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mardi 21 avril 2026

"Demain, c'est maintenant"

Hier, j'ai accompagné un ami poète. C'était la cérémonie d'enterrement de Pierre Dhainaut décédé le 14 avril à 90 ans. 

- Au revoir le souffle poétique que tu nous partageais par vague lumineuse à chaque rencontre... Et ta voix et ton écoute profondes.



(Vert pâle, la couleur...)

Vert pâle, la couleur, ou vert tendre, à quoi 

servirait-il de la définir quand tu la rencontres
la première fois cette année ? Couleur est vie
voulant plus que la vue : les bourgeons
resurgissent, ils s’allongent, ils pèsent,
ils ne pèsent pas, le vert pâle, le vert tendre, 
réjouis-toi d’être inapte à répondre
avant de parcourir le seuil sous la glycine,
renonce à demander où tu te rends.





Des pierres, que signifie pour des pierres
perdre haleine ? En si petit nombre 
nos tournures, cela n’est que cela,
un son qui sort d’un son, le réintègre, 
et ce que l’on prend pour des stèles 
compactes, la douleur aussi les perfore.
Venir, venir en aide, ravager le spectacle, 
prendre sur soi le mal, quelques mots, 
ânonnés, dégageront la route.

Pierre Dhainaut
Et pourtant, Éd. Arfuyen, 144 p., 15 €

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samedi 17 juin 2023

Temps qui trépasse...

Le temps s'accélère et se contracte. Le nombre de mails, de sms, de contacts... de disruptions font de nous des êtres branchés. Les pauses sont là pour rattraper le temps perdu. La durée du sommeil diminue.

Quand respirons-nous avec notre esprit et notre corps ? L'esclavage devient temporel... Réapprendre à goûter et ressentir le temps est urgent ! Réapprendre le lien avec soi et avec l'autre !


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vendredi 11 décembre 2020

Traitez-vous en véritable ami ou amie

Retour sur soi 

Imaginez que l’un ou l'une de vos proches doive procéder à des changements dans sa vie ou vivre votre épreuve. Comment le ou la soutiendriez-vous ? Quels conseils lui donneriez-vous? Quelles attentions lui accorderiez-vous? Quel professionnel lui conseilleriez-vous de consulter? Qu’est-ce qui vous alarmerait dans son comportement? Quels conseils donneriez-vous à ses proches ? Que ne feriez-vous jamais avec lui ou elle, ni ne lui diriez jamais?
Une fois toutes ces réponses récoltées, relisez-les très attentivement avant de les noter, puis considérez-les comme de salutaires piqûres de rappel pour vous.


Faites des pauses d’autocompassion


Pensez à une situation ou une relation difficile, qui, dans votre quotidien, est source de stress. En y pensant, essayez de sentir les endroits où le stress ou une tension se manifeste dans votre corps, puis dites-vous que : 

a. C’est un moment de souffrance.
Vous pouvez aussi vous dire : « Ça fait mal. aïe! », ou « C’est ça, le stress. » 

b. La souffrance fait partie de la vie.
Elle est commune à toute l’humanité. 

Vous pouvez aussi vous dire : « Les autres ressentent aussi cela, je ne suis pas seul, nous luttons tous dans nos vies. » 

Maintenant, posez vos mains sur votre cœur, ressentez leur chaleur et la douceur de leur poids sur votre poitrine, puis dites-vous : « Puissé-je faire preuve de bonté ou de gentillesse avec moi-même. »
Vous pouvez aussi vous dire : « Puissé-je me donner la compassion dont j’ai besoin, apprendre à m’accepter comme je suis, me pardonner, être fort, être patient. »
Cet exercice peut être effectué à tout moment du jour ou de la nuit, dès que vous ressentez monter en vous une certaine dureté pour vous-même, ou que vous vous négligez. 


