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samedi 4 avril 2026

Respiration divine

 Et si la résurrection n’était pas seulement un mystère à célébrer, mais un chemin à vivre ? En relisant Christian Bobin, notre chroniqueuse invite à écouter le souffle du monde et à traverser la mort sans désespoir.

Marie Madeleine avait raison, le Christ est un jardinier. Il a semé sur la terre les germes de la résurrection. Ses gestes et ses paroles sont un mode d’emploi pour redevenir ces corps de lumière, ceux que nous étions à l’origine et que nous deviendrons. Ressusciter, c’est devenir et revenir. Mais le chemin de l’homme ressuscité est long tant il est encombré des gravats de son orgueil, son envie, sa haine, son avidité.

Au regard de l’évolution violente du monde et de l’empressement des va-t-en-guerre, il y a de quoi désespérer y compris en faisant le constat de nos propres faiblesses.

Apprendre des arbres

« Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s’effondrent, privées d’appui, et il ne nous reste plus qu’à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre la compassion que le monde ignore » : cette réflexion de Christian Bobin dans son Ressusciter (Gallimard, 2001) peut sembler naïve face à la brutalité des temps. Le poète pourtant a toujours raison ! Il suggère, pour résister à la déréliction, de se souvenir que tout dans l’univers, dans le moindre brin d’herbe, dans ma main, dans mon cœur, dans mon chien, il y a la présence du souffle. Présence que les arbres, qui font le pont entre ciel et terre, peuvent nous faire entendre.

Si l’on prêtait attention à ce pneuma qui anime chaque être vivant, avant nos intérêts personnels, alors on sentirait battre cette respiration divine dans ce passant qui nous arrête un peu trop longtemps à notre goût, dans le chant des oiseaux qui sont de retour et les petits clins d’œil que la vie nous adresse. On ferait une pause : on inspirerait avec l’idée d’accueillir et on expirerait avec l’idée de restituer ce que l’on a reçu. Ce serait le premier pas pour ressusciter. Cette fête christique nous y invite. Elle ne se cantonne pas à une célébration le temps d’un dimanche, un petit jour et puis s’en va ! Que pouvons-nous expérimenter dans notre quotidien de la résurrection du Christ ? Une philosophie de la vie et une autre approche de la mort.

« Dans la mort, il a vaincu la mort, à ceux qui sont dans les tombeaux il a donné la vie » chante-t-on en ce jour. Ainsi grâce au Christ, nous passerons devant cette mort qui attend toute personne sur terre. Nous passerons sans qu’elle nous piège dans sa fosse, nous passerons en la saluant. Elle ne sera plus notre tombeau, elle sera notre libération. Le Christ désire que nous soyons vivants. Il nous a délivré de l’ultime souffrance. Pourquoi ne pas y penser lorsqu’un être cher nous quitte et rend le dernier souffle ?

L’ultime tabou


En cette fête de notre résurrection avec Lui, j’aimerais aussi faire cette demande : puisqu’en ce jour tout est possible, que l’ultime tabou, le plus grand désespoir n’est plus, j’aimerais qu’Il me raconte l’épisode qui suit sa descente dans la mort. Après avoir brisé les verrous et fait tomber les portes, après avoir délivré du lieu d’attente sombre et oublié ceux qui étaient enfermés, que se passe-t-il ?

Christ, qu’as-tu fait de ceux qui étaient prisonniers dans le gouffre du schéol ? Adam, Ève, Jean le Baptiste, tous ceux que les peintres ont représentés et puis ceux qui resteront des anonymes pour la plupart d’entre nous et des proches pour quelques-uns. Christ dis-moi où est mon frère, mes grands-parents, mes amis, ceux que je ne vois plus et que je garde présents dans mon âme ? « Mon cœur bat dans le noir. La vie s’attriste de ne pouvoir nous atteindre que rarement » (Christian Bobin). Christ, fais-moi goûter la vie qui déborde la mort.

Paule Amblard

------------- source : La Vie

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jeudi 2 avril 2026

Joie de Pâques

 

On parle rarement de la joie au seuil du Jeudi saint.

Et pourtant, il y a là une forme de joie très singulière, presque paradoxale, qui ne ressemble en rien à l’enthousiasme ou à la légèreté que l’on associe habituellement à ce mot.

Ce n’est pas une joie qui nie l’épreuve.

Ce n’est pas une joie qui évite la nuit qui vient.

C’est une joie qui coexiste avec ce qui va être perdu.

