mardi 7 avril 2020

Le maître du Oui


Voici un nouveau livre pour rester au jour le jour en contact avec l'enseignement du :
Maître du Oui - Swami Prajnanpad
Paroles choisies par Renaud Perronnet

4ème de couverture : La vérité seule libère
Ce livre est un manuel pratique d'audace et de sagesse, il propose pour chaque jour une authentique citation de Swami Prajnanpad, ce maître indien confidentiel qui recevait ses disciples un par un, dans un endroit reculé de la campagne bengalie.
Swami Prajnanpad est véritablement le maître du Oui. En prenant ce Oui pour compagnon de route, le lecteur pourra aller aussi loin que possible dans la découverte de soi et des autres, devenir un être humain meilleur et plus heureux.
Swami Prajnanpad (1891 - 1974) est un maître spirituel accompli. Son enseignement, connu sous le nom d'Adhyatma yoga, propose, entre travail sur l'inconscient et Vedânta, une voie originale vers la liberté.
" Vivez votre propre vie. C'est-à-dire là où vous êtes, tel que vous êtes, avec ce que vous êtes, avec qui vous êtes. Prenez appui sur la situation dans laquelle vous vous trouvez, et essayez en même temps de vous y adapter. Vous ne pouvez pas y échapper. "
Swami Prajnanpad

Extrait de la fin de la préface de Alexandre Jollien :

Amour inconditionnel

Swami Prajnanpad n’y va pas par quatre chemins : « L’amour ne peut exister qu’entre égaux. Pas d’admiration. Si l'on se sent supérieur ou inférieur, c'est de la pitié, de la sympathie, de l’admiration, etc. mais ce n'est pas de l'amour. » Voilà le défi, s’affranchir, se désencombrer de soi pour aimer largement, sans souffrir, comme le dit si bien le psychiatre Christophe Massin.

Êtres de liens, nous nous épanouissons au cœur de l'interdépendance. Le narcissisme, ce cancer du nombril qui gangrène les rapports à l’autre, relève d’un amoindrissement. Aimer autrui, nous apprend le sage bengali, c'est expérimenter et se réjouir que « chacun soit comme il est, et non comme on voudrait qu’il fût ». C'est abandonner les bornes étroites de son mental, quitter un niais romantisme et l'infantilisme pour rencontrer l'autre dans son infinie altérité, dans sa majestueuse différence. L’amour selon Swami Prajnanpad réclame de la précision, une clarté. On ne saurait aimer en vrac ni attraper quiconque dans des filets, dans des catégories grossières. L'amour n'instrumentalise jamais, il rend libre, toujours.

Lire, s'imprégner de Swami Prajnanpad c'est expérimenter une joie radicalement neuve, une force capable de nous extraire des mirages de l'idéalisme, de la prison des habitudes, de l’égocentrisme. Être un avec ce qui est, voilà l'acceptation, en rien résignée, la confiance, l'amour sans possession. Écouter ce grand libérateur, c'est se réconcilier avec le monde, soi et les autres. C'est s'élargir le cœur.

Ne refermons pas trop vite ce recueil ! Il est grand besoin de piqûres de rappel pour que ces paroles de feu puissent décaper ce qui nous éloigne de la félicité inconditionnelle, c’est-à-dire d’un bonheur ici et maintenant, quels que soient les circonstances, le décor quotidien. Puissent les enseignements de Swami Prajnanpad descendre au fin fond de notre intériorité pour que nous nous aidions les uns les autres à atteindre « le relâchement complet de toutes les tensions physiques, émotionnelles et mentales », pour que chacun devienne un lumineux artisan de paix.