Pratiquez le toucher soutenant 


Parce qu’il active le système nerveux parasympathique, le toucher apaise les tempêtes émotionnelles. Des études ont montré qu’il activait la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement, qui nous procure un sentiment de sécurité, calme nos émotions, ainsi que le système cardio-vasculaire. 
Quand vous sentez le stress monter : 
 • Prenez deux ou trois respirations profondes et lentes. 
 • Placez doucement votre main sur votre cœur (ou les deux mains sur votre poitrine, comme vous le sentez). 
 • Ressentez le rythme de votre respiration qui s’apaise, votre corps qui se détend... 
 Vous pouvez aussi : 
 • Poser vos mains sur votre visage ou sur votre abdomen. 
 • Vous serrer dans vos bras. 
 • Frottez doucement vos bras de bas en haut.

Source : Psychologies magazine

lundi 30 novembre 2020

On se prépare… En Avent !

 Voici un calendrier que j'aime bien. N'hésitez pas à partager et à le réaliser…


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dimanche 3 mars 2019

Hommage à nos voisins

« Et repassez demain, il y aura un cageot de salades ! »  Chargée de deux boîtes d'oeufs et de trois paniers de courgettes grosses comme des potirons, j'essaye de discuter : « Merci ! Mais vous nous en avez déjà donné plein... » Mais salades il y aura et poireaux et carottes, sans oublier des kilos, des monceaux de haricots verts, fins et tendres à déguster, ou plus rustiques pour les conserves, parce qu'il est comme ça notre voisin, nous mangeons tous les ans la moitié de son potager. Notre voisin a la générosité pour habitude et un coeur plus grand que tous les potagers de l'Ardèche.

Partie de zéro, j'ai fait des progrès dans la culture potagère : je suis née à Paris, près de la Bastille, et le géranium en pot était mon maximum de connaissance de la terre. Les autres n'en savaient guère plus, et je me souviens encore du jour où je suis arrivée chez eux avec un paquet de graines : comment est-ce que ça se plante exactement ? Rires devant nos bévues, nos maladresses, rires pleins de gentillesse, toujours, rires étonnés aussi lorsqu'ils ont pris conscience qu'eux savaient des choses que moi, qui ai fait tant d'études, je ne connaissais pas. « Vous apprenez, hein, il faut bien apprendre », nous encourageaient-ils. Nos voisins ont la générosité en partage et la patience de la terre.

Hiver comme été, nous nous retrouvons dans la cuisine, entre poêle à bois et buffet. Sur la toile cirée, il y a toujours une tasse de thé, « pfff, juste de l'eau chaude » et des petits gâteaux qu'on sort à notre arrivée. Ma voisine a une façon très habile de nous les faire accepter : si, par politesse, nous refusons, « merci, ne vous dérangez pas », elle regarde le paquet d'un air songeur, tête penchée, et conclut : « Oui, ils ne sont pas très bons ! » Que faire d'autre alors que de laisser libre cours à notre gourmandise et manger la moitié du paquet... Nos voisins ont la générosité chaleureuse et une cuisine pleine de soleil.

« Et le bois ? Pas encore rentré, ce bois ? » Nous nous confondons en (mauvaises) raisons et en promesses, oui aujourd'hui, enfin au plus tard demain, et les choux aussi, nous allons les ramasser, et les pommes de terre, et retourner la terre, et... et... Tout ce que nous essayons de repousser car trop d'e-mails, trop de courrier en retard... Notre voisin est un maître exigeant, mais il nous fait comprendre où sont les vraies urgences, à nous qui nous enfermons devant l'ordinateur : notre voisin a la générosité rugueuse et la sagesse d'un pin centenaire.

Et nous parlons : du potager, d'abord, des rats taupiers qui le grignotent, des chevreuils qui aiment les salades ; du temps : « Les sources vont se tarir », « la neige, c'est sûr, c'est pour demain », des chemins abîmés par la pluie, et de la forêt toute proche dont on revient toujours les mains pleines, de pommes de pin pour le feu, de champignons ou de myrtilles... Nous parlons de tout ce qui nous entoure, et je m'émerveille que l'amitié puisse ainsi se construire au fil des petits riens du quotidien, de ceux qui disent : « Nous vous accueillons là où nous vivons, voilà la vie que nous partageons avec vous, vous êtes bienvenues... » Nos voisins ont la générosité bienveillante et des paroles qui éclairent les jours.