Au moment même où tout commence à vaciller, où les liens vont être éprouvés, trahis, déchirés, il y a encore, dans ce dernier repas, dans ces gestes simples, dans cette présence offerte, quelque chose qui tient. Quelque chose qui se donne, sans se retenir, alors même que tout pourrait se refermer.

C’est peut-être là que se loge une autre manière de comprendre la joie.

Non pas comme l’absence de douleur, mais comme la capacité de rester ouvert, de rester présent, de rester en lien, même lorsque l’on sait que l’on ne sera pas épargné.

Il y a une joie très profonde à pouvoir aimer sans garantie. À pouvoir donner sans être certain de recevoir. À pouvoir être là, entièrement, sans se retirer à l’avance pour ne pas souffrir.

Ce n’est pas une joie confortable.

Ce n’est pas une joie qui protège.

C’est une joie qui consent.

Une joie qui naît, peut-être, non pas de ce qui est facile, mais de ce qui est vrai.

Et peut-être que le Jeudi saint nous approche de cela, de cette capacité à habiter un moment jusqu’au bout, à ne pas fuir ce qui vient, à ne pas se fermer avant l’heure, à ne pas se retirer de la relation par anticipation de la blessure. Une joie grave, silencieuse, presque secrète, mais réelle.

La joie de ne pas se quitter, même quand tout, autour, commence à se défaire.

Kabbalah vitrail

Peinture : Philippe de Champaigne, La Cène

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lundi 21 avril 2025

Joyeuses fêtes de Pâques à chacune et à chacun de vous !


Pour illustrer cette notion si mystérieuse de la Résurrection, voici celle - toute païenne - d'Orion, dans la mythologie grecque, le chasseur terrestre accidentellement tué par Diane-Artémis, puis transformé par ses soins en chasseur céleste, constellation brillante, à l'image de tout ce qui nous unit. Orion abandonne ici sa dépouille mortelle dans le cercle du O, la lettre de l'Ouverture infinie, pour y renaître en lumière, sous sa forme rayonnante.

Sabine Dewulf

Source : Illustration de Marie Dewulf, pour L'Oracle alphamythique - Sabine Dewulf et Antoine Charlet.

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dimanche 20 avril 2025

Passage vers le Royaume

 De tout temps, l’homme a craint la mort. L’angoisse existentielle face à sa finitude s’inscrit dans son cœur dès qu’il sort de l’enfance, l’âge de raison signant l’ouverture de sa conscience au néant qui l’attend au bout de sa trajectoire. L’adolescent puis l’adulte auront à apprivoiser l’idée de la mort comme faisant partie intégrante de la vie afin d’accepter cette donnée inhérente à la condition humaine.

Cependant, là où nos ancêtres vivaient avec le sentiment prégnant qu’à chaque instant ils pouvaient quitter ce monde, l’espérance de vie d’antan étant beaucoup plus courte et aléatoire que la nôtre, les progrès techniques et médicaux permettent aujourd’hui de reculer toujours davantage le terme de notre parcours terrestre, incitant l’homme moderne à refuser l’ultime échéance et même à nourrir un rêve d’immortalité.

Dans cette lignée, à l’heure de l’intelligence artificielle, savez-vous qu’il est possible de « ressusciter » numériquement une personne disparue ? En Chine, aux États-Unis, au Japon, en Espagne, des entreprises, s’emparant de ce fantasme, proposent de recréer les caractéristiques d’un défunt (voix, apparence physique et tempérament) pour permettre à des particuliers de discuter virtuellement avec cet avatar post mortem.

Le réalisme de cette conversation apparaît aussi troublant que contestable sur le plan éthique. Si certains de nos contemporains peuvent être tentés de chercher un réconfort en recréant le dialogue avec un double informatique, est-il moralement et psychologiquement souhaitable de s’accrocher à une représentation artificielle d’un individu, forcément réductrice, aucun algorithme n’étant capable de copier la complexité d’une personnalité ?


Outre la question du respect de la volonté du défunt qui, par définition, ne peut consentir à ce que dit son fantôme virtuel, l’échange avec ce dernier risque de fabriquer une fausse relation et de faux souvenirs avec la personne disparue et d’exacerber le chagrin de la perte, en empêchant le nécessaire et salutaire travail de deuil.

La suprême Bonne Nouvelle

Aux antipodes du business de la « résurrection » numérique, l’espérance chrétienne nous invite à changer radicalement notre regard sur le sens de la finitude humaine. « C’est moi qui suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il vient à mourir, vivra. Le vivant, celui qui croit en moi, ne mourra pas pour toujours » (Jean 11, 25-26), répond Jésus à Marthe, alors que cette dernière lui reproche de n’être pas venu secourir à temps son ami Lazare et de l’avoir laissé mourir.

