En partage aujourd’hui, ces deux poèmes, qui se suivent, de mon recueil La Grâce des faux pas, paru en 2026 chez Les éditions sans escale .
dimanche 18 octobre 2026
La grâce des faux pas
samedi 5 septembre 2026
L'absolu oublié
Ils rebaptisent, ils révisent, ils effacent. L’histoire devient meuble, l’identité un jeu d’étiquettes. Leur monde est une salle de montage où chacun coupe, colle, compile. Mais plus personne n’assume l’héritage. Il n’y a plus que le présent immédiat, jetable — jeté : un présent sans Présence.
La rébellion est louée quand elle n’est que posture, mais la fidélité au vrai, au beau, au juste est suspecte d’imposture. Les Modernes honorent le déracinement, célèbrent l’amnésie, sanctifient l’indifférence. L’absolu les effraie ; seul le relatif est jugé fréquentable. Tout se vaut, donc plus rien ne vaut.
Les Modernes vivent parmi les cendres éteintes, ils marchent sur une terre froide au pâle horizon et l’âme — cette sainte brûlure, cette soif cachée, ce veilleur sous la peau — n’est plus qu’un résidu, une rumeur ancienne, une légende honteuse qu’ils évitent d’évoquer. Et quand parfois elle ressurgit, dans la nuit, dans le silence, dans le regard d’un être aimé, dans la peur nue d’un instant suspendu — alors ils fuient, se divertissent, allument un écran : n’importe quoi pour ne pas entendre, pour ne pas voir que l’abîme est sous leurs pieds — et qu’il s’ouvre en eux.
Les machines sont leurs maîtres. Elles parlent à leur place, pensent à leur place, décident à leur place. On les dit intelligentes, mais elles ne comprennent rien à la grâce. Elles classent, ordonnent, prédisent — mais ne savent pas contempler, ne savent pas aimer, ne savent pas pardonner. Ni prier. Chaque instant, elles perfectionnent leur toile. D’invisibles réseaux tissent une prison que nul ne voit : tout y est connecté — sauf l’âme.
Le progrès est leur dieu. Il ne juge pas, mais il condamne. Il ne guide pas, il avance. Peu importe où : il avance — les yeux clos. Il pousse sans fin, comme une plante sans racines. Les Modernes l’invoquent dans chaque discours. Ils gravent son nom sur les murs de leurs dystopies. Mais ce dieu-là ne sauve pas : il détruit sur son passage tout ce qui donnait au monde sa grâce et sa beauté.
Il reste une perte plus sourde, plus secrète, plus difficile à nommer — celle qui ne se voit plus parce qu’elle est devenue l’air même que l’on respire, l’évidence muette derrière chaque geste, chaque jour, chaque mot ; une perte si profonde que plus rien en l’homme ne proteste, une chute si ancienne qu’elle passe pour la nature des choses, un oubli devenu loi, devenu monde, devenu seconde peau. Et c’est cela, peut-être, le comble de la misère : non pas de souffrir, mais de ne plus savoir que l’essentiel manque ; non pas de cracher contre le ciel, mais de vivre comme s’il n’y en avait jamais eu ; non pas de blasphémer, mais de ne plus même prononcer le nom de Celui qui n’a pas de nom, de ne plus même soupçonner que cet Absolu ait pu nous précéder et nous fonder — et d’avoir oublié que nous L’avons oublié.
Gabriel Arnou-Laujeac
Extrait de La verticale perdue.
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jeudi 23 avril 2026
Mystère bleu.
mardi 31 mars 2026
Insaisisable
C'est pourquoi la simple contemplation de l'insaisissable est génératrice d'amour.
Regardons une fleur, sans cupidité, sans vouloir la saisir, regardons-la absorber le soleil.
Qu'aucune pensée d'égoïsme ne brouille le dialogue qu'elle entretient avec nous, et bientôt l'âme même de sa vie florale rejoindra notre plus intime sensibilité.
D'elle à nous l'amour se réfléchira comme entre deux miroirs.
Roger Godel - "Essais sur l'expérience libératrice"
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dimanche 14 décembre 2025
Elan de vie
« Au bout de tout, voici ce que j’ai saisi : la vraie vie n’est pas seulement ce qui a été donné comme existence ; elle est dans le désir même de vie, dans l’élan même vers la vie. Ce désir et cet élan étaient présents au premier jour de l’univers. Au niveau de chaque être cependant, ils sont fondés sur ce que son âme – par-delà les épreuves, les souffrances, les chagrins, les effrois, les blessures reçues ou infligées aux autres – aura préservé de sensations éprouvées, d’émotions vécues, d’inlassables aspirations à un au-delà de soi, de soifs et de faims aussi infinies que le besoin sans borne d’amour et de tendresse. »
—François Cheng —De l’âme
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lundi 25 août 2025
Privation impossible
Il aurait sans doute préféré ne pas savoir, ne pas se poser de questions, ne se douter de rien, et continuer de se complaire dans le charme de l'insouciance, la douceur de l'illusion, la paresse de la tranquillité de l'esprit.
Mais la vie est malicieuse et têtue, elle se charge d'éclairer vos ombres en semant inlassablement sur votre chemin les événements qui vous obligeront à apprivoiser vos démons.