Alors, puisque je ne doute pas que le journal La Vie arrive jusqu'au paradis pour y être lu assidûment, j'en profite pour vous dire, mon voisin, ce que je n'aurais pas osé de votre vivant : ma gratitude pour tout ce que vous nous avez appris, pour tout ce que vous nous avez donné. De tout cœur, merci.

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 source : La Vie

mercredi 6 février 2019

Tendre ami !

 
Illustration: Karen L’Hémeury

Je cherche autour de moi plus d’ombre et de douceur
Qu’il n’en faut pour noyer un homme au fond d’un puits.
Encore un peu de noir, d’étoiles, de fraîcheur,
Versez, mains, et vous, cils, votre restant de nuit.
Il est place pour vous
Dans ces rumeurs obscures
Encerclant à la fois
Le vivre et le mourir.
Il est place pour vous,
Approchez, tendre ami, aux lèvres étonnées,
Gardiennes du plaisir
Qui tourne loin de nous.
(Jules Supervielle)

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lundi 25 septembre 2017

A tous mes amis... de la forêt.


L'arbre est devant la maison, un géant dans la lumière d'automne. Vous êtes dans la maison, près de la fenêtre, vous lui tournez le dos. Vous ne vous retournez pas pour vérifier s'il est bien toujours là – on ne sait jamais avec ceux qu'on aime : vous négligez de les regarder un instant, et l'instant suivant ils ont disparu ou se sont assombris. Même les arbres ont leurs fugues, leurs humeurs infidèles. Mais celui-là, vous êtes sûr de lui, sûr de sa présence éclairante. Cet arbre est depuis peu de vos amis. Vous reconnaissez vos amis à ce qu'ils ne vous empêchent pas d'être seul, à ce qu'ils éclairent votre solitude sans l'interrompre.
Oui, c'est à ça que vous reconnaissez l'amitié d'un homme, d'une femme ou d'un arbre comme celui-ci, gigantesque et discret. Aussi discret que gigantesque.

Christian Bobin 
L'inespéré


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dimanche 26 mars 2017

Aux branches de l'amitié

Je vous partage un commentaire que j'ai reçu (merci à Lise)

"Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, je suis." Évangile selon saint Jean chapitre 8, verset 28

L'expression " élevé le Fils de l'homme" renvoie en moi à deux mouvements coordonnés. C'est à la fois prendre soin, nourrir, pour voir grandir le Fils en l'homme et porter plus haut que soi.

Cela commence chaque matin en un vécu ordinaire où Diès, le Jour, nous prend dans ses bras.

Dans les premières heures de chaque journée, flotte en moi des bribes de la veille reposée dans les bras de la nuit et je ne sais plus très bien où je suis .
C'est un trouble empli de brume et de marécages mentaux où mon corps semble plongé entre deux eaux sans autre issue qu'une sorte de flottaison, de dérive jusqu'à un morceau de terre ferme.
Impossible de savoir où se trouve et comment va se manifester ce havre salvateur où je vais reprendre pied, il me faut habiter le courant d'une vie qui semble se perdre pour que le refuge me trouve.

Alors je me raccroche aux branches de l'amitié.
C'est un geste instinctif qui saisit vivement ce qui flotte avec moi dans le lit du courant, ce qui va, ce qui vient et jamais ne se perd en chemin telle une douce brise qui me donne la main.
C'est une certitude de ne jamais être abandonné en étant tout abandon,
C'est l'évidence de ne jamais être perdu en étant au milieu de nulle part,
C'est l'assurance de ne jamais être défait en étant totalement désarmé.

Ce qui la donne est une flamme nourrie du bois aimant de la présence, 
Un feu intérieur où les braises ne sont jamais éteintes sous la cendre des jours,
L'âtre vivant de la Rencontre.

Je ne saurai dire si cela répond à l'injonction du Prophète car c'est une Parole qui me dépasse et que je ne saurais commenter.
Mais il y a cette Joie vive qui toujours répare les accrocs et laisse le ciel de ce Jour si calme et bleu qu'il en devient limpide , semant jusqu'à la nuit sous mes pas des graines de paix.

