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mardi 15 septembre 2026

"La perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée."


Je suis assez arrivé dans la vie maintenant, j'ai assez vécu pour savoir que la perte est une des plus grandes grâces qui nous soit donnée. Non seulement on ne peut pas l'éviter, on ne peut pas vivre sans perdre, sans perdre beaucoup. On perd des forces, on perd des gens, surtout des gens, on perd des espérances, on perd beaucoup de batailles... C'est impossible de vivre sans perdre.

Et quand vous sentez ça, quand vous l'avez éprouvé, il y a quelque chose comme une sorte de paix qui commence à s'installer. Vous commencez tout simplement à accepter d'avoir à perdre, d'avoir à perdre tout, presque tout avec le temps. 

(...)

Il y a une très belle lumière qui vient de ce qui nous manque, de ce qui nous fait défaut. 

Dans ce qui manque, dans le très peu, dans le très bas, dans les absences, dans tout ce dont follement on cherche à se protéger, il y a quelque chose qui vient et qui en fait est très bienveillant pour nous, très mystérieusement bienveillant. 

La bienveillance est partout, je pense, mais il est possible qu'elle craigne un tout petit peu quand on a un peu trop de confort ; il est possible qu'elle s'éloigne, qu'elle ne sache pas comment faire. 

~ Christian Bobin - Entrevue radiophonique avec Thierry Lyonnet sur RCF Notre-Dame, 2009

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dimanche 25 mai 2025

Le temps perdu

 


On voudrait en gagner toujours plus et pour cela arrêter de le perdre. Mais ce faisant, on ne le prend plus. Le temps. Élément étrange qui nous échappe quand on s’en saisit et nous est, au contraire, donné quand on accepte de le perdre. Et en effet : on ne prend vraiment un temps avec l’ami qui en a besoin que si l’on ne cherche pas d’abord à en gagner. « Tu as besoin de parler, c’est ça ? Bon, j’ai un quart d’heure devant moi… »

On sait d’avance que ça ne peut pas fonctionner. La faute ne revient pas au quart d’heure : la profondeur d’une conversation, quand l’écoute est là, peut être atteinte en quelques phrases. Le problème est que, montre en main, nul n’écoute bien. Qui trépigne est déjà parti. Le quart d’heure pourrait suffire, oui, mais à condition que l’on se soit d’abord donné la vie entière. On ne prête bien l’oreille qu’à la donner sans retour.

Refuser la mesure du temps

Ce n’est évidemment pas toujours possible. La plupart du temps, on manque de temps, on travaille à plein temps. On divise l’année en mensualités, qu’on remplit de jours ouvrables ou travaillés, que l’on tronçonne en heures tarifées voire supplémentaires. Le sommeil lui-même n’échappe pas à cette logique du remplissage depuis que des applications, chaque nuit, mesurent… son efficacité ! Aussi ne nous reste-t-il plus qu’à trouver refuge dans la plus petite quantité de temps : « Laisse-moi une petite minute ! », proteste-t-on. « Juste deux secondes ! »

Ce qu’il faudrait, c’est refuser carrément la mesure du temps, l’oppression du chronomètre. Il suffira pour cela de remarquer qu’il n’est tout simplement pas possible de « gagner » du temps. Nul, en se pressant, n’a jamais gagné ne serait-ce qu’une seconde. Comment cela ? L’objection arrive… rapidement : avec une bonne voiture, ne rejoint-on pas la ville de Lyon depuis Strasbourg en cinq petites heures ? Certes. Mais il n’y a eu aucun gain de temps.

Je ne fais pas allusion ici aux travaux d’Ivan Illich selon lesquels la voiture a augmenté le temps passé dans les trajets : ce qui était à portée de nos ruelles et autres chemins de campagne (école, épicerie, boucherie…) se trouve désormais à quelques demi-heures, et encore, « quand ça roule bien ».

Je veux simplement faire remarquer que, dans nos raccourcis, on oublie de compter le temps qu’il a fallu pour produire le véhicule, l’énergie dépensée à construire les usines, nourrir les ouvriers, former les ingénieurs, etc. Rouler à toute vitesse, ce n’est pas économiser du temps mais le dépenser d’un coup : c’est flamber le temps long (plusieurs centaines de millions d’années) de la formation des énergies fossiles.

Le temps perdu

Quand on met dans son café un sucre, disait Bergson, qu’on le veuille ou non, on doit attendre qu’il fonde. À quoi Bachelard avait répondu qu’on peut très bien, sous la flamme d’un bec Bunsen, faire fondre le sucre en un rien de temps… Vous m’avez compris : c’est faux puisque le gaz consommé ne s’est, lui, pas fait en une seconde.

