Affichage des articles dont le libellé est témoignage. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est témoignage. Afficher tous les articles

mardi 27 mai 2025

A mon rythme...

 


En quittant tout, je m'étais engagé sans aucune "planche de salut", je ne pouvais compter que sur le peu que j'avais et les choses auraient pu moins bien se passer. Je ne sais pas si, depuis 1972, je suis toujours en vacances, ou jamais. Je vis au jour le jour. Que je me consacre à la pratique spirituelle ou que je travaille à un projet quelconque, il n'y a pour moi ni samedi ni dimanche; Je fais ce qui me passionne, me tient à cœur, sans compter mes efforts mais au rythme qui est le mien.

Matthieu Ricard
(pensée de la semaine)



---------------

mercredi 23 novembre 2022

Partage d'expériences sur l'éveil

 

En lien avec le livre présenté de Christine Morency, voici la vidéo où elle détaille ses expériences :



*******

lundi 21 novembre 2022

Itinéraire intérieur

Par Sabine Dewulf

Je dois avouer qu'habituellement, je suis très circonspecte quand j'entends ou lis ce mot si galvaudé : "éveil". Mais ici, il s'agit visiblement de tout autre chose...
Dès les premières pages de ce livre publié par les éditions Jean-Louis Accarias -L'ORIGINEL, je me suis sentie à la fois happée et concernée au plus profond... au point, moi qui n'aime pas beaucoup les vidéos, d'aller chercher un lien pour pouvoir entendre et voir cette auteure québécoise, Christine Morency, qui cherche avec tant de soin à nous faire comprendre, avec des mots et des images qu'elle sait condamnés à l'approximation, ce qu'elle a vécu en deux étapes, en 2010 puis en 2015 ! Et je n'ai pas été déçue...
À cette lecture, on peut se rendre compte à quel point ce terme d' "éveil", de nos jours employé à toutes les sauces, mérite une attention et une précision décuplées. Le résultat en est vertigineux. Je ne dirais pas que cette lecture est facile, ni qu'elle est difficile. C'est seulement qu'elle nous parle depuis un " espace" si différent du nôtre, si indescriptible, qu'à la fois elle accroche et déconcerte, bouleverse tout en nous laissant un goût d'intimité, de déjà-connu-de-l'intérieur comme une évidence jamais manifestée.
Vraiment, ce livre en vaut la peine. Il me paraît honnête d'un bout à l'autre, cherchant à coller à l'expérience vécue dans sa traversée d'une découverte miraculeuse et insondable, celle qui fait se rejoindre dans un même éblouissement la plus haute métaphysique et l'ordinaire quotidien. Passionnant !
"Sous chaque titre apparait un court texte que je développe et qui résume de façon générale l'idée du titre. Ensuite la place est laissée à des textes qui témoignent de mon expérience ainsi qu'à des écrits que j'appelle les révélations spontanées, et ce sans ordre prédéfini. [... ] Peut-être répandront-ils sur vous leur parfum ?"
Sommaire :
Introduction
Qu'est-ce que l'éveil ?
Manifesté -- Non-manifesté
Le corps
Embûches sur le chemin
L'essence

Extrait du livre :


************










mardi 28 juin 2022

Road 51

 


Un grand merci à vous toutes et tous qui m'avez si gentiment souhaité bon anniversaire. Plutôt que de répondre par un court message personnel mais impersonnel, je réponds comme suit.

51. Ce chiffre me semble irréel, si je me réfère à ce que je ressens immédiatement en plongeant en moi. Toutes mes envies et élans, mes moteurs, mes espoirs, sont intacts. Mes défauts aussi, d'ailleurs:  mon impatience reste légendaire, par exemple, malgré plus de trente ans de pratique, et j'ai définitivement abandonné l'idée que cela change à l'avenir. Et je ne parle ici bien sûr que d'un seul de mes innombrables défauts, et l'un des plus avouables, bien entendu.

Alors qu'est-ce qui change, avec la pratique ?

C'est assez simple, au fond : l'espace intérieur grandit, et cela a plusieurs conséquences.

Tout d'abord, nos qualités et nos défauts, ou nos principales caractéristiques caractérielles, selon que l'on veut colorer ces attributs ou pas, se trouvent diluées dans cet espace qui grandit.

Elles ne disparaissent pas, et sont réactivables en cas de trigger involontaire (le plus souvent) ou de besoin (plus rarement) mais même activées, elles ne nous définissent plus complètement. Et pour tout dire, de moins en moins.

Par ailleurs, cet espace donne de la marge, souvent, pour voir se lever les réactions mécaniques quand elles ne sont pas trop violentes ou rapides. Cela nous laisse plus de choix intérieur et permet régulièrement d'agir plus que de réagir.

Bien entendu, cela n'est jamais parfait, et il y aura toujours des circonstances susceptibles de nous déstabiliser, dans certains domaines. Mais ces domaines se font plus rares et ils deviennent donc plus significatifs.

Autrement dit, peu à peu, nous approchons de nos blessures les plus fondatrices, sans être distraits par la périphérie. Cela nous permet de mieux les voir, de les sonder, et de choisir d'y plonger à corps perdu, si j'ose dire. Oui ça fait fichtrement mal et ça fait peur aussi. Mais qu'est-ce que ça en vaut la peine !

Parce que juste dessous, juste au milieu, dans l'interstice, il y a l'amour. Brut. Vainqueur. Glorieux. Insouciant. Rayonnant. Brûlant. Orgasmique et sans objet. Une douche d'amour sans raison. Qui se fout du corps, des rides et des cheveux blancs. Et qui nous ramène à l'origine de ce qui nous anime, depuis toujours.

Bouger, vouloir, rêver, transformer, partager, encore, encore et encore. Créer. Pour rien. L'immortalité, innocente, et dont le temps est compté, est là. 

Je vous souhaite à toutes et tous ce putain de mouvement perpétuel ! 

Fabrice

Photo : pratique du Tai Ji Quan, juin 2022, Ming Shan,  ©Yuliya Fedotova

*************

*******



samedi 30 avril 2022

Un urgentiste en réanimation


De l'autre côté du miroir Témoignage d'Olivier Debas

Gilles Farcet : J'ai souhaité partager ici ce beau témoignage de mon ami de très longue date Olivier Debas , médecin urgentiste et hypno thérapeute, élève de François Roustang. Il évoque ici son incursion "de l'autre côté", juste avant le premier confinement. Rien de polémique ici, juste un magnifique témoignage de lâcher prise.

