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lundi 14 septembre 2026

Une attention pour l'émotion

J'ai passé une semaine avec Ilios Kotsou lors d'un stage sur la vision sans tête. A la fin, nous ressentions d'ailleurs un calme où les émotions revenaient tranquillement à leurs places...


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vendredi 28 août 2026

Connaître l'émotion

 "La preuve que vous n’êtes pas libres, puisqu’il s’agit de libération, ce sont les émotions. Grandes ou petites, intenses ou minimes, fréquentes ou plus rares, éphémères ou durables, ce sont les émotions. Et pourquoi est-ce que vous n’êtes pas libres de vos émotions ? Parce que vous ne les connaissez pas. Libération par la connaissance signifie qu’on est libre de ce qu’on connaît réellement ; et connaître, c’est être – consciemment. Si vous voulez être libres de vos émotions, il faut avoir la connaissance réelle, immédiate, de vos émotions. Et c’est ce qu’il y a de plus rare. Quelqu’un peut avoir passé sa vie dans les désespoirs, les angoisses, les anxiétés, les colères et les jalousies, sans connaissance réelle de ses émotions. Et on peut pratiquer beaucoup d’ascèses yogiques ou méditatives sans avoir la connaissance réelle des émotions, parce que, lorsque les émotions sont là, il n’y a plus de méditation et, quand la méditation est là, il n’y a pas d’émotion. (...)

Comment pouvez-vous être vraiment libre de ces émotions en les connaissant ? Comment pouvez-vous les connaître ? En étant, sans dualité, ému. Là je soulève une grosse question. Pratiquement, depuis votre enfance, on vous a empêchés d’être émus. On vous a reproché vos émotions. L’expression de vos émotions gênait les uns et les autres, les mettait mal à l’aise. On vous a fait honte de pleurer. On vous a répété : « Allons souris, ne sois pas triste, si tu voyais quelle tête tu as quand tu es triste ! Si tu veux être aimable et charmant, sois souriant ! Quelqu’un de triste ennuie tout le monde. » Ce qui fait que, tout en étant toujours emporté à longueur d’année par les émotions, on ne les vit plus jamais pleinement, totalement, consciemment – « sans un second », c’est-à-dire sans créer autre chose que l’émotion : je ne devrais pas être ému, je ne suis pas content d’être ému ; que c’est pénible d’être malheureux ; j’en ai assez d’être toujours triste, j’en ai assez de souffrir. Je suis en train de me ridiculiser, etc.

Je suis bien d’accord que les conditions de l’existence ne permettent pas d’exprimer les émotions n’importe où, n’importe quand, à tort et à travers. Autant que possible, vous cherchez à éviter de montrer votre désespoir à vos propres enfants ou d’avoir des colères trop violentes dans l’entreprise où vous travaillez car elles finiraient par vous faire du tort. Mais vous arrivez à cette impasse, de fuir perpétuellement les émotions qui continueront à s’accrocher à vous d’autant plus que vous les fuirez.

Il faut que vous voyiez en face cette vérité : je ne peux être libre des émotions que si j’en ai la connaissance véritable ; et connaître, c’est être. Je ne peux avoir la connaissance de la tristesse que si je suis pleinement, parfaitement triste. Et, plus difficile : je ne peux avoir la connaissance de la colère que si je suis pleinement, parfaitement en colère. Comment allez-vous être pleinement et parfaitement en colère sans exprimer celle-ci – par conséquent sans risquer de frapper, de blesser et vous retrouver devant un tribunal où vous aura traîné votre victime ?

Quelle que soit la difficulté de connaître les émotions, de connaître la colère en étant en colère, de connaître l’angoisse en étant angoissé, vous devez vous rendre compte qu’il n’y a pas d’autre issue. Alors... est-ce vraiment sans issue ? Tout dépend de votre certitude à cet égard et de votre attitude intérieure. Et vous pouvez sentir la valeur de ces trois termes, que j’ai bien souvent utilisés : expression, répression et contrôle. L’expression, le mot le dit bien, c’est ex – au dehors – pression : pousser au-dehors ce qui nous opprime ou nous oppresse. Réprimer, c’est l’enfouir à l’intérieur.

Est-ce qu’il n’y a pas d’autres possibilités que l’expression ? Dans certains contextes, dans certaines conditions, il faut exprimer et une ascèse complète comprend toujours, parmi ses différentes parties, une possibilité de connaître les émotions en les laissant s’exprimer. Mais ce n’est pas la seule possibilité d’être ému, donc de connaître réellement l’émotion. Ce qui doit être éliminé, c’est le mensonge de la répression, la tentative de suppression car c’est une tentative vaine. Toute émotion – un bonheur momentané ou une souffrance – est toujours une forme prise par l’énergie fondamentale en vous, comme une grande vague qui se lève avant de retomber. Si vous pouvez être ému, tout en contrôlant, c’est-à-dire en ne manifestant pas ou peu – mais sans refuser – vous pourrez être consciemment ému et avoir une connaissance de l’émotion. Simplement, vous ne l’exprimerez pas au-dehors. La tragédie de l’émotion, c’est le refus ; c’est le denial – la négation ; c’est la tentative de répression. Et cette tentative est à peu près permanente ; c’est pour cela qu’il y a si peu de progrès sur le chemin. Les émotions pénibles ou douloureuses sont fondamentalement refusées ; par conséquent, vous n’êtes plus unifié dans l’émotion. Une dualité se crée ; je ne devrais pas être ému. 

L’émotion est elle-même le fruit d’un premier refus : ce fait ne devrait pas être ce qu’il est. Et l’émotion pénible est à son tour refusée, plus ou moins explicitement, plus ou moins consciemment ; tout votre être souffre de souffrir et crée un second conflit entre l’émotion et vous.

Dans le conflit, il n’y a aucune connaissance possible de l’émotion. (...) Si vous pouvez, quand vous êtes ému, être vraiment ému – c’est-à-dire accepter complètement la réalité de l’émotion, sans créer un second (je ne devrais pas être ému) –, vous pouvez être ému sans dualité et, dans la plupart des cas, vous pouvez en même temps contrôler. Seulement, aujourd’hui, vous confondez encore le contrôle et la répression. Ce que vous appelez contrôler, c’est réprimer. Vous réussissez à ne pas vous mettre en colère ou à sourire malgré vos malheurs, sur la base irrémédiablement mensongère d’une dualité : je ne devrais pas être ému ; je suis triste, mais je ne suis pas d’accord pour être triste. (...) 

