Shabbat
mercredi 18 février 2026
Shabbat
mardi 17 février 2026
Flux continu
La pensée de la semaine par Matthieu Ricard :
lundi 16 février 2026
Supplique
Traditionnellement, les énergies saisonnières s’inversent. La vitalité se réveille. Elle n’entrouvre encore qu’une demi-paupière ; cela suffit pour qu’elle se prépare.
Le printemps commence à s’imaginer. Il se voit comme une brise douce, tiède, caressante. Il est un gros bourgeon de velours, un nid douillet pour ce qui doit éclore.
Ce moment du milieu de l’hiver est une espérance.
Dehors, les bourrasques, la tempête, les inondations.
Miroir abstrait de la fureur humaine, remplie de convoitise, de débauche, de l’idolâtrie du pouvoir et de l’argent.
La souffrance est partout mais personne ne cherche les véritables causes.
L’éveil printanier – dans le jardin les jonquilles sont fleuries – ne veut pas dire qu’il se réalisera selon son rêve. Probablement, il ne sera que la suite de cet hiver troublé, détrempé.
Mais nous pouvons l’appeler. Lui dire que nous ne voulons plus des discordes de voisinage et familiales, des dissensions sociales, des guerres de conquête. Nous ne voulons plus de la furie des points de vue. Nous aspirons à la modération, à la paix dans les quartiers, au plaisir de la rencontre, à la dégustation du petit rien.
Le printemps frémit à notre écoute. Notre supplique aura-t-elle la force de l’influencer ?
Christian Rœsch - directeur de la publication de REFLETS
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dimanche 15 février 2026
Le chant des forêts
LE CHANT DES FORETS de Vincent Munier
samedi 14 février 2026
« L’espoir d’un renouveau dans le chaos du monde »
Je croyais écrire une chronique de dépression hivernale, je me voyais rejoindre ma mère sur son canapé, devant la télévision, pour regarder désolée les mauvaises nouvelles du monde en déliquescence. Jusqu’au moment où la découverte d’un artiste m’a sauvé de ce mauvais penchant.
L’Apocalypse, une démarche cathartique
Maurice de la Pintière pendant 20 ans, à partir de 1960, a dessiné une série de 15 tapisseries exposées à Angers sur le thème de l’Apocalypse où il décrit le chaos du monde mais aussi l’espoir d’un renouveau.
Avant lui, dans le château d’Angers, au Moyen Âge, Hennequin de Bruges avait créé une grandiose Apocalypse de 130 m de long sur 6 m de haut et Jean Lurçat traumatisé par la guerre avait repris le thème de l’Apocalypse à Angers en 1957. Les trois Apocalypses se répondent. Pour Maurice de la Pintière, travailler sur le texte de saint Jean fut une démarche cathartique pour sortir de sa dépression.
L’histoire de cet artiste est exceptionnelle. Alors qu’il est étudiant aux Beaux-Arts à Paris, la guerre de 1940 éclate contre l’Allemagne et le conduit, à 20 ans, dans les rangs de la résistance. Peu de temps car il est arrêté, emprisonné et torturé par la Gestapo avant d’être déporté en Allemagne au camp de Dora.
Dora c’est l’annexe de Buchenwald, le lieu sert à produire les missiles V1 et V2 à marche forcée. Ironie du sort, cette production d’armes nouvelles et secrètes, fleuron de la technologie allemande, sera dans le futur une étape essentielle de la conquête spatiale !
Von Braun, l’inventeur de ces missiles a réalisé son rêve : ouvrir aux hommes les portes du ciel. Mais pour y parvenir, il a dû en laisser beaucoup d’autres aux portes de l’enfer… À Dora, si on a la force de rester en vie, on devient des fantômes tant la peau colle aux os.
À la sortie du camp, Maurice de la Pintière pèse 35 kg et il est malade de la tuberculose. Pendant son temps de convalescence, il dessine les images qui le hantent. Ce premier acte de mémoire est un geste salutaire qui participe à sa guérison. « C’est à l’art que je dois ma survie », dit-il.
Devenir une lumière
Dans le silence, l’œuvre de l’Apocalypse est en train de germer. Elle naît après une rechute de sa maladie. « L’Apocalypse par sa richesse symbolique merveilleuse me guide dans le déchiffrement de ma douloureuse expérience. » Il commence alors à créer un premier carton Feu de vie qui montre un épouvantail vêtu d’un costume rapiécé dont certains bouts de tissus évoquent la tenue rayée des déportés.