De l’autre côté du miroir,

Ma femme, effondrée, vient de me déposer sur le parking des urgences. Je me dirige péniblement vers l’interphone de l’entrée des Urgences réservés aux patients suspects de COVID-19 avant d’appuyer sur l’interphone. A cet instant, et avant même que la porte ne s’ouvre, cela ne fait plus l’ombre d’un doute, je viens de passer de l’autre côté. Je suis malade et n’ai pas été épargné du SARS- CoV-2 dont la présence s’est fait sentir depuis plus d’une semaine. Ceci très certainement dans les suites d’une expédition demandée par l’ARS dans un EHPAD pour effectuer des prélèvements avec la cadre de mon service cinq jours plus tôt encore. Et ce qui semblait de prime abord anodin, des céphalées, des courbatures, des frissons et une petite asthénie, s’est aggravé depuis quarante-huit heures. Beaucoup de fièvre, une fatigue inhabituelle, un peu de toux et un essoufflement dont j’ai à ce stade à peine conscience. C’est alors que j’ai décidé de prendre les choses en main, de sortir de mon isolement pour me livrer à l’expertise et aux soins de mes confrères. Je l’ignore encore mais je vais être hospitalisé 17 jours loin des miens puisque toute visite sera désormais interdite. En USC d’abord dans le pôle dont j’ai la responsabilité et après un scanner thoracique et des gaz du sang sans appel. Puis rapidement transféré via le SAMU à Chambéry en pneumologie, et même en réanimation où j’échapperais à la ventilation invasive avant de retourner en USC puis en pneumologie à nouveau.

Dès mon arrivée ce jour-là aux Urgences, il me faut m’abandonner. Aux différents examens et soins prescrits, des plus inoffensifs comme la toilette aux plus redoutés comme les ponctions artérielles. Se laisser faire sans offrir la moindre résistance, s’effacer en quelque sorte au point de se réduire à être vivant comme l’a si bien explicité François Roustang. Abandon rendu toujours plus intense et nécessaire pour éviter une consommation accrue d’oxygène durant ces premiers jours où mon état respiratoire va s’aggraver dangereusement au point de me conduire en réanimation. Abandon suggéré et rappelé aussi par un manque cruel d’air, enfant d’abord lors d’une crise d’asthme puis beaucoup plus tard, lors d’une plongée sous-marine et de ce qui m’avait permis alors d’éviter le pire : ne plus rien faire, ne plus penser, attendre patiemment avant que le souffle reprenne son cours normal. S’abandonner donc, à plus grand à ce qui nous dépasse infiniment et avec confiance. Je me souviens alors en réanimation et en plein orage cytokinique comme on l’appelle désormais, m’être laissé aller à jouer de ces frissons intenses, de ces décharges comme des éclairs, à en ressentir les nuances et les embardées du début à la fin sans opposer la moindre résistance.

Mais aussi, après 23 ans passés en réanimation avoir pensé à ces patients intubés, ventilés profondément sédatés, curarisés au devenir incertain, sur le fil du rasoir, dont certains n’auront jamais eu l’occasion, ni eux, ni parfois leurs proches, de se dire adieu...

Une telle issue et son cortège de souffrance m’a traversée l’esprit mais sans s’y attarder. Une possibilité parmi d’autres et non comme une certitude. Les émotions sont un luxe que je ne peux me permettre, j’ai besoin de toute mon énergie. Revenir au corps ici et maintenant, tel qu’il est, voilà où je suis vraiment, seule certitude. Primum non nocere, ne pas nuire et en l’occurrence ne pas lui nuire. Lui permettre d’être installé aussi confortablement que possible comme lors d’une séance d’hypnose. S’assurer de la proximité de la sonnette, de l’urinal, du portable qui continue de me relier au monde et aux miens. S’évader aussi parfois en s’émerveillant d’un reportage animalier, de la force de la nature, de la vie. La vie encore et toujours, celle que le corps va finalement choisir de reprendre le cours. C’est lui bien sûr et pas moi, qui a “fait le job” et qu’il me faut remercier. Ainsi, bien sûr, que toutes celles et ceux qui ont pris soin de moi pendant ces 17 jours. Après les retrouvailles et sur la route d’un retour chez moi, chez nous, je regarde, émerveillé le lac du Bourget étincelant, avec de grands miroirs, calme et tranquille comme jamais.

****************

samedi 26 mars 2022

Rencontre avec un vieux sage


Voici la présentation du bel, accessible et inédit podcast consacré à Jacques Castermane - « Rencontre avec un vieux sage » - que vous êtes chaleureusement invités à écouter.


Diplômé de kinésithérapie en 1961, Jacques Castermane se met ensuite en quête de sens, que son métier et sa vie Bruxelloise de l’époque ne peuvent assouvir.
Il part ainsi en fôret Noire pendant 5 ans, pour étudier la tradition orientale, qu'il poursuivra aux côtés de son maître Karlfried Graf Durckheim, pendant plus de 20 ans. Depuis 1981, il partage désormais ses enseignements dans son école de méditation, en plein coeur de la Drôme.
Personnellement, j’ai été impressionné par la pertinence, la sagesse et la profondeur de ses réponses à mes réflexions.
Je suis également très content d’avoir pu aborder des notions telles que la spiritualité, l’impermanence, le zen.. que je trouve essentielles, lorsque l’on s’intéresse au sujet de ce podcast : la santé.
Cet épisode est donc d’une grande richesse, et je vous invite à l’écouter l’esprit et le cœur ouverts, dans le but de vous laisser toucher par les propos de notre invité, que je remercie publiquement pour la valeur de ce qu’il nous partage ici.
Très bonne écoute à vous,
Et à très bientôt,
Etienne


Timeline:
6’ Rencontre avec Karl Garf Durckheim
9’ Le chemin pour se libérer de la souffrance
14’ La leibthérapie.
19’ « L’occidental » cherche à comprendre.
25’ L’expérience de notre « être essentiel ».
33’ Définition de l’égo et impact sur notre être essentiel
38’ Zen et stoïcisme
50’ Concept de l’impermanence.
58’ Suis-je un être spirituel ?
67’ Les vertu de l’exercice quotidien
71’ Dorsalgie et phénomène de « décentration »

*********

jeudi 24 mars 2022

Présentation audio du livre de Gilles Farcet

 “Mais il avait persisté dans sa secrète détermination à servir le tout en s'accomplissant. Et le tout, de guerre lasse, sans doute, avait fini par le lui rendre”. (p.11)

“Voilà ce qu'il avait compris : perte et rédemption, damnation et rachat, étaient la diastole et systole de la circulation de cette vie, elles en régissaient le cœur dans sa marche immémoriale”. (p.41)


Les éditions l'Originel-Charles Antoni, nouvellement renouvelées, proposent une inspiration de Gilles Farcet sur le concept du Réel : La réalité est un concept à géométrie variable.

