternité
Le monde actuel rêve d’une ablation définitive de l’âme humaine. L’âme ! Vieux mot mal aimé par cette époque gorgée de simplismes. L’âme ? Ce désir obscur que certains êtres ont d’aller se jeter dans la lumière pour y prendre feu. Cette gratitude indéracinable qui nous reste même quand le désastre a fait son lugubre office. Ce lieu en nous mal localisé où passe la ligne de l’espérance. Ce grand silence habité où vont se fixer les moments d’éternité que nous vivons.
Si le démon existe, c’est la voix de vinaigre qui vient nous dire que ce mot d’âme est sans preuve, qui vient insinuer que nous avons laissé passer les instants comme un sable. Mais les instants, chère insensée, nous les avons vécus comme nous devions les vivre : en les regardant s’envoler comme des oiseaux de bon augure. Et ce que tu appelles un sable en te lamentant que tout passe, tu ne vois pas que c’est le souffle qui nous emmène là où nous devons aller.
Ne le sens-tu pas, que nous sommes faits pour l’éternité ? Que c’est justement pour cela que nous n’aimons pas les instants qui passent comme des voleurs : nous n’aimons pas la mort dont ils marquent l’heure, nous ne sommes pas faits pour elle. Nous ne l’aimons pas parce qu’elle nous ment sur qui nous sommes, elle nous fait oublier de quel amour immense nous portons le signe. De nous, la mort ne dit que la moitié de ce que nous sommes, la part soluble dans le vent. Elle nous tend un miroir déformé : elle tient le registre du délabrement en cours.
Conviés à un rendez-vous d’amour
Les moments d’éternité, on pourrait tout aussi bien les nommer des moments de révélation. L’instant a joué son rôle en forme de pointe de diamant, il s’est effacé, comme un serviteur loyal, devant plus grand que lui : il a indiqué que le Maître invisible était là, tout près, à portée de main. Le cœur déjà bat plus vite, il n’y a pas à douter, c’est à un rendez-vous d’amour que nous sommes conviés.
Ce n’est pas la mort qui se fait connaître ainsi : elle n’aime pas, ne s’émerveille pas, ne s’étonne plus de rien depuis bien longtemps – elle sait. L’amour, lui, se reconnaît toujours à son impréparation, à son émerveillement inusable. C’est pour cela que les plus belles liturgies sont imprévisibles, que les prières les plus propres à renverser le trône des orgueilleux sont celles que bricole, dans un coin de rue, le passant qui se redécouvre mendiant d’éternité.
Tout ce que nous croyons posséder nous retarde, et souvent, c’est nous-même. Cette obsession d’avoir une identité, des lettres de recommandation, si seulement nous pouvions lui substituer un désir d’être ! Ce que nous appelons moi, ce devrait être ce mouvement, infini, vers l’éternité en soi. Notre vie, qu’est-elle d’autre qu’une longue naissance dont la mort n’est pas le terme ?
Le geste d’écrire est un reflet saisissant de cette spiritualisation à laquelle nous sommes voués : c’est faire passer la chair de la vie dans l’ordre des mots. C’est en vivre déjà la destination mystérieuse. Nous ne sommes que partiellement faits pour le monde. La vision grotesque des mondains, des êtres rivés à leur image dans le faux jour du spectacle en est comme la preuve a contrario : incapables de consentir à la décence de l’invisibilité.
Les grands poèmes, eux, sont comme des secrets qui nous sont confiés pour que nous y réchauffions nos vies menacées de découragement et de froid. Le poète Roberto Mussapi écrit dans la Plume du Simorgh : « La lumière ne baisse jamais, elle s’éteint. / Comme l’oiseau que nous connaissons, pour renaître. / C’est une illusion de croire qu’une chose passe du moment / où elle était dans sa plénitude à la sénescence. / Il n’y a pas d’intermittence dans le feu, il y a extinction / pour que les braises se rallument, tu te rallumes » (traduction de Jean-Yves Masson, La Coopérative, 2026).
Emmanuel Godo
Poète, il a publié récemment Avec les grands livres. Actualité des classiques (Éditions de l’Observatoire, 2025). Dernière parution : Une si fragile présence (Albin Michel, 2026).
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dimanche 24 mai 2026
La vraie puissance
samedi 23 mai 2026
On ne reçoit pas la sagesse
« Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit …qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il souhaiterait être aboli. Mais il ne doit pas absolument le regretter, parce qu’il ne peut être assuré d’être devenu un sage, dans la mesure ou cela est possible, que s’il a passé par toutes les incarnations ridicules ou odieuses qui doivent précéder cette dernière incarnation là… On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même après un trajet que personne ne peut faire pour nous, ne peut nous épargner, car elle est point de vue sur les choses. Les vies que vous admirez, les attitudes que vous trouvez nobles n’ont pas été disposées par le père de famille ou par le précepteur, elles ont été précédées de débuts bien différents, ayant été influencées par ce qui régnait autour d’elles de mal ou de banalité. Elles représentent un combat et une victoire. »
Proust, A l’ombre des jeunes filles en fleurs, II (texte proposé par Gilles Farcet)
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vendredi 22 mai 2026
Plénitude du manque
Vous attendez que l'amour vous comble. Mais l'amour ne comble rien, ni le trou que vous avez dans la tête, ni cet abîme que vous avez au cœur. L'amour est manque bien plus que plénitude. L'amour est plénitude du manque. C'est, je vous l'accorde, une chose incompréhensible. Mais ce qui est impossible à comprendre est tellement simple à vivre.
~ Christian Bobin - Le Très-Bas
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