dimanche 1 mars 2026

Éloge repenti du printemps

 Pendant longtemps, j’ai boudé le printemps. Je n’y voyais qu’une météo instable qui souffle le chaud et le froid, un ciel gonflé de giboulées soudaines, des floraisons anachroniques sur les branches encore dénudées. Puis, un jour, rendue à mon temps libre et à mes activités méditatives, je me suis assise face à mon jardin, j’ai mieux regardé et découvert toute la subtilité de cette saison de transition.

J’y ai contemplé comme un tableau vivant, habilement orchestré de l’intérieur. J’ai aperçu au ras du sol les corolles des primevères, comme une première et timide tentative de la nature d’attirer l’œil sur les tendres pastels qui tapissaient le jardin d’hiver. J’ai vu l’herbe se redresser et se parer de jour en jour d’un vert plus dru, j’ai observé chaque matin un pivert à la tête de feu y chercher sa pitance. La terre émergeait sous mes yeux d’un long sommeil, mais en coulisse jouait déjà l’orchestre. J’ai vu les bourgeons gonfler discrètement les branches des fruitiers, les forsythias arborer le jaune d’or annonciateur des floraisons à venir, les taillis de lilas se perler de vert tendre. L’habile mésange voletait, très affairée, autour du nid. Comme un ultime prologue avant l’ouverture du rideau.

L’abandon du cocon protecteur de l’hiver

J’ai compris pourquoi l’alternance de luminosité et de nuages sombres, de soleil intense et d’averses subites participait de cette mise en place, réveillant la nature par paliers et signifiant, par cette instabilité, toute l’ardeur et la force contenue du processus de création. J’ai senti le réveil de mon corps qui appelait à se délester du trop-plein de l’hiver en garnissant l’assiette de verdure, j’ai entendu le discret signal de mon horloge interne m’appelant à sortir chaque jour plus tôt du sommeil pour m’exposer à la lumière. J’ai éprouvé la fatigue des fins de règne : l’abandon du cocon protecteur de l’hiver qui ne se ferait pas sans efforts ni renoncements.

J’ai perçu enfin la magie transformatrice de cette longue saison intermédiaire, passage entre deux extrêmes, entre rigueur et splendeur, dénuement et abondance. Apanage des climats tempérés, elle fait le bonheur des peintres et des poètes. De ceux qui ouvrent l’œil et l’oreille pour percevoir le langage muet du vivant et de l’univers en mouvement. La philosophe Chantal Thomas évoque ce temps circulaire des saisons, qui n’est pas du côté de l’usure mais du retour : « Comme si c’était, à chaque fois, un événement auquel on assiste pour la première fois. »

Et j’ai saisi ce que la vie cherchait à me dire dans cette mise au monde du printemps. Comment sous l’apparente léthargie de la terre montait l’invisible énergie du monde, cette promesse qui nous fait avancer sans relâche. Elle me parlait de la graine enfouie, laissée inerte, qui n’avait pas renoncé et attendait patiemment son heure. Elle me racontait l’émergence dans nos vies de la renaissance et du neuf qui ne peut surgir qu’au prix d’une transformation, lente souvent, douloureuse parfois, prometteuse toujours.

Elisabeth Marshall

Source : La Vie

samedi 28 février 2026

Sur le chemin avec le Ckeikh Bentounes...

  La série "Sur les Routes Spirituelles" part à la rencontre de traditions spirituelles authentiques toujours vivantes.  Les trois épisodes du chapitre 4 sont consacrés au soufisme tel que transmis pas le Cheikh Bentounes, guide spirituel de la confrérie soufie Alawiyya.

Pour voir la vidéo, c'est ici


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vendredi 27 février 2026

Qualité du Tout


 Ne vous attardez pas sur les défauts des autres, mais efforcez-vous de découvrir leurs qualités, en vous rappelant que c'est votre façon de voir les choses, en particulier le fait de critiquer les gens, qui vous cause de la souffrance.