Il n’est toutefois pas besoin d’aller chercher Illich ou Bergson. Nos enfants nous l’enseignent. L’option du film ou des écrans, contre un petit moment de paix, est rarement un bon calcul : il faut ensuite gérer l’excitation. Et si, parce que ce n’était jamais le bon moment, nous nous sommes souvent dérobés aux temps privilégiés avec nos jeunes enfants, sans doute nous faudra-t-il les leur offrir plus tard. Si toutefois la chance nous est offerte de rattraper le temps perdu… Perdu à quoi ? À essayer de le gagner. 

Martin Steffens

source : La Vie

Professeur de philosophie en classe préparatoire, il a publié Petit traité de la joie. Consentir à la vie, ainsi que Rien que l’amour. Repères pour le martyre qui vient et l’Amour vrai. Au seuil de l’autre ou, dernièrement, Dieu, après la peur (Salvator).

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vendredi 7 mars 2025

Qualité du quotidien...

 Merci à Christophe Massin pour ce petit bijou à écouter et à réécouter :

- apprendre la perte, la laisser nous traverser

- développer la qualité de présence...


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jeudi 5 décembre 2024

La voie : un déséquilibre progressif et délibéré


Vient bien un point de maturation dans le travail où, d’identification lâchée en crispation détendue, on s’approche de la crispation fondamentale, à savoir du noyau même de l’ego, d’ailleurs dangereusement proche du fameux « noyau psychotique ».
A ce stade, en effet, la traversée de ce noyau s’avère telle le chameau passant par le trou de l’aiguille. Cette traversée propulse dans un en deçà des identifications. Mais attention : d’une part, elles sont susceptibles de longtemps repointer leur nez (Arnaud Desjardins parlait « du ventilateur débranché dont les pales continuent pourtant de tourner » ) ; d’autre part et encore une fois, prétendre passer directement à ce stade sans maturation préalable est, soit impossible, soit très dangereux.
C’est là qu’intervient la perte d’équilibre progressive et délibérée qui constitue une grande part du travail sur la voie.

Si l’on admet que le chemin participe de la désidentification progressive du complexe ego mental, il s’ensuit que la voie consiste en une lente et raisonnée perturbation de nos équilibres.
Non pas relatifs mais psycho émotionnels. Il n’est pas en soi nécessaire à la personne financièrement aisée, voire riche, de devenir pauvre (contrairement à ce que laisse supposer une interprétation littérale du message évangélique ) mais de ne s’identifier de moins en moins, jusqu’à plus du tout à son argent et au statut qu’il lui confère. Sachant cependant que, parfois, pas toujours, la désidentification ne peut dans les faits survenir qu’à travers un choc qui peut consister en une perte objective dans le relatif.
Le fait est que pour certains d’entre nous, tel ou tel domaine d’identification ne « lâchera » que par la perte. Telle être humain très identifié à son apparence physique ne mûrira que par le vieillissement ou la maladie qui détruit la beauté, tel autre très identifié à son statut social et professionnel ne mûrira qu’en le perdant , telle personne identifiée à une relation amoureuse ne mûrira qu’en se retrouvant seul …
Dans le principe, donc, il n’est pas intrinsèquement nécessaire de passer par la perte relative.
Reste que, d’une part, nulle existence humaine ne peut faire l’économie d’une certaine expérience de la perte ; et que, souvent, seule la perte est à même de faire trembler le sol que nous voulons croire ferme.
Notons que la plupart des humains , s’ils expérimentent bien diverses formes de perte, n’en mûrissent pas pour autant. Ce n’est pour eux que catastrophe, « naufrage de la vieillesse », faillite …
La perte ne se suffit pas à elle même en tant que facteur de maturation.
Pour être déclencheur alchimique, la perte présuppose un travail, on y revient sans cesse.

Gilles Farcet
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jeudi 25 avril 2024

 Mes chers amis,

By Photo Dharma from Sadao, Thailand 

L'impermanence conditionne toute notre vie et il est bien de ne jamais la perdre de vue.

L'impermanence est la caractéristique de tout ce que nous pouvons percevoir au travers de nos 5 sens (le vue, l'audition, le toucher, le goût et l'odorat), et de notre mental (pensées, émotions, ressentis...)

Que veut dire impermanent ? Cela caractérise ce qui a un début (et donc n'existe pas depuis toujours) et a une fin (càd qui ne durera pas toujours).

