jeudi 21 mai 2026

Réactions ou actions ?


Ne pas avoir d’émotions, c’est ne pas réagir. Car la réaction n a rien a voir avec l’action. La réaction est l’expression du jeu des forces mécaniques. Le mouvement de la vie ou la manifestation est simplement une rupture d’équilibre et une tentative de retour à l’équilibre. Une force agit. Elle rencontre une autre force qui réagit, cette réaction rencontre une autre force encore qui réagit à la réaction. La libération du sage est une libération du jeu de la réaction. La cause essentielle de notre aveuglement est que nous prenons toujours nos réactions pour des actions. Pour être libéré de l’enchaînement des réactions, il faut reconnaître chaque réaction comme une réaction, et être un avec cette réaction comme le sportif l’est avec le torrent. Alors la réaction suivante ne se produit pas, la non réaction ou neutralité s’établit peu à peu et l’action devient possible. Un exemple concret sera plus clair. Je lève le bras à l’horizontale. Il y a rupture de la position de repos ou d’équilibre (le relâchement total). La réaction est la retombée du bras. Si cette retombée se fait mécaniquement, le bras vient frapper la cuisse et ce choc détermine une nouvelle réaction. La jambe bouge, la main est de nouveau déplacée, etc. Au contraire si le retour du bras à la normale a été un geste conscient, accompagné par la conscience, la main prend sa place doucement contre le corps et aucune autre réaction ne se produit. Le retour à l’équilibre est effectué. Il en est de même dans toutes les circonstances de l’existence.

Ces termes de neutralité, absence de réaction, acceptation risquent d’ailleurs d’être fort mal compris et ils nécessitent des précisions importantes. Le sage n’a plus d’émotions, il ne juge pas, il ne condamne pas, il ne refuse pas, il accepte tout, il est un avec tout. Le disciple accepte tout ce qui est en lui pour pouvoir accepter un jour tout ce qui est hors de lui. Mais « j’accepte » ne veut pas dire: « J’accepte que ce qui est à l’instant même sera encore demain, sera encore dans une minute. » Non. Simplement : « J’accepte que ce qui est à l’instant même, soit. » Dans une seconde ce sera toujours ou ce ne sera plus. En vérité, dans une seconde ce ne sera plus, car tout est toujours, fût ce imperceptiblement, en mouvement, en changement. Et cette acceptation n’empêche pas d’agir. La réconciliation avec les faits n’est pas la résignation passive. Au contraire. Vous pouvez, si vous préférez, remplacer le mot acceptation par le terme vision scientifique.

Voir ce qui est sans émotion, cela signifie : sans se couper de ce qui est en pensant que cela devrait être autrement, donc sans comparaison ou référence à un autre possible. Aucun voile mental ne s’interpose entre moi et le reste de la manifestation. Mais il faut justement que cette acceptation soit totale, c’est-à-dire embrasse tous les éléments d’une situation donnée. Et c’est une des grandes impossibilités de l’ego qui ne voit jamais que certains facteurs d’une situation et ne voit absolument pas les autres ou, même s’il les voit, les refuse. Si tous les éléments d’une situation donnée sont vus, sans émotion, sans jugement, sans se demander si c’est bien ou si c’est mal, mais si c’est ou si ça n’est pas, le fruit de cette vision totale est une action qui apparaît alors comme une réponse rigoureuse à la situation donnée, comme la seule réponse possible, celle qu’exige la justice de cette situation particulière.

Arnaud Desjardins - Les chemins de la sagesse

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mercredi 20 mai 2026

Interdépendance

[...] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

XIVe Dalaï-lama, enseignements donnés à Amaravati, Inde, 2005.

📸 : Elèves de l’école de Shèchèn au Tibet oriental. 2014

Partagé par Matthieu Ricard

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mardi 19 mai 2026

Perception de ce qui est

 

Vous ne pouvez pas observer "ce qui est" si vous le critiquez sans cesse, si vous l'aimez ou le détestez.