La Pâque illustre de façon magistrale que la mort n’est pas pur néant mais marque le passage vers le royaume de Dieu, qu’à l’image du Christ, nous irons rejoindre. La résurrection du Fils nous ouvre grands les bras du Père, voilà la suprême Bonne Nouvelle ! De cette foi, naît une confiance inédite dans le processus de transmutation et de renaissance à l’œuvre en toute chose, reflet de la puissance céleste, auquel la mort participe. Riche de l’instant dont est fait le présent où s’illustre l’éternité de Dieu, l’existence se dévoile alors à nous dans sa majestueuse splendeur.

Loin de vivre dans la crainte de mourir, le Christ nous appelle à nous inscrire sereinement dans l’élan universel gouvernant le monde, qui nous emmène sans cesse vers la nouveauté du devenir et nous fait entrer en Vie dès ici-bas en cocréant avec le Créateur à travers l’expérience incandescente de son Amour. 

Cécilia Dutter

Écrivaine et critique littéraire, elle a publié des romans, dont À toi, ma fille (Cerf), ainsi que des essais, dont Etty Hillesum, une voix dans la nuit (Robert Laffont) et Aimer d’un cœur de femme (Cerf).

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lundi 1 avril 2024

Passage sur terre...


 Le Christ sort au matin de la vieille maison fatiguée du monde. Il a une trentaine d'années. Il n'emporte rien avec lui. Il commence sa vie buissonnière dont, après sa disparition, ses amis recueillent des lambeaux. La joie de l'air contre ses tempes, les confidences de l'eau entre ses mains les éblouissements des renards qui croisaient son chemin, de tout cela rien ne nous est parvenu. Quelques paroles dont la plupart empruntent leur beauté à l'univers patient des bergers, des pêcheurs, des viticulteurs : voilà tout ce qui reste du passage sur terre du plus grand des poètes. Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs. Les commentateurs ont usé jusqu'à la corde ces paroles de l'errant. Elles résistent. Le simple est inépuisable. Comme des frelons sur une poire tombée dans l'herbe, ainsi s'agitent les théologiens, agglutinés autour des larmes d'un visage si humain qu'il en devenait divin. "Mon dieu, mon dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?" Cette parole du Christ est la parole la plus amoureuse qui soit. Chacun en connaît la vibration intime. Aucune vie ne peut faire l'économie de ce cri. Cette parole est le cœur de l'amour, sa flamme qui tremble, se couche et ne s'éteint pas. Elle est aussi bien la seule preuve de l'existence de Dieu : on ne s'adresse pas ainsi au néant. On ne fait pas de reproches au vide.

Christian Bobin - L'homme-joie page 153

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dimanche 3 mars 2024

Sages comme des images ?

 


Il y a trop de croyants à qui on a demandé de se soumettre et d’admettre l’impensable. Adultes, ils vivent leur foi, si elle demeure, sans réfléchir, sans savoir si ce qu’ils disent et célèbrent est juste et bon. Ils s’en remettent totalement à ce qu’on leur a imposé, sans avoir appris la nécessaire distance, la confiance en leur propre jugement, sans prendre leurs responsabilités. Il est clair que les croyants à qui on a demandé d’être des enfants sages deviennent vieux, comme le chantait Jacques Brel dans un autre contexte, sans même avoir été adultes.

L’argile de nos jours

La voie que propose l’Évangile est un chemin tout autre. Il n’appelle pas à s’épuiser pour devenir ce que d’autres voudraient que l’on soit. « Si beaucoup de poètes ne sont pas des poètes, et si beaucoup de religieux ne sont pas des saints, c’est parce qu’ils ne réussissent jamais à être eux-mêmes. Ils n’arrivent pas à être le poète particulier ou le moine particulier que Dieu les a destinés à être. Ils ne deviennent jamais l’homme ou l’artiste qu’ils sont appelés à devenir par toutes les circonstances de leur vie individuelle », écrivait Thomas Merton dans Semences de contemplation (Seuil, 1952).

Les mots de ce moine trappiste nous ouvrent une fenêtre pour vivre le carême. Non pas sur une cour d’école pour garçons sages et petites filles modèles, mais sur un chemin buissonnier où personne n’est appelé à défiler en rangs serrés et à pas cadencés. Il n’appelle pas de grandes ascèses et ne demande pas d’exploits spirituels. Il n’exige pas de renoncements physiques et ne garantit pas des assurances mystiques.

