jeudi 19 mars 2026

Pensées sur moi

‍Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.

14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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Ecoute


Écoute
Ma voix lointaine
Dans la brume chargée des sortilèges de l'aube
Regarde-moi dans le silence des miroirs
Comme je touche encore avec les restes de mes mains
Le fond noir des rêves
Et je tatoue mon cœur comme une tache de sang
Sur les joies simples de l'existence.

Forough Farrokhzâd - Une autre naissance
Traduit du persan par Laura Tirandaz et Ardeschir Tirandaz
Éditions Héros-Limite

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mercredi 18 mars 2026

Brin d'herbe



Dessous, c'est l'abîme. Pour ne pas y glisser, je m'accroche à un brin d'herbe. Depuis quarante-cinq ans je m'y accroche et il tient, miraculeusement il tient.

Christian Bobin, Autoportrait au radiateur

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mardi 17 mars 2026

A côté de la vie

 


Nous passons notre vie à attendre quelque chose de mieux que notre vie. Nous passons, nous passons. Nous suivons le long bec de notre pensée en espérant qu'elle nous mènera loin d'ici.
La vie nous longe.
Nos rêves informulés ne nous quittent jamais...
~ Christian Bobin - Le murmure


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lundi 16 mars 2026

Sur la route spirituelle avec Véronique Desjardins

  Véronique Desjardins, son parcours, sa sadhana, et à son rôle spécifique dans la transmission de l'Adhyatma Yoga tel que véhiculé à Hauteville.



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dimanche 15 mars 2026

Une autre réalité ?

 "Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est"...

Q : Dans un entretien, tu disais que tu te trouvais dans un voyage sans fin, que le cœur est un abîme sans fond et que dans notre essence, on pouvait mourir toujours plus. Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas d'éveil définitif où l'on arrête de souffrir et que l'on voit le monde depuis sa vraie beauté ?


Nathalie Delay : On ne pourra jamais simplement effacer la souffrance. Mais mourir toujours plus veut dire se dissoudre dans un "Je ne sais pas". Tout ce que la vie nous montre, c'est exactement ce dont nous avons besoin pour nous libérer des illusions qui nous rendent malheureux. Nous mourons à la vue du mensonge que pour être heureux, nous aurions besoin d'autre chose que ce qui est déjà là. Cette mort permanente de la personne doit avoir lieu au niveau cellulaire. Il s'agit au final d'une déprogrammation du cerveau. La mort de la personne est synonyme de la reconnaissance que tu es l'Absolu. Cette reconnaissance est sans fin, car l'Absolu est sans fin. 

Tu ne vas jamais pouvoir dire : "Maintenant je l'ai". S'éveiller signifie ouvrir une porte – mais le voyage sans fin ne fera que commencer. Ce n'est pas le chemin d'une personne, mais un mouvement vers l'Absolu.

Q : Dans différents enseignements et livres spirituels, il est dit que nous les humains pourrions et devrions devenir des créateurs. Est-ce à l'opposé de ce que tu enseignes – notamment de simplement écouter et d'aller d'instant en instant avec la vie, comme elle se montre, sans résister ?

N.D. : Quand tu ouvres la porte vers l'Absolu, tu te rends compte qu'il n'y a pas une personne qui pourrait créer quelque chose. Il y a seulement un seul créateur – tu peux l'appeler comme tu veux : Conscience, Shiva, Dieu, Amour. Le plus tu te libères de l'idée d'être quelqu'un, le plus ce créateur universel peut se montrer à travers toi. Alors tu fais l'expérience que quelque chose te pénètre, quelque chose qui incarne cet aspect universel et créateur. Le plus tu te libères de toi-même, le plus la création peut se déployer en toute beauté à travers toi.

Q : Tu as suivi la voie de l'illumination quand tu étais pleinement dans la vie : tu étais dans une relation, tu avais une fille et un métier exigeant dans le domaine publicitaire. Comment as-tu trouvé le temps pour la pratique de la méditation ?

