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lundi 19 octobre 2026

Cultiver la paix

 🪷🪷🪷 Méditer, est-ce se retirer du monde ou apprendre à mieux y agir ? 🪷🪷🪷

Il aurait eu 100 ans le 11 octobre dernier.

Un siècle après sa naissance, Thích Nhất Hạnh (1926-2022) nous laisse une conviction aussi simple que révolutionnaire : on ne peut pas véritablement cultiver la paix en soi tout en restant indifférent à la souffrance du monde.

Moine zen vietnamien, poète, enseignant et artisan de paix, celui que ses disciples appelaient affectueusement Thầy (« maître ») a traversé les tragédies du XXe siècle sans jamais renoncer à croire en la capacité des êtres humains à se transformer.

Lorsque la guerre déchirait le Vietnam, il aurait pu choisir le silence des monastères. Il a préféré aller à la rencontre des populations meurtries, participer à la reconstruction des villages, venir en aide aux victimes et appeler à la réconciliation.

Méditer ne suffisait pas. Il fallait aussi agir.

C'est ainsi qu'il a contribué à donner au bouddhisme engagé une portée internationale : une spiritualité qui ne détourne pas les yeux de la souffrance, mais qui puise dans la méditation la lucidité et la compassion nécessaires pour y répondre.

Et son engagement ne s'arrêtait pas aux conflits armés.

Bien avant que l'urgence écologique ne s'impose au cœur du débat public, Thích Nhất Hạnh nous invitait à prendre conscience de notre interdépendance avec le vivant. Protéger la Terre n'était pas, à ses yeux, une cause extérieure à la pratique spirituelle : prendre soin de la planète, c'est aussi prendre soin de nous-mêmes.

À travers le Village des Pruniers, fondé en France en 1982, et ses enseignements diffusés dans le monde entier, il a rendu la pleine conscience accessible à des millions de personnes.

Mais attention à ne pas réduire son héritage à quelques exercices de respiration destinés à mieux supporter le stress quotidien !

La pleine conscience, telle qu'il l'enseignait, n'était pas une méthode pour s'accommoder d'un monde qui souffre. Elle était aussi une invitation à le transformer.

Transformer notre manière de consommer. De parler. D'écouter. De regarder celui qui ne pense pas comme nous. De répondre à la violence sans alimenter davantage la haine.

Une révolution ? Peut-être. Mais une révolution qui commence parfois par un simple pas, accompli en pleine conscience.

En ce centenaire de sa naissance, l'Union Bouddhiste de France souhaite rendre hommage à cette figure majeure du bouddhisme contemporain, dont la vie rappelle combien la sagesse et la compassion peuvent nourrir un engagement concret au service des autres.

Thích Nhất Hạnh s'est éteint en 2022. Mais son message demeure d'une brûlante actualité, dans un monde traversé par les guerres, les fractures sociales et les crises environnementales.

Car la paix n'est pas seulement ce que nous espérons voir advenir un jour. Elle est aussi ce que nous choisissons de construire, dès aujourd'hui, dans chacun de nos actes.

Un pas en pleine conscience ne change peut-être pas le monde. Mais il change déjà notre manière d'y marcher.

Union bouddhiste de France

jeudi 1 octobre 2026

Shoshin

 Le shoshin (初心) est un concept du bouddhisme zen qui signifie « l'esprit du débutant ».

• Origine : Composé de sho (commencement) et shin (cœur ou esprit), il désigne l'attitude d'aborder chaque situation avec ouverture, curiosité et humilité, sans idées préconçues.

• Lâcher-prise de l'ego : Il s'agit de se libérer des certitudes acquises et du piège de l'expertise (« savoir déjà ») pour rester réceptif à l'apprentissage.

• Transmission : Popularisé en Occident par le maître zen Shunryu Suzuki, il est fondamental dans les arts martiaux (budo) et l'artisanat japonais.


Applications au quotidien :

• Dans le travail : Sortir du pilotage automatique et questionner ses méthodes pour favoriser l'innovation.

• Dans l'écoute : Suspendre ses jugements et écouter autrui sans chercher à deviner sa réponse à l'avance.

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Image : le concept de shoshin est traditionnellement représenté par la calligraphie japonaise (shodō) des deux kanjis qui composent le mot. L'Enso qui est associé (le cercle zen tracé d'un seul geste de pinceau) représente la vacuité, l'infini et l'ouverture totale à l'instant présent, ce qui fait directement écho à l'esprit du débutant.

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samedi 26 septembre 2026

Statues d'éveil

 Les statues de Rakan au Japon représentent les disciples de Bouddha ayant atteint l'éveil spirituel (aussi appelés arhats).

Qu'est-ce qu'un Rakan ?

Définition : Un disciple sage et digne de Bouddha.

Représentation : Sculptés en groupes (souvent 16, 500 ou 1 200).

Particularité : Chacun possède une expression unique (sourire, rire, visage pensif ou scène de la vie quotidienne).

Au temple Otagi Nenbutsu-ji, à Kyoto, environ 1200 statues de Rakan sont dispersées dans la végétation. Sculptées par des gens ordinaires sous la direction du moine Kocho Nishimura, elles sont toutes différentes : certaines prient, sourient ou rient, tandis que d’autres tiennent des objets évoquant la vie quotidienne.