Durant ces 40 jours, il ne s’agit pas tant d’avoir prié que de faire de l’argile de nos jours une prière, de nous tenir en conscience dans le souffle du vivant, dans une prière libre, sans pointillisme : prière et poésie font bon ménage. Il ne s’agit pas tant de jeûner que de consommer moins pour goûter davantage et entrer dans un nouveau rapport avec la Création : jeûne et plaisir ne sont pas incompatibles. Il ne s’agit pas tant de se priver que de chercher avec d’autres des chemins de justice et d’équité pour que chaque être humain puisse vivre dans une vraie dignité.

Plaise à Dieu que sur la route qui nous conduit vers Pâques, nous ne devenions jamais des enfants sages du « il faut », mais (un tantinet rebelles) des enfants libres de l’Esprit.


Raphaël Buyse. Prêtre du diocèse de Lille, il est l’auteur d’Autrement, Dieu et d’Autrement, l’Évangile (Bayard) et d’Il n’y a que les fous pour être sages (Salvator). Il vient de coécrire Visitation(s), vivre la rencontre à l’hôpital (Salvator).

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dimanche 12 mars 2023

« La dépression, un appel au secours de l’âme qui n’en peut plus »

 Selon le Dr Louis Masquin, neuropsychiatre et ancien chef de clinique à la faculté de Marseille, la dépression est comme une expérience de mort à soi-même pour renaître autrement. Une croix qui ouvre sur l’espérance de Pâques.

Comment comprenez-vous l’augmentation des cas de dépression ?


En France, on estime que près d’une personne sur cinq a souffert ou souffrira d’une dépression au cours de sa vie. Il s’agit bien d’un phénomène de société, que le Covid a en quelque sorte exacerbé. J’insiste toujours sur la complexité de cette maladie dont l’origine est multifactorielle. Le premier facteur de vulnérabilité à la dépression est sans doute la fragilité psychologique actuelle. Je note par exemple chez nombre de jeunes une absence de point d’ancrage. Ensuite, notre monde est difficile, marqué par un bouleversement radical des repères familiaux et sociaux ainsi que des valeurs.

L’homme étant fait pour être en communion avec d’autres, il peut être écrasé par l’impératif contemporain d’affirmation individuelle et d’autonomie absolue. Et puis, dans une société qui s’accélère à un rythme effréné, l’individu passe d’une chose à l’autre sans prendre le temps de s’arrêter. Il vit à la surface de lui-même, laissant de côté le besoin d’intériorité.

Le vide spirituel serait-il à prendre en compte ?

Je pense en effet que l’augmentation de fréquence de la dépression vient, tout au moins en partie, de la crise spirituelle que traversent nos sociétés modernes, de la perte des idéaux noyés dans le matérialisme et le consumérisme. Les avoirs, les pouvoirs et les jouissances ne nourrissent pas un homme, si j’ose dire ! Sa soif et sa faim vont bien au-delà car les aspirations spirituelles, qu’on le veuille ou non, sont le propre de l’humain. Pour preuve, l’émergence des nouvelles religiosités et spiritualités.

Le psychiatre viennois Hans Lenz décrivait la dépression comme « la maladie des manques » : manque d’intérêt, de plaisir, d’énergie vitale, de sommeil… Et nous pourrions ajouter : manque de Dieu, ou, plus largement, de vie spirituelle. Je me pose donc la question : la dépression ne serait-elle pas un appel au secours de l’âme qui n’en peut plus ?


D’où votre insistance à ne pas la réduire à la seule dimension de la maladie ?

Certains psychiatres ont une vision très biologique des problèmes de la vie psychique. Ils les abordent comme s’ils étaient déconnectés de la vie spirituelle. Ils rêvent d’un médicament miracle qui sortirait la personne du tunnel de la dépression. Mais c’est oublier que l’homme est indissociablement corps, âme et esprit.

Comme l’écrivent le Dr Yves Prigent et le père Stan Rougier, dans la  Dépression, une traversée spirituelle (DDB) : cette maladie « se trouve au carrefour du social, du psychologique, du biologique, du culturel et du spirituel, elle est comme le révélateur d’une identité globale de l’homme ». C’est cette vision-là qu’il faut envisager.

N’y a-t-il pas là un risque de confusion entre le psychologique et le spirituel ?

Il est nécessaire de ne pas psychologiser le spirituel ni de spiritualiser le psychologique, c’est indéniable. La dépression est une maladie, qu’il faut traiter en tant que telle, et traiter correctement – le risque de suicide est réel. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’un travail psychologique, d’une psychothérapie ni du recours aux antidépresseurs lorsqu’ils sont nécessaires.

