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samedi 29 août 2026

Temps troublés

TEMPS TROUBLÉS ? UNE BONNE BOUFFÉE D'HUMANITÉ 

Le 13 juillet 2026

Le peu de connaissance de l’Histoire , et surtout son oubli, font que beaucoup sont aujourd’hui convaincus de vivre dans une époque particulièrement troublée.

Or,  il suffit de se documenter sur ce qui a pu se passer siècle après siècle, ne serait ce qu’en France, pour s’apercevoir qu’en matière de troubles et de perturbations, nous sommes encore , sans doute pour plus très longtemps, relativement préservés. 

Prenons la Terreur avec ses milliers de morts, des rigoles de sang dans Paris ; la guerre de cent ans, les grandes pestes, la défaite de 1870 et l’invasion des Prussiens, la guerre de 14 et sa boucherie où rares furent les familles qui ne perdirent pas un, deux, parfois trois fils comme en témoigne le monument aux morts de notre village… 

Nous sommes juste tout étonnés, nous autres Européens privilégiés, après une parenthèse quasi inédite de quelques décennies , de sentir la guerre à nos portes, de humer le nauséabond - mais pour certains si entêtant parfum des populismes, complotismes et autres valeurs inversées …. 

Et il y a cependant un trouble propre à notre temps, le dérèglement climatique. 

Du strict point de vue de l’observateur, à la fois comme chacun impliqué mais tant bien que mal apte à conserver une perspective, c’est assez captivant de voir comment l’inquiétude gagne du terrain alors que nous étouffons jour après jour sous quarante degrés et qu’on nous en promet bien  plus à plus ou moins courte échéance. 

Je me souviens avoir été , jeune, marqué par cette scène d’un film - je ne sais plus lequel- dans lequel il advient que le jour ne se lève plus. Des foules descendent dans les rues de la ville scruter le ciel et son grand absent, le soleil, à l’heure où il aurait dû être là depuis longtemps. 

Les visages de ces gens massés qui ne se parlent pas, parce qu’il n’y a rien à dire face à cela, juste regardent, saisis d’un effroi biblique, comme celui qu’ont dû connaitre les témoins du déluge … 

Alors, nous, aujourd’hui, face à ce soleil qui ne désarme pas, nous commençons, tout interdits, à prendre la mesure d’une accélération … Oui, il se pourrait bien que nous soyons rattrapés. 

Par le climat, par la guerre aussi, par l’histoire qui attendait son heure…

Une sourde angoisse collective monte en même temps que le thermomètre ne baisse pas, les bruits de guerre dans ce climat se font soudain plus sonores…

Il y a quelques années, j’ai écrit et enregistré une chanson d’amour dont le dernier couplet dit : 

De grands vents vont souffler

Le monde va trembler

Nous resterons debout 

Ensemble jusqu’au bout

Nous aurons nos prières

Et notre cœur brisé

Nous travaillerons nos terres 

En toute intégrité 

Oui, il va falloir rester debout, se tenir ensemble et travailler nos terres du dedans. 

Ce qui se passera, nul ne peut le dire, quelles que soient les prévisions. 

 Ce qui se passera se passera de toutes façons et la question demeurera la même, la question éternelle ici et maintenant : 

Comment vais je faire face, comment allons nous accueillir ce qui surviendra que nous le voulions ou non ? Ou sera notre axe au cœur du délitement ?

 De quoi témoignerons nous ? De quoi serons nous porteurs ? 

Gilles Farcet

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samedi 27 juin 2026

Erreur de perception

 Mais qui est le soi ? Existe-t-il réellement ? 

Comment le voir sans le laisser vous rembobiner dans le rêve à nouveau?

Le soi dont on parle ici est le rêveur, le personnage que l'on croit être. Ce personnage vous semble être un individu réel qui évalue, veut se perfectionner, s'améliorer et même s'illuminer. Il est celui que vous appelez : moi. Il veut se réaliser dans le futur, car il croit au temps d'apprentissage par l'accumulation de connaissances. Il vit dans le temps. Mais qu'est ce que le temps ? Le temps est le mouvement imaginaire de ce personnage. Ce personnage est une erreur de perception, un personnage fictif, un amalgame de souvenirs, de théories et d'habitudes. Regardez honnêtement ce qui définit votre je, sur quoi repose votre identité. La personne que vous avez cru être dans le passé, que vous croyez être maintenant et que vous prévoyez devenir dans le futur n'est jamais stable, jamais identifiable. Quand vous proclamez : Moi, je sais que…

De qui parlez vous ? A partir de quel point de vue ?

