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samedi 27 décembre 2025

Retours d'enfance...


Toi que j'entends courir dans les escaliers de la maison
Et qui me caches ton visage et même le reste du corps,
Lorsque je me montre à la rampe,
N'es-tu pas mon enfance qui fréquente les lieux de ma préférence,
Toi qui t'éloignes difficilement de ton ancien locataire.
Je te devine à ta façon pour ainsi dire invisible
De rôder autour de moi lorsque nul ne nous regarde
Et de t'enfuir comme quelqu'un qu'on ne doit pas voir avec un autre.
Fort bien, je ne dirai pas que j'ai pu te reconnaître,
Mais garde aussi notre secret, rumeur cent fois familière
De petits pas anciens dans les escaliers d'à présent.
Jules Supervielle
La Fable du monde
Poésie/Gallimard

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samedi 26 juillet 2025

Goutte de pluie

 Le vague à larme pour laisser venir l'unité avec la profondeur des éléments...


Je cherche une goutte de pluie

Qui vient de tomber dans la mer.
Dans sa rapide verticale
Elle luisait plus que les autres
Car seule entre les autres gouttes
Elle eut la force de comprendre
Que, très douce dans l’eau salée,
Elle allait se perdre à jamais.
Alors je cherche dans la mer
Et sur les vagues, alertées,
Je cherche pour faire plaisir
À ce fragile souvenir
Dont je suis seul dépositaire.
Mais j’ai beau faire, il est des choses
Où Dieu même ne peut plus rien
Malgré sa bonne volonté
Et l’assistance sans paroles
Du ciel, des vagues et de l’air.

Jules Supervielle

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mercredi 2 avril 2025

Les marches présentes du passé...

Jules Supervielle, poète à mes yeux incontournable... La Fable du monde étant l'un de ses recueils majeurs...
A titre informatif, je précise que j'ai publié en 2008, aux éditions Bertrand-Lacoste, un petit livre dédié à ce recueil, destiné aux lycéens notamment, dans la collection Parcours de lecture (série Œuvres intégrales).
Sabine Dewulf

Toi que j'entends courir dans les escaliers de la maison
Et qui me caches ton visage et même le reste du corps,
Lorsque je me montre à la rampe,
N'es-tu pas mon enfance qui fréquente les lieux de ma préférence,
Toi qui t'éloignes difficilement de ton ancien locataire.
Je te devine à ta façon pour ainsi dire invisible
De rôder autour de moi lorsque nul ne nous regarde
Et de t'enfuir comme quelqu'un qu'on ne doit pas voir avec un autre.
Fort bien, je ne dirai pas que j'ai pu te reconnaître,
Mais garde aussi notre secret, rumeur cent fois familière
De petits pas anciens dans les escaliers d'à présent.

Jules Supervielle
La Fable du monde
Poésie/Gallimard

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vendredi 13 décembre 2024

Pointe de flamme

 JULES SUPERVIELLE – Poète et écrivain français -1884 - 1960


POINTE DE FLAMME
Tout le long de sa vie
Il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
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(Extrait de Le miroir des morts in Gravitations, Gallimard, 1966)
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chandelle, tableau de Andrew Hemingway (peintre américain né en 1955)

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samedi 27 novembre 2021

Notre ère

 

Éternel Supervielle... Quel poète français (à part Victor Hugo) est plus grand que lui ? Que n'a-t-il exprimé, exploré ? Henri Michaux lui-même lui doit sa curiosité des espaces intérieurs. 

Notre ère
source non connue : FB

Le monde est devenu fragile
Comme une coupe de cristal,
Les montagnes comme les villes
L'océan même est mis à mal.
Un roc est aussi vulnérable
Qu'une rose sur son rosier
Et le sable tant de fois sable
Doute et redoute sous nos pieds.
Tout peut disparaître si vite
Qu'on le regarde sans le voir
La terre même est insolite
Que ne fait plus tourner l'espoir.
Hommes et femmes de tout âge
Regagnons vite nos nuages
Puisqu'il n'est pas d'asile sûr
Dans le solide et dans le dur.

poème extrait de L'Escalier, 1956, l'un de ses tout derniers recueils.