Or nous, les êtres humains ordinaires, (par opposition aux grands maîtres et les êtres réalisés) sommes très sujets à l'attachement. Ce que nous aimons bien, nous y devenons très facilement attachés et nous éprouvons du chagrin, ou de la souffrance quand nous devons nous détacher que ce soit d'objets matériels, de sensations plaisantes (visuelles, auditives, gustatives, tactiles ou olfactives)  et encore bien plus quand il s'agit d'êtres vivants animaux ou humains.

Il ne s'agit pas de n'avoir aucun attachement, ce qui serait un leurre bien impossible à atteindre, mais d'être libre de ses attachements, de savoir que l'attachement est illusoire, puisque ce à quoi on s'attache est transitoire, soit cela se terminera avant moi, soit moi je partirai sans l'emporter.

Car bien sûr, moi aussi je suis impermanent, comme toutes les choses mon corps est apparu un jour il est certain qu'il disparaîtra. Mes pensées apparaissent et disparaissent.

En tant qu'être humain ordinaire je suis très identifié à mon corps/mental, ce que j'appelle moi. Qui peut vraiment affirmer qu'il ne croit nullement en l'existence d'un moi ?

Même si théoriquement, il a compris que ce moi ne peut être trouvé nulle part.

La méditation d'hier a été une réflexion sur ce sujet. Nous n'avons pas cultivé le calme mental, mais nous avons réfléchi. Nous sommes finalement revenus à cette pure présence que nous sommes, cette pure présence spacieuse, qui est là d'instant en instant, insaisissable, mais vaste et source d'amour.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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mercredi 3 avril 2024

Contrôle du contrôle

 


Lors de la méditation d'hier ... nous avons tenté d'explorer notre besoin de tout contrôler, afin de réaliser ce que nous pouvons réellement contrôler.

C'est un sujet important car la sensation de perte de contrôle est à la base de beaucoup de nos colères et donc de notre mal être.

N'oublions pas que nous souhaitons tous mettre fin à notre mal être, mais que nous sommes relativement confus quant à l'origine de notre mal être. Lâcher l'illusion ou la nécessité de devoir contrôler certaines choses et situations pourrait nous permettre de diminuer notre mal être.

Je vous souhaite une belle journée à vous tous, conscient que le contrôle que vous avez sur l'instant qui va juste arriver est relativement limité.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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vendredi 3 septembre 2021

Enfance

 


On devrait barbouiller d'enfance sa vie entière, la garder dans cette belle lumière, l'éclabousser encore des années après avec cette lampe magique. 

Conserver l'éclat des émotions, des émerveillements aux genoux écorchés vifs, le goût du caillou porté à sa bouche, le goût des étoiles portées à ses rêves. 

Nous avons tant à perdre en perdant l'enfance. Et tant l'ont déjà perdue...


–Jacques Dor–


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mercredi 24 octobre 2018

Laisser partir...

Il y a un proverbe au Japon qui dit : « Même le voleur a 10 % raison. » Cela m'a toujours laissée perplexe : alors moi j'ai 10 % tort ? Quel tort : imprudence, négligence ? Cela veut-il dire que je dois toujours fermer ma porte à clé, verrouiller mon vélo et ne jamais laisser mon linge flotter entre les cerisiers... ? Devrais-je rentrer les tomates quand elles sont encore vertes et ne pas faire confiance à mes voisins ?

