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vendredi 10 juillet 2026

La foi...


Aujourd’hui, j’évoquerai ce qui m’apparaît comme le fondement d’une existence. Celui-ci se résume en un mot : la foi. Non pas la foi en un dogme ou un dieu, mais dans la vie elle-même… Ce terme est issu du latin « fides » qui signifie confiance, loyauté, promesse…

C’est par cette sorte de foi que commence le conte Le Diable aux trois cheveux d’or. Un nourrisson naît coiffé, c’est-à-dire le crâne couvert d’un fragment de membrane fœtale. Pour les habitants du village, c’est un signe de chance : tout réussira à cet enfant dans son existence. C’est donc imprégné de ce présage favorable que va grandir cet « Enfant de la Chance ». 

Mais ne nous méprenons pas ! Ce qui est intéressant, dans ce qui suit cette naissance, ce n’est pas la destinée heureuse dont on attend en vain l’accomplissement. Bien au contraire : plus que quiconque, le jeune garçon ira d’épreuve en épreuve, risquant la mort à chacun de ses pas. Dans l’une des dernières parties du conte, il sera même contraint de se rendre en enfer !

De quelle « chance » ce conte nous parle-t-il donc ? Eh bien, très précisément, il nous parle de la foi en la vie, de cette conviction qui habite le héros dès sa naissance et selon laquelle tout ce qui lui arrivera tournera à son avantage. Puissante leçon : ce conte nous invite à renverser notre regard, à cesser de tout diviser selon les catégories du bon et du mauvais et à considérer n’importe quel événement, fût-il des plus funestes, comme une merveilleuse opportunité. 

Dans le jeu qui accompagne ce conte et que j’ai publié en 2016 aux  éditions du  Souffle d'Or, Stéphanie Delcourt, ma coautrice, formée par Anne-Marie Jobin, a eu l’idée géniale d’y proposer un exercice créatif qui permet de se réapproprier sa naissance en remplaçant les paroles négatives assimilées par notre inconscient par un oracle bénéfique, à inscrire par-dessus la photographie du nourrisson que nous fûmes, selon un protocole très précis présenté dans le livre.

Transformer la malédiction qui gouverne notre inconscient en promesse, c’est retrouver la foi dans notre existence. Dès lors, tout devient possible… 

Sabine Dewulf

https://sabinedewulf.fr/trois-cheveux-d-or/


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dimanche 24 mai 2026

La vraie puissance

 

La brutalité du monde est sa face sombre. Elle attire beaucoup mais si nous redressons la tête, nous pourrons voir la lumière d’une seule bougie, pourtant au loin. Mais ce discours est difficile à tenir parce qu’il se heurte à la pseudo objectivité qui ne regarde que ce qui va mal ou fait mal.
Il faut alors changer de voie et pour cela, les contes sont merveilleux puisqu’ils nous proposent de concevoir ce merveilleux, sans chatouiller nos égos. Aussi, j’ai envie de partager avec vous un conte japonais, édifiant et qui peut se passer de commentaires. Je vous le confie ci-après.
« Dans la région de Kobe, un grand maître d’Arts Martiaux avait acquis une réputation qui s’étendait dans tout le pays. Sa force, sa puissance et son invincible sagesse, avaient fait de lui un modèle pour certains et un homme à vaincre pour d’autres. Alors qu’il était un jour en méditation dans son Dojo, un visiteur fut introduit qui demandait à le rencontrer. Devinant la véritable recherche de ce visiteur, le maître le fit attendre une grande partie de l’après-midi, puis le fit le rejoindre enfin, non pas dans le Dojo mais dans le jardin.
Exaspéré par l'attente et par l'affront de ne pas avoir été reconnu comme un visiteur important, le visiteur, un maître de sabre, apostropha le vieux maître et lui dit: "ta renommée est certes grande mais je vais te faire une démonstration de ce que c'est que la vraie puissance!"
Il montra alors du doigt un couple d'oiseaux posé là sur la branche d'un sapin vénérable et poussa brutalement un cri d'une puissance inouïe. Les deux oiseaux tombèrent alors raides morts sur le sol. Satisfait, le maître de sabre se retourna sur le vieux maître et lui dit: "alors qu'avez vous à dire à cela? N'est-ce-pas là la démonstration de la plus grande puissance qui soit?".
Sans un mot, un indéfinissable sourire aux lèvres, le vieux maître avança jusqu'aux oiseaux. Il se pencha sur eux, les toucha du doigt en soufflant légèrement dans leur direction et ceux-ci s'envolèrent comme par miracle. "C'est cela la puissance véritable" dit-il simplement en souriant au maître de sabre… »

Michel Odoul

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lundi 10 février 2025

"S'éveiller à la réalité est la porte de la vie"

 


C’est l’histoire d’un brave homme qui se met en marche pour demander une parole de sagesse à maître Ikkyû. Pour toute réponse, le moine zen, calligraphe réputé, trace avec son pinceau un idéogramme signifiant « attention ». Le paysan venu de loin ne s’en satisfait pas et il revient peu après auprès du maître zen pour lui demander une autre parole de sagesse. Celui-ci reste un long moment en silence avant d’écrire de nouveau « attention ». La même scène se reproduit une troisième fois et le paysan reçoit de nouveau le même idéogramme.

L’attention est le mot-clé du bouddhisme zen, ce petit conte que j’aime beaucoup l’illustre bien. Mais toutes les voies spirituelles font retentir cet appel à l’attention. La philosophe Simone Weil écrivait par exemple : « Le péché, c’est l’inattention. » Je crois que cette phrase résume tout l’Évangile. Pour vivre l’expérience spirituelle, il est essentiel d’habiter la Présence. S’ouvrir et s’éveiller à la réalité est la porte de la vie. Il s’agit d’être totalement réceptif au réel, de l’accueillir tel qu’il est ; le réel empirique (les choses autour de moi que je vois, que j’entends, que je touche…) et le réel intérieur (ce qui grouille en moi, mes blessures, mes zones d’ombre, mes hostilités…).