Impossible de priver votre âme de ce qu'elle a besoin d'expérimenter ici-bas. Impossible de couler une existence heureuse en contournant ce que vous devez apprendre.
Laurent Gounelle - Un monde presque parfait
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jeudi 3 juillet 2025
Perception d'âme
"Tout le ciel étoilé, toute la terre nourricière, toute la splendeur de l'aube et du soir, toute la gloire du printemps et de l'automne, tout le Souffle aimant de l'univers porté par un vol d'oiseaux migrateurs, tous les hauts chants humains montés de la vallée des larmes, tout cela constitue un "ici et maintenant" où l'éternité se ramasse. Cet "ici et maintenant" ne peut rayonner, irradier, faire fleurir et porter fruit, susciter écho et résonance et, par là, prendre tout son sens que s'il est vécu par une âme."
François Cheng- D'une Âme
peinture: Kikuchi Yuichi 1912 - 1993 Print 4 from the series 'Four Aspects of Mount Fuji' 1950
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mercredi 7 mai 2025
Recréation
barca solitaria 1924
mercredi 19 mars 2025
Ames
Aimez et souffrez, espérez et contemplez.
Malheur, hélas ! à qui n'aura aimé que des corps, des formes, des apparences !
La mort lui ôtera tout. Tâchez d'aimer des âmes, vous les retrouverez.
Les Misérables - Victor Hugo - Chapitre IV
Aucune grâce extérieure n'est complète si la beauté intérieure ne la vivifie.
La beauté de l'âme se répand comme une lumière mystérieuse sur la beauté du corps.
Post scriptum de ma vie, une œuvre posthume publiée en 1901, composée de recueils de textes philosophiques rédigés en 1860.
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mercredi 8 janvier 2025
J’ai dû accepter…
J’ai dû accepter que balayer mon trottoir chaque matin n’était qu’un doux leurre, un geste pour me convaincre que ce petit coin du monde était mien, alors qu’il ne l’était pas. Ma maison, mon refuge, n’était qu’un toit passager,
dimanche 20 octobre 2024
Un grand et un petit retournement
Les anciens chamans ou thérapeutes allaient à la recherche de l’âme perdue ou exilée de ceux qui étaient considérés comme des corps malades ou malheureux.
Leur âme perdue, c’est leur énergie perdue, leur santé, leur souffle, la vibration subtile de leurs corps vivants.
Leur âme perdue, c’est leur conscience perdue, cette lumière, ce discernement, cette claire vision de tout ce qui est, sans jugement.
Leur âme perdue, c’est leur bonté perdue, cette bienveillance qui reconnaît et respecte tout ce qui existe, qui ne fait qu’« un avec ».
Leur âme perdue, c’est leur silence perdu, l’infini, la liberté qui contient tous les bruits du monde et ne s’arrête en aucun.
Cette âme perdue, pourtant, elle n’est jamais loin…
La vie, la conscience, l’amour, le silence, ne sont jamais loin…
C’est le revers de l’unique médaille, l’implicite de l’explicite, l’intérieur de l’extérieur, l’invisible du visible, l’onde de la particule, le Réel en toute réalité.
Chaque instant d’attention, c’est le retour de la conscience perdue, ce retournement de la médaille.
Chaque instant de bonté et de générosité gratuite, c’est le retour de l’amour perdu, le retournement de la médaille.
Chaque instant de plaisir, c’est le retour de l’énergie perdue.
Chaque instant est une occasion favorable d’accueillir la vie, la conscience, l’amour, le silence souvent oubliés, jamais perdus, c’est un grand et un petit retournement.
Jean-Yves Leloup, octobre 2024
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dimanche 6 octobre 2024
Ame tranquille
« À quoi sert à l’homme de gagner l’univers entier s’il vient à perdre son âme ? »
Celui qui cherche à gagner l’univers est toujours en guerre ; c’est par la guerre, la force, la volonté de puissance qu’il pense obtenir l’univers, le tout qu’il cherche.
On connaît les résultats ! Cette terre qui devrait être un jardin dont l’homme prend soin, comment est-elle devenue un champ de ruines et de cendres ?
Si l’homme cherchait d’abord son âme ? Son âme qui est sa beauté, sa générosité, sa tranquillité, son silence…Son silence surtout, son humilité ou sa vacuité, là où l’univers tout entier se donne…
Pouvons-nous encore rétablir des sillons d’eau vive dans les décombres ?
Retrouver notre âme et l’âme du monde dans ce chaos qui oublie l’étoile pour laquelle il fut créé. La simple lumière qui chaque jour éclaire et dissipe nos ombres ; cette tranquillité, ce silence perdu ou oublié. Ces yeux toujours ouverts qui donnent de l’âme au corps et à tout ce qui existe.
