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dimanche 23 août 2026

Effet nocebo

 Effet nocebo : quand nos croyances négatives rendent malade

Il est moins connu que l’effet placebo : pourtant l’effet nocebo, avec ces attentes négatives qui déclenchent de vrais symptômes, est le plus puissant des deux.

Octobre 1973. Sam Shoeman apprend qu’il a un cancer de l’œsophage avec des métastases au foie. Son médecin, Clifton Meador, lui annonce qu’il n’a que quelques mois à vivre. Le malade tient à fêter Noël en famille, alors il s’accroche à la vie jusqu’au 25 décembre. Puis il décline rapidement et meurt… comme prévu, malheureusement. Mais, surprise : l’autopsie révèle que la métastase n’était en fait qu’un nodule de 2 cm, insuffisant à lui seul pour entraîner la mort. « Il n’est pas mort d’un cancer, écrira Clifton Meador, mais de la conviction qu’il mourait d’un cancer. »

Sam Shoeman est une victime du nocebo, le côté obscur du placebo. Car si le cerveau peut nous aider à guérir, il peut aussi nous faire plonger dans la douleur et la maladie. « C’est exactement le même mécanisme que le placebo, explique Léo Druart, chercheur au TIMC du CNRS. Le cerveau prédit ce qui va se passer. Si cette prédiction est négative, il déclenche une cascade de signaux qui vont dans ce sens. » Plus long à s’estomper que le placebo, le nocebo est aussi le plus puissant des deux effets.


Pourquoi ? Parce que notre cerveau est paramétré pour la survie. Il accorde donc plus d’importance aux informations négatives qu’aux nouvelles positives. Nous y sommes tous sensibles. Il suffit, par exemple, de se mettre à lire la liste des effets secondaires d’un médicament prescrit pour soudain en déclarer quelques-uns. La relation entre le patient et le médecin peut aussi déclencher le phénomène : un rendez-vous qui se passe mal ou même une incompréhension entre le patient et le praticien. Pour les médecins, c’est un vrai casse-tête… Comment informer les patients des effets secondaires d’un médicament sans… les induire ?

Attention à la contagion !

Surtout, l’effet nocebo est… contagieux ! Médias et réseaux sociaux jouent un rôle dans sa propagation. Exemple avec l’affaire du Levothyrox en 2017. Lors du changement de formule de ce médicament pour la thyroïde, des dizaines de milliers de patients ont signalé des effets secondaires : fatigue, chute de cheveux, palpitations… Une partie de ces effets était sans doute liée aux nouveaux excipients utilisés. Mais pas seulement. Léo Druart pointe un autre mécanisme : « Les groupes Facebook ont amplifié les symptômes. Les gens lisaient les témoignages des autres, s’identifiaient et développaient à leur tour des effets qu’ils n’auraient peut-être pas ressentis sans cette exposition. La parole médicale, insuffisamment expliquée, a fait le reste. »

Plus étonnant encore, dans son livre l’Intelligence collective (les Arènes/Markus Haller), Joseph Henrich, directeur du département de biologie évolutive humaine à l’université Harvard, fait un lien entre l’effet nocebo et les pratiques de sorcellerie dans certaines cultures. Il évoque notamment la crainte du « mauvais œil ». « Un individu qui en a peur et qui croit à la sorcellerie peut fort bien produire dans son propre corps des réactions biologiques entraînant la maladie ou même la mort dans des environnements riches en pathogènes, écrit-il. La sorcellerie peut donc réellement causer des réactions concrètes dans le corps d’un individu qui l’en croit capable. » Mieux vaut donc croire à nos superpouvoirs de guérison plutôt que d’écouter le mauvais docteur Nocebo…

Extrait de La Vie

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Conseil personnel : remplacer nocebo par "Oh c'est beau !"

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mercredi 15 juillet 2026

Perte de repères

La canicule nous apprend à modifier notre comportement

Les maladies cognitives aussi ...


Dans nos sociétés nous savons depuis des temps lointains nous défendre contre le froid, c'est devenu un réflexe naturel ou automatique qui ne demande aucun effort de réflexion ou de mise à distance de ce qui nous arrive. La chaleur jusqu'à maintenant n'était jamais considérée comme un danger vital. J'ouvre la fenêtre et je dis: "Oh! la la, il fait encore chaud". Je pense à consulter la météo, mais je n'ai pas le réflexe de fermer rapidement la fenêtre. Je n'ai pas encore compris que s'exposer à la chaleur quand on peut l'éviter est dangereux. Le corps stocke la chaleur comme il stocke le froid et la régulation n'est pas automatique. Dans une période de canicule notre quotidien doit être revisité et réaménagé. Il faut acquérir de nouveaux réflexes que les habitants des pays chauds connaissent déjà. Notre intelligence nous sert à inventer des mots, une langue, des moyens techniques et de nouvelles stratégies pour conserver une vie supportable. En Inde, quand une mère retrouve son enfant chéri on dit que cela lui "rafraichit" le coeur. Dans nos pays tempérés, ce qui nous rend heureux nous "réchauffe" le cœur.

Pour dire les choses simplement il faut changer ses réflexes instinctifs, aller dans tous les détails pratiques pour construire un quotidien adapté, forcément différent.

Quand on se trouve confronté à une maladie cognitive le mode d'emploi habituel "prendre soin d'une personne malade" ne fonctionne pas mieux que celui qui consiste à garder ses habitudes quotidiennes de lutte contre le froid en période de canicule.

Ce que l'on constate en premier lieu c'est que les repères de temps et d'espace du malade ont changé.

Ce que l'on constate en deuxième lieu c'est qu'essayer de le faire revenir dans ses repères anciens est perçu comme une agression (et c'en est une véritablement).

Et on se trouve complètement démuni, comme l'illustration le suggère : Le malade est perdu faute de repères adaptés et l'aidant est tout aussi perdu. Personne ne sait ni ce qu'il faut faire, ni ce qu'il faut éviter. Pour continuer à communiquer avec la personne en difficultés cognitives il faut changer ses réflexes instinctifs. Notre corps stocke les frustrations et le stress, comme il stocke le froid ou le chaud, et ce n'est jamais simple de rétablir l'équilibre quand l'environnement n'est pas favorable.

Colette Roumanoff

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lundi 13 juillet 2026

4 pilules dès maintenant.


Maintenant que l'on se rend compte qu'on est gravement malade, parce qu'on fume trop de CO2, qu'on boit des pesticides, qu'on déguste du plastique à toutes les sauces... quels sont les remèdes ? Chimiothérapie de dépollution qui détruira néanmoins une partie des êtres humains ? Radiothérapie pour changer les rayons de la surconsommation ? Hormonothérapie pour diminuer nos actes basés sur l'argent et le pétrole qui (nous) coulent à flots ?

Que veut-on vraiment ?