 Je repense à tout cela ce matin, plantée devant mon vélo, fixant mon panier vide. Le temps d'acheter du pain, mon sac en nylon vert, tout vieux, tout effiloché, à la couleur passée par trop de lavages, a disparu. Était-il tentant, livré à tout vent, bien gonflé, prêt à être attrapé ? Ce voleur, ce chapardeur a-t-il pensé trouver dedans chocolats de Pâques et cadeaux de Noël ? Une pensée malicieuse me vient : j'aimerais voir son expression quand il ouvrira son butin ! Il n'y trouvera que boîtes à oeufs vides et sacs en papier bien pliés, le tout pour aller au marché, car ici il est de bon ton le samedi matin d'arriver bien préparée. Je souris : sera-t-il touché par mon engagement écologique ? Cela le décidera-t-il à tout déposer dans la poubelle de recyclage ? Verra-t-on le début d'une vocation verte ? Une grande illumination écolo ? Dans ce cas, j'aurai eu 100 % raison de laisser mes affaires en vrac et lui de profiter de l'occasion !
Je sais bien qu'il y a, en ville ou à la campagne, des personnes au regard acéré, à la main légère, qui ne s'embarrassent pas des notions du mien et du tien. Qu'il est sans doute tentant pour elles, et peut-être amusant, de saisir lestement ce qui se présente et de courir à l'abri voir ce que le sort - un peu aidé toutefois - a mis sur leur chemin. Et là, on en revient au proverbe japonais.
Est-ce qu'il m'appartient, à moi qui ai la notion de « mien » bien ancrée, de ne pas aider le sort ? Ou bien d'accepter que cette idée de « c'est à moi » est flottante, transitoire et que - dans une certaine mesure, et c'est là que la difficulté se présente - les choses changent de main, s'égarent dans d'autres poches, apparaissent puis disparaissent dans ma vie, sans que je puisse jamais être certaine qu'elles vont y rester définitivement.
Oui c'est une idée qui nous semble étrange, pour ne pas dire choquante, car si je peux sourire devant la disparition de mon vieux sac, je tiens à cette montre, à ces photos, à ce vase pour leur valeur de souvenir ou pour leur valeur tout court. Et pourtant, je sais que je vais perdre, casser, oublier, « semer » un tas de choses derrière moi tout au long des années. Mais ce n'est pas pareil, a-t-on envie de s'écrier ! Non, le processus est différent, là, il y a la volonté de quelqu'un, pas seulement le hasard ou l'étourderie, mais si je regarde bien, je vois que le résultat est le même : les choses passent et souvent nous quittent.
C'est encore lui, Ryokan, ce vieux moine-poète japonais, qui m'a montré qu'on pouvait regarder ces mésaventures un petit peu différemment : rentrant dans sa hutte de montagne, par une belle soirée d'automne, il la trouva entièrement vide : plus de futon, plus de théière, plus d'écritoire... mais par la fenêtre, brillante, se déversait la lumière argentée de la lune et il remercia alors son voleur de la lui avoir laissée ! Je ne suis pas sûre d'avoir un cœur si ouvert ni une âme si généreuse ; je ne crois pas que je vais remercier mon voleur de m'avoir laissé mon vélo mais j'apprends, un peu, à accepter de perdre et à laisser partir...

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source : La Vie

jeudi 5 octobre 2017

Vagues d'oubli océaniques...




L'oubli de soi est une des plus importantes conséquences du manque d'écoute de ses peurs et de ses besoins, du manque d'attention à ce qui se passe en soi. Il entraine une incapacité à être en relation authentique et crée des relations plutôt superficielles où chacun dépense son énergie à s'occuper de l'autre pour ne pas souffrir, ce qui cause, à la longue, des souffrances beaucoup plus grandes. En effet, celui qui s'oublie ne donne pas d'importance à ses désirs, à ses besoins et à ses émotions; par conséquent la personne qu'il aime ne lui accordera pas la reconnaissance dont il a besoin puisqu'il ne se la donne pas lui-même. Se sentant négligé, il aura peur d'être abandonné. 

Malheureusement, sa peur n'est pas sans fondement puisque, très souvent, les personnes qui s'oublient elles-mêmes sont aussi abandonnées par les autres. De plus, elles sont d'autant plus démunies qu'elles se trouvent constamment dans des relations où elles finissent par être délaissées sans vraiment savoir pourquoi. Elles ont pourtant tout donné, tout concédé, tout sacrifié; elles ont abdiqué, lâché, renoncé pour sauver la paix et pour ne pas perdre.

Colette Portelance


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vendredi 29 septembre 2017

Le chemin spirituel n’apporte rien de personnel.