Jean-Yves Leloup, octobre 2024
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lundi 15 janvier 2024
Ressourcement de l'âme
À l'âme aussi il arrive, d'avoir besoin d'ombre, de repli, de recueillement, de silence profond. Elle veut s'éloigner du monde des agitations, des frénésies et des paroles aboyées. Elle se reconnait dans la nuit, la fraîcheur, la densité d'un rocher, l'immobilité d'un insecte, le scintillement de l'eau. L'âme aussi doit se ressourcer, se recharger, puiser dans ses racines des motifs d'espérer, de grandir, d'ajouter un peu de lumière à la lumière originelle des êtres et des choses. Celle dont l'intensité faiblissante fait craindre les disparitions, l'effacement d'un monde sensible digne encore du vivant : fragile, poétisé et sans cesse menacé.
Jacques Dor
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mardi 4 juillet 2023
Rire en vie...
mardi 21 mars 2023
L'instant de l'âme
"Tout le ciel étoilé, toute la terre nourricière, toute la splendeur de l'aube et du soir, toute la gloire du printemps et de l'automne, tout le Souffle aimant de l'univers porté par un vol d'oiseaux migrateurs, tous les hauts chants humains montés de la vallée des larmes, tout cela constitue un "ici et maintenant" où l'éternité se ramasse.
p 152 ✨🌛✨ De "l'âme" - François Cheng
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vendredi 13 janvier 2023
Comment préserver l’âme d’un enfant ?
En décembre 2008 j'ai eu la chance d'assister à Paris à un séminaire de deux jours de Stephen Jourdain. C'était le dernier séminaire qu'il donnait car il s'est éteint 2 mois plus tard. Une étrange rencontre. Un homme parfaitement clair, un homme provocateur, un homme sans concession, mais un homme torturé par son histoire humaine. Comme la réalité est indicible, il en parlait poétiquement. Il m'a apporté une liberté, la liberté d'être ce que je suis. Aucune apparence n'est à cultiver. Nous pouvons être dans la crudité de notre humanité ou dans sa pudeur, quelque part, cela n'a aucune importance, pourvu que nous préservions la pureté de notre enfant intérieur.
Je vous souhaite à tous une belle journée, en compagnie de cet enfant intérieur qui ne nous quitte jamais, mais que nous ignorons souvent.
Philippe
"Comment préserver l’âme d’un enfant ?
Un grand dessein, mais une utopie : l'âme puérile se corrompt toute seule. Selon les apparences, le grand corrupteur, c’est « l’extérieur » : la société, l’école, les parents. En fait, quasiment dès le berceau, nous nous corrompons nous-mêmes. Il ne s’agit donc pas, ici, de préserver mais de sauver ; de mettre cet enfant que nous chérissons plus que tout, en position de se sauver lui-même.
Nous sommes tous des âmes malades – du moins, le virus de la cécité interne, de la pauvreté interne, la mort intérieure, est lové dès la naissance dans les abysses, hélas inconscients, de l’intimité de nous-mêmes. Au tournant, pourtant scintillant de la vie de l’adolescence, nous allons, toujours dans la nuit de l’inconscience, activer le virus. Et, spirituellement parlant, nous entrerons dans le coma.
Je le répète : la société a bon dos, les parents aussi… Ces instances extérieures n’arrangent rien, c’est vrai ! Mais elles ne font qu’attiser une malédiction qui est déjà sur nous. La malédiction est sur nos subjectivités, et chacun de nous en est l’inventeur et l’ouvrier zélé.
Quel est le salaud qui met de la suie sur le monocle de l’âme ? Qui m’enténèbre et me salit au point que j’oublie que je suis un esprit, que je suis une sensibilité – plus grave encore, simplement que je suis ? Oui, qui est le dispensateur de toute cette crasse interne, QUI S’ACHARNE AINSI SUR MOI ? Moi. Moi personnellement.
Sûrement, je veux dire quelque chose ou quelqu’un en moi ? Non, je veux bien dire moi ; je veux dire exactement moi.
Donc, voilà l’incroyable vérité : c’est nous-mêmes et pas un autre à l’extérieur de nous, et pas un autre à l’intérieur de nous, qui nous massacrons – j’ai failli dire bousillons – d’instant en instant, sans jamais nous lasser, et sans que notre moi intérieur habituel en ait la moindre conscience."
Stephen Jourdain - extrait de "Voyage au centre de soi"
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dimanche 1 mai 2022
Le changement intérieur
"Il ne suffit pas de manger bio et de se chauffer au solaire. Il n'y aura pas de changement de société sans changement humain. Et pas de changement humain sans changement de chacun. J'espère que l'humanité comprendra enfin que la grande mutation sera celle de l'âme humaine." (Pierre Rabhi)
samedi 14 août 2021
Une histoire d'âme
En cours d`existence nous devenons réalistes, concrets, effectifs, c`est-à-dire que nous perdons contact avec la complexité et la diversité de la réalité qui est par essence, sacrée.
Pourquoi croyez-vous que certains vieillards finissent par ne se souvenir que de leur enfance?
Elle seule a le poids, l`épaisseur du réel; l`âge adulte retourne à son irréalité, à la brume des valeurs abstraites, arbitraires et datées auxquelles il a tout sacrifié.
Extrait de Histoire d'âme de Christiane Singer
mardi 5 janvier 2021
Récupérer ses âmes vagabondes
mardi 17 novembre 2020
Des mots essentiels !



