Le seul traitement possible est celui d'une transformation intérieure, la seule capable d'engendrer des actes de guérison et non de destruction. Cela est possible pour chacun à sa juste mesure. Cela demande de changer de regard (je suis la Nature) et de prendre un traitement quotidien. 

Prendre au moins quatre pilules en pensant à notre terre :

- la bleue : je m'aime (et je ne me compare pas aux autres). J'ai de la valeur.

- la verte : je suis une partie du tout que je respecte car il me fait exister et grandir. 

- la rouge :  j'apporte ma lumière en agissant au mieux et en développant mes qualités.

- la blanche : je me sens relié aux autres avec justesse.

Ce ne sera pas facile d'avaler les pilules ! Et ce traitement est à prendre à vie, car le trouble humain a une grande force de récidive !




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samedi 24 janvier 2026

Maladie et mort

 Que voulez-vous dire?



C.A. : Notre équipement neurobiologique n’est pas conçu pour affronter tranquillement l’idée de notre propre mort : comme un animal entre les griffes d’un prédateur, l’humain doit se battre jusqu’au bout pour sa survie. Concevoir notre finitude reviendrait, pense-t-on, à se laisser dévorer sans bouger. Donc on se débat, on refuse la possibilité de mourir, on évite même d’y penser. Toutes les civilisations ont tenté d’apprivoiser la mort, de lui trouver un sens, une explication : « N’ayez pas peur, il se passera des choses après, et vous y aurez accès si vous vous comportez bien. » Ça ne suffit pas. La mort reste un impensé total, et on continue de faire des efforts désespérés pour ne pas voir l’éléphant au milieu de la pièce. Si c’est comme ça qu’on tient, très bien. Mais à certains moments, quand la fin approche ou se précise, on n’a plus le choix : parler de ses peurs peut alors nous amener à une forme de paix. C’est ce qu’on a voulu faire dans ce livre : accompagner le lecteur sur ce chemin où il fait face à ce qu’il redoute.

Au printemps 2015, on vous a diagnostiqué un cancer du poumon, dont vous êtes aujourd'hui guéri : comment avez-vous vécu cette traversée?

C.A. : D’abord avec une certaine difficulté à accepter la réalité : on a découvert ce cancer tout à fait par hasard. Je ne fumais pas, je ne toussais pas, je n’avais pas maigri, j’étais, certes, un peu fatigué, mais pas plus que ça. En tout cas, aucun symptôme qui aurait pu m’alerter, voire me préparer au diagnostic - si tant est que ce soit possible. J’avais, en revanche, une tumeur au rein, et il a fallu vérifier si elle ne s’était pas propagée sur une autre partie du corps : c’est là qu’on a découvert ce cancer du poumon. J’étais sidéré : pour la première fois de ma vie, j’avais une maladie potentiellement mortelle. Je suis alors passé par le tourbillon d’émotions propres à ces moments-là : il y a de la peur, évidemment, de la colère, de l’envie, même, vis-à-vis de ceux qui, eux, ont fumé ou fument, et pourtant n’ont rien. Mais chez moi, la tristesse a vite prédominé : alors ça y est, c’est déjà fini? Les gens, les endroits, les choses que j’aime, je vais devoir les quitter? Pendant la batterie d’examens qui a suivi, je guettais, sur le visage des médecins, le moindre signe qui m’indiquerait si, oui ou non, mon heure avait sonné. C’était terrible, parce que dans le même temps, je comprenais combien la vie était formidable, et comme je chérissais la mienne. Certes, elle n’était pas sans stress, voire sans emmerdes, mais quand même ! Très vite, ce diagnostic a recalibré mon regard sur les blessures du quotidien.

Que se passe-t-il, pour vous, une fois le diagnostic posé?


C.A. : J’ai eu la chance de pouvoir éviter la chimiothérapie comme la radiothérapie - donc de longs mois de traitements pénibles et douloureux. Mais on m’a enlevé la moitié du poumon, plus les ganglions autour. C’était une très grosse opération, qui a provoqué, chez moi des réactions assez incroyables. La veille, j'ai eu un choc mystique. Pas banal, pour quelqu’un qui. comme moi, vient d’une famille de militants communistes - enfant, on m’avait appris à chanter L’Internationale quand je voyais un curé. Je suis devenu croyant sur le tard, parce que j’ai trouvé un certain réconfort dans la foi. En revanche, je pratique peu. Je vais rarement à la messe, et disons qu’intérieurement j’oscille un peu. Mais là, le soir précédant l’opération, je me retrouve dans la chapelle de l'hôpital et je me mets à prier. Happé par un cocktail d’espérance, d’angoisse et de tristesse, je ressens l’urgence de parler à Dieu. Je commence par le remercier pour toute cette vie qu'il m’a permis de vivre, pour mes études, pour ma femme, pour mes trois filles, pour ces lectures qui m'ont passionné, pour m’avoir fait grandir dans un pays en paix... Et puis, quand même, j’ai la trouille. Justement parce que cette vie, je voudrais quelle continue un peu. Alors je lui dis : « C'est toi le chef, donc c’est toi qui vas décider. Mais franchement. si tu es OK pour me donner un peu plus de temps, je suis preneur. » [Rires] Je suis resté une bonne heure à prier, alternant entre exaltation euphorique et crise de larmes : j’étais en feu. J’ai fini par retourner dans ma chambre, mais j’ai encore connu quelques phases de grande, grande intensité émotionnelle.

Racontez-nous._

C.A. : Par exemple, juste après l’opération. Je suis dans mon lit. avec toutes ces tubulures et ces perfusions, quand j'ai une attaque de gratitude - comme on peut avoir des attaques de panique : éperdu de reconnaissance pour les infirmières, pour mon chirurgien, pour son équipe, je dis mon amour pour la médecine, pour la vie. pour l’humanité... Et je reste dans cet état quasi délirant pendant quinze bonnes minutes. Certes, je recevais de la morphine pour moins souffrir, mais ça n’explique pas tout. Les jours suivants, j’ai pu aussi me retrouver à méditer pendant des heures, comme en lévitation, sans même sentir le temps passer. Bref, la maladie m’a fait connaître des secousses émotionnelles si fortes qu’elle m’a profondément transformé. Je me suis juré de ne jamais oublier l’intensité de ces moments-là. Et de me rappeler, toujours, combien le fait même d'être en vie était passionnant.

extrait d'une interview de Christophe André dans Psychologie magazine.
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mardi 5 novembre 2024

Malades par repli envers le futur


 NOUS SOMMES MALADES EN RAISON DE NOTRE FUTUR


A cet effet, il importe de noter que Jung ne voyait pas seulement des causes à une maladie. Il disait que nous étions aussi malades parce que nous n’étions pas ce que nous étions appelés à être. Le dérèglement psychique ou physique porte un sens orienté vers le futur. En somme, nous sommes malades parce que nous ne répondons pas au potentiel créateur que notre inconscient abrite. Nous bloquons l’actualisation consciente de ce potentiel dans notre vie concrète. Aujourd’hui, j’entends cela comme le fait de ne pas exprimer ou manifester son essence individuelle, celle qui correspond aux élans naturels qui nous habitent et que nous avons le goût de manifester sur le plan de l’amour ou de la création. En tout cas, il me semble qu’une telle conception complète bien la vision causale. Pour sûr, il y a des causes à nos maux, toutefois, nous souffrons aussi parce que nous ne sommes pas en train de vivre ce qui nous rendrait plus heureux. Il s’agit d’accepter que notre organisme, grâce à l’intelligence qui lui est propre, nous le manifeste spontanément.

