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samedi 17 octobre 2026

Vorfreude

Le mot allemand Vorfreude désigne la « joie anticipée » ou le plaisir ressenti à l'avance en attendant un événement heureux.

Signification et origine :

• Étymologie : Il vient de vor (« avant ») et Freude (« joie »).

• Définition : C'est l'excitation positive et l'impatience joyeuse que l'on éprouve en imaginant un moment agréable à venir (comme un voyage, une fête ou un projet).

• En français : On le traduit généralement par « anticipation heureuse », « joie anticipée » ou « se réjouir d'avance ».

Voici quelques possibilités pour cultiver "Vorfreude" :

  • Si vous n'avez pas l'habitude de rechercher activement la joie dans le moment présent, commencez modestement. Essayez de trouver chaque jour une seule chose qui peut vous apporter un peu de bonheur.
  • Commencez votre journée par une déclaration ou une affirmation positive, afin d'encourager des pensées plus optimistes tout au long de la journée. Par exemple : "Aujourd'hui, je chercherai les bons moments et je m'en souviendrai".
  • Avez-vous une routine matinale ? Si c'est le cas, vous pouvez ressentir le vorfreude en anticipant le premier café de la journée ou les câlins matinaux avec votre animal de compagnie, quel qu'il soit. Transformez cette routine en un rituel sensoriel.
  • À la fin de votre journée, pensez à trois choses que vous attendez avec impatience le lendemain. Il peut s'agir de votre séance d'entraînement matinale avant que le monde ne se réveille, ou de l'écoute d'un podcast pendant votre trajet, par exemple.
  • Il se peut que vous accomplissiez une grande partie de vos activités quotidiennes en pilote automatique, mais en pratiquant une plus grande présence dans vos activités quotidiennes, vous vous en réjouirez et vous exercerez le vorfreude beaucoup plus facilement.
  • La première étape pour accéder à la joie est de reconnaître ses pensées négatives et de les éliminer. Le fait d'ignorer les aspects positifs et d'être victime de "devoir" ou de "peur de manquer" peut être annulé en comptant les circonstances heureuses de votre vie.
  • Les petits plaisirs, les moments où l'on se fait plaisir "juste parce que", sans se sentir coupable, peuvent être planifiés afin de les anticiper avec bonheur. Une gourmandise en fin de semaine ou en milieu de semaine peut contribuer à encourager le vorfreude.
  • Avant de croquer une délicieuse pâtisserie ou de commencer à lire la première page d'un livre attendu, il y a une sensation de plaisir à déguster, alors savourez-la !
  • Pour renforcer vos sentiments de joie, tenez un journal de la joie. Le fait de noter chaque jour ce qui vous a procuré un moment de joie, aussi minime soit-il, peut vous encourager à anticiper d'autres moments de joie.
  • Trouvez une forme de mouvement que vous aimez vraiment et programmez-la ! En vous forçant à faire un exercice que vous n'aimez pas, vous risquez de le redouter. En revanche, planifier une forme de mouvement que vous aimez vous mettra dans un état de vorfreude.
  • Une promenade en pleine conscience peut vous aider à reprendre contact avec la nature et sa beauté. Planifiez une promenade en pleine conscience que vous pouvez attendre avec impatience.
  • Conservez une anthologie de poésie à la maison afin de pouvoir apprécier chaque jour un nouveau poème et vous réjouir à l'idée de vous demander ce qu'il pourrait bien être !
  • L'apprentissage d'une nouvelle compétence peut être une source de joie dans votre semaine, car la nouveauté de quelque chose de différent peut apporter un peu d'excitation et d'anticipation dans votre vie, ce dont vous avez bien besoin.
  • Prévoir une surprise pour quelqu'un d'autre (qui n'a pas besoin d'être grandiose ou chère) peut faire créer du vorfreude dans votre vie.
  • Un rituel de retrouvailles avec ceux que vous aimez lorsque vous rentrez à la maison peut laisser plus de place à la vorfreude, même lors des journées de travail les plus difficiles.
  • On dit que le silence est d'or. Le fait de consacrer du temps à la méditation dans votre vie quotidienne peut créer du vorfreude, car vous vous réjouissez à l'idée de passer quelques instants en pleine conscience, quoi qu'il arrive.
  • Attendez avec impatience l'heure du coucher et une bonne nuit de repos. Votre routine au moment du coucher peut vous aider à vous sentir en confiance.
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lundi 7 septembre 2026

Etat de simplicité


 "Alors que vous méditez, il est naturel que les pensées continuent de surgir. Le point n'est pas d'essayer de les arrêter, ce qui serait impossible de toute façon, mais de les libérer.