Cela étant dit, il ne faut pas s’arrêter à la dimension médicale, mais aller plus loin, et ce, au rythme du patient. À lui de se mettre à l’écoute de ce que cette épreuve vient lui dire. Oui, la souffrance dépressive est terrible, torturante, mais elle n’est pas exclusivement négative. Quelque chose de positif peut en sortir. Ce blocage peut être une réaction de sauvegarde, et l’effondrement dépressif pourrait se comparer au compteur qui disjoncte pour sauver le circuit électrique.

« Il y a un message dans la dépression », écrivez-vous. Quel est-il ?

Ces questions essentielles de l’existence que la personne avait refoulées, mises de côté ou qu’elle n’avait pas voulu affronter, voilà qu’elles surgissent très directement et radicalement à l’occasion d’une dépression : quel est le sens de ma vie (direction et signification) ? Quelle est la hiérarchie de mes valeurs et de mes finalités (solidarité, générosité, justice, vérité) ? Comment suis-je présent au monde et aux autres ? Quid de mon ouverture à un Au-delà de moi, au Tout Autre, à la transcendance, de ma relation avec le divin ? Et Dieu dans tout ça ?

J’ai accompagné plusieurs trentenaires qui ont changé d’orientation professionnelle. Leur dépression leur avait fait prendre conscience d’un manque de cohérence entre leur métier et leurs valeurs. « Je ne peux pas continuer ainsi », disaient-ils.

La dépression est donc une invitation au changement ?

Oui, et nous avons souvent bien du mal à l’accueillir ! La première étape est d’accepter la maladie, le diagnostic et le traitement, et ce n’est pas le plus facile. D’une certaine façon, la dépression est une expérience de mort à soi-même pour renaître autrement. Elle est une croix, qui peut être lourde à porter, mais qui ouvre sur l’espérance de Pâques. Encore faut-il entendre cet appel au changement et y consentir, s’y engager.

Il n’y a pas de guérison magique ou passive. Le Christ nous pose la question, comme à l’asthénique de la piscine de Bethesda : « Veux-tu être guéri ? » (Jean 5, 6), et aussitôt il lui adresse un triple impératif : « Lève-toi, prends ton brancard et marche » (5, 8). Il ne dit pas : « Ne bouge pas, je vais te guérir. »

Dans cet Évangile, Jésus ne va-t-il pas encore plus loin ?

Être en bonne santé physique et psychologique n’est pas suffisant. Pour les croyants, la guérison (c’est-à-dire la santé, en latin salus, c’est-à-dire le salut) est aussi spirituelle. Jésus invite ainsi l’asthénique à s’engager à se convertir : « Te voilà guéri : ne pèche plus de peur qu’il ne t’arrive pire encore » (Jean 5, 14). La guérison n’est pas un état, mais bien un chemin, un chemin de conversion. Guérir, c’est se mettre en route et avancer dans la vie sous le regard de Dieu et dans sa main.

Source : La Vie (Par Alexia Vidot)

À savoir. La Dépression. Vers une nouvelle aurore ?, de Dr Louis Masquin, Éditions des Béatitudes,

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lundi 18 avril 2022

Ingestion du jour nouveau

 Voici la fleur de Pâques qui se ferme le soir. Et comme l'ostie, elle se mange...



dimanche 17 avril 2022

Libération de Pâques


 Toute voie spirituelle vous appelle à ce qu'on peut légitimement appeler la mort à soi-même, la mort à un certain niveau pour vivre à un autre niveau. " Si le grain ne meurt, il demeure seul; s'il meurt, il porte beaucoup de fruits." Laissez-moi vous citer le passage célèbre de saint Paul sur la résurrection : « Semé corruptible, le corps ressuscite incorruptible; semé méprisable, il ressuscite éclatant de gloire; semé dans la faiblesse, il ressuscite plein de force; semé corps psychique, il ressuscite corps spirituel. S'il y a un corps psychique, il y a aussi un corps spirituel. C'est ainsi qu'il est écrit: le premier homme, Adam, fut un être psychique doué de vie, le dernier Adam est un être spirituel donnant la vie. Mais ce qui est premier, c'est l'être psychique, ce n'est pas l'être spirituel; il vient ensuite. Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel ". (Corinthiens 15, 42-47.)

