"Les braves gens disent que pour devenir parfait,
Vous aurez peut-être remarqué que je préfère parler de « connaissance de soi » plutôt que de « développement personnel ». À vrai dire, je me méfie un peu de la seconde formule. Pourquoi ?
De plus, la notion de développement suppose une progression temporelle. Ce n’est pas faux, bien entendu : je suis même très attachée à l’idée de travail sur soi, qui implique une durée. Mais cette notion ne rend pas compte d’une autre dimension essentielle : c’est l’instant présent toujours renouvelé qui nous soutient et nous répare en profondeur. Aussi ai-je axé mon jeu des Trois cheveux d’or sur un double parcours : temporel, à travers un conte de Grimm, et… instantané, grâce aux poèmes de Pierre Dhainaut.
En outre, le concept de personnalité mérite d’être examiné et même questionné : qui sommes-nous réellement, si l’on veut bien chercher au-delà des apparences ? En créant Le Jeu des miroirs, j’ai cherché à mettre en évidence deux observations : la première, c’est que chacun de nous n’est pas un mais multiple : nous sommes faits de mille et une facettes dont certaines sont contradictoires et cherchent même à étouffer les autres ; la deuxième, c’est que, comme l’a montré Douglas Harding, notre véritable identité n’est pas la projection de notre image dans le miroir. Elle est en creux plutôt qu’en plein, réceptive plutôt que volontaire…
Enfin, je ne me reconnais pas souvent dans le milieu du développement personnel tel que je l’ai longuement côtoyé, à cause de certaines certitudes affichées, de croyances naïves, d’un certain culte de l’émotion, de rejets irrationnels, en somme d’affirmations venues d’influences non explorées…
Pour toutes ces raisons, tenter modestement de se connaître soi-même, dans sa propre diversité intérieure et dans son lien avec les autres, me semble une voie à la fois plus solide et plus féconde.
Sabine Dewulf
(source FB)
Illustration : peinture de Josette Delecroix pour Le Jeu des miroirs de Sabine Dewulf, publié par les éditions du Souffle d'Or en 2011 (coup de cœur de l'éditeur...).
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« La vie intérieure, c’est savoir que la paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard de paix que nous portons sur le monde.
« C’est savoir que la joie n’est pas dans le monde comme des dragées dans une bonbonnière, et qu’il suffit d’attendre qu’une société, enfin parfaite, ou des appareils, enfin complets, remplissent la bonbonnière.
"C’est savoir que la joie n’est jamais pour demain, mais pour aujourd’hui, ou alors qu’elle ne sera pas. Être bien sûr que les événements, même les plus doux, la campagne, même la plus fleurie, la paix civile, même la plus durable, ne la donneront jamais. Et cela pour la simple raison que nous l’avons déjà. »
– Jacques Lusseyran, « Le monde commence aujourd'hui »
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Soyez simple, laissez le corps capter et n'ayez pas peur que les choses ne se passent pas bien. Lâchez prise de cet énorme monstre qui veut absolument que tout se passe bien.
En voulant que tout se passe bien, vous passez de l'état d'amour à l'état de devoir, et là, il y a la souffrance. Un être qui aime n'est pas en souffrance.
"Luis Ansa, La voie du sentir", de Robert Eymeri
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25 à 30 minutes d’assise, c’est long, très long …
tellement long qu’en moi tout refuse et se contracte.
Physiquement, je suis un bloc de granit, dur, tendu et
douloureux.
Émotionnellement, j’oscille entre ennui et colère.
Mentalement, c’est la cacophonie des pensées négatives : « A quoi ca sert … Ce n’est pas possible de se faire aussi mal … Ce n’est pas pour moi, je n’arrive vraiment à rien…»
Et puis, une sensation fugace, diffuse : « tiens, je
respire !»
Un étonnement : « tiens, j’arrive encore à respirer
dans ce marasme !»
Les sensations du souffle se frayant un passage,
s’écoulant au cœur de cette dureté, sont comme une caresse intérieure : « je
respire, c’est doux, c’est bon!»
