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samedi 22 août 2026

Placebo : leviers de guérison

3 leviers pour activer nos forces de guérison intérieures

1- Soigner la relation avec son médecin

L’effet placebo n’est pas propre aux traitements placebo. Il est présent dans tous les soins. « Quand vous allez chez le médecin, quand vous entrez dans une pharmacie, quand vous poussez la porte d’un hôpital, il y a déjà de l’effet placebo », rappelle le chercheur Léo Druart, spécialiste du placebo. Ce qui signifie que la qualité de la relation avec votre soignant fait partie intégrante de l’efficacité du traitement.

Une consultation qui se passe bien, où vous vous sentez écouté, pris au sérieux, compris, renforce les attentes positives et active les mécanismes de guérison intérieurs. Une consultation expéditive, anxiogène ou mal expliquée peut au contraire déclencher un effet nocebo. Or le système de soin a tendance à prioriser le traitement au détriment du soin lui-même. Si votre médecin n’a que deux minutes, le contexte thérapeutique est déjà abîmé avant même que le soin ne commence.

La méthode

Préparez votre consultation : notez à l’avance vos symptômes, vos questions, vos inquiétudes… Cela vous permettra d’utiliser au mieux le temps disponible et d’éviter de ressortir de votre rendez-vous avec des doutes non formulés, terreau idéal pour l’effet nocebo. N’hésitez pas à demander des explications sur votre traitement : comprendre pourquoi on prend un médicament en renforce l’effet. Et si la relation avec votre médecin est durablement froide ou expéditive, cherchez-en un autre.


2- Pratiquer la cohérence cardiaque

La cohérence cardiaque est sans doute la technique la mieux documentée scientifiquement pour activer nos forces de guérison intérieures. Et surtout l’une des plus simples à mettre en œuvre. Elle agit sur le système nerveux autonome, celui qui régule les fonctions involontaires du corps : le rythme cardiaque, la digestion, la réponse immunitaire.

En temps normal, le stress chronique maintient ce système en mode « alarme », ce qui entraîne une sécrétion excessive de cortisol et supprime progressivement les défenses immunitaires. La cohérence cardiaque bascule le système nerveux vers son mode opposé : le repos et la réparation. Des études suggèrent qu’après un mois de pratique quotidienne, le taux de cortisol diminuerait significativement.

Dans le même temps, le taux d’immunoglobulines A, ces anticorps qui constituent notre première ligne de défense immunitaire, augmenterait. Les effets commenceraient après seulement quelques minutes de pratique.

La méthode

Inspirez lentement pendant cinq secondes, expirez pendant cinq secondes. Répétez pendant cinq minutes, trois fois par jour, idéalement le matin, à midi et le soir. De nombreuses applications gratuites peuvent vous guider. Trois semaines suffisent pour observer les premiers effets.


3- Entraîner son cerveau à se soigner lui-même

Le cerveau apprend par association. C’est ce principe que le psycho-immunologue allemand Manfred Schedlowski a exploité avec succès auprès de patients souffrant d’allergies, de psoriasis, de TDAH ou de maladies auto-immunes. Le principe ? Associer l’effet thérapeutique d’un médicament à un stimulus neutre (une boisson, une odeur) pour qu’à terme ce stimulus seul suffise à déclencher une réponse thérapeutique. Les scientifiques appellent cela « l’effet de guérison apprise ».

Bien sûr, il ne s’agit pas de se passer de traitement en cas de maladie grave. Mais pour des pathologies légères du quotidien (céphalées, troubles du sommeil…), cette technique peut aider à réduire progressivement les doses de médicaments ingérés.

La méthode

Choisissez une boisson que vous ne consommez pas habituellement, ou une huile essentielle réservée à cet usage : menthe poivrée contre la migraine, lavande contre l’insomnie. Prenez-la systématiquement en même temps que votre médicament. Votre cerveau va peu à peu associer ce stimulus à l’effet thérapeutique. Dans l’étude de Manfred Schedlowski, quatre prises de médicament accompagnées de lait fraise ont suffi pour que le seul lait fraise produise ensuite un effet mesurable.

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Extrait de la Vie 

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lundi 13 juillet 2026

4 pilules dès maintenant.


Maintenant que l'on se rend compte qu'on est gravement malade, parce qu'on fume trop de CO2, qu'on boit des pesticides, qu'on déguste du plastique à toutes les sauces... quels sont les remèdes ? Chimiothérapie de dépollution qui détruira néanmoins une partie des êtres humains ? Radiothérapie pour changer les rayons de la surconsommation ? Hormonothérapie pour diminuer nos actes basés sur l'argent et le pétrole qui (nous) coulent à flots ?

Que veut-on vraiment ?

Le seul traitement possible est celui d'une transformation intérieure, la seule capable d'engendrer des actes de guérison et non de destruction. Cela est possible pour chacun à sa juste mesure. Cela demande de changer de regard (je suis la Nature) et de prendre un traitement quotidien. 

Prendre au moins quatre pilules en pensant à notre terre :

- la bleue : je m'aime (et je ne me compare pas aux autres). J'ai de la valeur.

- la verte : je suis une partie du tout que je respecte car il me fait exister et grandir. 

- la rouge :  j'apporte ma lumière en agissant au mieux et en développant mes qualités.

- la blanche : je me sens relié aux autres avec justesse.

Ce ne sera pas facile d'avaler les pilules ! Et ce traitement est à prendre à vie, car le trouble humain a une grande force de récidive !




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vendredi 20 mars 2026

Pratique des actes bénéfiques


 Si l'on souhaite se libérer définitivement de la souffrance, il est important de bien distinguer ce qu'il faut faire de ce qu'il ne faut pas faire. Car on ne peut espérer goûter le fruit d'un acte bénéfique que l'on n'a pas accompli, ni échapper aux conséquences de ses propres méfaits. Une fois mort, nous suivrons le sillage de nos actes, les bons et les mauvais. À présent que nous avons le choix entre deux chemins qui nous conduisent l'un vers le haut et l'autre vers le bas, n'agissons pas en contradiction avec nos désirs les plus profonds. Pratiquons tous les actes bénéfiques possibles, mêmes les plus infimes. Les gouttes, en s'ajoutant, ne finissent-elles pas par remplir une grande jarre ?

JETSUN MINGYUR PALDRÖN (1699-1769)
📸 : Gorges à l’ancienne frontière entre le Tibet et la Chine, en route vers Chaksam et Datsédo (Kanding), en venant de Chengdu, dans la province du Sichuan. Septembre 2004

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dimanche 7 septembre 2025

Lignes libres


 Les urbanistes de ce nouveau quartier ont pensé à tout : des immeubles bas et élégants, des arbres qui manquent tant à nos villes, des pelouses gazonnées, des bancs et des chemins pavés qui serpentent entre les édifices. Seulement voilà, les habitants de ce quartier n’empruntent pas ces chemins : en témoignent les nombreux sentiers diagonaux, tracés par les piétons sur les pelouses fraîchement semées : on les appelle des « lignes de désir ».