Traditionnellement, la doctrine hindoue reconnaît deux types de libération : la libération après la mort (videha-mukti) et la libération dans cette vie (jivanmukti). Le texte célèbre de saint Paul ne peut-il pas être interprété aux deux niveaux, indiquant d'une part de quelle manière la résurrection après la mort se manifestera et d'autre part évoquant la transformation possible dans cette existence? Ce texte fait penser au témoignage que certains portaient après leur rencontre avec tel ou tel des plus grands mystiques de l'histoire ou, au xxe siècle, avec tel ou tel saint exceptionnel du Mont Athos. Mais cette métamorphose à laquelle tous sont appelés n'a jamais concerné qu'une infime minorité.

Il ne s'agit plus de psychologie, il ne s'agit pas seulement d'être moins égoïste ou plus serein, il s'agit d'une expérience intérieure bouleversante présentée comme une mort et une résurrection dans cette vie-ci, par un abandon de tout ce qui constitue aujourd'hui notre psychisme, donc un abandon de nos points d'appui habituels. Cela suppose un effacement, un silence, un « vide » dont même les mystiques chrétiens ont parlé parce qu'il constitue l'expérience mystique proprement dite. Vous ne pouvez pas à la fois conserver vos limites, vos prérogatives et être en même temps vidés de vous-mêmes pour être remplis de Dieu. Que reste-t-il, quand nous avons tout perdu, tout lâché, dans ce tréfonds du cœur ou de l'âme où nous ne sommes plus ni homme ni femme?


Qu'est-ce qui se révèle alors? Tous ceux qui ont vécu cette transformation témoignent qu'il s'agit bien d'une expérience radicale qui est la plus haute possibilité d'accomplissement offerte à l'homme. La question est de savoir si nous aspirons ou non à cette réalisation d'un autre ordre. Elle ne passe pas forcément par le martyre physique qu'ont connu les premiers chrétiens mais par un abandon, un don de soi total à cette vie qui transcende nos limitations : " Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi." Mais très peu de chrétiens entrevoient le christianisme, surtout à notre époque, comme l'appel à cette réalisation mystique.

Un tel passage ne s'opère pas tout seul, parce que nous sommes attachés à notre manière d'appréhender la réalité dans la dualité, au travers du désir et de la peur, fonctionnement que les enseignements orientaux ont, eux aussi, très bien décrit de leur côté. L'homme a toujours tendance à rabaisser des enseignements transcendants, à les ramener à son niveau. Il commet l'erreur de vouloir faire entrer un enseignement original parlant de choses nouvelles dans ses catégories mentales habituelles. Le préalable à une véritable compréhension est donc un effort d'ouverture, de silence, d'oubli de nos opinions, pour que l'enseignement des Évangiles puisse pénétrer en nous et nous transformer de l'intérieur.

Arnaud Desjardins, En relisant les Evangiles

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dimanche 12 avril 2020

La résurrection du Christ selon Douglas Harding


La résurrection signifie le passage de la mort à la vie nouvelle.
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Ce passage (cette Paques) s'opère quand je meurs à moi-même en tant qu'individu limité et que je me reconnais en tant qu'Être, au-delà de la naissance et de la mort, au-delà du temps et de l'espace. Je meurs à mon petit moi et je renais à ce que je suis réellement.
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Cette résurrection a lieu dans le maintenant éternel, dans la Présence même de la conscience, ici au coeur de la conscience intime de ma subjectivité.
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Si je me retourne en moi-même vers ce qui semble un vide, si je descends dans le fond de mon propre néant, si je me dépouille de toutes les images de moi-même et de toutes les croyances, je découvre, par delà le connu, une nouvelle dimension de la Vie et de moi-même, à côté de laquelle l'ancienne vie est comme la mort.
Douglas Harding a dessiné un dessin à partir de la manière dont Jésus s'est vu lui-même en première personne sur la croix.
Si nous écartons les bras nous découvrons que nous sommes cette même conscience ouverte.​
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"Ici, nous avons une idée de la manière dont Jésus s’est vu lui-même sur la Croix, à l’envers et faisant face à toute la création. Une esquisse de ce qu’il était en tant que Première Personne le jour où il est arrivé au Bout du Monde et au Fond de l’Enfer dans tous les sens du terme, le jour où il est descendu jusqu’au fin fond de la cave du grand univers de son Père.
Je soutiens que, de fait, le même schéma est valable pour Jésus-Christ en tant que Première Personne sur la Croix et pour moi en tant que Première Personne à chaque instant. Et je m’empresse d’ajouter : pour tous les êtres humains. Aucun d’entre eux – ni le plus mauvais, ni le plus stupide, ni le moins chrétien – n’est différent selon sa propre expérience de lui-même. Évidemment ! Comment pourrait-il en être autrement ?
Veuillez regarder le dessin. Ces petites troisièmes personnes debout, pourvues d’une tête, d’épaules étroites et de petits bras, sont toutes nées et vont toutes mourir. Cette grande Première Personne qui est à l’envers, sans tête, avec de larges épaules et des bras immenses n’est jamais née et ne mourra jamais. Il est le Christ Éternel, né du Père avant le monde, réellement Dieu, Lumière des Lumières, et pourtant il renaît toujours, dans toutes les créatures, en tant que Christ crucifié."
Douglas Harding, Le procès de l'homme qui disait qu'il était Dieu



Ramana Maharshi interprétait de manière très proche ainsi la résurrection. Elle a lieu ici et maintenant.