L'auteur, mature en âge et discernement, y jette un regard compatissant sur son passé et son passif ; dresse un portrait lucide de sa génération, de ses contemporains et de sa propre tâche (“pas sage mais accoucheur”) ; nous livre ce qu'il a compris du monde, du sens et du mystère de la vie (l'Amour ?), du temps qui passe, de la mort.

Reconnaissant des amis spirituels rencontrés sur le chemin (A. Desjardins, Y. Amar, Yogi Ramsuratkumar, G.I Gurdjieff...), il goûte aux fruits de leurs enseignements, par une pratique assidue et continue depuis une quarantaine d'années, se découvrant et s'acceptant homme heureux, conscient, aimant et vivant.

Cet "homme nouveau" au sens chrétien du terme, avec sa vision compatissante de l'humain, la responsabilité d'être au service de son prochain, d'accueillir toute souffrance pour la transcender et se donner en corps tel une hostie, la bonté d'âme aussi...s'est imposé avec le temps, reléguant l'homme ancien ou l'ego-centré en seconde place de la psyché consciente (le “il” narratif est employé à dessein).

Rien de permanent pour autant, aucun élu ni parvenu, ni fonction à laquelle s'identifier. Des années de lutte intérieure lui ont appris la patience, la veille stratégique et la nécessité de rester dans l'ouverture de vue et de cœur (“vivant plutôt qu'éveillé”).

Gilles Farcet traverse la vie en baroudeur, sans apporter de réponse toute faite au mystère insondable mais ressent de plus en plus le besoin de remercier pour l'assise, les signes et la confiance mis en lui. Il trace son sillon à la fois dans les pas de ses prédécesseurs mais aussi dans l'intime connivence et relation de l'être en soi.

Un auteur que l'on sent proche. La profondeur et l'acuité du Vivant qu'il est permet la mesure.

Entretien audio en plusieurs parties (11, 8, 9 et 9 minutes) avec Gilles Farcet :

1ere partie / 2ème partie / 3ème partie / 4ème partie 

---------------------



vendredi 25 février 2022

Neutre

 NEUTRE 

c’est terrible

Il m’arrive

encore
de prendre les choses
personnellement

c’est terrible

c’est comme ça

une pique
de quelqu’un
qui m’est proche

un comportement
que je ne comprends pas

une attitude
qui me désarçonne

une saillie
qui m’entaille

cela ne m’arrive
pas très souvent

la plupart du temps
je vis
avec la claire conscience
que l’autre
ne peut faire autrement
que ce qu’il fait

être autrement
que ce qu’il est

que rien
non
rien de rien
n’a à voir
avec moi

que tout
est neutre

non pas indifférent
interchangeable
grand dieux non

plutôt
que de tout ce qui est
rien n’advient
en fonction de moi

parmi tout ce qui advient
Il est des choses
qui me concernent
celles qui viennent à moi
qui constituent mon lot

ce n’est pas
parce qu’elle me concernent
me demandent un positionnement

qu’elles adviennent
pour
ou contre
moi

au final
il n’y a pas
de moi
en fonction duquel
et autour duquel
ce qui advient
adviendrait

juste une personne,
momentanée
infiniment précieuse
radicalement limitée
Imbriquée
dans un réseau
de choses
qui arrivent

la plupart du temps
donc
de plus en plus
sans doute

j’existe

en tant que personne
en un ciel
dégagé
un climat
apaisé
au sein duquel
tout vibre
si fort
sans pour autant désaccorder
l’instrument
que je suis

et il arrive encore que
ce qui advient
je le prenne
personnellement

qu’un moi fictif
s’invite
usurpe la place
occupe la scène

sachant son moment court
Il s’époumone
comme un manifestant
en passe d’être évacué

Il fond sur le buffet
comme un pique assiette
en instance d’expulsion

et tant qu’il fait son cinéma
cet imposteur

c’est terrible

ce qui est
n’est plus simplement
ce qui est

mais une manigance
du réel
un vilain tour
joué par la vie

pied de nez
coup de griffe
claque
offense

outrages
qui auraient vite fait
de se muer en injustice
si j’en étais encore
à m’en saisir
à en tirer des conclusions

ce dont
désormais
et fort heureusement
je m’abstiens

mais enfin
quand ça arrive

c’est terrible

c’est ce qui est
aussi

c’est neutre
aussi

et c’est une déflagration
dans un espace de quiétude

une crécelle
au sein d’un ensemble harmonieux

le corps
accuse
l’onde de choc

le psychisme
vrille
des alarmes hurlent

alors l’urgence
vitale

est de descendre
du maudit manège
lancé en tourbillon

ne pas faire non plus
une affaire personnelle
d’avoir ainsi
pris les choses
personnellement

ne plus battre des pattes
en surface

à l’écoute
de la fréquence juste
accorder l’instrument
avec patience
délicatesse

veiller
à ne pas casser une corde

c’est seulement une fois
l’instrument réaccordé
qu’il redevient
opportun
de jouer

S’il y a une parole à dire
une ligne à écrire
un geste à poser
une main à tendre

puis les choses
reprennent leur cours

neutre

qu’elles n’ont d’ailleurs
jamais quitté


Gilles Farcet 

************

mercredi 5 janvier 2022

Une vie spirituelle

Le célèbre moine publie ses mémoires, Carnets d'un moine errant (Allary éditions). Il nous explique la nature profonde de sa spiritualité et le sens qu'elle a donné à sa vie.

Écrit par Pierre Morel (source Femme actuelle)


Écrire ses mémoires n’est-il pas en contradiction avec les préceptes du bouddhisme qui prônent la modestie et la lutte contre l’ego ?

Ce dont je voulais témoigner, c’est tout ce que j’ai vécu en orient auprès de mes maîtres. Je n’aurais jamais pu écrire des mémoires pour me raconter. J’ai voulu partager cette incroyable expérience de vivre en leur présence, d’écouter leurs enseignements, montrer qui ils étaient et ce que ça représente par rapport à nos critères occidentaux, aux gens qu’on admire habituellement, hommes d’État, millionnaires ou chanteurs. Mes maîtres peuvent-ils produire une autre source d’inspiration, et la partager peut-il avoir une utilité ? C’est mon espoir.

