jeudi 8 octobre 2026

Déconfiture publique

 3 août dans le TGV Nîmes Paris

Hier soir pendant ce qui sera sans doute le dernier concert de GDR après huit ans d’existence, concert qui par ailleurs s’est très bien passé et nous a valu de beaux retours du public j’ai soudain vécu une désorientation musicale : au moment de jouer un certain morceau que nous avons joué tout l’été et qu’à priori je connais parfaitement je me suis trouvé sur scène comme perdu , incapable de retrouver comment le jouer .
Ce phénomène n’avait rien de rationnel, c’était comme marcher dans une rue familière et soudain ne plus savoir où on est, perdre ses repères .
Je ne me sentais pas consciemment stressé, le concert se déroulait bien et je n’avais aucune appréhension au moment d’attaquer le morceau.
En fait, je devais tout simplement être épuisé en surface (me sentant au fond en forme, je ne remarque pas toujours l’étendue de ma fatigue passagère) et cette grande fatigue de fin d’année a déclenché un « bug ».
Du coup, j’ai assumé cette déconfiture publique, plaisanté en toute sincérité en disant au public que cela faisait certainement du bien à mon ego ou plutôt à ce qui en moi aspire à le déjouer, de me ridiculiser devant 80 personnes… On a tout de même tenté le morceau que j’ai persisté à massacrer de bout en bout, y compris le solo.
Après, ça tombait très bien, venait le morceau sur lequel je me mets au piano. J’ai dit que dégoûté je laissais tomber la guitare pour le clavier… Ça s’est très bien déroulé puis j’ai repris la guitare et terminé le set sans encombres devant un public dansant et enthousiaste qui ne m’a manifestement pas tenu rigueur de ce grain de sable dans la mécanique.
Notre éclairagiste m’a dit ensuite qu’au même moment les lumières avaient grillé. Il se passe parfois des choses étranges .
Ce qui me paraît notable c’est la disproportion entre l’importance que l’ego voudrait mécaniquement accorder à cet incident ( je me suis viandé en public, je suis nul, que pensent les musiciens dans l’assistance etc.) et le fait qu’en vérité, si tout le monde n’a pas pu ne pas remarquer le phénomène, différent de ces "pains" occasionnels qui font partie de la vie du musicien et que le public en général ne capte pas, au final les gens s’en fichent comme le démontrent les retours sincères et chaleureux de l’après concert.
L’ego est naturellement centré sur lui même et ce terrible moment où il a perdu la face tandis que les autres appréhendent l’ensemble, à savoir un bon concert .
La bonne nouvelle c’est que je ne me suis pas identifié à cet égo dont j’ai pourtant aperçu le fonctionnement et la logique automatiques. Je l’ai vu venir avec ses gros sabots et ai décliné son invitation, positionnement qui selon moi constitue l’essence de ce qu’on nomme la pratique .
Je me serais naturellement passé de cet incident mais c’était intéressant.

Gilles Farcet

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mercredi 7 octobre 2026

Simple réel ?

 

Parfois on ne va pas bien et on se dit : "Il faudrait que j'aille bien". Mais où est-ce écrit qu'il faudrait que j'aille bien ? On se fait encore plus de mal en pensant qu'il ne faut pas qu'on n'aille pas bien. Ça n'a pas de sens ! 

On ne peut pas trouver la paix et la joie par soi-même. C'est quand on accepte ce qui est là : "ça ne va pas bien". Alors l'instant est que ça ne va pas bien. C'est écrit nulle part qu'il faudrait que ça aille bien ! Pourquoi ça devrait aller bien ?

À partir du moment où vous dites "oui" au fait que ça ne va pas bien, vous allez remarquer qu'il y a quelque chose qui se détend. Et du coup ça va bien, parce qu'il n'y a plus de refus de ce qui se passe. C'est tout simple en fait le truc !  