Alexandre Jollien


lundi 6 avril 2020

Moins d'égo, plus de joie (5)


Libre sans moi

« Vous ne serez jamais libre. Ce sera libre — sans vous ! »
Arnaud Desjardins

Pendant longtemps, le Moi veut être Libre. Cela représente pour lui l’accomplissement suprême, le nec plus ultra, le sommet de l’expérience humaine. C’est encore un désir d’avoir et non une aspiration à être. Ce contre-sens majeur provient de la confusion entre avoir et être, celle-ci remontant à l’enfance : je suis (quelqu’un qui compte), si j’ai (l’amour et le soutien inconditionnels de mes parents). C’est ainsi que fonctionnent les publicités : « Vous serez quelqu’un si vous avez... »

On pense : « Si j’obtiens Cela (Dieu, l’Amour, la Liberté), je serai davantage, je n’aurai plus besoin de rien. » Les hindous nomment ce piège le devenir, autrement dit, se perdre dans une quête sans fin, en espérant obtenir mieux plus tard. Vouloir s’améliorer, c’est toujours le Moi qui reste le projet central, écueil redoutable ; c’est encore vouloir augmenter son empire.

De plus, le devenir étant soumis à fluctuations, ce ne peut être en aucun cas le chemin de l’Absolu, de l’Amour inconditionnel. « Je deviens quelqu’un d’aimant » est soumis à si — « Si je vis une expérience spéciale, extraordinaire » ; à quand-« Quand j’aurais comblé tous mes désirs et que les autres me trouveront rayonnant » ; et à parce que — « Parce que j’aurai fait tous les efforts possibles ». Conditions, temps et causalité sont les dimensions qui définissent l’axe mouvant du psychisme, le Relatif. Erreur de direction !

Le personnage ne va pas devenir un être rayonnant d’amour, jamais ! Le devenir reste une forme déguisée de l’avoir, donc soumis à l’impermanence : je deviens parce que des circonstances m’affectent heureusement ou douloureusement, parce que j’accumule des expériences de conscience. Il suffira d’une épreuve un peu sévère pour me faire basculer dans la souffrance. Devenir se manifeste en positif ou en négatif, à la différence de l’être qui reste invariablement neutre, inchangé.

Avoir n’a pas de pouvoir direct sur être : tant que je suis accaparé par les préoccupations de l’avoir, j’oublie la possibilité d’être qui s’offre pourtant constamment. J’aurai beau avoir plus, je ne serai jamais plus. Encore faut-il l’expérimenter pour en être convaincu... 

Christophe Massin
Extrait de "Moins d'ego... Plus de joie !"
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dimanche 5 avril 2020

Préservons la flamme...




Célébrer les Rameaux sans rameaux...

LES RAMEAUX


C'est comme un portique d'entrée dans la Semaine sainte. La foule qui acclame Jésus dans Jérusalem hurlera, quelques jours après : « Crucifie-le ! » En ce dimanche, réfléchissons à cette question : qui est Jésus pour nous ?

Un texte à méditer

Le psaume 23 : « Qui peut gravir la montagne du Seigneur et se tenir dans le lieu saint ? / L'homme au cœur pur, aux mains innocentes, qui ne livre pas son âme aux idoles (et ne dit pas de faux serments). / Il obtient, du Seigneur, la bénédiction, et de Dieu son Sauveur, la justice. »

Des gestes

Avec des enfants, commencer un jardin de Pâques (voir sur le site paris.catholique.fr). Un moyen de les faire entrer dans la semaine sainte. Seuls, vous pouvez couvrir vos crucifix d'un tissu, violet si possible, ou réorganiser votre coin prière pour marquer visuellement ces jours particuliers.

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Confinement : les conseils des moines (fin)


Conseil n°6 : Confiance !