 Extrait du livre de Betty Quirion "La Fraîcheur de l'instant, la fin d'un rêve d'individualité".

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mardi 23 juin 2026

Enjeu de jeu


Le mental ne peut se représenter la libération que sous la forme d’un événement qui aurait lieu dans le temps, avec un avant et un après. Mais au plan d’« être », il n’y a ni avant ni après. Il n’y a pas à proprement parler un événement au cours duquel se serait passée une libération. Il n’y a pas de cause à « être ». 

On peut seulement constater après coup qu’une transformation radicale a eu lieu. Et cependant, cette transformation n’est qu’un effet secondaire et non le cœur même de ce qui est en question, car la réalité était déjà là avant cet apparent événement.

« Être » ne change pas. « Être » continue de jouer le jeu de la forme, mais au lieu de s’y perdre, il se retrouve dans ce jeu.

Malo Aguettant « Rien ne manque à cet instant » 

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dimanche 31 mai 2026

Et c’est le temps qui passe !

 Lorsqu’on prend de l’âge, on se demande parfois comment arrêter le temps, freiner l’accélération des heures que l’on constate. À peine s’est-on retourné que 20 ans sont passés. Déjà ! « Enfant à l’aube et ce soir, un vieillard ! Qu’est-elle d’autre qu’un seul jour, la vie ? », dit Pétrarque dans son poème les Triomphes.

La réalité est que le temps n’existe pas, il appartient au monde de la matière, à nos conditions terrestres, celles que l’on quittera le moment venu.

Le leurre temporel

Toutes les religions parlent du leurre temporel. Un leurre avec lequel on doit pourtant apprendre à composer dans notre incarnation. Comment faire pour prendre distance, ne pas redouter le sablier qui s’écoule mais s’appuyer sur ce qu’il représente ici pour évoluer et s’en détacher ? Ce n’est pas rêver de comprendre qu’un jour, je dirai adieu à Chronos. Mais auparavant, j’aimerais faire en sorte qu’il ne puisse pas me dévorer !


Dans les représentations du temps, Monsieur Chronos est un vieil homme échevelé, à la barbe hirsute, aux ailes noires. Le peintre Francisco de Goya en montre une image effrayante, celle d’un homme aux yeux exorbités en train de déchiqueter de ses dents le corps de son enfant. Ivre de son omnipotence, il redoute que l’un de ses héritiers prenne sa place, aussi préfère-t-il s’en débarrasser. L’image a beau être terrifiante, je pense qu’elle saisit de cette façon extrême pour méditer avant qu’il ne soit trop tard sur cette existence qui passe d’abord lentement et puis trop vite.

Les ailes de Chronos


Le Temps a des ailes noires. Ce signe est double, l’aile désigne le ciel, c’est un attribut du spirituel ; la valeur noire signifie ce qui est caché, ce qui demande à être dévoilé, mis en lumière. Tel le corbeau noir dans l’histoire de Noé, qui montre que le temps de sortir de l’arche n’est pas venu, qu’il faut attendre les ailes blanches de la colombe pour découvrir une terre nouvelle où il fera bon vivre. Les ailes de Chronos m’incitent à la réflexion. Et si le temps n’était pas un simple dévoreur de nos jours mais un allié ? S’il conduit à la mort physique, il permet à l’être une prise de conscience de la fugacité de son existence pour conduire sa vie dans un sens bénéfique.

Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius, incite à prendre en compte la valeur philosophique du temps qui permet d’instaurer de l’ordre dans le chaos intérieur de l’être : « La part considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l’on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d’une journée, qui comprenne qu’il meurt un peu chaque jour ? » Cette question du philosophe stoïcien vous semble peut-être âpre. En réalité, elle nous éclaire sur ce monde d’apparences que l’on doit apprendre chaque jour à quitter pour comprendre que le réel de la vie est libéré du temps et ne meurt pas.

Louange des jours passés

La grande faux de Chronos donne le choix à l’homme : subir son tranchant ou s’en servir pour la vie. Si j’ai pris le temps de parler ainsi, c’est pour partager avec vous chers lecteurs ce que je crois profondément. Lorsque notre esprit est paisible comme l’eau d’un lac, on peut s’extraire du temps, sentir la vie cachée sous la surface des choses.

On peut arrêter le temps en étant avec son amour, son ami, on peut arrêter le temps en créant, on peut arrêter le temps en goûtant au souffle des mots du beau livre d’Emmanuel Godo, Une si fragile présence (Albin Michel). On peut… Tout ceci est une louange des jours passés et à venir, une prière. La vie est prière.