Ce pantin le représente. Dépourvu de corps, il est un vêtement usé, vidé de sa chair. Mais, de façon surprenante, il arbore un visage au masque radieux, coiffé d’un chapeau à plumes. Il danse avec une femme lumineuse à la chevelure de flammes qui l’entraîne par la main. La femme est le signe de la vie spirituelle, de l’espoir.
Pendant 20 ans, Maurice de la Pintière va égrener les cartons des tapisseries comme une lente méditation. Grâce à son travail artistique, il s’aperçoit qu’aux pires heures de son épreuve, la lumière l’éclairait, il n’a jamais perdu la foi. Par son œuvre, il guérit. Dans la dernière tapisserie qu’il conçut on voit une lampe briller dans un paysage rouge et noir.
Sur les collines on lit : « Si tu veux être l’étoile dans le ciel ou le feu sur la montagne, sois d’abord la lampe dans la maison. » Nous n’avons pas besoin d’être des héros. Nous pouvons travailler modestement à devenir une lumière éclairant nos pas et ceux qui sont autour de nous. Cette clarté commence à l’intérieur de nous, elle fait fuir l’ombre et nous renouvelle.
Paule Amblard
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vendredi 13 février 2026
Quand rien ne transforme
On entend souvent dire que l’Orient valorise l’efficacité tandis que l’Occident cherche la vérité. La formule est séduisante, mais elle devient dangereuse lorsqu’elle est simplifiée et récupérée par la néo-spiritualité contemporaine. Car si tout ce qui « fonctionne » devient vrai, alors plus rien ne sert de repère. Et sans repère, il n’y a pas de transformation durable.
Dans une grande partie de la pensée chinoise classique, la validité d’un enseignement ne se mesure pas à sa capacité à décrire une réalité abstraite, mais à sa justesse dans le réel. Est juste ce qui régule, harmonise, restaure l’équilibre, permet à la vie de circuler. Un modèle médical est valide s’il soigne. Une pratique est juste si elle aligne l’être avec le Dao. La vérité y est relationnelle, opératoire, incarnée.
L’Occident, depuis la Grèce antique, a privilégié une autre approche : la vérité comme adéquation entre l’intellect et le réel. Un énoncé est vrai s’il correspond objectivement à ce qui est. Cette quête a rendu possible la science moderne, le droit, la logique formelle. Elle a aussi installé l’idée qu’un système peut être évalué indépendamment de son utilité.
Dans les voies spirituelles, cependant, ces deux approches se rencontrent et se transforment. L’efficacité d’un chemin ne dépend pas nécessairement de sa vérité ontologique, mais de sa cohérence interne, de sa puissance symbolique et de l’engagement du pratiquant.
Un système cohérent structure le sens, stabilise l’esprit, aligne le comportement, permet l’intégration somatique et émotionnelle. Ce n’est pas la « véracité » du modèle qui transforme, mais la relation vivante que l’on entretient avec lui.
Les recherches en psychologie et en neurosciences confirment aujourd’hui ces mécanismes. Le cerveau humain n’est pas un simple organe d’enregistrement du réel : il construit en permanence des modèles pour orienter l’action. Un cadre symbolique cohérent réduit l’incertitude, apaise le système nerveux et favorise la régulation émotionnelle.
La répétition de pratiques structurées renforce les circuits neuronaux par neuroplasticité. L’engagement et la croyance augmentent la motivation, la persévérance et même les effets psychosomatiques mesurables. Autrement dit, un système peut produire des transformations réelles sans pour autant décrire littéralement la réalité.
C’est ici que surgit le piège majeur de la néo-spiritualité. À force de puiser dans toutes les traditions, de juxtaposer pratiques, concepts et rituels sans cadre unificateur, la cohérence disparaît. Le sensationnel remplace la structure. L’intensité émotionnelle tient lieu de profondeur. On confond expérience forte et transformation réelle.
Picorer dans toutes les assiettes spirituelles donne l’illusion d'ouverture et de liberté, mais produit souvent l’effet inverse : dispersion, instabilité, dépendance aux nouveautés. Sans cohérence, il n’y a ni intégration, ni maturation, ni incarnation. Le pratiquant devient collectionneur d’expériences plutôt qu’artisan de sa propre transformation.