Cela étant dit, il n’y a pas d’intérêt à voir dans ces messages des commandes ou des ordres, il est plus juste de les concevoir comme des rappels de notre nature globale. Il y a un déséquilibre et notre être entier l’exprime par la maladie, simplement, directement, sans fard. Notre rôle est d’écouter ces messages, de tenter de les interpréter et d’entreprendre de changer d’attitude ou de comportement...


...Ce que nous sommes venus exprimer ici n’est pas l’ampleur d’un désastre, mais la perfection même qui nous anime de l’intérieur. Nous vivons pour exprimer la beauté de l’univers que nous portons et qui nous entoure. Tel le bourgeon qui contient déjà la feuille repliée en son sein, nous venons du dedans. Nous avons la vie et nous venons créer de la vie en participant au monde. Nous venons animer cette création collective par nos élans. Voilà pourquoi il est important d’écouter les messages de la maladie et de faire de la place à nos tendances créatrices : c'est que la matière même de notre bonheur réside dans leur expression.

Guy Corneau - Revivre !

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dimanche 1 octobre 2023

Maladive vieillesse

 Thierry Magnin : « Regarder la vieillesse comme une maladie bouscule une forme de dignité humaine ».

Les avancées scientifiques concernant la vieillesse soulèvent de nombreuses questions éthiques : ces bouleversements pourraient changer la manière dont l’humain se perçoit. Éclairage avec Thierry Magnin, prêtre et physicien.

« Vivre mille ans » : cela ressemble à un slogan. Les milieux dans lesquels on l’entend, que j’ai pu fréquenter, sont souvent porteurs des idées transhumanistes. Pour beaucoup de ceux qui les soutiennent, l’idéal humain serait la fusion homme-machine, un cyborg invulnérable qui apporterait une sorte d’immortalité. La machine serait alors parfaite. Les films de science-fiction nous montrent qu’il y a toujours un grain de sable dans ces machines, et c’est souvent cela qui fait le sel de la vie d’ailleurs !

Face à cet idéal, les sciences du vivant opposent une vérité montrée scientifiquement : l’homme doit être vulnérable pour vivre. Il doit être capable de se laisser transformer par son environnement, d’être perméable à celui-ci pour réellement vivre, c’est-à-dire progresser, grandir, s’adapter. L’homme-machine est imperméable à son environnement : on pourrait presque dire que, derrière ses fonctionnalités parfaites, il n’est plus vraiment « vivant ».

On ne deviendrait donc pleinement humain que si l’on accepte notre vulnérabilité ?

Je tiens à souligner la différence entre vulnérabilité et fragilité. La première, comme je viens de le dire, consiste en la possibilité pour les êtres humains d’être en lien avec leur environnement, d’être résilients, et c’est indispensable. Tout vivant est vulnérable. Pour qu’un être humain soit en pleine forme, j’irai jusqu’à dire qu’il doit allier robustesse et vulnérabilité : robustesse pour ne pas se déliter face à tout pépin mais vulnérabilité pour se laisser transformer de l’intérieur. Ensuite, on peut être fragilisée par un événement de la vie, un accident. Cette fragilisation-là nous affaiblit.

En même temps, on peut comprendre l’attrait continu de l’homme pour remédier à la souffrance, pour vivre plus longtemps et mieux !

Oui, et quand la recherche scientifique allie « bio-psy-spi », elle obtient de grands résultats dans la lutte contre les douleurs physiques ! Moi qui ai accompagné pendant une douzaine d’années des personnels de soins palliatifs, j’ai appris qu’en travaillant sur ces trois dimensions, quelque chose change pour la personne en fin de vie. À tout moment de la vie d’ailleurs, une personne peut ne pas avoir de douleurs physiques mais être minée par la souffrance psychique qui accélère alors la venue de la mort.

Extrait de l'nterview de Thierry Magnin dans la Vie

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mercredi 25 janvier 2023

Savoir, et pourtant ne pas agir


Aujourd'hui, la quête de sens est devenue une quasi obsession. Tant mieux, jusqu'à un certain point, car cela nous remet au centre de l'équation de nos vies.

Pourtant, combien d'entre nous l'avons trouvé ce fameux sens, ce vers quoi nous savons devoir aller, et pourtant, nous n'agissons pas.

Parmi toutes les personnes qu'il m'est donné de recevoir et qui disent chercher du sens et une direction, mes statistiques personnelles (et donc subjectives) montrent que 70% d'entre elles savent en réalité très bien ce qu'elles doivent faire. Mais elles ne le font pas, se cachant derrière le pseudo doute.

En réalité, il n'y a pas de doute. Il y a un manque de courage, un fantasme qu'il sera possible de bouger, plus tard, un jour, à moindre mal, pour soi et ô suprême excuse altruiste, pour les autres.

Bullshit.

Voici ce qui se passe si on ne bouge pas lorsque les choses sont claires :

1) Manifestations psychosomatiques fonctionnelles (mois, à années). À ce stade : réversibilité totale et liberté ultérieure de décision ++. Si obstination à ne pas bouger, step 2.

2) Manifestations psychosomatiques lésionnelles curables (après plusieurs années, souvent plus que 7, dépend de l'âge). À ce stade, réversibilité totale avec intervention externe, ou partielle. Liberté de décision ultérieure +. Si obstination à ne pas bouger, step 3. 

3) Manifestations psychosomatiques lésionnelles dépassées. Curables par remplacements, parfois incurables. Liberté de décision ultérieure : faible.

La nature se fout complètement de la bienséance sociale, elle est bien plus archaïque, puissante et sauvage que ça. Son projet est notre déploiement complet. On n'entrave pas un projet aussi fondamental sans conséquences.

Souvenons-nous d'une chose : plus nous assumons vite et incarnons notre souveraineté, plus notre liberté, ainsi que celles de nos proches, est respectée.

Et plus nous participons au déploiement de toutes et tous, et du Tout. 

C'est le message brut et sauvage du principe qui meut l'univers entier. Et qui ne craint aucunement de nous recycler au besoin, pour nous relancer dans une nouvelle ronde créatrice. Il a l'éternité devant lui, et donc tout son temps.

Bonne pratique et bon...courage !