Il n’y a pas que l’expression pleine et entière des émotions qui permet de s’en libérer (...) Si vous le voulez vraiment, vous pourrez être ému tout en contrôlant. Cela n’a rien à voir avec la répression. Je suis triste – un, sans un second ; je suis triste et il n’y a rien à rajouter à cette tristesse. Ici, maintenant, je suis triste. De cette façon seulement, vous pouvez avoir une connaissance réelle des émotions ; et seule cette connaissance conduit à la liberté. Vous n’avez pas la preuve que c’est vrai parce que vous ne l’avez pas tenté. Jusqu’à aujourd’hui, vous avez vécu vos émotions sans en avoir la connaissance réelle puisque vous ne les avez pas vécues unifié et conscient, et que vous êtes entouré de gens qui les ont toujours vécues divisés, souffrant de souffrir et rajoutant dualité sur dualité. Je souffre, je souffre de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir, je souffre de souffrir de souffrir de souffrir de souffrir... L’émotion n’est faite que de refus. Ou, au contraire, dans les émotions dites heureuses, je suis heureux ; je suis heureux d’être heureux, je suis heureux d’être heureux d’être heureux – vous en rajoutez également. 

Donc, réentendez cette phrase : « libération par la connaissance ». Et entendez-la dans son sens concret, réel : c’est la connaissance qui nous libère. Nous ne sommes pas libres et nous ne serons jamais libres de ce que nous ne connaissons pas."

Arnaud Desjardins, extraits de "Au Delà du Moi", pp. 86-90 

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samedi 18 avril 2026

La vraie confiance !

 

Régulièrement nos projets tombent à l’eau, nos plans sont bousculés. Des imprévus se glissent dans nos agendas bien ordonnés.


Comment réagissons-nous ?

Nous rassurons-nous à l’aide de pensées rationnelles ou d’idées spirituelles pour ne pas sentir la réalité de notre vécu. Les dires spirituels peuvent se transformer en subtils échappatoires lorsque nous les utilisons pour nous couper d’une vérité plus profonde et sensible de nous-mêmes.

Accusons-nous la vie, sous la forme d’un autre ou d’un événement, de saboter nos plans, de nous priver de ce que nous méritons de plein droit. La plainte, le ressentiment nous enferment dans des boucles qui nous détournent et nous éloignent de la réalité.

Tout imprévu est l’occasion d’apprendre sur soi, sur les croyances et les peurs qui nous sclérosent. Trop souvent nous ne savons pas recevoir l’enseignement. Nous rationalisons ou accusons trop vite sans laisser le temps et l’espace à un vrai ressenti de se déployer. Nous avons si peur de nos émotions alors que si nous savons les vivre en intégrité, elles nous ramènent vers nos ressources et notre puissance qui attendent notre pleine reconnaissance dans les tréfonds de l’être.

Donnons-nous à la vérité de l’instant. Ne nions rien, aucune émotion, aucune réaction. Prenons acte de nos pensées, de nos croyances, de nos attentes. Profitons de l’occasion pour approfondir la connaissance de l’entièreté de notre royaume intérieur.

Lorsque qu’un projet échoue plutôt que de fuir la sensation de vide, nous la laissons être et se déployer. Nous ne cherchons pas d’alternative. La vie nous offre ce temps pour être. Nous avons alors l’opportunité de rencontrer celui que l’on cherche : l’être véritable sous le personnage. Celui qui est en phase avec le flux des événements, en accord avec la réalité, qui a compris, non pas intellectuellement mais dans son épaisseur, dans sa substance, que s’opposer au courant c’est souffrir assurément. Celui qui est suffisamment vaste et stable pour accueillir et laisser vivre en lui tous les remous et qui sait, sans savoir, combien il est vain de lutter contre le grand courant du Réel.

Tout, absolument tout, sur notre chemin, est une opportunité d’entrer un peu plus profondément dans la chair du Réel et de retrouver le vrai royaume. Celui où il fait bon vivre, se poser et demeurer dans une sécurité et une plénitude inaltérable.

La vie et ses changements incessants sont dessinés sur mesure pour nous permettre ce retour. Sachons retrouver la vraie confiance, celle qui gît dans la profondeur du cœur.

- Nathalie Delay

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mardi 30 décembre 2025

Répondre au désenchantement

 


"Les effondrements que nous connaissons viennent d'une sorte de mort émotionnelle, d'une apathie. 

Je pense que pour lutter contre ces effondrements nous ne devons pas prendre les armes de l'adversaire parce que vous deviendriez l'adversaire. 

Il faut lutter simplement avec une puissance aimante, une attention, un regard et, j'oserais même dire, une bonté, mais la bonté il faut l'entendre comme une chose forte. 

C'est un mot qu'on a mis à la porte, c'est un mot qu'on a transformé en gueux, en mendiant et qu'on traite comme tel, mais la bonté comme je la définis, c'est la pointe acide de la pensée, c'est une pensée vitale sur le monde et c'est une pensée armée, ça ne rigole pas la bonté! 

Voilà comment je répondrais au désenchantement morne partout répandu."

- Christian Bobin

Extrait d'une émission de la Grande Librairie

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lundi 27 octobre 2025

La pratique, telle quelle.


"Quand les nombreuses empreintes mémorielles se réactivent, je reviens toujours à l’instant, sans aucune interprétation. Calmement, j’accueille l’instant, peu importe comment je l’interprète. L’instant est d’une parfaite précision, car, tel un miroir, il reflète qui je crois être.
Si les émotions me brûlent, je reste là, dans l’instant, sans bouger, sachant qu’elles sont passagères. Si j’ai l’impression que rien ne semble arriver, je reste là, de la même manière! Si tout semble évoluer ou se détériorer, je reste toujours là. Tout est vu comme passager. Habituée à gérer des excès d’agitation et de crispation, quand je ressens une impression d’ennui, je reviens à l’instant présent, où toute possibilité d’identifier un état vole en mille éclats.
Je reste là sans rien attendre, détendue, sans fuir, sans retour dans le passé, sans cette habitude de toujours puiser dans des références apaisantes, sans imaginer un futur réconfortant. En même temps, le corps me donne parfois un message de forte tension, provoquée par l’opposition entre mon ancien mode de fonctionnement (croire) et celui-ci (voir).
Me remettre continuellement dans l’instant désencombre le mental et me rend disponible pour voir."
Extrait du livre de Betty "La Fraîcheur de l'instant, la fin d'un rêve d'individualité".