Paule Amblard

Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne, elle a publié Un pèlerinage intérieur (Albin Michel), les Enfants de Notre-Dame et la Chambre de l’âme (Salvator), Notre-Dame de Paris, les symboles des pierres (Salvator). Dernière parution : Aube de Jérusalem (Salvator).

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Source : La Vie

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mercredi 25 février 2026

Le temps fléché

 

Au départ, il faut être poursuivi par la peur de la naissance et de la mort comme un cerf qui s'échappe d'un piège. À mi-chemin, il ne faut rien avoir à regretter, même si l'on meurt à l'instant, comme le paysan qui a travaillé la terre avec soin. À la fin, il faut être heureux comme celui qui a terminé une immense tâche [...]. Ce qu'il faut surtout savoir, c'est qu'il n'y a pas de temps à perdre, comme si une flèche avait atteint un point vital de notre corps.
Gampopa, Sonam Rinchen (1079-1153), cité oralement par Dilgo Khyentsé Rinpotché
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vendredi 2 janvier 2026

En guise de vœux

 2026

pourquoi pas, si vous le dites
reste que ce chiffre
sonne creux
à mon oreille interne
à son tempo à elle
Ce pourrait tout aussi bien
être 2056
Photo personnelle
2090
1836
alors oui
le temps existe
bien pratique unité de mesure
7 h 50
au moment où j’écris
m ‘indique la montre
jeudi
me dit le calendrier
tandis que l’agenda m’annonce
à quoi il est prévu
que j’occupe le vendredi
le cœur déverrouillé pourtant
fait peu de cas du temps
l’œil
lampe du corps
éclaire
une dimension atemporelle
bien des morts sont présents
nombre de soi disant vivants
déjà morts
contemporain
de mon enfance
de ma jeunesse
comme de ma vieillesse
apparu bientôt disparu
entre temps
si pleinement
partie prenante
de l’instant
je me recueille
devant la dépouille
de mes amis défunts
l'un puis l'autre
déjà loin
la fermeture de leur cercueil
muée en improbable rite
l’employé des pompes funèbres présentant à l’autre
les vis
telles des reliques disposées
en un panier
Dessin de Etienne Appert
vêtu de pourpre
le chagrin est là
à sa place
vu depuis le promontoire de l’esprit
les vis ont déjà sauté
les justes se sont levés
les méchants précipités
là où il y a pleurs
et grincement de dents
le cauchemar de l’histoire se dévide
péripéties répétitives
quelques variantes de surface
juste pour produire l’illusion
les jours se fondent
je veux veiller
moi si gourd
si inconsistant

Gilles Farcet

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mercredi 17 septembre 2025

Le temps de l'automne

 


Cette rentrée automnale est sous le signe de l’agitation. Ce n’est pas extraordinaire car notre fonctionnement habituel nous pousse à faire vite.

Vite se lever, vite déjeuner, vite partir travailler, vite les enfants à l’école, vite manger, vite faire les courses (bien nommées !). Tout vite !

Même changer de premier ministre.

À quoi ça sert ?

Non pas, comme on pourrait le croire, à tout faire ; ça sert à ce qu’il n’y ait pas de temps vide. Le temps vide, c’est du recul sur cette agitation. Prohibé par l’ego. Le temps vide, c’est s’offrir le rien. Le plaisir d’ouvrir les yeux sur les petites choses autour de nous. Le plaisir de les fermer pour déguster la batterie du cœur et l’accordéon des poumons.

Le temps vide invite à méditer. Et sur quoi va s’ouvrir le point d’interrogation ?

– Sur l’insanité de la course effrénée.

Surprise ! Je suis à la fois la balle et le joueur de flipper qui appuie sur les boutons et secoue la machine.

Prendre le temps !

C’est s’élever au-dessus de ce monde en folie, s’élever au-dessus de soi-même. Là se trouvent le paisible, la quiétude, la rencontre, l’alliance.

Et savez-vous ?

Plus nous nous arrêtons, plus nous trouvons le temps de faire ce que nous avons à faire.

Et de le faire bien. 

Et de faire le bien.

Christian Rœsch - directeur de la publication de REFLETS

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mardi 2 septembre 2025

Taoisme et astres : non pas des forces, mais des rythmes

On entend souvent dire que les astres « agissent » sur nous : qu’ils provoqueraient des marées intérieures, influenceraient directement nos comportements, nos émotions, ou même des événements comme les naissances et les accidents. 