~ Marion Renault

(extrait d'une vidéo)

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mardi 6 octobre 2026

Ouvrir

 


Ouvrir : ce verbe me touche beaucoup. 

Je l’emploie souvent dans les poèmes que j’écris. Je l’utilise sous sa forme littérale ou à travers des synonymes.  

Ouvrir les œillères de mes croyances, en me rendant disponible, notamment, aux arguments de ceux qui ne pensent pas comme moi, pour écouter vraiment. Ouvrir mes pensées, étroites et agitées, au surgissement d’un son, d’une voix, d’un éclat de lumière, d’une sensation tactile… 

Ouvrir la conscience de mon corps à l’ensemble de celui-ci, en prêtant attention à ce que je ressens jusque dans les chevilles, les pieds. 

Ouvrir mon cœur à la peine d’un adolescent, à la souffrance d’un adulte, à la douleur d’un corps, à l’impuissance d’un cri, à la lumière aussi comme à l’obscurité, au gris des villes comme à la verdure qui foisonne. 

S’ouvrir à cette angoisse qui parfois nous submerge… Ouvrir notre aptitude à l’attention, la vigilance – comme dirait Pierre Dhainaut, « même la nuit, la nuit surtout… »

Seule la nuit révèle 

le point obscur,

la faille toujours enjambée.

Juste un pas à poser :

ouvrir l’affolement 

exactement où le pont veille.

Sabine Dewulf

Où se cache la soif, peintures de Caroline François-Rubino, L’Ail des ours, 2024

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dimanche 4 octobre 2026

Le non refus

 

"L'acceptation n'est pas le fruit d'un effort. Elle n'est pas un résultat. Elle est ce qui est, lorsque le refus n'est pas."

"Portez votre attention sur le personnage principal, nommé "moi", et non sur ses agissements. Vous verrez ainsi ce personnage naître et mourir en même temps que la pensée. Cette vision libre et détachée du mouvement des phénomènes, vous en détache, sans qu'il n'y ait d'effort pour s'en détacher. C'est ainsi que la conscience regagne sa plénitude oubliée."

"Qu'il y ait des pensées ou qu'il n'y en ait pas, ne change rien à la nature propre de votre être. Que votre corps soit écouté, ou qu'il ne le soit pas, ne change rien non plus à la nature propre de votre être. Tournez l'attention vers l'immuable, et détournez-vous du changeant."

Jean-Marc Mantel « La pratique spirituelle »


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samedi 3 octobre 2026

Soleil des morts

 


« Quand quelqu'un meurt, il ne disparaît pas. C'est l'inverse.

C'est à ce moment-là que la personne apparaît, parce qu'elle est délivrée d'elle-même, de ses ombres, de sa volonté, de son ambition, de tout projet, de toute connaissance que l'on croyait avoir d'elle. Et il y a un surgissement de quelque chose qui, bizarrement, à l'instant où tout s'efface, est ineffaçable. (...)

Les disparus ne sont donc pas des disparus, ils sont une armée douce, fidèle, qui nous assure de recevoir un rayon de soleil.»

Christian Bobin 


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vendredi 2 octobre 2026

La Voix

 La voix

Qui chante là quand toute voix se tait ? Qui chante
avec cette voix sourde et pure un si beau chant ?
Serait-ce hors de la ville, à Robinson, dans un
jardin couvert de neige ? Ou est-ce là tout près,
quelqu'un qui ne se doutait pas qu'on l'écoutât ?
Ne soyons pas impatients de le savoir
puisque le jour n'est pas autrement précédé
par l'invisible oiseau. Mais faisons seulement
silence. Une voix monte, et comme un vent de mars
aux bois vieillis porte leur force, elle nous vient
sans larmes, souriant plutôt devant la mort.
Qui chantait là quand notre lampe s'est éteinte ?
Nul ne le sait. Mais seul peut entendre le cœur
qui ne cherche la possession ni la victoire.
Philippe Jaccottet
Poésie
1946-1967

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jeudi 1 octobre 2026

Shoshin

 Le shoshin (初心) est un concept du bouddhisme zen qui signifie « l'esprit du débutant ».

