Abandonnez l'idée que vous faites des choix et alors vous serez libre.
« La roue de la transformation »
Les citations en italique de cette lettre sont issues du livre de K.G. Dürckheim : « Pratique de la voie intérieure – Le Quotidien comme exercice ».
Une personne engagée sur la Voie du zen, à la redécouverte de son être essentiel - sa vraie nature -, n’a de cesse de se soumettre à une transformation qui ne s’arrête jamais. Cette transformation est « le dynamisme créateur de la vie » qui anime tous les êtres vivants, processus dont nous pouvons prendre conscience et témoigner dans notre existence : c’est un chemin de maturité et d’éveil propre à l’être humain.
« L’homme possède une conscience grâce à laquelle il
devient responsable de son devenir. C’est à la fois sa chance et son péril, car
il peut se manquer lui-même. »
Se trouver, c’est se réaliser dans sa plénitude d’être
humain : une affaire de toute une vie de connaissance de soi, de pratique et
d’attention à entrainer et développer au sein de son existence quotidienne.
Le zen n’est pas une fuite, mais une plongée dans le monde
tel qu’il est. Dans ce livre - Pratique de la voie intérieure- Dürckheim parle «
de ces faux prophètes qui promettent à l’homme perturbé une tranquillité à bon
marché, une tranquillité bourgeoise » et de « ces fausses pratiques qui
éloignent l’homme de son vrai centre ».
L’homme est ainsi trompé sur le sens de son inquiétude
profonde, qui ne sera jamais guérie par une recherche de fixité ou par
l’atteinte d’un état définitif, ni par un bien-être relatif. C’est l’écoute et
le respect de son besoin de se confier à une transformation voulue par « la
Grande Vie » qui le libèrera d’un MOI sclérosant et réducteur.
S’ouvrir à la roue de la transformation, c’est découvrir une Voie qui ne finit jamais et accepter de vivre en tant que « Personne en devenir. »
Cette roue présente cinq rayons, cinq « axes de travail », qui amènent l’être humain à briser la coquille de l’ego, s’ouvrir, s’épanouir, et vivre pleinement dans le monde sans s’y perdre tout en gardant un contact avec l’Être, centre sacré de sa Personne.
« L’état de veille critique », c’est reconnaitre de plus en plus souvent ce qui entrave l’expression de notre profondeur - l’Être authentique -, et remettre régulièrement en cause nos attitudes figées égocentrées (postures, réactions, mécanicités …), ainsi que notre habitude de tout saisir par la pensée (refuser/préférer, fixer, comparer, analyser). Abandonner l’ego et perdre ses repères habituels et ses illusions est une « dure rencontre avec le monde tel qu’il est, abandon d’un faux désir d’harmonie sans failles, pour découvrir ce qui nous attend au-delà des contradictions. »
Cet « au-delà des contradictions » est un chemin d’accueil
et d’intégration.
Processus d’intégration de tous les aspects de nous-mêmes et
de notre existence, et non d’élimination du désagréable et d’opposition à tout
ce qui peut nous déranger.
Pour que s’éveille « la conscience de ce qui est faux »,
c'est-à-dire de ce qui est dépendant de la conscience rationnelle, refusée ou
verrouillée par elle, l’homme en chemin doit se relier à ce qui en lui le rend
plus vivant, plus fluide, plus transparent à sa vraie nature : « son noyau de
vie. » Ce noyau est le siège de la première conscience sensorielle, appelée
aussi conscience océanique, répondant aux forces de vie qui nous animent et
nous ouvrent à la complétude de notre Personne et de notre existence. « Hara,
centre vital de l’Homme » n’est pas accessible par la pensée ; reconnaitre que
la pensée n’est qu’une fonction de l’existence humaine, et non son Essence, est
le grand défi du zen. Se tenir en son centre juste est une attitude de tout soi-même
à retrouver, exercer et favoriser par l’attention au corps vivant.
« La réalisation de la Personne est le fruit d’un exercice permanent. Lorsque l’homme accepte cette pratique permanente, il se trouve sur la Voie.»
Les deux rayons de la roue, « lâcher prise » et « union avec le fond » sont les bases qui nous sortent de « l’ordre statique du moi, dépassé par l’ordre évolutif de la Vie. »
« Le lâcher prise est l’abandon de l’attitude qui fait
que nous nous fions uniquement à ce que nous pouvons atteindre ou faire avec
notre conscience ordinaire, afin d’acquérir une nouvelle conscience qui
préserve le dynamisme créateur de la Vie. » L’union avec le fond, c’est
sentir, intégrer et servir au cœur de nous-mêmes et de notre existence ce geste
de transformation permanent qu’est l’acte d’être, ou « L’être en acte ».
Ne plus avoir peur de l’impermanence (tout change tout le temps), ne plus
chercher à se réfugier dans une posture confortable et définitive, « telle
est la dignité de l’audacieux. » Avec cette ouverture au renouvellement, «
l’homme ne peut cesser, à chaque instant, de se sentir responsable tant de son
attitude que de son existence. »
La « transparence à l’être » est une manière de vivre sans
cesse remise en jeu par la roue de la transformation, et ainsi se rendre de
plus en plus disponible à une transformation innée, infaisable, appelée et
voulue par notre profondeur.