Et, tout d’un coup, l’expérience du contact avec cette
action que je ne fais pas et qui se fait, inspir/expir, prend la première
place.
Des larmes coulent, je suis touché par la douceur, le
rythme naturel, la force de ce que l’on appelle le souffle … Tout se détend, se
fluidifie.
Le centre de l’assise n’est plus d’essayer de faire
quelque chose, de chercher à être « plus ceci, ou moins cela ». Etant assis, je
sens de plus en plus cette action infaisable, imposée par la vie : ça respire
!
« L’exercice, nous dit Dürckheim, ne nous fait pas devenir meilleurs, mais
nous remet en contact avec une partie de nous même non affectée par les aléas
de l’existence ».
C’est exactement ce que je suis en train de vivre !
La situation extérieure n’a pas changée mais mon
attention s’est déplacée.
D’une assise habitée par la pensée au sujet de « faire
un bon za-zen », avec tout ce que cela suppose de constructions physiques et
mentales – désirs, refus, buts à atteindre et idéaux – je me retrouve au
contact du tout simple : assis, animé et porté par le souffle, pleinement
vivant. Les «aléas» de l’assise qui envahissaient jusqu’alors tout l’espace de
ma pratique se sont évanouis en un
instant.
Pour un moment au moins, je peux sentir, goûter ce que
veut dire accueillir.
« Faites face à
ce à quoi vous faites face », « embrassez le réel », « accueillez ce qui est
par la sensation », instructions maintes fois entendues et, plus tôt ou
plus tard … une posture faite de luttes et d’attentes bascule en un geste vaste
et sensible d’abandon à ce qui apparait et disparait, se transforme, instant
après instant.
Za-zen !
Je ne m’oppose plus mentalement à ce qu’il m’est donné
de vivre à l’instant.
Je ne construis pas d’autres propositions, pas d’autre
scénario.
Ce que Moi j’attends, je veux, j’idéalise – si
possible une méditation à ma façon, forcément lumineuse – devient fade, sans
intérêt : rien que des pensées irréelles transpercées par le geste bien réel
d’être assis, vivant, porté par le souffle.
Pour un moment, je vis au contact de « l’être
essentiellement là », toucher de l’être que K.G.Durckheim décrit ainsi : « Satori ? C’est l’échafaudage du moi qui tombe en ruine et la vitalité
transformatrice de la vie qui nous saisit ».
Za-zen !
« S’asseoir dans la tenue juste, la forme juste, le rythme juste.»
S’asseoir sur un coussin, une chaise, le dos droit,
parfaitement immobile.
Vraiment assis, posé en son centre vital,
bassin/bas-ventre, et en même temps offert à la verticalité naturelle. En ce
subtil équilibre terre/ciel se libère ce que l’on appelle la tenue : un geste
naturel qui ne se construit pas, infaisable, libre de l’effort de se tenir
droit.
Vraiment assis, se détendre dans les épaules, le dos …
se détendre dans les mâchoires, la nuque ou le regard, les yeux ouverts … se
lâcher dans le bas ventre, le bassin, les cuisses … mains en coupe sous le
nombril.
Ainsi, s’épanouit un geste de tout soi-même, souple et
respirant, libéré des contractions d’une attitude trop volontariste.
Ce que l’on appelle une forme plus juste est une
assise non figée, en évolution constante, soumise aux rythmes du corps vivant
inspir/expir, tension/détente.
Vraiment assis, immobile, afin de ne pas intervenir
sur « la vitalité transformatrice de la
Vie », notre profondeur infaisable.
Une absolue immobilité afin « de ne plus empêcher que ce qui doit arriver arrive » et, naturellement, nous transforme.
Cette part de nous-mêmes « non affectée par les aléas de l’existence », exercée, expérimentée
et renouvelée par la pratique régulière de za-zen, ne nous quitte en fait jamais : c’est le cœur
de notre Être.
Mystère de nos souffrances et de notre être essentiel
intimement entrelacés, cette profondeur se trouve au centre même de nos
existences, dans le monde tel qu’il est.
Encore faut-il apprendre à écouter cet appel
intérieur, s’y exercer.
C’est le sens du chemin d’expérience et d’exercices
que propose le Zen.