Vous n’allez rien y gagner, rien y obtenir.
J’ai conscience que ce n’est pas facile à entendre, ami chercheur.
Je sais que tu ne vas pas me croire, car c’est difficile à avaler, toi qui espères tant de cette quête.
J’ai conscience que souvent tu en attends quelque chose de merveilleux, qu’il y a un espoir tellement immense en toi, probablement de sortir de ta condition humaine si difficile, d’améliorer ta vie, ton vécu, que sais-je encore.
Et pourtant, quelle paix de le comprendre !
Quelle joie de ne plus rien attendre de cette quête de soi, de ne plus rien considérer comme acquis!
Quelle beauté d’accepter de n’y rien comprendre !
Et quelle douceur de se déposer dans le cœur même de la vie, pour se laisser bercer dans son mouvement naturel, quel qu’il soit, sans protection!
Juste être, ici et maintenant.
Alors à un moment donné, tu vas t’en rendre compte :
le chemin n’apporte rien du tout.
Absolument rien de personnel.
Rien, rien, rien.
A l’inverse, si tu y consens, cette quête, cette « rencontre inconditionnelle avec soi », cette plongée totale dans le réel va te prendre tout ce qui t’est personnel, tout ce que tu considères comme t’appartenant.
Tu vas te délester.
Le chercheur obtient quelques acquisitions : plus de tranquillité, de douceur, d’amour, de compréhension peut-être.
Quelques belles envolées spirituelles parfois.
Parfois même ça dure un peu, quelques années même, on a l’impression d’être arrivé quelque part, c’est agréable.
Dès qu’il se passe quelque chose, le chercheur en fait un évènement, une acquisition.
L’éveil devient un truc à obtenir, où à retrouver si on l’a «perdu».
Le chercheur fait comme toutes les personnes en ce monde : accumuler des belles choses, rejeter celles qui ne lui plaisent pas.
Mais lorsqu’il les a eues, il peut les perdre.
Sur ce chemin là, on finit toujours par perdre ce qu’on a acquis.
Je l’ai déjà dit ici : tous les états spirituels que vous allez gagner, vous allez les perdre.
La vie va et vient.
Elle fait ce qu’elle veut.
Alors entends-moi bien, surtout la prochaine fois que tu auras l’impression d’avoir encore perdu ou gagné quelque chose sur ce chemin.
Oui entends-moi bien :
Accepte de te dénuder de ce désir d’accumuler des expériences, de ce désir d’obtenir quelque chose de tous tes efforts.
Il ne s’agit pas de gagner,
ni d’accumuler,
ni de réussir,
il s’agit de perdre la totalité de ce que tu crois avoir,
de perdre la totalité de ton monde,
de lâcher tout ce que tu crois tenir.
La condition humaine c’est de porter la vie, d’en faire une affaire personnelle, une réalisation, un devenir.
La quête spirituelle récupère ce même mouvement et devient quelque chose à réussir.
Comme c’est lourd et épuisant !
Comme c’est difficile !
N’en as-tu pas marre ?
Tant que tu n’en auras pas assez marre, tu vas continuer.
Il faut parfois aller au bout de l’absurdité.
Essayer encore et encore de réussir cette quête, d’arriver quelque part, d’accumuler les expériences.
Mais un jour, tu ne pourras plus faire autrement, tu va revenir à plus d’humilité et reconnaitre profondément la vérité :
Tu ne tiens rien,
Tu ne possèdes rien,
Il n’y a rien à réussir,
Tu es déjà nu devant la vie.
Et en réalité c’est cela que ton cœur désire le plus : reconnaitre cette nudité de ton être.
C’est dans cette nudité que nous pouvons faire le don de nous-même au vivant que nous sommes.
Et nous laisser porter par son libre mouvement.
Alors ami chercheur, acceptes-tu de ne plus rien accumuler ?
De te délester de ce que tu crois avoir acquis ?
Et de te montrer dans ta plus intime vulnérabilité ?
Dans ta plus totale nudité ?
Tu te rencontreras alors dans ta plus profonde humanité.



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samedi 24 juin 2017

Traversée... avec Christian Bobin

Vivre est une chose simple : il suffit d'y consacrer chaque seconde de sa vie ! si nous avons pratiqué ces actes de résistance et même si la vie nous submerge, ce n'est pas grave...
C'est lié à la joie. Il faut savoir perdre. Et trouver la joie dans la défaite. La joie c'est de n'être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu..

Je vais vous donner un exemple que tout le monde va comprendre tout de suite. Quand on a trente ans à peu près, l'âge des bandes d'amis, et que c'est l'été, cette saison incroyablement belle, et que l'on tente de traverser une rivière sans trop se mouiller, que fait-on ? On passe d'un galet à l'autre. On peut gagner, c'est-à-dire arriver sur l'autre rive indemne. Mais on peut aussi perdre tout d'un coup, glisser brusquement, tomber, se mouiller... et s'apercevoir que perdre, c'est encore plus drôle que de gagner, et que ce n'est pas grave ! Ce qui comptait, ce n'était pas d'atteindre l'autre rive indemne mais d'être ensemble, vivant, de se réjouir de petits riens comme ceux-là. 
On ne parvient pas à un certain âge sans avoir perdu. Beaucoup, oui. Ce que j'ai perdu est irrattrapable. Je ne parle ni des objets ni des biens ni même de l'argent mais des êtres. J'ai perdu des êtres qui étaient pour moi des sources de soleil. Ce soleil a été mis en terre. Apparemment mis en terre. Moi, je pense que je continue à en recevoir les rayons. Mais je sais aussi, en même temps, que c'est une perte et qu'elle est irrattrapable. Je sais les deux choses. Que dire de plus? 
Christian Bobin.

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samedi 17 décembre 2016

Partage d'une perte du mental... et d'un livre.