Fabrice

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mardi 16 août 2022

« L’être humain, cancer de la Terre ? »

 


Une image en dit souvent beaucoup plus et beaucoup mieux qu’un long discours. Certaines conversations particulièrement imagées deviennent alors des messages qui ne peuvent nous laisser indifférents. Je me rappelle quelques paroles échangées avec Maurice, un jeune médecin camerounais, fils d’un guérisseur traditionnel, qui était venu en Europe pour se former à la chirurgie urologique (la spécialité que j’ai longtemps pratiquée). Nous étions en train d’opérer un patient dont la vessie était envahie par une grosse tumeur cancéreuse. Nous avions déjà procédé à l’ablation de l’organe malade et nous nous apprêtions à reconstruire un réservoir urinaire à l’aide d’un morceau d’intestin. Vaste et long chantier durant lequel nous avions tout le loisir de bavarder.

« Quelle curieuse maladie que le cancer, me dit Maurice.

— Pourquoi dis-tu cela ? je lui demande.

— Parce que c’est une maladie extrêmement vivante. Tout à coup, des cellules se mettent à proliférer de façon exagérée et incontrôlée. Jusqu’à envahir l’endroit où elles sont nées. Animées par une vitalité débordante, elles finissent par se répandre en dehors de cet endroit. Elles s’implantent ailleurs, dans d’autres organes où elles continuent de proliférer. La logique des cellules cancéreuses est celle de la croissance et de l’expansion à tout prix. Quitte à tuer l’organisme dont elles sont issues.

— Tu as raison, c’est une logique absurde. Le cancer est une maladie très vivante, assurément trop vivante.

— Pour en guérir, il faut sans doute être plus vivant que lui. Encore faut-il comprendre ce que signifie “être vivant”. »

La remarque de Maurice me rappelle que le cancer ne survient pas par hasard. Nous savons aujourd’hui qu’il s’agit d’une « maladie de civilisation », un mal qui plonge ses racines dans nos stress, nos pollutions et toutes sortes de comportements potentiellement dangereux pour la santé. Une maladie trop vivante qui révèle notre incapacité de bien vivre. Car bien vivre ne demande pas de la croissance à tout prix. Cela ne réclame pas non plus une décroissance. Mais plutôt un équilibre et de l’harmonie. Ni trop, ni trop peu.

« En fait, nous (les êtres humains) nous comportons un peu comme des cellules cancéreuses, me dit Maurice avec un regard malicieux. Nous sommes aussi extrêmement vivants. Nous cherchons aussi à proliférer et à envahir l’endroit où nous sommes nés. Quitte à abîmer la Terre, dont nous sommes issus. Ne serions-nous pas le cancer de la Terre ? »

À ce moment de notre conversation, une petite artère s’est mise à saigner. Je n’ai donc pas pu répondre à la question de Maurice. Mais, en y repensant, je ne peux m’empêcher de visualiser cette image d’un être humain qui se comporte comme une cellule cancéreuse. Et je me dis que mon jeune assistant n’était pas dépourvu de sagesse en utilisant cette comparaison. Il n’était probablement pas le fils d’un guérisseur traditionnel africain pour rien.

Thierry Janssen

Source : Psychologie magazine

lire aussi : https://spinescent.blogspot.com/2020/04/lhomme-est-le-cancer-de-la-terre.html

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samedi 30 avril 2022

Un urgentiste en réanimation


De l'autre côté du miroir Témoignage d'Olivier Debas

Gilles Farcet : J'ai souhaité partager ici ce beau témoignage de mon ami de très longue date Olivier Debas , médecin urgentiste et hypno thérapeute, élève de François Roustang. Il évoque ici son incursion "de l'autre côté", juste avant le premier confinement. Rien de polémique ici, juste un magnifique témoignage de lâcher prise.

De l’autre côté du miroir,

Ma femme, effondrée, vient de me déposer sur le parking des urgences. Je me dirige péniblement vers l’interphone de l’entrée des Urgences réservés aux patients suspects de COVID-19 avant d’appuyer sur l’interphone. A cet instant, et avant même que la porte ne s’ouvre, cela ne fait plus l’ombre d’un doute, je viens de passer de l’autre côté. Je suis malade et n’ai pas été épargné du SARS- CoV-2 dont la présence s’est fait sentir depuis plus d’une semaine. Ceci très certainement dans les suites d’une expédition demandée par l’ARS dans un EHPAD pour effectuer des prélèvements avec la cadre de mon service cinq jours plus tôt encore. Et ce qui semblait de prime abord anodin, des céphalées, des courbatures, des frissons et une petite asthénie, s’est aggravé depuis quarante-huit heures. Beaucoup de fièvre, une fatigue inhabituelle, un peu de toux et un essoufflement dont j’ai à ce stade à peine conscience. C’est alors que j’ai décidé de prendre les choses en main, de sortir de mon isolement pour me livrer à l’expertise et aux soins de mes confrères. Je l’ignore encore mais je vais être hospitalisé 17 jours loin des miens puisque toute visite sera désormais interdite. En USC d’abord dans le pôle dont j’ai la responsabilité et après un scanner thoracique et des gaz du sang sans appel. Puis rapidement transféré via le SAMU à Chambéry en pneumologie, et même en réanimation où j’échapperais à la ventilation invasive avant de retourner en USC puis en pneumologie à nouveau.

Dès mon arrivée ce jour-là aux Urgences, il me faut m’abandonner. Aux différents examens et soins prescrits, des plus inoffensifs comme la toilette aux plus redoutés comme les ponctions artérielles. Se laisser faire sans offrir la moindre résistance, s’effacer en quelque sorte au point de se réduire à être vivant comme l’a si bien explicité François Roustang. Abandon rendu toujours plus intense et nécessaire pour éviter une consommation accrue d’oxygène durant ces premiers jours où mon état respiratoire va s’aggraver dangereusement au point de me conduire en réanimation. Abandon suggéré et rappelé aussi par un manque cruel d’air, enfant d’abord lors d’une crise d’asthme puis beaucoup plus tard, lors d’une plongée sous-marine et de ce qui m’avait permis alors d’éviter le pire : ne plus rien faire, ne plus penser, attendre patiemment avant que le souffle reprenne son cours normal. S’abandonner donc, à plus grand à ce qui nous dépasse infiniment et avec confiance. Je me souviens alors en réanimation et en plein orage cytokinique comme on l’appelle désormais, m’être laissé aller à jouer de ces frissons intenses, de ces décharges comme des éclairs, à en ressentir les nuances et les embardées du début à la fin sans opposer la moindre résistance.

Mais aussi, après 23 ans passés en réanimation avoir pensé à ces patients intubés, ventilés profondément sédatés, curarisés au devenir incertain, sur le fil du rasoir, dont certains n’auront jamais eu l’occasion, ni eux, ni parfois leurs proches, de se dire adieu...