Le conflit est le déni de "ce qui est", ou la fuite de "ce qui est". Il n'y a pas d'autres conflits à part celui-là. 

Notre conflit devient de plus en plus complexe et insoluble parce que nous ne faisons pas face à "ce qui est". 

Il n'y a aucune complexité dans "ce qui est", mais uniquement dans les nombreuses évasions que nous recherchons.

☯️

La vérité est la perception de "ce qui est" sans l'interprétation ni l'interférence de la pensée.

(Brockwood Park, 6 June 1975, Scientists Seminar)

~ Jiddu Krishnamurti

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lundi 18 mai 2026

Voir autrement

 


" Nous voyons ce qu'on nous dit de voir, ce qu'il est permis de voir, ce que le langage et la société nous conditionnent à voir."

Douglas Harding

♥️🫵🏻♥️✨
Dessin : Topor. Éducation culturelle. 1981.


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"Tout cela signifie qu'il n'y a pas de précondition à cette vision intérieure essentielle. 

Notre véritable nature nous est toujours accessible.


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dimanche 17 mai 2026

Silence


rien ne vient
qui ne soit déjà là.
à l'approche du silence
tout nous parle de lui.
son chant concède avoir été
et n'être pas encore.
serait-ce possible d'en vivre ?
de ne rien rompre de sa présence ?
on ne peut pas savoir.
on vibre.
on s'abandonne.
on se déchire
jusqu'à le reconnaître.

Pierre Warrant - Calligraphie du silence (Ed. Abrapalabra)

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samedi 16 mai 2026

La pollution des opinions

(Texte extrait de Le Jardin du dedans)

L’écologie intérieure doit elle aussi se préoccuper des facteurs de pollution, les identifier et tenter d’en réduire les émissions.
Parmi les polluants divers qui agissent sur notre climat interne, il y a... nos opinions, ou plutôt la relation passionnelle que nous entretenons la plupart du temps avec elles.
Un adage zen dit « La voie consiste en ceci : cessez de chérir des opinions. » notons bien que le proverbe ne nous invite pas à ne plus avoir d’opinions mais à ne plus les chérir.
Ce que l’on « chérit », c’est ce à quoi on est attaché, identifié, tel Harpagon à sa « chère cassette ». attaché au point de faire passer l’objet de notre attachement avant la relation à l’autre. L’autre, l’avare s’en fiche. Ce qui prime, c’est sa cassette... avoir des opinions est normal et sans doute nécessaire. Si j’ai des opinions, il est naturel que, quand l’occasion m’en est donnée, je sois prêt à les exposer, voire à les défendre et pourquoi pas, à m’engager pour elles. Mais dans quelle mesure suis-je si identifié et attaché à mes opinions que cet attachement et cette identification m’interdisent non seulement la compassion mais même la compréhension ou ne serait-ce que l’écoute vis-à-vis de celui qui en affirme d’autres ?

Dans quelle mesure mon attachement et mon identification à mes opinions constituent-ils un rempart face à la différence, comme un rideau de fer gardé nuit et jour par des soldats prêts à tirer ? En ces temps (mais n’en fut-il pas toujours ainsi ?) où la politique enflamme les passions, il n’est pas rare de voir des amis, des membres d’une famille ou des collègues franchir la ligne qui sépare la discussion ouverte de l’affrontement stérile et destructeur.
Outre le fait que la plupart des discussions politiques sont en vérité l’expression en surface d’émotions infantiles refoulées, d’où l’intransigeance que nous y mettons, la question fondamentale n’est pas : « es-tu ou non d’accord avec moi ? » (Mes opinions sont à mes yeux nécessairement « les bonnes », l’une des devises de l’ego étant « Qui n’est pas avec moi est contre moi ».)
Non, la question essentielle est celle-ci :
dans quelle mesure la défense de mes opinions prévaut-elle sur mon humanité, ma capacité d’accueil ? si nous avons une sensibilité écologique, quoi que cela veuille dire, nous professons des opinions « généreuses », des valeurs de tolérance et de respect des différences. Or, prenons un exemple quelque peu extrême : dans quelle mesure puis-je rester intérieurement ouvert face un individu professant des opinions climato-sceptiques, ou une intolérance vis-à-vis de minorités ?