Je vous partage la vidéo trouvé sur le blog de Yannick :



Un livre sur Jésus pour Noël

"Il me reste encore quelques exemplaires de ce livre que vous risquez de ne plus trouver en vente suite au décès d'Alain René (l'éditeur) l'an dernier. 
Vous pouvez me joindre par mail (aller dans profil du blog)."

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mercredi 25 novembre 2015

Comment vivre ses émotions comme des énergies positives (2)


La colère est la deuxième émotion dont on dispose. C'est une énergie puissante qu'il convient d'apprendre à canaliser. Elle est déclenchée par les violations de territoire dont nous sommes ou croyons être la victime. L'injustice est une violation de territoire : le non-respect de nos droits. On peut être victime d'une violation de territoire physique, d'une violation de territoire effectif, d'une violation de territoire intellectuel, d'une violation de territoire spirituel, tous ces niveaux à titre indicatif, il y en a bien d'autres, évidemment. En médecine chinoise, la colère concerne le foie et par ricochet l'équilibre glycémique, etc. La fonction utile (positive) de la colère est de déclencher une énergie de changement, étant entendu que le premier changement est à générer en soi puisqu'on ne peut prétendre changer l'autre. 

Un travail est d'abord à faire sur ce que nous estimons être "notre territoire". Les autres ne sont pas nos objets, ils n'ont pas le pouvoir de "nous faire ça" : nous rendre triste, fou, etc… si nous ne leur accordons pas ce droit. Le travail à faire est donc de développer la conscience d'être soi dans ses propres limites en relation avec l'autre, autre qui lui-même a ses propres limites. 

(Je recommande quelques livres simples à ce sujet : "La colère, Y'a pas de mal à être en colère" de Michaelene Mundy Éd. du Signe ; "Un temps pour s'entendre avec des gens difficiles" de Lisa Engelhardt Éd. du Cerf ; "Lili trouve sa maîtresse méchante" "Lili a été suivie", "Jérémy est maltraité" "Lili se dispute avec son frère" "Lili est fâchée avec sa copine" "Les parents de Max et Lili se disputent" "Max est jaloux" "Max se bagarre" "Max est racketté" Collection Ainsi va la vie, Calligram ; et un livre plus compliqué : "Sainte colère" de Lytta Basset Bayard Labor et Fidès 2006.)

La troisième émotion dont nous disposons est la tristesse. Elle est déclenchée par les pertes, ce que nous appelons les deuils...
Les pertes que nous inflige la vie sont nombreuses et variées. On a pu en faire la liste suivante :
􀂃 les pertes d'objets ou de biens, le deuil est d'autant plus grave que l'objet était investi de façon affective;
􀂃 les pertes de lieu : pays, maison, quartier, etc.;
􀂃 les pertes liées aux étapes de croissance, c'est ainsi qu'on a pu décrire chez le nouveau-né des deuils de placenta ou de cordon ombilical, etc. la survenue des caractères sexuels secondaires chez l'adolescent s'accompagne d'un certain état de deuil, ne dit-on pas "enterrer sa vie de garçon", l'arrivée d'un premier enfant peut être vécue par les parents comme un certain deuil, celui de leur vie à deux, etc.;
􀂃 les pertes de réalités symboliques : langue, nationalité, honneur, confiance, projets, idéaux, croyances, foi. La trahison, la perte d'une idéologie, la perte de la liberté, la perte de la foi engendrent un état de deuil;
􀂃 les pertes liées aux fidélités ancestrales : changer de classe sociale, être incapable de reprendre un patrimoine, etc.;
􀂃 les pertes de projets ou les pertes liées à l'investissement professionnel, le chômage, la mise à la retraite, etc., et même, curieusement, une promotion;
􀂃 les pertes de parties de soi et d'apparence de soi : devenir obèse, perdre la vue, perdre un membre, perdre sa force physique;
􀂃 les pertes d'animaux;
􀂃 les pertes de générativité : se découvrir stérile, ne plus pouvoir faire d'enfant, perdre son inspiration et sa créativité, voir son oeuvre détruite, ne pas pouvoir transmettre ce qu'on sait ou ce qu'on a fait…;
􀂃 les pertes de maîtrise de rôle;
􀂃 les pertes liées à la violence subie;
􀂃 les pertes liées aux maladies et au vieillissement;
􀂃 les pertes partielles de personnes : la personne reste vivante, mais elle nous quitte (c'est le cas du divorce), devient inaccessible du fait d'une maladie, perd la raison, se fâche, trahit;
􀂃 les pertes partielles en ce qui concerne les enfants : l'enfant naît avec une malformation ou est victime d'un grave accident qui le laisse invalide, l'enfant se drogue, l'enfant échoue scolairement, l'enfant tombe malade psychiquement, l'enfant est victime d'une maladie somatique grave, etc.;