Artiste Rafał Olbiński

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vendredi 9 juillet 2021

Hommage à la Vie

Hommage à la vie !!! par Martine Caplanne, une belle artiste que j'ai eu l'honneur, avec Sabine Dewulf, de rencontrer avec notre association "Les amis de Jules Supervielle".
(Une pensée pour Sabine, spécialiste de Jules Supervielle, dont c'est l'anniversaire.)

Hommage à la Vie


C'est beau d'avoir élu

Domicile vivant

Et de loger le temps

Dans un cœur continu,

Et d'avoir vu ses mains

Se poser sur le monde

Comme sur une pomme

Dans un petit jardin,

D'avoir aimé la terre,

La lune et le soleil,

Comme des familiers

Qui n'ont pas leurs pareils,

Et d'avoir confié

Le monde à sa mémoire

Comme un clair cavalier

A sa monture noire,

D'avoir donné visage

A ces mots : femme, enfants,

Et servi de rivage

A d'errants continents,

Et d'avoir atteint l'âme

A petit coups de rame

Pour ne l'effaroucher

D'une brusque approchée.

C'est beau d'avoir connu

L'ombre sous le feuillage

Et d'avoir senti l'âge

Ramper sur le corps nu,

Accompagné la peine

Du sang noir dans nos veines

Et doré son silence

De l'étoile Patience,

Et d'avoir tous ces mots

Qui bougent dans la tête,

De choisir les moins beaux

Pour leur faire un peu fête,

D'avoir senti la vie

Hâtive et mal aimée,

De l'avoir enfermée

Dans cette poésie.


Jules Supervielle

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dimanche 9 juin 2019

Pointe de Flamme

Saint Jérôme lisant, tableau de Georges de La Tour

Tout le long de sa vie
Il avait aimé à lire
Avec une bougie
Et souvent il passait
La main dessus la flamme
Pour se persuader
Qu'il vivait,
Qu'il vivait.
Depuis le jour de sa mort
Il tient à côté de lui
Une bougie allumée
Mais garde les mains cachées.
-
Jules Supervielle
(Extrait de Le miroir des morts in Gravitations, Gallimard, 1966)





mercredi 6 février 2019

Tendre ami !

 
Illustration: Karen L’Hémeury

Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur
Qu’il n’en faut pour noyer un homme au fond d’un puits.
Encore un peu de noir, d’étoiles, de fraîcheur,
Versez, mains, et vous, cils, votre restant de nuit.
Il est place pour vous
Dans ces rumeurs obscures
Encerclant à la fois
Le vivre et le mourir.
Il est place pour vous,
Approchez, tendre ami, aux lèvres étonnées,
Gardiennes du plaisir
Qui tourne loin de nous.
(Jules Supervielle)

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dimanche 12 août 2018

Oublieuse mémoire...


Je n’ose plus ouvrir mes secrètes armoires
Que vient bouleverser ma confuse mémoire.
Je lui donne une branche, elle en fait un oiseau,
Je lui donne un visage, elle en fait un museau,
Et si c’est un museau, elle en fait une abeille.
Je te voulais sur terre, en l’air tu m’émerveilles.
(Jules Supervielle)

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vendredi 9 mars 2018

L'accueil de la mer...



Pour les personnes qui apprécient la poésie, Sabine a créé une page sur Facebook nommée Le miroir d'or afin de la mettre en valeur.

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vendredi 10 mars 2017

Toucher du bois...