Cette présence au réel n’a rien d’évident, surtout dans nos sociétés de l’accélération, de la culture du clip et du zapping. L’essor du « capitalisme attentionnel », ou capitalisme de la captation de l’attention, est en cela un drame qui produit des fruits de mort. Toutefois, j’ai l’espérance que de plus en plus de personnes vont se réveiller et refuser ce conditionnement insidieux des esprits via le tout numérique. Je pense en particulier, en disant cela, aux gens qui me remercient pour le bien que cela leur fait d’être soustraits aux distractions en tout genre pendant mes sessions de méditation dans l’esprit du zen que je n’ai jamais cessé d’animer.

Bernard Durel

source : magazine La Vie

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lundi 2 août 2021

Le conte des deux cygnes

 La nonne bouddhiste nous offre un de ces récits de sagesse, appelés Jatakas, qui retracent les vies antérieures du Bouddha. Foisonnants d'images propres à l'Inde ancienne, ils se veulent riches d’enseignements sur l’Éveil, la réincarnation et le karma. 

Des contes où il est question, comme dans tous les contes, de rois, de pouvoir, de promesses tenues ou brisées, des responsabilités de nos actes : ainsi sont racontées, dans les pays d’Asie, les vies antérieures du Bouddha, tantôt être humain, tantôt animal : daim, tortue, singe, lièvre, éléphant et plus encore.

Sous de multiples formes, il est montré comment, d’existence en existence, le futur Bouddha approfondit la moralité et la sagesse, et surtout le don sous toutes ses formes et la compassion. Ces contes, appelés « Jatakas » sont récités, chantés ou mis en scène ; ils sont connus de tous, et chacun a ses préférés. Voici l’Histoire des deux cygnes.


La volonté de posséder

Il était une fois près d’un lac bleu au fond de l’Himalaya, un couple de cygnes si beaux que même les boutons de lotus palissaient à côté d’eux ; à la voix si douce, qu’elle surpassait même la musique des bracelets de chevilles des jeunes femmes. Les dieux eux-mêmes les admiraient, et petit à petit leur réputation atteignit le royaume de Varanasi. 

Lorsque le roi entendit parler d’eux, il voulut absolument les posséder : il donna l’ordre de creuser un lac près de son palais, de le parer des plus belles plantes, des plus délicieux ombrages. Bercé par la brise, le pollen des lotus recouvrait les rives d’un voile doré ; l’eau en était si limpide que les pierres de son fond scintillaient comme des joyaux. La nuit, le lac devenait un immense miroir pour la lune et les étoiles brillantes.

Une beauté ambiguë

Bientôt, la beauté du lac rivalisa avec celle du ciel bleu traversé de ravissants petits nuages blancs. Le roi proclama alors que tous les oiseaux pouvaient venir sans crainte, qu’ils y seraient protégés. Un beau jour d’automne, un couple de cygnes de l’Himalaya survola cette merveille, et de retour, ils en firent si bien la description que tous leurs amis voulurent s’y rendre.

Mais le roi des cygnes, et son ministre, essayèrent de les en dissuader. Ils dirent : « Les animaux, les oiseaux, expriment leurs sentiments par des chants ou des cris, mais ces créatures que l’on appelle “hommes” savent mentir avec de belles paroles. » Mais comme les autres ne changeaient pas d’avis, ils les accompagnèrent.

Des cygnes solidaires

Lorsque le roi de Varanasi apprit l’arrivée de ces oiseaux dorés, aux yeux de saphir, d’une beauté inégalée, il loua aussitôt les services d’un chasseur pour qu’il pose des pièges et attrape plusieurs de ces cygnes. Le lendemain de leur arrivée, méfiant, le roi des cygnes fit le tour du lac, et hélas ! il fut attrapé par un collet. Il poussa alors un cri pour prévenir les autres, afin qu’ils s’envolent. Tous partirent à tire d’aile, sauf le ministre, qui insista pour rester près de son roi.

Le chasseur, lorsqu’il arriva, fut surpris : l'un des cygnes était attrapé, mais l’autre, à côté de lui, était libre ! Il ne s’envolait pas et ne montrait aucune marque de peur.

Plus encore, lorsqu’il fut devant eux, le second cygne lui demanda de le prendre lui à la place et de laisser partir le roi des cygnes. Touché par cette loyauté, et au risque de sa vie en s’opposant à la volonté de son roi, le chasseur libéra le cygne prisonnier. Mais les oiseaux ne s’envolèrent pas : ils se perchèrent sur les épaules du chasseur et lui dirent de les emmener voir le roi, pour le sauver de sa colère.

Joshin Luce Bachoux

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jeudi 17 septembre 2020

Quand les eaux furent changées (Conte soufi)

 


En des temps très anciens, Khidr, le maître de Moïse, avertit les humains qu’un jour prochain l’eau de la Terre disparaîtrait, hormis celle qui aurait été mise en réserve : elle serait remplacée par une eau différente qui rendrait les hommes fous.

  Seul un homme l’entendit. Il recueillit de l’eau en grande quantité et la conserva en lieu sûr. Puis il reprit le cours normal de sa vie en attendant le jour où l’eau de la Terre changerait de nature.

À la date fixée, les rivières cessèrent de couler, les puits se tarirent, et l’homme qui avait écouté, voyant cela arriver, gagna sa retraite et but l’eau qu’il avait recueillie. Quand il vit, de son refuge, les torrents se remettre à couler, il revint parmi les hommes, et constata qu’ils pensaient et parlaient désormais d’une façon tout à fait différente et ne gardaient aucun souvenir de ce qui s’était passé, ni de l’avertissement qu’ils avaient reçu.

Quand il voulut leur dire ce qu’il savait, ils le crurent fou. Il était en butte à l’hostilité des uns ; à d’autres, il inspirait de la compassion ; il ne pouvait se faire comprendre de personne.

Il ne but pas une goutte de leur eau : chaque jour il retournait à sa cachette et puisait dans ses réserves.

Puis il finit par se dire qu’il ferait mieux de boire l’eau nouvelle : il ne pouvait plus supporter l’impression de solitude qu’il ressentait à vivre, se comporter, penser différemment de tous les autres.

  Il but de l’eau nouvelle, devint semblable à eux, oublia tout de sa réserve d’eau originelle.

 Ses frères humains le regardèrent alors comme un fou qui aurait miraculeusement recouvré la raison.


