Il existe en effet une loi qui est au-dessus de toutes les lois, une vérité qui est au-dessus de toutes les vérités, c'est celle de l'amour:« Je veux la miséricorde et non le sacrifice.» Le leitmotiv de toute spiritualité, c'est l'amour. Non pas l'amour ordinaire- j'aime ceci et, par conséquent, je n'aime pas cela- mais l'amour suprême qui est un état d'être et transcende l'opposition du «j'aime et je n'aime pas ». Une des caractéristiques essentielles de cette transformation de l'homme charnel en homme spirituel, c'est cette loi d'amour. Tout le monde connaît la célèbre réponse du Christ à un docteur de la Loi venu l'éprouver : « " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. " Voilà le premier et le grand commandement. Et voici le second qui lui est semblable:" Tu aimeras ton prochain comme toi-même." De ces deux commandements dépendent toute la Loi et les Prophètes * » Pour atteindre cet amour, il est indispensable de dépasser le stade du jugement et de la condamnation.
Mais il est difficile, que nous soyons hindous, bouddhistes, musulmans ou chrétiens, d'être libres de nos écritures - bien que l'histoire soit là pour nous remémorer combien l'attachement à l'aspect pierre, roc, de la vérité a pu conduire à un manque d'amour. Nous sommes attachés à ce qui nous a été présenté comme la vérité et est devenu pour nous une opinion qui nous empêche d'accéder à cet autre niveau, à cette autre loi qu'est l'amour. L'essentiel est donc de détecter en vous les obstacles à cette possibilité d'amour, les attractions et répulsions qui font que vous pouvez encore ne pas aimer. A cet égard, souvenez-vous, le "Aimez vos ennemis" du Christ n'a pas seulement un sens moral, comme les enfants le comprennent d'abord. Il ne s'agit pas seulement de nos ennemis humains mais de tout ce que nous sentons comme nos ennemis, c'est-à-dire chaque situation et chaque événement de la vie qui, pour parler un langage moderne, nous agresse. Si nous n'élargissons pas le sens de cette parole, nous perdons une partie de la richesse de l'enseignement. Tant que nous sommes encore soumis à la mentalité dualiste ordinaire, au sens de l'ego, à la tyrannie du mental, tout ce qui ne nous convient pas, tout ce qui représente un contretemps à nos yeux, tout ce qui fait lever en nous une émotion douloureuse devient notre ennemi.
Arnaud Desjardins - en relisant les évangiles
* Matthieu 22, 37-40.
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