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jeudi 28 août 2025

Voir et mental

 Une vue schématique du fonctionnement mental...

«Vous pensez que vous voyez et vous ne voyez pas que vous pensez» (Swami Prajnanpad, les formules)



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lundi 20 janvier 2025

Que faire de nos émotions (2)

 Comment se déclenchent nos émotions ?


Les émotions nous tombent dessus, elles nous « saisissent », mais leurs mécanismes neurophysiologiques sont aujourd’hui assez bien connus. De récentes études en neurobiologie ont démontré que les émotions sont un mélange de plusieurs facteurs biochimiques, socioculturels et neurologiques.


En stimulant avec des électrodes certaines zones cérébrales, on a notamment localisé quatre grands circuits neuro-anatomiques qui commandent la plupart de nos réactions émotionnelles et de nos comportements. Des chercheurs finlandais ont ainsi pu tracer par thermographie la première carte corporelle de nos émotions. C’est assez édifiant. On voit le corps « s’allumer » en zones chaudes et froides en fonction de la suractivité ou de la sous-activité provoquée par chaque émotion. La colère et la peur se distinguent par une augmentation de l’activité au niveau de la poitrine, « caractérisant vraisemblablement une accélération des rythmes respiratoires ou cardiaques », avec le ventre en plus pour la peur. La honte présente les mêmes réactions corporelles que la peur, mais à un degré moindre, ainsi qu’une suractivité au niveau des joues (rougir de honte). Le dégoût ressemble aussi à la peur, mais avec une diminution de l’activité au niveau de la poitrine et une augmentation au niveau de la bouche. On se souviendra que le dégoût est à l’origine une réaction physiologique destinée à nous dissuader de manger des aliments avariés, quelle que soit notre faim. La tristesse en revanche est associée à une diminution de l’activité du torse et des membres supérieurs, d’où l’expression « baisser les bras » fréquemment employée lorsque l’on se sent accablé. Assez étonnamment, seule la joie, le bonheur diraient d’autres, stimule l’activité de l’ensemble du corps, encore plus que l’amour qui, sans que l’on sache pourquoi, « coupe les jambes ». L’impression de jambes flageolantes souvent ressentie en cas de choc amoureux pourrait donc s’expliquer ainsi.

Pourquoi réprime-t-on nos émotions ?

Au début d’une émotion, il y a toujours une surprise, un choc physiologique, qui provoque des modifications brutales : accélération du pouls, palpitations cardiaques, pâleur, rougissement, tremblement... Alors, forcément, par peur d’être débordé, on a tendance à les réprimer, notamment les émotions négatives.

On pleure devant les images de la Shoah, on crie de colère devant son poste de télé quand la France encaisse un but non mérité, on regarde des films d’horreur pour se faire peur, mais paradoxalement, on s’interdit souvent de vivre ces mêmes émotions dans notre vie quotidienne, la règle étant : «Je ne veux pas éprouver de sensation pénible. » C’est bien plus facile par procuration. Elles font moins mal, nous troublent, mais sans nous ébranler comme le feraient nos propres émotions. Car une vraie émotion, ça secoue toujours un peu physiquement et moralement.

On réprime aussi nos émotions en songeant aux conséquences qu’elles pourraient avoir sur les autres ou sur notre relation avec eux. Et cela pour une multitude de raisons :

• Pour nous conformer aux normes sociales. Par exemple, nous avons appris à ne pas rire pendant un enterrement, fût-il d’une tante particulièrement détestable, à modérer notre joie en cas de succès, à sourire vaillamment quand on a perdu, etc. Tout cela afin de ne pas encourir la désapprobation, les foudres de la bien-pensance.

• Pour coller aux attentes. Ainsi, les femmes peuvent exprimer la tristesse, la peur et d’autres signes de vulnérabilité ; les hommes, la colère, l’animosité et d’autres signes d’hostilité. Le contraire fait désordre et est très mal perçu (les femmes sont alors considérées comme hystériques, des harpies, les hommes comme faibles, des lâches).

• Pour protéger les sentiments des autres. Ainsi, on cache sa déception en recevant un cadeau qui ne nous plaît pas pour ne pas faire de peine à la personne qui nous l’a offert, ou on dit que tout va très bien quand ça va très mal pour ne pas inquiéter quelqu’un qu’on aime.

• Pour se protéger soi, éviter d’être jugé négativement. Par exemple, on ne montre pas sa jalousie par crainte de reproches, voire de représailles, ou on ne manifeste pas qu’on est très envieux des autres parce que cela donnerait une mauvaise image de soi.

Tout cela ne va pas sans un certain nombre de dégâts pour soi. Quand on bloque nos émotions, elles retentissent à l’intérieur. Cela affecte nos sentiments de bien-être, mais aussi notre santé.


De nombreuses observations cliniques ont montré que notre niveau de défenses immunitaires dépendait pour beaucoup de nos émotions*.

Même si on connaît encore assez mal le mécanisme de ces influences, on sait que les émotions négatives (la peur, la colère, la tristesse), quand elles ne sont pas exprimées, occasionnent de nombreux bobos : allergies, asthme, colites, maladies infectieuses. Elles constituent aussi un important facteur de risque dans différentes maladies encore plus antipathiques : affections cardiovasculaires, cancers, etc.

Les effets négatifs de nos émotions sur notre santé sont d’autant plus importants qu’en bloquant nos émotions « moins », on bloque automatiquement nos émotions « plus ». On s’interdit de pleurer, d’exprimer sa colère, et finalement, on ne rit plus, on a de moins en moins de joies, de plaisirs. Cela affaiblit d’autant nos défenses immunitaires, et diminue notre espérance de vie.

Sans émotions, on prend aussi de mauvaises décisions. Des patients à qui manque le bout de cerveau des émotions restent tout à fait capables de raisonner, mais en l’absence de résonance affective, ils n’arrivent plus à se décider, ou décident mal, parce qu’ils ne font plus la différence entre bon et mauvais.

