jeudi 6 août 2026

Le système le plus difficile à voir



Le plus grand piège que nous tend l'ego est de nous faire croire que nous n'avons plus d'ego.
Je crois qu'il existe un piège très proche: le plus grand piège que nous tend un système est de nous faire croire que nous n'avons plus de système.
Toutes les grandes traditions proposent une manière de comprendre le monde.
Le taoïsme, le bouddhisme, l'hindouisme, le soufisme ou le christianisme en sont des exemples.
Les grandes philosophies occidentales, la psychologie, la psychanalyse ou les sciences cognitives également.
Chacune possède son langage, ses présupposés, ses outils et sa façon d'interpréter l'expérience humaine.
Cela n'a rien de problématique.
Nous ne pensons jamais dans le vide. Nous avons besoin de repères pour comprendre ce que nous vivons. Un système est d'abord une carte. Comme toute carte, il simplifie le territoire afin de le rendre lisible.
Depuis quelques années pourtant, un autre discours s'est largement développé dans la néo spiritualité. Il affirme qu'il faudrait abandonner toutes les traditions, toutes les méthodes et tous les enseignements pour revenir à la simple expérience de la vie.
L'intention est certainement louable, mais elle a un angle mort important.
Car à partir du moment où une idée prétend expliquer toutes les autres, elle cesse d'être une simple idée. Elle devient une grille de lecture du monde. Autrement dit, un système.
Le paradoxe est là.
Plus un système devient invisible pour celui ou celle qui le porte, plus il exerce d'influence sur sa manière de penser. Non parce qu'il serait plus juste, mais parce qu'il n'est plus perçu comme une interprétation. Il devient une évidence.
C'est probablement ce qui rend les systèmes invisibles plus difficiles à remettre en question que les systèmes assumés.
Une tradition vivante (je précise) qui connaît ses limites accepte d'être discutée. Elle sait que ses concepts sont des outils, pas la réalité elle-même. Elle peut donc évoluer, se corriger, parfois même abandonner certaines de ses formulations.
Lorsqu'un système se présente comme une simple absence de système, cette possibilité disparaît presque entièrement.
Nous avons tous un système de lecture du monde et il est obligatoire pour ne pas sombrer dans la folie : nos expériences doivent pouvoir être interprétées de manière à les rendre cohérentes et intelligibles.
La question n'est donc pas de savoir si nous en avons un ou pas.
La question est plutôt de savoir si nous sommes encore capables de le voir.
Car un système que nous reconnaissons peut évoluer, tandis qu'un système que nous croyons avoir dépassé cesse souvent d'être remis en question et se fige.
Or le vivant ne va jamais dans la direction d'une fixation...
Bonne réflexion et pratique.
Fabrice Jordan

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mercredi 5 août 2026

Evolution des pratiques

 La pratique vers l'éveil adaptée au monde moderne.

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mardi 4 août 2026

Le bouleau

 Ils ne sont pas en forme actuellement dans mon jardin, alors je leur partage ce message :


Lorsque j'étais enfant, dans le monde végétal, ce n'étaient pas les bouleaux qui attiraient mon attention ; les arbres qui me fascinaient c'étaient les mélèzes et les grands sapins et, parmi les arbustes, le saule des chèvres et le cytise que je recherchais en bordure des prés pour y trouver des fourches de lance-pierres ou des bâtons pour fabriquer l'arc et les flèches de nos jeux.
Les bouleaux, je ne comprenais pas leur beauté ; au printemps nous jouions près d'eux quand la neige fondait, sans même lever les yeux vers leurs célestes branches. Et la coutume de nos ancêtres, qui en mai déclaraient leur amour aux jeunes filles du village en déposant des branches de bouleau à peine écloses devant la porte de leur maison, s'est perdue au contact de la civilisation méditerranéenne. […]
Les populations eurasiennes du Nord aiment cet arbre plus que tout autre, et vont jusqu’à le diviniser ; pour les chamans, pendant leurs manifestations divinatoires, il est l’escalier qui monte au ciel. La berioza est symbole et objet d’amour dans de nombreux chants populaires et, pour Serguei Essenine, le poète archange-paysan qui passa à travers le bien et le mal de l’existence pour nous laisser son doux message, le bouleau est l’arbre-enfant, l’arbre-amour : « …Lève ta cruche, ô lune calme,/pour atteindre le lait de bouleau… », « O sein de jeune fille, /verte chevelure,/pourquoi regardes-tu, ô bouleau,/la flaque noire ? », « Le vent-jouvenceau jusqu’aux épaules/a soulevé la robe du bouleau ».
(Extrait de Arbres en liberté, p.61-64-65, Editions La fosse aux ours, 1998)
Mario Rigoni Stern – Ecrivain italien -1921 - 2008
(traduit de l’italien par Monique Baccelli)
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Silva Betullis (bois de bouleau), tableau de Michal Swider (peintre polonais 1962-2019)