Cette vision est très répandue, mais scientifiquement elle ne tient malheureusement pas la route: les forces physiques des planètes et des étoiles sur le corps humain sont infinitésimales, des millions de fois plus faibles que les forces biochimiques qui gouvernent nos cellules. Autrement dit, ce ne sont pas les forces brutes des astres qui nous influencent.

Alors pourquoi depuis toujours, toutes les civilisations ont-elles lié les astres à la vie et leur prêtent une influence sur celle-ci?

Parce qu’ils donnent des "rythmes".


Dans le monde vivant, la vie se règle sur les cycles astronomiques : 
Le soleil structure l’alternance jour-nuit et les saisons, organisant migrations, hibernations, floraisons. La lune cadence la reproduction des coraux, l’activité de certains poissons, et influence de façon plus subtile le sommeil et parfois les cycles menstruels humains. Les planètes suivent des trajectoires régulières, utilisées comme repères pour marquer le temps long. Le champ magnétique terrestre sert de boussole à des animaux comme les oiseaux, les abeilles ou les tortues marines.

L’influence n’est pas mécanique, mais rythmique : les astres servent de "métronomes cosmiques", des horloges fiables auxquelles la vie peut s’accorder.

C’est exactement ce que le taoïsme a compris et enseigne avec finesse. 

Contrairement à certaines traditions qui attribuent aux astres une force occulte qui « agirait » directement sur nous, le taoïsme les considère comme des "indicateurs de transformation". Ils ne sont pas des agents qui nous forcent, mais des signes qui indiquent quand un mouvement est en train de se produire.

Le calendrier taoïste est entièrement construit sur cette logique de rythmes :

Les "24 souffles solaires" ("jieqi" 節氣) qui découpent l’année en micro-saisons

Les "cycles lunaires" qui guident rituels, méditations et pratiques respiratoires

Les "grandes périodes cosmiques" de 20 ou 60 ans, utilisées en astrologie taoïste (BaZi, Qi Men Dun Jia)

Le "calendrier sexagésimal" à 60 temps, produit par la combinaison des "10 Troncs célestes" (Tian Gan 天干) et des "12 Branches terrestres" (Di Zhi 地支).

Le calendrier sexagésimal est une manière de dire que chaque instant porte une signature énergétique unique.

Les 10 Troncs célestes sont comme dix « couleurs du Ciel », exprimant la qualité du souffle cosmique selon les Cinq Mouvements (bois, feu, terre, métal, eau, chacun en polarité yin et yang).

Les 12 Branches terrestres sont comme douze « figures de la Terre », représentées par les animaux du zodiaque, qui expriment les cycles d’ouverture, de croissance, de repos et de mutation dans la nature.

En combinant ces deux séries, on obtient 60 combinaisons possibles : un peu comme si l’on croisait dix notes de musique avec douze rythmes différents, créant ainsi soixante accords uniques. Chaque accord ne se répète qu’après un cycle complet de 60 temps (jours, mois ou années).

Prenons la combinaison Jia Zi 甲子 (Bois Yang du Ciel associé au Rat). Jia 甲 représente le Bois yang : l’élan vital, la germination, la force de la tige qui perce la terre au printemps. Zi 子 correspond au Rat, premier des douze rameaux : l’énergie de minuit, de l’hiver profond, du moment où tout est contenu en germe, étincelle du Yang.  Quand ces deux forces s’associent, on obtient une image très forte : l’énergie nouvelle qui surgit au cœur de l’obscurité, la semence de vie qui jaillit quand tout semble encore figé. Dans la tradition taoïste, ce moment est considéré comme favorable pour initier de nouveaux cycles, poser les fondations d’un projet ou enclencher un processus intérieur de transformation.

À l’opposé, une autre combinaison comme Gui You 癸酉 (Eau Yin du Ciel avec le Coq) exprime un moment de condensation, de repli, de raffinement, où l’on met de l’ordre, on clarifie, on clôture. Ainsi, chaque instant n’est pas seulement une date abstraite, mais une qualité rythmique précise, lisible dans la rencontre des souffles célestes et terrestres.

La pensée grecque antique a cherché à répondre à la question « Qu’est-ce que c’est ? » — elle a produit une ontologie de l’être.

La pensée occidentale moderne a mis l’accent sur la substance et les lois mécaniques de la matière et de l’énergie.

Le taoïsme, lui, se concentre sur le temps et les transformations. Il demande non pas « qu’est-ce que c’est ? », mais « quand est-ce juste ? ».