Bref, tout un engrenage toxique dont on ne peut sortir qu’en apprenant à réguler ses émotions de manière à la fois plus confortable pour soi et socialement acceptable, au lieu de les étouffer.

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Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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mercredi 15 janvier 2025

Que faire de nos émotions (1)

 « N'oublions pas que les petites émotions sont les grands capitaines de nos vies et qu'à celles-là nous y obéissons sans le savoir. » Vincent Van Gogh, lettre à son frère Théo


Notre corps est souvent traversé d’émotions qui ont un impact immédiat sur notre sentiment de bien-être subjectif. On en a tous fait l’expérience, plutôt deux fois qu’une, et parfois à nos dépens.

Positives ou négatives, les émotions que nous ressentons ne sont malheureusement pas toujours désirables.

On verra dans ce chapitre que nous avons souvent toutes les raisons de ravaler notre colère, de cacher nos peurs et de refouler nos larmes ou, au contraire, d’en rajouter dans la bonne humeur. Mais on s’attachera surtout à montrer que nous ne sommes aucunement obligés d’être « pris en otage » par nos émotions, pour utiliser une expression à la mode. Et qu’un bon usage de nos émotions contribue fortement à notre niveau de bonheur.

Commençons par quelques précisions. Le mot émotion vient du latin motio, « mouvoir » : c’est « ce qui met en mouvement ». En cela, les émotions se distinguent des sentiments. Quand je pense que plusieurs millions d’enfants meurent de faim chaque année dans le monde, j’éprouve un sentiment de tristesse. Mais quand j’apprends la mort d’un proche et que je pleure, c’est une émotion. Un sentiment ne vous fera jamais fuir ou vous battre ; une émotion, oui.

L’émotion se distingue aussi de la passion qui vient du latin passio, lui-même venu du grec pathos (qui nous a donné « pathologie »), tous deux signifiant « souffrance ». La passion est donc pour l’essentiel négative. Elle a une dimension de passivité (on ne peut que la subir) que n’a pas l’émotion, qui nous pousse plus souvent à l’action.

À quoi ça sert, les émotions ?

On a tous un jour ou l’autre été submergé par une émotion incontrôlable. Crise de colère ou de larmes, fou rire, trac... Dans tous les cas, nos émotions fonctionnent comme des soupapes : ce sont des « décharges d’urgence » qui nous permettent de nous libérer de nos tensions. Et de nous adapter physiquement et socialement.

Darwin est l’un des tout premiers à s’en être aperçu :« L’expression, ou le langage des émotions ainsi qu’on l’a quelquefois nommée, a certainement son importance pour le bien de l’humanité. »

Dans leurs formes les plus intenses et brèves, du type grande frayeur ou grosse colère, nos émotions se réduisent à des réactions instinctives de défense (fuite ou agression) ou d’approche (repliement sur soi, soumission). Grâce à elles, nous sommes capables d’agir d’instinct, très vite, sans réfléchir, et donc de mieux faire face à des dangers potentiels. Elles permettent aussi de faire l’économie du langage et de communiquer très rapidement en situation d’urgence. Quand une bombe explose ou qu’un ours débarque sur le camping, on n’a pas le temps de discuter. Une expression de peur vaut mieux qu’un long discours, tout le monde comprend immédiatement qu’il faut ficher le camp.

De nombreux travaux ont confirmé l’universalité des expressions émotionnelles. Partout dans le monde, les émotions de base — peur, colère, tristesse, dégoût, joie, surprise — activent les mêmes muscles du visage, et tout le monde est capable de les reconnaître. Un Papou sait « lire » les émotions d’un Américain, qui sait « lire » les émotions d’un Japonais, qui comprend quand vous ouvrez grand les yeux si votre surprise est bonne ou mauvaise.

Notons d’ailleurs que des émotions comme la colère et la peur et les réactions qui leur sont associées, le combat ou la fuite, ne sont pas spécifiquement humaines. On les retrouve chez presque tous les animaux.

On peut d’ailleurs se demander s’il y a vraiment six émotions de base. La surprise ne serait-elle pas un sous-genre de la peur ; le dégoût, de la colère ? Certains n’en imaginent que quatre : la peur, la colère, la tristesse et la joie, qui seraient liées aux quatre temps de la respiration, on en verra plus bas l’intérêt. Mais d’autres, en allant plus loin dans la nuance, en voient beaucoup plus. James Russel, un psychologue américain, a proposé par exemple une classification des émotions en fonction de leur caractère agréable ou non, et de leur dynamique plutôt active ou non.

Aller bien dans un monde qui va mal - Gilles Azzopardi
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A suivre...

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mardi 31 décembre 2024

Etre à l'écoute

 Qu'est-ce que vous décidez vraiment ?


Vous constatez vos émotions, vous constatez votre ressenti. Mais il n'y a pas la place pour une décision. Donc, il n'y a pas de fuite possible. On ne peut ni faire face, ni fuir. Parce que ça impliquerait une personnalité. La personnalité, c'est une vie romantique. Il n'y a pas de personnalité. Il y a une expression et votre expression et la mienne sont différentes. On peut appeler cela la personnalité mais c'est l'expression. Et ce qui s'exprime n'est pas quelque chose.
Vous ne pouvez pas décider de faire face à vos peurs, ça c'est imaginaire. Vous ne pouvez pas décider de ne plus être jaloux, vous ne pouvez pas décider de ne plus être angoissé. Qu'est-ce que vous pouvez vraiment décider ? La décision, c'est un imaginaire. Comme l'alcoolique qui décide tous les soirs de ne plus boire, ce genre de décision a peu de valeur...
La vraie vie est dans une écoute, elle n'est pas dans une décision. De cette écoute, j'ai des évidences. On peut s'arrêter de boire, mais ce n'est pas par décision, c'est par évidence. Quand vous changez de mari, c'est par évidence, ce n'est pas une décision. La décision va concrétiser l'évidence, mais la décision n'amène pas l'évidence.
(extrait d'une vidéo)
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Ce n’est pas ce que vous écoutez qui vous rend tranquille : c’est d’écouter. La joie, c’est d’écouter. Ce qu’il y a de plus beau à écouter, c’est vous, votre peur, votre avidité, votre tristesse. Là se trouve la beauté. C’est mille fois plus profond que d’écouter quiconque.
~ Éric Baret

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mardi 22 octobre 2024

Fraîcheur de l'instant

 Extrait du livre de Betty Quirion "La Fraîcheur de l'instant, la fin d'un rêve d'individualité".