Un système spirituel transforme lorsqu’il crée une continuité, lorsqu’il organise le sens, lorsqu’il permet au corps, à l’esprit et à la conduite de converger. L’efficacité véritable n’est pas l’intensité d’un moment, mais la qualité d’un processus. Elle se mesure à la stabilité, à la lucidité accrue, à la capacité d’agir avec justesse dans le réel.
À l’inverse, l’efficacité apparente peut provenir de mécanismes moins nobles : effet de groupe, suggestion, dépendance affective, fascination pour l’exotisme, fuite de soi. Ce qui produit un soulagement immédiat n’est pas toujours ce qui libère. Ce qui impressionne n’est pas toujours ce qui transforme.
La véritable question n’est donc pas de savoir si un système est « vrai » au sens occidental, ni s’il est simplement « efficace » au sens utilitaire. Elle est de discerner s’il est cohérent, intégrable, et s’il conduit à plus de liberté intérieure plutôt qu’à plus de dépendance.
Dans un monde saturé d’offres spirituelles, la maturité consiste peut-être à renoncer à tout expérimenter pour enfin habiter un chemin, et surtout, habiter enfin sa propre vie.
Car lorsque tout est possible, rien ne s’approfondit. Et lorsque rien ne s’approfondit, rien ne transforme.
Fabrice Jordan
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jeudi 12 février 2026
Feu sur feu
Osez ouvrir de nouveaux chemins et prendre pleinement votre place.
Cheval de feu et Tigre de métal...
mercredi 11 février 2026
Bonté
Dans l’enfance ou à l’âge adulte, avez-vous connu des moments d’illumination, des expériences d’ordre mystique ?
Ce n’est pas vraiment une illumination mais un sentiment plus souterrain, diffus, que je pouvais parfois croire être perdu et qui revenait toujours : la sensation d’une bienveillance tramée dans le tissu parfois déchiré du quotidien. Cette sensation n’a jamais cessé de courir par-dessous les fatigues, les lassitudes et même les désespérances. Je tourne autour d’un mot : la bonté. C’est la bonté qui me stupéfie dans cette vie, elle est tellement plus singulière que le mal.
Christian Bobin
Entretien le monde des religions en 2007 avec F. Lenoir
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mardi 10 février 2026
Se connaître...
IL Y A 95 ANS, NAISSAIT STEPHEN JOURDAIN ...
Extrait d'une interview de Stephen Jourdain, où il évoque admirablement l'idée du "geste intérieur" qui nous est toujours possible de faire. (MT, 2008) :
« ... Je crois que je dois essayer de vous donner une idée de cet acte : Regard de conscience totale trouvant, avec la sûreté de la flèche, le centre, la source, la vérité de l'esprit, et se croisant lui-même... Remontée à contre-courant de soi-même, à travers l'acier des vérités, de la Vérité elle-même, à travers toutes les conceptions, toutes les opinions, toutes les intentions et tous les programmes de l'esprit, jusqu'au contact authentique avec soi — jusqu'à « l'éveil », sommet depuis quoi, en vérité, l'ascension a été faite, depuis qui et par qui... Exhumation et rejet de toutes les identités et de tous les noms qui collent insupportablement à l'âme, à la présence desquels elle est d'ordinaire insensible, faute de les discerner et faute de se connaître...»
Stephen Jourdain (8 janvier 1931 - 19 février 2009)
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lundi 9 février 2026
Cabane hors du temps
" Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. "
Sylvain Tesson
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dimanche 8 février 2026
Mon ami, mon frère
On n’y voit plus rien. Ça vocifère de partout. Le monde qu’on laisse se déployer tout autour – et en nous – fait un bruit aveuglant. Poisseux. On se demande chaque jour quelle plume on va perdre encore dans le carnaval triste à pleurer.
Et soudain, ta voix, mon ami, mon frère, toi le veilleur du « Dieu qui se fait jour ». Que dis-tu ? À quel visage me reconduis-tu ? Tu n’as pas d’autre ambassade que la boue de tes souliers et la franchise de tes mains. Tu ne viens pas démontrer. Tu ne fais pas, comme tant d’autres, du nom de Dieu un marteau pour cogner sur les dernières forces qui nous restent.
Tes livres ? Des lettres qu’on écrit à l’aube ou le soir, avant ou après une journée de labeur. Parce que les mots ne sont rien s’ils ne sentent pas la terre, la pudeur animale et la vieille patience des hommes. Les paroles n’ouvrent pas les portes verrouillées qui nous font mourir à petit feu, si elles ne sont pas nues et pauvres comme une enfance face à la nuit.