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dimanche 23 août 2020

Être simple

 

Par une nuit noire, profonde et lourde, Jeha le Simple entendit un gémissement venant du fond du puits. Il passa son chemin en courant, tant il était couard. Il crut à un djinn caché derrière la margelle. Celui qui venait dans son sommeil le tirer par les pieds. Ou encore de ces esprits frappeurs qui martèlent les rêves pour les faire basculer au cauchemar et troubler la paix des dormeurs. Alors Jeha se mit à chanter fort pour se donner du courage. Mais la voix du fond du puits devint un appel pressant dont la détresse fit frissonner le Simple.

Malgré sa frayeur bien grande, Jeha en appela à Dieu pour trouver le courage de franchir les quelques mètres qui le séparaient du cri.

Petit à petit il discerna des mots, des appels au secours, ce qui finit par lui donner courage. Il se dressa, fort, droit, tel un guerrier qui part affronter les forces de la nuit.

Quelques centimètres plus tard, il comprit le sens des mots qui lui parvenaient.

« S’il te plaît, toi qui passes là-haut, toi qui entends ma voix, mon appel au secours, tends une corde au pauvre érudit que je suis. Je cherchais au fond du puits la vérité que l’on dit s’y cacher, je cherchais le sens de la vie.

- La vérité ? C’est que tu es tombé, et tu t’es mouillé d’eau, dit Jeha.

-Ah, pourquoi ajouter à mes misères? Tu écorches mes oreilles de pléonasmes infâmes ! Avoir tant étudié pour entendre tant d’ignorance ! Je te reconnais bien là, Jeha, le simple du village. Si je suis dans l’eau, je suis forcément mouillé ! Corrige-toi, s’il te plaît, et apprends à parler.

-Tu as raison, Érudit, je vais de ce pas apprendre le beau langage et reviendrai te sortir du puits quand je saurai parler. »


Conte d’Orient
source : Le grand livre de la sagesse de Yveline Brière

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lundi 9 septembre 2019

Celui qui garde ses rêves...


J’ai passé quelques jours tout seul au bord d’une longue rivière. Il n’y avait ni TV, ni radio, ni littérature, ni beaux-arts, ni musique. Tout ce qui existait là était vivant. La musique vivait entre l’eau et le rocher, sur les lèvres d’une autre rosée rencontrant une rosée d’herbe vivaient les beaux-arts. La poésie vivait sur les antennes d’un insecte tâtant le sol. Le roman vivait dans le long voyage tranquille de cet insecte.
Tout ce qui existait là bougeait. L’eau, des feuilles d’arbre, des nuages, des oiseaux et de petits animaux bougeaient sans cesse et l’eau de pluie, les cris des insectes nocturnes, la lumière du jour et le clair de lune de la nuit et la lumière d’eau de la rivière et l’ombre de toutes ces choses bougeaient. Ce monde qui bougeait autour de moi faisait mouvoir mon corps en me repoussant. Tout mon corps exposé, je me mis à respirer en imitant la respiration des feuillages épais des arbres.
Enfin, j’ai pu savoir que même ma chair, étant vivante, respirait. Le corps qui respirait, dés qu’il se fut échappé des ordres compliqués de ma tête inquiète, se mit à être à l’aise. Mes épaules devenaient légères ; mes yeux devenant vifs, je pouvais voir des fruits d’arbre se cacher dans la toile d’araignée ainsi que le chant d’amour que créent les insectes en agitant leurs ailes. J’ai enfin compris que toutes les choses du monde bougeaient en une seule chose.
Toutes les choses du monde n’en formaient qu’une. Elles ne pouvaient être différentes. Alors je me suis décidé à rejeter la différence entre le grand et le petit. Je me suis décidé à rejeter la différence entre le visible et l’invisible, entre vivre et mourir. C’était une décision difficile pour moi-même. Quelques jours après, alors que je disais au-revoir à la rivière en quittant le rivage désert, elle s’est approchée de moi sans mot dire pour mettre quelques rivières claires et longues dans mon cœur. Alors je suis devenu rivière
Celui qui garde ses rêves - Mah Chong-gi

Peinture Marthe Brilman
« Alors qui suis-je maintenant ?
Un cornouiller à la peau crevassée
par le vent d’hiver sourit sans répondre.
Celui qui garde ses rêves est heureux. »


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samedi 12 janvier 2019

Le temps d'un conte


Un petit conte pour nous accompagner... à goûter ce qui passe. 


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mercredi 14 novembre 2018

Grandir avec les arbres de Catherine Davau


Marie de Hennezel qui a préfacé ce livre écrit que ce récit lui a fait du bien. 

Je dirai qu'il m'en a fait également.

A travers ce tendre et doux conte qui nous apprend à nous rapprocher des arbres, on peut sentir battre cette vie primordiale où l'on peut se guérir en se connaissant mieux.

Douze enseignements nous sont proposés pour nous élancer tel un arbre dans l'élan vertical. 



Ce voyage arboricole jusqu'à l'arbre cosmique nous offre à chaque étape une pause bienfaisante et une leçon de vie.




Voici déjà un extrait avec le début du livre...



A suivre...

lundi 30 mai 2016

Rencontre littéraire avec Jacqueline Kelen

Je me permets de vous communiquer la rencontre suivante. D'une part avec Jacqueline Kelen et sa verve. D'autre part, c'est un excellent souvenir pour tous mes sens : écoute, vision... on se laisse toucher par le lieu avec des dégustations et des odeurs inoubliables. 
Une invitation à l'ouverture à la sagesse et aux plaisirs de l'instant !
C'est en Belgique à une heure de Bruxelles...


« La sagesse secrète des mille et une nuits »


Prochaines dates : les samedi 9 et dimanche 10 juillet 2016

L'auteur : Jacqueline Kelen
Jacqueline est écrivain. Elle a suivi des études supérieures de lettres classiques et été également pendant vingt ans productrice d'émissions à France Culture.
Dans ses nombreux livres et au cours de ses séminaires, elle dévoile la connaissance spirituelle que transmettent les mythes et explore les richesses de la vie intérieure.

Elle a publié, entre autres : Marie Madeleine, Un amour infini (Albin Michel), L'Eternel masculin (Robert Laffont), L'Esprit de solitude (Albin Michel), Divine Blessure ( Albin Michel), Le livre des louanges (Albin Michel), Un chemin d'ambroisie ( la Table Ronde), Hadewijch d' Anvers (Albin Michel), Bréviaire du colimaçon (Desclée de Brouwer) Passage de la Fée, la légende de Mélusine  (Desclée de Brouwer).

