vendredi 6 février 2026

Un-sécurité


La vérité n'a pas pour but de réconforter l'esprit.
Elle brise le « moi », la sécurité, l'identité et l'illusion.
C'est pourquoi les gens fuient la vérité.
Mais ce n'est que lorsque l'esprit est complètement vide et voit directement la réalité que la véritable liberté voit le jour.
Krishnamurti
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La pensée ne peut résoudre aucun problème humain, car la pensée elle-même est le problème.
Krishnamurti
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Le mental vit dans un cercle vicieux. Il crée lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre. Svami Prajnanpad
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Le mental est souvent son propre pire ennemi, en créant des boucles infinies de pensées négatives et de problèmes auto-générés. Il est important de prendre du recul et de trouver des moyens de sortir de ce cercle vicieux pour retrouver la paix intérieure.
Svami Prajnanpad
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Rien ne peut vous rendre plus heureux que vous ne l'êtes déjà.
Toute recherche du bonheur est source de souffrance et conduit à davantage de souffrance.
Le seul bonheur digne de ce nom est le bonheur naturel de l'être conscient.
Nisargadatta Maharaj
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« L’esprit n’est rien d’autre que des pensées.
Parmi toutes les pensées, la pensée “je” est la racine.
Ainsi, l’esprit n’est que la pensée “je”. »
Ramana Maharshi

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jeudi 5 février 2026

Vie simple !


« Toujours ramener la vie à sa base, à ses nécessités premières : la faim, la soif, la poésie, l’attention au monde et aux gens. Il est possible que le monde moderne soit une sorte d’entreprise anonyme de destruction de nos forces vitales sous le prétexte de les exalter. Il détruit notre capacité à être attentif, rêveur, lent, amoureux, notre capacité à faire des gestes gratuits, des gestes que nous ne comprenons pas. 

Il est possible que ce monde moderne, que nous avons fait surgir et qui nous échappe de plus en plus, soit une sorte de machine de guerre impavide. Les livres, la poésie, certaines musiques peuvent nous ramener à nous-mêmes, nous redonner des forces pour lutter contre cette forme d’éparpillement. 

La méditation, la simplicité, la vie ordinaire : voilà qui donne des forces pour résister. 

Le grand mot est celui-là : résister. »

Christian Bobin

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mercredi 4 février 2026

Cheval de feu



2026. L'année du Cheval de Feu. Une combinaison rare.

La dernière fois que cette énergie a traversé nos vies, c'était en 1966. Il y a 60 ans. Ce qui nous attend : une année de double Feu

Le Cheval, c'est le mouvement. L'élan. La liberté. L'envie de galoper vers ses rêves.

Le Feu Yang (Bing 丙), c'est le soleil à son zénith. Une lumière qui illumine tout. Qui réchauffe. Qui donne de l'énergie. Mais qui peut aussi brûler si l'on s'y expose sans discernement.

Et en 2026, nous avons affaire à un double Feu. Car le Cheval est lui-même naturellement associé à l'élément Feu. Ce qui amplifie tout. Le meilleur comme les excès.

Les défis à anticiper : 

→ L'impulsivité guette. L'envie de tout faire, tout de suite.

→ Le risque de burnout est présent. Galoper sans jamais s'arrêter épuise.

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mardi 3 février 2026

Je t'attends

 


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lundi 2 février 2026

Les multiples visages de la beauté

 


Dans L’infini dans la paume de la main, un dialogue entre l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et moi-même, nous avons consacré un chapitre à la relation entre la beauté et la vérité. Une théorie ou une équation mathématique est « belle », me disait Thuan « quand elle a un caractère inévitable, nécessaire, et qu’une fois élaborée, elle s’impose comme une évidence. Face à une belle théorie, un physicien se dira : “ Elle est tellement belle qu’elle doit être vraie. Pourquoi ne l’ai-je pas vue auparavant ? ” Ainsi, la théorie de la relativité d’Einstein, de l’avis général des physiciens, la théorie la plus belle et l’édifice intellectuel le plus harmonieux que l’esprit scientifique ait jamais conçu, est belle comme une fugue de Bach à laquelle on ne peut changer une note sans que toute l’harmonie ne s’écroule, ou parfaite comme le sourire de la Joconde auquel on ne peut changer le moindre trait sans en détruire l’équilibre. »

La beauté d’une théorie scientifique tient aussi à sa simplicité. Enfin, la plus indispensable d’une belle théorie, c’est sa vérité, son critère ultime de validité étant sa conformité avec la Nature et le fait qu’elle révèle des connexions jusque-là insoupçonnées.