Tout comme les alternatives aux sentiers de grande randonnée, tracées par les marcheurs eux-mêmes, par érosion, au fil de leur piétinement. Les gardes-champêtres disent que 15 passages suffisent à faire apparaître une nouvelle piste qui attire alors d’autres promeneurs.

Ces « lignes de désir » traversent parfois des secteurs sauvages et sensibles ; elles peuvent menacer, si on n’y prend pas garde, la flore, la faune et la sécurité des lieux. Elles naissent quand les chemins officiels sont indirects, biscornus, difficiles ou même inexistants. Mais il arrive aussi qu’elles offrent des points de vue nouveaux ou des itinéraires plus attrayants que les passages officiels, sans compter le sentiment d’une certaine liberté.

Jésus, un marcheur libre

S’il n’est pas rare que les administrations cherchent à bloquer la création de ces lignes de désir en posant des clôtures, en plantant des végétaux feuillus ou en édictant par des panneaux de signalisation « Passage interdit » ou « Restez sur le chemin », il arrive qu’elles aient l’intelligence d’observer ces empreintes inattendues et d’intégrer ces marques tracées par le commun des mortels dans leur plan de mobilité officiel.

En pensant à ces « lignes de désir », à ceux qui les ouvrent comme à ceux qui les empruntent, j’ai dans le cœur l’image de Jésus qui allait et venait sur l’esplanade du Temple de Jérusalem et « allait son chemin », en marcheur libre, dans les campagnes de Galilée, au point même d’enfreindre les règles établies par les religieux de son époque en traversant la Samarie, ce qui « ne se fait pas ! »

« On vous a dit », aimait-il dire, et « Moi, je vous dis ». Sa ligne de désir était bien autre chose qu’un acte de désobéissance. Elle prenait source dans l’existant religieux de la grande tradition, mais elle incarnait une forme de réappropriation de la foi d’Israël par le croyant qu’il était. Loin d’être une infraction, elle exprimait sa fine intelligence spirituelle, son accueil de la vie des femmes et des hommes qu’il rencontrait et un « sacré » bon sens.

C’est bien parce qu’il suivait sa ligne de désir, de parabole en guérison, de table en puits, de désert en village, qu’il a rendu bien plus humains tous ceux qu’il rencontrait. Il disait du berger qu’il était qu’il venait ouvrir les portes des enclos pour que les brebis puissent « aller et venir » et trouver de la vie dans les verts pâturages.

Quand arrive la rentrée de septembre, il est bon de repérer les lignes de désir tracées par des hommes et des femmes de bonne volonté, dans notre société comme dans notre Église ; plus particulièrement par les sans-voix et les gens de peu. Elles ouvrent des voies nouvelles, souvent prometteuses. Elles nous invitent à ne jamais nous en tenir aux sentiers délimités, mais à nous autoriser du neuf, en préférant toujours la liberté aux conformismes de tout poil.

Sans nouveauté, on ne s’en sortira pas.

Septembre : il ne s’agit pas de reprendre ou de refaire.

Et tant pis pour nos plans. Et tant mieux pour la vie.

Il s’agit de commencer. 

Raphaël Buyse

(source : La Vie)

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samedi 14 juin 2025

Conscience guérisseuse.

 Si toutefois nous guérissons, c’est davantage à la manière d’un arbre, qui conservera les coups de hache et les marques du temps – la question, ici, est celle de la survie et de la croissance. Un arbre qui survit à un accident majeur de parcours et développe un tronc fort et robuste, mais de travers, peut-il être considéré comme guéri ?

Guérir en effaçant les souvenirs et les traces des traumatismes et blessures, ou guérir en continuant à évoluer en se rapprochant progressivement du bonheur — ou de l’éveil — sont deux perceptions radicalement différentes de la guérison.

Si nous prenons un ruisseau comme métaphore, nos blessures sont autant de pierres qui viennent en altérer, en dévier, le cours. L’intelligence de la vie évoquée pourrait alors être représentée par la force de gravitation, qui fait que le ruisseau coulera toujours vers le bas.

Guérir, selon moi, pour moi, et me concernant, a consisté à faire confiance à l’intelligence de la vie qui coulait en moi. Comme le ruisseau qui trouvera toujours son chemin vers la mer, d’une façon ou d’une autre.

J’entends guérison comme la résolution d’une entrave au bonheur ou à l’éveil, selon ce que nous poursuivons, chacun. Parfois, comme pour un ruisseau jonché de pierres qui viennent dévier son parcours, il convient de ne rien faire d’autre que de faire « confiance au processus de la vie ». C’est-à-dire de se fier à l’ordre naturel des choses.

Je constate qu’il est difficile – voire inacceptable – de concevoir cela, pour une personne qui souffre, mais il ne s’agit pas de ne rien faire, encore moins de se résigner. Il s’agit justement plutôt que de remuer ciel et terre, et d’établir des défenses, remparts, boucliers, carapaces et épines, de se connecter à l’intelligence du vivant. Je crois que la Conscience guérit tout ce qu’elle touche. Qu’aucun comportement destructeur ou malveillant ne résiste longtemps à la lumière de la conscience. 

🙏 Stephan Schillinger 

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samedi 19 avril 2025

Cette douleur qui ne part pas

 


Tu crois que tu pleures une rupture. Tu crois que c’est la perte de l’autre qui t’écrase. Mais la vérité, c’est que chaque départ réveille quelque chose de bien plus ancien. Tu vis une fin… mais ton cœur, lui, revit un abandon. Un que tu n’as jamais su digérer. Celui de l’enfance. Celui où tu n’as pas été choisi. Pas écouté. Pas assez regardé. Et tu ne t’en rends même pas compte. Tu souffres aujourd’hui comme si c’était disproportionné… mais c’est simplement accumulé.

Chaque fois que tu t’attaches à quelqu’un, c’est comme si une partie de toi espérait secrètement que cette fois-ci, on va rester. Qu’on va t’aimer sans condition. Qu’on va réparer ce que d’autres ont cassé. Tu ne cherches pas seulement un partenaire. Tu cherches un refuge. Une preuve que tu vaux la peine. Et c’est ça le piège. Parce que tant que tu ne guéris pas cette blessure originelle, tu vas continuer à confondre l’amour avec le besoin d’être sauvé.