Cela se fait en restant dans un état de simplicité, qui permet aux pensées de surgir et de disparaître sans s'accrocher à elles.

Lorsque vous n'entraînez plus le mouvement des pensées, elles se dissolvent tout seuls sans laisser de trace.

Lorsque vous n'abîmez plus l'état de calme avec des fantasmes mentaux, vous pouvez maintenir la sérénité naturelle de l'esprit sans effort.

Parfois, laissez vos pensées couler, et observez la nature inébranlable derrière elles.

Parfois, coupant brutalement le flux des pensées, regardez la conscience nue."

~

Dilgo Khyentse Rinpoche

De : "Le trésor du cœur des éveillés"

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dimanche 9 août 2026

Corps élargi


 ... Plus nous pouvons être profondément en contact avec les sensations corporelles et pleinement présents au mouvement de la pensée - sans les saisir ou les rejeter - plus nous pouvons nous sentir et nous reconnaître comme le témoin de ces sensations, comme la lumière consciente qui les illumine, comme ce contenant de toute expérience qui est libre de ses contenus mais qui ne fait qu'un avec eux, de la même manière que le miroir est libre de l'objet qui s'y reflète, tout en ne faisant qu'un avec lui.

Mais nous ne pouvons pas simplement ignorer le corps et l'esprit et les repousser en nous accrochant à la croyance que "je ne suis pas cela mais la conscience". Nous ne pouvons nous libérer que de ce que nous connaissons clairement, nous ne pouvons réaliser encore et encore notre identité profonde en tant que Conscience qu'en voyant et en comprenant clairement ce que nous ne sommes pas - ce qui implique d'explorer et de connaître clairement ce avec quoi nous nous identifions - là où la conscience identifiée s'embourbe. Pour reprendre l'exemple classique védantique du serpent et de la corde, nous ne pouvons réaliser que le serpent illusoire est en fait une corde qu'en observant attentivement ce serpent sans aversion pour nous libérer de notre vision erronée. Si l'on a peur du serpent (le corps-esprit), si l'on ne veut pas le voir et qu'on le rejette, alors on ne peut pas se libérer de la fausse identification/superposition de l'image du serpent sur la corde. De la même manière se dissocier du corps ou rejeter les états mentaux et émotionnels en pensant « je ne suis pas cela » renforce la croyance en leur réalité et nous empêche de les voir et les explorer pour réaliser leur vraie nature et ce qu’il y a derrière. 

Voir clairement nos identifications, c'est lâcher nos identifications. Et être totalement intime avec le corps et les sensations corporelles sans réaction ni identification c'est permettre à ces sensations de se libérer et de revenir à leur état naturel, libre des tensions et des fixations liées à l'identification. Nous habitons alors pleinement le corps comme véhicule de la conscience, nous découvrons un corps subtil naturel, plus léger, spacieux, vibrant, transparent et ouvert, pleinement habité par la conscience, qui en est l'expression. Alors nous pouvons dire "Je suis le corps" - mais alors ce n'est plus le corps de la pensée, le corps de la représentation, le corps conditionné séparé, le corps de la tension et de la réaction, mais un corps ouvert, un corps qui ne fait qu'un avec l'environnement. Ce n'est pas le corps séparé, mais le corps élargi qui inclut le monde et les autres. Je suis le corps, je suis le monde.

De même, lorsque les pensées sont pleinement acceptées et observées comme de simples pensées, sans les nourrir ni les rejeter, elles peuvent alors se libérer de l'identification du moi et être perçues comme une expression de la Conscience, surgissant et retombant en elle comme les vagues de l'océan.

L'enseignement "tu n'es ni le corps ni le mental" est donc un moyen habile qui permet de les observer en tant qu'objets sans les saisir ou les rejeter, et de permettre à l'attention de retourner vers la Conscience qui les illumine, la Source qui les anime - mais nous devons faire attention à ne pas mal comprendre cet enseignement afin de créer une nouvelle dualité et de renforcer une dissociation ou un contournement spirituel pour éviter d'affronter nos parts d'ombre ou ce qui en nous, au niveau de la personnalité, est encore identifié, vulnérable, non libre ou en réaction.