La Voie ne remet pas en cause le monde, la Voie ne nous
culpabilise pas, ne nous juge pas, ne fait pas de nous des héros ou des
médiocres, mais nous invite à ne plus ignorer notre véritable Essence. La Voie
part d’une existence dans le monde faite de luttes et d’efforts constants pour
y survivre, y maintenir une position, domaine de l’ego et de ses combats, pour nous
ouvrir à une existence apaisée et vivifiante, nourrie de la reconnaissance de
notre être essentiel, source d’une transformation portée par la Vie, domaine de
la Confiance et du Calme intérieur.
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Quand nous pensons continuellement ‟moi ! moi ! moi !” et ne parlons que de nous-mêmes, nous réduisons considérablement la dimension du monde que nous voulons nôtre, et les événements qui se produisent dans la sphère étroite de cet égoïsme nous affectent profondément et troublent à coup sûr notre paix intérieure. La situation est très différente quand nous nous sentons en premier lieu concernés par les autres, quand nous pensons que ces derniers sont si nombreux que nos préoccupations personnelles, en comparaison, sont négligeables. Si, de plus, notre désir est de résoudre leur souffrance, celle-ci, loin de nous décourager, ne fait que renforcer notre courage et notre détermination, à l'inverse de l'apitoiement sur soi qui nous déprime et sape notre courage.
14ème Dalaï Lama, TENZIN GYATSO (b. 1936)
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Christian Bobin, Autoportrait au radiateur
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Véronique Desjardins, son parcours, sa sadhana, et à son rôle spécifique dans la transmission de l'Adhyatma Yoga tel que véhiculé à Hauteville.
"Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est"...
Q : Dans un entretien, tu disais que tu te trouvais dans un voyage sans fin, que le cœur est un abîme sans fond et que dans notre essence, on pouvait mourir toujours plus. Est-ce que cela signifie qu'il n'y a pas d'éveil définitif où l'on arrête de souffrir et que l'on voit le monde depuis sa vraie beauté ?
Tu ne vas jamais pouvoir dire : "Maintenant je l'ai". S'éveiller signifie ouvrir une porte – mais le voyage sans fin ne fera que commencer. Ce n'est pas le chemin d'une personne, mais un mouvement vers l'Absolu.
Q : Dans différents enseignements et livres spirituels, il est dit que nous les humains pourrions et devrions devenir des créateurs. Est-ce à l'opposé de ce que tu enseignes – notamment de simplement écouter et d'aller d'instant en instant avec la vie, comme elle se montre, sans résister ?
N.D. : Quand tu ouvres la porte vers l'Absolu, tu te rends compte qu'il n'y a pas une personne qui pourrait créer quelque chose. Il y a seulement un seul créateur – tu peux l'appeler comme tu veux : Conscience, Shiva, Dieu, Amour. Le plus tu te libères de l'idée d'être quelqu'un, le plus ce créateur universel peut se montrer à travers toi. Alors tu fais l'expérience que quelque chose te pénètre, quelque chose qui incarne cet aspect universel et créateur. Le plus tu te libères de toi-même, le plus la création peut se déployer en toute beauté à travers toi.
Q : Tu as suivi la voie de l'illumination quand tu étais pleinement dans la vie : tu étais dans une relation, tu avais une fille et un métier exigeant dans le domaine publicitaire. Comment as-tu trouvé le temps pour la pratique de la méditation ?
N.D. : Dans mon quotidien, il n'y avait pratiquement pas de temps pour une pratique formelle. Il y a eu une période où je voulais quitter ma fille, pour me retirer et me consacrer à une voie spirituelle – mais mon maître me l'a strictement interdit. Il disait que ma fille et mon quotidien étaient ma pratique. Alors j'ai fait 30, 40 fois par jour une micro-pratique : arrêter, prendre quelques respirations conscientes, sentir le sol sous les pieds et le ciel sur la tête. Les exigences du quotidien étaient des maîtres inexorables.
Chaque difficulté me montre que je ne suis pas libre, que je voudrais que la réalité soit autrement que ce qu'elle est. Dès que je peux arrêter de me battre contre la réalité, je suis libre. Nous cherchons l'illumination dans le dernier recoin de l'Himalaya, alors qu'elle nous attend dans notre propre cuisine.
~ Nathalie Delay
Extrait d'un entretien paru dans la revue "Yoga Aktuell", édition 2/2017
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Inspirer, ressentir la plénitude d’être.
Percevoir la sensation d’être sans caractéristique, radiation subtile, douce. L’inspire nous déploie, recevons son potentiel.
Goûtons la simplicité du miracle d’être, les chants du printemps le célèbrent.
Et nous ? Célébrons-nous ou sommes-nous emmurés dans nos plaintes et nos soucis ? Enfermés au point de ne plus prendre le temps, d’admirer le tableau vivant du ciel, d’écouter la symphonie du monde et de savourer le Silence.
Le Silence toujours et partout présent, seule l’oreille du cœur l’entend.