"Question : Quel est le sens de la crucifixion?
 Ramana: Le corps est la croix. Jésus , le fils de l'homme, est l'ego ou l'idée"je-suis-le-corps". Quand le fils de l'homme est crucifié sur la croix, l'égo meurt, et ce qui survit est l'Être absolu. C'est la résurrection du Soi glorieux, du Christ - le Fils de Dieu."
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Ramana Maharshi, Paroles essentielles, Almora.


par José Le Roy

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samedi 11 avril 2020

SAMEDI SAINT

« C'est le grand oublié du Triduum, car ce jour ne comporte pas d'office particulier ni même d'eucharistie », remarque Hélène Noisette. À la faveur de notre confinement, nous pourrions rester en silence dans ce lieu où la mort semble avoir gagné, mais où nous sommes invités à espérer contre toute espérance en la puissance du Christ qui est descendu aux enfers. 

Un texte à méditer
L'homélie de saint Épiphane de Salamine (IVe siècle) : « Que se passe-t-il ? Aujourd'hui, grand silence sur la terre ; grand silence et ensuite solitude parce que le Roi sommeille. (...) Dieu est mort dans la chair et le séjour des morts s'est mis à trembler. C'est le premier homme qu'il va chercher, comme la brebis perdue. Il veut aussi visiter ceux qui demeurent dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort. Oui, c'est vers Adam captif, en même temps que vers Ève, captive elle aussi, que Dieu se dirige, et son Fils avec lui, pour les délivrer de leurs douleurs. »
Des gestes
Couper son téléphone, éteindre télé et radio, et demeurer, si possible, dans le plus grand silence. Avec des enfants, on peut décorer les bougies qui serviront le soir. Pour commencer la veillée pascale, allumez une bougie dans le noir, puis faites circuler la lumière entre vous, même au-delà des murs de votre logement : en l'envoyant en photo à des proches, à d'autres paroissiens ou pourquoi pas sur les réseaux sociaux.

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Source : la Vie magazine

mercredi 8 avril 2020

De Notre-Dame au Corona...


Il y a près d'un an, c'était la semaine sainte, et nous assistâmes, incrédules, en direct à l'incendie de Notre Dame de Paris. Un choc, tant cela paraissait improbable, et une sorte de confrontation à la disparition (partielle) non seulement d'un monument emblématique de Paris, mais aussi de l'histoire de France. Une partie de la population se sentait touchée au cœur. Qui aurait supposé çà?

La plupart d'entre nous n'avons pas connu la guerre avec ses destructions, et ses morts. Que doivent vivre tous ces peuples dont les villes ont été rasées par les bombes, qui quittent tout pour s'enfuir, migrer? Les guerres sont loin, pas chez nous en tout cas, jusqu'à ce que...

Qui aurait supposé, là encore, une épidémie touchant la majorité de la population mondiale? Et lorsqu'elle a commencé en Chine en janvier, qui aurait imaginé que petit à petit tout allait se bloquer? Plus d'avion dans le ciel, plus de bateaux, plus de train, plus de circulation, ou dans une proportion infime... Avec comme résultat (entre autres), plus de bruit, plus de pollution dans l'air, dans les ports (enfin nettement moins), et des élans magnifiques de solidarité aussi. Un simple virus microscopique arrête en quelques semaines les méfaits de l'économie mondiale, ridiculise les promesses jamais tenues des COP 25 et autres que font les gouvernements jamais avares de rendez-vous de parlottes organisées et coûteuses.
Bien sûr il y a quelques dizaines de milliers de morts, les plus âgés et déjà en mauvaise santé pour un bon nombre. Mais si on compare par rapport aux autres morts, dont on ne fait jamais un décompte au jour le jour, cela reste minime. Par exemple je viens d'entendre que les morts des suites de la pollution sont plus nombreux que ceux morts à cause du fameux virus.