Pour tous : Alors que l’épidémie se répand, nous sommes gagnés par l’angoisse. Les moines et les moniales ne sont pas épargnés, et certains d’entre eux voient des membres de leur famille touchés par le coronavirus. « Notre principal levier, dans notre vie et particulièrement en ce moment, c’est la confiance en Dieu, notre principale action, c’est de nous en remettre à Lui. » Pour les moines, c’est l’œuvre d’une vie. Nous avons plusieurs semaines pour nous mettre en route...
Les monastères en quarantaine aussi
Hôtelleries et boutiques fermées, offices à huis clos : les monastères sont, eux aussi, confinés. La quarantaine y est prise très au sérieux, car le virus pourrait se propager rapidement dans les communautés. « Nous faisons très attention car nous avons des sœurs âgées particulièrement vulnérables, explique sœur Bénédicte, de l’abbaye Notre-Dame-du-Pesquié. Être confinées nous recentre sur l’essentiel. Cela fait une différence même pour nous qui étions déjà à l’écart. » L’usine qui jouxte le monastère de Sept-Fons s’est arrêtée, permettant aux moines de goûter un vrai silence. Chez les Diaconesses de Reuilly, la consigne a été donnée d’éviter d’être à l’affût de toutes les nouvelles concernant le covid-19. Une religieuse fait un point quotidien en reprenant des sources fiables. Les moniales, moins sollicitées, ont organisé des temps de prière supplémentaire. « Le carême est d’ordinaire un temps qu’il faut arracher à la vie quotidienne, note sœur Mireille. Là, c’est le monde entier qui est à l’arrêt. Nous qui avons l’habitude de ce temps avons à creuser encore plus le sens du silence, de la prière, de la sobriété, de l’authenticité dans les relations. » Tous les moines et moniales interviewés prient sans relâche pour les confinés : « Nous mesurons notre chance et prions pour tous ceux qui sont coincés dans des petits appartements, craignent pour leur emploi ou traversent des situations familiales dramatiques », insiste sœur Anne-Samuel.
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samedi 4 avril 2020

Mandala antivirus ou antiennui


De la part de Jean-Pierre Tingaud, artiste parisien :
"je vous envoie ce prototype d'Antivirus (imprimable)
- même les enfants peuvent faire le test avec des feutres (4 couleurs)
ce n'est pas un poisson d'avril (quoique... :-)
éventuellement, vous me direz si ça marche..."

Cliquez sur le dessin pour le voir plus précisément...
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Confinement : les conseils des moines (6)

Conseil n°5 : De l’humour !

Chez les moines : « Ma surprise en arrivant au monastère, c’était de voir comment ces moines qui parlent peu peuvent rire à gorge déployée », se souvient frère Antoine. « Il faut aussi inventer des pas de côtés qui permettent de soulever ce qui risque de s'appesantir », témoigne sœur Mireille. Confinées elles aussi, les moniales ont d’ailleurs regardé, comme un pied-de-nez à leur situation, un numéro de l’émission Voyage en terre inconnue.
Chez nous : Les confinés rivalisent déjà sur Internet de vidéos ou de dessins humoristiques. À consommer sans modération !




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vendredi 3 avril 2020

Coronavirus : les jours barbares


Par René Frégni
Publié le 19/03/2020 à 21:00

Marianne lance une série littéraire intitulée "La vie et le virus à travers ma fenêtre", ou les battements du cœur d'un écrivain dans la tempête. Le corps est confiné mais les mots et l'esprit vivent.

J’ai passé ma journée à refendre des bûches, sous les quatre grands chênes devant la maison. Ma petite chatte était assise à côté, ses yeux bleus et ronds suivaient chacun de mes gestes. Quand mes épaules étaient plus dures que le bois, je m’appuyais sur la hache et nous échangions quelques mots. 

LA LUMIÈRE N’AVAIT JAMAIS ÉTÉ AUSSI BELLE
Autour de nous la lumière n’avait jamais été aussi belle. Les prés sont déjà d’un beau vert très gras, piqués de géraniums sauvages et de minuscules myosotis. Plus bas, vers le village, les flaques blanches des pâquerettes éclairent le chemin, les épervières allument mille soleils sur les talus. Les collines ont encore leur fourrure de renard.

Il y a trente-six ans je travaillais dans un hôpital psychiatrique de Marseille, mon corps se couvrait d’eczéma, mes mains, mes bras, mon dos… Un matin je ne suis pas retourné à l’hôpital, je suis parti vers les collines. J’ai posé mon sac dans un minuscule cabanon abandonné.

J’ai ouvert un cahier et je me suis mis à écrire, sous une tonnelle bourdonnante d’abeilles, dans une odeur de miel et de genêts. Je n’avais pas un sou. Huit jours plus tard mes mains étaient propres, mes bras aussi. L’eczéma avait disparu. J’avais récupéré mon corps, ma tête, mon temps. J’étais pauvre et libre. Ma vie enfin m’appartenait. Il y a trente-six ans que j’écris chaque jour, que je marche et que je fends du bois. Il y a trente-six ans que j’évite mes semblables.