Toi, mon ami, mon frère, tu sais écouter ce que le savoir a oublié de savoir. Ce que les certitudes cachent : ce halo de lumière et d’espérance qui se tient, palpitant, là où leur tranchant s’attendrit. Tu viens nous redonner des nouvelles d’une joie qu’on ne trouve qu’à l’intersection de la frugalité et de l’émerveillement.
Un visage à habiter
Le monde existe. Existe vraiment. Il n’a rien à voir, dans sa simplicité désarmante, avec cette parodie hurlante que nous appelons le monde.
Tu ne promets rien, mon ami, mon frère, tu dis, ce que tu as sous les yeux, ce qui se laisse entrevoir, dans le battement de l’instant. Tu dis et, par ce simple geste, élémentaire, tu donnes. Quoi ? Un commencement, une aurore, un pas de confiance. Tu nous redonnes un paysage à habiter, une amitié à vivre, une lumière aimante posée paisiblement sur le monde.
Toi, mon ami, mon frère, tu n’es pas de ceux qui se paient en passant. Si tu le pouvais, tu ne dirais pas ton nom. Comme les bâtisseurs d’oratoires ou de chapelles ne le clamaient pas. Tu parles et c’est le premier matin. Tu parles et je suis de nouveau un homme. Tu parles et le ciel existe. Tu parles et Dieu est là, dans l’arche émue des solitudes.
Tu fais entrer dans les mots l’évangile du monde : « Qu’est-ce que la pénombre ? La lumière qui ne fait pas de peine à la nuit ; la lumière dont la nuit demeure l’aînée. » Le murmure du monde : « Sans la jachère obscure qui l’entoure, l’étoile pourrait-elle respirer ? » L’ivresse rêveuse du monde : « Coloriage – Le ciel de mai a posé un cierge rose sur chaque pagode verte des marronniers, avec application, en tirant la langue, et d’une main d’enfant. »
Comme tu nous redonnes un monde à accueillir, tu nous rouvres le chemin de toute notre humanité à vivre, à comprendre, à aimer : « Dans un regard – transfiguré – que nous porterions les uns sur les autres, nous nous verrions auréolés de ces auréoles grises que sont nos vies. Et nous devrions nous échanger ces auréoles, parfois, pour les embrasser, car c’est avec cela qu’il fait jour. »
Toi, mon ami, mon frère, tu prends les grands mots intimidants et tu nous fais voir que chaque jour nos pressentiments nous en rapprochent : « L’éternel n’est point ce qui dépasse le temps, mais ce qui le traverse ; non point l’outre-temps, mais l’entre-temps ; non point le trépas du temps, mais sa plus vive vie. »
C’est parce que nous sommes enfermés dans notre manège que nous ne voyons plus rien. C’est parce que nous avons l’oreille collée à la mauvaise vitre que la vocifération nous rend sourds : « Tout, absolument tout est possible, dès l’instant que l’on passe le mur de soi, comme on passerait le mur du son. »
Tu t’appelles François Cassingena-Trévedy, mon ami, mon frère. Et ton livre porte un titre aussi beau que ta vie : Douze constellations pour une année d’éveil (Albin Michel, 2026).
Emmanuel Godo
Emmanuel Godo, poète, a publié récemment Avec les grands livres, actualité des classiques (Éditions de L’Observatoire).
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samedi 7 février 2026
Résister
En quoi consiste une bonne résistance ?
Nous sommes parfois tentés de résister avec des logiciels du passé, c’est-à-dire « contre » ceux qui ont tort à nos yeux. Certains combats justes – je pense à l’écologie, par exemple –, pris par l’animosité, peuvent devenir intolérants et violents. Spinoza a montré combien la haine diminue notre puissance d’agir, nous coupe du réel et nous plonge dans une obscurité totale. Il importe de la surmonter afin de préserver notre intégrité, et combattre au nom de la vie.
La véritable révolution suppose de résister « pour ». Ce changement de paradigme nous invite à déterminer ce qui nous anime profondément : pour quoi sommes-nous prêts à nous battre ? Qu’est-ce qui mérite d’être sauvé, protégé, transmis ? Résister s’inscrit dans le quotidien et rend heureux.
Fabrice Midal.
Extrait d'une interview dans le magazine La Vie.
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