Francis Picabia 
Femme aux arbres

Il y avait autrefois de l'affection, de tendres sentiments,
C'est devenu du bois.
Il y avait une grande politesse de paroles,
C'est du bois maintenant, des ramilles, du feuillage.
Il y avait de jolis habits autour d'un cœur d'amoureuse
Ou d'amoureux, oui, quel était le sexe?
C'est devenu du bois sans intentions apparentes
Et si l'on coupe une branche et qu'on regarde la fibre
Elle reste muette
Du moins pour les oreilles humaines,
Pas un seul mot n'en sort mais un silence sans nuances
Vient des fibrilles de toute sorte où passe une petite fourmi.
Comme il se contorsionne l'arbre, comme il va dans tous les sens,
Tout en restant immobile !
Et par là-dessus le vent essaie de le mettre en route ,
Il voudrait en faire une espèce d'oiseau bien plus grand que nature
Parmi les autres oiseaux
Mais lui ne fait pas attention,
Il faut savoir être un arbre durant les quatre saisons,
Et regarder, pour mieux se taire,
Écouter les paroles des hommes et ne jamais répondre,
Il faut savoir être tout entier dans une feuille
Et la voir qui s'envole.

Jules Supervielle


dimanche 11 mai 2014

Encore frissonnant de Jules Supervielle


Encore frissonnant
Sous la peau des ténèbres
Tous les matins je dois
Recomposer un homme
Avec tout ce mélange
De mes jours précédents
Et le peu qui nous reste
De mes jours à venir
Me voici tout entier
Je vais vers la fenêtre
Lumière de ce jour,
Je viens du fond des temps
Respecte avec douceur
Mes minutes obscures,
Epargne encore un peu
Ce que j'ai de nocturne,
D'étoilé en dedans
Et de prêt à mourir
Sous le soleil montant
Qui ne sait que grandir.

Jules Supervielle

(poème déjà publié sur ce blog en mai 2008)

vendredi 6 janvier 2012

Adaptation de L'enfant de la Haute Mer de Jules Supervielle

Jules Supervielle, poète de la connaissance de soi, est aussi celui de la compassion pour tous les êtres qui souffrent, comme cette petite fille définitivement solitaire, perdue dans un village voué à l'océan....

mercredi 6 juillet 2011

Découvrir son vrai visage avec le Jeu des Miroirs

Cette vidéo présente le nouveau jeu de Sabine Dewulf, consacré à la connaissance de soi, paru aux éditions du Souffle d'Or en mai 2011.


Le livre a été sélectionné par Psychologies Magazine dans son numéro de l'été 2011.


Le jeu permet de nombreux tirages (individuels et en groupe). Il comporte des exercices pratiques de visualisation et de retour à soi-même. La méthode originale de Douglas Harding (la Vision Sans Tête) a inspiré cet ouvrage.

mardi 14 juin 2011

L'âme de Jules Supervielle... qui brûle en silence

L ' â m e 




Puisqu'elle tient parfois dans le bruit de la mer
Ou passe librement par le trou d'une aiguille
Aussi bien qu'elle couvre une haute montagne
Avec son tissu clair,


Puisqu'elle chante ainsi que le garçon, la fille,
Et qu'elle brille au loin aussi bien que tout près,
Tantôt bougie ou bien étoile qui grésille
Toujours sans faire exprès,


Puisqu'elle va de vous à moi, sans être vue,
Et fait en l'air son nid comme sur une plante,
Cherchons-la, sans bouger, dans cette nuit tremblante
Puisque le moindre bruit, tant qu'il dure, la tue.


(Les amis inconnus)


Jules Supervielle 1884-1960

Pour voir le tirage de carte correspondant à ce poème dans le Jeu des Miroirs


lundi 2 mai 2011

Sortie le 9 mai... Le Jeu des Miroirs


Le jeu des miroirs
Découvrez votre vrai visage avec
Douglas Harding et Jules Supervielle
par Sabine Dewulf
 Illustrations de Josette Delecroix

Au-delà de nos caractéristiques physiques, prenons-nous suffisamment en compte les richesses qui constituent l’ensemble de notre être ? Quelle image avons-nous de nous-même, sinon celle d’un moi permanent et distinct du reste du monde ? Une image presque figée et reconnaissable dans un miroir, que nous enfermons trop facilement dans les frontières de notre corps…


Le Jeu des Miroirs vous propose une approche différente : la vraie découverte de votre visage infiniment plus riche et vivant que vous ne le pensez, grâce à des exercices inventés par Douglas Harding, un sage contemporain.