NOUS ÉCRASONS TOUT CE QUI EST VIVANT
Si je n’avais pas deux filles, une femme dont je rêve et trois vrais amis, je penserais que l’homme doit disparaître le plus vite possible de la surface de cette terre. Il a fait tellement de mal…

En quarante ans, nous avons massacré soixante pour cent des vertébrés et nous ne sommes qu’au début de la sixième extinction de masse, la première attribuée à l’homme, l’anthropocène disent certains… Nous avons massacré les baleines, les aigles et les faucons pèlerins, le cheval sauvage de Mongolie, le daim de Mésopotamie, nous avons traqué en jeep l’onyx, aux confins du désert, exterminer les derniers rhinocéros de Java, l’ibis du Japon, la grue blanche américaine, les petits paresseux sont au bord de l’extinction. Nous écrasons tout ce qui est vivant, pour notre jouissance ou pour entasser dans des caves blindées des pyramides de billets de banque.

Partout la main de l’homme, l’œuvre de l’homme. Les vrais rapaces, c’est nous ! Nous avons appelé ces massacres la civilisation. Nous succomberons, broyés par cette civilisation. 


LE VIRUS DE NOTRE TOUTE PUISSANCE
Coronavirus… Serait-ce le début de la fin ? Nous avons dominé la rage, la poliomyélite, la fièvre jaune, dominerons-nous cette fièvre de l’argent, de la possession, du profit, cette maladie contagieuse du pouvoir, cette certitude que nous sommes plus intelligents que tout ce qui est vivant autour de nous, les forêts, les rivières, les océans, l’air et tous les animaux qui sautent, rampent, volent.

Je suis agnostique, je n’ai jamais mis les pieds dans une église sauf quand elle était très belle, qu’il faisait très chaud. Je ne crois pas au châtiment divin, à la punition dernière, à l’expiation. Je crois à une réaction cosmique, une saine réaction. Une réaction non préméditée, ni religieuse, ni vengeresse, le début du soulèvement de tout ce qui est vivant, face à notre impérialisme cynique et aveugle. 


CHACUN DE NOUS EST L’ÉGAL D’UN FIGUIER 

Le virus de notre toute puissance a fait mille fois plus de dégâts, de souffrances, de morts que ce pauvre coronavirus. Nous sommes, sur cette terre merveilleuse, l’espèce la plus criminelle, la plus prédatrice, la plus dangereuse. La vie lentement s’écarte de nous, se méfie de nous, sécrète ses anticorps dans les profondeurs des racines et les molécules de l’eau, de l’air.

Le mot virus vient de venin, poison. Nous sommes le venin et le poison, nous sommes la contagion. Nous nous sommes pris pour les dieux de cette planète. Tout ce qui tentait de vivre nous l’avons méprisé, mis en esclavage. Chacun de nous est l’égal d’un figuier, d’un caillou, d’un ruisseau, d’un ver de terre. Nous avons besoin du ver de terre, il n’a pas besoin de nous. C’est un infatigable laboureur qui travaille jour et nuit pour qu’explose la vie, comme les abeilles, les hérissons, les oiseaux et les nuages.


LE VIRUS REDOUTABLE DE LA VERTU 

Le coronavirus est peut-être notre dernière chance. « Il lui avait inoculé le virus redoutable de la vertu. » écrit Victor Hugo. Puisse ce virus nous contraindre à cette vertu. Nous avons quelques mois pour ouvrir les yeux, pour nous rendre compte que dans les banques il n’y a rien, que les vraies richesses sont autour de nous, ces géraniums sauvages, ces bourgeons qui éclatent partout, cette lumière unique qui n’existe nulle part ailleurs. Le paradis est partout. Nous y sommes.


La seule intelligence, c’est la vie. Tout ce qui pousse vers la mort est bête, les guerres, la frénésie de l’argent, notre consommation effrénée, la lumière morte de nos écrans, les bonheurs virtuels, l’ère du plaisir instantané. Ce n’est pas le virus qu’il faut combattre désormais mais notre rapacité, notre démence qui nous ont éloignés des rivières car nous leur préférions les fleuves d’argent.