Programme : La sagesse secrète des Mille et Une Nuits

Au long des nuits étoilées, la jeune et belle Shéhérazade raconte au cruel Shariar, le sultan de Bagdad, des histoires captivantes et qui semblent sans fin.
Est-ce seulement pour repousser la menace de mort qui sur elle doit s'abattre ? Ou plutôt, afin d'éveiller le cœur endurci du despote et, mine de rien, enseigner à l'homme qui se croit tout-puissant une sagesse apte à le pacifier et illuminer sa vie ?
Nous déchiffrerons trois contes parmi les plus connus des Mille et Une Nuits. Tous les trois parlent de la Quête, avec ses étapes et ses épreuves, avec ses risques, ses découvertes et ses obstacles, avec ses guides et ses imposteurs :
  • Sinbad le Marin
  • Ali Baba et les quarante voleurs
  • Aladin et la lampe merveilleuse
Chemin faisant, nous aborderons des thèmes majeurs, tels que le désir de connaissance, le discernement, le secret, l'amour salvateur, la parole qui éveille, la mission spirituelle de la femme.

voir :
http://www.lesroses.be/rencontre-litteraire.htm
et le programme copieux :
http://www.lesroses.be/stages-pour-adultes.htm

Egalement :

Rencontre littéraire et artistique « Un projet pour mon âme » avec François de Witt
et
Stage Ennéagramme et spiritualité chrétienne par la formatrice : Valérie Maillot


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mardi 12 avril 2016

L'harmonie au creux des mains (conte asiatique)




La belle-mère et sa bru vivaient sous le même toit.
Depuis le début, les deux femmes ne pouvaient se supporter.
Le mari, lâche comme la plupart des hommes dans cette situation, se gardait bien de prendre parti.
La vie de la jeune femme était devenue intolérable et elle éprouva une haine sans borne pour son bourreau de belle-mère.
Elle résolut de la faire disparaître discrètement et décida donc d'aller consulter une vieille chamane vivant dans une cabane de branches non loin du village.
Sans manifester la moindre émotion, la vieille écoute sa funeste demande.
Elle ferma les yeux un long moment et répondit enfin : « En matière de poison, il faut être très prudent.
Je vais vous donner un mélange d'herbes toxiques qui agissent très lentement.
Pour activer leur effet, vous devrez masser votre belle-mère deux fois par jour.Mais pour qu'elle accepte ce traitement, vous verserez tout d'abord cette préparation dans sa nourriture. Elle sera malade quelques jours.Quand le médecin du village l'aura auscultée sans trouver de remède, envoyez-moi chercher. Je donnerai alors la prescription ».
Le plan se déroula comme prévu.
La vieille de la montagne fut appelée au chevet de la belle-mère. Elle prescrivit une tisane et des massages deux fois par jour pour un mois.
Elle montra à la jeune femme comment les exécuter. Par la vertu des massages quotidiens, la belle-mère se détendit et son caractère se bonifia.
Les deux femmes se rapprochèrent, leurs énergies s'harmonisèrent. Au bout de quinze jours, elles étaient devenues comme mère et fille, liées par une véritable affection.
La belle-fille fut prise de remords. Elle courut jusqu'à la cabane de la magicienne pour lui demander un antidote.
La vieille l'accueillit avec un sourire radieux : « Ne vous inquiétez pas ma fille, la tisane est inoffensive. Elle est même bénéfique. Tout s'est déroulé comme je l'avais prévu. La pratique du Tao nous enseigne à transformer le négatif en positif. » Ce fut comme une révélation pour la jeune femme.
A partir de ce jour, elle revint souvent rendre visite à la vieille de la montagne pour suivre ses traces sur les sentiers de la sagesse.
Elle prit ensuite sa succession comme médecin des corps et des âmes, surtout à travers l'art du massage, qu'elle transmit généreusement.


Peut-être est-elle à l'origine de cette jolie habitude familiale en Orient : de masser les uns les autres au quotidien ?
Une tradition qui peu à peu voyage vers l'Occident.

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vendredi 26 février 2016

Alexis Jenni : hommage aux arbres

À sa manière poétique, le Goncourt 2011 revisite ici l'Homme qui plantait des arbres de Giono, en adaptant l'histoire aux enjeux cruciaux du XXIe siècle.

« J'aurais voulu écrire des livres, mais j'ai surtout planté des arbres. Je ne le regrette pas, quand je vois tout ce qui pousse autour de moi ; et je le regrette peu quand je pense à tout ce que je n'ai pas dit. »

Je parlais aux deux jeunes gens qui étaient venus m'interroger. Ils portaient des vêtements d'extérieur résistant aux ultraviolets, des lunettes étanches, mais ici ils avaient rabattu leur capuche sur leurs épaules, relevé leurs lunettes, découvert leur peau très pâle en ouvrant leur combinaison jusqu'au ventre. Nous étions dehors, mais à l'ombre, nous entendions le bruissement de l'oasis géante, la mer de feuillages, l'énorme poumon vert qui grandissait chaque année en recouvrant les rochers, les collines pelées et les vallons secs.

« C'est moi qui ai planté le premier plant. Dans un trou que j'avais fait dans les cailloutis du désert, d'où s'élevait une poussière blanche au moindre coup de vent.

- Vous ? Ils me détaillaient, se demandant si on pouvait en une seule vie créer une forêt.
- Je suis plus vieux que vous ne le pensez. 103 ans, l'âge de plusieurs générations d'arbres, assez pour que le premier soit bien plus grand que moi, pour qu'il porte maintenant ma maison alors que je l'ai tenu dans ma main, avec ses deux feuilles fragiles, sa tige encore transparente, son chevelu racinaire impalpable et avide d'eau.
- C'est lui ?
- C'est un ombrier. Il a un feuillage épais et des branches qui portent loin. Il fait une grande ombre sous lui, il perd ses feuilles, il garde le sol humide. Dans ce désert de cailloux blancs, je l'ai installé comme une pépinière, les autres sont sortis à l'abri.
- Vous lui avez donné un nom ?
- On ne donne pas de noms aux arbres. Ils sont diffus et changeants, ils gardent vivant tout ce qu'ils ont vécu, ils sont chaque année un peu plus grands. Un nom serait trop peu pour dire ce qu'ils sont. Il faut les voir comme une pensée qui se déploie, un livre qui ne finit jamais de s'écrire. Mais c'est bien lui le premier. »

Une averse fouetta les feuillages avec un bruit de minuscules applaudissements, loin au-dessus de nous. Mais pas une goutte d'eau ne nous parvint, juste le bruit et la fraîcheur d'une vaporisation.