David C , L'Ouvert - spiritualité, méditation et non dualité

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mardi 28 avril 2026

Ecoute du corps

 

Le corps possède sa propre intelligence ; il sait quand il est fatigué et qu'il a besoin de repos. En général, je fais deux heures de yoga par jour, mais ce matin, j'étais fatigué. J'avais préparé mon tapis et tout le matériel pour ma séance, et mon corps m'a dit : "Non, désolé." J'ai répondu : "D'accord", et je suis retourné me coucher. 

Ce n'est pas de la paresse. Mon corps m'a dit : "Laisse-moi tranquille, tu as beaucoup parlé hier, tu as vu beaucoup de monde, tu as marché et tu es fatigué." Ma pensée m'a alors dit : "Tu dois te lever et faire tes exercices, c'est bon pour toi, tu en fais tous les jours, c'est devenu une habitude. Ne te relâche pas, tu vas devenir paresseux ! Continue !" 

Ce qui signifie que c'est ma pensée qui fait de moi un paresseux, et non mon corps.

~ Jiddu Krishnamurti 

The Awakening of Intelligence - (via Krishnamurti Foundation Trust)


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samedi 18 avril 2026

La vraie confiance !

 

Régulièrement nos projets tombent à l’eau, nos plans sont bousculés. Des imprévus se glissent dans nos agendas bien ordonnés.


Comment réagissons-nous ?

Nous rassurons-nous à l’aide de pensées rationnelles ou d’idées spirituelles pour ne pas sentir la réalité de notre vécu. Les dires spirituels peuvent se transformer en subtils échappatoires lorsque nous les utilisons pour nous couper d’une vérité plus profonde et sensible de nous-mêmes.

Accusons-nous la vie, sous la forme d’un autre ou d’un événement, de saboter nos plans, de nous priver de ce que nous méritons de plein droit. La plainte, le ressentiment nous enferment dans des boucles qui nous détournent et nous éloignent de la réalité.

Tout imprévu est l’occasion d’apprendre sur soi, sur les croyances et les peurs qui nous sclérosent. Trop souvent nous ne savons pas recevoir l’enseignement. Nous rationalisons ou accusons trop vite sans laisser le temps et l’espace à un vrai ressenti de se déployer. Nous avons si peur de nos émotions alors que si nous savons les vivre en intégrité, elles nous ramènent vers nos ressources et notre puissance qui attendent notre pleine reconnaissance dans les tréfonds de l’être.

Donnons-nous à la vérité de l’instant. Ne nions rien, aucune émotion, aucune réaction. Prenons acte de nos pensées, de nos croyances, de nos attentes. Profitons de l’occasion pour approfondir la connaissance de l’entièreté de notre royaume intérieur.

Lorsque qu’un projet échoue plutôt que de fuir la sensation de vide, nous la laissons être et se déployer. Nous ne cherchons pas d’alternative. La vie nous offre ce temps pour être. Nous avons alors l’opportunité de rencontrer celui que l’on cherche : l’être véritable sous le personnage. Celui qui est en phase avec le flux des événements, en accord avec la réalité, qui a compris, non pas intellectuellement mais dans son épaisseur, dans sa substance, que s’opposer au courant c’est souffrir assurément. Celui qui est suffisamment vaste et stable pour accueillir et laisser vivre en lui tous les remous et qui sait, sans savoir, combien il est vain de lutter contre le grand courant du Réel.

Tout, absolument tout, sur notre chemin, est une opportunité d’entrer un peu plus profondément dans la chair du Réel et de retrouver le vrai royaume. Celui où il fait bon vivre, se poser et demeurer dans une sécurité et une plénitude inaltérable.

La vie et ses changements incessants sont dessinés sur mesure pour nous permettre ce retour. Sachons retrouver la vraie confiance, celle qui gît dans la profondeur du cœur.

- Nathalie Delay

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mardi 17 février 2026

Flux continu


 La pensée de la semaine par Matthieu Ricard :

Le corps, aussi impermanent que la brume printanière ;
L'esprit, aussi immatériel que le ciel vide ;
Les pensées, aussi évanescentes que la brise qui passe :
À ces trois choses songe continûment.
GODRAKPA (1170-1249)
📷 : Le Tsangpo (Brahmapoutre), vu de la colline de Hépori, près de Samyé au Tibet central. Fondé au VIIIe siècle par Padmasambhava et Shantarakshita sous le patronage du roi Trisong Détsèn, le monastère de Samyé fut le premier grand monastère bouddhiste construit au Pays des Neiges.