Et quand ça casse, ce n’est pas juste une histoire qui se termine. C’est un schéma qui se répète. Encore. Et encore. Tu te demandes pourquoi tu tombes toujours sur les mêmes types de personnes. Pourquoi tu souffres toujours autant. Pourquoi ça fait aussi mal. C’est parce que ce n’est pas elle ou lui que tu perds… c’est l’espoir que, cette fois, ça allait enfin réparer ce vide que tu traînes depuis l’enfance. Un vide que tu n’as jamais appris à remplir toi-même.

Tu vois, l’enfant en toi a été blessé un jour. Il s’est senti rejeté, invisible, pas assez bon. Et comme personne ne l’a rassuré à ce moment-là, il a grandi avec cette peur viscérale : celle de ne jamais être aimé pour de vrai. Depuis, à chaque relation, il tend les bras. Il dit : « S’il te plaît, choisis-moi. Reste. » Et quand ça s’écroule, il s’effondre avec. Ce n’est pas l’adulte en toi qui pleure. C’est cet enfant qu’on a laissé derrière.

Tu n’as pas besoin d’un amour parfait. Tu as besoin de te retrouver. De revenir vers toi. De reconnaître cette part de toi qui a été blessée, et de lui dire : « Tu n’es plus seul. Je suis là maintenant. » Parce que personne ne viendra guérir ça à ta place. Personne n’a ce pouvoir. Même l’amour le plus sincère ne suffira pas, si tu ne te donnes pas, toi aussi, cette présence que tu attends des autres depuis toujours.

Tu peux continuer à courir après des gens pour combler ce vide. Tu peux aussi décider de t’arrêter. De respirer. Et de regarder en face ce qui a vraiment besoin d’attention. Ton cœur. Ton histoire. Ton passé. Tu ne peux pas changer ce que tu as vécu. Mais tu peux arrêter d’en faire un automatisme. Tu peux transformer ce schéma en le regardant droit dans les yeux. Tu peux aimer autrement. Commencer par toi.

Parce qu’un jour, tu vas aimer sans avoir peur qu’on parte. Tu ne supplieras plus pour qu’on t’aime. Tu ne seras plus à genoux pour être choisi. Tu seras debout, solide, en paix. Tu sauras que tu es entier, même si l’autre s’en va. Et ce jour-là, l’enfant blessé en toi ne criera plus. Il sera fier. Fier de toi. Fier de la personne que tu es devenue. Fier que tu sois enfin rentré chez toi.

Francis Machabée 

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lundi 31 mars 2025

Disciple



Demander « qu’est-ce qu’un bon disciple ?» c’est comme demander « qu’est-ce que bien aimer ? » On a toute la vie pour apprendre à aimer et surtout à « bien aimer » !
Ecoute et obéissance proviennent du même verbe : obedere, qui signifie à la fois « prêter l’oreille » et « être soumis ». Cette obéissance n’est pas obéissance à une loi extérieure, mais une adhésion du cœur à un autre cœur, une adhésion du souffle à un autre souffle. C’est une écoute vivante, une écoute en action…
L’obéissance, l’écoute cela peut être l’écoute de quelqu’un qui est pour nous comme une colonne vertébrale, quelqu’un qui nous redresse, qui nous remet dans notre droiture. Et puis, à un certain moment cela peut être l’obéissance au réel, à l’unique réel qui prend la forme d’un visage ou d’un enseignement afin de nous guider.
C’est quelquefois aussi obéir au vent qui nous sépare de l’arbre, qui nous conduit – où ? là où va le vent.
Mais le disciple ne sait pas toujours là où il va. Souvenons-nous de ce que Jésus a dit : « Celui qui est né de l’Esprit, on ne sait ni d’où il vient, ni où il va ; comme le vent, tu entends sa voix mais tu ne sais ni d’où il vient ni où il va ».
S’il est vrai qu’au niveau psychique il est important de savoir d’où l’on vient et où l’on va, de quelle famille, de quelle lignée, de quelle tradition l’on vient, au niveau spirituel, au niveau pneumatique on ne sait plus parce qu’il n’y a plus d’avant ni d’après, il n’y a que l’instant. Alors à ce moment là, le disciple est vraiment le fils de l’instant.

L’instant présent est le lieu de la Présence et il s’agit d’écouter et d’obéir instant après instant.

Jean-Yves Leloup dans "Guérir l’esprit"

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mercredi 18 décembre 2024

Blessures d'enfance : quand l’amour répare

 Les blessures d’enfance rejaillissent naturellement dans la vie de couple. Elles peuvent assombrir la relation, mais aussi ouvrir un chemin de guérison. À condition d’en prendre conscience et de vouloir les dépasser à deux.

...Quatre types de liens hérités de l’enfance


Comment identifier ses blessures ? « Certaines sont révélées par un comportement inadapté ; une réaction automatique, comme si le disque était rayé ; des échecs professionnels ou relationnels répétés », répond la psychologue, qui a publié les Blessures d’enfance, les connaître, s’en remettre (Mame, 2023). « L’impression d’un manque de liberté ou que, dans une situation particulière, on ne se reconnaît pas, on ne s’aime pas. » Agnès connaît ce malaise diffus lorsque, à chaque fois qu’elle passe des vacances dans sa famille, elle ressent une forte tension s’installer en elle (voir témoignage ci-dessous). Autre indicateur : les réflexions bienveillantes mais répétées du conjoint ou de l’entourage. « S’il nous fait toujours la même remarque, c’est un signal », poursuit l’experte.

La théorie de l’attachement identifie quatre types de liens hérités de la petite enfance, comme le détaille la psychologue Gwénaëlle Persiaux dans Guérir des blessures d’attachement (Eyrolles, 2021) : « sécure » ; « anxieux », marqué par la peur de l’abandon ; « évitant », avec la crainte de l’intimité ; « désorganisé » à cause d’une éducation imprévisible et incohérente. Ces tendances, qui colorent sans qu’on s’en rende compte toutes les relations affectives, ressurgissent particulièrement en amour.