C’est une véritable chronospiritualité : une voie où l’on apprend à lire les cycles du ciel et de la terre, à se synchroniser avec eux, et à transformer sa vie intérieure en résonance avec le grand mouvement du Dao.

Pratiquer le taoïsme, c'est chercher à entrer dans le tempo du monde. Comme un musicien ou une musicienne, mais à une échelle cosmique. C’est comprendre que l’efficacité spirituelle ne vient pas des passages en force ou de la volonté, mais très souvent de la justesse du moment choisi.

Ainsi, le taoïsme nous enseigne l’art de la synchronisation : vivre avec les astres non comme des puissances qui nous déterminent ou nous contraignent, mais comme des horloges naturelles qui nous rappellent la danse universelle des transformations et nous apprennent à danser avec elles avec grâce, sans marcher maladroitement sur les orteils de la Réalité.

Bonne réflexion et pratique

Fabrice Jordan

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mercredi 27 août 2025

Attention vigilante

 


Voyez-vous la vie telle qu'elle est ou telle que vous souhaitez qu'elle soit ?

Il faut avoir du temps libre pour observer la vie. Il faut avoir le temps pour voir ce qui se passe réellement — non pas ce que l'on souhaite ou désire — mais ce qui se passe réellement dans notre vie quotidienne. Cette attention vigilante rend le cerveau extraordinairement perspicace, vif, clair. Et si nous pouvons y aller très, très en profondeur, cette clarté est véritablement la liberté totale.

~ Jiddu Krishnamurti

Brockwood Park 1984, Conversation 1 with Mary Zimbalist - Knowledge is Conditioning  

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samedi 16 août 2025

Concave et convexe

 

il y a un envers à l’endroit
un convexe au concave
un face a un pile

cela va de soi ?
pas tant que cela
l’envers de l’endroit
s’il est bien su
abstraitement connu
dans son principe
est de fait rarement vu
inconvenante réalité
admise
mais de préférence oubliée
reléguée à ces oubliettes
dont on sait qu’elles existent
mais aux abords desquelles on évite de passer
de peur que s’en échappe quelque pleur et grincement de dent
comme la guerre là bas
loin
certes redoutée
mais pas encore assez proche pour être éprouvée
comme l’abattoir ou l’élevage en batterie
dont l’ombre plane au dessus de l’assiette
comme cet hôpital que l’on longe
juste un mur
entre la danse des bien portants
vaquant à leurs affaires
et les lits de douleur
les corps crucifiés
Les gémissements
la peur nue
comme le mouroir rempli de vieillards hébétés
au fond de ce charmant jardin
devant lequel les parents futurs résidents
poussent dans leurs landaus ceux là même qui
dans un avenir inimaginable
les y placeront vaguement coupables
à l’autre bout du chemin
de cette jeunesse riante en terrasse
la vieillesse non accueillie
la détresse étonnée
devant le passage éclair du temps
ce temps
qui dans l’instant n’existe pas
et pourtant explose à la face
de qui ne s’est pas tout au long du chemin
activement souvenu de l’envers de l’endroit
du convexe du concave
du face du pile

Gilles Farcet

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lundi 28 juillet 2025

Le temps du stress

Valérie Roumanoff nous offre une belle représentation sur notre façon de laisser le temps nous mettre la pression.

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jeudi 17 juillet 2025

Position changeante

« Aide-toi, le Ciel t'aidera. » La fortune sourit aux audacieux. « Be bold », disait Swâmiji.

Si vous ne faites pas le premier pas, vous pouvez « exprimer » mille ans en thérapie, il ne se passera rien. La puissance des habitudes est tellement grande que vous serez très déçus au bout de quelque temps : « Finalement, je ne sens pas que je me transforme vraiment, que mon existence change. » Le travail sur l'inconscient peut vous aider à émerger d'un monde d'illusions, à prendre conscience que vous vous mentez à vous-mêmes, que vous réprimez vos vrais désirs, que vous faites semblant de ne pas vouloir ce dont vous avez en fait tellement envie ou qu'au contraire vous vous battez en surface pour quelque chose que vous refusez de toutes vos forces dans la profondeur. Vous commencez alors à comprendre la stupidité de ces agissements qui ne sont pas appropriés et vont même à l'encontre de vos intérêts. De là peut naître la conviction de la nécessité d'un changement d'attitude et d'un comportement actif pour bousculer vos automatismes, votre routine intérieure. Et ce travail, c'est à chacun de l'accomplir en se prenant en main. Votre existence change si votre être change. Mais si vous changez un petit quelque chose dans votre existence, cela vous aide à changer votre être. Les deux sont vrais et se renforcent mutuellement et ce qui vous était presque impossible vous devient aisé, en fonction de ce qu'une lucidité nouvelle vous fait reconnaître comme juste.