Lise

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mardi 20 septembre 2016

Entrer en méditation avec Pema Chödron


Lorsque nous méditons, nous explorons tout simplement l'humanité et la totalité de la création sous notre propre forme. Nous pouvons devenir le plus grand expert du monde sur plusieurs plans, le spécialiste en colère, en jalousie, en dénigrement de soi, aussi bien qu'en joie, en clarté et en intuition. Tout ce que les êtres humains ressentent, nous le ressentons. Du seul fait de nous connaître tel que nous sommes, nous pouvons devenir extrêmement avisé et sensible à l'humanité entière et à la totalité de l'univers. 

Nous sommes à nouveau en train de parler de la bienveillance, d'une manière légèrement différente. Le fondement de la bienveillance est ce sentiment de satisfaction envers ce que nous sommes et ce que nous avons. 

La voie a quelque chose qui tient de l'émerveillement ; c'est redevenir un enfant de deux ou trois ans, vouloir connaître toutes les choses inconnaissables, commencer à s'interroger sur tout. Nous savons que nous ne parviendrons jamais vraiment à trouver les réponses car ce genre de questions provient d'un appétit et d'une passion pour la vie ; ces interrogations n'ont rien à voir avec le fait de résoudre quoi que ce soit, ou de tout ficeler en un joli petit paquet. 
Cette sorte de questionnement est le voyage lui-même. Il porte fruit lorsque nous commençons à nous rendre compte de notre parenté avec l'humanité tout entière. Nous comprenons que nous sommes pour quelque chose dans tout ce que possède chaque personne et dans tout ce qu'elle est. 

Ce voyage, qui consiste à entrer en amitié avec nous-même, n'a rien d'un acte d'égoïste. Nous n'essayons pas de garder toutes les bonnes choses pour nous. 
Dans cette démarche, on cherche à cultiver la bienveillance et à vraiment comprendre autrui. 

Pema Chodron
Entrer en amitié avec soi-même

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vendredi 29 janvier 2016

Christophe André : « Pardonner est un acte de ­libération »



« Il y a tellement de situations où les personnes répugnent à demander pardon, parce que, tout en sachant qu’elles ont fait du mal à l’autre, elles ont le sentiment que l’autre est coresponsable, qu’il a provoqué, et fait lui aussi du mal. Demander pardon ne veut pas dire qu’on est le seul coupable, ni qu’on s’infériorise par rapport à l’autre, c’est juste la reconnaissance du mal qu’on a causé, le souhait que l’autre accepte le pardon que nous lui proposons. (…) 

Pardonner est un acte de libération, qui permet de s’affranchir du ressentiment, de l’envie que l’autre soit puni et souffre à son tour. (…) 
Le travail très spécifique sur le pardon insiste sur le fait que pardonner n’est pas dire : “Ce n’est rien, je te pardonne.” C’est dire : “J’ai souffert, mais je te pardonne.” C’est associer sa souffrance à un mouvement de pardon. Alors que gommer pourrait banaliser le comportement qui a posé problème. »




extrait de "Trois amis en quête de sagesse".


mardi 30 décembre 2014

Peintures avec Malel


Jardin ou promenade bleue


"En peignant ce jardin imaginaire, je pensais que nos vies n’étaient pas comme un jardin à la française, avec des allées rectilignes, des perspectives prévisibles… 
La fantaisie et les nouveautés ont du bon en elles. 
Là où il y a de l’amour, n’y a-t-il pas de l’imprévu ? 
Les surprises des gens que nous aimons nous touchent toujours beaucoup."



Louange du soir 



 Banale cette journée ? 
Non. Il y eut un geste pour réchauffer quelqu’un, un message envoyé pour dire de l’amitié, un livre qui m’a appris une chose nouvelle, un coup de téléphone improvisé, une bouteille jetée à la mer, une carte postale qui rejoindra quelqu’un qui ne s’y attend pas… Il y a de quoi remercier avec des couleurs.

(source : La Vie)





lundi 24 mars 2014

Les beaux contes font les beaux amis grâce à Jacqueline Kelen


De retour d'un week-end féerique en amicale compagnie avec Jacqueline Kelen, le temps des contes nous a suspendus aux mystères divins et à l'émerveillement sur l'héroïque chemin.
Merci à Jean-Philippe Stine pour son accueil et ses plats exquis. Voici le texte à l'entrée de son hôtel...