Quand les nombreuses empreintes mémorielles se réactivent, je reviens toujours à l’instant, sans aucune interprétation. Calmement, j’accueille l’instant, peu importe comment je l’interprète. L’instant est d’une parfaite précision, car, tel un miroir, il reflète qui je crois être. 

Si les émotions me brûlent, je reste là, dans l’instant, sans bouger, sachant qu’elles sont passagères. Si j’ai l’impression que rien ne semble arriver, je reste là, de la même manière! Si tout semble évoluer ou se détériorer, je reste toujours là. Tout est vu comme passager. Habituée à gérer des excès d’agitation et de crispation, quand je ressens une impression d’ennui, je reviens à l’instant présent, où toute possibilité d’identifier un état vole en mille éclats.

Je reste là sans rien attendre, détendue, sans fuir, sans retour dans le passé, sans cette habitude de toujours puiser dans des références apaisantes, sans imaginer un futur réconfortant. En même temps, le corps me donne parfois un message de forte tension, provoquée par l’opposition entre mon ancien mode de fonctionnement (croire) et celui-ci (voir).

 Me remettre continuellement dans l’instant désencombre le mental et me rend disponible pour voir.

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lundi 14 octobre 2024

Je suis l'abandon

 Voici la blessure d'abandon que j'ai beaucoup travaillée... La vulnérabilité est une porte pour l'accueillir. Et l'estime de soi pour la cicatriser.

Extrait du très beau livre "Le Murmure des émotions" de Caroline Foucher



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mardi 18 juin 2024

Qu’y a-t-il dans ma tasse ?

 Intéressant. On dit d'ailleurs souvent que la coupe est pleine...



" Vous tenez une tasse de café, quelqu’un arrive et vous heurte et vous fait renverser votre café partout. Pourquoi avez-vous renversé le café ?
“Eh bien parce que quelqu’un m’a poussé, bien sûr”…
Mauvaise réponse.
VOUS avez renversé le café parce qu’il y avait du café dans votre tasse.
S’il y avait eu du thé dans la tasse, vous auriez renversé du thé.
Tout ce qui se trouve à l’intérieur de la tasse, c’est cela qui va déborder.
Par conséquent, lorsque la vie se produit et vous secoue, ce qui arrive souvent, tout ce qui est à l’intérieur de vous sortira.

Nous devons donc nous demander : “Qu’y a-t-il dans ma tasse ?”
Quand la vie devient difficile, qu’allons-nous faire déborder ?
La joie, la reconnaissance, la paix et l’humilité ?
Ou la colère, l’amertume, les mots durs et la réactivité ?
Qui choisit ?
A partir d’aujourd’hui, travaillons à remplir nos tasses de gratitude, de pardon, de joie, de paroles d’affirmation pour nous-mêmes et de gentillesse, de douceur et d’amour pour les autres.
La vie est amour, joie et bonheur.

Il faut du temps pour laver les vêtements boueux dans la machine à laver. OK ? Réveillez-vous.
Si vous voyez que quelqu’un est en colère ou vous porte de la haine ou de la jalousie, peu importe.
Donnez-leur un peu de temps pour se recentrer.
Comprenez qu’il leur faut du temps pour essuyer leur poussière intérieure.
Vous devez avancer dans la vie avec la clarté de l’esprit, la pureté dans le cœur et la sincérité dans l’action.
Détendez-vous.
Soyez à l’aise avec vous-même et avec tout le monde autour."

Sri Sri Ravi Shankar 

(auteur non vérifié)

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mardi 11 juin 2024

Vigilance aux émotions

 Tenzin Palmo, Reflection on a mountain lake (Snow Lion Ed) .


"Une autre manière de travailler avec les émotions négatives, une fois que nous avons développé une grande vigilance, consiste à voir les pensées et les émotions dans leur nature essentielle dès qu'elles surgissent, au lieu de sauter dessus et de se laisser emporter par elles . Lorsque nous regardons à l'intérieur des pensées et des émotions, nous voyons qu'elles n'ont rien de solide. Elles sont transparentes et fluides. Leur nature est vide. Si nous pouvons voir cela au moment même où les pensées et les émotions se présentent, alors, sur le champ, nous les transformons en une énergie extraordinairement claire. 
Des moments comme ceux-là nous amènent à une très grande acuité de vision. À leur source toutes les émotions négatives sont des formes de l'énergie de sagesse. Elles sont de l'énergie de sagesse qui a été déformée. C'est pour cette raison que dans le Mahayana et en particulier dans le Vajrayana, les émotions négatives ne sont pas déracinées. Elles sont simplement comprises et vues dans leur vraie nature. Cela donne accès à des niveaux très profonds d'énergie pure. Mais cela présuppose un très haut degré de vigilance. Si nous avons ce haut degré de vigilance, quelle que soit l'émotion qui se présente, celle-ci est instantanément libérée. Il n'y a alors plus de problème."
 
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mardi 30 avril 2024

Les formules de Swami Prajnanpad (2)

 Emotion is an unnecessary luxury.

L’émotion est un luxe inutile.


L’émotion, notre manière subjective d’appréhender la réalité, en référence à nous, n’est pas indispensable pour vivre. Elle représente même un énorme gaspillage d’énergie, un « luxe inutile ». Certes, c’est la donnée de départ de tout être humain et Swâmi Prajnânpad, qui avait transcendé les émotions, disait de lui, en se remémorant le passé ! «The young man was only emotion », le jeune homme n’était qu’émotion. Il avait donc connu, comme chacun d’entre nous, la condition commune : le pouvoir qu’a l’existence de modifier nos états intérieurs — tant que nous n’avons pas entrepris un travail conscient et méthodique pour émerger de ce « statut d’esclave ».

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A son élève Arnaud qui s’était comporté sans conscience dans une certaine situation et avait causé du tort à quelqu’un, Swâmiji avait écrit un jour :

Carried away by your emotional blindness, you have gone down below human level.