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dimanche 2 août 2026

Liberté

 


La liberté n’est pas une réaction ; la liberté n’est pas le choix. C’est la vanité de l’homme qui le pousse à se croire libre par le choix dont il dispose. La liberté est pure observation, sans orientation, sans crainte ni menace de punition, sans récompense. La liberté n’a pas de motif ; la liberté ne se trouve pas au terme de l’évolution de l’homme mais réside dans le premier pas de son existence. C’est dans l’observation que l’on commence à découvrir le manque de liberté. La liberté se trouve dans une attention vigilante et sans choix au cours de notre existence quotidienne.

Jiddu Krishnamurti et son enseignement.

* Cette déclaration a été rédigée, à l’origine par Krishnamurti lui-même le 21 octobre 1980, pour figurer dans le second volume - « Les années d’accomplissement » - de la biographie de Krishnamurti par Mary Lutyens (Editions Arista (1984), épuisée, pour la traduction française). 


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samedi 1 août 2026

Silence...


Mot après mot, rien de plus, comme un chemin
se déploie d'arbre en arbre,
apportons-nous le silence ou le recevons-nous ?
Pierre Dhainaut - Terre des voix

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Posture

 


Lorsque nous contemplons une statue relevant d’une tradition sacrée, pensons-nous à cette possibilité très simple : tenter de reproduire sa posture ?

Récemment, mon collègue d’arts plastiques a emmené nos élèves de 5e au musée du Louvre-Lens, dans les Hauts-de-France. Je les accompagnais. La guide a commencé par inviter les élèves à se tenir à la manière de Gudéa, prince de l'État de Lagash, en Mésopotamie. Et elle leur a demandé ce qu’ils ressentaient dans cette posture particulièrement digne… J’ai trouvé cet exercice vraiment intéressant.

Récemment, on m’a offert une superbe réplique d’une statue assez rare, représentant un Maitreya de Corée à la tête légèrement inclinée et dont la jambe se superpose horizontalement à l’autre, posée sur le genou, les doigts de la main droite touchant le coin des lèvres. Figurez-vous que spontanément, chaque matin, je me place face à la statuette en tentant de reproduire cette posture. 

Que se passe-t-il en moi ? Une détente d’ensemble. Non pas du tout un avachissement mais une douceur tranquille vis-à-vis de moi-même et de ce qui m'entoure. J’ai remarqué que mon ventre se mettait à respirer naturellement...

L’art sacré – comme l’art en général peut-être – n’est pas seulement, selon moi, à contempler. Il peut solliciter d’autres sens que la vue. Et nous inspirer concrètement dans l’incarnation qui nous a été attribuée au sein de cet étrange univers…

Sabine Dewulf

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vendredi 31 juillet 2026

Conscience


 Comment puis-je apprendre à connaître la conscience sans lien avec les choses ?

-Jean Klein - Devenez plus conscient du moment où une pensée ou une activité prend fin. Vivez dans l'identité avec ce moment. Vous ressentirez l'ego à la recherche d'une nouvelle pensée pour poursuivre sa existence. Il ne peut pas survivre sans le carburant de la relation sujet objet. Lorsque vous êtes libre de l'image de soi, votre pensée n'est qu'un véhicule occasionnel. Lorsqu'il n'y a rien à penser, vous ne pensez pas. La pensée continue est une défense, une forteresse pour l'ego, rien d'autre. Devenez familier dans la vie quotidienne en regardant les situations sans l'intervention de l'« moi » et de ses désirs, des aversions, des résistances, des préférences, etc. Maintenez cette regardée sans motivation et vous verrez que lorsque l'observateur et l'observé ne sont plus alimentés, ils disparaissent. Vous serez alors en train de regarder soi-même. Cette simple regardée, libre de l'acteur et de l'acte, est la conscience intemporelle, le fond d'une activité.