Rester intérieurement ouvert ne signifie pas tolérer ; cela n’interdit pas de prendre position – si possible en actes. Mais il m’arrive souvent de frémir en sentant la haine que vouent certains chantres de la « tolérance » à ceux qui, à leurs yeux, font preuve d’intolérance... Rester ouvert signifie ne pas réduire l’autre, cette personne humaine, à ses seules opinions, lesquelles ne sont souvent qu’une façade, une stratégie de défense parmi d’autres.

Ne pas juger, c’est comprendre, entendre. Or, ce qu’il y a à entendre derrière des opinions brandies en étendard, c’est presque toujours une peur, une souffrance.
C’est toujours au nom de « principes » considérés comme non négociables que l’on en vient à nier les personnes individuelles et leurs souffrances. Les passions sont toujours promptes à se déchaîner. il est donc toujours d’actualité de voir et d’écouter plus profond que nos chères opinions... sans pour autant y renoncer !

Gilles Farcet

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jeudi 14 mai 2026

Bêtise utile

 Le maître n'en a-t-il pas marre de lutter contre la stupidité humaine ?

Question de Fabian Roiz

La réponse de Prabhuji :

Non mon ami on ne se fatigue pas car en réalité on ne se bat pas directement contre.

Dès que vous commencez à lutter contre la stupidité humaine, vous en faites déjà partie. La folie aime la bataille parce qu'elle se nourrit d'opposition, s'engraisse d'arguments, se parfume d'idéologies et sort dans la rue fièrement en disant : « Regarde, j'ai raison ! ”

Et ne pensez pas que l'imbécilité est un manque d'intelligence, parce qu'elle a parfois un doctorat, une cravate, une chaire, un drapeau, un livre sacré sous son bras. Hannah Arendt a vu quelque chose de terrible là-dedans : le mal peut devenir banal quand la pensée s'endort. Un monstre n'est pas nécessaire ; un fonctionnaire obéissant suffit, un esprit qui répète des slogans, une conscience qui a renoncé à examiner ce qu'il fait. La stupidité la plus dangereuse ne crie pas toujours ; parfois elle signe des documents, donne des phrases, prêche des sermons et parle avec une grammaire impeccable.

Pour sa part, le sage ne se bat pas, mais allume seulement une lampe, rien de plus, et l'obscurité, au lieu de se sentir offensée, disparaît tout simplement. Il n'est pas nécessaire d'essayer de le frapper avec un bâton ou de le tirer avec un fusil de chasse. Imaginez un homme entrant dans une pièce sombre avec une épée en criant : « Obscurité, sortez d'ici ! ” Il me semble que, si c'était possible, l'obscurité éclaterait de rire. Une petite flamme suffit, une petite allumette, pour que l'obscurité qui semblait si vaste ne soit plus là. Parce que la bêtise humaine n'est pas une substance, mais une absence de conscience. Je ne vous conseille pas de la détester, car dès que vous le détester, vous en devenez contaminé ; si vous le méprisez, vous devenez arrogant et fier, et si vous voulez corriger les autres, vous devenez un réformateur professionnel, l'une des pathologies les plus respectables de l'asile humaine. Spinoza a appris que rien n'est compris alors qu'il est détesté. Haïr, c'est rester asservi de ce qui est rejeté. La vraie liberté commence quand une passion cesse de nous traîner et devient un objet de compréhension. Par conséquent, comprendre la stupidité ne signifie pas la justifier ; cela signifie l'empêcher de nous entrer sous une forme raffinée de ressentiment.