« Si vous aviez vu cette région avant : sèche et nue, la caillasse blanche, le ciel toujours bleu, rien d'autre. Maintenant, il pleut à nouveau, un peu chaque jour. La forêt n'est pas spontanée, au sens où elle viendrait comme ça, de nulle part, n'importe où. Ce qui est favorable à la forêt, c'est la forêt, elle se donne à elle-même de l'ombre et de l'eau, elle se nourrit. C'est circulaire, c'est sans début, et si on l'enlève, c'est définitif. Regardez les steppes du Brésil : 100 ans auparavant, il y avait une forêt. Elle ne revient pas. Mais si on relance le cycle, elle ne demande qu'à s'installer à nouveau. »

Je leur ouvris la petite boîte que je prépare quand on vient m'interroger. Je leur fis voir l'humus, je leur en montrai une poignée. C'était noir et humide, désagrégé, cela sentait fortement le champignon et cela grouillait de façon à peine perceptible.

« Je n'aime pas les pays secs. C'est sinistre, les paysages de cailloux : on dirait des os saillants. Alors ce désert qui entourait Marseille, je l'ai recouvert de chair. Et maintenant, elle s'entretient toute seule, et s'agrandit. »


Je remplis la boîte de brindilles et de feuilles, et la refermai. Passa un groupe de récoltants, qui portaient chacun leur hotte et leur coupeuse à main. Ils récoltaient les fruitiers, les fibriers, les boisiers, les tubiers, les plastiquiers, les nuxiers. La récolte est permanente, échelonnée sur les centaines de kilomètres de la forêt. Il y a des arbres anciens, des améliorés et des tout nouveaux.
« Bilal ! »
Il s'approcha, salua mes hôtes, posa sa hotte à moitié pleine.
« Que puis-je pour toi, vieil homme ?
- Dis leur ce que tu récoltes aujourd'hui. »
Bilal est vraiment grand, et la tête penchée, dans l'ombre à contre-jour, je distingue mal ses expressions. Mais je sais toujours quand il sourit. J'abuse un peu du respect dû aux ancêtres, je reçois assis au pied de mon arbre premier, mais je suis quand même le plus âgé des habitants de la forêt. Il leur montra des noix d'huilier, des fruits lourds et lisses comme des savons, qui laissent des traces grasses sur les mains, exhalent un parfum d'hydrocarbures volatils.
« Ça se mange ? », grimacèrent-ils.
Bilal sourit, il avait l'habitude d'expliquer les fruits à ceux qui arrivaient dans la forêt, chaque jour des centaines de réfugiés urbains qui s'installaient dans l'ombre odorante.
« C'est pour la raffinerie. Nous faisons ce qu'on faisait avec le pétrole, avant qu'on le brûle.
- Montre-leur », dis-je en faisant le signe d'un rectangle avec les doigts.
Il leur montra sa tablette, la carte où était noté chaque arbre de la forêt, chacun identifié, chacun indiquant sa production et son état de maturité. Une ligne indiquait le trajet optimal pour remplir sa hotte et la rapporter à la raffinerie. Chacun avait son trajet. S'il ne finissait pas, il terminerait demain.
« Ce n'est pas un peu... rural ?
- C'est pire, leur répondis-je en souriant. C'est forestier. C'est un bond en arrière de 10 000 ans, ou bien un bond en avant d'un siècle.
- Avec votre forêt, vous pensez nourrir et loger les 5 millions de personnes entassées dans Marseille ?
- Personne ne vivait dans les champs, les garrigues, les pierriers désolés. Tout était nu. Maintenant, nous sommes beaucoup à vivre entre les arbres. Avant, on nourrissait les gens avec ce qui poussait dans des champs, on les vêtait avec ce qui poussait dans d'autres champs, et maintenant nous avons un champ immense à six ou dix étages qui produit tout en continu, sans jamais s'épuiser.
- Le rendement est faible, mais on n'est pas pressé. Il ne nous faut pas grand-chose. Tout le monde est pauvre ici, pauvre de la même façon, mais abrité, nourri et entouré. »
Quand furent écoulées les questions habituelles, j'ouvris à nouveau la boîte. L'humus avait gonflé, les brindilles et les débris avaient disparu, ça bougeait.
« L'humus a doublé de volume, murmurèrent-ils.
- L'humus-monstre grandit jour et nuit. Nous utilisons les processus naturels, en les optimisant un peu. La nature est le grand développeur : en 4 milliards d'années, elle a eu le temps de tout inventer. Mais en disant elle, on se trompe : elle ne fait pas exprès, elle ne pense pas, elle n'est personne. Il y a des inventions oubliées, ou qui ne sont pas au bon endroit, des approximations. Il suffit d'un coup de pouce pour améliorer tout ça. Le végétal n'a presque besoin de rien ; de la lumière, on n'en manque pas, du gaz carbonique, l'air en est plein, et pour l'eau, les mangroviers la pompent dans les calanques. Quant aux minéraux, les bactéries rongent les roches et capturent l'azote de l'air. »
Je fermais la boîte, la leur tendis.
« La forêt va encore grandir, elle peut abriter des millions d'hommes, allez le dire. »

À mon grand âge, je fais le malin sous mon ombrier ; mon rôle est de recevoir les incrédules. »




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> Alexis Jenni, Goncourt 2011 pour l'Art français de la guerre, a été professeur de SVT. Derrière les processus chimiques qui permettent à l'utopique forêt littéraire de pousser dans cette nouvelle, on devine les connaissances pointues de l'agrégé de sciences naturelles... Son dernier roman, la Nuit de Walenhammes, est paru chez Gallimard.



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mardi 24 mars 2015

Une beauté de légende




Je l'avais vu d'abord de Cancale, ce château de fées planté dans la mer. Je l'avais vu confusément, ombre grise dressée sur le ciel brumeux.