Signifiant littéralement "le digne", le terme rakan est le titre le plus élevé attribué aux disciples du bouddhisme zen. Ces disciples sont parvenus à atteindre l’illumination par leur pratique ascétique et à raison de très nombreux efforts personnels. Le bouddhisme zen enseigne en effet que l'illumination s'obtient par un éclair de perspicacité ou par un long et rigoureux travail sur soi ainsi qu'une profonde prise de conscience. Ces pratiquants fidèles sont considérés comme les gardiens des enseignements du bouddha et honorés en tant que modèles dans la quête spirituelle individuelle. (Japan Experience)

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jeudi 11 juin 2026

Poisons intérieurs

 

En finir avec la souffrance — pas seulement en soignant ses symptômes mais en éradiquant sa cause première —, c'est précisément ce à quoi vise l'enseignement du Bouddha. [...] Il faut d'abord réaliser que la vraie cause de la souffrance ne se trouve pas à l'extérieur de soi, mais à l'intérieur. [...] C'est pourquoi la véritable pratique spirituelle consiste à s'occuper de son propre esprit. L'esprit est très puissant, il peut créer le bonheur comme le malheur, le paradis comme l'enfer. Si, à l'aide du Dharma, vous parvenez à éradiquer vos poisons intérieurs, rien d'extérieur ne pourra plus vous affecter négativement, mais tant que ces poisons resteront mêlés à votre esprit, vous ne trouverez nulle part au monde le bonheur que vous désirez.

NYOSHUL KHEN RINPOCHE (1932-1999)
📸: Derter (Ahinga Rufa), Parc national de Chitwan, Népal, 2019

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jeudi 16 avril 2026

Dépendance...

 


[…] si l'on voulait résumer l'enseignement du Bouddha en un seul mot, on dirait que c'est l'interdépendance universelle, dont la non-violence n'est qu'une conséquence naturelle : puisque nous sommes tous dépendants les uns des autres et que tous les êtres désirent comme nous-même être heureux et ne pas souffrir, mes bonheurs et mes malheurs personnels sont indissociablement liés à ceux des autres. Cette non-violence n'est pas assimilable à une faiblesse ou une passivité. C'est le choix délibéré de l'altruisme dans toutes nos pensées et tous nos actes, de sorte qu'il devient inconcevable de nuire sciemment à autrui.

‍FOURTEENTH DALAI LAMA, TENZIN GYATSO (b. 1936)

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mardi 17 février 2026

Flux continu


 La pensée de la semaine par Matthieu Ricard :

Le corps, aussi impermanent que la brume printanière ;
L'esprit, aussi immatériel que le ciel vide ;
Les pensées, aussi évanescentes que la brise qui passe :
À ces trois choses songe continûment.
GODRAKPA (1170-1249)
📷 : Le Tsangpo (Brahmapoutre), vu de la colline de Hépori, près de Samyé au Tibet central. Fondé au VIIIe siècle par Padmasambhava et Shantarakshita sous le patronage du roi Trisong Détsèn, le monastère de Samyé fut le premier grand monastère bouddhiste construit au Pays des Neiges.

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lundi 2 février 2026

Les multiples visages de la beauté

 


Dans L’infini dans la paume de la main, un dialogue entre l’astrophysicien Trinh Xuan Thuan et moi-même, nous avons consacré un chapitre à la relation entre la beauté et la vérité. Une théorie ou une équation mathématique est « belle », me disait Thuan « quand elle a un caractère inévitable, nécessaire, et qu’une fois élaborée, elle s’impose comme une évidence. Face à une belle théorie, un physicien se dira : “ Elle est tellement belle qu’elle doit être vraie. Pourquoi ne l’ai-je pas vue auparavant ? ” Ainsi, la théorie de la relativité d’Einstein, de l’avis général des physiciens, la théorie la plus belle et l’édifice intellectuel le plus harmonieux que l’esprit scientifique ait jamais conçu, est belle comme une fugue de Bach à laquelle on ne peut changer une note sans que toute l’harmonie ne s’écroule, ou parfaite comme le sourire de la Joconde auquel on ne peut changer le moindre trait sans en détruire l’équilibre. »

La beauté d’une théorie scientifique tient aussi à sa simplicité. Enfin, la plus indispensable d’une belle théorie, c’est sa vérité, son critère ultime de validité étant sa conformité avec la Nature et le fait qu’elle révèle des connexions jusque-là insoupçonnées.

On peut également considérer la beauté comme l’harmonie des parties avec le tout. Dans l’art bouddhiste, il existe une iconographie précise définissant les proportions idéales d’une représentation du Bouddha. On utilise une grille sur laquelle se placent très exactement la courbe des yeux, l’ovale du visage et les différentes parties du corps. Ces traits correspondent à une harmonie parfaite et sont les reflets extérieurs de l’harmonie intérieure de l’Éveil. 

De l’accessoire à l’essentiel, la beauté varie donc en fonction de la manière dont chacun conçoit le plaisir esthétique. On pourrait dire aussi que l’amour et l’altruisme sont beaux, tandis que la haine ou la jalousie sont laides. Regardez comment les premiers peuvent embellir un visage, et les deux autres le défigurer. La vraie beauté reflète ainsi une adéquation avec la nature profonde de l’être humain. Plus nous sommes en accord avec notre nature fondamentale, plus nous découvrons la beauté intérieure qui est en chacun de nous. La beauté ultime est l’accord parfait avec la nature de Bouddha, la connaissance suprême, l’Éveil.