Regarde, le piège c'est de croire que la stupidité humaine n'est là que chez les autres, chez les autres. L'ego dira toujours : « Ce sont eux les stupides. ” Et en cet instant le plus grand idiot est né : celui qui croit être libre de la stupidité. Nous savons tous que dans notre société, les stupides sont la majorité. Cependant, aucun d'entre nous n'a jamais eu le plaisir de voir l'un d'entre eux se présenter comme tel, reconnaissant sa propre stupidité. Au contraire, bien que nous sachions que les cons sont majoritaires, nous nous considérons tous comme faisant partie de cette minorité lucide.

La vraie révolution commence quand on est capable de rire de sa propre bêtise. Parce qu'alors il y a de l'espoir, parce que celui qui peut se permettre d'accepter qu'il a été con n'est plus complètement con. Quiconque agit de cette façon a ouvert une petite fenêtre par laquelle l'air frais commence à entrer.

Fatigue ? Eh bien, la vérité est que, même si le corps et l'esprit peuvent être très fatigués, la conscience ne s'épuise pas car, au lieu de pousser la rivière, elle coule avec. La conscience ne s'efforce pas de transformer les pierres en roses, mais n'offre que soleil, terre, pluie, espace. Certaines graines se réveillent, tandis que d'autres continuent à dormir ; l'existence n'est pas pressée, les seuls pressés sont les politiciens, les névrosés et les promoteurs de croyances.

Le désir de sauver l'humanité peut être une forme égoïque extrêmement subtile. Les sauveurs du monde sont ceux qui lui ont fait le plus de mal ; l'humanité a déjà assez souffert de ses sauveurs.

Mieux vaut s'asseoir en silence, aimer quelqu'un sans le posséder, dire une vérité sans violence, rire sans raison, méditer sans attendre de récompense, et croyez-moi, ce parfum peut voyager bien plus loin que mille discours.

Ne jamais lutter contre la bêtise humaine mon ami. Soyez si conscient que votre présence même devient une question inconfortable ; soyez si vivant que les respectables morts se sentent perturbés. Vivez si librement que votre liberté fait que les cages commencent à se soupçonner.

Et quand vous vous retrouvez face à face avec une stupidité personnalisée, souriez et observez avec compassion, car peut-être derrière, peut-être que vous ne trouverez-vous qu'un enfant effrayé portant une armure lourde. Peut-être que vous ne trouverez que quelqu'un qui n'a jamais été aimé. Et peut-être que vous n'y trouverez qu'avec un autre masque.

Alors il n'y a pas de fatigue, car parfois, mon ami, même la bêtise a son utilité, comme la boue dont peut naître le lotus. Sans boue il n'y aurait pas de lotus, sans nuit même pas une seule étoile, et sans une humanité endormie, où pourrait-il fleurir le réveil ? 

Prabhuji

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mercredi 13 mai 2026

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Attendre ?

 "C'est ce que nous attendons de la vie qui nous gâche ce qu'elle nous donne."

Paul de Roux 1937-1976 - Carnet - Au jour le jour tome 4

peinture: Claude Monet 1840-1926 - La pluie 1886 

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mardi 12 mai 2026

Priorité intérieure

Janus et Bellone


 "Avant tout, cette méditation semble avoir deux visages, comme Janus. Elle regarde simultanément vers Celui qui voit, à l'intérieur, et vers ce qui est vu, à l'extérieur. 


Cependant, et tout en sachant que Rien ne les sépare, elle accorde la priorité à ce qui est intérieur, car c'est là que tout ce qui est extérieur prend son sens. " 


Douglas Harding


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lundi 11 mai 2026

Satisfaction

 


« Le fait d’éprouver de la joie à faire le bien d’autrui, ou d’en retirer de surcroît des bienfaits pour soi-même, ne rend pas, en soi, un acte égoïste. L’altruisme authentique n’exige pas que l’on souffre en aidant les autres et ne perd pas son authenticité s’il s’accompagne d’un sentiment de profonde satisfaction. De plus, la notion même de sacrifice est très relative : ce qui apparaît comme un sacrifice à certains est ressenti comme un accomplissement par d’autres. »

Matthieu Ricard - Plaidoyer pour l'altruisme
📸 : Lumières du matin en Himalaya, Namo Buddha, Nepal, mai 2020

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dimanche 10 mai 2026

« Ici, on peut apporter son casse-croûte »

 Nouveau bistrot dans le village. On lit sur la vitrine : « Ici, on peut apporter son casse-croûte. » C’est un lieu sans chichis. Chacun vient comme il est, avec dans sa besace ce qui devrait le rassasier. On peut y apporter aussi sa petite tranche de vie : elle se partage sur le zinc.