Je le revis d'Avranches, au soleil couchant. L'immensité des sables était rouge, l'horizon était rouge, toute la baie démesurée était rouge; seule, l'abbaye escarpée, poussée là-bas, loin de la terre, comme un manoir fantastique, stupéfiante comme un palais de rêve, invraisemblablement étrange et belle, restait presque noire dans les pourpres du jour mourant.
J'allai vers elle le lendemain dès l'aube, à travers les sables, l’œil tendu sur ce bijou monstrueux, grand comme une montagne, ciselé comme un camée et vaporeux comme une mousseline. Plus j'approchais, plus je me sentais soulevé d'admiration, car rien au monde peut-être n'est plus étonnant et plus parfait.

Et j'errai, surpris comme si j'avais découvert l'habitation d'un dieu à travers ces salles portées par des colonnes légères ou pesantes, à travers ces couloirs percés à jour, levant mes yeux émerveillés sur ces clochetons qui semblent des fusées parties vers le ciel et sur tout cet emmêlement incroyable de tourelles, de gargouilles, d'ornements sveltes et charmants, feu d'artifice de pierre, dentelle de granit, chef-d’œuvre d'architecture colossale et délicate.

Comme je restais en extase, un paysan bas normand m'aborda et me raconta l'histoire de la grande querelle de saint Michel avec le diable.

Un sceptique de génie a dit: "Dieu a fait l'homme à son image, mais l'homme le lui a bien rendu."

Ce mot est d'une éternelle vérité et il serait fort curieux de faire dans chaque continent l'histoire de la divinité locale, ainsi que l'histoire des saints patrons dans chacune de nos provinces. Le nègre a des idoles féroces, mangeuses d'hommes; le mahométan polygame peuple son paradis de femmes; les Grecs, en gens pratiques, avaient divinisé toutes les passions.

Chaque village de France est placé sous l'invocation d'un saint protecteur, modifié à l'image des habitants.

Or saint Michel veille sur la Basse-Normandie, saint Michel, l'ange radieux et victorieux, le porte-glaive, le héros du ciel, le triomphant, le dominateur de Satan.

Mais voici comment le Bas normand, rusé, cauteleux, sournois et chicanier, comprend et raconte la lutte du grand saint avec le diable.

Pour se mettre à l'abri des méchancetés du démon, son voisin, saint Michel construisit lui-même, en plein Océan, cette habitation digne d'un archange; et, seul, en effet, un pareil saint pouvait se créer une semblable résidence.

Mais, comme il redoutait encore les approches du Malin, il entoura son domaine de sables mouvants plus perfides que la mer.

Le diable habitait une humble chaumière sur la côte; mais il possédait les prairies baignées d'eau salée, les belles terres grasses où poussent les récoltes lourdes, les riches vallées et les coteaux féconds de tout le pays; tandis que le saint ne régnait que sur les sables. De sorte que Satan était riche, et saint Michel était pauvre comme un gueux.

Après quelques années de jeûne, le saint s'ennuya de cet état de choses et pensa à passer un compromis avec le diable; mais la chose n'était guère facile, Satan tenant à ses moissons.

Il réfléchit pendant six mois; puis, un matin, il s'achemina vers la terre. Le démon mangeait la soupe devant sa porte quand il aperçut le saint; aussitôt il se précipita à sa rencontre, baisa le bas de sa manche, le fit entrer et lui offrit de se rafraîchir.

Après avoir bu une jatte de lait, saint Michel prit la parole:
- Je suis venu pour te proposer une bonne affaire.

Le diable, candide et sans défiance, répondit:
- Ça me va.
- Voici. Tu me céderas toutes tes terres.

Satan, inquiet, voulut parler:
- Mais...

Le saint reprit:
- Ecoute d'abord. Tu me céderas toutes tes terres. Je me chargerai de l'entretien, du travail, des labourages, des semences, du fumage, de tout enfin, et nous partagerons la récolte par moitié. Est-ce dit?

Le diable, naturellement paresseux, accepta.
Il demanda seulement en plus quelques-uns de ces délicieux surmulets qu'on pêche autour du mont solitaire. Saint Michel promit les poissons.
Ils se tapèrent dans la main, crachèrent de côté pour indiquer que l'affaire était faite, et le saint reprit:

- Tiens, je ne veux pas que tu aies à te plaindre de moi. Choisis ce que tu préfères: la partie des récoltes qui sera sur terre ou celle qui restera dans la terre.

Satan s'écria:
- Je prends celle qui sera sur terre.
- C'est entendu, dit le saint.

Et il s'en alla.
Or, six mois après, dans l'immense domaine du diable, on ne voyait que des carottes, des navets, des oignons, des salsifis, toutes les plantes dont les racines grasses sont bonnes et savoureuses, et dont la feuille inutile sert tout au plus à nourrir les bêtes.
Satan n'eut rien et voulut rompre le contrat, traitant saint Michel de "malicieux".

Mais le saint avait pris goût à la culture; il retourna retrouver le diable:

- Je t'assure que je n'y ai point pensé du tout; ça s'est trouvé comme ça; il n'y a point de ma faute. Et, pour te dédommager, je t'offre de prendre, cette année, tout ce qui se trouvera sous terre.
- Ça me va, dit Satan.

Au printemps suivant, toute l'étendue des terres de l'Esprit du mal était couverte de blés épais, d'avoines grosses comme des clochetons, de lins, de colzas magnifiques, de trèfles rouges, de pois, de choux, d'artichauts, de tout ce qui s'épanouit au soleil en graines ou en fruits.
Satan n'eut encore rien et se fâcha tout à fait.

Il reprit ses prés et ses labours et resta sourd à toutes les ouvertures nouvelles de son voisin.
Une année entière s'écoula. Du haut de son manoir isolé, saint Michel regardait la terre lointaine et féconde, et voyait le diable dirigeant les travaux, rentrant les récoltes, battant ses grains. Et il rageait, s'exaspérant de son impuissance. Ne pouvant plus duper Satan, il résolut de s'en venger, et il alla le prier à dîner pour le lundi suivant.

- Tu n'as pas été heureux dans tes affaires avec moi, disait-il, je le sais; mais je ne veux pas qu'il reste de rancune entre nous, et je compte que tu viendras dîner avec moi. Je te ferai manger de bonnes choses.

Satan, aussi gourmand que paresseux, accepta bien vite. Au jour dit, il revêtit ses plus beaux habits et prit le chemin du Mont.