􀂃 les pertes liées à la disparition d'un enfant ou d'un adulte, ce sont des pertes très graves, car il y a une grande difficulté à admettre la réalité, du fait qu'on ne peut vérifier que l'autre est mort;
􀂃 les pertes d'enfant : l'avortement, les fausses couches, les morts-nés, les morts subites du nouveau-né… La perte d'enfant est un deuil qu'il est très difficile de dépasser, car souvent l'enfant est investi comme étant celui qui nous permet d'espérer survivre à notre propre mort. Selon le type d'accident arrivé à l'enfant, le deuil est plus ou moins difficile à surmonter. Si l'enfant a été enlevé, torturé, etc., s'il a été tué lors d'un accident dont on est responsable, s'il a été tué par un tiers, la plus grande difficulté est de dépasser le ressentiment à l'égard de l'autre ou à l'égard de soi. L'enfant peut également se suicider, se droguer, échouer, le parent est alors confronté à un sentiment de perte très important. Il faut mettre dans les états de deuil liés aux pertes les situations où l'enfant perd son statut social en devenant délinquant;
􀂃 les pertes de petits-enfants sont très sensibles. Il faut se rappeler que même, à 90 ans, l'enfant qui en a 70 reste l'enfant de sa maman;
􀂃 les pertes d'enfants sont à considérer du point de vue des frères et soeurs qui peuvent développer de très graves pathologies de l'affectivité à la suite d'une disparition dans la fratrie. Il n'est pas rare de rencontrer des femmes qui se sont unies à un conjoint représentant leur frère disparu ou qui projettent sur leur enfant l'ombre du frère ou de la soeur disparu(e). Cela entraîne beaucoup de problèmes dans le couple et des troubles très importants chez les enfants;
􀂃 les pertes d'adultes sont du même ordre que celles que j'ai répertoriées pour les enfants. Les plus graves restent les disparitions, les meurtres, les suicides puis les maladies et la mort de vieillesse, sans oublier la déchéance, par exemple l'alcoolisation d'un conjoint.

En médecine chinoise, la tristesse est reliée aux poumons et au gros intestin. La tristesse permet d'entrer dans l'état de deuil, état ressource dans lequel on se met pour faire face aux pertes. On parle de travail de deuil par assimilation au travail de l'accouchement. Il s'agit donc bien d'un mouvement de la vie et comme nous savons vivre, "nous savons faire le deuil".

(Je recommande quelques livres simples à ce sujet : "Le deuil, Y'a pas de mal à être triste" de Michaelene Mundy Éd. du Signe ; "Le divorce, comment aider les enfants à passer le cap" de Emily Menendez-Aponte Éd. du Signe ; "Les parents de Zoé divorcent" "Grand-père est mort" "Le père de Max et Lili est au chômage" Collection Ainsi va la vie, Calligram ; "Au revoir blaireau" de Susan Varley Gallimard ; "Faustine et le souvenir" de Sandrine Pernusch Éd. Messidor La Farandole ; "Les deux maisons de Désiré Raton" de Lydia Devos et Pierre Cornuel Grasset Jeunesse 2000 "Quelqu'un que tu aimais est mort" de Agnès Auschitzka et Nathalie Novi Bayard Jeunesse "Un temps pour se remettre d'un divorce" Kathryn Lankston Éd. du Cerf "Un temps pour le deuil" de Karen Katafiasz Éd. du Cerf et quelques livres plus compliqués de Jean Monbourquette : "Aimer, perdre et grandir : assumer les difficultés et les deuils de la vie" Ed. Bayard Centurion, 1995 ; "Grandir ensemble dans l'épreuve : groupes d'accompagnement de jeunes confrontés au divorce et au deuil" Ed. Médiaspaul, 1993 ; "Groupe d'entraide pour personnes en deuil" Novalis 1996 ; "Comment pardonner : pardonner pour guérir, guérir pour pardonner" Ed. Bayard Centurion, Novalis 1992 ; sans oublier les ouvrages de Christiane Singer et entre autres, "Du bon usage des crises" Folio.)





dimanche 16 juin 2013

Prosopopée de la Canette avec Benoît Billot

Je suis née, moi aussi, d'un ventre, celui de la Terre. Je faisais partie d'un filon métallique bien caché dans les profondeurs et enveloppé de sa gangue. Je n'existais pas en tant que canette, je n'étais qu'un grand tout indifférencié ; mais puis-je dire je » pour cette époque de mon existence ?