Notre pratique consiste à nous familiariser avec le Silence qui sature toute la création, imprègne chacune de nos cellules et vibre au plus profond de notre cœur.
De percevoir au milieu de la foule et du tumulte ambiant que le Silence est là. Refuge ultime, en lequel nous retrouvons notre axe et notre aplomb.
Il ne s’agit pas de se retirer du monde mais d’apprendre à vivre à la fois le Silence et l’agitation et dans notre présence élargie les vivre comme une totalité complète et parfaite.
Apprendre à ne pas tourner notre attention exclusivement sur les paroles externes pour entendre les paroles de silence que les cœurs échangent si nous leur laissons l’espace de respirer. Si nous cessons de les bâillonner par nos peurs, nos jugements et nos à priori.
La pratique du Silence par excellence est la prière silencieuse, celle du Souffle.
Inspire — Je suis, expire — l’Essence suprême, Source de tout ce qui est.
Rappel incessant de notre véritable identité.
Nous sommes à la fois le Silence et ses expressions externes — colorées et sonores. Laissons nos paroles, nos actes émaner du Silence vibrant qui gît dans le fond de notre cœur.
Il est une Source vivante qui désaltère notre être comme aucune autre substance terrestre, même la plus suave, ne pourra jamais le faire.
- Nathalie Delay
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Les forêts perdent une de leurs plus grandes alliées : « Lulu du Morvan » est décédée à l’âge de 84 ans.
Lucienne Haèse s’est battue toute sa vie pour protéger les arbres et empêcher les « coupes rases », qui consiste à raser tout ou partie d’une parcelle de forêt pour la sylviculture intensive.
Le commencement de la transformation en adulte, c’est le
goût de la vérité, qui vient de vous-même, pas qui vous est imposé du dehors,
le goût et l’amour de la vérité. Car l’enfant n’aime pas la vérité ; l’enfant
aime bien mieux, vous le savez tous, des rêves, des imaginations. Je suis
Zorro, je suis le chef des Indiens, je pilote des avions... Swâmiji m’avait
donné l’exemple d’un enfant qui prenait le stéthoscope de son père médecin et
se promenait en affirmant : « Je vais soigner les malades pour gagner de
l’argent. » Les enfants ne cherchent pas la vérité ; ils aiment faire semblant,
ils aiment prétendre. Et un adulte qui n’a pas le goût personnel de la vérité,
de la vérité coûte que coûte et à n’importe quel prix, est encore un adulte
infantile. Le commencement du passage de l’enfant à l’adulte s’accomplit quand
cette nécessité devient plus forte que prétendre, plus forte que se rassurer,
plus forte que faire semblant, plus forte qu’être aimé – plus forte que tout le
reste je veux la vérité. C’est la promesse de l’adulte un jour.
Regardez-vous vous-même, avec une grande exigence et une
grande lucidité parce que ce n’est pas tellement facile, j’en parle en
connaissance de cause. Où suis-je totalement vrai ?
Où est-ce que je me mens à moi-même ? Où suis-je empêtré
dans mes illusions ? Et vous découvrirez que la vérité a été tellement perdue
de vue – la vraie vérité, pas celle qu’on arrive à faire croire aux autres
parce qu’on est un peu plus habile – que vous ne la retrouvez plus.
Vous êtes, dans une certaine acception du mot, « aliénés »,
c’est-à-dire « étrangers à vous-mêmes ». Je ne sais plus qui je suis, je ne
sais plus ce que j’aime, ce que je veux ; je me suis perdu de vue.
Tout l’enseignement de Swâmiji peut être vu dans cette ligne, à condition de ne pas la prendre au sens figuré ou allégorique. Ce ne sont ni des paraboles, ni des figures de rhétorique. C’est tout à fait réaliste : l’enfant fait la loi en vous. On ne peut vraiment comprendre les adultes, les autres êtres humains autour de nous, qu’en termes d’infantilisme. Et en termes d’infantilisme, tout s’explique. Au fond nous le savons bien, nous nous en rendons compte plus ou moins. Mais ce dont j’avais besoin, moi, c’est que quelqu’un avec l’autorité de Swâmiji me le dise.
Je peux regarder n’importe lequel d’entre vous dans les yeux
et lui demander : « Dans quel domaine n’êtes-vous encore qu’un enfant, que
l’expression d’un enfant ? Auprès des femmes ? Dans la vie professionnelle ?
Dans vos relations avec l’argent ? Dans votre peur du qu’en-dira-t-on ? Dans
votre besoin d’être aimé ? Dans votre crainte d’être critiqué ? »
Cet infantilisme, cherchez-le bien ; cherchez-le même dans
ce que vous considérez comme un de vos atouts majeurs dans la vie. Ce n’est pas
parce qu’une vedette de cinéma ne peut faire le voyage de Rome à Hollywood sans
son ours en peluche qu’elle est infantile.
C’est certainement une marque d’infantilisme mais ce n’est
probablement pas la plus flagrante ni la plus tragique. Ne vous trompez pas. Ne
vous dupez pas.
Arnaud Desjardins - A la Recherche du Soi - IV. Tu es
Cela
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