• Origine : Composé de sho (commencement) et shin (cœur ou esprit), il désigne l'attitude d'aborder chaque situation avec ouverture, curiosité et humilité, sans idées préconçues.

• Lâcher-prise de l'ego : Il s'agit de se libérer des certitudes acquises et du piège de l'expertise (« savoir déjà ») pour rester réceptif à l'apprentissage.

• Transmission : Popularisé en Occident par le maître zen Shunryu Suzuki, il est fondamental dans les arts martiaux (budo) et l'artisanat japonais.


Applications au quotidien :

• Dans le travail : Sortir du pilotage automatique et questionner ses méthodes pour favoriser l'innovation.

• Dans l'écoute : Suspendre ses jugements et écouter autrui sans chercher à deviner sa réponse à l'avance.

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Image : le concept de shoshin est traditionnellement représenté par la calligraphie japonaise (shodō) des deux kanjis qui composent le mot. L'Enso qui est associé (le cercle zen tracé d'un seul geste de pinceau) représente la vacuité, l'infini et l'ouverture totale à l'instant présent, ce qui fait directement écho à l'esprit du débutant.

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mercredi 30 septembre 2026

Vérité incarnée

 


Vous êtes l'incarnation de la vérité, alors quand vous dites un mensonge ou que vous entendez un mensonge prononcé par d'autres, vous ressentez un malaise. 

Vous êtes l'essence de la paix, c'est pourquoi vous n'aimez pas l'agitation. 

Vous êtes éternel, pur, illuminé, libre, ainsi vous voulez connaître votre véritable Soi et finalement vous le réalisez.

~ Anandamayi Ma


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mardi 29 septembre 2026

Travail de dépouillement

Je ne peux pas écrire de poème sans revenir à moi, c’est-à-dire à ce qui me rend authentiquement fragile : il s’agit d’abandonner, autant que faire se peut, les masques. 

Oui, c’est un dépouillement, que parfois j’ai manqué en revêtant mes vers, sans m’en rendre compte, d’images trompeuses. Comme des tricheries. Des représentations mentales, durcies par certaines habitudes ou convictions étroites. Par tout ce qui enferme, immobilise, alors que la vie se déploie sans cesse à travers le corps, le cœur, l’esprit. 

Le poème, lui, cherche une délivrance, un dénuement qui parfois laisse étourdi, étonné. 

Fragilité bienheureuse, où le mouvant peut émouvoir, où même ce qui déstabilise peut être remercié :

"Toujours la ligne trompe, assèche, 

fait croire au mouvement. 

Plutôt la flèche à la croisée

du ciel et de la mer, 

poitrine dilatée, 

point fluide habité :

je me ressource au centre,

dans l’œil du cœur troué."


Extrait de Ciel au corps, avec des œuvres de Marie Dewulf, éditions L'Atelier des Noyers, 2026


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Comment savoir, lorsqu’on écrit un poème, ce qui est juste et moins juste ? 

Si je regarde mon parcours, en particulier celui qui peut se voir de l'extérieur (mes publications poétiques, à partir de 2020), je vois que peu à peu me lâche l’attraction des métaphores. D’une poésie avant tout visuelle, peut-être, je suis passée à ce qui s’écoute et se laisse porter par le rythme, la fluidité du vers, son harmonie – ce qu’approuvait pleinement Pierre Dhainaut, qui me lisait avec une grande bienveillance.