[L'amitié] "C'est, plutôt que vivre ensemble, aller de compagnie. C’est une affinité des âmes autant qu’une affection tendre. C’est un voyage au long cours, une montée vers le ciel. C’est s'approcher de l’autre sans vouloir le capturer ni se perdre en lui, s’affronter sans se détruire, faire alliance sans s’aliéner. C’est s’unir sans s’abolir."

Les Amitiés célestes de Jacqueline Kelen


lundi 20 janvier 2014

Rencontre entre Bernard Campan et Alexandre Jollien (1)

Entre eux, l’amitié s’est imposée comme une évidence, un apprentissage de la différence et du respect, dont ils nous délivrent quelques conclusions.

L’un passe pour un « comique », l’autre pour un « handicapé », mais quelle notoriété ne repose pas d’abord sur un malentendu ? Après s’être fait remarquer sur la scène du Petit Théâtre de Bouvard, Bernard Campan a connu un succès phénoménal avec les Inconnus (en compagnie de Didier Bourdon et de Pascal Légitimus), mais, depuis 1999, il s’attache à remplacer la comédie par un cinéma plus intimiste, émouvant, parfois douloureux, tantôt sous la direction de Bertrand Blier (Combien tu m’aimes ?), de Marc Esposito (Le Cœur des hommes) ou de Zabou Breitman (Se souvenir des belles choses et L’Homme de sa vie).

Suite à un accident de naissance (strangulation par le cordon ombilical), Alexandre Jollien est infirme moteur cérébral. Après avoir décrit, dans Le Métier d’homme (Seuil, 2002), le combat quotidien d’un corps difficile, la dureté du corps médical et le sentiment d’anormalité qui accompagne son handicap natal, celui qui veut « rester vulnérable pour ne pas anesthésier sa sensibilité » entreprend, dans La Construction de soi, son dernier ouvrage, de dessiner un art de la joie malgré le monde et ses difficultés. Il souhaite également s’affranchir de l’étiquette d’« anormal savant », au profit d’une conversation joyeuse et sans illusion avec les plus grands penseurs – Boèce, Schopenhauer, Spinoza, Montaigne, Épicure…


Bernard Campan : J’ai découvert Alexandre Jollien à l’occasion d’une émission de télévision. J’ai tout de suite eu envie d’écrire un scénario à propos de son histoire qui m’a renvoyé à mes propres handicaps, à ma propre difficulté de vivre ou d’être heureux. Mais l’idée du film a rapidement été mise de côté au profit d’une amitié pure, sans autre enjeu qu’elle-même.

Alexandre Jollien : L’objectif du scénario était, à la faveur du récit de ma vie, de témoigner d’un état d’esprit, essentiellement joyeux malgré la douleur des êtres et la situation du monde. Mais on a eu peur que les spectateurs ne réduisent le film au handicap qui m’affecte. Rares sont ceux qui ne s’arrêtent pas aux apparences… Cela dit, pour dépasser le handicap, il faut tout d’abord le voir, le reconnaître. Nul n’échappe aux apparences, mais tout le monde n’est pas obligé de s’y tenir. Elles sont une porte ouverte qu’on néglige souvent de franchir, faute d’audace ou de temps.

B. C. : Il faut dire qu’Alexandre lui-même est sans pitié ! Je me souviens du jour où je lui ai montré la première mouture d’un autre scénario que je venais d’écrire. Il m’a juste dit : « Bon, ce n’est pas mal mais un peu conventionnel… » J’étais effondré. Grâce à lui, je venais de comprendre que j’avais plus écrit pour épater la galerie que pour dire quelque chose. Tout était à refaire, j’ai donc recommencé, avec la bénédiction d’Alexandre. Il m’a promis de me « tenir la main » jusqu’à la fin de la rédaction, ce qu’il a fait. Je ne sais pas si le nouveau scénario est bon, mais je sais qu’il est désormais fidèle à ce que je voulais dire. En un sens, Alexandre m’a permis d’accoucher de moi-même.