« Souvent, l’autre appuie inconsciemment sur ce qui nous a marqué petit, relève Nathalie Loevenbruck, conseillère conjugale et familiale du cabinet Mots croisés. L’intensité relationnelle que l’on vit dans le couple rappelle les besoins affectifs que nous avions enfants et qui n’ont pas été toujours suffisamment satisfaits. Les conjoints attendent souvent du lien conjugal comme une réparation : amour inconditionnel, attention privilégiée ou bonne distance, qui ont pu manquer. Ainsi, notre choix amoureux va inconsciemment résonner avec notre vécu relationnel d’enfance. » 

Prendre conscience de son histoire


Avec du recul, Véronique en témoigne, elle qui a épousé un homme très autoritaire. « Au début de notre mariage, je n’osais pas lui dire ce que je pensais, par peur du conflit, se souvient cette enseignante. En fait, je revivais exactement la même situation qu’avec ma mère ! Face au chômage et à la dépression de mon mari, je me suis fait violence pour lui dire mon ressenti. Le fait que je change nous a permis de vivre une relation plus ajustée. Aujourd’hui, je n’ai plus peur de lui faire part de mes craintes, par exemple. » Et que l’on soit attiré par son semblable ou par son contraire, la difficulté ne tardera pas à émerger, comme le souligne Bénédicte Sillon : « Quand une personne me dit qu’elle a épousé une femme ou un homme très différents de sa mère – l’opposé même – ou de son père, cela me fait sourire, parce que les opposés, c’est souvent la même problématique… »

Un accompagnement thérapeutique peut permettre de prendre conscience de son histoire. « Ainsi, on projette moins sur l’autre ce qui nous appartient », abonde Nathalie Loevenbruck. Dans le cas de Louise, pas de quoi se livrer à 10 ans de divan, mais son attitude mutique a pu déstabiliser son mari. « Au début, quand elle se fermait, je pensais bien faire en la laissant tranquille, explique ce commercial quinquagénaire. J’ai mis plus de 10 ans à comprendre qu’il s’agissait en fait d’un appel à l’aide… muet. » Il s’emploie désormais à l’aider à s’exprimer, quand il la sent bloquée. « Parle-moi ! », lui intime-t-il alors en la serrant dans ses bras, jusqu’à ce qu’elle réussisse à vider son sac. « Sa tendresse inconditionnelle, son absence de jugement et son humour m’ont beaucoup aidée à sortir de ma coquille », accorde son épouse.

« Si nous sommes blessés en relation, c’est en relation que nous pouvons guérir, approuve la conseillère. La relation conjugale est celle qui nous met le plus au travail ! Elle nous invite, notamment par les conflits que provoque la réactivation des blessures, à cheminer. » Et de citer l’exemple de Stéphanie qui, enfant, s’était sentie étouffée par des parents surprotecteurs. Devenue une adulte casse-cou, rebelle, elle tombe amoureuse de Raphaël. Elle se sent sécurisée par le côté prévoyant qu’il a développé car lui, à l’inverse, s’est souvent senti en danger lorsqu’il était petit. Ses parents le surveillaient peu, il se blessait, se perdait fréquemment. Mais cette femme aventureuse finira par mal supporter les limites que semble lui imposer son conjoint et lui, séduit au départ par la soif d’exploration de sa chérie, en ressentira de l’insécurité. « La situation peut devenir invivable. Mais si chacun prend conscience de ce qui se joue, elle sera occasion de guérison », garantit Nathalie Loevenbruck.

« Apprendre à explorer le monde de l’autre »

Pour y parvenir, elle propose notamment l’approche relationnelle Imago. L’idée ? « Apprendre à explorer le monde de l’autre, si différent, si étrange… Comprendre que telle réaction trop vive exprime un besoin non satisfait dans l’enfance. » Concrètement, la méthode invite à des dialogues. « Chacun à son tour “traverse le pont qui le relie à l’autre” en reformulant ce qu’il dit, en exprimant sa compréhension, son empathie, détaille-t-elle. Des demandes réalistes pourront être faites et librement consenties. »

Ainsi, Raphaël et Stéphanie vont comprendre, ensemble, que lui a mis son côté aventurier « au congélateur » pour se protéger. Elle veillera à lui proposer une excursion où le danger est mesuré, qu’il pourra suivre sans peur. Il « décongèlera » ainsi l’audace bloquée en lui. Elle-même fera le chemin inverse en posant une limite à son goût du risque excessif et grandira en prudence, par amour. Cette approche thérapeutique permet de se révéler l’un à l’autre, jusque dans sa vulnérabilité. « On entre dans une relation plus consciente, conclut Nathalie Loevenbruck. En rejoignant l’autre, on apporte un baume sur sa blessure car se sentir compris aide à sortir d’une logique de victime et on se renforce soi-même. »

Mère de trois enfants, Louise en témoigne : « On fait partie des équipes Notre-Dame, et chaque mois, on se prend un moment en tête-à-tête pour se redire notre amour, aborder les difficultés rencontrées – tout ce que j’aime !, ironise-t-elle. Mais au fil des ans, cet exercice m’a appris à verbaliser mes besoins, à présenter mes failles, à ouvrir davantage mon cœur. » Si les blessures font mal, elles peuvent ouvrir un chemin d’espérance, par la force d’un amour qui sécurise et répare. 




Par Agnès de Gelis

Source : La Vie

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mardi 17 décembre 2024

Paix sans contraire


JÉSUS A DIT : « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades » et, entre autres titres, le Bouddha a été appelé le « Grand Médecin ». Nous pouvons donc laisser de côté, du moins pour l’instant, les termes prestigieux d’Éveil, de Libération, d’Illumination et prendre appui sur le mot guérison.
La guérison et la santé physiques sont le champ d’action des médecins et des chirurgiens : diagnostic et thérapeutique. Même profanes, nous savons tous de quoi il s’agit : la toux persistante, l’arythmie cardiaque, les rhumatismes douloureux, sont les symptômes que nous cherchons à faire disparaître. Quand tous les symptômes pathologiques se sont dissipés, la santé fondamentale se révèle.
La santé psychique relève des psychiatres, des psychologues et des psychothérapeutes. Un vocabulaire professionnel précis définit et décrit les différentes pathologies. La guérison est envisagée soit par la chimie (les anxiolytiques, les antidépresseurs), soit par une intervention au niveau du psychisme lui-même : psychothérapie ne signifie pas guérison du psychisme mais par le psychisme, le premier exemple et le plus représentatif étant la psychanalyse freudienne.
Mais qu’en est-il de la guérison spirituelle et de la parfaite santé spirituelle ? Deux formules ont rencontré un certain succès : « la psychothérapie guérit l’ego, l’ascèse guérit de l’ego » ou « la psychothérapie guérit le mental, l’ascèse guérit du mental ». En vérité, tout ce qui n’est pas la paix intime, immuable, la joie non dépendante et l’amour qui n’a pas de contraire est pathologique du point de vue de la santé spirituelle. Depuis quatre millénaires, les descriptions traditionnelles du saint ou du sage sont, à cet égard, unanimes. Le christianisme promet la « paix qui dépasse toute compréhension » et la « joie parfaite ». Les termes shanti (paix) et ananda (joie) saturent la littérature sanscrite. Chacun, chacune peut donc se demander honnêtement et réalistement où il (elle) en est à cet égard – quels que soient ses «expériences spirituelles» et ses éclairs de «supra-conscience».
Arnaud Desjardins, La paix toujours présente
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samedi 17 août 2024

Laisser la place

 


Nous pensons que si nous méditions juste assez ou si nous faisions assez de jogging ou si nous mangions une nourriture parfaite, tout serait parfait. Mais du point de vue de quelqu'un qui est éveillé, c'est la mort. Chercher la sécurité ou la perfection, se réjouir de se sentir validé et entier, autonome et confortable, est une sorte de mort. Il n'y a pas d'air frais. Il n'y a pas de place pour que quelque chose entre et interrompt tout ça. Nous tuons le moment en contrôlant notre expérience. 