Matthieu Ricard

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mercredi 19 novembre 2025

Moment sans jugement

 Le moment présent est si fugace !

Aucune mathématique ne peut le mesurer.

Et pourtant, c'est en lui que réside l'univers tout entier.


Tous les phénomènes ne sont que le reflet des mêmes agrégats dans l’esprit.
Il n’existe ni bon ni mauvais phénomène.
La mauvaise herbe ne l’est que pour nous ; pour le scarabée, elle est un paradis.
Juger les phénomènes est l’une des sources des trois poisons.

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Mazen Fu Sho, moine bouddhiste Zen
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samedi 25 octobre 2025

Transmission


"Qu'aimerions-nous transmettre à nos enfants ? Une belle image de nous-même, de sorte qu'ils nous voient plus beaux que nous ne sommes en réalité ? À quoi bon ? Des biens matériels ? C'est leur mettre entre les mains un monceau de problèmes. Notre présence ? Que nous le voulions ou pas, ils seront séparés de nous quand nous mourrons.
Ce qu'en revanche nous pouvons leur léguer, c'est une source d'inspiration, une vision des choses qui ait un sens et qui puisse leur donner confiance à chaque instant de leur vie. Pour cela nous devons bien sûr acquérir nous-mêmes une certaine assurance, une certitude intérieure. Or, ce sentiment ne peut à l'évidence venir que de notre esprit ; il est donc grand temps de nous occuper de celui-ci."

Jigme Khyentse Rinpoche (b. 1964)
Transmis par Matthieu Ricard
📷 : Petite fille de la région de Denkhok, Tibet oriental, avec son oncle, un ermite qui a passé douze ans en retraite. 2003

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vendredi 24 octobre 2025

« Salut, toi, je te connais. »

Y a-t-il eu, par la suite, des moments moins évidents ?

Pendant vingt-cinq ans, j’ai été royalement tranquille, vivant avec cinquante euros par mois. Mais, en 1997, on me contacte pour me proposer un livre de dialogue avec mon père. J’accepte, mon père vient me voir, on a des échanges très sympas - vraiment, sur le moment, c’est un projet très agréable à mener. Quelques mois plus tard, Le Moine et le Philosophe* sort en librairie. Tout de suite, les ventes explosent. Je me retrouve à répondre, avec mon père, à toutes les interviews possibles et imaginables, à être convié aux quatre coins du globe ; et, dans la rue, on commence à me reconnaître - comme si, inconnu la veille, j’étais devenu, du jour au lendemain, un type formidable [rires]. Il y avait quelque chose de très étrange, pour moi, à vivre cette frénésie, quand mon travail dans l’humanitaire me faisait côtoyer la pauvreté extrême, des familles terriblement démunies, plongées dans des situations très douloureuses... Je me demandais, au fond, si cette notoriété subite était une opportunité ou, au contraire, le début des ennuis.

Aujourd'hui, vous en diriez quoi ?

Mon père a écrit « Le supplice de la notoriété * ». Je n’irai pas jusque-là [rires], mais j’ai vraiment pensé que ce premier livre serait le dernier. Sauf qu’on a continué à m’inviter, pour des conférences, des rencontres, des interviews, et qu’on m’a vite proposé d’écrire à nouveau. Je suis allé voir le fils de mon premier maître, qui écrivait aussi, pour lui demander son avis. Il m’a dit : « Ne refuse rien. » Et j’ai plongé dans le maelström pendant vingt-cinq ans. J’ai enchaîné vingt livres sans en avoir réellement l’intention. Je l’ai fait, parce que c’était un moyen de faire circuler des idées qui m’étaient chères. Et d’aider, de manière très concrète, celles et ceux dont je me préoccupais : mes droits d’auteur ont toujours été reversés à mon association. Et ça, ça veut quand même dire que, chaque année, cinq cent mille personnes au Tibet, en Inde ou au Népal, grâce à Karuna, grâce aux bénéfices générés par mes livres, vont avoir accès à l’éducation, à la santé, à un jardin potager, etc. Donc oui, j’aurais pu rester dans une grotte et je ne l’ai pas fait. Mais je ne le regrette pas : j’ai vaguement le sentiment d’avoir été utile.

Comment envisagez-vous la suite ?

La fenêtre se rétrécit. Je peux mourir demain. Si j’ai quelques mois, quelques années de plus à vivre, j’en serai très heureux. Pour les bouddhistes, la vie humaine est très précieuse. A condition d’utiliser chaque moment pour progresser vers la connaissance et la mettre au service des autres. Donc si j’ai des trous dans mes chaussettes, je ne vais pas perdre mon temps à les repriser. Je n’ai plus ce temps-là. C’est le moment ou jamais de vivre dans mon ermitage, de me plonger à fond dans la vie spirituelle et de voir les amis qui me sont chers.

Quel rapport avez-vous à votre propre mort ?