A. J. : Dans mes ouvrages, je ne cherche pas à me faire plaindre, mais à poser la question de la dissemblance, à revenir sur la distinction entre le normal et le pathologique, à décrire le parcours qui transforme éventuellement le malheur en bénédiction. À aucun moment, je n’ai cherché à inspirer l’espèce de sollicitude – ou de condescendance – qui pollue certains articles sur mon dernier livre, La Construction de soi. Quand je lis un papier qui ne parle que de ça, j’ai l’impression d’être deux fois handicapé. C’est (au moins) une fois de trop ! Il y a du jugement dans la commisération. Mieux vaut ne pas être du côté de ceux qui, selon Spinoza, « aiment mieux prendre en haine ou en dérision les passions et les actions des hommes que de les comprendre ».


B. C. : J’envie la sagesse d’Alexandre (ou celle de Spinoza), car, pour ma part, le jugement m’obsède. Je suis même, je l’avoue, dans un jugement permanent. Disons que je condamne le jugement sans pouvoir m’empêcher de le pratiquer. Si le jugement est toujours premier, je reconnais qu’il est cependant possible de l’éviter. Une des voies pour y parvenir consisterait à admettre la tentation de juger qui existe en chacun de nous pour la dépasser ensuite.

A. J. : C’est dire que nous sommes tous les deux d’un tempérament résolument pacifique. Je crois que ça vient du fait que nous utilisons l’un et l’autre notre corps comme outil de travail. En ce qui me concerne, la recherche de la cohérence philosophique m’impose de tenir toute pensée pour une émanation du corps. De faire la paix, en somme, en moi-même et avec moi-même.


Propos recueillis par Raphaël Enthoven

dimanche 24 novembre 2013

vendredi 26 juillet 2013

Changement vers l'estime de soi avec Elina Dumont

« Enfant de l'abandon, adolescente fugueuse, femme de la rue. J'en ai bavé, pourtant je m'en sors, et je n'en reviens pas. Je raconte ma longue nuit. J'ai parlé, souri, dragué, emballé, couché : juste pour trouver un lit. J'étais dehors. Il fallait bien que je trouve un chez moi. […] J'ai des dents blanches, un sourire engageant, je n'ai pas l'air d'une fille de la rue, d'une "SDF" comme on dit. Ma mère était un danger pour ses enfants. Elle buvait, elle était psychiatrique. J'ai été placée, tôt, chez la mère Trognon, au milieu des vaches, des prés et des forêts. La mère Trognon accueillait des enfants de la DDASS comme moi. Dans le village, des gens ont abusé de moi. Je ne savais pas, personne ne m'a rien dit, je croyais que c'était normal.
 À 15 ans, j'ai grimpé le mur et j'ai fui, direction Paris. J'ai atterri dans un foyer. Monsieur Jacky m'a lancé comme stripteaseuse en me faisant croire que j'allais percer comme danseuse. Dans la rue, c'est sans limites. J'ai eu le nez dans la coke, j'ai bu, je me suis évanouie pour que les pompiers me ramassent. Dormir au chaud, à l'hôpital, […] c'est le luxe des gens de peu. 
Mes amis de la rue m'en ont beaucoup appris : "Neuneuil", "Darty" "Zonzon", "la Fiole". […] Je ne les laisse pas tomber, c'est un peu ma famille. Dehors, tu n'as que trois verbes à ta guise : manger, te réchauffer, dormir. Aujourd'hui, je me suis reconstruite. J'ai aussi rencontré des gens qui ont cru en moi, j'ai gagné en confiance, suivi une thérapie. Je suis devenue comédienne. Une fille qui se sort de la rue, qui raconte ce qu'elle y a vécu. » 
Elina Dumont
Livre "Longtemps, j'ai habité dehors"



J'ai changé, oui j'ai changé. Je n'ai pas arrêté de changer, c'est d'ailleurs ça qui m'a sauvé la vie. Je n'ai jamais voulu me laisser abattre ni rester enfermée dans une case.

Trois choses m'ont permis d'avancer : le théâtre, la psychothérapie et toutes les personnes qui, un jour, m'ont fait confiance. Grâce à elles, je peux dire que je suis sortie de la survie... pour entrer dans la vie !.