Sur les ondes on parle de sujets plus intéressants, avec des philosophes, psychologues et autres chercheurs de sens. On parle de l'après! Est-ce qu'on va reprendre comme avant?
Qui peut savoir? Il y a des personnes, astrologues, mais pas que, qui disent, ou disaient en 2019 déjà, que 2020 sera une année historique dans l'histoire mondiale, une année de grands changements (il y a une conjonction planétaire rarissime). On verra. Vu comment ça a commencé, tout est possible.
Soyons d'accord pour vivre le possible, et donc l'incertitude. Réveillons-nous au changement, inéluctable quel qu'il soit. 
Eveillons-nous à l'immobile surtout, à l'immuable.

Yannick (blog : si près de l'horizon)

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dimanche 21 avril 2019

La Vie nue !


La vie a paru - et la vie ne l'a pas connue. La vie marchait avec la vie. Et la vie ne le savait pas. La vie vivait sa vie, loin au fond dépeuplé de la vie. Et la vie l'a laissée mourir de froid.
   Un instant s'est déchiré l'épais brouillard de la confusion et je crois avoir vu son visage, son sourire long comme un banc de reflets, qui ne demandait que de vivre un peu, là-bas vivre d'un instant pour que vive la vie.
   Et quand la déchirure doucement s'est refermée - la vie a oublié la vie. Je guette aujourd'hui la blessure qui rouvrira la chair - pour entendre un cœur battre, partir, laissant tout, même les images, loin, avec la vie qui sait marcher sur les eaux.
   Et la vie toujours me déchire qui nous fuit et nous approche en s'éloignant, puisque chaque jour il faut que nous nous trompions éteignant ses grands ciels dans les mares de nos jeux sans joie.
   La vie me dédaigne, de confondre encore la morsure dans le fruit avec le parfum de la connaissance, la tendresse des feuilles, le souffle secret dans les jardins de la rencontre.
   Arbres solitaires - allées muettes - clartés offertes de tant de visages disparus - toujours appelle la voix du plus grand amour, qui ne se donne qu'aux libres murmures de la lumière, au babil sans fil ni raison des fleurs écloses.
   On ne sauve rien des apparences
   la peau s'entoure, le corps s'enveloppe
   et de quelle épaisseur de meuvent-elles
   la face brille et c'est la nuit à l'intérieur de la lumière
   on n'a jamais vraiment voulu voir
   ou on a toujours eu peur
   peur d'aller pieds nus avec la vie nue
   pieds nus sur la rive nue
   et maigre comme l'éclat au ras des sables, les vents à tout va
   l'ivresse qui d'un coup nous dépouille.
in "Supplique du vivant"
Ad Solem / Poésie / décembre 2018

dimanche 10 mars 2019

Quarante jours de joie et de grâce

 Avec Jésus poussé par l'Esprit au désert, entrons dans le temps du carême, le cœur joyeux, mais prêts à partir au combat, les yeux rivés sur le feu de Pâques.







Tu es une poussière aimée !
Illustration Juliette Léveillé
Mercredi dernier, le prêtre a tracé sur toi une petite croix avec des cendres. Par ce signe pénitentiel, tu t'es reconnu poussière, mais une poussière aimée. Pécheur, mais un pécheur pardonné. « Miséricordié » ! Te voici donc disposé à entrer dans l'itinéraire du carême. Et tu peux le faire le cœur joyeux et non pas affligé, car c'est un temps de grâce pour que, au bout de ta marche, tu puisses recevoir le feu de Pâques, en brûler et en rayonner autour de toi. Ne perds jamais de vue cet horizon !
Prépare-toi au combat
Entre dans le carême le cœur léger donc, confiant en la miséricorde divine, mais prêt à partir au combat. Regarde Jésus : après son baptême, le voici « conduit par l'Esprit à travers le désert où, pendant quarante jours, il fut mis à l'épreuve par le démon » (Luc 4, 1-2). Suivre Jésus pas à pas - et c'est bien l'idée du carême - implique de lutter personnellement contre le diable, qui ne manquera jamais de mettre des embûches sur ta route. Dans ces moments, saisis, avec Dieu, les armes de la foi : la prière, le partage et le jeûne.
Le meilleur jeûne
Quel est donc ce jeûne qui plaît à Dieu ? Écoute le pape François : « Jeûnez de mots offensants et transmettez seulement des mots doux et tendres. Jeûnez de colère et remplissez-vous de douceur et de patience. Jeûnez de soucis et ayez confiance en Dieu. Jeûnez d'égoïsme et équipez-vous de compassion pour les autres. Jeûnez de mots et équipez-vous de silence et de la disponibilité à écouter les autres. » À toi de jouer !
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