Le bouddhisme met la mort et l’impermanence au cœur de ses réflexions. On va mourir, on le sait -c’est juste qu’on ne sait pas quand. Ça n’est pas morbide, c’est un fait. Se familiariser avec cette idée-là permet de donner toute sa valeur à chaque instant qui passe. Il n’y a aucune tristesse là-dedans, au contraire : quelle joie, j’ai encore une journée ou cinq ans à vivre ! Au début, quand on pense à la mort, on se débat comme un cerf pris au piège, parce que la pers­pective nous est insupportable. Progressivement, on peut devenir comme ce paysan qui a bien cultivé, bien labouré, bien planté son champ : s’il grêle, il n’aura pas de regret, il a fait ce qu’il a pu. Dans une pratique encore plus avancée, on peut accueillir la mort comme une amie : « Salut, toi, je te connais. » On l’aborde alors dans une grande sérénité. Quand on en est là, c’est qu’on a atteint une telle liberté intérieure, un tel déta­chement vis-à-vis des choses matérielles, qu'on peut lui faire face sans se préoccuper de ce qu’on laisse der­rière. Moi, j’aimerais être lucide, au moment où elle arrivera. Qu’elle me cueille en pleine méditation. Je voudrais mourir conscient. • 1 2

[1]             Le Moine et le Philosophe de Jean-François Revel et Matthieu Ricard (Pocket. 1999).

2             « Le Supplice de la notoriété. I et II ». articles publiés en 1998 dans les n° 83 et 84 de la revue Commentaire.

Extrait de l'interview de Matthieu Ricard à Psychologies Magazine (août 2025)

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mercredi 1 octobre 2025

Esprit perturbé

Ogyen Tendzin Jigme Lhundrup,
l’incarnation du grand maître tibétain Dilgo Khyentsé Rinpoché

"‍Mieux vaut donc nous raviser et faire preuve de bon sens. Or, si nous laissons notre esprit nous maltraiter au point que nous vivons dans la souffrance et faisons également souffrir les autres autour de nous, c'est le signe que nous manquons précisément de bon sens. On peut considérer comme ‟ négatives ” les pensées et les paroles qui proviennent de notre esprit perturbé. Si, au lieu de nous lamenter sur notre sort, nous cultivons l'altruisme et la compassion et que ces états d'esprit ‟ positifs ” améliorent notre bien-être et celui d'autrui, nous faisons preuve de bon sens."


 Dilgo Khyentsé Rinpoché

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mardi 5 août 2025

Nature véritable !

 "Lorsque les vagues des pensées

N'affectent pas plus la sérénité de l'esprit

Que les nuages n'altèrent le ciel,

Advient alors la libération des pensées

dans leur nature véritable."

- Mipham Rinpotché, Un demi-siècle dans l'Himalaya. 


Un moine tibétain contemple la vallée du Khumbu depuis un rocher surplombant le monastère de Thangboche.

Obtenir du beurre à partir du lait n'est possible que parce que le lait contient déjà de la crème, mais personne n'a jamais fait du beurre en barattant de l'eau. L'orpailleur cherche l'or parmi les minéraux et non parmi des copeaux de bois. De même, s'efforcer d'atteindre le pur et parfait Éveil n'a de sens que parce que la nature éveillée est déjà présente en chaque être. Sans cette nature, tout effort serait futile.


JAMGÖN KONGTRUL LODRÖ THAYE (1813-1899)


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mercredi 21 mai 2025

Précipitations


 "Ce que vous appelez bonheur, nous l'appelons souffrance". Une manière de souligner sans ménagement que nous cherchons le bonheur là où il ne se trouve pas - dans l'incandescence des plaisirs sans cesse renouvelés, dans le gain, la louange, la renommée, la beauté physique, le pouvoir, etc. -, tout en nous précipitant allègrement vers les causes mêmes de la souffrance.

Jigmé Khyentsé Rinpoché, Carnets d'un moine errant, Editions Allary, 2021

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dimanche 9 février 2025

« un bouddhiste qui a rencontré le Christ »

 Bernard Durel : « Si je n’avais pas rencontré le bouddhisme, je serais devenu un religieux éteint »


Sans sa rencontre imprévue avec le bouddhisme zen, le dominicain Bernard Durel aurait continué à vivre éloigné de sa source intérieure. Récit d’un itinéraire humain et spirituel à la croisée de plusieurs traditions.

À la fin de sa vie, père Vincent Shigeto Oshida, dominicain japonais, se présentait comme « un bouddhiste qui a rencontré le Christ ». 

En écho à ces propos, je me définis volontiers comme un chrétien qui a rencontré Bouddha. Une bénédiction inattendue ! En effet, si je n’avais pas croisé le chemin du bouddhisme, sans doute serais-je devenu un homme, un croyant et un religieux éteint, endormi. Depuis plus de 50 ans, la tradition bouddhiste ne cesse d’éveiller, de réveiller ma propre tradition chrétienne et cette « fertilisation croisée » est une immense richesse.

Une vocation négative

C’est faute de mieux, j’ose le dire, que je suis entré au noviciat des Dominicains à l’été 1962, avant d’être rattrapé par le service militaire. Je parle souvent d’une « vocation négative » dans la mesure où j’ai considéré la vie religieuse comme une hypothèse de travail : « Essayons, et si cela ne va pas, je partirai. » À l’École des mines de Paris, dont je venais tout juste d’être diplômé, j’avais envisagé deux autres voies : la recherche scientifique et la vie politique. Mais face à la misère des pays dits du tiers-monde, face à l’oppression et à l’injustice coloniale – nous étions en pleine guerre d’Algérie – je m’étais rendu compte que ces deux voies n’étaient pas à la hauteur des enjeux.