Emporté par votre aveuglement émotionnel, vous êtes descendu en dessous du niveau humain.

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jeudi 4 avril 2024

Comment allez-vous ?

Mes chers amis,


Méditer c'est notamment apprendre à observer son esprit, c'est apprendre à observer nos réactions face à ce que nous percevons. Nous souhaitons tous expérimenter, vivre le bien être et éviter le mal être. 

Ce bien être et ce mal être vont uniquement dépendre de nos réactions face au monde, et non, comme nous l'imaginons souvent, du monde lui-même. La vie suit son cours, si nous sommes en accord avec elle, nous sommes heureux, si nous ne sommes pas d'accord, que cela nous rend triste, envieux ou nous met en colère nous serons malheureux.

Pouvez vous observer que la même chose nous mettra un jour en colère et pas le lendemain. Durant la méditation, nous pouvons apprendre à observer ces réactions émotionnelles qui surgissent en nous. 

La première étape c'est de les reconnaître, si elles ne sont pas reconnues, nous risquons d'être emportés dans une réaction émotionnelle que probablement nous n'arriverons pas à vraiment contrôler et qui pourra aboutir à de la souffrance autant pour nous que pour les autres.

Une fois la réaction émotionnelle reconnue, identifiée, nous pouvons voir si nous avons tendance à la suivre, à la rejeter ou à la laisser suivre son cours.

L'invitation dans la méditation est de ne rien faire de ce qui se lève, ni adopter, ni rejeter et de voir ce qui se passe quand on ne fait rien d'une émotion.

Vous aurez peut être la bonne surprise de voir que l'émotion qui est insubstantielle, vide de toute substance, quand on ne la saisit pas, a tendance à se dissoudre naturellement au sein de l'espace que nous sommes.

Mais ne me croyez pas, osez l'expérimenter vous mêmes.

Je vous souhaite à tous une belle journée, conscient et libre de tous les poisons qui peuvent se lever dans votre esprit.

Philippe Fabri

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jeudi 23 novembre 2023

Y a de la joie

 Selon les événements qui surviennent nous éprouvons différents sentiments : de la joie, de la tristesse de la colère, du désir...

Or, à mon avis, nous avons bien peu de choix sur les événements qui se produisent. Avons nous le choix de ce que nous allons éprouver lorsqu'un événement se produit ? Le même événement va-t-il toujours entrainer chez nous la même réaction, le même sentiment ? Avons-nous le choix de nos sentiments ?

Je n'ai évidemment pas de réponse réductrice à apporter à cette question. Mais je peux vous parler de la joie que l'on peut éprouver face au bonheur d'autrui.


Notre fonctionnement humain ordinaire est d'éprouver de la joie pour notre propre bonheur, même s'il survient parfois au détriment d'autrui. Mais cette joie pour soi-même, sans se préoccuper du bien-être des autres, reste un peu fermée et source de tension, ma joie est à défendre.

Tandis que si vous éprouvez de la joie pour le bonheur de l'autre, vous êtes ouvert et vous n'avez rien à défendre et cela vous permet d'être exempt de toute tension. Il y a juste une détente joyeuse, "Y a de la joie..."

Ce qui empêche cette joie spontanée de survenir devant le bonheur des autres est due à notre confusion, à notre ignorance, à la croyance  que nous sommes  un moi "substantiel", ayant une existence propre, séparée du monde. Ce moi construit est toujours à défendre et nous ne pouvons pas y arriver car il n'a pas d'existence propre, on tourne en rond.

S'il n'y a plus de moi à défendre, si nous remettons en question cette croyance, nous trouvons ici, juste où nous sommes, une présence joyeuse. Tout ce qui survient, tous les événements deviennent alors une opportunité, une opportunité pour faire fleurir la joie et pouvoir en offrir des bouquets autant à ceux qu'on aime, qu'à ceux qu'on pensait moins aimer.

Avec ma profonde amitié pour vous tous, je vous souhaite une journée débordante de joie.

Philippe Fabri

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lundi 30 octobre 2023

Maîtrisez vos émotions.


Voilà un des grands chantiers qui vous attend sur votre route vers le bonheur: la maîtrise de vos émotions.

Voici quelques étapes clés vous permettant d’y parvenir:

• comprendre ce que sont les émotions, quelles sont les grandes émotions;

• comprendre quelles sont les émotions qui vous habitent régulièrement, vous en particulier;

• apprendre à vous situer de façon juste par rapport à une émotion : ne pas être emporté par l’émotion mais ne pas la refouler non plus. Être capable de lui donner un espace intérieur où l’émotion peut exister, dire ce qu’elle a à dire, sans pour autant vous dépasser et vous submerger;

• contemplez peu à peu la mécanique des émotions : leurs causes profondes, les situations qui les déclenchent, la façon dont elles se déploient puis disparaissent.

A mesure que vous franchissez ces étapes, vos émotions ne vont plus vous déstabiliser intérieurement. 

Elles apparaîtront en vous puis disparaîtront sans vous perturber, elles gagneront en fluidité. Elles ne se déclencheront plus à tout va.

Retenez l’image suivante: les émotions sont comme des vagues, plus ou moins grandes, qui surviennent en bord de mer. Vous pouvez rester sur la plage en refusant d’y goûter, alors vous êtes dans le refoulement. Vous pouvez vous jeter dans l’eau sans savoir nager et les vagues vont vous faire perdre pied et vous faire boire la tasse, vous êtes alors submergé par les émotions sans maîtrise aucune. Ou bien vous pouvez apprendre à nager dans les vagues, et même à surfer avec elles. Alors, vous ne refusez pas l’existence des vagues, vous vous appuyez plutôt sur leur énergie, bien au contact, bien vigilant, vous les laissez se déployer tranquillement en profitant des sensations jusqu’à ce qu’elles disparaissent d’elles-mêmes. Voilà ce qu’on entend par maîtrise des émotions.

Pour parvenir à cela, il vous faut cheminer intérieurement en prenant appui sur une méthode intérieure bien structurée.

Vous trouverez dans des ouvrages ou bien dans le cadre de voies spirituelles des méthodes efficaces dans ce sens.