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vendredi 6 février 2026

Un-sécurité


La vérité n'a pas pour but de réconforter l'esprit.
Elle brise le « moi », la sécurité, l'identité et l'illusion.
C'est pourquoi les gens fuient la vérité.
Mais ce n'est que lorsque l'esprit est complètement vide et voit directement la réalité que la véritable liberté voit le jour.
Krishnamurti
*****
La pensée ne peut résoudre aucun problème humain, car la pensée elle-même est le problème.
Krishnamurti
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Le mental vit dans un cercle vicieux. Il crée lui-même les problèmes et essaie ensuite de les résoudre. Svami Prajnanpad
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Le mental est souvent son propre pire ennemi, en créant des boucles infinies de pensées négatives et de problèmes auto-générés. Il est important de prendre du recul et de trouver des moyens de sortir de ce cercle vicieux pour retrouver la paix intérieure.
Svami Prajnanpad
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Rien ne peut vous rendre plus heureux que vous ne l'êtes déjà.
Toute recherche du bonheur est source de souffrance et conduit à davantage de souffrance.
Le seul bonheur digne de ce nom est le bonheur naturel de l'être conscient.
Nisargadatta Maharaj
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« L’esprit n’est rien d’autre que des pensées.
Parmi toutes les pensées, la pensée “je” est la racine.
Ainsi, l’esprit n’est que la pensée “je”. »
Ramana Maharshi

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jeudi 22 janvier 2026

Bulles de pensées

 Je remets ce texte fondamental !

Vous n'êtes prisonniers de rien d'autre que de vos pensées.
Vous n'avez à vous libérer de rien d'autre que de vos pensées.
Voilà la vérité.
Et vous n'avez pas d'autre problème que celui de vos pensées.
Vous n'avez de problème,
ni avec votre patron,
ni avec vos enfants,
ni avec votre femme,
ni avec votre voisin,
ni avec votre propriétaire,
ni avec le maire de votre commune.
Vous n'avez qu'un seul problème:
un problème entre vous et vos pensées...
Arnaud Desjardins

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samedi 10 janvier 2026

- Dans la série « Vacuité ou rien » : Stephen Jourdain -

J’ai eu la chance de croiser un jour ce type dans ma vie, et il y a des croisements qui sont des carrefours, ouvrant des directions nouvelles. Ne pas se fier à la cravate, ni à l’allure vieille école : ce type est un cas, (le seul à ma connaissance à avoir innocemment connu l’éveil spirituel (« un foudroiement « ) à quinze ans en bûchant désespérément sur la fameuse phrase de Descartes « Cogito ergo sum » (!). Hors norme, un cas du genre que l’on ne croise pas impunément. 
Lorsque je l’ai rencontré, j’avais déjà pas mal bourlingué (en quête de musique) et, de l’Inde au Mexique en passant par le Sahara, j’avais évidemment rencontré la « spiritualité » sous des formes diverses, croyances, rituels, pratiques, vécu certaines expériences parfois bouleversantes, certaines décisives. Les « comprendre » exigeait de les dépouiller de leur contexte culturel d’origine pour tenter de les intégrer à la manière de penser de cet occidental en errance post-moderne que j’étais. Soit : les débarrasser d’un type de langage hérité de traditions ancestrales, associé à un certain nombre de croyances, d’imaginaire, de valeurs, etc, afin de pouvoir les digérer dans ma langue, fut-ce malgré elle. Sur ce point, Stephen m’a appris à mettre les points sur les « i » (d’intelligence, et d’idiotie) : il ne s’agit pas d’intégrer « l’Éveil » à la pensée, mais la pensée à l’éveil. Ce qui est une toute autre affaire, exigeant un saut trans-logique, d’ordre poétique. Mais qui est aussi, et surtout, infiniment drôle… c’est là d’ailleurs que Steve marquait l’authentique : un « éveillé » qui se prend au sérieux est selon lui un jean-foutre.