J’aurais pu frapper à la porte des Jésuites, mais j’ai choisi celle des Dominicains dont j’avais rencontré quelques belles figures dans le cadre de l’aumônerie étudiante. Cet ordre solide, riche de huit siècles d’histoire, offrait quatre réalités qui m’attiraient : une vie intellectuelle intense, une vie en communauté, une vie liturgique de type monastique et une dimension internationale. Lorsque j’ai rejoint la communauté du Saulchoir en mars 1965 pour entamer mon cursus de formation, je savais que, trois ans plus tard, je serai invité à m’engager « jusqu’à la mort » selon la formule de profession. Or, ma découverte, grâce à Paul Ricœur, de la psychanalyse et des maîtres du soupçon (Marx, Nietzsche, Freud), a peu à peu fait naître en moi des doutes quant à ma capacité et à mon désir de prononcer un tel engagement.

Avec la philosophie, ce grand cadeau de ma vie dominicaine, je ne pouvais plus souscrire aveuglément à cette idée très ancrée à l’époque selon laquelle « si on a signé, c’est pour la vie, quitte à en baver ». Je suis alors parti en quête d’une autre conception de la fidélité sur laquelle m’appuyer. La lumière est venue pendant le carême 1967, lors d’un office où on lisait le récit des Israélites dans le désert. Il m’est apparu que la fidélité biblique était liée au thème de l’Alliance, qu’elle s’inscrivait dans la relation à Dieu qui, lui, est fidèle : il s’agit non pas de « tenir bon » coûte que coûte, mais de (re) découvrir jour après jour la manne, ces ressources que Dieu nous donne généreusement pour le jour présent.


Voies venues de l’Orient

Au printemps 1968, j’ai pu ainsi m’engager non pas « pour toujours », mais en acceptant que ce soit fragile. Et fragile, ça l’a été ! Jusqu’au milieu des années 1980, j’ai vécu avec une valise près de ma porte, prêt à quitter l’Ordre comme tant de mes frères. Au Saulchoir, puis à Lyon, deux communautés particulièrement ébranlées par la crise de mai 1968, j’ai eu l’impression d’être sur un navire en perdition. Je me suis donc proposé pour être envoyé en Suède, dans l’espoir d’y trouver une nouvelle inspiration. Mais, à Stockholm aussi, je me suis retrouvé dans une impasse. L’Église y était fortement sécularisée, comme fossilisée. En revanche, de nombreux Suédois en quête de sens s’ouvraient aux voies venues de l’Orient, bien avant les Français. C’est ainsi qu’à l’automne 1971, de manière tout à fait imprévue, la méditation zen est entrée dans ma vie.

La première fois où je me suis assis sur un zafu, le coussin de méditation, j’ai senti que c’était ce que j’attendais sans le savoir ni le chercher. En commençant à lâcher prise, j’ai entrevu en moi un espace plus profond, plus paisible, bien au-delà des problèmes, des crises et des débats quotidiens. C’est devenu une pratique quotidienne à laquelle j’ai très vite initié des tiers – je suis devenu professeur alors que j’étais encore élève ! Je me suis installé sur ce chemin en me nourrissant également de lectures, notamment des livres du psychologue allemand Karlfried Graf Dürckheim. Le « travail dans l’esprit du zen » que celui-ci proposait me faisait du bien, mais j’ai peu à peu pris conscience que j’étais coupé de mon « moi essentiel », pour reprendre sa terminologie.

Je me sentais seul dans ma communauté, où aucun frère ne partageait mon intérêt pour le bouddhisme zen et l’écosophie – concept du philosophe norvégien Arne Næss dont j’avais suivi un séminaire. Je ne supportais plus ce quotidien terne, sans enthousiasme, d’autant que lors de mon court séjour à Calcutta, auprès des Missionnaires de la Charité et de Mère Teresa, j’avais fait l’expérience d’une vie religieuse authentique. Bref, j’étais mal au point. Aussi ai-je demandé, de façon un peu désespérée, un congé sabbatique en 1981. Je l’ai commencé au couvent dominicain de la Tourette où Pierre Cren, prêtre dominicain, et Jacques Castermane, fondateur du centre Dürckheim à Mirmande, animaient des séances de méditation zen. Puis en 1982, j’ai passé six semaines à Todtmoos-Rütte, en Forêt-Noire, dans le centre de Dürckheim.

« Le Verbe ne se fait pas chair »


Ce séjour auprès de Dürckheim, qui avait alors 87 ans, m’a guéri de la dépression et du burn-out. Grâce à lui, j’ai eu cette chance, que tant de mes frères n’ont pas eue, de pouvoir mener un vrai travail sur moi-même, d’acquérir des outils de connaissance de soi, de sa vie psychique, qui me servent aujourd’hui encore. En revisitant ma vie, j’ai pu m’accepter, reprendre confiance en moi. Et aussi résumer mon expérience en une phrase, terrible : « Le Verbe ne se fait pas chair. » La lecture de Carl Gustav Jung m’a aidé à poser ce constat, lui qui écrivait dans Psychologie et alchimie : « Pour la plupart, les hommes n’ont rencontré le Christ que de l’extérieur et jamais par l’intérieure de leur âme… » G.K. Chesterton ne disait pas autre chose : « On dit que le christianisme a échoué, personne ne l’a jamais essayé. »

Dès lors, je me suis mis à chercher ces hommes et femmes qui, dans l’histoire, ont été d’authentiques témoins de la Parole faite chair. Et j’ai notamment trouvé Etty Hillesum, Dietrich Bonhoeffer, Thomas Merton, Édith Stein… Et Maître Eckhart, ce mystique rhénan contre lequel on m’avait mis en garde durant ma formation au Saulchoir. Sans le bouddhisme zen, je ne l’aurais pas « rencontré », lui dont l’enseignement est très proche de celui du Bouddha. J’ai décidé de l’étudier sérieusement quand j’ai été élu prieur du couvent de Strasbourg en 1983, soit près de huit siècles après lui.