On peut également considérer la beauté comme l’harmonie des parties avec le tout. Dans l’art bouddhiste, il existe une iconographie précise définissant les proportions idéales d’une représentation du Bouddha. On utilise une grille sur laquelle se placent très exactement la courbe des yeux, l’ovale du visage et les différentes parties du corps. Ces traits correspondent à une harmonie parfaite et sont les reflets extérieurs de l’harmonie intérieure de l’Éveil. 

De l’accessoire à l’essentiel, la beauté varie donc en fonction de la manière dont chacun conçoit le plaisir esthétique. On pourrait dire aussi que l’amour et l’altruisme sont beaux, tandis que la haine ou la jalousie sont laides. Regardez comment les premiers peuvent embellir un visage, et les deux autres le défigurer. La vraie beauté reflète ainsi une adéquation avec la nature profonde de l’être humain. Plus nous sommes en accord avec notre nature fondamentale, plus nous découvrons la beauté intérieure qui est en chacun de nous. La beauté ultime est l’accord parfait avec la nature de Bouddha, la connaissance suprême, l’Éveil.

Matthieu Ricard

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dimanche 1 février 2026

Suivre la ligne d'horizon

 


Ostende. La mer du Nord. La plage de sable blond s’étend à perte de vue. Et tout au bout, la mer, les vagues et ce ciel gris et nuageux qui a fait rêver tant de peintres et de poètes. Je contemple l’horizon, cette ligne mystérieuse où le ciel semble embrasser la mer, comme une frontière entre visible et invisible, la promesse d’un ailleurs. Mais elle est bien autre chose qu’une frontière : c’est un point de rencontre.

Cette ligne de clarté me met en communion avec tous les chercheurs de sens. La mer, lourde de ses vagues, avance vers le ciel comme une prière muette. Le ciel descend vers elle comme une réponse silencieuse. À l’horizon, nul triomphe, nul fracas : dans un accord discret, une ligne fine, le réel consent à l’infini. La foi ne serait-elle pas cette ligne ténue, insaisissable ? Dieu n’est pas d’abord quelque chose que l’on trouve mais quelque chose que l’on cherche.

Mon voyage intérieur

Comme l’horizon, il sera toujours hors de portée. Mais il donne envie d’aller de l’avant et d’explorer. Il invite à lever les yeux, à regarder plus loin, à ne pas s’enfermer dans l’immédiat, et à imaginer ce qui pourrait advenir. L’horizon que je contemple en ce matin venteux me ramène à mon voyage intérieur : un voyage infini.

Ce sera toujours comme ça : à distance, on dirait que le ciel et la mer s’embrassent, mais à y regarder de près, ils se dérobent. L’horizon est une couture invisible qui les relie sans les enfermer. « Rien n’est plus utile, écrivait Maurice Zundel, que de méditer sur cette réconciliation du visible et de l’invisible ; rien n’est plus merveilleux que de songer que nous n’avons pas à refuser le monde et à le mépriser, mais à l’aimer d’un amour infini, à l’aimer en le déchiffrant, à l’aimer en sentant le secret dont il déborde à nos yeux, pour en faire une offrande en laquelle nous échangerons avec Dieu. » Laisser la vie être touchée.

Un ciel à espérer


Mais pourquoi vivons-nous si souvent les yeux baissés, comme si nous étions prisonniers de la terre, comptables affairés de nos vaines urgences. La vie n’est pas qu’une terre à laquelle s’accrocher : elle est aussi un ciel à espérer. Dans la lumière de ce matin d’hiver, attiré par cette ligne d’horizon, je me surprends à redresser la nuque, à détendre mes épaules et à tendre les bras vers le ciel. Ce que je contemple ce matin me rappelle que rien, dans une vie, n’est définitivement clos. Cela vaut pour moi, et pour d’autres aussi…

Est-ce frustrant ? Non, c’est appelant : je marcherai toute ma vie sans atteindre cette ligne, et pourtant elle oriente mes pas. L’horizon ne se donne pas pour être possédé, mais pour être suivi. J’y décèle un appel à ne pas m’installer – jamais ! – dans quelques certitudes, et à ne pas faire de ma tente de nomade, souvent froide et venteuse, une forteresse définitive.