Elina Dumont
(La Vie)

mercredi 19 juin 2013

Les amitiés célestes avec Jacqueline Kelen

"Toute amitié est le fruit de la grâce"

Spécialiste des mythes de la tradition occidentale, Jacqueline Kelen a publié Les amitiés célestes. Un récit sur le lien profond unissant quelques grandes figures du christianisme.

Comment définissez-vous l’'amitié ?
L'amitié est une vertu. Dans l’'Antiquité grecque, puis avec le christianisme, elle revêt une forme de transcendance, de verticalité. Elle invite à l’élévation morale qui permet de cheminer vers le bien. Aujourd’hui, nous en faisons un lien sentimental : rendre service, partager des joies, être bien ensemble.

Peut-on parler d'amitié inattendue ?
Toute amitié me paraît inattendue. Elle est le fruit du hasard, du destin, de la grâce. On la nourrit ou on la laisse dépérir. Elle n’est pas volontaire. Quelqu’un peut avoir des qualités humaines et ne jamais rencontrer un ami. Il s’agit d'’un lien d’élection unique entre deux personnes.

Dans votre ouvrage, vous étudiez les amitiés spirituelles. Certaines sont loin d’être prévisibles…...
L’amitié spirituelle peut être immédiate, un coup de cœoeur, comme celle qui existe entre Guillaume de Saint-Thierry et Bernard de Clairvaux, au XIIe siècle. En revanche, tout oppose Ignace de Loyola et François-Xavier. Ils fréquentent le même collège à Paris, dans les années 1527, mais Ignace est introverti, boiteux, moche, alors que François-Xavier, chevalier sportif, champion de saut en hauteur, aime les cabarets. Il faudra plusieurs années pour sceller leur entente.

Au XIXe siècle, en Allemagne, lorsque Clemens Brentano, brillant mondain collectionnant les conquêtes féminines, rencontre Anne-Catherine Emmerich, une paysanne inculte, lamitié n’est pas immédiate. Il vit un chemin de perfectionnement à l’écoute de cette femme très simple et se met au service de la vision de la mystique, avec sa plume et son talent. Il permet ainsi aux révélations divines d’Anne-Catherine d’'arriver jusqu’à nous.

Le très catholique Paul Claudel et le romancier Romain Rolland, attiré par la spiritualité de lInde, s’affrontent dans une relation forte et difficile, proche d’un combat, et pourtant il sagit bien d'’une amitié spirituelle qui s’enrichit des clartés autant que des questions essentielles échangées par les deux amis.

■ Jacqueline Kelen, érivain et essayiste, auteur d’une trentaine d’'ouvrages. Notamment Aimer d'’amitié. Comment lamitié enseigne à aimer, Éd. Robert Laffont, 2005 ; La puissance du cœoeur, Éd. La table ronde, 2009 ; Les Amitiés célestes, Éd. Albin Michel, 2010,

 source : Pélerin

mercredi 17 avril 2013

La douceur sauvera le monde avec Alexandre Jollien


Tous les êtres aimants m’aident à comprendre que rejoindre le fond du fond, le cœur de notre intimité n’est pas amer. Descendre dans le silence c’est rentrer à la maison et y abandonner toute tension, dans la douceur. 

Dans le bus, l’agressivité ambiante ainsi qu’un manque flagrant de douceur me font une étrange impression. Pourquoi dans les transports publics avoir le sentiment de devoir protéger son territoire? Pourquoi des gestes aussi naturels que sourire, dire bonjour ou céder sa place à une femme enceinte ou à une personne handicapée commencent à se faire rares? Je venais de confier à mon fils qu’à mes yeux l’essentiel tient en trois mots: joie, paix et amour, quand, ce jour-là, devant les visages des passagers, je me suis surpris à m’exclamer: «Pourquoi on tire autant la gueule dans ce bas monde?» 
La crise continue certes, la vie est dure bien sûr mais à quoi bon en rajouter une couche en sombrant dans un climat de morosité et d’agressivité? Etre à l’aise avec l’autre n’est pas si aisé. Demeurer joyeux dans la solitude, non plus. Souvent, on trimballe ses complexes et ses peurs au milieu de la foule. On se fuit sans jamais se débarrasser de ce qui nous tourmente. Demeurer seul dans sa chambre, ne rien faire, relève d’une corvée voire carrément d’une insupportable torture pour qui n’a pas rejoint la paix au cœur de son être. De là à tenter d’échapper à soi-même en rampant vers les autres, il n’y a qu’un pas et il est, ma foi, vite franchi. Tant d’aigreur et tant de méchancetés trouvent leur origine dans l’incapacité quasi congénitale d’être, pour soi, de bonne compagnie. Il ne s’agit pas de se précipiter dans le culte de son petit ego mais plutôt d’apprendre à cohabiter paisiblement avec ses faiblesses, cesser de craindre ses blessures pour commencer à s’envisager avec un peu de douceur.