Si ce « travail » trans-traditions (trans-langages) paraît conceptuellement complexe, devant défier/déjouer les limites de la logique en sautant de paradoxes en paradoxes, le fil d’Ariane de la musique (et les lois de la résonance) me permit de simplifier radicalement la question, et c’est sur elle que je rencontrais Stephen. D’abord, à la lecture de son bouquin « Éveil », j’étais resté un moment sidéré par cette langue rare, d’une précision au rasoir, poussée par une passion inextinguible de ciseler les concepts et les mots pour faire place à l’indicible, son analyse du processus psychique devant souvent céder à la poésie pour éclore de manière sensible. Et sa façon vigoureuse de donner des coups balais dans toutes les certitudes, poncifs, croyances ou vérité « spirituelle » était aussi radicale que vivifiante. Et puis cette remarque - « l’oreille est moins asservie que l’œil, c’est une voie directe, immédiate, moins formatée par le dressage social que le regard » m’avait évidemment fait tendre l’oreille.

La première fois que je l’ai vu, c’est dans un bar parisien où il discutait de la logique du tiers-inclus avec quelques amis, tout en trempant son sandwich camembert-beurre dans son café (!). Le ton, le regard, l’humour, le feu, il me parut tout de suite que ce type savait de quoi il parlait. De toute évidence, il jouait, mais ne se la jouait pas. On a donc parlé. Enfin… d’abord je l’ai surtout écouté : entendre réfléchir à ces questions sans références à l’orient, au chamanisme ou autres traditions est plutôt rare ces jours, surtout dans une langue française exceptionnellement travaillée, nuancée, pulsée du dedans par l’exigence de précision. Une culture comme on n’en voit plus guère, nourrie d’Aristote, Rimbaud, Lavelle… un autre siècle, non encore infecté par le new-age. 

Il m’a invité chez lui, en Auvergne. Au lieu de répondre à mes questions, il s’est mis au piano. On a joué une bonne heure. Pas un virtuose, mais le bon vieux jazz en ternaire qui réchauffe. Et puis on a parlé, de tout et n’importe quoi, pendant des heures, oubliant de manger. Il rebondissait de pensée en pensée comme un enfant joue, innocemment, vivement, passionnément. De ces conversations dont on oublie tout, sauf la qualité rare de l’air qu’on y respire : inoubliable. Fort intrigué par le Nada yoga, il me questionna sur mes diverses rencontres indiennes, et apprécia au plus haut point mon apprentissage auprès des grenouilles du Bengale ! Au moment de le quitter pour aller à l’hôtel, il m’a confié son dernier manuscrit : « J’aurais rêvé d’être Henri Miller, composer des textes fleuves, mais au bout de quelques pages je deviens un écrivain exécrable. Je suis bon pour les flashes, les textes courts… Tu me diras demain. ».
Lourde responsabilité que de lire le manuscrit d’un auteur qu’on connaît. Stephen n’est pas facile à lire, la densité des acrobaties logiques exige une attention soutenue à chaque mot, en présence permanente d’un indicible autour duquel il tourne, l’abordant effectivement par flashes sous des angles divers. À part « Éveil », dont la teneur poétique infuse m’avait transporté, j’avais eu parfois du mal à finir les deux ou trois de ses livres qui m’étaient tombés sous la main. J’ai donc ouvert son manuscrit. J’ai d’abord retrouvé sa manière, à la fois provocateur, gouailleur et infiniment stylé, où les affirmations les plus provocatrices jouaient avec une auto-dérision permanente. Mais bon… j’avais déjà « compris » de quoi il retournait (croyais-je), et je survolais ça tout en acquiesçant, sans surprise… jusqu’à une page, qui retourna la situation comme un gant.