Habiter la ligne d'horizon

Aujourd’hui, sur le bord de la mer, l’horizon m’apparaît comme une ligne nette, presque tranchante. Mais je sais qu’on ne peut pas contempler l’horizon puis passer à autre chose : sa ligne s’imprime en nous, définitivement. Dans quelques heures, je roulerai dans la campagne : il ondulera, il épousera les arbres et les clochers qui jaillissent comme des mâts de cocagne sur ce plat pays que j’aime. Un peu plus tard, quand je serai rentré chez moi, dans mon appartement en ville, je sais par expérience qu’il se fragmentera et qu’il jouera à cache-cache derrière les immeubles voisins. La ligne changeante d’horizon sera le rappel insistant que le Ciel ne déserte pas la vie. Jamais.

La sagesse que je me souhaite – et que je vous souhaite – pour cette nouvelle année, c’est d’habiter cette ligne d’horizon, pas pour la posséder, mais pour s’y laisser appeler, jour après jour, pas après pas, dans l’ordinaire des jours. Là où la terre et le ciel continuent obstinément de se chercher…

Raphaël Buyse

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samedi 31 janvier 2026

Le petit moi.


« Si vous pouvez comprendre que ce “petit moi”
n’a jamais, à aucun moment,
eu d’existence en dehors de votre imagination,
alors vous ne serez plus préoccupé
par les moyens ou les méthodes
pour vous en débarrasser. »
ANNAMALAI SWAMI
— The Mountain Path, juin 1993, p. 50
Image : Kristina Varaksina

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vendredi 30 janvier 2026

"je m’époumonerai doucement"


 "Tant qu’il me restera un souffle, de vie ou bien de mots, de vie aussi en mots, je m’époumonerai doucement.

Je dirai le lent balancement du ciel dessus la branche, l’air léger du printemps et ses odeurs de vent. La mer à pleine bouche et le sel sur ma langue. Les chemins à cailloux qui roulent sous l’accent. Les pas à regarder le beau à l’infini.

Je ne frapperai l’homme qu’au regard du bon sens. Comme un rappel à l’ordre immuable des choses que nous avons trahies. Cette fraternité de l’arc en ciel bafouée et en loques. Et je tendrai la main à mes semblables humains pour former une chaîne qui libère le monde.

Je dirai la rencontre quand je n’y croyais plus, et je donnerai tout, envers et contre tous, pour aller au plus vrai et quel qu’en soit le risque. Il arrive un moment où l’on sait que c’est là, et l’on ne compte plus. On donne ce qu’on est. A ne plus rien en perdre. Ou tout. Mais c’est pareil.

Tant qu’il me restera un souffle, de vie ou bien de mots, de vie aussi en mots, je m’époumonerai doucement. Afin que l’on m’entende, sans qu’il y ait de peur. Je suis au vrai de moi. Au plus haut que l’on peut. Il fallait tout ce temps pour respirer enfin.

Et si j’y perds mon souffle, il restera le vent."

Jean Diharsce

peinture: Henri Matisse 1869-1954 - paysage de mer 1906

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jeudi 29 janvier 2026

Opportunité...

 


"Notre bonheur dépend de nous, de notre façon de répondre aux événements, et non des autres personnes. Notre souffrance dépend également de nous. Quand nous sommes conscient.e.s de cela, nous ne blâmons ni ne nous plaignons plus ; nous sommes déterminés à prendre un nouveau départ avec nous-mêmes. Car une nouvelle opportunité est déjà en train de se présenter à nous".
-le maître zen Thich Nhat Hanh, extrait d'une lettre à ses disciples

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mercredi 28 janvier 2026

Danse du temps

 

mes jours désormais
se succèdent
en une chorégraphie
à la fois répétitive
et toujours improvisée
invariablement surprenante
j’accomplis les mouvements,
j’obéis au chorégraphe
jusqu’à la tombée du rideau
et les applaudissements qui ne me concernent pas
j’acquiesce au rythme
à la musique
que je n’ai pas écrite
mais dont je reconnais les progressions d’accord
pouvant parfois les prévoir
aussi bien qu’en être surpris
je danse volontiers ma partie
l’oeil rivé
sur la grande image
dont je suis un détail
conscient
les jours se succèdent
ils filent
le temps n’est qu’un artifice utile
du chorégraphe pour son ballet
que je danse
sans plus m’interroger
sinon sur la fluidité
de mes mouvements
l’obéissance de mes gestes
la musique est parfois triste
parfois enlevée, joyeuse
et il s’agit de danser
la cacophonie
encercle
la figure du danseur
elle fait partie du ballet
sans pour autant le réguler
le danseur danse et danse
en son cercle magique
dont l’intégrité défait le chaos
laissé à lui même
à son vide
déconcerté