Une telle issue et son cortège de souffrance m’a traversée l’esprit mais sans s’y attarder. Une possibilité parmi d’autres et non comme une certitude. Les émotions sont un luxe que je ne peux me permettre, j’ai besoin de toute mon énergie. Revenir au corps ici et maintenant, tel qu’il est, voilà où je suis vraiment, seule certitude. Primum non nocere, ne pas nuire et en l’occurrence ne pas lui nuire. Lui permettre d’être installé aussi confortablement que possible comme lors d’une séance d’hypnose. S’assurer de la proximité de la sonnette, de l’urinal, du portable qui continue de me relier au monde et aux miens. S’évader aussi parfois en s’émerveillant d’un reportage animalier, de la force de la nature, de la vie. La vie encore et toujours, celle que le corps va finalement choisir de reprendre le cours. C’est lui bien sûr et pas moi, qui a “fait le job” et qu’il me faut remercier. Ainsi, bien sûr, que toutes celles et ceux qui ont pris soin de moi pendant ces 17 jours. Après les retrouvailles et sur la route d’un retour chez moi, chez nous, je regarde, émerveillé le lac du Bourget étincelant, avec de grands miroirs, calme et tranquille comme jamais.

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mercredi 7 juillet 2021

Avant de partir...

« Le second moment de ma vie, à 26 ans, correspond à un tournant radical ; il s’agit de l’injonction de mon père, des derniers mots qu’il a écrits à mon intention avant de se donner la mort : « Sois raisonnable et humain. » D’un point de vue purement intellectuel, la direction de ma vie a consisté à essayer de faire des choix dont mon père aurait pu se satisfaire, et également des choix montrant que j’étais resté humaniste quoique ne faisant plus du tout l’hypothèse du bon Dieu. »

« Je me demandais quelle serait mon attitude en m’approchant de la mort : voilà, je m’en approche, et je le vis. Je ne le fais pas en chantant, j’aime la vie. Mais je ne le fais pas non plus dans la terreur, je le fais avec détermination. C’est une période très importante de ma vie. J’ai souvent dit que personne n’est autre chose que ce qu’il fait : imaginons qu’il me reste trois ou quatre semaines à pouvoir faire, alors le choix de ce que je fais, la manière dont je le fais, sont plus importants que jamais. »

Axel Kahn



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dimanche 7 mars 2021

Comment... annoncer le pire

 À la faculté de médecine, aucun cours n'explique aux futurs jeunes médecins comment annoncer à une mère que son enfant est mort noyé, à un mari que son épouse n'a pas survécu à un accident de voiture, à un fils que son père a succombé à une hémorragie cérébrale après un malaise. Maladie grave, décès brutal, crise cardiaque... Nous ne sommes pas formés à ce moment que nous devons pourtant affronter très fréquemment aux urgences hospitalières. 


Autant les annonces de cancer sont codifiées dans une procédure prédéfinie de longue date, autant pour le reste c'est le grand vide. Nous devons improviser dans une forme de solitude. J'ai, pour ma part, appris de mes pairs, en les observant directement sur le terrain.

Le temps

Je prends le temps qu'il faut, plus d'une heure si c'est nécessaire.

L'environnement

Je me place à la hauteur de la personne, dans un lieu calme et isolé.

Les mots

J'explique ce qu'il s'est passé en y allant le plus progressivement possible.

L'empathie

Je propose de l'eau, un café, j'essaie d'avoir une petite attention gentille, d'être dans une relation empathique. J'observe le langage non verbal de la personne en face de moi pour adapter mon discours. Est-elle nerveuse ? apathique ? Va-t-elle s'évanouir ? Je suis aux aguets.

La clarté

Je m'assure que le message est bien passé, que tout a été bien compris puis je réponds aux questions.

Le débrief

Après l'annonce, je débriefe toujours avec l'équipe - aides-soignantes, infirmières, médecins, etc. - car il arrive que je me sente mal, que certains hurlements de proches endeuillés résonnent encore dans ma tête, que je me projette dans une situation douloureuse, surtout quand cela concerne des jeunes gens ou des bébés. Je ne reste pas insensible. Je peux aussi avoir besoin d'en parler avec mon épouse en rentrant à la maison. Infirmière en réanimation, elle me comprend. Elle-même est parfois confrontée à des situations difficiles. Elle est toujours d'un grand soutien pour moi.

François-Xavier Moronval

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(source : La Vie)

dimanche 3 novembre 2019

La différence en somme...


"Il faut toute une vie pour approcher l'univers et la culture de l'autre. Et encore ! On ne comprend jamais tout à fait. De toute façon, l'urgence est d'aller très lentement" (...)
Et si l'essentiel d'une vie consistait à accueillir l'ébranlement, la secousse, le dérangement causé par l'autre ?

Sans l'étranger, le mythe socioculturel dans lequel j'évolue m'apparaîtrait monnaie courante et la seule monnaie. L'autre me révèle mon mythe et je lui révèle le sien. Le monde s'agrandit.
" Si tu penses comme moi tu es mon frère. Si tu ne penses pas comme moi, tu es deux fois mon frère car tu m'ouvres un autre monde", ainsi parlait Hampaté Bâ.

L'invitation n'est pas de mélanger les différences dans une soupe immonde - one way of life -, ni d'abandonner nos visions et nos loyautés mais de les faire se frotter les unes aux autres comme silex pour qu'en jaillissent les étincelles qui éclairent la nuit du monde.

En hébreu, le mot " malade", ( mahala) signifie "tourner en rond". Le malade est celui qui tourne en rond, qui s'est rendu prisonnier de lui-même, qui s'est mis en enfermement.
L'autre, cet intrus, cet empêcheur de tourner en rond, opère une brèche dans les fortifications conscientes ou inconscientes que j'ai dressé autour de moi. Il me libère du piège qui s'était refermé sur moi "

Extraits du livre " N'oublie pas les chevaux écumants du passé"
Christiane Singer


samedi 12 octobre 2019

jeudi 13 juin 2019

Aime toi...



Pourquoi sommes-nous si lents à comprendre qu’il est de l’intérêt de tous que nous nous aimions nous-même ? Certes, on nous a beaucoup répété : « Préoccupe-toi d'autrui, ne te centre pas sur toi. » Prendre soin de soi équivaudrait à du narcissisme, du nombrilisme, de l’égoïsme, de la futilité. Quant à la fameuse phrase « aime ton prochain comme toi-même », elle a été vidée de sa substance, la deuxième partie ayant tout simplement été occultée. 

Nous sommes conditionnés par de nombreux autres messages du même genre reçus dans l'enfance, tels que : « Dépêche-toi », « Fais plaisir », « Fais des efforts »... Obéir à ces messages nous éloigne de nous-mêmes, nous décentre, nous empêche souvent de respecter nos besoins personnels de base. Or, chaque fois que nous ne respectons pas l’un de nos besoins fondamentaux, s’active en nous un agent stressant. Et le cumul des agents stressants diminue l'activité de notre système immunitaire, perturbe notre balance hormonale, etc. Parfois, tomber malade est le seul moment de repos possible, un moyen acceptable pour prendre soin de soi sans culpabiliser.