Il y décrivait le processus d’apparition des pensées - que je connaissais intellectuellement pourtant sous tous les angles - mais là, il sut m’impliquer dans cette vision-tunnel où la pensée est pensée par une pensée qui la contient, qui aussitôt est elle-même pensée par une autre qui la contient, mouvement en poupées russes ouvrant au vertige. Sauf que là, ce n’était plus un processus logique lu sur une page, mais - comme en perpendiculaire à la page devant moi - la pensée de cette page s’ouvrait à la pensée de moi en train de la lire, qui s’ouvrait à la pensée de moi en train de penser tout cela, etc…
Cette soudaine actualisation du texte au présent sensible me fit rire : je voyais ma pensée arriver de je ne sais où, me traverser « physiquement » comme la bulle traverse le champagne, et disparaître dans l’éclosion spontanée d’une autre, où je me voyais moi-même en train de vivre cela et donc aussitôt une autre, où je me voyais en train de me voir voyant tout cela… Et cette ouverture verticale (que la logique ne peut que réduire en suite stérile de pensée de la pensée de la pensée, etc. ), vécue comme se démultipliant par elle-même comme un espace intérieur allant d’ouverture en ouverture, me fit rire… et rire encore, et encore. La pensée du rire démultipliait le rire, et j’ai ri comme jamais encore je n’avais ri : ri de moi-même, du jeu roublard que je me jouais en me prenant pour telle ou telle pensée, de la nature humaine, de l’étendue cosmique de la farce « individualité », de la liberté soudaine éprouvée, radicale, indéracinable… rire de bon cœur de voir l’Illusion des illusions, rire librement, de rire, de vivre, de respirer. Je voyais, j’entendais, me voyais voir, m’entendais entendre, et cela depuis un lieu aussi intime qu’infiniment vaste, qu’aucun rire jamais ne pourrait combler, car il est la source vive de tous les rires. Je me suis endormi ravi. 

Le lendemain, je lui ai rendu le manuscrit : « - Alors ? - Ça marche ! » Il m’a lancé un clin d’œil, l’air d’un gamin aux anges. On n’en a pas reparlé, il y avait bien plus important : on a passé l’après-midi midi aux puces de Clermont, rayon vêtements, où il se transforma soudain en fureteur-connaisseur parfaitement concentré, tout content de rapporter un manteau Cardin à un prix dérisoire. Stephen était aussi élégant et exigeant en vêtement qu’en paroles.
Je l’ai revu quelques fois à Paris, où des amis se réunissaient (entre autres, le musicien Michel Deneuve qui composa la musique d’une de ses vidéos, ainsi que le voyageur du désert, peintre et musicien Daniel Popp) : il était un hôte charmant, attentif, d’une politesse exquise. Étrangement, lorsqu’il est mort, malgré l’amitié qui s’était tissée entre nous, je n’ai éprouvé aucun sentiment de perte : ce qu’il m’avait transmis ce soir là est imperdable, c’est la clef. Avant ? Après ? Le temps n’a aucune prise sur ça. Me restait juste à apprendre à m’en servir. Me faudra quand même le temps d’apprendre à renoncer aussi à cette volonté là : suffit de laisser opérer tout ça tout seul : il n’y a ni clef ni serrure, car il n’y a pas de porte, c’est ouvert 24/24. 😉 (Salut Steve, ça marche toujours !)

Dominique Bertrand 

- quelques minutes d’entretiens au Québec (laisser ses certitudes à l’entrée) :

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vendredi 9 janvier 2026

Observation !


Vous est-il déjà arrivé de vous asseoir calmement, les yeux fermés, et d'observer le mouvement de vos pensées ?
Avez-vous déjà observé votre esprit à l'œuvre, ou plutôt, votre esprit s'est-il observé lui-même, juste pour voir quelles sont vos pensées, quels sont vos sentiments, comment vous regardez les arbres, les fleurs, les oiseaux, les gens, comment vous réagissez face à une suggestion ou à une nouvelle idée ?
L'avez-vous déjà fait ?
Si vous ne le faites pas, vous manquez beaucoup de choses.
(Think On These Things)

☯️
Un homme sérieux est celui qui est vraiment, totalement engagé dans l'investigation de sa propre vie : ce qu'il fait, ce qu'il ne fait pas, ce qu'il pense. L'existence entière. Un tel engagement, complet, total, c'est cela une personne sérieuse.
(Talk 1, Bangalore, 5 January 1974)
☯️
Pour observer vos pensées secrètes, vos motivations cachées, vos peurs insoupçonnées, les espoirs, les chagrins, les aspirations, les motivations profondes — pour les découvrir, pour les faire remonter à la surface exige un esprit extraordinairement vif. Et l'esprit n'est vif que lorsqu'il est calme.
(The New Mind)
☯️
Se regarder en face est très difficile car nous voulons nous échapper de nous-mêmes.
(Talk 1, New Delhi, 15 December 1966)
☯️
Nous avons peur de nous connaître car nous nous sommes divisés en "bien" et en "mal" : le noble et le méchant, le pur et l'impur. Le "bien" juge sans cesse le "mal", et ces fragments sont en conflit permanent. Ce conflit est douloureux.
☯️
La forme la plus élevée d'intelligence humaine consiste à s'observer soi-même sans jugement.
~ JIDDU KRISHNAMURTI

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lundi 15 décembre 2025

Remise en question

 Q : Quel conseil donneriez-vous aux personnes qui sont malheureuses, misérables ?