Joël PAUL
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Ok Imaginons que la peur est ici (Daniel montre le dos de sa main), et que le désir est là (Il montre le creux de sa main). Le désir est attractif, il crée de la tension qui engendre de l'énergie. Cette tension crée le mouvement vers une réalisation possible plus tard. La peur, elle, réfrène le mouvement. Elle est liée au désir car elle est l'autre face du désir. Quand la face du désir avance, la face de la peur avance aussi, mais en freinant. C'est donc l'autre face du désir. J'ai envie de ceci, oui, mais si il se passe cela... Et quand la peur est plus forte que le désir, elle te fait oublier ton désir. Les gens disent alors je ne veux plus avoir peur, et oublient leur désir premier. Mais où vont-ils prendre l'énergie pour avancer? Il leur faut un désir plus fort que la peur pour recréer une tension et aller vers ce but.
Daniel Morin
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Douglas Harding
Tableau K.Malevitch. Carré blanc sur fond blanc
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Je croyais que la vérité était certitude invincible, je découvre que la vérité est vulnérable, que ma certitude peut être blessée et cette blessure est la trace d’une autre certitude, d’une autre vérité, la vérité de l’Autre.
J’accepte désormais que ma vérité ne soit plus invincible mais vulnérable, certitude ouverte, non fermée.
Je croyais que la bonté était vulnérable, fragile, emportée par les violences du dehors, faiblesse !
Je découvre que la bonté est invincible, sans fond, que rien ni personne ne peut la vaincre. On ne peut rien contre la bonté comme on ne peut rien contre l’amour.
L’agneau est plus fort que le dragon. Face à l’innocence, c’est celui qui dévore, qui est dévoré. Peut-être que la puissance de la Vérité, c’est la Bonté qu’elle cachait et qui se dévoile. Une vérité sans amour ne peut être qu’une idole, comme un amour sans vérité est complaisance molle.
Plutôt qu’avec une vérité invincible et une bonté vulnérable, il me faut apprendre désormais à vivre, avec une vérité vulnérable et une bonté invincible.
Une certitude qui accepte d’être blessée et une bonté qui demeure sans limites.
Intercontinentale des consciences, Solstice d’été, 21 juin 2026 - Jean-Yves Leloup
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Pour moi, l’intelligence est la capacité de penser très clairement. C'est la capacité de penser sans qu'aucun désir personnel, aucune fantaisie, aucun espoir ni aucune peur ne soient projetés dans notre pensée. C'est de voir les faits tels qu’ils sont : voir la corruption telle qu'elle est, voir l'ambition telle qu'elle est, voir les exigences sexuelles telles qu'elles sont.
Tout voir clairement — sans aucune sorte de distorsion — est le début de l'intelligence.
(Source : A Timeless Spring)
☯️
La pensée est si rusée, si habile, qu'elle déforme tout pour sa propre convenance.
☯️
~ Jiddu Krishnamurti
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Mais qui est le soi ? Existe-t-il réellement ?
Comment le voir sans le laisser vous rembobiner dans le rêve à nouveau?
Le soi dont on parle ici est le rêveur, le personnage que l'on croit être. Ce personnage vous semble être un individu réel qui évalue, veut se perfectionner, s'améliorer et même s'illuminer. Il est celui que vous appelez : moi. Il veut se réaliser dans le futur, car il croit au temps d'apprentissage par l'accumulation de connaissances. Il vit dans le temps. Mais qu'est ce que le temps ? Le temps est le mouvement imaginaire de ce personnage. Ce personnage est une erreur de perception, un personnage fictif, un amalgame de souvenirs, de théories et d'habitudes. Regardez honnêtement ce qui définit votre je, sur quoi repose votre identité. La personne que vous avez cru être dans le passé, que vous croyez être maintenant et que vous prévoyez devenir dans le futur n'est jamais stable, jamais identifiable. Quand vous proclamez : Moi, je sais que…
De qui parlez vous ? A partir de quel point de vue ?
Extrait du livre de Betty Quirion "La Fraîcheur de l'instant, la fin d'un rêve d'individualité".
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