Faire cela, c'est se préparer à l'échec, parce que tôt ou tard, nous allons vivre une expérience que nous ne pourrons pas contrôler : notre maison va brûler, ou quelqu'un que nous aimons va mourir, ou nous allons découvrir que nous avons un cancer, ou une brique va tomber du ciel et nous frapper à la tête, ou quelqu'un va renverser du jus de tomate partout sur notre costume blanc.

Le truc est de continuer à explorer et de ne pas renflouer, même lorsque nous découvrons que quelque chose n'est pas comme ce que nous pensions. C'est ce que nous allons découvrir encore et encore et encore : rien n'est comme ce que nous pensions. Les choses sont toujours en transition, si seulement nous pouvions nous en rendre compte. Rien ne se résume jamais à la façon dont nous aimons les rêver. 

L'état hors centre, entre-deux, est une situation idéale, une situation dans laquelle nous ne nous faisons pas prendre et où nous pouvons ouvrir notre cœur et notre esprit au-delà des limites. C'est une situation très tendre, non agressive et ouverte : rester avec un tremblement, rester avec un cœur brisé, rester avec un ventre qui gronde, rester avec le sentiment de désespoir et de vouloir se venger — voilà le chemin du vrai réveil. 

Les choses qui s'écroulent sont une sorte de test et aussi une sorte de guérison. Nous pensons que le but est de réussir le test ou de surmonter le problème, mais la vérité est que les choses ne se résolvent pas vraiment. Elles se rassemblent et elles s'effondrent. Puis elles se réunissent à nouveau et s'effondrent à nouveau. C'est comme ça. La guérison vient du fait qu'il y ait de la place pour tout cela : place au chagrin, au soulagement, à la misère, à la joie.

~ Pema Chödrön 

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dimanche 6 août 2023

Mondes obscurs

 S’il reste dans notre vie une zone importante qui n’a pas été examinée, il est beaucoup plus difficile de s’abandonner au Divin. Nous voulons tous réaliser l’aspect lumineux de la nature humaine, mais personne ne veut voir la partie d’ombre. 

…


Parce qu’ils représentent la dimension transformatrice du psychisme, nous avons besoin, pour devenir des êtres humains à part entière, que les mondes obscurs se marient aux mondes supérieurs. Etre entier, c’est être complet. D’un point de vue holistique, la vie n’est pas parfaite, mais en revanche, elle est complète. L’expérience humaine n’est pas un registre de voix ou un climat unique, une saveur neutre et homogène, elle inclut tout l’éventail des possibles. 

Comme une symphonie précisément orchestrée, la vie est une polyphonie complexe qui comprend de nombreuses mélodies et atmosphères aussi bien harmonieuses que dissonantes.

Sans l’expérience complémentaire et équilibrante des mondes obscurs, les mondes lumineux nous entrainent dans l’illusion, la dilatation de l’ego et la grandiloquence. Dans notre culture occidentale, nous avons tendance à nous sentir plus à l’aise dans ces mondes-là. Le travail du shaman contemporain va donc consister en grande partie à se focaliser sur la rédemption et la conquête des mondes obscurs.

Les mondes obscurs sont le domaine d’expression des esprits et des pouvoirs psychiques, de l’extase, de la révélation, du chaos créatif, de la passion, des énergies sexuelles, de la guérison et de la transformation. Chargé des pouvoirs de vie et de mort, c’est un domaine formateur où se retrouvent les schémas originels des semences de la Création, ce que Gregory Bateson appelle « les schémas qui connectent ». C’est là que sont nos racines, qu’est l’unité primordiale de toute chose. C’est ce pouvoir guérisseur fondamental des mondes obscurs que nous avons besoin de reconquérir.

Les mondes obscurs sont le lieu où résident ces fragments de nous-mêmes qui sont niés, réprimés, éclatés et constituent ce que Carl Jung appelle « l’ombre ».  Jung était convaincu que cette ombre possède un pouvoir et une vie propres. Autrement dit, si nous ne reconnaissons pas ces parties de nous-mêmes en toute conscience, elles agissent de leur propre chef à partir d’une source inconsciente -souvent dans le but de déstabiliser notre attention, toujours dans celui de l’accaparer. Pour utiliser le langage des shamans, ces fragments, qu’on appelle des « alliés », des « esprits » ou des « démons », ont le pouvoir de guérir ou de tuer et peuvent s’emparer de l’âme.

…

Nous avons perdu notre connexion avec les pouvoirs de guérison et les passions du domaine des mondes obscurs. Pour l’Occident, ces mondes équivalent à l’enfer, à l’abîme de feu du Diable. On peut traduire ce phénomène en termes psychologiques, à savoir que les mondes obscurs contiennent toutes les énergies refoulées de l’humanité, ainsi qu’un potentiel inconnu de croissance chez l’être humain.

Ces énergies refoulées comprennent la sexualité, l’extase, le chaos de la créativité, la naissance, la mort, d’autres aspects de la vie aussi et plus particulièrement la dimension féminine, laquelle fut dénaturée par une culture répressive et une vision du monde religieuse dans son sens restrictif. Il n’est pas étonnant que la peur de l’enfer pousse les intégristes chrétiens à condamner et à refouler le rock et d’autres formes artistiques, en particulier le théâtre, qui ne cessent de nous rappeler l’existence des mondes obscurs, nous y transportent même.

Parce que la peur et le refoulement des forces de l’ombre sont profondément ancrés dans notre culture, leur irruption dans le monde du milieu, le monde de la vie quotidienne, peut s’avérer désagréable. Au pire, elle est choquante : violence, vengeance, viol, torture, meurtre, génocide, guerre, ce sont là quelques démons hideux qui appartiennent aux mondes obscurs. Et puis il y a ces expressions habituelles que nous acceptons comme faisant tout simplement partie de la vie de tous les jours : la culpabilité, la honte maladive, les abus sexuels, la colère, le vice, l’avidité, le sadisme, le perfectionnisme, le racisme, la misogynie, l’autoritarisme, la tyrannie, les dépendances multiples, etc…


Parce que nous nions ou réprimons les mondes obscurs, ils font partie de notre univers inconscient. L’inconscient humain peut être comparé à une cocotte-minute. Quand le couvercle est très serré trop longtemps et que la vapeur ne peut s’échapper, la cocotte vous explose à la figure. Mais si vous laissez la soupape se dégager naturellement et progressivement, alors la pression diminue et vous pouvez enlever le couvercle facilement. A ce moment-là seulement, vous avez la possibilité de remuer ce qu’il y a à l’intérieur, de l’assaisonner et de le manger.