Byron Katie : Oh la la... Qu'il se pourrait que vous croyez quelque chose que vous ne croyez pas. Qu'il se pourrait que vous essayez très très fort de croire ce que vous ne croyez pas. Remettez en question ce que vous essayez de croire et fichez-vous la paix. Libérez-vous de ces croyances et ouvrez-vous à la vie. Pour moi, la vie est synonyme d'amour et de légèreté, de Dieu, de nature et de beauté.

♡

Quiconque est déprimé est simplement en train de croire ses pensées stressantes. Et qui est responsable de me réveiller si je suis déprimée ? C'est moi. Tout le reste n'est que bien-être, mais le mental va le dominer aussi longtemps qu'il croit ce qu'il pense. Il va ignorer tout ce qui peut arriver de bon, car le rôle du mental est d'avoir raison. Tant qu'il n'est pas sorti du déni, il essaie de prouver qu'il a raison, mais il a tort. Et le moyen de savoir que le mental a tort, c'est que tu es déprimé. Ou tu es à fond dans tes addictions : elles te le feront savoir. 

♡

Croire mes pensées est épuisant. Je n'abandonne pas les pensées stressantes, je les remets en question et elles me lâchent. 

♡

Ce dont j'ai besoin, c'est ce que j'ai. C'est la réalité des choses dans l'instant.

~ Byron Katie 

♡

La souffrance est nécessaire jusqu'à ce qu'elle ne soit plus nécessaire.

~ Eckhart Tolle 

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lundi 24 novembre 2025

Le manque, l'absence et la mémoire


Quand on vit dans l'impression qu'il nous manque quelque chose, c'est qu'on est prisonnier de la croyance en l'absence. On est familier de certaines choses, de certains êtres, ou de certains scénarios de vie, et maintenant, s'ils ne sont pas là, il y a un sentiment de vide, un sentiment de solitude et d'inconfort. Cela veut dire que l'absence n'est pas complètement vécue. Elle est polluée par des mémoires.

Vous arrivez dans une pièce, quelqu'un a enlevé le tableau qu'il y avait sur le mur. Vous ne regardez pas le mur, vous regardez l'absence du tableau, qui est une mémoire. Vous allez rester un moment avec ce sentiment qu'il y a un manque, avant de pouvoir vous rendre compte que, finalement, il ne manque rien. Si vous retirez la mémoire de ce qui manque, du tableau, rien ne manque à cet instant.

Donc, le manque n'est qu'une idée, une idée construite par un jeu de projections mentales. La projection est la fonction du mental. Et on lui attribue une seconde fonction : la surimposition, la surimposition d'une mémoire, qui se surimpose à la perception immédiate. Projection et surimposition, c'est ainsi que le mental est décrit dans les enseignements anciens de l'Inde. 

La surimposition, on peut s'en libérer en revenant constamment à la vision directe, à l'instantanéité du regard, à l'instantanéité de la vision, sans donner prise aux mémoires qui peuvent revenir. Même si elles reviennent, elles vont détourner l'attention, mais vous pouvez vous rendre compte que ce n'est qu'une mémoire. Laissez cela de côté, et réintégrez la vision directe qui, elle, n'est pas problématique. C'est comme cela qu'on se libère de la surimposition.

Et la projection, dès lors que vous avez reconnu qu'une projection n'est qu'une projection, qu'une image mentale n'est qu'une image mentale, et non la réalité, le mental tout entier perd son pouvoir, quand vous vous rendez compte qu'une pensée n'est jamais la réalité.

La pensée de moi-même n'est pas moi-même.

La pensée de l'autre n'est pas l'autre.

La pensée du monde n'est pas le monde.

La pensée de Dieu n'est pas Dieu non plus.

Vous prenez alors conscience des limites de la pensée.

Ce sont des constructions mentales, qui ont leur utilité sur un certain plan, mais il s'agit de ne pas prendre la statue du Bouddha pour le Bouddha.

~ Jean-Marc Mantel

Dialogues du 18 octobre 2025 (extrait d'une vidéo)

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jeudi 16 octobre 2025

Projection entre mondes

 


"Personne ne peut vous connaître et donc personne ne peut parler de vous.