Arnaud Desjardins - La Voie et ses pièges

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jeudi 19 juin 2025

Prendre du temps pour prendre du temps...


 " Quand nous nous arrêtons pour respirer, nous ne perdons pas de temps. La civilisation capitaliste occidentale dit que le temps c'est de l'argent et que nous devons utiliser notre temps pour gagner de l'argent. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous arrêter pour respirer, de nous promener ou de nous émerveiller devant le soleil couchant. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre du temps. Mais le temps est plus précieux que l'argent. Le temps, c'est la vie. Revenir à notre respiration et prendre conscience que nous avons un corps merveilleux, voilà la vie ".

("L'art de vivre", Thich Nhat Hanh)

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mercredi 18 juin 2025

Croisement du temps

 


La plupart des grandes traditions spirituelles font de l’instant présent une clé de la vie spirituelle.

Chaque instant est certes une fenêtre étroite, mais qui peut devenir un croisement du temps et de l’éternité, de l’horizontal et du vertical. Et qu’est-ce que l’éternité ? peut-on se demander.

C’est la splendeur d’un moment de grâce, l’intensité d’un instant, la qualité d’un acte, la plénitude d’un état.

Jean Proulx, En quête de sens, p. 248-249

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mardi 3 juin 2025

Acte d'être

 

un humain n’est pas simplement
parce qu’il existe existe
vaguement
pour un temps
l’existence
ne donne pas l’être
la naissance
n’octroie pas la présence
la respiration
ne confère pas le souffle
pas plus que la vue ne dispense
la vision
l’humain
ne naît pas humain
mais le devient
l’être
produit transformé de l’existence
l’être n’est pas un état
mais un acte
un geste
de la conscience
un humain
est ce qu’il a fait
comme ce qu’il n’a pas fait
ce qu’il a osé
comme la somme des peurs auxquelles il a cédé
ce qu’il a écouté
de sa profondeur
comme ce qu’il en a renié
la somme de ses ferveurs
comme de ses tiédeurs
un humain est
ce qu’il a continué
ce qu’il a préservé
ce qu’il a achevé
comme tout ce qu’il a abdiqué
négligé
laissé
un humain est
ce qu’il a regardé
comme ce qu’il a évité
ce qu’il a reconnu
comme ce qu’il a nié
et alors
au mitan
de son avancée
il commence à récolter
ce qu’il a semé
de plus en plus rassasié
ou de plus en plus affamé
s’il n’a rien cultivé qui vaille
car avec le temps
avec le temps va tout s’en va
de ce qui de toutes façons ne pouvait demeurer
avec le temps viens tout advient de ce qui a authentiquement été
de son pas si léger la jeunesse s’en va
et avec elle
tout ce qui faisait écran
jusqu’à ce que ne reste que toi
et le Plus Grand

Gilles Farcet - Dernière pluie

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dimanche 1 juin 2025

La vie s'invente


 "Oui il est grand temps de révéler à nos enfants – de nous révéler à nous-mêmes – l'autre versant du monde !

Celui où jour après jour s'invente la vie – les mille gestes d'amour, de compassion, de tendresse – les multiples mains qui bénissent, caressent, plantent, sèment, rêvent, se joignent pour prier – jour après jour – sans se lasser.

Car le monde doit de tenir debout, à cette conspiration de l'amour, à cette clandestinité de la tendresse et de la louange."

Christine Singer 1943-2007

peinture: Amrita Sher-Gil 1913-1941 - tribal women 1938

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dimanche 25 mai 2025

Le temps perdu

 


On voudrait en gagner toujours plus et pour cela arrêter de le perdre. Mais ce faisant, on ne le prend plus. Le temps. Élément étrange qui nous échappe quand on s’en saisit et nous est, au contraire, donné quand on accepte de le perdre. Et en effet : on ne prend vraiment un temps avec l’ami qui en a besoin que si l’on ne cherche pas d’abord à en gagner. « Tu as besoin de parler, c’est ça ? Bon, j’ai un quart d’heure devant moi… »

On sait d’avance que ça ne peut pas fonctionner. La faute ne revient pas au quart d’heure : la profondeur d’une conversation, quand l’écoute est là, peut être atteinte en quelques phrases. Le problème est que, montre en main, nul n’écoute bien. Qui trépigne est déjà parti. Le quart d’heure pourrait suffire, oui, mais à condition que l’on se soit d’abord donné la vie entière. On ne prête bien l’oreille qu’à la donner sans retour.