Ce coffret, comprenant un livre et 52 cartes, vous entraîne à déployer votre être vers un accomplissement universel. Il vous offre le moyen de vous connaître davantage et d’établir une relation moins crispée, plus juste, bienveillante et harmonieuse avec vous-même. Vous prendrez peu à peu conscience de votre je profond en explorant toutes vos possibilités d’être vous-même.


Chaque carte présente un symbole ou un bref poème, tous tirés de l’œuvre de Jules Supervielle. Ce symbole ne parle que de vous et de vos propres possibilités d’évolution : de l’être instinctif et égocentré du début (le Chasseur) à celui qui se rend réceptif à l’univers entier (la Mystique)…


À travers le Survivant, la Guérisseuse, la Méditante, l’Animal, la Paysanne, libérez-vous peu à peu de l’identification à des modèles et devenez ouvert et accueillant pour les autres et pour vous-même !


Sabine Dewulf, agrégée de lettres et docteur ès lettres, professeur de français au collège, a publié plusieurs livres sur la littérature du XXe siècle. En juin 2004, le Souffle d'Or publie son œuvre Les Jardins de Colette, sous la forme d'un coffret.

ou disponible au Souffle d'Or

vendredi 31 décembre 2010

Famille de ce monde... de Jules Supervielle

Poème pour une fin d'année... et le début d'une autre.

Et des milliers de bourgeons viennent voir ce qui se passe au monde
Car la curiosité de la Terre est infinie.
Et l'enfant naît et sa petite tête mal fermée encore
Se met à penser dans le plus grand secret parmi les grandes personnes tout occupées de lui.
Et il est tout nu sous la pression exigeante de la lumière du jour
Tournant de côté et d'autre ses yeux presque aveugles au sortir de la nuit maternelle,
Emplissant la chambre, comme il peut, de ce vagissement venu d'un autre monde.
Et bien que parachevé, il s'ouvre encore à la fragilité dans ses délicates fontanelles
Tout en fermant très fort ses petits poings comme un homme barbu qui se met en colère.
Et sa mère est une géante bien intentionnée qui se dresse dans l'ombre et l'assume dans ses bras,
Encore stupéfaite d'entendre cette chair séparée qui a maintenant une voix,
Comme un pêcher qui entendrait crier sa pêche,
Ou l'olivier, son olive.
Mais dans l'ombre un sein qui blanchit dessine son cercle auroral
Et des lèvres toutes neuves, à peine finies, et qui ont grande hâte de servir
Tâtonnent à sa rencontre
Jusqu'à ce qu'on entende un petit bruit de la gorge compréhensive
Quand le lait se met à passer de la mère à l'enfant.
Et  la vie va son chemin qu'elle sait ininterrompu
Sous le tic-tac de la pendule
Car le Temps imbibe jour et nuit de son humidité invisible tout ce que nous faisons sur terre.
Mais il ne faudrait pas oublier que le père est dans la pièce
Et sentant à l'instant même sa parfaite inutilité
Il trouve que c'est le moment de regarder par la fenêtre
 Cependant que la grandeur du monde poursuit sa route béante dans une profonde anesthésie,
Et la Terre tourne sans effort comme en pensant à autre chose,
Et la Grande Ourse et Bételgeuse
Montrent leur face inhumaine à la portière du train terrestre
Qui n'a pas l'air de bouger bien qu'il avance toujours,
Et l'univers bien huilé fait moins de bruit
Que les pieds nus de l'enfant qui frottent l'un contre l'autre,
Car l'enfant est encore là, collé au globe maternel.
Montevideo, mars 1944.
1939-1945


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