Que faire pour sortir du piège ? Prendre conscience des messages reçus dans l'enfance et travailler à les assouplir (parfois l'aide d'un psychothérapeute est indispensable). Apprendre à reconnaître les besoins de son corps, les respecter et les faire respecter suffisamment (ce qui n'est pas un mince travail). S'entraîner à pratiquer de manière progressive une ou plusieurs techniques de réharmonisation du corps et de l'esprit (respiration consciente, méditation, relaxation, imagerie mentale, exercices énergétiques, arts martiaux, etc..). Attention, tout ceci restera vœux pieux si le plaisir n'est pas au rendez-vous !  

 Source : Nouvelles Clés

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vendredi 19 avril 2019

Quand le silence des mots réveille la violence des maux (3)

La cause d’une maladie n’est pas son sens

Dans trop de démarches de compréhension et de « soins » il y a confusion entre la recherche de la cause (pour expliquer, justifier la maladie) et la tentative d’en comprendre le sens.
Trop souvent, en effet, nous donnons une explication à la maladie, c’est-à-dire que nous trouvons une cause matérielle ou physiologique ou une cause psychologique. « Depuis que mon mari m’a quittée, j’ai des insomnies ».
Cette tentative d’explication d’une somatisation, d’un dérangement, d’un dysfonctionnement constitue pour moi un leurre. Il ne s’agit pas de rechercher la cause, l’explication de la maladie, du traumatisme mais bien sa signification, c’est-à-dire concevoir la maladie comme un langage dans une chaîne de signifiants qui nous échappe. Ainsi les insomnies de cette femme peuvent avoir comme sens une auto-privation, une punition qu’elle s’inflige pour avoir désobéi à son père qui lui avait dit: « tu ne dois pas te marier avec un type comme ça, tu me déçois beaucoup ». Cherche-t-elle ainsi à renouer avec son père, à lui marquer son allégeance: « tu avais raison papa, regarde comme je suis punie ». Nous n’en savons rien, mais en « travaillant » sur la recherche du sens, plus que de la cause, nous obtenons souvent un changement, un abandon du symptôme, une restructuration d’une relation essentielle.
Quelle signification prennent ces otites chez ce bébé? « Maman, tu ne m’entends pas, tu n’entends rien ». C’est bien d’oreilles à déboucher qu’il s’agit, mais pas de celles que l’on croit.
Combien de psoriasis invincibles, traités, soignés depuis plusieurs années par des dermatologues compétents… mais parfois sourds, vont « éclater », se dissoudre littéralement quand la violence qui les contient pourra se dire.
La colère terrible de cette femme de trente-deux ans contre sa sœur qui lui avait volé le prénom de sa poupée… à cinq ans, lui permettra de « lâcher » un psoriasis tenace… qui ne demandait qu’à être entendu !
C’est le retour du refoulé qui va libérer ces points de fixation, d’ancrage et permettre de lâcher prise sur une « inscription, un germe de conflit, un point de tension ».
Bien sûr, la mère de cette jeune adolescente de treize ans ne sait pas qu’elle inscrit dans le corps de sa fille un « jugement sans appel » contre ces gens qui ne savent pas aimer une seule personne à la fois » (elle parlait peut-être de son ami qui a plusieurs relations). Et quand cette jeune fille de quinze ans va se sentir attirée par deux garçons à la fois… elle sera prise de violentes crises (diagnostiquées comme crises d’appendicite) – c’est son conflit qu’elle dira (je tiens à eux, à tous les deux) ou son attachement à sa mère (je ne veux pas la décevoir) et à l’image qu’elle a intériorisée (je ne veux pas être vue comme une fille facile ou une putain..). A la troisième crise (quelques minutes avant de partir à l’hôpital pour l’opération de l’appendice), un échange avec un ami de passage « ouvrira » le conflit, fera éclater « l’abcès » de ses contradictions et lui permettra de s’accepter mieux dans ses attirances multiples.
Stéphane a huit ans, c’est le soir de son anniversaire. Sa mère, célibataire, a réuni autour de lui ses grands-parents et une tante. Tout s’annonce bien, il est joyeux, détendu. Et puis le téléphone sonne, c’est l’ami de sa mère qui souhaiterait passer quelques jours avec elle. Elle l’invite, donc. Très peu de temps après l’arrivée de l’ami, Stéphane commence une poussée fébrile, il sera ausculté, palpé avec prise de température, il a 40°8. Il s’alitera. Le repas d’anniversaire se passera sans lui… autour de l’ami de maman.
Cette petite fille de dix ans et demi rentrant de camp de ski fut prise de maux de ventre violents, de vomissements, de malaises. Cela dura plus de deux mois jusqu’au moment où elle put dire à sa grand-mère qu’elle avait embrassé un garçon sur la bouche et qu’elle avait entendu à la radio que le sida pouvait s’attraper par le baiser.
Paule, mariée depuis douze ans, deux enfants, est enceinte pour la troisième fois. Son mari n’accepte pas sa grossesse et lui dit: « si tu gardes ce troisième enfant… je divorce. » Paule fera une IVG et depuis, elle a des hémorragies importantes, brutales, irrégulières. Sur le plan physique « tout est en règle ». Qui lui permettra « d’entendre » où se trouve sa blessure? Qu’est-ce qui saigne en elle? Qui l’écoutera pour qu’elle entende, elle, cette partie blessée qui s’est révélée avec l’interruption de grossesse? Paule mettra ainsi six ans (avec l’aide d’un tout petit évènement) pour découvrir et reconnaître que ce qui était blessé, « fissuré » en elle, c’est la relation avec son mari. L’enjeu qu’il avait posé, « c’est moi ou l’enfant », avait cassé quelque chose dans leur relation… et le sang des hémorragies disait cette béance entre eux.
Il s’appelle Jean et c’est le prénom du frère de la mère, mort très jeune. Il porte ce nom comme une trace, celle de la blessure vécue par sa mère, petite fille, qui adorait ce grand frère. Comment peut-il avoir du plaisir et se présenter comme un être de sensualité? Sa fidélité… lui dictera de s’autopunir, de s’anesthésier au niveau des sens et du plaisir et de ne pas entretenir trop vivante la vie qu’il porte. Jean a une relation suivie avec une jeune femme depuis six ans, mais il n’éprouve « aucun plaisir avec elle ». Ses érections ne le conduisent qu’à s’introduire puis à attendre… et il ne se passe rien. Son « impuissance » à entrer dans le plaisir le conduit à consulter un sexologue.
Pierre est un Israélien qui fait ses études en France. Il fréquente une jeune fille avec laquelle il vit et dans quelques mois, il aura son diplôme d’ingénieur. Ses parents décident de venir le voir, avec l’intention de lui rappeler ses engagements à l’égard de son pays, c’est-à-dire qu’il devra rentrer après son diplôme. Pierre est partagé, il aime son amie, il s’est attaché à la France et n’envisage pas de rentrer « tout de suite » dans son pays. Quand ses parents décident d’abréger leur séjour et de repartir, Pierre propose de les accompagner en voiture à l’aéroport. Sur l’autoroute, juste à quelques kilomètres de l’aéroport, il s’arrête dans un parking pour satisfaire un besoin élémentaire et… en descendant simplement de sa voiture… il se casse une jambe (double fracture, hospitalisation, plaques de fixation…). Pierre, lui, ne croit pas du tout que cet « accident » a un quelconque rapport avec son conflit et sa relation à ses parents… ou à son amie. Si nous ajoutons que la première épreuve de son examen devait avoir lieu la semaine suivante… qui faudra-t-il convaincre ?
Jeanne a décidé de se marier quoi qu’il arrive avant la fin de l’année. Le jour du réveillon du nouvel an, au cours du repas, elle s’engage à l’égard d’un ami, de façon impromptue mais formelle… Toute sa famille est présente. Et le lendemain matin elle se réveille « malade comme une bête ». Pendant trois mois, elle sera malade tous les jours avec les mêmes symptômes (maux d’estomac, brûlures, maux de tête…). Au bout de trois mois elle part au Maroc avec son ami et décide de prendre la pilule. Au retour, les symptômes s’amplifient et se polarisent sur les huit jours précédant les règles. « Chaque mois pendant toute une semaine j’étais malade à en crever ». Elle se marie à l’automne et pendant seize ans elle sera ainsi chroniquement malade, dérangée, en souffrance plusieurs jours par mois… sauf dans les deux périodes de sa grossesse. « Les nausées de la grossesse, connais pas… ». Dans son couple, pendant toutes ces années, pas de disputes, pas de reproches, pas de revendications. « Jamais un mot plus haut qu’un autre, mais jamais plus bas non plus… ». « Nous étions vus comme le couple idéal ». Un jour un conflit éclata entre son mari et elle. « Une sorte de révolte m’a prise. J’ai hurlé, je suis malade depuis que je te connais, je n’avais rien eu avant… Tu te présentes comme une victime mais c’est moi qui suis coincée dans notre relation ». Après cette « sortie » sauvage, véhémente, mes maux disparurent et je retrouvai ma santé de jeune fille… mais la relation avec mon mari, elle, devint difficile, c’est-à-dire réelle. J’avais commencé à changer et surtout à reconnaître combien mon engagement du réveillon de fin d’année était un passage à l’acte et non un véritable désir… que j’avais payé pendant tant d’années avec mes somatisations. J’ai pu dire plus tard à mon mari que la colère que j’exprimais envers lui, c’était contre moi que je l’avais de m’être dupée moi-même. »
Marie, mère de trois enfants, a perdu à neuf ans son père qui en avait trente-neuf. Elle se souvient bien de l’évènement. Elle faisant ses devoirs à la fin de l’après-midi, à la « tombée de la nuit », quand son père s’est levé, a fait quelques pas puis est tombé comme une masse près de la cheminée. Pendant des années elle a vécu ce moment précis, la « tombée de la nuit », avec agitation, irritation, « une sorte de malaise ». Elle reliera son comportement au souvenir de la mort du père le jour même de son anniversaire… à trente-neuf ans.
Les associations de dates sont inscrites en nous et se réactivent à des moments-clés pour dévoiler une situation difficile ou inachevée.
« Chaque fois que je me mets en situation conflictuelle sans pouvoir exprimer ma position, sans pouvoir être entendu, j’ai un incident, un accident de voiture, jamais grave mais… coûteux (tôles froissées, phares, portières, roues…). Aussi j’ai pris l’habitude, après un conflit non ouvert, de prendre un taxi… »