Refuser la mesure du temps

Ce n’est évidemment pas toujours possible. La plupart du temps, on manque de temps, on travaille à plein temps. On divise l’année en mensualités, qu’on remplit de jours ouvrables ou travaillés, que l’on tronçonne en heures tarifées voire supplémentaires. Le sommeil lui-même n’échappe pas à cette logique du remplissage depuis que des applications, chaque nuit, mesurent… son efficacité ! Aussi ne nous reste-t-il plus qu’à trouver refuge dans la plus petite quantité de temps : « Laisse-moi une petite minute ! », proteste-t-on. « Juste deux secondes ! »

Ce qu’il faudrait, c’est refuser carrément la mesure du temps, l’oppression du chronomètre. Il suffira pour cela de remarquer qu’il n’est tout simplement pas possible de « gagner » du temps. Nul, en se pressant, n’a jamais gagné ne serait-ce qu’une seconde. Comment cela ? L’objection arrive… rapidement : avec une bonne voiture, ne rejoint-on pas la ville de Lyon depuis Strasbourg en cinq petites heures ? Certes. Mais il n’y a eu aucun gain de temps.

Je ne fais pas allusion ici aux travaux d’Ivan Illich selon lesquels la voiture a augmenté le temps passé dans les trajets : ce qui était à portée de nos ruelles et autres chemins de campagne (école, épicerie, boucherie…) se trouve désormais à quelques demi-heures, et encore, « quand ça roule bien ».

Je veux simplement faire remarquer que, dans nos raccourcis, on oublie de compter le temps qu’il a fallu pour produire le véhicule, l’énergie dépensée à construire les usines, nourrir les ouvriers, former les ingénieurs, etc. Rouler à toute vitesse, ce n’est pas économiser du temps mais le dépenser d’un coup : c’est flamber le temps long (plusieurs centaines de millions d’années) de la formation des énergies fossiles.

Le temps perdu

Quand on met dans son café un sucre, disait Bergson, qu’on le veuille ou non, on doit attendre qu’il fonde. À quoi Bachelard avait répondu qu’on peut très bien, sous la flamme d’un bec Bunsen, faire fondre le sucre en un rien de temps… Vous m’avez compris : c’est faux puisque le gaz consommé ne s’est, lui, pas fait en une seconde.

Il n’est toutefois pas besoin d’aller chercher Illich ou Bergson. Nos enfants nous l’enseignent. L’option du film ou des écrans, contre un petit moment de paix, est rarement un bon calcul : il faut ensuite gérer l’excitation. Et si, parce que ce n’était jamais le bon moment, nous nous sommes souvent dérobés aux temps privilégiés avec nos jeunes enfants, sans doute nous faudra-t-il les leur offrir plus tard. Si toutefois la chance nous est offerte de rattraper le temps perdu… Perdu à quoi ? À essayer de le gagner. 

Martin Steffens

source : La Vie

Professeur de philosophie en classe préparatoire, il a publié Petit traité de la joie. Consentir à la vie, ainsi que Rien que l’amour. Repères pour le martyre qui vient et l’Amour vrai. Au seuil de l’autre ou, dernièrement, Dieu, après la peur (Salvator).

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mardi 11 mars 2025

Temps et énergie dépensés

 


Si l’on a une certaine inclination pour la vie spirituelle, je pense qu’il ne faut pas passer trop de temps à essayer de trouver la meilleure maison, le meilleur travail, le meilleur n'importe quoi, car ce que l'on considère être "meilleur", ce n’est que notre manière de voir les choses. Bien sûr, si la maison n'a pas de fuites, c'est bien, si le quartier n'est pas trop violent, c'est bien, si vous avez un travail décent, c'est bien, mais pour moi ce n'est pas central.

Il ne faut donc pas dépenser trop d’énergie à essayer de se construire une vie fonctionnelle. C'est peut-être une erreur en Europe et en Amérique, que les gens pensent qu'ils doivent d'abord établir une sorte de structure matérielle et qu'ensuite ils pourront approfondir leur vie spirituelle. Jean Klein a toujours méprisé cette manière de voir les choses, affirmant que vous échappez à l'appel de la Vérité. 