Saint Michel le fit asseoir à une table magnifique. On servit d'abord un vol-au-vent plein de crêtes et de rognons de coq, avec des boulettes de chair à saucisse, puis deux gros surmulets à la crème, puis une dinde blanche pleine de marrons confits dans du vin, puis un gigot de pré-salé, tendre comme du gâteau; puis des légumes qui fondaient dans la bouche et de la bonne galette chaude, qui fumait en répandant un parfum de beurre.

On but du cidre pur, mousseux et sucré, et du vin rouge et capiteux, et, après chaque plat, on faisait un trou avec de la vieille eau-de-vie de pommes.
Le diable but et mangea comme un coffre, tant et si bien qu'il se trouva gêné.

Alors saint Michel, se levant formidable, s'écria d'une voix de tonnerre:
- Devant moi! devant moi, canaille! Tu oses... Devant moi...

Satan éperdu s'enfuit, et le saint, saisissant un bâton, le poursuivit.

Ils couraient par les salles basses, tournant autour des piliers, montaient les escaliers aériens, galopaient le long des corniches, sautaient de gargouille en gargouille. Le pauvre démon, malade à fendre l'âme, fuyait, souillant la demeure du saint. Il se trouva enfin sur la dernière terrasse, tout en haut, d'où l'on découvre la baie immense avec ses villes lointaines, ses sables et ses pâturages. Il ne pouvait échapper plus longtemps; et le saint, lui jetant dans le dos un coup de pied furieux, le lança comme une balle à travers l'espace.

Il fila dans le ciel ainsi qu'un javelot, et s'en vint tomber lourdement devant la ville de Mortain. Les cornes de son front et les griffes de ses membres entrèrent profondément dans le rocher, qui garde pour l'éternité les traces de cette chute de Satan.

Il se releva boiteux, estropié jusqu'à la fin des siècles; et, regardant au loin le Mont fatal, dressé comme un pic dans le soleil couchant, il comprit bien qu'il serait toujours vaincu dans cette lutte inégale, et il partit en traînant la jambe, se dirigeant vers des pays éloignés, abandonnant à son ennemi ses champs, ses coteaux, ses vallées et ses prés.

Et voilà comment saint Michel, patron des Normands, vainquit le diable.
Un autre peuple avait rêvé autrement cette bataille.

La Légende du Mont Saint-Michel - Guy de Maupassant ,
texte publié dans Gil Blas du 19 décembre 1882.
Publiée dans le recueil Clair de Lune en 1883.


vendredi 19 décembre 2014

A la lumière des contes...avec Jacqueline Kelen

On continue de penser que les contes de fées s'adressent aux enfants. Or, leur magie ne tient pas seulement aux histoires merveilleuses qu'ils racontent, mais surtout à ce qu'ils cachent : une Sagesse précieuse, qui tantôt circule sous le manteau de Peau d'Âne, tantôt scintille à travers des pantoufles de verre, ou veille silencieusement dans un château endormi... 

Les contes traditionnels ne cessent de tisser des fils entre le visible et l'invisible, se révélant des guides sûrs pour l'âme, exilée en ce monde, à la recherche de son chemin de lumière....






dimanche 23 novembre 2014

La poésie est prophétie avec Lydie Dattas

Il n’y a pas de séparation entre la vie et le sacré. Tout est spirituel. Je ne veux pas porter la couronne de la spiritualité ou de la religiosité. Je me méfie de tous les mots qui finissent par « ité ». Cela me paraît prétentieux de dire que je vais parler de ma spiritualité, d’appartenir à une caste de spirituels. J’essaie juste de vivre le plus profondément, sincèrement possible avec les autres en Dieu, qui est l’abîme intérieur. 

Je suis née dans une famille d’artistes. Mon père était organiste titulaire de l’orgue de chœur de Notre-Dame. Ma mère était actrice de théâtre. Elle souhaitait que je suive le même chemin qu’elle. J’ai pris des cours de théâtre, mais je ne voulais pas être actrice. J’ai très vite compris que le seul rôle que je souhaitais jouer était le mien. J’ai été élevée dans la religion chrétienne, mais je m’en suis émancipée rapidement.

Inapte à m’intégrer dans les cadres scolaires, j’ai cherché dès mes 13 ans ma propre voie dans la poésie. Je me suis fabriqué un monde pour échapper à l’enfer de la récréation, un monde où l’on est consolé par un poème, ressuscité par une phrase. Très tôt, j’ai été marquée par des figures de contes, telles que Neige-Blanche et Rose-Rouge, Shéhérazade. J’ai senti à travers elles qu’il y avait un équilibre à trouver entre le charnel et le spirituel. Shéhérazade a un physique plaisant et en même temps elle raconte des histoires, elle est dans le verbe. C’est la femme qui essaie de combattre le tyran. L’écriture m’a sauvée de la cour de récréation comme du moule de la société.

Mon premier recueil de poèmes, Noone, fut remarqué et publié par Jean Grosjean. Quand j’ai lu cet auteur, tout s’est éclairé. Ses livres m’ont réconciliée avec les Écritures saintes. Ils m’ont révélé un mode de pensée inchangé depuis Abraham, où la valeur suprême est la vie ordinaire et autrui. J’y ai trouvé une pensée de la rencontre et de la personne répondant à ma propre quête. Le but est d’aller vers l’autre et d’établir avec lui un lien de vérité qui ne se confond pas avec les rôles sociaux. Pour Jean Grosjean, Dieu est une personne, et le hasard n’existe pas, puisqu’il est un des visages de Dieu.


... En 1968, je suis allée à Paris pour étudier la philosophie. Puis je suis entrée au Cirque d’hiver. J’y ai rencontré mon futur mari, le dompteur Alexandre Bouglione, et les Gitans, ma famille d’âme. Des gens en chair et en os, plus incarnés que les idées ou les concepts philosophiques que j’avais étudiés, qui réconciliaient la pensée et l’instinct. L’instinct est capital ; la pensée est limitée. L’instinct traverse tout, il voit beaucoup plus loin que les idées. Avec mon mari, nous rêvions de créer un cirque qui serait un lieu de vie sauvage et de pensée vitale à la fois, rappelant un mode de vie biblique. Un cirque dépouillé de tous les numéros spectaculaires habituels, où le sacré reprendrait sa place. Où la joie et la vie seraient présentes. Chez les Gitans, un repas est une messe ; la nourriture partagée, une communion ; le quotidien, une liturgie. Nous avons alors créé le cirque Lydia Bouglione, qui est devenu plus tard le cirque Romanès. 