N.D. : Dans mon quotidien, il n'y avait pratiquement pas de temps pour une pratique formelle. Il y a eu une période où je voulais quitter ma fille, pour me retirer et me consacrer à une voie spirituelle – mais mon maître me l'a strictement interdit. Il disait que ma fille et mon quotidien étaient ma pratique. Alors j'ai fait 30, 40 fois par jour une micro-pratique : arrêter, prendre quelques respirations conscientes, sentir le sol sous les pieds et le ciel sur la tête. Les exigences du quotidien étaient des maîtres inexorables. 

Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est. Dès que je peux arrêter de me battre contre la réalité, je suis libre. Nous cherchons l'illumination dans le dernier recoin de l'Himalaya, alors qu'elle nous attend dans notre propre cuisine.

~ Nathalie Delay 

Extrait d'un entretien paru dans la revue "Yoga Aktuell", édition 2/2017

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samedi 14 mars 2026

Vivre le silence

 Inspirer, ressentir la plénitude d’être.

Percevoir la sensation d’être sans caractéristique, radiation subtile, douce. L’inspire nous déploie, recevons son potentiel.

Goûtons la simplicité du miracle d’être, les chants du printemps le célèbrent.

Et nous ? Célébrons-nous ou sommes-nous emmurés dans nos plaintes et nos soucis ? Enfermés au point de ne plus prendre le temps, d’admirer le tableau vivant du ciel, d’écouter la symphonie du monde et de savourer le Silence.

Le Silence toujours et partout présent, seule l’oreille du cœur l’entend.

Notre pratique consiste à nous familiariser avec le Silence qui sature toute la création, imprègne chacune de nos cellules et vibre au plus profond de notre cœur.

De percevoir au milieu de la foule et du tumulte ambiant que le Silence est là. Refuge ultime, en lequel nous retrouvons notre axe et notre aplomb.

Il ne s’agit pas de se retirer du monde mais d’apprendre à vivre à la fois le Silence et l’agitation et dans notre présence élargie les vivre comme une totalité complète et parfaite.

Apprendre à ne pas tourner notre attention exclusivement sur les paroles externes pour entendre les paroles de silence que les cœurs échangent si nous leur laissons l’espace de respirer. Si nous cessons de les bâillonner par nos peurs, nos jugements et nos à priori.

La pratique du Silence par excellence est la prière silencieuse, celle du Souffle.

Inspire — Je suis, expire — l’Essence suprême, Source de tout ce qui est.

Rappel incessant de notre véritable identité.

 Nous sommes à la fois le Silence et ses expressions externes — colorées et sonores. Laissons nos paroles, nos actes émaner du Silence vibrant qui gît dans le fond de notre cœur.

Il est une Source vivante qui désaltère notre être comme aucune autre substance terrestre, même la plus suave, ne pourra jamais le faire.

- Nathalie Delay

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vendredi 13 mars 2026

Hommage à une âme forestière

 Les forêts perdent une de leurs plus grandes alliées : « Lulu du Morvan » est décédée à l’âge de 84 ans.

Lucienne Haèse s’est battue toute sa vie pour protéger les arbres et empêcher les « coupes rases », qui consiste à raser tout ou partie d’une parcelle de forêt pour la sylviculture intensive.



« Par exemple, on va bientôt prélever cet arbre parce qu’il est arrivé à maturité et prive ses voisins de lumière, m’explique Lulu en pointant un chêne. Mais on ne touchera pas aux autres autour de lui, qui profiteront de son absence pour s’étendre. On fait aussi attention à laisser de vieux arbres mourir sur pied, car ils servent d’abris et de garde-manger pour les oiseaux. C’est ça la gestion responsable d’une forêt. Les coupes rases sur plusieurs hectares sont un non-sens écologique ! »


Lulu marque une pause, puis pointe un vieux chêne avec sa canne : « Je veux que mes cendres soient dispersées au pied de son tronc. Il est tellement beau. »

Photo Ketty Beyondas, JSL
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jeudi 12 mars 2026

Infantilisme


Aucune chaîne n’est plus solide que le plus faible de ses anneaux, aucun homme n’est plus fort que sa plus grande faiblesse. Voilà la vérité.