Je-nous reposions là depuis des milliers de millénaires, dans une obscurité dont nous n'avions pas la moindre conscience, en attente... de quoi, au juste? Et puis un jour (je ne savais pas, auparavant, qu'il y avait des jours et des nuits), dans un grondement effroyable, nous avons été arrachés, fractionnés, chargés, transportés, hissés à la lumière, emportés à une vitesse incroyable vers des bâtiments démesurés et fumants, écrasés, chauffés à blanc... Puis nous avons été fondus, laminés, découpés, travaillés, formatés.

Et c'est là où je suis devenue canette. J'ai senti qu'on versait en moi un liquide frais et odorant, dont j'ai appris plus tard qu'il s'appelait «bière ». C'était bon de me sentir exister, et si intimement pénétrée de cette douceur alcoolisée ! Et me voici emballée avec des centaines de petites sœurs, de nouveau transportée, puis placée sous une vitrine fraîche, dans un magasin de banlieue.

Un homme est passé par là, il a ouvert la porte et m'a prise, moi. Sa main ferme m'a fourrée dans un sac. Joie... j'étais quelque chose pour quelqu'un. Il m'a emmenée jusqu'à une gare, est monté dans le train, s'est assis, m'a attrapée, ouverte, puis a commencé à boire. Il paraissait satisfait. J'étais heureuse, on s'occupait de moi. Mais après m'avoir vidée, il m'a humiliée : ayant fini de boire. il m'a jetée à terre.

Le train accélérait, puis ralentissait, et moi je roulais de-ci de-là. J'ai vu l'homme quitter le train sans faire attention à moi. J'ai encore roulé et, à un arrêt, j'ai été coincée dans la porte du wagon. Le signal de fermeture retentissait, mais je bloquais la porte. Ah ! comme j'étais contente d'empêcher le convoi de repartir ! Au bout d'un moment, j'ai entendu la voix du conducteur qui disait : « Passagers de la troisième voiture, pouvez-vous dégager la porte ? » Un homme s'est déplacé et m'a donné un coup de pied qui m'a projetée sur le quai. Les portes se sont fermées, le train est parti, je suis restée seule, inutile. Plus tard, des enfants avec leur sac sont arrivés de l'école et ont commencé à jouer au foot avec moi. Ils s'amusaient et riaient; de nouveau, j'étais heureuse. Un nouveau train est arrivé et ils sont partis, me plaquant là. C'est alors qu'une dame est passée avec un chariot, elle ramassait des vieux papiers dans un sac, et m'a glissée dans un autre, avec des objets métalliques.

Nous avons été emmenés dans de grands bâtiments fumants, encore ! Et de nouveau. je-nous avons été fondus, laminés, découpés. Par chance, j'ai fait partie d'un bloc de métal qui a été acheté par un sculpteur. il travaillait beaucoup, coupait, formatait, soudait, arasait... Je ne m'y connais pas en art, mais j'étais contente de servir à quelque chose. Puis j'ai été très surprise d'être installée dans une grande salle où beaucoup de personnes passaient, s'arrêtaient. Certaines s'extasiaient en nous caressant délicatement. C'était si doux...

Maintenant, après toutes ces aventures, et dans cette nouvelle situation, j'ai le temps de réfléchir. Il me semble que je ne sais pas bien ce qui est du je, ce qui est du nous. De temps à autre, je vois venir notre artiste, il s'installe fièrement à côté de je-nous, sans même nous regarder. Il semble indifférent aux compliments comme aux silences butés. Il donne l'impression d'exister seul et par lui-même. N'a-t-il réellement besoin de personne ? Est-ce possible ?



Benoît Billot
(source :  La Vie)

samedi 15 juin 2013

Les clochards sont des prophètes avec Philippe Demeestère


Voilà près de 40 ans que mes chemins se mêlent à ceux des sans-abri. Pour parler de ces frères, je n’utiliserai pas la formule conventionnelle : « C’est fou ce qu’ils m’ont apporté. » Car le premier service que nous pouvons attendre des pauvres, c’est justement de nous libérer de toute idée de gain personnel. À travers eux, c’est une perte qui se propose. Perte sans prix des illusions et des grandeurs sans avenir : l’image de soi, la maîtrise de sa vie, la possession, l’accumulation… 

Si le prophète est celui qui trace un chemin de conversion, alors les pauvres sont des prophètes. Ils nous rappellent que c’est quand on a rien que l’on devient libre et que l’on peut alors tout donner.

Philippe Demeestère
(source : La Vie)

dimanche 11 juillet 2010