Mais bien entendu, je peux toujours me tromper, me laisser embarquer par des enchaînements fallacieux, superficiels, qui me font sortir du sillon de ma voix. Sillon n’est pas ici péjoratif : de la même famille que sillage, il suggère une suite, une continuité naturelle, une trace spontanée. Alors je reviens au poème. J’aime retravailler mes textes, jusqu’à sentir : « Oui, là, cela sonne plus juste. » Un tel travail peut prendre des années…

J’entendais l’autre jour Amélie Nothomb (ma presque jumelle : nous sommes nées le même jour de la même année) expliquer avec beaucoup d’acuité ce que représentait le fait d’être un auteur. Oui, disait-elle, écrire est épouvantablement difficile mais c’est un tel plaisir… 

Pour ma part, j’ai le même sentiment : écrire un poème, notamment, c’est à la fois un immense plaisir et une forme de travail sur soi-même. 

Jusqu’à se rejoindre, tel qu’on est, ajusté à son propre rythme, son propre élan de vie – celui qui nous anime et nous déborde infiniment.

Sabine Dewulf

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lundi 28 septembre 2026

« Une conscience alertée par le jour ! »



Quel est ce penseur qui disait à propos de l’évolution : « il y a le règne minéral, végétal animal, puis, il y a le règne humain et au-delà de l’humain : le « chrétien ». »
D’autres diront au-delà de « l’humain, il y a le surhumain, le transhumain, l’homme augmenté, le cyborg, etc. »
Je parlerais plutôt avec la tradition chrétienne orthodoxe non pas du chrétien (qui peut être un humain pire que les autres, et tout aussi mortel), je parlerais du « divino-humain », l’homme augmenté par la grâce, le « tout autre » amour : le Saint Esprit.
Le « divino-humain » n’est pas seulement un être qui croît, qui pousse, qui chante ; un être qui doute, désire et pense, mais plus encore, un être qui aime et qui prie.
La prière étant cet art de penser dans l’ouvert, la possibilité de ne pas s’enfermer dans « l’être pour la mort » c’est « naître d’en haut », c’est-à-dire d’un silence, qui n’est ni de l’espace, ni du temps. « Beaucoup meurent avant d’être nés », nés à leur être essentiel, à leur nature divine, ils demeurent à la surface du Réel.
La prière révèle la nature profonde, la plus haute, de l’homme, c’est le frémissement silencieux de la rose qui s’ouvre, la conscience alertée par le jour…
Le sourire inattendu, incroyable du nouveau-né (d’en haut et d’en bas.)
Jean-Yves Leloup
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samedi 26 septembre 2026

Statues d'éveil

 Les statues de Rakan au Japon représentent les disciples de Bouddha ayant atteint l'éveil spirituel (aussi appelés arhats).

Qu'est-ce qu'un Rakan ?

Définition : Un disciple sage et digne de Bouddha.

Représentation : Sculptés en groupes (souvent 16, 500 ou 1 200).

Particularité : Chacun possède une expression unique (sourire, rire, visage pensif ou scène de la vie quotidienne).

Au temple Otagi Nenbutsu-ji, à Kyoto, environ 1200 statues de Rakan sont dispersées dans la végétation. Sculptées par des gens ordinaires sous la direction du moine Kocho Nishimura, elles sont toutes différentes : certaines prient, sourient ou rient, tandis que d’autres tiennent des objets évoquant la vie quotidienne.


Signifiant littéralement "le digne", le terme rakan est le titre le plus élevé attribué aux disciples du bouddhisme zen. Ces disciples sont parvenus à atteindre l’illumination par leur pratique ascétique et à raison de très nombreux efforts personnels. Le bouddhisme zen enseigne en effet que l'illumination s'obtient par un éclair de perspicacité ou par un long et rigoureux travail sur soi ainsi qu'une profonde prise de conscience. Ces pratiquants fidèles sont considérés comme les gardiens des enseignements du bouddha et honorés en tant que modèles dans la quête spirituelle individuelle. (Japan Experience)

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Désir de l'arbre



« Pour oublier les murs

 de nos solitudes 

je rêve je me réchauffe 

au feu de ta poitrine -

Dans ma chambre 

pleine de fleurs sauvages 

je bois ton absence 

jusqu’à l’ivresse. »




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