C’est à ce type de nourriture pour l’âme que Socrate fait référence lorsqu’il dit : « connais-toi toi-même ». Il faut reconnaitre et intégrer chaque partie de soi et rester ouvert à toutes les possibilités humaines. Le refoulement et le rejet de la vie génèrent les cruautés et les maladies de l’humanité. C’est ce principe psychologique fondamental que l’on retrouve dans les évangiles apocryphes (gnostiques) :

Si tu fais naitre ce qui est en toi, / Ce que tu fais naitre te sauvera. / Si tu ne fais pas naitre ce quoi est en toi, / Ce que tu ne fais pas naitre te détruira.

Evangile de Thomas, 14.29-33

Nous pouvons nier la part d’ombre en nous (et la vie en général) autant que nous le voulons, mais elles ne disparaitront pas pour autant. Plus nous réprimons et nions les pouvoirs des mondes obscurs, plus ils deviennent « infernaux » et « malveillants ». En termes psychologiques, ces mondes sont peuplés de puissantes énergies vitales réprimées et dénaturées, qui se retrouvent tordues, malades et coupées de notre conscience…

Des véritables profondeurs de l’ombre naissent les révélations et la guérison. C’est en y descendant que l’on découvre ses propres potentiels de guérison. On peut alors réintégrer ces aspects à la totalité. Par un processus de démembrement et de mort psychique, une porte s’ouvre sur la vacuité des mondes souterrains. [S’ensuit une union avec la forme originelle.]

Les voyages dans ces dimensions ne sont utiles que si l'on a la capacité de rapporter ce que l'on a appris dans le monde relatif. Le monde relatif c'est la vie quotidienne, ce dont l'ego a conscience, la réalité physique ordinaire de la terre... l'activité concrète, le progrès, le fait d'apprendre, d'agir, de construire. Pour la plupart des gens ce monde est coupé, inconscient de sa connexion à la réalité non ordinaire (même si la vie intérieure, la vie intime finit toujours par faire irruption dans le monde ordinaire, malgré tous nos efforts pour la nier). Le monde relatif n'a pas grande signification sans cette connexion avec les mythes. Sans la riche expérience intérieure des mondes inférieurs et supérieurs, nous sommes inconscients, somnambules, de simples machines. Nous nous transformons en robots, ignorants du mystère sous-jacent à tout ce qui nous entoure. 

Le cœur éternel de la voie (tome V) - Lee Lozowick

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dimanche 12 mars 2023

« La dépression, un appel au secours de l’âme qui n’en peut plus »

 Selon le Dr Louis Masquin, neuropsychiatre et ancien chef de clinique à la faculté de Marseille, la dépression est comme une expérience de mort à soi-même pour renaître autrement. Une croix qui ouvre sur l’espérance de Pâques.

Comment comprenez-vous l’augmentation des cas de dépression ?


En France, on estime que près d’une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Il s’agit bien d’un phénomène de société, que le Covid a en quelque sorte exacerbé. J’insiste toujours sur la complexité de cette maladie dont l’origine est multifactorielle. Le premier facteur de vulnérabilité à la dépression est sans doute la fragilité psychologique actuelle. Je note par exemple chez nombre de jeunes une absence de point d’ancrage. Ensuite, notre monde est difficile, marqué par un bouleversement radical des repères familiaux et sociaux ainsi que des valeurs.

L’homme étant fait pour être en communion avec d’autres, il peut être écrasé par l’impératif contemporain d’affirmation individuelle et d’autonomie absolue. Et puis, dans une société qui s’accélère à un rythme effréné, l’individu passe d’une chose à l’autre sans prendre le temps de s’arrêter. Il vit à la surface de lui-même, laissant de côté le besoin d’intériorité.

Le vide spirituel serait-il à prendre en compte ?

Je pense en effet que l’augmentation de fréquence de la dépression vient, tout au moins en partie, de la crise spirituelle que traversent nos sociétés modernes, de la perte des idéaux noyés dans le matérialisme et le consumérisme. Les avoirs, les pouvoirs et les jouissances ne nourrissent pas un homme, si j’ose dire ! Sa soif et sa faim vont bien au-delà car les aspirations spirituelles, qu’on le veuille ou non, sont le propre de l’humain. Pour preuve, l’émergence des nouvelles religiosités et spiritualités.

Le psychiatre viennois Hans Lenz décrivait la dépression comme « la maladie des manques » : manque d’intérêt, de plaisir, d’énergie vitale, de sommeil… Et nous pourrions ajouter : manque de Dieu, ou, plus largement, de vie spirituelle. Je me pose donc la question : la dépression ne serait-elle pas un appel au secours de l’âme qui n’en peut plus ?


D’où votre insistance à ne pas la réduire à la seule dimension de la maladie ?

Certains psychiatres ont une vision très biologique des problèmes de la vie psychique. Ils les abordent comme s’ils étaient déconnectés de la vie spirituelle. Ils rêvent d’un médicament miracle qui sortirait la personne du tunnel de la dépression. Mais c’est oublier que l’homme est indissociablement corps, âme et esprit.

Comme l’écrivent le Dr Yves Prigent et le père Stan Rougier, dans la  Dépression, une traversée spirituelle (DDB) : cette maladie « se trouve au carrefour du social, du psychologique, du biologique, du culturel et du spirituel, elle est comme le révélateur d’une identité globale de l’homme ». C’est cette vision-là qu’il faut envisager.

N’y a-t-il pas là un risque de confusion entre le psychologique et le spirituel ?

Il est nécessaire de ne pas psychologiser le spirituel ni de spiritualiser le psychologique, c’est indéniable. La dépression est une maladie, qu’il faut traiter en tant que telle, et traiter correctement – le risque de suicide est réel. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’un travail psychologique, d’une psychothérapie ni du recours aux antidépresseurs lorsqu’ils sont nécessaires.

Cela étant dit, il ne faut pas s’arrêter à la dimension médicale, mais aller plus loin, et ce, au rythme du patient. À lui de se mettre à l’écoute de ce que cette épreuve vient lui dire. Oui, la souffrance dépressive est terrible, torturante, mais elle n’est pas exclusivement négative. Quelque chose de positif peut en sortir. Ce blocage peut être une réaction de sauvegarde, et l’effondrement dépressif pourrait se comparer au compteur qui disjoncte pour sauver le circuit électrique.

« Il y a un message dans la dépression », écrivez-vous. Quel est-il ?