Toutes ces difficultés sont dues à votre propre karma. Dans la création divine, les conséquences de nos actions doivent être vécues dans le plaisir et la souffrance jusqu'au moindre détail. 

Tout est Sa volonté. 

Vous devrez trouver la Vérité !

Gardez toujours à l'esprit que vous devez épuiser tout karma, et qu'Il vous purifie ainsi pour vous rendre digne de vous unir à Lui.

~ Anandamayi Ma

Kedernath Swami, An introduction to Anandamayi Ma's Philosophy of Absolute Cognition, page 81, Quotes from from Ma.

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mercredi 25 février 2026

Le temps fléché

 

Au départ, il faut être poursuivi par la peur de la naissance et de la mort comme un cerf qui s'échappe d'un piège. À mi-chemin, il ne faut rien avoir à regretter, même si l'on meurt à l'instant, comme le paysan qui a travaillé la terre avec soin. À la fin, il faut être heureux comme celui qui a terminé une immense tâche [...]. Ce qu'il faut surtout savoir, c'est qu'il n'y a pas de temps à perdre, comme si une flèche avait atteint un point vital de notre corps.
Gampopa, Sonam Rinchen (1079-1153), cité oralement par Dilgo Khyentsé Rinpotché
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mardi 24 février 2026

Recherche d'équilibre

 Arrêtons de pédaler pour mieux pouvoir sentir nos tensions qui nous déséquilibrent.

Stop. On s'arrête de bouger et on observe les parties du corps qui sont sous tensions. Jambes, bras, torse, visage... On envoie de l'air frais dans ces endroits et on inspire.

C'est bon, vous pouvez pédaler de nouveau mais avec un nouvel équilibre...


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lundi 23 février 2026

Sentir l'énergie du corps

 

  • Sentez l’énergie de votre corps intérieur. Le bruit du mental ralentit alors ou cesse immédiatement. Sentez-la dans vos mains, vos pieds, votre abdomen, votre poitrine. Sentez la vie que vous êtes, la vie qui anime ce corps.
  • Ce corps devient alors une ouverture, en quelque sorte : il donne accès à un sentiment plus profond de vitalité, sous les émotions fluctuantes et l’activité mentale.
  • Il y a en vous une vitalité que vous pouvez sentir de tout votre Être et non uniquement dans la tête. Chaque cellule vit dans cette présence qui vous dispense de penser. Cet état n’exclut pas la pensée si elle est nécessaire à des fins pratiques. Le mental fonctionne encore, et'd’une façon magnifique, quand l’intelligence supérieure que vous êtes l’utilise et s’exprime par lui.
( Quiétude P : 15-16 )

Eckhart Tolle

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dimanche 22 février 2026

Au bord...


Si le vent retient en lui la sensation du corps
si l'on meurt de ne jamais faire un avec le visible
s'il y a quelqu'un au bord des jours fragiles
qui trace quelque limite au chaos, à l'usure du monde
à l'ombre qui nous survit
je ne sais pas encore
voyager dans l'étrangeté
d'un paysage, d'une rue, d'un continent
ou celle d'un visage dessiné par l'amour
et sa disparition.
Hélène Dorion
Un visage appuyé contre le monde
Poésie/Gallimard

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samedi 21 février 2026

Une invitation au silence intérieur

 

Parfum d’Absolu, de Marion Renault

Les textes de Marion, inspirés directement de la Source, parlent au Cœur, invitent à la dépose du mental, au dépouillement de « moi » et au silence intérieur, au déploiement de notre vraie nature.

Ils reflètent par exemple tout autant le message du Christ que celui du Bouddha, et s’inscrivent dans la lignée des grands Sages tels Maître Eckhart, Ramana Maharshi, Sri Nisargadatta Maharaj, ou Ma Ananda Moyi avec qui Marion a une connexion particulière.

Écris au fil des ans, ils abordent des thèmes variés et sont triés en fonction de ces thèmes : le monde, le « moi » et sa non réalité, la puissance des croyances, la recherche, la fin de la souffrance, l’Amour, la Réalisation, la Source, etc.