Esquisses thérapeutiques

Si nous acceptons que les « maux » produits par le corps (et qui deviennent parfois des maladies et des somatisations fonctionnelles) sont des langages symboliques, cela veut dire qu’il sera possible de les soigner non à partir de leur symptôme mais à partir du sens, du discours caché dans lesquels ils s’inscrivent, et de les traiter par des réponses symboliques. Ainsi nous proposons parfois des « réponses symboliques » qui vont être entendues et devenir des éléments actifs dans la guérison ou provoquer la disparition des symptômes.
Le petit Thomas, six ans, a depuis deux ans et demi de l’asthme. Son père a quitté la mère quand il avait trois ans et demi (c’est l’élément déclencheur). Il joue seul, refuse d’intégrer frère ou sœur dans ses jeux, refuse la vie sociale proposée par la mère, se coupe de tout. Il dit souvent: « j’aime pas l’air de cette maison, je préfère l’air de papa ». Nous proposons à la mère d’utiliser une grande bouteille (appelée Dame-Jeanne) sur laquelle elle collera une étiquette: « Bonbonne d’air de papa », avec un petit tuyau pour aspirer. Et ce jour-là, Thomas joue dans sa baignoire, appelle sa mère et lui dit: « regarde, je fais le poisson, je respire sous l’eau ». Elle nous dira: « il n’a plus fait de crise d’asthme de ce jour. »
Nous proposons aussi ce que nous appelons des jeux, des prescriptions symboliques portant sur un aspect du discours ou du symptôme entendu comme ayant une forte charge symbolique. Il nous est arrivé de prescrire à une personne de faire écouter du Mozart à ses reins ou à son foie. De faire visualiser sa nuque comme une éponge desséchée qui se gonfle lentement, lentement d’eau en descendant dans la mer…
Le petit René, quatre ans et demi, va à l’école maternelle pour la première fois et dès le troisième jour se met à faire caca dans sa culotte. Son père se fâche, le menace et lui promet une raclée s’il continue « car tu es grand maintenant ». René dira à sa mère: « je ne peux pas me retenir, ça sort tout seul, ça pousse et ça sort ». Nous proposons à sa mère de lui raconter sa naissance. Elle éclate en sanglots: « je ne lui ai jamais parlé de ça pour ne pas le traumatiser, il est né par césarienne ». Elle accepte cependant de lui dire son vécu à elle, la décision prise par l’obstétricien… Elle nous dit que les difficultés anales de René ont disparu dès le lendemain de ce récit.
Cet enfant avait douze ans lorsque son père s’est suicidé par pendaison. Le silence autour de cet évènement tant du sa famille que dans sa vie fait que souvent il a mal au larynx (étouffements, étranglements). Pendant trente ans de sa vie, il subira de multiples opérations: amygdales, kyste, ganglions autour de la gorge, du cou, de la nuque. Dans un jeu symbolique il parlera à son père et lui dira sa colère… et son amour, sa fidélité aussi à travers toutes ses cicatrices. Autant de preuves de l’existence de ce père qui s’est dérobé trop tôt… et à qui il a été impossible de dire « je t’aime et je t’en veux ».
En conclusion provisoire…
Dans cette démarche qui consiste à écouter les maux du corps pour mieux l’entendre se dire, l’écueil à éviter sera la confusion entre la cause et le sens. Nous avons trop tendance à rechercher la cause, c’est-à-dire l’explication d’une chose. Nous remplaçons trop facilement la compréhension qui est une recherche du signifié par l’explication qui est une recherche de savoir, de contrôle et de maîtrise.
Trop souvent nous parlons de notre corps… nous parlons sur lui au lieu de lui laisser la parole. Nous pouvons aussi « parler » à notre corps avec des langages symboliques.
Nous avons surtout le besoin d’être entendus, d’être écoutés plus que d’être contrôlés. La qualité de la relation avec autrui passera par notre capacité à être un meilleur compagnon pour soi-même mais ceci est déjà une autre histoire.
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BIBLIOGRAPHIE
PARLE-MOI, J’AI DES CHOSES À TE DIRE, par Jacques SALOMÉ, Ed. de l’Homme
RELATION D’AIDE ET FORMATION À L’ENTRETIEN, par Jacques SALOMÉ, P.U.L. Lille
LES MÉMOIRES DE L’OUBLI, par Sylvie GALLAND et Jacques SALOMÉ, Ed. Le Regard Fertile
1 La pire des solitudes, ce n’est pas d’être seul, c’est d’être un mauvais compagnon pour soi-même.
2 Nous savons tous le nombre d’infections vaginales, tenaces, douloureuses, qui s’installent sans « causes » évidentes, avec des analyses négatives. Elles disent souvent les malentendus, les refus non exprimés, les « violences » relationnelles