Carl de Miranda


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vendredi 9 juin 2023

Emotion et "Possession"

 EMOTION ET « POSSESSION » (extrait du "carnet")

« L’émotion n’est jamais justifiée »  - Swami Prajnanpad

NB : le terme « émotion » est ici employé selon le sens spécifique que lui donne Swami Prajnanpad qui distingue l’émotion du sentiment. 


La puissance de l’émotion …

Ce fait, ce simple fait, évident, et cependant rarement vu, à la portée si peu mesurée : l’émotion, quand elle prend possession de nous, est si impérieuse, si dictatoriale …

A la vérité, sa force de persuasion est immense, donc d’autant plus redoutable. 

Il n’est pas exagéré dès lors qu’on prend toute la mesure de ce phénomène si banal, de parler de « possession » car c’est exactement de cela dont il s’agit. 

Dans le cas bien entendu de  « l’émotion » au sens très précis et spécifique que donne Swami Prajnanpad à ce terme. 

Dès l’instant, donc, où une émotion, quelle qu’elle soit, de quelque nature qu’elle soit, sur quelque sujet et thème qu’elle porte, quel que soit son ou ses déclencheurs « à l’extérieur » -  c’est à dire dans le courant des « conditions et circonstances » de l’existence- , dès l’instant, donc, où l’émotion survient en moi, en ma personne, je suis littéralement « possédé ». Un démon prend possession de moi, de mes facultés. 

Mon intelligence, mon cœur et jusqu’à mon corps physique sont « pris », réquisitionnés pour ainsi dire, mobilisés au service d’une force aveugle et mensongère qui m’ordonne de réagir : intérieurement, en entretenant des pensées inutiles et fausses, même si basées sur des fragments de « vrai » , extérieurement,  extérieurement en posant des pseudo actions que je ne pourrai que regretter ensuite, ; avec les conséquences desquelles, en tout cas, je ne serai pas en paix. 

Tout cela étant, il n’est donc pas excessif de parler de « possession », de puissance « démoniaque ». 

Il ne s’agit pas du tout de diaboliser l’émotion, de se juger en tant que sujet susceptible d’être possédé par elle, d’entretenir l’idée fausse (elle même relevant de l’émotion) que ce serait « mal » d’être pris par ce phénomène psycho- physique … Au final, le diable lui même n’a pas à être diabolisé ! Il fait son job et le fait très bien, voilà tout. 

Et quelle puissance, quelle emprise … dont l’immense majorité des humains n’est tout bonnement pas consciente  ! 

C’est bien là la force du diable :  il est le « prince de ce monde » mais presque personne ne le sait, ne prend la mesure de son règne … "Ne nous induis pas en  tentation"  … 

Si ce que j’écris s’applique à un être humain sérieusement investi sur ce que nous appelons la voie, enraciné dans une  pratique solide et soutenue, qu’en est il, d’abord de toutes celles et ceux qui se veulent « sur la voie » mais dont la pratique est encore faible, peu solide, occasionnelle et partielle ?  Et ensuite de l’immense masse des humains qui n’ont même pas idée de la nature et du rôle de "l’émotion"  ? 

Voilà bien l’un des secrets les mieux gardés au monde…  L’une des dimensions les plus « ésotériques » de ce que nous appelons la voie, et qui cependant est là, exposée à la vue de tous. Un « secret » si flagrant, si « public », qui saute tellement aux yeux … qu’on ne le voit pas !  Et donc qu’on n’en tient pas compte, ou si peu …

Si ce n’est pas de la « diablerie » ….

Eh oui, la vérité, si simple et effrayante, c’est que quasiment tout le monde vit, existe, fonctionne, travaille, aime, « décide »…  en proie à l’émotion, autrement dit sous l’emprise d’une force à la fois immense et insoupçonnée. 

Papa et maman sont dans l’émotion, mes petits camarades sont dans l’émotion, mon chef est dans l’émotion, mes subordonnés sont dans l’émotion, mon conjoint, ma conjointe est dans l’émotion, mes enfants sont dans l’émotion, mes frères et sœurs sont dans l’émotion, mon député est dans l’émotion, mon président et mon premier ministre sont dans l’émotion, le tyran psychotique qui joue avec le bouton nucléaire est dans l’émotion, le curé est dans l’émotion, l’imam aussi, et le rabbin et le swami hindou plein de zèle et le moine bouddhiste gonflé au calme … Même le néo védantin qui serine à longueur de journée qu’ « il n’y a personne » est dans l’émotion. 

L’Histoire (la « grande ») comme mon histoire (ma « petite » histoire) est pour l’essentiel une succession d’émotions et donc de réactions, bien entendu justifiées, argumentées jusqu’à plus soif … « Un conte plein de bruit et de fureur, raconté par un idiot et qui n’a aucun sens », comme l’a si bien et une fois pour toutes dit l’ami William (Shakespeare). 

Vue depuis le point « neutre » , il n’y a pas de « petite » et de « grosse » émotion.  Tout au plus des degrés. 

Oui, le malheureux ou la malheureuse qui cèdent à la  violence, le tyran persécuteur, le criminel endurci,  sont possédés par une « émotion » a priori plus « grosse » et aux conséquences plus dommageables que celle qui m’étreint quand j’en veux bien banalement à mon conjoint, à mon ami, à mon voisin et nourris quelques pensées négatives à leur égard … Oui.

Et l’émotion est l’émotion. 

Sachant que comme le dit si bien le proverbe, les petits ruisseaux font les grandes rivières. Au fond du bourreau, du tyran, du criminel, du « méchant », il y a, au départ, des émotions toutes ordinaires, certes récurrentes,  ressenties jusqu’au traumatisme irréparable à l’échelle d’une existence. 

 Chaque fois que je collabore avec l’émotion prenant possession de ma personne - étant entendu que, pendant longtemps, je n’ai pas le choix et c’est bien là un aspect de la tragédie - «Life, what a tragedy ! - Swami Prajnanpad »- je participe activement, que je le « veuille » ou non à la maladie de l’ensemble. 

Chaque fois que, me réveillant - mais par quelle grâce ? De par quel travail ayant cristallisé en moi ?- je cesse de collaborer, je participe à la guérison. 

Oui, il est possible, peu à peu, par une pratique soutenue, rigoureuse, bienveillante et fervente , d'émerger de la toute puissance de l'émotion, autrement dit de "mon" monde. Là réside l'authentique "sagesse", la réelle "liberté", l'"éveil" digne de ce nom - autre chose qu'une expérience, fût elle bouleversante. 