Un livre qui nourrit intérieurement et nous permet de nous recentrer sans effort.



Un livre que l'on peut ouvrir au pif et qui à chaque passage lu nous fait du bien par son parfum qui nous recentre. 
Aux Editions l'Originel (21 euros)

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vendredi 20 février 2026

Hommage de Betty pour Jean

 Je vous partage un échange doux et joyeux que j’ai eu il y a quelque temps avec 𝗝𝗲𝗮𝗻 𝗕𝗼𝘂𝗰𝗵𝗮𝗿𝘁 𝗱'𝗢𝗿𝘃𝗮𝗹 et d’où sont nés ces deux petits textes : l’un de Jean et l’autre de moi. Bon envol, « enfant heureux »! 🕊️

𝗔𝘃𝗿𝗶𝗹 𝟭𝟵𝟲𝟭…


𝗝𝗲𝗮𝗻 (𝟭𝟯 𝗮𝗻𝘀) :

« Tôt le matin de Pâques, je lis, assis dans mon lit. Soudain une étrange sensation m’envahit. Je pose mon livre et ferme les yeux. Je suis devant la mer, une mer sans bornes et sans aucune vague. Une douce lumière monte à l’horizon. Cette lumière se fait de plus en plus intense et devient bientôt éblouissante. Puis, au-dessus de la mer étale, droit devant moi, monte non pas le soleil familier, mais une colombe blanche. Ses ailes, d’une envergure inouïe, sont pleinement déployées mais ne battent bas. Je suis stupéfait. La colombe monte silencieusement au-dessus de la mer, sa tête est tournée vers l’horizon. Alors qu’elle est à environ trente degrés au-dessus de l’horizon, elle se tourne alors et me regarde directement, intensément. Je suis saisi, bouleversé, car je comprends que cette colombe, c’est moi : je regarde, je suis regardé et je suis ce regard. 

Plus de soixante ans plus tard, je n’ai jamais oublié cette colombe et son regard qui avait transpercé mon âme d’enfant. »

𝗣𝗿𝗶𝗻𝘁𝗲𝗺𝗽𝘀 𝟭𝟵𝟲𝟭…


𝗕𝗲𝘁𝘁𝘆 (𝟱 𝗮𝗻𝘀) :

« Je regarde l’eau de la rivière qui brille sous le soleil de mon cœur d’enfant. Je dépose mes petits pieds nus dans l’eau glacée de cet abri vivant où souvent je me réfugie. Mes petits pieds aiment l’eau très froide, car elle me relie vivement à mon corps, ce corps que je quitte très souvent. J’observe les minuscules brindilles de sapin qui s’entremêlent, tournoient et dessinent des arcs-en-ciel pour la joie de mes yeux d’enfant. Je dépose les paumes de mes mains sur l’eau et perçois alors un battement d’ailes qui croît rapidement en ma direction. Je sursaute, je suis saisie. Apparaît une colombe semblable à celle des images saintes de mon petit missel. Elle ne vient pas du ciel bleu, elle naît devant moi et me regarde. Son plumage blanc immaculé évoque l’amour pur qui monte en moi. Je ressens la chaleur de son corps éblouissant. Je suis stupéfaite, incapable de bouger. La colombe devient plus grande que moi, elle apparaît gigantesque. Je suis absorbé en elle et instantanément j’ouvre les ailes pour m’envoler dans l’immensité du ciel. La petite fille se couche dans les bras de la rivière du destin, mais la colombe veille sur elle à tout jamais. »


"...je suis Louis-Philippe Marineau, le neveu de Jean Bouchart d'Orval. C'est avec beaucoup de peine que je vous annonce le décès de Jean, survenu aujourd'hui le 17 février 2026. Jean a eu une vie exceptionnelle. Il est parti en paix, serein."