Chacun a des pensées à votre sujet et exprime ses opinions sur l'image qu'il s'est faite de vous et non sur vous.
Alors, pourquoi vous troubler?
Vous devez rester calme et silencieux comme s'ils parlaient de quelqu'un d'autre."
Swami Prajnanpad



Accord toltèque n°2 : Ne prenez rien personnellement On a tendance à croire que tout tourne autour de nous. Un regard de travers, un message non répondu, une critique au boulot… Et tout de suite, on se sent attaqué. Pourtant, ce que l’autre dit ou fait reflète son propre monde intérieur, pas votre valeur.

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mercredi 1 octobre 2025

Esprit perturbé

Ogyen Tendzin Jigme Lhundrup,
l’incarnation du grand maître tibétain Dilgo Khyentsé Rinpoché

"‍Mieux vaut donc nous raviser et faire preuve de bon sens. Or, si nous laissons notre esprit nous maltraiter au point que nous vivons dans la souffrance et faisons également souffrir les autres autour de nous, c'est le signe que nous manquons précisément de bon sens. On peut considérer comme ‟ négatives ” les pensées et les paroles qui proviennent de notre esprit perturbé. Si, au lieu de nous lamenter sur notre sort, nous cultivons l'altruisme et la compassion et que ces états d'esprit ‟ positifs ” améliorent notre bien-être et celui d'autrui, nous faisons preuve de bon sens."


 Dilgo Khyentsé Rinpoché

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jeudi 28 août 2025

Voir et mental

 Une vue schématique du fonctionnement mental...

«Vous pensez que vous voyez et vous ne voyez pas que vous pensez» (Swami Prajnanpad, les formules)



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jeudi 14 août 2025

L'arc stable


Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit, Parlez-nous des Enfants. Et il dit :
Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier.
Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L’Archer voit le but sur le chemin de l’infini, et Il vous tend de Sa puissance pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.

Que votre tension par la main de l’Archer soit pour la joie;
Car de même qu’Il aime la flèche qui vole, Il aime l’arc qui est stable.

Khalil Gibran -(extrait du recueil Le Prophète)
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dimanche 27 juillet 2025

Déprimé


 Quiconque est déprimé est simplement en train de croire ses pensées stressantes. C'est tout, les amis. C'est tout ! La fin. Et qui est responsable de me réveiller si je suis déprimée ? C'est moi. Tout le reste n'est que bien-être, mais le mental va le dominer aussi longtemps qu'il croit ce qu'il pense. Il va ignorer tout ce qui peut arriver de bon, car le rôle du mental est d'avoir raison. Tant qu'il n'est pas sorti du déni, il essaie de prouver qu'il a raison mais il a tort. Et le moyen de savoir que le mental a tort, c'est que tu es déprimé — ou tu es à fond dans tes addictions. Elles te le feront savoir. 

♡ Croire mes pensées est épuisant. Je n'abandonne pas les pensées stressantes, je les remets en question et elles me lâchent. 

~ Byron Katie

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vendredi 6 juin 2025

Grises pensées

 "L'enfer me ment, c'est de haut en bas.

La libération, c'est du bas en haut."


Merci à Yannick David

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samedi 31 mai 2025

Pas de choix

 


Le processus de la pensée est en majeure partie involontaire, automatique et répétitif chez la plupart des gens. Ce n'est rien d'autre qu'une sorte d'électricité statique mentale qui n'a pas de raison d'être réelle. À proprement parler, ce n'est pas vous qui pensez, c'est seulement la pensée qui se produit. L'énoncé disant "Je pense" implique un acte de volonté. Il implique que vous avez votre mot à dire sur le sujet, qu'il y a un choix à faire de votre part. Mais pour la plupart des gens, ce n'est pas ce qui se passe. 

"Je pense" est un énoncé qui est aussi faux que "Je digère" ou "Je fais circuler mon sang". La digestion se produit, la circulation du sang se fait et la pensée se produit aussi. La petite voix dans la tête a sa vie à elle. La plupart des gens sont à sa merci, ce qui signifie qu'ils sont possédés par la pensée, par le mental. Étant donné que le mental est conditionné par le passé, vous êtes ainsi forcé de le rejouer sans cesse. 

 ~ Eckhart Tolle

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