À la suite de Thomas Merton, j’ai été frappé par la proximité entre le concept bouddhique de vacuité et celui de « pur néant » de Maître Eckhart. Entre le vide du zen et le vide christique, le Christ s’étant « vidé de lui-même » (Philippiens 2, 6). Cette approche croisée m’a conduit vers un christianisme détaché des formulations. Même les expressions suprêmes de la foi chrétienne contenues dans le Credo ne sont que des mots du dictionnaire ! Je les récite avec bonheur, évidemment, mais tout en sachant qu’elles ne sont pas à la hauteur du mystère de Dieu, du Réel. Maître Eckhart distingue « Dieu », celui que l’on nomme, de la « déité », c’est-à-dire Dieu au-delà de Dieu, au-delà de toutes les désignations. Et dans son sermon n°52, il répète trois fois : « Je prie Dieu de me libérer de Dieu », de me libérer des représentations commodes que j’en ai.

Les fruits de la méditation

Jeune dominicain, en voyant mes frères un peu éteints, je me disais : « Toi aussi tu vas perdre la flamme. » Ma vie est partie dans la direction contraire ! J’ai reçu tant de fruits de la méditation dans l’esprit du zen que j’avais commencé à pratiquer pour des raisons thérapeutiques. Outre l’expérience de la guérison, je vois trois bénéfices durables : une prise de conscience de la place du corps dans la vie intérieure ; le caractère paradoxal de l’enseignement de Jésus qui, à la manière des maîtres zen adeptes des koan (propos déstabilisant destinés à faire progresser le disciple sur la voie de l’éveil), veut déstabiliser ses disciples pour les amener plus loin ; la découverte des mystiques médiévaux.

Le théologien Raimon Panikkar, qui se disait « hindou chrétien », a eu cette parole que d’aucuns jugeront excessive, mais qui interpelle : « Celui qui n’a qu’une religion est condamné à n’en avoir aucune. »

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Les étapes de sa vie

1940 Naît près de Fontainebleau (Seine-et-Marne).

1959 Entre à l’École des mines de Paris.

1964 Rejoint le noviciat des Dominicains à Lille.

1971 Ordonné prêtre.

1971 Envoyé en Suède où il rencontre le bouddhisme zen et acquiert une conscience écologique.

1983 Nommé prieur du couvent de Strasbourg.

1988 Monte un groupe de lecture des écrits de Maître Eckhart et Jean Tauler.

1990 Séjour au Japon dans le cadre du Dialogue interreligieux monastique (DIM).

1997 Crée S’asseoir, association de promotion de la méditation silencieuse dans l’esprit du zen.

2009 Publie le Nuage de l’inconnaissance (Albin Michel).

2024 Vers la source intérieure. Conversation avec Jean-Claude Noyé (DDB).

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Source La Vie

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vendredi 10 janvier 2025

La paix à offrir (1)

 La paix qu’on se donne à soi-même n’a de sens que si on l’offre en retour


Suivre les boussoles qui font du bien. Accorder sa vie à ce qu’on pense être juste. Stabiliser son esprit... Autant d’actes qui induisent en soi du calme et de la paix. C’est déjà beaucoup dans ce monde tourmenté, n’est-ce pas ? Mais est-ce pour autant suffisant pour parvenir à la plénitude ? Non. Car ce n’est qu’une partie du chemin : les maîtres nous enseignent que se donner la paix n’a de sens que si on offre cette paix en retour.

J’en ai eu l’ultime illustration à Dhagpo, un après-midi d’été.

Chogyé Trichen est un des maîtres contemporains les plus illustres du bouddhisme tibétain. Il est de passage en Dordogne pour une série d’enseignements. Sincèrement, j’ignore tout de ce très vieil homme, né au Tibet en 1920, mais il nous est proposé de lui rendre hommage en lui offrant une kata, une écharpe de soie blanche. Une foule s’amasse devant la «maison des lamas ». Afin de ne pas trop le fatiguer, nous sommes reçus deux par deux dans une petite pièce. Sans états d’âme, j’entre, accompagné d’une amie. Le vieux maître est assis dans un fauteuil, visiblement fatigué, entouré de deux assistants. Je m’incline devant lui.

Il y a soudain un « blanc » dans ma tête.