Il est frappant de constater combien ils sont drôles, blagueurs... à mille lieues de l’image qu’on se fait du moine, un peu solennelle.

Les Tibétains, en général, sont des gens très joyeux. Quand on demandait au dalaï-lama pourquoi il riait tout le temps, il disait qu’il contemplait le monde ordinaire, du gain, de la perte, de la renommée comme des jeux d’enfants. Ça le fait rire, parce que ce sont des choses un peu dérisoires par rapport au fait de devenir un meilleur être humain, de se mettre au service des autres, de remédier à la souffrance. Dans les textes tibétains, on utilise le mot « enfant » pour désigner ceux qui sont pris uniquement par les préoccupations mondaines. Rire n’empêche pas la gravité et la profondeur par rapport à ce qui mérite qu’on s’y consacre.

Vous dites être vraiment venu à la vie à 21 ans en rencontrant votre maître Kangyour Rinpoché. Étiez-vous déjà en recherche de spiritualité ?

Je m’intéressais beaucoup à la spiritualité de façon livresque. Le déclic, ça a été de trouver une tradition vivante. Avec une pratique vieille de 2000 ans. Cela a été au-delà de mes espérances, mais j’ai bien mûri ma décision de m’installer dans l’Himalaya. J’ai fait sept voyages avant de décider. On ne peut pas faire confiance à n’importe qui, n’importe quand, il existe de faux maîtres.

Qu’est-ce que vous avez découvert là-bas ? En quoi cette expérience a changé votre existence ?

C’est un chemin pour remédier aux causes de la souffrance, éliminer les poisons mentaux, l’animosité, l’obsession, l’arrogance, la jalousie, le manque de discernement. J’ai aussi approfondi mes connaissances, comblé le fossé entre les apparences et la réalité. Si on tente d’atteindre l’état d’Éveil, l’état de Bouddha, c’est pour pouvoir mieux aider les êtres à sortir de la souffrance. Je suis encore bien loin du but mais chaque étape vaut son pesant d’or et les progrès accomplis nous aident à mieux aider les autres.

Où pensez-vous vous situer par rapport à votre maître, que vous décrivez comme un homme d’une bonté et d’une bienveillance extraordinaires ?

Je me considère toujours comme un disciple. L’esprit du débutant est une attitude extrêmement salutaire. Je mesure tout ce que je dois à mes maîtres pour avoir donné du sens à ma vie, c’est déjà un progrès. Je mesure aussi que le chemin est long, mais ce n’est pas tellement la longueur du chemin qui est un problème. L’essentiel est d’être dans la bonne direction. Il ne faut pas faire preuve d’impatience, il faut être persévérant.

En tant que photographe, vous estimez aussi avoir un rôle de témoin ?

Oui, pour ce qui est des portraits de mes maîtres et des photos qui montrent la vie spirituelle. L’autre aspect de la photo, c’est de susciter l’émerveillement. Il y a beaucoup de photographes qui montrent la guerre, les famines. Ils sont nécessaires mais on finit par crouler sous l’horreur. Ce n’est pas cela qui fait la totalité de la nature humaine. Ce que j’appelle la banalité du bien, c’est que la majeure partie de l’humanité se comporte décemment. Je veux montrer la part de beauté de la nature humaine et celle du monde sauvage, pour susciter l’émerveillement vis-à-vis de notre monde.

Ce qui paraît paradoxal dans le bouddhisme, c’est l’isolement dû à la méditation et le lien avec les autres. Comment l’expliquer ?

C’est très mal compris. Il y a une image que j’aime beaucoup, c’est celle du cerf blessé qui se cache dans la forêt pour panser ses blessures avant de partir gambader avec les autres. Nos blessures sont l’ignorance, le renfermement sur soi-même, l’égoïsme. Avant de faire quelque chose pour les autres, il faut se transformer soi-même. Le but de la solitude n’est ni de fuir la société, ni d’être indifférent, c’est un temps de mûrissement et de formation pour mieux se mettre au service des autres. La méditation sert à se débarrasser de l’ego.

Vous avez publié Le Moine et le Philosophe avec votre père Jean-François Revel. Son succès a fait de vous un personnage médiatique. Comment concilier ce statut avec celui de moine bouddhiste ?

La première leçon est que cette célébrité est très artificielle. Vous passez dans cette étrange lucarne qu’est la télé et, soudain, les gens vous parlent dans la rue. Longtemps, je venais de mon Himalaya en étant inconnu. Puis les livres se sont enchaînés, les projets humanitaires. Je me demande parfois si j’ai bien fait. On me dit que je suis très médiatisé, le moine le plus célèbre de France… C’est un peu l’overdose, je vous assure. En même temps, ça me permet de partager des idées.

Faites-vous du prosélytisme pour le bouddhisme ?

Ah, non ! Je serais même honteux d’en faire. Je ne décourage pas les gens mais je ne les encourage pas. Si on me demande de trouver quelqu’un pour l’initier au bouddhisme, je donne quelques conseils…

Peu de gens sont capables de donner une définition précise du bouddhisme. Est-ce une religion au sens propre ?

C’est un vieux débat. Les philosophes disent que c’est une religion et les religieux que c’est une philosophie. C’est quelque chose qui permet de faire le pont entre les deux. C’est une philosophie profonde, complexe, que j’ai passé des années à étudier. Ce n’est pas une religion théiste, le bouddhisme réfute la notion de créateur et de cause première. Mais il y a une forme de transcendance. C’est en tout cas une spiritualité. Est-ce qu’on peut dire que c’est une religion ? Il y a des rituels de groupe, des méditations guidées très développées qui durent toute une journée. Il existe aussi un bouddhisme populaire où les gens n’ont pas forcément approfondi les textes philosophiques. Il y a plusieurs niveaux.

Qu’est-ce que vous diriez à quelqu’un qui voudrait devenir bouddhiste ?

Réfléchissez bien. Prenez votre temps, regardez les textes pour ne pas vous mettre entre les mains de n’importe qui. Surtout, pas de précipitation. Comme on dit au Tibet, frottez le caillou pour voir si c’est de l’or.