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jeudi 18 avril 2019

Quand le silence des mots réveille la violence des maux (2)

Les séparations, les pertes

Elles sont vécues à des degrés divers, suivant l’âge et la phase de développement. Souvent l’émotion, les sentiments réels qui s’y rattachent ne sont pas directement exprimés, ne peuvent être dits, le travail de deuil ne peut se faire… et cela va s’inscrire dans le corps, dans un signe, une trace qui se révèlera plus tard à partir d’un petit évènement déclenchant.
Cet homme de cinquante ans raconte avec une émotion intense faite de désespoir et de colère mêlés cet épisode de ses sept ans où au retour de l’école il découvre « Boum Boum » son ami le cochon, éventré contre le mur de sa ferme. Son père avait tué son meilleur ami, son confident. Il se cacha toute la nuit avec un sentiment immense de culpabilité. « Il n’avait pas su protéger son ami ». Et pendant de longues années, aux temps de Noël, il trouvera toujours moyen de se blesser, de se tailler, de se couper, de se mutiler. Son corps porte la trace de nombreuses cicatrices… qui témoignent de son impuissance à sauver son animal préféré, « l’être le plus cher au monde » dans cette période de sa vie.
Cette femme, mère de quatre filles, est allergique « depuis toujours » dit-elle (il faut toujours se demander quand commence le « toujours » dans une vie). Allergie à certaines odeurs et pollen, liée à la perte d’une poupée jetée à la décharge parce que « trop vieille, trop sale ». « Tu ne vas pas garder cette cochonnerie dans ton lit » avait décrété la mère. Et chaque année au mois d’octobre (mois où la poupée avait été jetée), elle produit une sinusite infectieuse, tenace, agressive. Ces traces en elle furent retrouvées, le jour où en rangeant le grenier elle découvrit la première poupée de sa fille et éclata en sanglots, sans comprendre nous dit-elle.
La petite Louise avait neuf ans quand elle perdit sa mère nourricière, la seule mère qu’elle ait connue. Celle-ci avait soixante ans au moment de sa mort et cinquante et un ans plus tard Louise, devenue grand-mère, fit une dépression nerveuse. Elle dira bien longtemps après à son fils: « Tu sais, moi aussi j’avais pensé mourir à soixante ans comme ma mère ».

Les messages anciens de fidélité ou de réparation

Ils se jouent souvent sur le mode de la soumission, de l’identification ou de la dette.
Jean, trente-sept ans, produit plusieurs fois par an des sinusites, des rhumes mauvais qui se prolongent longtemps. Jusqu’à ce qu’il puisse dire à sa mère avec quelques trente ans de retard « la vérité » sur un évènement de son enfance. A sept ans il avait failli se noyer et avait caché cela à ses parents. Ce jour-là, oui, en l’écoutant enfin, sa mère ouvrit ses bras et lui dit: « mon pauvre petit ». Il put pleurer longuement et « lâcher » à ce moment- là toute l’eau angoissante qu’il avait gardée pendant tant d’années… et « lâcher » ainsi ses sinusites chroniques.

Fidélité à des messages anciens, à des engagements à tenir, à des réparations à faire.

Cette ex-petite fille a voulu « redonner » et « offrir » ainsi à sa mère le petit bébé que celle-ci avait péri lors d’une fausse couche, un petit garçon, par exemple, qui aurait comblé de joie la grand-mère; mais dans l’histoire conjugale de ce couple, il n’y avait pas de garçon, « seulement » trois filles… et quelques années plus tard cette femme (l’ex-petite fille) produira un kyste sur l’ovaire gauche (à la table familiale la mère était toujours à sa gauche).
Oui, quand nous écoutons, quand nous acceptons de laisser s’associer tant de signes produits par le corps, nous commençons à entendre des histoires fabuleuses… et pas nécessairement dramatiques.
La mémoire du corps est incroyablement riche et il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elle se dise. Il arrive ainsi au corps de hurler dans le silence des mots. Ne dit-on pas « à corps et à cris ». Il va tenter de parler, de lâcher les conflits, de déposer des sentiments trop lourds, des demandes refoulées, des sentiments de dette ou de réparation. Ainsi le corps peut devenir un champ de bataille, extraordinairement fécond par les « discours » contradictoires qui s’y affrontent.
Le dilemme des écoutants et des soignants est le suivant: « Si je soigne, je détruis le symptôme, je bâillonne donc ce qui tente de se dire par cette médiation ». C’est pour cela que la médecine classique qui vise à rétablir le fonctionnement, à supprimer les conséquences d’une infection risque de passer à côté de l’essentiel: entendre ce qui se dit, ce qui se crie, ce qui se débat dans l’expression d’une somatisation.
Très souvent, sans que cela soit nécessairement conscient, il y a quand même réparation symbolique dans la relation avec le soignant. Ce sera à l’occasion d’un geste, d’une parole, d’une association que se rétablira le lien dans une chaîne de signifiants qui échappent à la fois au soignant et au soigné. C’est la qualité de certains thérapeutes d’introduire ainsi dans leur relation des équivalents symboliques qui restaurent cette dimension chez l’autre.

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