L’auberge du Bon Dieu doit ressembler à ça. Il ne faut pas s’attendre à des étoiles. Il n’est pas rare que la vie apportée en millefeuilles avec ses prières en miettes ait certains jours un petit goût de vieux : non pas que ce soit immangeable, c’est seulement un peu rassis. Vieilles croûtes bien emballées des habitudes de l’avant-veille que l’on transporte de jour en jour, de ces itinéraires tellement balisés qu’on ne risque plus de se perdre ni de trouver quoi que ce soit de neuf.

Croûtes du cœur : sécheresses installées, pardons remis à plus tard, élans qu’on a rangés parce qu’ils dérangeaient nos agendas. Allez, croûtes de l’Église aussi quand elle oublie qu’elle est une table ouverte et se transforme en une salle à manger où chacun mange toujours à la même place. À ce comptoir, il n’est pas rare que l’on consomme sans appétit.

Rompre ce qui enferme

Au bistrot de la vie, Jésus ne fait pas que bénir nos repas. Il casse la croûte en s’attaquant à ce qui durcit, à ce qui commence à moisir sous le papier bien plié de nos certitudes : « Est-ce que cela te nourrit encore vraiment ? » se risque-t-il à dire…

Avec le pain, il rompt aussi tout ce qui enferme. Il casse la croûte des évidences, quand tout le monde pense savoir qui a sa place à table et qui ferait mieux d’aller manger ailleurs. Il casse la croûte des pratiques installées : ces « on a toujours fait comme ça » qui tiennent parfois lieu d’Évangile, faute de mieux. Il casse la croûte de nos sécurités spirituelles : cette petite religion transportable dans des boîtes à tartines desquelles rien ne déborde plus jamais.

Pour que sa vie circule

Osons le dire : il ne respecte pas toujours ce que nous mettons sur le comptoir. Il pousse l’impertinence jusqu’à ce geste que nous avons bien trop domestiqué : l’eucharistie. Il y a quelque chose d’incongru à l’appeler « repas » quand elle devient ce moment correct et maîtrisé, où tout doit être en ordre, calibré et prévu. Chacun s’avance, reçoit et retourne à sa place. Mais si l’on gratte un peu la croûte, on redécouvre le geste bouleversant de Jésus : il prend le pain, il rend grâce, il le rompt et le donne. Nous n’avons pas le choix : pour que sa vie circule, il faut casser la croûte.

À quelques jours de l’Ascension et de la Pentecôte, il vient mettre du désordre dans nos affaires. Il disparaît du paysage : drôle de façon de faire au moment où l’on pourrait le tenir en certitudes. Comme s’il cassait la dernière croûte : celle d’un Dieu que l’on pourrait garder sous la main.

Quand l’Esprit s’en mêle

Et puis l’Esprit s’en mêle : finies les tables alignées, finie l’allée centrale par laquelle il nous faut avancer avant de rejoindre nos places par les allées latérales ! Finie la langue unique. Ça parle dans tous les sens, ça sort, ça bouge, ça déborde.

Ce « casseur de croûtes » travaille de l’intérieur pour fissurer ce qui s’est refermé. Il ouvre des brèches. Il remet du mouvement. Il refuse le tel quel. Il nous laisse une étrange promesse : notre pain quotidien peut devenir rassasiant, à condition de consentir à ce qu’il soit rompu. Si vous allez dans mon bistrot, ne soyez pas surpris de voir un inconnu s’asseoir à votre table et avec vous casser la croûte. Laissez-le vous apprendre à savourer la foi et à goûter la vie tout autrement. 

Raphaël Buyse

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