Plus de pensée pendant un bref instant. En une fraction de seconde, je me sens comme à la porte d’un avion, à 10 000 mètres d’altitude, face à un immense espace sans limites. Je suis totalement pris de court. Je perds tout repère. C’est extrêmement fugace mais d’une incroyable puissance. Alors que je me redresse, un cuisant mal-être m’envahit ! Je me sens soudain totalement nu face à lui, comme s’il voyait tout de moi. En même temps, je sens une colossale vague de bienveillance et d’amour déferler sur moi. Une acceptation inconditionnelle de la totalité de mon être, dans ce qu’il a de plus beau et de plus laid ! Cet homme n’a pourtant rien dit, ni rien fait. Il a juste souri puis détourné son regard. Puis, en un instant, tout s’est évanoui.

Que s’est-il passé ? Il est difficile de décrire une telle expérience. J’ai déjà lu des textes qui parlent de l’impact spirituel de la rencontre avec un maître accompli, mais la réalité à laquelle j’ai été confronté aujourd’hui est tout autre. Il est dit que le maître éveillé a, comme le Bouddha, développé sa pratique à un tel point de perfection qu’il n’existe plus en tant que personne. Il n’y a plus, en lui, de support pour un quelconque ego. Celui-ci s’est dissous dans l’espace de ce qu’on appelle «la Nature de l’Esprit», la nature même du Réel. L’esprit du maître devient alors aussi transparent que le verre, aussi vaste que le ciel. Par la force de sa réalisation, il devient aussi clair qu’un miroir sans tache. Un miroir dans lequel tout se reflète et qu’il tend sans relâche à ceux qui s’avancent vers lui :

«Regarde la nature de ton esprit. Ceci est “toi" au-delà de ce que tu crois être. Contemple le travail que tu as encore à accomplir sur toi. Mais, par-dessus tout, regarde l’insondable Paix où cela va te mener. »

Le maître éveillé est, en lui-même, par sa seule présence, un enseignement spirituel. Spontanément, sans effort, il offre au disciple un aperçu extrêmement bref mais extrêmement puissant de sa propre réalisation : il lui montre la réalité de son esprit quand celui-ci est affranchi des obscurcissements mentaux. C’est, je crois, ce «blanc» sans pensée que j’ai ressenti pendant ces quelques secondes à son contact, un instant si bref mais si intense. C’est au-delà de ce que le mental est capable de comprendre. Peu importe si les sceptiques ou les cartésiens ne voient dans la spiritualité qu’une simple construction mentale, un prix de consolation pathétiquement humain visant à mettre à distance la peur de la mort, cette expérience a planté en moi la certitude de la réalité du chemin spirituel et de sa finalité.

Je pensais néanmoins qu’elle resterait unique, uniquement accessible en présence d’un maître éveillé. J’avais tort... Car, depuis mon retour, je sais maintenant qu'«offrir sa paix» n’est pas l’apanage des êtres accomplis. Cela est à notre portée.

A suivre

 Dr Christophe Fauré - S'aimer enfin (un chemin initiatique pour retrouver l'essentiel)

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mardi 7 janvier 2025

La pratique du « dé-devenir »

 Récemment, lors d’une sortie en montagne, je me retrouve nez à nez avec cet arbre, et je ne peux m’empêcher de m’arrêter. C’est étonnant, je me promène depuis une heure dans une forêt automnale, au milieu d’arbres pleinement vivants, et c’est celui-ci qui stoppe ma progression !


Cette majestueuse forme rencontrée au détour d’un lacet du sentier m’interroge, semble me dire :

« Où en es-tu, toi, de ta capacité à lâcher prise ? »

Car si j’avais bien préparé un itinéraire, défini un horaire, étudié ce que j’allais voir dans mon parcours, cette rencontre et ce qu’elle engendre me prend au dépourvu, bouleverse mes plans, remet en cause le prévu, et du même coup m’ouvre à une autre manière d’être.

Très simplement cet arbre m’arrête et me dit :

« Où cours-tu comme ça, si prévisible, si sûr de toi ? Prends le temps de te poser, de regarder autour de toi, de sentir, d’entrer vraiment en contact avec ce qui est là ».

Le contact dont il est question est favorisé par l’attention au geste d’expirer : se poser, se détendre, se mettre à l’écoute, se retirer du besoin de faire, de contrôler, de gérer une situation, état d’esprit dans lequel je me trouvais alors.

Il va sans dire que, mes objectifs initiaux étant abandonnés, la suite de la randonnée fut transformée par un rythme plus naturel, un regard plus ouvert, un contact plus vrai avec cette nature dont je faisais dorénavant partie et qui, de simple support à ma pratique de sportif, devint un lieu infiniment plus vivant d’accueil, d’échanges et d’interactions.

De manière plus subtile, si la présence de cet arbre mort au cœur du vivant m’a autant touché à ce moment, c’est qu’une phrase prononcée lors d’une récente retraite s’est alors imposée à moi et a pris tout son sens : « Osez expirer, osez dédevenir ! »

L’attention au souffle est au premier plan lors d’une pratique intensive de za-zen, et ce geste renouvelé expiration/inspiration est un incessant passage du dédevenir au devenir.


L’assise en za-zen, parfaitement immobile, c’est ne plus vouloir autre chose que de se laisser entrainer par ce va-et-vient : mourir et renaître à chaque instant, se donner/s’ouvrir, tout prendre, tout vivre … et tout perdre l’instant d’après.