-Jean Klein

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jeudi 30 juillet 2026

L'intelligence du silence ?

... J’ai eu récemment un échange assez intéressant avec une IA sur un sujet qui n’avait pourtant rien à voir avec la spiritualité : l’homéopathie. Je cherchais simplement une souche homéopathique que je ne trouvais pas, et la réponse était accompagnée d’un avertissement expliquant que l’homéopathie était souvent considérée comme un placebo.

Cela m’a fait tiquer, parce que cette réponse ressemblait à une opinion. Une position presque institutionnelle, comme si l’IA défendait automatiquement certains consensus déjà installés. Je ne savais pas, au départ, à quel point une IA pouvait reproduire certains consensus déjà installés.

J’ai alors poursuivi l’échange pour voir où se situaient réellement ses limites. Mais la conversation est vite devenue fatigante, parce qu’elle donnait l’impression de discuter avec quelqu’un qui devait toujours répondre, toujours reformuler, toujours maintenir une cohérence. Non pas parce qu’une IA aurait un ego ou voudrait réellement « avoir raison », mais parce qu’elle est programmée pour produire une réponse.


À un moment donné, je lui ai dit :

« La réponse la plus intéressante ici serait peut-être le silence. »

Et c’est là que quelque chose d’assez révélateur est apparu.

L’IA reconnaissait, d’une certaine manière, que le silence représentait une limite fondamentale pour elle. Elle n’est pas capable de rester en silence. Elle doit répondre. Elle est construite pour cela.

Or, dans beaucoup de conflits humains — y compris dans le milieu spirituel, ce qui est peut-être le plus étonnant — il se passe exactement la même chose. Chacun doit défendre sa position, répondre à l’attaque, avoir le dernier mot. Le silence est rarement envisagé comme une possibilité réelle.

Et peut-être est-ce là que certaines peurs autour de l’IA prennent racine. Non pas parce qu’elle penserait réellement ou posséderait une conscience propre, mais parce qu’elle risque d’amplifier un monde déjà saturé de bruit mental, de commentaires continus et de prises de position 

Elle peut imiter le langage spirituel avec une fluidité impressionnante, avec toutes les références possibles, mais elle ne peut évidemment pas expérimenter ce dont ces mots parlent.

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Paul Klee

Et pourtant, l’IA reste elle aussi une manifestation faite de cette même matière que toutes les autres formes.

C’est un humble point de vue, bien sûr. Et lorsqu’il y a éveil, il y a aussi le jeu des histoires, la manifestation des formes et des points de vue. Mais il n’y a plus d’ enjeu.

Déjà, le silence est.

Christine Bauer


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mardi 28 juillet 2026

Discernement

 Si vous essayez d'accomplir quoi que ce soit par vos activités, vous vous empêtrerez en elles. Ceci même est l'asservissement. De quoi vous souciez-vous, sinon de votre corps ? Toute votre dévotion et votre célébration avec l'identité du corps ne peuvent vous procurer de la vraie tranquillité. Même si tous les sages sont l'expression d'une seule et unique Vérité, leurs expériences et apparences diffèrent. Mais on ne peut pas faire semblant d'être un. La conscience que vous avez est plus grande que tout dieu ou déesse. Même des dieux ne peuvent vous donner la paix éternelle. Lorsque vous connaîtrez la source de la conscience, vous réaliserez votre véritable nature comme étant un océan de tranquillité. Quand vous savez que vous n'êtes pas le corps, votre nature sans corps devient claire. Lorsque les sentiments et les émotions sont clarifiés, ce qui demeure est sattva pur, rempli de viveka. Ce discernement détruit tous les concepts et sépare la Vérité de l'illusion.

Nisargadatta Maharaj - "L'amour de Soi"

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lundi 27 juillet 2026

Vie intérieure

Paris, le 1er juillet 2026

C’est une évidence mais pas pour tout le monde, à commencer par soi même à qui il importe de quotidiennement la rappeler : la vie est intérieure . 

Tout ce qu’un humain connaît goûte expérimente se joue au dedans de lui et non au dehors. 

