On parle rarement de la joie au seuil du Jeudi saint.
Et pourtant, il y a là une forme de joie très singulière, presque paradoxale, qui ne ressemble en rien à l’enthousiasme ou à la légèreté que l’on associe habituellement à ce mot.
Ce n’est pas une joie qui nie l’épreuve.
Ce n’est pas une joie qui évite la nuit qui vient.
C’est une joie qui coexiste avec ce qui va être perdu.
Au moment même où tout commence à vaciller, où les liens vont être éprouvés, trahis, déchirés, il y a encore, dans ce dernier repas, dans ces gestes simples, dans cette présence offerte, quelque chose qui tient. Quelque chose qui se donne, sans se retenir, alors même que tout pourrait se refermer.
C’est peut-être là que se loge une autre manière de comprendre la joie.
Non pas comme l’absence de douleur, mais comme la capacité de rester ouvert, de rester présent, de rester en lien, même lorsque l’on sait que l’on ne sera pas épargné.
Il y a une joie très profonde à pouvoir aimer sans garantie. À pouvoir donner sans être certain de recevoir. À pouvoir être là, entièrement, sans se retirer à l’avance pour ne pas souffrir.
Ce n’est pas une joie confortable.
Ce n’est pas une joie qui protège.
C’est une joie qui consent.
Une joie qui naît, peut-être, non pas de ce qui est facile, mais de ce qui est vrai.
Et peut-être que le Jeudi saint nous approche de cela, de cette capacité à habiter un moment jusqu’au bout, à ne pas fuir ce qui vient, à ne pas se fermer avant l’heure, à ne pas se retirer de la relation par anticipation de la blessure. Une joie grave, silencieuse, presque secrète, mais réelle.
La joie de ne pas se quitter, même quand tout, autour, commence à se défaire.
Kabbalah vitrail
Peinture : Philippe de Champaigne, La Cène
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