MONTER DANS UN TRAIN QUI N’EXISTE PAS
Notre vie nous appartient, notre corps nous appartient, notre temps si précieux nous appartient. Chaque jour depuis trente-six ans j’écris le mot gare et je monte dans un train qui n’existe pas. L’imagination ne consomme aucune goutte de kérosène et m’emmène tellement plus loin. J’ai passé ma vie à lire, écrire, marcher, rêver, fendre du bois et caresser la tête d’un chat.

Je vis de presque rien et rien ne me manque. J’ouvre les volets le matin, tout est sous mes yeux, l’herbe pailletée de rosée, la brume rose et verte à l’est, les amandiers couverts d’une neige de fleurs qui éclairent les collines. Ma journée sera semblable à celle d’hier, celle de demain. J’aimerais que cela dure encore mille ans, je ne m’ennuie jamais, je n’ai besoin que de douceur et de beauté.


LE PARADIS ET LA MORT SONT PARTOUT
Je sais pourtant que la mort rôde dans les rues de chaque ville, pousse des portes, escalade à pas de loup des escaliers, se glisse sans bruit dans les maisons des hommes. Quand je pousse mes volets, je ne vois que le printemps, insouciant, jeune à nouveau, lumineux, si heureux de vivre, ivre de sa beauté. Chaque chose est à sa place, la nature est sereine, modeste, équilibrée. Nous nous sommes octroyé une place démesurée et le droit de tout détruire, de tout saccager.

Nous n’avons que quelques mois pour regarder le printemps, écouter le printemps, marcher dans le printemps. Nous n’avons que quelques mois pour entrer dans l’été et vivre comme les oiseaux, les feuilles, les nuages et les vers de terre. 


LA BEAUTÉ CONTRE LA GUERRE
Nous ne sommes pas en guerre. Nous devons tuer la guerre. Nous devons nous ranger du côté du printemps, de la beauté, sinon nous serons balayés et la terre se refermera sur nous, nous oubliera pour ne se concentrer que sur la vie et les saisons qui passent. Nous n’aurons été pour elle qu’un simple virus parmi des millions d’autres, dans ces milliards d’années.

Il y a trente-six ans, j’ai fait un choix. Je vais descendre fendre mes bûches, caresser la tête de mon chat et j’irai marcher un peu dans la colline, au moins, si je pars demain, j’aurai profité du printemps.


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Confinement : les conseils des moines (5)

Conseil n°4 : Pardonner

Chez les moines : C’est une habitude de se demander pardon, même pour des choses bénignes. « C’est le ciment de la vie communautaire », explique sœur Mireille. Quatre soirs par semaine les 28 diaconesses de sa communauté se retrouvent pour un « cercle de paix » où chacune peut demander pardon : « Cela dure cinq minutes. Il n’y a pas d’explication, c’est simplement déposé. Ce rendez-vous dédramatise le pardon, le tisse dans le quotidien et assouplit le cœur. » Dans sa règle, saint Benoît demande de s’être réconcilié avant le coucher du soleil. « Parfois un signe tacite, un service, un sourire, valent mieux que de longs discours », témoigne sœur Bénédicte. Pour sœur Anne-Samuel, les énervements épidermiques sont aussi l’occasion de prendre conscience de notre fragilité, et donc, par ricochet, de mieux accepter celle des autres. « C’est un exercice d’humilité. Ce confinement nous rappelle que nous sommes petits, pauvres et dépendants ! Cela peut être l’occasion de se remettre à sa juste place. »
Chez nous : C’est le premier pas qui est le plus difficile…
Notre principal levier, dans notre vie et particulièrement en ce moment, c’est la confiance en Dieu, notre principale action, c’est de nous en remettre à Lui.

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jeudi 2 avril 2020

Voie, Méthodes, Techniques, Principes, Efficacité spirituelle : quelles différences ?