Ces questions essentielles de l’existence que la personne avait refoulées, mises de côté ou qu’elle n’avait pas voulu affronter, voilà qu’elles surgissent très directement et radicalement à l’occasion d’une dépression : quel est le sens de ma vie (direction et signification) ? Quelle est la hiérarchie de mes valeurs et de mes finalités (solidarité, générosité, justice, vérité) ? Comment suis-je présent au monde et aux autres ? Quid de mon ouverture à un Au-delà de moi, au Tout Autre, à la transcendance, de ma relation avec le divin ? Et Dieu dans tout ça ?

J’ai accompagné plusieurs trentenaires qui ont changé d’orientation professionnelle. Leur dépression leur avait fait prendre conscience d’un manque de cohérence entre leur métier et leurs valeurs. « Je ne peux pas continuer ainsi », disaient-ils.

La dépression est donc une invitation au changement ?

Oui, et nous avons souvent bien du mal à l’accueillir ! La première étape est d’accepter la maladie, le diagnostic et le traitement, et ce n’est pas le plus facile. D’une certaine façon, la dépression est une expérience de mort à soi-même pour renaître autrement. Elle est une croix, qui peut être lourde à porter, mais qui ouvre sur l’espérance de Pâques. Encore faut-il entendre cet appel au changement et y consentir, s’y engager.

Il n’y a pas de guérison magique ou passive. Le Christ nous pose la question, comme à l’asthénique de la piscine de Bethesda : « Veux-tu être guéri ? » (Jean 5, 6), et aussitôt il lui adresse un triple impératif : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » (5, 8). Il ne dit pas : « Ne bouge pas, je vais te guérir. »

Dans cet Évangile, Jésus ne va-t-il pas encore plus loin ?

Être en bonne santé physique et psychologique n’est pas suffisant. Pour les croyants, la guérison (c’est-à-dire la santé, en latin salus, c’est-à-dire le salut) est aussi spirituelle. Jésus invite ainsi l’asthénique à s’engager à se convertir : « Te voilà guéri : ne pèche plus de peur qu’il ne t’arrive pire encore » (Jean 5, 14). La guérison n’est pas un état, mais bien un chemin, un chemin de conversion. Guérir, c’est se mettre en route et avancer dans la vie sous le regard de Dieu et dans sa main.

Source : La Vie (Par Alexia Vidot)

À savoir. La Dépression. Vers une nouvelle aurore ?, de Dr Louis Masquin, Éditions des Béatitudes,

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dimanche 25 septembre 2022

L'artisan, l'artiste et la guérison

 Toute médecine est un art.

L’art nécessite et développe deux facettes chez ceux qui le pratiquent : l’artisan et l’artiste.


L’artisan vient en premier : 

Il est celui qui apprend docilement, travaille assidûment, répète inlassablement, qui s’améliore constamment à condition de se mettre humblement au service de son ouvrage.

L’artiste se manifeste ensuite : 

Il est celui qui invente, crée, libère, ouvre des voies, casse les codes et développe sa magie, à la condition de connaître son artisanat sur le bout des doigts.

Comme Yīn 陰 et Yáng 陽, l’un est incomplet sans l’autre, l’un appelle l’autre, et nous avons les deux en nous.

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L’artisan est dans la matière, dans le Jīng 精, au niveau de la Terre qui est yīn.

L’artiste est dans l’esprit, dans le Shén 神, au niveau du Ciel qui est yáng.

Et au milieu, comme toujours, l’Humain qui fait le trait d’union grâce au Qì 氣, et avec le Cœur 心 xīn.

On retrouve ici la dynamique Ciel-Homme-Terre et le travail des trois Dāntián 丹田 :

D’abord les fondations. Ensuite seulement la construction visible, les sphères supérieures et le style propre à chacun.

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Savez-vous ce que l’on trouve dans 藥 yào un des idéogrammes du mot médecine/remède ?

艹 : le radical des plantes et herbes 

樂 : lè qui signifie à la fois “musique”, “plaisir” et “joyeux”

Cela fait référence à la fois à la pharmacologie et aux racines chamaniques de la médecine : celui qui soigne chante et danse en plus de connaître les plantes.

Mais chant et danse sont en eux-mêmes, intrinsèquement, thérapeutiques, n’importe quel artiste de scène pourra vous le confirmer. Elles font flamboyer joyeusement le Cœur, qui nous rend alors à nous-mêmes.

Et c’est bien là la vraie guérison.

Alice Korovitch

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mercredi 16 mars 2022

moment de paix

 


Au milieu d'une journée difficile, ou dès que vous rentrez chez vous, il est possible de créer un moment de paix, de liberté et de bonheur, simplement en prenant quelques minutes pour revenir à votre corps et relâcher les tensions. Trouvez un endroit tranquille où vous ne serez pas dérangé. Prenez une position corporelle confortable, soit assise, soit allongée. Embrassez votre corps avec bonté aimante, compassion et soin. Envoyez l'énergie d'amour et de guérison à tous vos organes et remerciez-les d'être là et de travailler en harmonie. Envoyez de l'amour et de la gratitude à toutes les parties de votre corps. Souriez à chacune de vos cellules. Reconnectez-vous avec votre corps. Souriez à vous-même. Souriez à votre corps. 

- Thich Nhat Hanh

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samedi 10 juillet 2021

Une guérison inspirante

 


«Le mystère de toute guérison, c'est le pouvoir de l'amour. La véritable guérison implique amour et compassion pour vous-même comme pour les autres. Dans ton cheminement vers la guérison complète, n'oublie jamais de te donner de l'amour et de la compassion. Te donner de l'amour, ça veut dire quoi ?
C'est te respecter dans tes désirs, tes besoins et aussi dans tes limites.
T'aimer, c'est savoir dire non quand ton corps ou ton coeur a envie de dire non.
T'aimer, c'est t'accorder le repos dont tu as besoin et te consacrer à des activités qui te font du bien.
T'aimer, c'est penser à te faire plaisir, à te récompenser et non attendre que le plaisir et les récompenses viennent des autres.
T'aimer, c'est le plus beau cadeau que tu puisses faire à ceux qui t'aiment.
S'aimer soi-même et être égoïste, c'est très différent. Quand tu t'aimes, ça n'enlève rien aux autres, tandis que si tu es égoïste, tu empiètes sur l'espace de l'autre.
Il semble beaucoup plus facile d'aimer les autres que de s'aimer soi-même. C'est pour cette raison qu'on a besoin que ceux qui nous aiment nous fassent voir notre véritable valeur, ce pourquoi on doit s'aimer.»
Raymonde Lebel

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mercredi 7 octobre 2020

mardi 16 juin 2020

Non séparation avec Gilles Farcet



L'impression de séparation est intimement liée à celle qui nous faut nous croire le possesseur de quoi que ce soit. 
Pour reprendre l’exemple de l’automobiliste coincé dans un embouteillage : si cette route est ma route, alors elle n'est pas insérée dans un ensemble et donc soumise aux chaînes de causes et d’effets à l'œuvre dans cet ensemble. Le fait qu’elle soit en travaux pour le bien de la communauté ne me concerne pas, moi qui entend aller attraper mon train pour mon rendez-vous dans ma journée à moi ! Selon l’expression consacrée, « ce n’est pas mon problème » ! En tant que moi possesseur et contrôleur, je me fantasme et me positionne du même coup comme séparé, existant à part du tout. 
Dans le monde séparé de l’ego, le fait que la lumière ne s’allume pas alors que moi j’aurais besoin d’y voir clair n’a rien à voir avec le tout qui n’est même pas pris en considération. L'EDF est en grève, il y a eu des tempêtes, les magasins vendant des ampoules sont fermés le dimanche ? « Pas mon problème », serine l’ego.