Gilles Farcet

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lundi 26 janvier 2026

Accepter les névroses cachées


Dans la pratique de la méditation, finalement, nous sommes exposés. Nous espérions ne pas avoir à passer par l'embarras de nous exposer ; nous espérions contourner cette zone particulière et devenir éclairés.
Vous pouvez parler de la façon dont vous étiez mauvais auparavant. Il n'y a pas de mal à en parler car c'est du passé ; vous êtes déjà une meilleure personne.
La pratique de la méditation est tout le contraire de cela. Il ne s'agit pas du tout d'atteindre un certain état d'être. La pratique de la méditation est un moyen de devenir ami avec soi-même. Que nous soyons dignes ou indignes, là n'est pas la question. Il s'agit de développer une attitude amicale envers nous-mêmes, d'accepter les névroses cachées qui nous traversent.
"Écrits choisis" dans les Œuvres complètes de Chogyam Trungpa, volume 2, page 540.

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dimanche 25 janvier 2026

Tragédie et joie



Il existe une manière d’habiter le monde qui ne cherche ni à fuir le tragique, ni à le résoudre.
Une manière de se tenir, simplement, au croisement de deux axes : la verticalité et l’horizontalité.
C’est souvent à travers le symbole de la croix que cette posture peut être pensée — non comme instrument de souffrance, mais comme lieu de tenue, de tension assumée entre l’intériorité et l’existence concrète.
Habiter cette croix, ce n’est pas choisir entre la tragédie et la joie. C’est accepter de tenir les deux ensemble.
Non pas une joie naïve, consolatrice ou euphorique, mais une joie capable de supporter le tragique, de ne pas s’en détourner, de ne pas l’effacer.
Une joie qui ne nie rien, mais qui permet néanmoins de rester vivant.
Dans cette perspective, l’intériorité n’est pas un repli. Elle n’est pas une fermeture sur soi.
Elle est profondeur respirée, verticalité du souffle. Plus le souffle descend, plus il ouvre un espace habitable, relié au monde.
L’horizontalité, elle, est le plan de l’existence : le corps, la relation, l’exposition, la vulnérabilité.
L’une sans l’autre devient soit fuite, soit dispersion. La tenue humaine naît de leur croisement.
Cette compréhension rejoint une anthropologie très ancienne : celle de l’humain façonné à partir de l’humus, de la matière, de l’argile, et animé par un souffle.
L’humain n’est ni pur esprit ni simple matière.
Il est pâte vivante, fragile, altérable, et pourtant habitée. C’est peut-être pour cela que la pâte humaine demeure un lieu de sens si fort. Non pas comme objet d’idéalisation, mais comme réalité incarnée.
Le corps humain, dans cette lecture, n’est pas à aimer parce qu’il est intact ou performant, mais parce qu’il est habité, vulnérable, traversé par la vie. Même — et surtout — lorsqu’il est blessé, marqué, ou défait.
Cette posture ne nie pas les mouvements premiers de rejet, de peur ou d’aversion.
Elle ne prétend pas être pure.
Mais elle affirme qu’un autre mouvement est possible : celui de la présence, lorsque l’on accepte de se tenir intérieurement, de faire face, et de se laisser affecter sans vouloir réparer, corriger ou sauver.
À cet endroit précis, quelque chose peut advenir :
non pas une morale,
non pas une explication,
mais une joie grave, discrète, presque silencieuse.
Une joie de la rencontre humaine, telle qu’elle est, sans écran.
Cette manière d’habiter le monde se reconnaît souvent dans des formes simples :
la nudité d’un arbre en hiver, dont les branches racontent une histoire sans mots ;
la finesse d’une graminée, fragile, petite, presque invisible, et pourtant parfaitement accordée à son environnement.
Toujours sur fond de ciel.
Toujours sur fond de silence.
Rien de spectaculaire.
Ces formes ne disent rien.
Elles ne promettent rien.
Elles se tiennent.
Et peut-être est-ce là une vocation profondément humaine : apprendre à tenir dans la fragilité, dans la blessure, dans le tragique, sans perdre pour autant la capacité de joie.
Non pas une joie qui vient après,
mais une joie qui se tient au cœur même de ce qui fait mal.

Kabbalah Vitrail
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