En spiritualité, comme dans n'importe quel art, il est important de bien définir ce dont on parle.
Je précise ici quelques termes utilisés dans le taoïsme, mais ceci est vrai pour n'importe quelle voie spirituelle éprouvée.
1) La voie (dao 道) : la voie est ce avec quoi on tombe en amour, le lieu de l'appel sans raison. On parle de trouver sa voie, il en va de même en spiritualité. On ne peut vraiment progresser que lorsque l'on a trouvé sa voie. C'est la raison pour laquelle je suggère toujours d'en essayer plusieurs, et une fois la première approximation faite, d'essayer ensuite plusieurs styles différents au sein d'une même voie et plusieurs enseignants ou maîtres. On doit poursuivre jusqu'à ce qu'on se dise: putain, c'est là. Ou n'importe quoi d'approchant et de moins vigoureux que mon vocabulaire. Mais globalement, le sentiment doit être celui du "retour maison de E.T." Quand on l'a trouvé, on sait qu'on l'a trouvé, tout notre corps et notre coeur nous le dit.
Chaque voie a sa personnalité, ses caractéristiques, ses bons côtés et ses côtés moins développés. Il est important de le reconnaître honnêtement. Si on doit comparer avec l'art, la voie correspond aux grands thèmes comme la peinture, la musique, la poésie, etc....Il vaut mieux choisir une voie pour laquelle nous avons à priori un minimum de talent. Cela sera plus efficace à long terme. Par exemple, je suis plutôt bon en musique et en rythme, mais j'ai les capacités d'un enfant de 6 ans en ce qui concerne le dessin. Il serait judicieux de choisir la musique, à moins d'être un peu masochiste.
La voie dit bien ce qu'elle veut dire, c'est le chemin global qui nous emmène vers l'Unité primordiale de toute manifestation, en passant toutefois, sans les nier, par tous les états intermédiaires entre notre condition de départ et le but final.
2) La méthode (fa 法) : une voie utilise une méthode, c'est à dire un moyen au minimum, mais en général de très nombreux, pour nous aider à expérimenter la voie. Toujours en comparant à l'art: admettons que l'on ait choisi la musique en tant que voie, alors nous allons choisir un instrument spécifique pour l'expérimenter et pouvoir la travailler. Il en va de même en spiritualité. Les méthodes servent à expérimenter un aspect de la voie, et comme il y a beaucoup d'aspects différents, il y a logiquement de nombreuses méthodes au sein d'une voie spirituelle. On peut citer des méthodes physiques, émotionnelles, rituelles et spirituelles notamment. Chaque voie développe ses propres méthodes.
3) Les techniques (shu 術) sont ce que l'on fait pour atteindre une expertise dans la méthode. En piano, nous allons faire des gammes, du Hanon, puis jouer progressivement des morceaux de plus en plus difficiles, tout en développant avec le temps notre propre style et en nous orientant au sein des techniques vers celles qui nous inspirent le plus. Ainsi, une voie a de nombreuses méthodes et techniques car elle doit pouvoir répondre à un grand nombre de natures différentes.
4) Les principes (li 里) : ce sont les règles qui sont sous-jacentes à la technique. Par exemple, en piano, on apprend très tôt à relâcher les épaules, et à arrondir les doigts, sinon on en fera les frais plus tard, sous formes de douleurs ou d'impossibilité de dépasser une certaine vélocité au clavier. En spiritualité, ce sont les règles qui sont souvent transversales aux différentes techniques. Par exemple, la notion de trigrammes dans le taoïsme peut être utilisée en Tai Ji Quan, en Qi Gong, en Yi Jing, en alchimie interne et méditation, ou en médecine pour ne citer que quelques exemples. Ces principes sont universels parce que ce sont des motifs de fond, des patterns immuables retranscrit sous une forme intelligible. Autant on peut choisir une technique ou une autre en fonction de ses aspirations, autant les principes ne se discutent pas, au sein d'une voie spécifique. Ils s'apprennent et s'approfondissent, c'est tout. Au même titre qu'en mathématiques on ne discute pas le zéro, le 1 ou le deux, bien qu'on puisse les agencer de toutes les manières possibles.
Je vous encourage à observer vos propres voies pour bien distinguer ces différentes notions. Cela apportera de la clarté à votre voyage.
Notons pour finir que traditionnellement, les méthodes étaient gardées secrètes au sein des lignées, parce qu'on ne les transmettait qu'à ceux en qui on avait confiance et qui avaient fait l'effort de pouvoir les recevoir. Par contre, on enseignait assez facilement les techniques. C'est ce qui explique qu'encore aujourd'hui, de nombreuses personnes enseignent des techniques, mais sans avoir les clés de la méthode complète, qui seules en déverrouillent l'efficacité transformative réelle (ling 靈). Dans un parcours classique, presque tout le monde commence à pratiquer des techniques, c'est plutôt la norme. Mais dès que vous vous sentirez tourner en rond, un conseil, cherchez des enseignants qui peuvent transmettre les méthodes. C'est plus rare, et il faut s'investir pour les trouver. Mais quand le cœur est sincère, cela finit toujours par arriver.
Bonne pratique!
Fabrice
Calligraphie : Li Sigui
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Confinement : les conseils des moines (4)