***************


dimanche 17 octobre 2021

samedi 9 octobre 2021

Interview de Matthieu Ricard

 Sa "naissance", écrit Matthieu Ricard dans ses mémoires, remonte à sa rencontre avec son maître, Kangyour Rinpoché, le 12 juin 1967, à l'âge de 21 ans : "J'ai compris que ce qui me manquait en fait dans l'existence. J'ai été très privilégié dans ma jeunesse. J'ai été entouré de grands philosophes, mon père et tous ses amis, ma mère, Yahne Le Toumelin, le peintre Pierre Soulages, Georges Mathieu, Zao Wou-Ki, mon oncle Jacques-Yves Le Toumelin. Tous les explorateurs, je les connaissais. Cocteau, etc... Ce n'était pas un modèle de vie. Une distribution formidable de gens exécrables, heureux, malheureux, égoïstes, altruistes. C'était très déconcertant pour un jeune qui cherche une inspiration, un modèle de vie."

"J'aurais bien voulu jouer aux échecs comme Bobby Fischer, mais pas être Bobby Fischer. Donc là, c'est quelque chose qui dont je n'étais pas satisfait. Donc, quand j'ai vu des documentaires faits par Arnaud Desjardins, à la télévision française sur tous les grands maîtres tibétains qui avaient fui l'invasion chinoise vers l'Inde. Je me suis dit il y a 20 Socrate, 20 Saint-François-d'Assise, j'y vais. J'avais six mois de vacances avant de rentrer à l'Institut Pasteur. Et là, brusquement, je ne connaissais rien au bouddhisme, mais la qualité des êtres humains, la cohérence, la bienveillance, la résilience, toutes ces qualités humaines m'a fait me dire que si je pouvais devenir un 100ème de ces qualités humaines là, je serais bon."

"J'étais mûr pour faire cette décision"

Mais il n'a pas franchi le pas immédiatement à 21 ans. Ce n'est qu'à 26-27 ans qu'il retourne en Inde, car avant ses parents auraient été "terriblement déçus". Il ajoute : "J'aurais un peu cassé quelque chose. Ainsi, je suis allé à Pasteur, j'ai fait tout ce que j'avais à faire. J'ai publié les travaux de ma thèse. Tout le monde était content. J'allais partir en post-doctorat aux Etats-Unis et j'ai pris la poudre d'escampette. J'ai fait mon post-doc dans l'Himalaya et tout le monde était content. J'étais mûr pour faire cette décision."


En 1979, il prononce ses vœux monastiques. Il s'engage à respecter quatre règles importantes : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas mentir sur son chemin intérieur et ne pas avoir de relations sexuelles. "De l'extérieur, ça peut paraître un grand pas si on n'est pas prêt. Encore une fois, le fruit était mûr. J'avais une vie plus ou moins célibataire depuis quelques années. Et puis, je me suis dit une chose : si je veux vraiment mener à fond cette existence, partir dans les ermitages dans la montagne, vous imaginez ? Moi, je sais ce qu'est le sens des responsabilités. Vous avez une famille, deux enfants... 'Mes chéris, je reviens dans trois ans, je vais faire une retraite'. C'est pas possible, donc je n'aurais jamais mené cette vie, 50 ans dans l'Himalaya, au Bhoutan, 20 fois au Tibet, si j'avais eu une famille à charge. Alors je n'ai pas eu d'enfant, certes, mais j'en ai 30 000 dans les écoles qu'on a fondé avec Karouna-Shechen. Je ne les ai pas enfantés, mais je les aime beaucoup. Je suis très proche des enfants. J'ai des amies très chères parmi les femmes. Dans le bouddhisme, la femme était éminemment respectée. On dit même qu'un moine doit se prosterner intérieurement devant une femme parce qu'elle symbolise la sagesse."

"On est dans le règne de l'inconnaissance"

Sur la période dans laquelle nous vivons, Matthieu Ricard écrit que "l'épidémie du narcissisme gagne du terrain, tout comme la démagogie, le populisme et l'exacerbation des divisions." Il pointe également "la volatilité des réseaux sociaux, l'absence d'esprit critique et de rigueur, l'asservissement à un imaginaire malsain qui engendre un tsunami de confusion".

"On est dans le règne de l'inconnaissance. On a l'impression que avec trois clics sur Internet, on va remplacer dix ans, vingt ans de formation, de recherche et qu'on est aussi compétent que quelqu'un qui a consacré sa vie à un sujet de recherche particulier. C'est très nouveau, ce phénomène. Le monde est plein d'incertitudes, notamment la recherche scientifique change parce qu'on doit s'adapter à ce qu'on découvre. Les gens ont besoin de certitudes dans ces moments difficiles. Quand quelqu'un arrive avec un dogme qui est béton parce que ça ne repose pas sur des faits, ça a un côté rassurant pour les gens qui ne savent pas trop, qui ne sont pas forcément éduqués dans ce domaine. C'est un phénomène très troublant."

Ecouter l'interview

****************

source : France Inter

dimanche 1 août 2021

Pour moi, l’escalade est une école de vie.

 Claude Compagnone nous explique comment l'escalade et l'effort physique lui permettent de se rapprocher de Dieu. 


S'ajuster dans l'effort commun

Escalader une paroi de montagne ou de haute montagne, c’est s’engager, encordés, à deux, dans un parcours vertical dans lequel chacun va dépendre de l’autre et va compter sur l’autre. La cordée devient un lieu de vie singulier et transitoire où l’entraide et l’attention mutuelle sont alors primordiales. Il faut s’ajuster dans l’effort commun pour mener à bien le projet d’ascension et faire face aux évènements imprévus.

Recevoir un don

Ce parcours vertical pour être accompli demande au corps et à l’intelligence de se plier à un environnement naturel que l’homme n’a pas créé et qui s’offre comme un don à recevoir et à découvrir. Cet environnement s’impose à moi de manière massive, et, en cheminant, j’en découvre la diversité et la beauté. Je ne fais que passer et il m’accepte, en transit. Je découvre humblement ma petitesse par rapport à l’immensité et à la force de la Création. L’avancée prudente, pas à pas, se fait ainsi pérégrination et contemplation.

Garder ses sens en éveil

L’implication du corps et de l’esprit y est totale. Ici, il ne m’est pas possible de faire semblant et de penser à autre chose qu’à ce que je fais. Il faut être pleinement éveillé. Le risque est constamment présent et doit être apprécié et géré. Corps et esprit se font alors intelligence et mouvement. Mes sens sont tout en éveil pour « lire » le rocher, trouver le cheminement et anticiper les problèmes.