Et, voyons le en face  : l’immense majorité d’entre nous, y compris gagné aux "idées" spirituelles,  aime, mange, prie (allusion à un beau titre d’un joli film) possédé par l’émotion …

Gilles Farcet

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lundi 3 avril 2023

Utilisation de l'énergie contenue dans l’émotion.

 LA STRATEGIE DU OUI – L’émotion et ses thérapeutiques de la tradition au lying

Denise Desjardins - La Table ronde


Que faire pour se libérer de l’émotion ? Se servir de l’émotion. Si le Seigneur a créé les émotions, n'est-ce pas pour les utiliser afin de le rejoindre   Puis il créa «la dévotion austère, la parole, la volupté, le désir, la colère aussi ; c'est ainsi qu'il opéra cette création, désirant donner l'existence aux êtres ». (Lois de Manou, 1, 25 2.)

Ardeur, désir, faculté de jouir, colère, telles sont les composantes de notre psyché qui peuvent, de façon inattendue, briser les écrans de structure mentales et susciter les états mystiques. C'est en grande partie de quoi s’occupe le Vijñâbhairava tantra, un des plus anciens tantra (livre sacré, principalement ceux des sectes sivaïtes) auxquels se réfère l'école sivaïte moniste du Kašmir. 

Abandonnons effort de contrôle psychique, rituels et mantra. Place à l'utilisation de l'énergie. Et plus cette énergie sera impétueuse, tumultueuse et même violente, plus l’ascèse sera profitable., Si on sait s'en saisir de la bonne façon et aux bons moments. Le tantra en propose cent douze. Parmi eux, toutes circonstances, émotions, sensations, impressions où l'énergie est à son paroxysme, peuvent devenir l'aiguillon pour rejoindre la plus haute énergie.

Où l'énergie se révèle-t-elle la plus forte, donc la plus utilisable, si ce n'est au moment d'une explosion d’émotions ? Ainsi passion, colère, terreur, au lieu d'être honnies, bannies, proscrites, exorcisées, vont-elles devenir, en tant que production magnifique de matière première, le domaine par excellence de l'ascèse. Ne fuyons donc pas l'existence de chaque jour ; essayons au contraire de traquer ces occasions de bouillonnement émotionnel, au besoin de nous y préparer, afin de découvrir le fil d’Ariane qui, de cette éruption brutale, va permettre de remonter jusqu'à sa source : l'énergie indifférenciée, toute-puissante, celle de Siva, et de s'y fondre.

Cette technique, nous avons à chaque instant l'occasion de la mettre en pratique, nul doute, mais que de qualités elle requiert... A commencer par une vigilance, une vivacité et une présence d'esprit peu ordinaires. Car la démarche exige, à tout le moins, une rapidité fulgurante pour, en plein cœur du jaillissement d'émotions, parvenir à stopper le fonctionnement intellectuel.

« Si l'on réussit à immobiliser l'intellect alors qu'on est sous l’emprise du désir, de la colère, de l'avidité, de l'égarement, de l’orgueil, de l'envie, la réalité de ces états subsiste. »

Encore faut-il y réussir... L'exploit d'être simultanément la proie d'une émotion violente et l'acteur capable d’immobiliser son intellect, n'y parvient pas qui veut, mais qui s'est adonné au recueillement, à la maîtrise de soi, même s'il l'a provisoirement perdue. A quelque niveau que se déroule notre vie, n'importe quelle émotion fera l'affaire et servira de déclencheur, à condition de faire converger sur-le-champ un triple faisceau : la formidable condensation d'énergie, la sensation d'exister, attisées toutes deux par l'émotion violente, l'immobilisation de la pensée. Que d'occasions la vie nous offre d'utiliser d’un coup ce potentiel énergétique (même l’éternuement !) : « Au commencement et à la fin de l'éternuement, dans la terreur et l'anxiété ou (quand on surplombe) un précipice, lorsqu'on fuit le champ de bataille, au moment où l'on ressent une vive curiosité, au stade initial ou final de la faim, etc., la condition faite d'existence brahmique (se révèle). › › (Verset 118.) L'existence brahmique étant une extase temporaire.

A ces instants dangereux, intenses ou violents, l'individu est unifié, que ce soit dans sa terreur ou son éternuement. Il n'y a de place pour rien d'autre. Mais qui prend garde à ces moments privilégiés ou providentiels ? Seul le peut l'ascète averti, entraîné à concentration, méditation, vigilance, vivacité d'esprit. Celui-là seul parvient à calmer l’émotion, tout en gardant l'intensité et l'éveil de la conscience. Explosion d'émotions, situation d'urgence, paroxysme de sensation, oui. Mais d'autres instants encore peuvent provoquer spontanément ce que le tantra nomme l'état « d'existence brahmique››. En particulier les espaces de vide interstitiel. 

Le défilé perpétuel de nos pensées et associations d'idées nous donne l'impression de continuité et nous empêche de nous rendre compte, et plus encore d'utiliser ces espaces de vide. Que se brise l’écran des pensées, ne fût-ce qu'un instant, et dans cette trouée, un ciel jusque-là voilé se découvre dans tout son éclat. Encore faut-il saisir au vol l'instant fugace de la déchirure et ne pas fermer les yeux, mais bien s'ouvrir à cette clarté. Peu importe le support. Que ce soit l'intervalle entre deux souffles, ou entre deux perceptions, il peut devenir l'instant de rupture où soudain s'éclipse notre perception habituelle. 

Tentons, par exemple, dans l’espace qui sépare deux objets simultanément perçus, de s’arrêter en leur milieu : la Réalité jusque-là obstruée par ces objets peut alors se révéler. La « condition suprême › › est enfin saisie.

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mercredi 15 mars 2023

La connaissance de soi (1) avec Véronique Desjardins

(vous pouvez passer les 6 premières minutes)

Voici quelques personnages de l'éventail : l'homme social, le raciste, l'ambitieux, l'obsédé sexuel, le vaniteux, le romantique, l'angoissé financier, l'enfant perdu, le mystique, le tyran, l'optimiste, l'idéaliste, le meurtrier, l'artiste, le désespéré.


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