Conseil n°3 : Du silence

Chez les moines : Frère Antoine le reconnaît : « La vie communautaire peut être une épreuve. Nous vivons à 80 : heureusement que c’est en silence, sinon ce serait insupportable ! » Les moines alternent des temps en communauté et des temps seuls en cellule. « Les moments ensemble sont les lieux de la charité en acte. La solitude n’est pas une coupure mais un temps habité, en communion », précise sœur Anne-Samuel.
Chez nous : Confinés en famille, est-il possible que chacun puisse avoir un moment dans une pièce séparée ? Et si nous essayions, un jour, le repas en silence ? Pour ceux qui sont seuls, comment habiter cette solitude et ne pas seulement la combler ?

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mercredi 1 avril 2020

La vie est une crise par Gilles Farcet


« Vous savez que depuis longtemps je nous considère tous sans exception comme des gens qui ayant vécu un naufrage ont échoué sur une île déserte mais ne le savent pas encore. Les personnes qui sont ici le savent. Les autres, ceux qui vivent encore une vie ordinaire, croient toujours qu’un paquebot va arriver pour les sauver demain et que tout va recommencer comme avant. Ceux qui sont ici savent que rien ne sera plus comme avant. Je suis si contente d’être ici. »
Katherine Mansfield (1888-1923 ) , lettre écrite depuis le Prieuré d’Avon où elle vécut ses derniers mois et mourut dans la proximité de Monsieur Gurdjieff




Oui, nous vivons en ce moment une situation « de crise ». Et les situations « de crise », crise individuelle , collective ou une combinaison des deux comme à l’heure actuelle, ne font elles pas que mettre en pleine lumière ce qui de toutes façons est toujours là, à savoir que la vie elle même est par nature une crise ? De la naissance à la mort, cette existence humaine est une crise. Une crise avec des accalmies, des moments plus tranquilles où il ne se passe en apparence pas grand chose, des « vagues », des « pics »,des retombées , des actions et réactions …
Qualifier notre existence de « crise » n’équivaut pas à en dresser un tableau exclusivement noir. Il y a des moments heureux, des joies , du moins pour beaucoup d’entre nous. Que cette existence soit intrinsèquement une crise n’exclue pas la dimension d’émerveillement, la beauté, la création, l’amour, bien au contraire ..
Et la naissance est une crise, l’enfance est une crise, la puberté est une crise, l’entrée dans l’âge adulte et le « monde du travail » est une crise, se mettre en couple est une crise, se séparer une crise, devenir parent une crise … la quarantaine est une crise, la cinquantaine, etc etc, la vieillesse est une crise, la mort une ultime crise … L’histoire, individuelle et collective est une crise. Avec à chaque étape la nécessité impérieuse et vitale de l’adaptation, oui l’adaptation qui est bien le mot clé.

Les grands mystiques, les artistes essentiels , les personnes qui travaillent vraiment sur elles mêmes comme on dit (à ne pas confondre avec les adeptes de la « feel good méditation » et autres béquilles gentillettes même s’il n’y aucun « mal »à tout ça) … toutes ces personnes ne sont elles pas celles et ceux qui, par un mystérieux processus interne, ont pris la mesure de la situation, compris que de toutes façons et quoi qu’il arrive l’existence est une crise ? Ces personnes ne sont elles pas celles qui assument le réel et sa nature de crise permanente - avec encore une fois des vagues, pics, retombées, plages de calme apparent …

Ce que d’aucuns appellent traditionnellement « la pratique de la voie » ne serait elle pas ni plus ni moins de la gestion consciente de crise ?

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