Mon corps déploie tout entier et amplement son agilité et sa puissance musculaire pour tirer, pousser ou bloquer. Il entre dans un ballet étrange dont la chorégraphie est dite, mètre après mètre, par le rocher lui-même. Une forme d’unité se gagne ainsi entre le corps et l’esprit et entre moi et le monde. Une plénitude s’installe. Profondément en lien avec la Création, j’entre dans un lien profond et vital avec Dieu, le Créateur.

********

mardi 9 mars 2021

François-Xavier Moronval, à l'épreuve de la fragilité

 

Toujours en première ligne pour les autres, cet urgentiste a un jour basculé du côté des patients. C'est dans la présence diffuse de Dieu et dans les réseaux sociaux qu'il a puisé les ressources pour vivre cette épreuve.


Aux urgences, depuis plus de 10 ans, j'ai vu le pire, des pendus, des blessés par balles, des mutilés, des bébés secoués... Je suis confronté aux drames humains, sans filtre. C'est souvent très difficile d'affronter toute cette fragilité, mais je suis fait pour ça. Dans les couloirs de l'hôpital où j'exerce, dans les Vosges, j'ai le sentiment que je peux vraiment être utile. Et pourtant, vous allez peut-être trouver cela étrange, mais j'ai longtemps eu très peur du sang !

À la vue de l'hémoglobine, pendant mes études, je sortais de l'amphithéâtre, en plein cours, et faisais un malaise vagal dans les toilettes. En stage de chirurgie, au bloc opératoire, je devais tenir les écarteurs et hop ! je tombais dans les pommes. On appelle cela de l'hématophobie, une affection qui, selon l'Organisation mondiale de la santé, arrive au troisième rang des phobies les plus répandues après la peur des animaux et celle du vide.

« Ma vocation médicale est plus forte que tout »

Quand j'étais petit, j'étais fasciné par Il était une fois la vie. Ce dessin animé très bien fait est sans doute à l'origine de ma vocation. Quand j'ai dit à mes parents que je voulais devenir médecin, ils ont tenté de me dissuader. Ils travaillent tous les deux dans le soin : ma mère est kinésithérapeute, mon père, orthopédiste. Eux savaient bien que je ne tenais pas le coup devant une plaie. Et, pourtant, j'ai surmonté cette phobie avec beaucoup d'efforts et de patience.

Je tentais de me dissocier intellectuellement du moment présent pour affronter la vue du sang. Ma vocation médicale est plus forte que tout. Ce sont les urgences pédiatriques qui m'ont donné le goût pour la médecine d'urgence. C'est très compliqué de voir des enfants en souffrance.

Progressivement, sans même m'en rendre compte, je faisais moins de malaises, j'éprouvais une joie intense à aider et soulager les petits. Je suis également formé en médecine de catastrophe, capable de prendre en charge de très nombreuses victimes en même temps, en cas d'accident chimique, nucléaire, de séisme ou d'attaque terroriste.

Un accident extrêmement grave

Un matin de la fin du mois de juillet 2019, quand mon téléphone a sonné, alors que je dormais très profondément après 24 heures de garde, je ne me doutais pas de l'épreuve à laquelle j'allais bientôt devoir faire face. Au bout du fil, une voix de femme, inconnue, m'a prévenu : « Votre épouse va bien mais elle a eu un accident de la route, un accident sérieux, il faut venir. » J'ai demandé comment était la voiture, par réflexe. « Mais il n'y a plus de voiture ! », s'est-elle exclamée.

J'ai tout de suite compris que c'était extrêmement grave et, en tant que soignant, je sais parfaitement que l'on ne donne jamais d'information inquiétante au téléphone. J'ai roulé de manière automatique vers le lieu qu'on m'avait indiqué, à 10 km de chez nous. Mes mains étaient tétanisées sur le volant. En garant ma voiture avant le virage, j'ai même fait un bref malaise et j'ai dû m'allonger.


« Elle s'est vue mourir »

Ce jour-là, je suis passé de l'autre côté du miroir. De médecin, je suis devenu victime. Un buggy de collection, pourtant homologué, s'était déporté sur la route et avait tapé de plein fouet l'automobile que conduisait Tiphaine, alors enceinte de sept mois de notre premier enfant. Le conducteur en face est décédé sur le coup. Quant à notre voiture, elle a pris feu.

Mon épouse s'est retrouvée prisonnière de l'habitacle déformé par la collision et les flammes. Elle ne parvenait pas à ouvrir la portière et s'est vue mourir. Finalement, elle a pu s'extraire et se laisser tomber à terre. Elle ne pouvait pas se relever ni marcher, alors elle s'est traînée au sol. Les témoins n'osaient pas s'approcher d'elle et de son gros ventre, car les pneus, à proximité, explosaient. Ils craignaient un embrasement général.

Quand j'ai retrouvé ma femme à ce moment-là, sous une couverture de survie, j'ai vu qu'elle ne présentait pas de lésions apparentes, cela m'a un peu rassuré. Mais elle m'a soufflé : « Je ne sens pas le bébé. » J'ai eu terriblement peur qu'il soit mort et que la situation de Tiphaine ne dégénère après coup, ce qui arrive fréquemment dans ce genre d'accident. Elle a effectué une batterie d'examens, des scanners, des échographies qui ont fini par me rassurer. La petite était bien vivante, mon épouse ne présentait aucune lésion interne. Elle souffrait toutefois de graves fractures aux vertèbres.

« Nous étions vivants et ensemble ! »

Ce n'était que le début de notre épreuve. Elle a dû rester allongée à plat dos, à l'hôpital, jusqu'à l'accouchement qui a été pratiqué sous anesthésie générale à la fin du mois d'août. Puis elle a dû être opérée dans la foulée et placée en soins intensifs. Les premiers mois de la vie d'Iris ont donc été particuliers, avec une maman en convalescence et amoindrie.

Tiphaine ne pouvait pas la porter ni la changer mais elle restait à côté de moi pour tous les soins que je prodiguais. Nous étions vivants et ensemble ! Nous avions vécu de si belles choses depuis notre rencontre dans une soirée étudiante en 2008, à commencer par notre mariage dans le Grand Canyon, après avoir survolé l'Arizona en hélicoptère depuis Las Vegas.

Dieu... et Twitter !