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jeudi 19 février 2026

Le vide du Tao

 Les Enseignements de la Nature : Apprendre du Tao à travers le Vivant

Regardez bien cette image :

C’est une simple tasse. Vide. Vous vous dites sûrement qu’une telle image est plutôt triste, voire ennuyeuse.

Et pourtant, celle-ci recèle un enseignement fort, en lien direct avec la pensée taoïste : le concept du vide.

Or, ce n’est ni la forme ni la matière dans laquelle est constituée cette tasse qui la rende utile au quotidien. C’est son vide qui lui permet de remplir sa fonction. Le vide lui donne tout son sens.

Ce qui est intéressant, c’est que, dans le taoïsme, le concept du vide est essentiel. Le vide n’y représente pas une absence, comme on pourrait le suggérer, ni un manque. Il représente un potentiel infini.

Une capacité extraordinaire à accueillir et à transformer. Le taoïsme nous invite donc à repenser notre manière de considérer le vide, afin d’intégrer cette idée dans nos vies en toute sérénité. La tasse vide recèle alors de nombreuses possibilités : elle peut y accueillir du café, de l’eau, mais aussi être utilisée pour nettoyer les pinceaux d’aquarelle ou pour mesurer une quantité de farine.

Le vide présent dans notre vie est alors tout autant porteur de potentiel que cette simple tasse. Il nous suffit de lui laisser suffisamment d’espace pour exister. Explorons ensemble ce sujet aussi intrigant que passionnant.

Le vide selon le Tao : fondement et puissance

Le concept du vide est essentiel dans l’enseignement du Tao. Nommé wu (无), le vide n’y est pas vu comme un manque ou une absence. Il s’agit davantage d’un espace de préexistence, d’où tout peut émerger. Un commencement. Une promesse.

Sa compréhension est intimement liée à celle du wu-wei (non-agir). À première vue, les non-initiés penseront que le wu-wei est une invitation à la paresse, au renoncement complet de l’action. Or, ce principe taoïste est bien plus nuancé. Il s’agit en réalité d’une capacité à agir spontanément, sans préméditation, sans autre but que de permettre une action immédiate et nécessaire. Tout le reste est considéré comme superflu. Les fondamentaux du wu-wei s’expriment comme une non-résistance aux forces de la nature. Une acceptation profonde et salutaire.

Zhuangzi, un éminent penseur chinois, le décrit de cette manière au sein de l’ouvrage « Le Taoïsme » par Bernard Baudouin : « Le Wu-wei ne signifie pas ne rien faire et se taire, mais permettre à chaque chose d’être ce qu’elle était à l’origine, de telle sorte que sa nature se réalise ».

Il s’agit alors d’une manière d’accepter pleinement le cours des choses, sans y opposer une quelconque volonté contraire. Alors, quel est le lien entre le vide et le wu-wei ?

Le vide favorise l’émergence du non-agir, dans ce que l’on peut nommer « la culture du vide ». Le vide est alors vu comme le symbole d’une quiétude retrouvée, qui se caractérise comme une absence complète d’idées préconçues, de jugements ou de désirs. Pratiquer le non-agir, c’est ainsi faire de la place au vide. Faire une place pour cette force attractive exceptionnelle, attirant à elle toutes les possibilités. Or, si nous avons des jugements, des envies de transformation, une résistance au changement… Nous ne laissons pas le vide exister.

C’est en pratiquant le non-agir que nous pouvons ouvrir la porte à toutes les potentialités offertes par le vide. Le wu-wei nous permet alors de faire le tri entre ce qui est absolument nécessaire et le superflu, pour que nous puissions accueillir en nous un vide salutaire. Le vide n’est alors pas une négation, une absence, comme nous avons pu l’envisager. Le vide est un réceptacle, un vide dit « d’accueil », qui nous pousse à davantage de réceptivité. Il nous permet d’exister pleinement, dans le flux naturel du Tao. Il permet au Tao d’exister en nous, de nous arrêter pour comprendre sa présence et sa sérénité.

Comprenez-vous alors pourquoi le vide est dynamique et non pas morne et triste, comme nous aurions pu le supposer ? Le vide est créateur d’harmonie. 