Le commencement de la transformation en adulte, c’est le goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors, le goût et l’amour de la vérité. Car l’enfant n’aime pas la vérité ; l’enfant aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m’avait donné l’exemple d’un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de l’argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant, ils aiment prétendre. Et un adulte qui n’a pas le goût personnel de la vérité, de la vérité coûte que coûte et à n’importe quel prix, est encore un adulte infantile. Le commencement du passage de l’enfant à l’adulte s’accomplit quand cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer, plus forte que faire semblant, plus forte qu’être aimé – plus forte que tout le reste je veux la vérité. C’est la promesse de l’adulte un jour.

Regardez-vous vous-même, avec une grande exigence et une grande lucidité parce que ce n’est pas tellement facile, j’en parle en connaissance de cause. Où suis-je totalement vrai ?

Où est-ce que je me mens à moi-même ? Où suis-je empêtré dans mes illusions ? Et vous découvrirez que la vérité a été tellement perdue de vue – la vraie vérité, pas celle qu’on arrive à faire croire aux autres parce qu’on est un peu plus habile – que vous ne la retrouvez plus.

Vous êtes, dans une certaine acception du mot, « aliénés », c’est-à-dire « étrangers à vous-mêmes ». Je ne sais plus qui je suis, je ne sais plus ce que j’aime, ce que je veux ; je me suis perdu de vue.

Tout l’enseignement de Swâmiji peut être vu dans cette ligne, à condition de ne pas la prendre au sens figuré ou allégorique. Ce ne sont ni des paraboles, ni des figures de rhétorique. C’est tout à fait réaliste : l’enfant fait la loi en vous. On ne peut vraiment comprendre les adultes, les autres êtres humains autour de nous, qu’en termes d’infantilisme. Et en termes d’infantilisme, tout s’explique. Au fond nous le savons bien, nous nous en rendons compte plus ou moins. Mais ce dont j’avais besoin, moi, c’est que quelqu’un avec l’autorité de Swâmiji me le dise.

Je peux regarder n’importe lequel d’entre vous dans les yeux et lui demander : « Dans quel domaine n’êtes-vous encore qu’un enfant, que l’expression d’un enfant ? Auprès des femmes ? Dans la vie professionnelle ? Dans vos relations avec l’argent ? Dans votre peur du qu’en-dira-t-on ? Dans votre besoin d’être aimé ? Dans votre crainte d’être critiqué ? »

Cet infantilisme, cherchez-le bien ; cherchez-le même dans ce que vous considérez comme un de vos atouts majeurs dans la vie. Ce n’est pas parce qu’une vedette de cinéma ne peut faire le voyage de Rome à Hollywood sans son ours en peluche qu’elle est infantile.

C’est certainement une marque d’infantilisme mais ce n’est probablement pas la plus flagrante ni la plus tragique. Ne vous trompez pas. Ne vous dupez pas.

Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es Cela

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mercredi 11 mars 2026

mardi 10 mars 2026

Inconséquence


L'exemple de la protection de l'environnement est très révélateur d'un manque général de sens de la responsabilité. Bien que les conséquences nuisibles de la pollution, de l'extermination des espèces animales, de la destruction des forêts et des sites naturels soient incontestables et, dans la plupart des cas, incontestés, la majorité des individus ne réagit pas, tant que la situation ne lui devient pas personnellement intolérable.

Matthieu Ricard

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lundi 9 mars 2026

Hauteville sur la route spirituelle

 A la rencontre de Hauteville :  l'Adhyatma Yoga tel que transmis à Hauteville par Véronique Desjardins, Thierry Martin et Emmanuel Desjardins.