Dans les semaines qui ont suivi l'accident, je me suis surpris à adresser quelques prières à Dieu afin que tout aille bien pour ma femme et notre bébé. C'était non codifié, un peu flou. Mais j'ai quand même fait toute ma scolarité à Saint-Sigisbert, un établissement catholique de Nancy, et mes deux parents, croyants et pratiquants, nous ont élevés, ma sœur et moi, dans la foi. Au milieu de cette épreuve, je cherchais des ressources et parmi celles-ci, il y avait Dieu… et Twitter !

Ce réseau social est souvent décrié pour la présence de trolls et pour la méchanceté de certains commentaires. Je m'en suis servi pour témoigner de ce que nous traversions. Je peux dire que cela m'a sauvé tout comme m'a beaucoup aidé une séance d'hypnose que j'ai faite pour tenter d'évacuer le traumatisme de l'accident.

En effet, j'ai revécu ces heures-là et modifié un détail de la scène pour la rendre plus acceptable : j'ai remplacé mentalement le médecin qui m'a accueilli, sur les lieux de l'accident, par une collègue que je considère comme ma grande sœur. Cela me permet de faire face au souvenir plus facilement. D'ailleurs, je me forme désormais à l'hypnose pour aider mes patients blessés ou endeuillés.

Un compte qui a explosé avec la crise sanitaire

« Je suis papa, nous avons l'immense bonheur de vous annoncer la naissance de Cacahouète ce matin à 10 h 37 ! Elle se prénomme Iris. Elle est magnifique et adorable ! Elle restera sous surveillance durant les 24 prochaines heures. Nous l'aimons déjà énormément. » Le tweet tout simple que j'ai écrit pour la naissance d'Iris le 23 août 2019 a affiché plus d'un million de vues et a été classé dans le top des tendances en France ce jour-là ! Je n'en reviens toujours pas ! Mon compte @FXMoronval est désormais suivi par 24 000 abonnés. Il a explosé avec la crise sanitaire.

Après l'épreuve familiale, nous devons désormais affronter la pandémie de Covid-19. Ma femme étant infirmière dans un service de réanimation, nous sommes tous les deux en première ligne. Depuis mars dernier, je suis au front tout le temps, dans la crainte d'une saturation des lits et surtout des respirateurs, donc la peur de devoir sélectionner entre un patient de 40 ans et un autre de 60 ans.


Donner des informations fiables sur le coronavirus

Mentalement, je suis fatigué comme tous les Français. Cette maladie est complexe avec des symptômes variés et parfois atypiques. Elle complique les procédures à l'hôpital. Sur Twitter, et au sein du collectif Du côté de la science, cofondé avec des amis médecins qui écrivent également sur ce réseau, je lutte contre les fausses informations qui peuvent induire des comportements à risque chez les gens. Il me tient à coeur de divulguer des informations fiables et vérifiées sur le coronavirus.

Je ne me considère pas dans un combat. Je tiens à garder une posture toujours bienveillante dans l'exercice de la médecine et sur les réseaux sociaux. D'ailleurs, je bloque tous ceux qui ont des mots déplacés ou violents. J'envisage mon travail comme une mission. L'accident de mon épouse m'a aidé dans ma pratique quotidienne : j'ai plus d'empathie qu'avant, je me mets davantage à la place des gens. Il a aussi renforcé notre couple. Nous savourons chaque instant que nous offre la vie. Je pense souvent à la famille du conducteur du buggy, qui est mort dans ce terrible accident. Écrivez-le, c'est important pour moi : nous ne l'oublions pas.


Les étapes de sa vie

21 juin 1984 : Naissance à Nancy.
Mars 2008 : Stage aux urgences de l'hôpital de Nancy.
28 septembre 2012 : Soutenance de sa thèse sur la formation des médecins en gestes techniques.
21 juin 2015 : Mariage avec Tiphaine.
1er septembre 2016 : Responsable de l'école du Samu (Cesu) pour les Vosges.
Mars 2019 : Début d'une formation à l'hypnose.
Fin juillet 2019 : Accident de la route de son épouse alors enceinte de sept mois.
23 août 2019 : Naissance d'Iris.

source : La Vie Magazine

*********

dimanche 14 février 2021

La joie à l’épreuve de la vie

En 2013, après avoir rencontré Ilios Kotsou lors d'un stage l'année précédente, je m'étais engagé à aller voir une des journées Emergences qu'il programme chaque année avec Matthieu Ricard et Christophe André. Cette journée m'a beaucoup touchée grâce à ces intervenants. Je vous partage la vidéo du témoignage de Patrice Gourrier. 
Avec humour, il fait disparaitre la souffrance derrière l'amour de l'autre.


*-*-*-*-*-*-*

mardi 8 décembre 2020

Ma famille avant tout


Je vous partage un témoignage que j'ai trouvé précieux et qui montre l'espoir en la vie et une certaine force intérieure :


*************
Source : Le magazine de la santé

lundi 19 octobre 2020

Pour le mystère du vivant... avec Nicole (2)

 1er juin 2020

O.K. donc pour le suicide.

Mais comment? Car ce suicide doit servir de sonnette d'alarme pour signaler cet isolement total des personnes âgées avec repas en chambre et aux conséquences qui s'ensuivent.

Je mets un cadre à ma décision :

1) Quelques jours avant de mettre en œuvre concrètement ce suicide :

J'écris une lettre expliquant '' Les dégâts causés par la déshumanisation de cet isolement sans aucun contact avec l'extérieur , que subissent actuellement les personnes âgées des maisons de retraite, des Résidences seniors et bien sûr des Ehpad.

Je photocopie ce courrier. Je l'envoie en recommandé avec accusés de réception :

- Aux associations s'occupant de soins palliatifs... et autres.

- À la presse régionale,

- À la presse médicale, politique, aux directeurs des Ehpad...ayant pignon sur rue et au ministre de la santé etc... Cela va de soi !

  • Lieu du suicide....je choisis la mer, un magnifique coin accessible dans les calanques...( tant qu'à faire !...)
  • Comment y aller? Facile, je commande un taxi pour un soi-disant rendez-vous à l'hôpital, avec une ordonnance en bonne et dû forme, à la bonne date bien sûr !...Arrivée à l'endroit que choisi, je règle la course en prétextant qu' un ami m'a proposé de m'accompagner à l'hôpital et qu'il vient me rejoindre là

2) Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tout azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion... c'est mon souhait. Bien sur, cette décision tournicote en moi, elle n'est pas anodine....