Devenir l’ami de nous-mêmes

Déjà, et c’est énorme, ne plus être pour soi un fardeau. Du matin au soir, mille désagréments mentaux nous assaillent et dès que nous nous retrouvons seuls une multitude de fantômes peuvent accourir et nous terroriser. Des fantômes? Oui, l’autocritique, le dénigrement perpétuel, l’ennui, la culpabilité, le manque, tous ces démons stériles et voraces nous mettent insidieusement et sans relâche au supplice et semblent n’attendre que le silence pour brailler plus fort. A y bien regarder, nous sommes plus d’une fois des experts pour nous rendre malheureux, incapables d’être doux avec nous et, sans doute, guère davantage avec les autres. Sénèque est précieux lorsqu’il nous invite à devenir l’ami de nous-mêmes. Rire de nos travers, repérer ce qui nous repose vraiment, savoir ce qui nous détend profondément sont autant de pas qui nous rapprochent de la paix, de la joie et de l’amour. La douceur peut faire tout péter, même les traumatismes les plus tenaces. Ce qui m’aide à oser quitter toute dureté ce sont les sourires, les mains ouvertes qui sont là, à mes côtés, inflexiblement bienveillants, quoi que je fasse. Voilà le trésor d’une vie. Ainsi, sur ma route, je suis épaulé par un comédien, un prof de grec, un trader, un croque-mort, un prêtre, une épouse, trois joyeux petits enfants et bien d’autres. Devant ces êtres chers, aucun rôle ne tient. Quoi de plus tragique d’ailleurs que de mentir aux proches? La tendresse fait disparaître carapaces et armures.

Se confier en toute liberté

Celui qui se sent inconditionnellement aimé quoi qu’il fasse n’a plus besoin d’en faire des tonnes pour être apprécié ni de danser les claquettes pour attirer l’attention. Etre doux c’est abandonner tout jugement, accueillir la vie sans vouloir la changer à tout prix et permettre d’être ce que nous sommes véritablement. Je ne suis pas toujours philosophe devant mes intimes. Je pleure, je ris, et il m’arrive souvent d’être paumé et pénible. Est-ce aimer que d’exiger d’autrui d’être joyeux, spirituel, drôle tout le temps? Avec un ami dans le bien, je suis aussi bien dans la légèreté que dans la profondeur. J’écoute et me confie avec une absolue liberté. Et quel plus vrai plaisir que de méditer trente minutes sans dire un mot, juste présent et disponible aux côtés d’un frère ou d’une sœur en humanité et finir la soirée en rigolant autour d’un bon film comique. Ainsi tous ces êtres aimants m’aident à comprendre que rejoindre le fond du fond, le cœur de notre intimité n’est pas amer. Descendre dans le silence c’est rentrer à la maison et y abandonner toute tension, dans la douceur.

L’autocritique, c’est… Une critique, du grec «kritike» signifiant «l’art de discerner» et qui porte sur soi. Elle se réfère à des croyances, pensées, actions ou encore à des résultats.
Sénèque, c’est… Un philosophe de l’école stoïcienne (laquelle préconise l’absence de passions sources de souffrances). Il était également dramaturge et homme d’État romain au Ier siècle de l’ère chrétienne.
La tendresse, c’est… Un lien entre deux êtres, dénué de tout élément de contrainte. Elle transparaît principalement dans l’absence de tout sentiment négatif.
source : Fémina

jeudi 18 novembre 2010