Le vide comme espace de transformation. 

Si le concept du vide dans le Tao peut vous sembler complexe à comprendre, rassurez-vous : il est possible de mieux appréhender cette théorie grâce à des exemples pratiques.

Dans la nature, le vide est une condition nécessaire pour permettre l’existence du changement et du renouveau. À nouveau, le vide est l’espace d’où toute manifestation peut émerger. De la même manière que les arbres se dépouillent en octobre pour mieux renaître et fleurir en mai. Tout comme les marées se retirent pour mieux remplir ensuite l’espace des plages. Comme les sillons creusés dans la terre deviennent des flaques d’eau après la pluie, permettant d’abreuver les animaux sauvages et de passage. Le silence de l’hiver, dénudé de ses animaux et de ses oiseaux, est suivi par une éclosion de cris, de chants et de pépiements au retour du printemps. Le vide est ainsi une condition nécessaire pour la renaissance et le renouveau, et cela peut également se vérifier dans votre vie personnelle.

N’avez-vous jamais expérimenté des moments de doute ou de pause, vous offrant la possibilité de nouvelles perceptives ? Si vous avez déjà retenu votre parole dans une conversation, vous savez de quoi il s’agit. Vous vous êtes sûrement déjà rendu compte que votre silence, au milieu d’une conversation, va pousser votre interlocuteur à davantage parler. À s’ouvrir à vous. Pourquoi ? Parce que vous lui offrez de l’espace. Votre silence lui offre un espace où ses confidences peuvent émerger naturellement, dans le flux spontané du moment. N’est-ce pas magnifique ?

J’aime beaucoup cette citation du Dao De Jing, qui explique parfaitement l’importance créatrice du silence : « Trente rais composent une roue ; mais c’est de leur vide que dépend l’usage du char. On façonne l'argile pour faire des vases ; mais ce n'est pas seulement leur forme qui importe, c'est le vide qu'ils contiennent qui leur donne leur pleine utilité... On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison ; c'est encore du vide que dépend l'usage de la maison. C'est pourquoi l'être produit des objets, mais c'est le non-être qui rend leur usage possible. »

Le vide est ainsi un élément efficace, dynamique et existant. C’est un réceptacle de potentialités, qui ne demande qu’à être utilisé.

La création d’espace dans la pratique taoïste.

Je suis certain que vous avez déjà observé l’utilité du vide dans votre vie.

N’avez-vous jamais baissé le son de la radio lorsque vous cherchez votre route en voiture ? Ne vous sentez-vous pas plus apaisé lorsque vous avez terminé de désencombrer une pièce ? Je vous invite alors, à présent, à identifier un domaine encombré de votre vie.

Dans votre esprit, votre emploi du temps, ou dans votre lieu de vie. Créez-y de l’espace pour que le vide puisse s’y inviter. Décrochez les cartes postales du frigo, afin de faire de la place pour de nouveaux souvenirs à accrocher. Désencombrez et rangez votre bureau. De nouvelles idées créatives peuvent ainsi émerger. Annulez cette activité que vous vous forcez à réaliser, mais qui ne vous procure aucun bienfait - et qui surcharge inutilement votre emploi du temps. Méditez, afin d’inviter le vide dans votre esprit.

Il existe des centaines de manières de faire de la place au vide et à l’harmonie dans notre existence. Invitons-les, tels des convives précieux, dans notre quotidien. 

Le vide, une invitation au renouveau

Le vide permet au changement naturel de s’exprimer librement. C’est à partir de lui seul que la nouveauté peut émerger. C’est comme lorsque nous répétons sans cesse la même erreur en espérant un résultat différent. Nous ne pouvons évoluer et nous transformer que lorsque nous laissons de la place à la nouveauté. Sortir de nos anciens schémas de pensée, sans en adopter de nouveaux.