« Dans une respiration saine, l’accent est mis sur la durée de l’expiration, sur l’abandon, ainsi une inspiration juste en découle d’elle-même.» … « Se donner, s’abandonner, se retirer sur l’expiration, pour revenir à soi régénéré sur l’inspiration, telle est la formule fondamentale de la transformation de la Personne » nous dit Dürckheim.

Formule vitale qu’il appelle aussi dans ses écrits la grande loi du « Meurs et Deviens », ou encore « la roue de la transformation ».

Cette indication « Osez dédevenir ! » est donc précieuse dans nos existences actuelles, où tout nous pousse à garder, à nous accrocher à ce qui nous plaît, à figer ce qui est conforme à nos espérances, nos plans de vie. Cette manière de vivre favorise grandement l’inspiration, le gain, l’accumulation : mais qu’en fait-on, au fil des ans, de tous ces avoirs ?

« L’ego est comme une boule de neige qui roule dans l’espace et le temps et n’arrête pas de grossir » nous dit un maitre zen.

Pratiquer la voie du zen n’est pas une accumulation quantitative de progrès ou d’expériences agréables et bonnes pour MOI, afin que je sente que la vie réponde enfin à MES attentes.

Jacques nous interpelle souvent sur ce danger et cette volonté que l’on a de vouloir se transformer : « La transformation, c’est souvent un arrêt dans le devenir, arrêt souhaité et voulu par le Moi.»

Or, la roue de la transformation tourne sans relâche, liée, collée au va-et-vient du souffle.

Nos gestes, notre manière d’être découlent-ils de ce lien à l’Essence, en sont-ils régénérés, ou sont-ils figés dans le marbre de nos habitudes, de nos postures ou de nos croyances ?

Sommes-nous disponibles à sentir que « ÊTRE, notre vraie nature, est la vie dans son perpétuel mouvement de régénération et dans sa poussée de transformation créatrice ?»

C’est le dédevenir, l’attention à l’expiration qui peut nous désencombrer, nous défaire de l’accumulation, et permet ainsi le véritable geste de renouvellement qu’est l’inspiration.

Apprendre à dédevenir, c’est sentir qu’une pause est possible, qu’une non-action est possible, qu’une union de tout soi-même avec sa profondeur est possible. Loin de mener à un « rien » passif et sans intérêt, cette attitude nous ouvre à une perpétuelle transformation appelée, demandée, voulue par la vie elle-même.

En ce temps de passage d’une année à l’autre, peut-être serait-il bon de sentir que le véritable changement ne se pratique pas à coup de bonnes résolutions qui nous enferment dans des postures et des attentes, mais dans la redécouverte de ce geste tout simple sans cesse renouvelé : expirer, dédevenir, afin de se défaire du trop …

Joël PAUL

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jeudi 21 novembre 2024

Peut-on saisir l'instant

 Mes chers amis,


Lama Sangpo qui a pris la succession de lama Teunsang au centre bouddhiste de Montchardon était ce Week end en visite au centre bouddhiste tibétain de Genève dont Jean Marc Falcombello est l'enseignant .

Il nous a donné une instruction très simple pour nous aider à méditer : 

"Si je porte mon attention à la pensée, dans l'instantanéité, juste au moment où elle se produit, cela disparaît, cela cesse."

Cette invitation, extrêmement simple est très profonde, car elle nous fait réaliser, si on la pratique vraiment, qu'aucune pensée n'est saisissable, que nos pensées sont semblables à courant dans lequel il n'y a jamais la même eau.

Chaque pensée ne peut être vue que dans l'instant et elle est sans durée. On ne peut donc en faire l'expérience que dans l'instant.

L'instant est le seul moment auquel nous avons accès. Nous n'avons plus accès à avant et nous n'avons pas encore accès à après. Nous ne connaissons que la pensée de maintenant. Et ce que nous percevons dans l'instant, si nous nous en approchons, cela disparaît, comme un mirage dans le désert.

Ce monde de pensée ne serait donc qu'une succession d'instants insaisissables. Quelle est donc la substance des pensées ?

Ne peut-on pas dire qu'elles sont insubstantielles, sans substance individualisable ? Qu'elles sont en essence vides, sans nier leur apparence ? Peut-on en dehors de la méditation rester conscient de cela ?

Nous ne choisissons pas nos pensées, mais les pensées que nous suivons vont être à la base de nos actes. Etre conscient de ses pensées dans l'instant est la base d'une vie avec des actes conscients, des actes dont nous allons progressivement découvrir les conséquences.

Allons-nous favoriser les actes qui font du bien à nous et aux autres, plutôt que ceux qui entraînent de la souffrance ? Lequel de ces deux types d'actes nous permet-il de nous détendre dans le bien-être ?

Dévoiler la nature de nos pensées est un chemin pour dévoiler notre véritable nature et la laisser s'exprimer par son expression naturelle qui est pleine d'amour et de compassion.

Avec ma profonde amitié pour vous tous.

Philippe Fabri

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lundi 28 octobre 2024

Gassho, se rassembler et redonner

"Dans les temples bouddhistes, nombreux sont les gestes du quotidien porteurs de sens profond, ancrés dans la vie des moines et pratiquants et qui nous paraissent si naturels que l’on ne demande pas ce qu’ils représentent. Joshin Bachoux nous explique toute la signification du geste « Gasshô », geste de salutation et de vénération que l’on effectue en conscience et qui se pratique au quotidien au sein des monastères et dans la vie laïque."


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