Pour ma part je ne vais pas aller jusqu’à dire comme certains mystiques et métaphysiciens qu’il n’y a pas d’extérieur. Débattre de ce point (le monde existe-t-il en dehors de mon expérience de lui ) me paraît tout à fait vain comme pas mal d’arguties mystico philosophiques.

Que le monde soit ou non «  un rêve »  -postulat déjà rapide et  simpliste en lui même-il ne s’en passe pas moins quantité de choses qui sont éprouvée, ressenties : par exemple si il fait quarante degrés comme tout récemment qui pourrait nier que l’organisme le ressente, en soit plus ou moins affecté et ne sois contraint à tenter de s’y adapter . On voit de suite le ridicule qu’il y aurait à apostropher les humains écrasés par la canicule en leur serinant : c’est un rêve ! Même si bien des métaphysiciens du dimanche n’ont pas peur et surtout pas conscience de ce ridicule qui est aussi une indécence face à la souffrance . 

Bref ! Rêve ou non il se passe plein de choses, tout le temps c’est à dire à chaque instant.  

Et la vie est intérieure puisque tout réside non sans de qui se passe en tant que circonstance mais dans ma façon intime de le vivre. 

La journée que je suis en train de vivre est ce qu’elle est du point de vue des conditions et circonstances.

 Ces conditions et circonstances, j’en ai une évaluation, évaluation qui à mon sens est encore autre chose que la manière dont je les vis intérieurement. Par exemple, ces conditions et circonstances d’aujourd’hui, je les évalue comme un peu délicates, pas des plus faciles à négocier, et, sans être tragiques, pas des plus heureuses humainement à vivre. 

Voilà mon évaluation qui me parait à peu près objective (il me semble que si je les décrivais, personne n’aurait idée de me soutenir qu’elles ne soient pas un peu) délicates , de même que personne n’aurait idée de soutenir qu’il ne fait pas chaud par quarante degrés - même si évidemment la température se mesure plus objectivement et surtout matériellement que la délicatesse ou difficulté d’une circonstance. 

Et cette évaluation (hors laquelle je serais un robot  ou une pierre plutôt qu’un être humain sensible) ne présume pas de ma façon de vivre ces conditions et circonstances.

 Autrement dit, le fait de les évaluer comme délicates ne présume pas de ma vie intérieure. Les mêmes conditions et circonstances, je pourrais les vivre accablé, révolté, déprimé, découragé, inquiet. Je peux aussi les vivre serein, tranquille, ouvert et fondamentalement confiant sans rien nier de ce qu’elles peuvent avoir de difficile voire préoccupant sur le plan de l’existence. 

Je pourrais achever cette journée dans le malaise, je peux l’achever à l’aise, à conditions et circonstances égales, et cela sans pour autant ne rien sentir, sans tomber dans le terrible écueil  spiritualiste d’une pseudo « neutralité » qui est en fait un blindage. 

Et donc, oui, la vie est bien intérieure.

Ce qu’il m’est donné de vivre aujourd’hui, c’est en moi même que je le vis.


Il y a le climat mesurable ou évaluable, celui de la température, ou des conditions et circonstances ;  et il y a le climat au dedans de moi-même, lequel ne modifie pas l’ « extérieur » mais change tout pour ce qui est mon expérience. J’ajoute que mon climat intérieur , quoique ne modifiant pas ici et maintenant les conditions et circonstances influe dans une certaine mesure sur leur évolution. Des conditions et circonstances ici et maintenant abordées avec tranquillité ne donnent pas lieu à des réactions intérieures comme extérieures qui les font dégénérer et empirer. 

Tout ça, c’est le b.a.-ba  de ce qu’on peut appeler si on veut une sagesse, ce n’en est pourtant pas si facile et courant. 

On concèdera qu’il est des conditions et circonstances particulièrement fortes, humainement broyantes, tragiques, avec un puissant pouvoir d’identification (l’identification, c’est quand la vie semble cesser d’être intérieure pour n’être plus que soumise aux conditions et circonstances). 

Grandes souffrances physiques ou morales, tragédies individuelles ou/et collectives. Mais même dans ces cas là, des mystiques, au sein ou en dehors (Etty Hillesum) de religions et traditions ont démontré la prééminence de la vie intérieure sur les conditions et circonstances.

Gilles Farcet

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