Simplement nous détacher de nos croyances préconçues, et observer ce qui vient remplir le vide que nous avons créé. Plusieurs métaphores taoïstes permettent d’illustrer ce propos.

Une graine a ainsi besoin d’un petit espace creusé dans le sol pour réussir à germer et grandir. C’est le vide entre les feuilles d’un arbre qui permet à la lumière de passer, pour inonder de ses rayons les sous-bois. Un silence partagé avec un ami vaut souvent bien davantage que de longues phrases.

Il est alors si particulier de découvrir toute la puissance du vide.Savoir reconnaître l’utilité de sa présence est un chemin sinueux, nous menant vers une plus grande harmonie au quotidien. 

Accueillir le vide comme une voie vers le Tao

Le vide, ainsi, n’est ni une absence ni un manque. Il s’agit d’une exceptionnelle opportunité. Il ne tient qu’à nous de lui offrir une place de choix dans notre vie. Que diriez-vous d’observer l’espace que vous pouvez libérer, afin d’accueillir ce qui cherche naturellement à émerger ? Je vous invite à réfléchir à la place que vous pourriez laisser au vide, pour faire émerger quelque chose de nouveau.

En harmonie avec le Tao.

Charles Zhang

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mercredi 18 février 2026

Shabbat

 Shabbat

oui, je sais
il y a la douleur de la carcasse
le cri du corps
cloué
je n’ai pas oublié
mais aujourd’hui
le feu crépite
la maison en beauté
ronronne comme un félin repu
la campagne tressaille
au timide soleil
j’ai résolu
de ne rien faire
sinon écouter
jouer de la musique
prier
marcher
écrire lire
en douce compagnie
alors sans restriction
je me réjouis
mes cellules
se gorgent de contentement
je sais
il y a la souffrance des esprits
tourmentés
de grands et petits soucis
agités
de démons inventifs
les uns et les autres
leurs meurtrissures
leurs plaies ouvertes
leurs illusions
chevillées au corps de douleur
je n’oublie pas
je suis là
mais aujourd’hui
Je fais shabbat
celui fait pour l’homme
je me guéris moi même
de mes infirmités
me soigne
de mes lassitudes
je sais
il y a
tout ça
la pantomime
ce qu'ils appellent l’Histoire
qui ne fait que se répéter
sous des chorégraphies variés
ce qu'ils nomment
l’actualité
pourtant dépassée à peine énoncée
par laquelle
sous l’alibi de l’information
il se laissent ronger
jusqu’à en être vérolés
aveuglés et assourdis
de pensées
d’opinions
d’émotions
chacun se croyant fondé
à y aller de son commentaire
je n’ignore pas
les dictateurs en devenir
leurs songes de puissance
auxquels
sans ciller
ils sacrifient les foules
j’y prête
juste ce qu’il faut d’oreille
je m’en garde
sans m’en protéger
mais aujourd’hui
j’existe
dans mon sanctuaire
saturé de bénédictions
entre tous privilégié
terrassé de gratitude
je sais
nous sommes suspendus
dans le vide
à la merci
de forces et de courants
hors de notre portée
entre les mains du Plus Grand
dont nous ne savons le dessein
je n’enterre pas ma face
ce qui viendra
il sera toujours temps de le vivre
mais aujourd’hui
le serviteur
loyal et de bonne volonté
se repait du repos
accordé par son maître

Gilles Farcet
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mardi 17 février 2026

Flux continu


 La pensée de la semaine par Matthieu Ricard :

Le corps, aussi impermanent que la brume printanière ;
L'esprit, aussi immatériel que le ciel vide ;
Les pensées, aussi évanescentes que la brise qui passe :
À ces trois choses songe continûment.
GODRAKPA (1170-1249)
📷 : Le Tsangpo (Brahmapoutre), vu de la colline de Hépori, près de Samyé au Tibet central. Fondé au VIIIe siècle par Padmasambhava et Shantarakshita sous le patronage du roi Trisong Détsèn, le monastère de Samyé fut le premier grand monastère bouddhiste construit au Pays des Neiges.

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