Cette fabrication d'un ego contrôleur, possesseur et séparé repose sur un mécanisme à l’œuvre au cœur de notre relation à ce qui est, à savoir le refus. Chaque fois qu'au nom de ce qui devrait être (« la route devrait être dégagée ») je refuse que ce qui est soit, j’alimente très concrètement l’illusion de l’existence d’une entité que nous appelons ego. C'est pourquoi la pratique du oui à ce qui est, bien envisagée à sa place c’est-à-dire dans l’instant et non dans le déroulement du temps au sein duquel il s'agit de se positionner, n’est pas seulement une démarche de bon sens mais bien une pratique spirituelle par laquelle l’existence même de l’ego se trouve mise en cause. Chaque fois que le conflit cesse, l’ego se trouve déjoué.

Sans doute avons-nous aussi entendu affirmer que l’ « ego n’existe pas ». Et, en effet, s’il existe bien momentanément une personne, il n’existe pas d’entité située à part de l’ensemble, apte à contrôler et propriétaire de « son » monde. Et pourtant, tant qu'une illusion nous tient, elle existe bel et bien pour nous. L’enfant qui, dans la pénombre de sa chambre, tremble de peur du fait de la présence d'un monstre est, certes, victime d’une totale illusion. Il n’y a pas de monstre. Reste qu’il a bel et bien peur tant que ses parents n’allument pas la lumière et ne lui montrent pas que la méchante créature n’était que sa fabrication. Il ne s’agit donc pas de prétendre détruire ou soumettre le mécanisme de l’ego mais plutôt de le déjouer par la pratique du « oui » et ainsi d'en arriver à voir, soit son inexistence - si on entend par ego un moi possesseur, contrôleur, séparé -, soit sa dimension provisoire et relative - si on entend par ego l’inévitable point de vue individuel.

Demeure alors la personne humaine, dans sa plénitude non défigurée par l’ego. Le « sage», c’est la personne parvenue à maturité et donc à plénitude, le rayonnement de la personne que les masques de l’ego ne sont plus là pour distordre. Et cette personne non déformée a alors toute latitude d’être au service de l’ensemble dont elle-même fait partie.


A la vérité, tout ce qui participe à la maladie du monde, avidité, égoïsme, violence, exclusion, manipulations, procède de l'ego et de sa prétention à posséder et contrôler à partir de sa position isolée. Un « ego sain », ce que Swami Prajnanpad entendait sans doute lorsqu’il affirmait avoir besoin d'« ego forts », c’est la plénitude d’une personne purifiée des mécanismes de l’ego. « On n’est pas plus ou moins libre mais plus ou moins asservi », rappelle Arnaud Desjardins. Disons alors que moins elle se trouve asservie à la prétention à posséder, contrôler et à l'illusion de la séparation, plus la personne unique reflète Dieu, si l'on entend par là, ainsi que l'exprimait Swami Prajnanpad, « la plus haute possibilité de l'homme ». L’humain purifié des déformations de l’ego s’exprime, se déploie, le visage humain lavé des grimaces du moi illusoire resplendit dans sa beauté et sa grandeur.

Gilles farcet

jeudi 4 juin 2020

Quand l'idéal nous piège



Pour « guérir » d’un idéal excessif, le meilleur moyen n'est même pas de l’atteindre. Comme le disait Oscar Wilde : « Il y a deux drames dans la vie d'un homme : ne pas arriver à obtenir ce qu'il souhaite. Et y arriver. » Se dégager de l'emprise de ses idéaux n’est pas chose facile, notamment parce qu’ils jouent parfois un rôle compensatoire à une blessure enfantine de l’estime de soi : le sentiment de ne pas avoir été respecté par son père va être, par exemple, à l’origine de l’acharnement au travail et à la réussite de tel homme d’affaires. La prise de conscience de nos idéaux, parfois masqués à nos propres yeux, est souvent la première démarche qui nous permettra de les assouplir : c’est le but de nombreuses psychothérapies.


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source : L'Estime de soi
Christophe André et François Lelord
S'aimer pour mieux vivre avec les autres

mardi 3 décembre 2019

Intériorité et écoute



Le soin de la vie intérieure est le fil rouge de ma vie. « Guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours » : la devise de Louis Pasteur, mon maître en biologie, pourrait être la mienne. Ancien interne des hôpitaux et biologiste médical de formation, je suis devenu thérapeute pour essayer de soulager parfois et écouter toujours.
L'écoute est la première façon de soigner. Pour écouter, il faut se rendre disponible et se laisser bousculer. La vie peut y aider. J'ai grandi dans une culture familiale imprégnée par le sens du service. Pour mon père, médecin, le patient était le cœur de sa pratique. Quant à ma mère, les visites aux malades et personnes isolées l'auront occupée toute sa vie...
Deux événements m'ont structuré lors de la préadolescence. Vers l'âge de 13 ans, je regarde un divertissement à la télévision, un dimanche après-midi, lorsque mon père me lance : « Viens, on va voir ton grand-père à l'hôpital. » L'adolescent que je suis, affalé comme une larve devant l'écran, commence à râler... Mon père interrompt le grognement d'une voix douce et ferme qui ne supporte pas la contestation : « Quand une personne souffre, on va la visiter. » Il n'y a pas à tergiverser. J'ai à peu près le même âge lorsque mes parents et des amis de notre paroisse du Val-de-Marne accueillent une famille de boat people rescapée du génocide de Pol Pot. Nous avons reçu chez nous un jeune Cambodgien. J'ai été chargé de lui apprendre le français et de l'accompagner dans son initiation, comme s'il était mon frère jumeau. Lui apprendre à lire, compter, parler, s'habiller... Or il ne comprenait rien ! J'ai même passé mon CAP de boulanger pour l'aider !
Ça me « gavait », bien sûr, mais je n'avais pas à discuter : je savais, par mes parents, que la charité est un engagement, pas un sentiment. On aide l'autre non pas quand on en a envie, mais quand il en a besoin...

Jean-Guilhem Xerri
(source : La Vie)


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