Voir la vidéo

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dimanche 8 mars 2026

Ça peut toujours servir

 Au moment de commencer cette chronique, je dégage tant bien que mal un peu de place sur ma table de travail : je déplace plusieurs livres et je repousse un tas de petits cartons colorés. Ils traînent sur mon bureau depuis des semaines. Ils voisinent avec trois boutons récupérés sur un vieux gilet et une boîte à gâteaux dont j’envisage de faire un pot à crayons. Saisie par la fièvre du nettoyage, j’attrape le tout mais au moment de le lâcher dans la corbeille, j’hésite. Et finalement le repose. Ça peut encore servir.

Contre la civilisation du tout jetable

Mes placards regorgent de bouchons de liège parfaits pour faire des allume-feu (je n’ai pas de cheminée), de boîtes à thé trop jolies pour qu’on les jette, de restes de laine, de trombones à peine tordus, de papier cadeau presque pas froissé. Et de sandales démodées, de draps élimés, de pulls à peine troués, de magazines anciens mais intéressants. Cet atlas géographique de 1988 dans lequel figurent encore l’URSS et la Yougoslavie n’est-il pas, à lui seul, un passionnant témoignage historique ?

Malédiction des grandes maisons dans lesquelles on trouve toujours de la place pour mettre quelque chose de côté « au cas où ». Je devrais savoir que si je n’ai jamais ouvert la caisse soigneusement étiquetée « Jolies boîtes vides », c’est qu’il y a de grandes chances que je n’en ai pas l’usage. Mais ce que je sais également d’expérience, c’est que si je m’en débarrasse aujourd’hui, il ne me faudra pas trois jours pour éprouver un besoin urgent de ce qu’elle contenait et que je viens de jeter.

Je pense souvent avec remords à celles et ceux qui seront chargés de vider la maison après ma mort et à qui je laisse un fatras bien inutile, sans doute. Mais je leur laisserai aussi ceci : la marque d’un temps dans lequel tout n’était pas immédiatement considéré comme jetable. L’évocation, certes un peu encombrante, d’une manière de vivre dans laquelle courir acheter ce qui manque (une boîte, du papier cadeau, des trombones ou des allume-feu…) n’était pas le premier réflexe.

Mes aïeules peu fortunées rapiéçaient soigneusement draps et torchons ; ma mère reprisait encore les chaussettes. Je ne le fais pas : je n’en ai ni le temps ni la patience. Mais je sais combien on peut découper de chiffons pour les vitres dans un drap et qu’il n’y a pas mieux qu’un vieux pull de laine pour faire briller un meuble qu’on vient d’encaustiquer. Et j’écris sur des papiers jaunis soigneusement mis de côté par ma grand-mère qui récupérait à la fin de l’année scolaire les pages des cahiers d’écolier laissées vierges par ses enfants.

Surabondance

Un humain du Moyen-Âge « rencontrait » dans sa vie 200 objets en moyenne. Un humain d’aujourd’hui en possède au moins 10 000. Civilisation de la surabondance et du suremballage, qui multiplie brimborions et accessoires. En réponse, on nous recommande de jeter : triez, nous dit-on, faites le vide, libérez-vous ! « Avant de vous débarrasser d’un objet, recommande Marie Kondo, grande prêtresse du rangement, n’oubliez pas de le remercier pour le service qu’il vous a rendu. »

Je crois que je préfère le conserver, avec la vague idée que notre histoire commune n’est pas finie et qu’il jouera un jour peut-être encore un rôle dans ma vie. Je n’aime pas l’idée de « me débarrasser » des choses, ni des gens.

Je vis dans une maison chaleureuse, poussiéreuse et encombrée : de chats, d’amis, de graines que je n’ai pas encore plantées, de livres que je n’ai pas encore lus, de petits-trucs-qui-peuvent-toujours-servir et de jolies boîtes vides dans lesquelles un jour, qui sait ?, je glisserai un gâteau, un cadeau ou un trésor. Je garde.

C’est ma manière à moi de composer avec cette surabondance suffocante de l’époque dans laquelle je vis et que je n’ai pas choisie ; c’est la façon que j’ai trouvée de combattre la civilisation du tout jetable.

Que mes héritiers me le pardonnent.

Anne Le Maître 

------------------ Source : La Vie