Ma spiritualité est inclassable. Elle est inédite. Je ne prie pas au sens commun du terme, je ne vais pas à la messe. Néanmoins, je fréquente les églises, qui sont des « maisons » silencieuses où l’on peut réfléchir et méditer. Je lis des auteurs de toutes confessions. Je peux trouver dans des textes profanes des illuminations aussi spirituelles que chez les grands mystiques. Car toutes les pensées intériorisées sont des prières. Jean Genet disait qu’un certain temps de vie nous est donné et qu’il s’agit d’en faire quelque chose. Selon moi, il faut retrouver le sens du sacré, aimer, ce qui consiste d’après Jean Grosjean non pas à regarder dans la même direction, mais être dos à dos pour voir d’où vient l’ennemi, celui qui détruit la vie, hisser la vie à son niveau le plus haut.



source : La Vie

mercredi 10 septembre 2014

Le bambou a son conte...


Il était une fois un roi fameux qui avait un beau jardin. Le soir, dans la fraîcheur, il aimait s'y promener et admirer les plantes. Et quoiqu'elles fussent plus belles les unes que les autres, il avait sa préférée : un bouquet de bambous au bord d'une pièce d'eau claire. Du bambou le roi aimait la sveltesse, les lignes pures et simples. Assis à son ombre, il passait des heures à écouter le bruissement des feuilles, le murmure des branches se balançant ensemble. Le bambou, de son côté, au fur et à mesure de sa croissance, se réjouissait du plaisir de son maître. Or un jour, celui-ci observa le bambou plus longuement que d'habitude , puis lui dit :
- Bambou, je veux me servir de toi.

Le bambou frémit de joie : il avait toujours su dans son coeur que son destin ne se bornerait pas à faire les délices du maître.
- Maître, affirma-t-il, utilise-moi comme tu voudras, j’en serai très honoré.

Le maître reprit :
- Bambou, il faudra que je te coupe.

Le bambou pâlit, horrifié. Toutes ces années de croissance dans le beau jardin n'auraient donc servi à rien ?

- Si je ne te coupe pas, poursuivit le maître, tu ne peux pas m'être utile...

Le jardin fit silence et s'immobilisa ; le bruissement des branches du bambou cessa ; les oiseaux arrêtèrent leur gazouillis. Un long moment passa, puis le bambou déclara d'une faible voix :
- Si, pour t'être utile, il faut que je sois coupé, maître, alors coupe-moi.
- Il me faudra aussi ôter tes branches et tes feuilles.

Le bambou se sent accablé : lui qui avait mis toute sa fierté dans ses branches et ses feuilles! Lentement, avec une grande tristesse, il dit :
- Maître, si tu ne peux m'utiliser qu'en enlevant mes feuilles, prends-les.
- Ce n'est pas tout, ajoute le maître, il me faudra aussi arracher ton cœur...

A présent les ténèbres sont tombées sur le jardin, mais elles ne sont rien comparées aux ténèbres que ressent le bambou. Il faudra donc tout perdre ! Longtemps, il hésite, puis :
- Maître, s'il me faut tout perdre pour t'être utile, prends tout...

Le maître coupe le bambou, le dépouille de ses feuilles et de ses branches, creuse son coeur .
Il sort le bambou du jardin luxuriant, le porte dans les champs arides qui s'étendent sans vie, sous le soleil brûlant. Il le branche à une source d'eau limpide : celle-ci se met à couler à travers le bambou et peut désormais arroser les champs assoiffés.

Les champs se recouvrent d'eau, on plante du riz, des pousses vertes grandissent. C'est encore plus beau que dans le jardin du maître ! Puis c'est la moisson. Des hommes, des enfants chantent de joie ; le bambou et l'eau de la source chantent avec eux.

Histoire vietnamienne.




lundi 1 septembre 2014

Cosmogonie avec Jacqueline Kelen


Partage d'un regard sur les cosmogonies 
telles qu’elles ont été imaginées par d’autres sociétés
(source : France Info)





lundi 24 mars 2014

Les beaux contes font les beaux amis grâce à Jacqueline Kelen


De retour d'un week-end féerique en amicale compagnie avec Jacqueline Kelen, le temps des contes nous a suspendus aux mystères divins et à l'émerveillement sur l'héroïque chemin.
Merci à Jean-Philippe Stine pour son accueil et ses plats exquis. Voici le texte à l'entrée de son hôtel...



[L'amitié] "C'est, plutôt que vivre ensemble, aller de compagnie. C’est une affinité des âmes autant qu’une affection tendre. C’est un voyage au long cours, une montée vers le ciel. C’est s'approcher de l’autre sans vouloir le capturer ni se perdre en lui, s’affronter sans se détruire, faire alliance sans s’aliéner. C’est s’unir sans s’abolir."

Les Amitiés célestes de Jacqueline Kelen


samedi 25 janvier 2014

Stage avec Jacqueline Kelen « L'Atelier des Fées » (22 et 23 mars)

Pourquoi les contes de fées plaisent-ils à tout âge? Pourquoi sont-ils inoubliables? A quel monde merveilleux donnent-ils accès?

Loin d'être réservés aux petits enfants ou de se réduire à des explications psychologiques, les contes transmis par Perrault, les frères Grimm et Andersen sont avant tout des récits initiatiques: ils rappellent la présence du monde surnaturel et éveillent la conscience aux réalités éternelles.

Ils parlent à mots couverts du sentiment d'exil, de la vie brève et de la mort inéluctable, de la puissance de l'amour, de la beauté menacée, de l'innocence mise à mal et des secours célestes.

Durant cette rencontre, nous déchiffrerons le sens caché de quatre contes célèbres : Le Vilain petit Canard, Barbe-Bleue, la Belle au bois dormant, Blanche-Neige. Nous partagerons nos points de vue sur ces récits et verrons comment ils résonnent en notre être profond...

vendredi 6 septembre 2013

Un petit conte de Jacques Salomé



Okinestha, 
La petite fille qui était ce qu'elle était (11 min.)