Quand l'appel de la Vérité est là, ce n'est pas le moment de préparer quoi que ce soit : il faut se conformer à cet appel et ainsi rendre sa vie fonctionnelle de manière minimale, pour ne pas dépenser trop d'énergie avec votre maison, ou avec votre femme, ou votre mari, ou vos enfants, ou votre entreprise, ou votre jardin. Ces choses peuvent être là, mais elles ne sont pas le centre de la vie et alors l'investigation peut commencer. Donc, encore une fois, ce n'est pas mal d'avoir une vie fonctionnelle, mais ça ne devrait pas être si important ; c'est préférable que ça soit fonctionnel de manière simple. 

~ Éric Baret 

(extrait d'une vidéo en anglais)

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samedi 22 février 2025

« Le temps nous pose la question de notre limitation »


 En ce moment, étant en lien avec de très vieilles personnes, je suis confrontée à la question du temps. Le temps à notre époque joue un drôle de jeu. On voit ceux qui courent après lui toute la journée : les adultes pris dans les multiples obligations de leur travail et de leur vie quotidienne, avec le sentiment de s’oublier et les enfants qui enchaînent l’école, les devoirs, les activités, sans avoir de répit pour rêver.

De l’autre côté, il y a ceux pour qui le temps s’étire lentement, invariablement, sans en voir la fin que pourtant ils redoutent. Le temps nous est-il contraire pour qu’il ne soit jamais un allié ? Pourquoi sommes-nous de plus en plus prisonniers des caprices de son cours débordant ou aride alors que, paradoxalement, nous vivons dans une société où de nombreuses tâches sont effectuées sans avoir besoin de notre intervention par des machines et avec rapidité ? Selon la Genèse, nous avons été créés libres et nous sommes de plus en plus entravés dans les filets du monde.

L’hiver de la contemplation

Le printemps s’annonce. Nous sommes à l’aube de la saison du renouveau. La nature va reverdir, elle va exploser de fleurs et de fruits après ce long passage de l’hiver où tout s’est arrêté. Dans la terre froide, les graines ont germé, sans pousser, sans mouvement apparent vers l’extérieur. Elles ont fermenté, se sont ouvertes pour se débarrasser de leurs vieilles coques avant de laisser émerger la nouvelle pousse.


Ce moment de réflexion de la nature me semble un grand enseignement. Pour arrêter les chevaux impétueux du temps ou comprendre pourquoi il s’étire au moment où nos corps sont diminués et ne répondent plus à nos envies passées, il faut passer par l’hiver de la contemplation : s’asseoir et méditer, prier, abandonner la partie, laisser le jeu se faire sans nous, regarder.

Dans cette simple attitude, on mesure combien on veut toujours diriger les choses alors qu’au fond on ne maîtrise rien. Et si l’on prenait le risque d’être imparfait, de ne pas toujours devancer ce que l’on croit essentiel à notre bonheur, lâcher une partie de nos projets. Et si l’on finissait de subir le temps en le considérant non comme un ennemi mais comme le garant de notre éveil, de nos émerveillements face à l’éphémère du monde, de notre évolution spirituelle puisque, ici, tout passe mais au-delà tout demeure ?

Si on fait ce pas de côté, on prend conscience que le temps nous pose la question de notre limitation. Il est compté. Le tic-tac avance inexorablement. D’où cette attitude de fuite, de course effrénée ou de volonté de freiner l’inexorable de notre fin. Si le temps est mon allié, je profite de son enseignement pour cultiver mes jours, éclairer mes zones d’ombre, combattre mes animaux intérieurs, accueillir ce qui m’arrive comme un don. Le temps oblige à un travail de conscience pour ne pas pâtir de ce qui ne revient plus, se détacher du passé, observer ce que la richesse du présent apporte chaque jour.

Dans une des histoires de Winnie l’ourson que je lisais un soir à une petite fille, le petit ours pose une question à son ami Porcelet : « Quel jour est-on ? » Il répond : « On est aujourd’hui. » Et Winnie conclut : « C’est mon jour préféré. » Ainsi une comptine pour enfants est une leçon de philosophie ! J’ai envie de dire à mes chères vieilles personnes : ne tombez pas dans le piège des regrets, vous êtes le sel de la terre. Il révèle le suc de la vie. La sagesse est le sel. Elle ne s’acquiert qu’avec le temps, le précieux temps qui est compté alors que la vie est sans limite.

Paule Amblard - Historienne de l’art, spécialisée dans l’art médiéval et la symbolique chrétienne

Source : La Vie

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