Peu à peu je réalise que ce suicide n'est pas un acte de lâcheté et que, bien au contraire, il correspond à ce qui m'est vital :

agir selon ma conscience, selon mon cœur,

vital pour moi et pour ceux qui m'entourent…

quelques jours passent...et, à mon étonnement, une maturation intérieure prend forme, s'incarne, s'exprime :

C'est l'heure du repas à midi...J'avance de quelques pas devant ma table et à ma surprise, m'exclame d'une voix de stentor: " JE FAIS LA GRÈVE DE LA FAIM!...."

Et je m'assois devant mon assiette sans y toucher bien sûr....stupeur générale…

À la fin de mon repas virtuel, je regagne mon studio. La responsable du repas m'apporte alors un plateau en chambre, je le refuse...lui redis comment je ressens ce que nous sommes en train de vivre, comment cela est géré sans tenir compte de nos besoins d'êtres humains, comment cela nous transforme intérieurement peu à peu en clones irresponsables, chosifiés....elle prend acte.

Sans doute, après ma décision prise en public, y a t-il eut réunion avec la direction ; cette personne est revenue me voir pour me dire que ma décision de faire la grève de la faim avait été entendue et que certains aspects pris en compte en compte (..? ..) bien sûr, dans le domaine du possible mais en tenant compte de ce que ce confinement impliquait pour nous, les '' super-confinés''.

Je suis soulagée....je ne craignais pas l'acte du suicide mais cela représentait de la fatigue pour moi, trop d'énergie à déployer alors que je sais qu'actuellement, je n'en ai pas beaucoup à ma disposition… Tandis que la grève de la faim non! C'est une voie royale qui convient à mes possibilités réduites…

Je suis heureuse car apaisée par cette décision. Cette information à tous azimuts peut avoir un impact positif en éclairant ce qui se passe actuellement dans ce domaine.....un début de réflexion...c'est mon souhait.


***********


dimanche 18 octobre 2020

Pour le mystère du vivant... avec Nicole (1)


Témoignage de Nicole sur la période de confinement.


 

Je pleure

ou plutôt ''cela '' pleure en moi

Qu'est-ce que '' cela '' ?

m'appartient-il ? est-ce moi ?

Est-ce que je le connais ?


Non, je ne le connais pas

''cela '' est un inconnu pour moi...

Avec lui, j’apprends la compassion,

Je décrypte ce qu'il vit,

expérimente ce qui lui arrive.

''cela '' pleure dans mon corps

car la chair de ''cela '' refuse ce confinement,


elle hurle NON... !


Elle est la fleur qui se dessèche au soleil,

et meurt parce que la vie

ne l'irrigue plus...

Elle en est déconnectée...

déconnectée de son statut d'être vivant.


Mon corps, mon âme, mon esprit

ont eux aussi

perdu leur repères spatiaux.

Ils mélangent le réel à l'irréel.

Je me suis même surprise l'autre soir

en train de manger le potage avec la fourchette...

Intriguée, je veux comprendre pourquoi

tout se déglingue en moi.




22 mai 2020

Je cherche sur l'ordinateur :

'' Quels sont les dégâts causés chez un être humain

soumis à un isolement drastique, que cela soit en milieu carcéral

ou dans une Résidence seniors : Atteintes cérébrales *

(vérifiées avec un électroencéphalogramme ),

atteintes corporelles, désordre psychique !  ́ ́

À ma surprise, je retrouve sur la toile, les mêmes symptômes

que ceux que je suis en train de vivre...

Le syndrome que ce soit pour certaines personnes âgées

ou pour le prisonnier au cachot est identique,

Quelle joie de me savoir revenue parmi les humains.

Non je ne perds pas les pédales, je ne suis pas une mauviette...

Car je suis quand même encore un peu vexée par ces réactions

qui ne me ressemblent pas trop.

Je ne suis pas du style à baisser les bras mais à agir.

Agir, comment ?

Le premier plan qui se présente en moi, c'est le suicide.

Pourquoi le suicide?

Parce que je m'aperçois que quelques-uns d'entre nous, les super-confinés, commençons à

perdre notre boussole intérieure. Moi aussi, je sombre petit à petit dans un total non-sens, je

découvre la contrée étrange de la déshumanisation.

Le logiciel de mon corps devient un inconnu pour moi.

Je dois rompre ce cycle infernal, agir...

il y a urgence, grande urgence.

...


*


vendredi 9 octobre 2020

Ces personnes victimes de solitude...


 

Le radeau de la Méduse

Ils sont là, en salle de restauration
de retour après 10 semaines
d'absence...
dix semaines de confinement,
dans le cachot
de leur studio

Ils se regardent, les uns les autres
certains le visage vide
...non, ils croient qu'ils se regardent
illusion, ce n'est qu'une illusion.

Il n'y a personne qui regarde

la vie n'est plus là
elle s'est absentée de leurs yeux,
a effacé leur histoire, leur destin.
Comment s'accommoder de ce rien?
Comment retrouver
la vie en communauté?

Elsa, figée sur sa chaise
n'arrive pas à décrypter ce qu'elle ressent
elle cherche un fil conducteur pour recréer du lien
pour donner un nouveau sens à ce qui n'en a plus.
Après son passage dans ce no mans land de l'isolement
ses repères ont fondus dans un temps inconnu
qui vient de marquer sa chair au fer rouge.
Elle cherche des indices, veut capter des mots.
Quel est ce lieu soigneusement clôturé, sans nom
où on les a isolés, parqués ?

Le trottoir de la rue qu'elle voit derrière les grilles du parking,
est un mirage, celui de la réalité d'autrefois...
Les mots n'existent plus; elle veut s'aider d'une image.
C'est celle du radeau de la Méduse qui s'impose,
ainsi qu'une tristesse inexplicable.
Elle sait qu'il n'y aura jamais de traces palpables
de ce qu'ils ont vécu, de ce qu'ils vivent encore ;
visibles dans son cœur
dans celui de ses compagnons de route.

Le stylo à la main, comment écrire sur le rien, faire l'éloge du peu.

Impossible: c'est vraiment terre inconnue.
Elsa décide de monter sur le radeau de la Méduse.
Accepter est la seule issue possible pour elle.

Mais elle serre fort contre son ventre ce qu'elle sait.
Elle sait qu'elle n'acceptera jamais de perdre
son humanité, sa dignité.

Nicole Digier 
29 mai 2020


**************

lundi 5 octobre 2020

Un extraordinaire témoignage d'écrivain heureux...

 

"Goûter le plaisir de voir passer une averse, une fleur qu'on aurait respirée…".
Jean Giono évoque les petits bonheurs de la vie ainsi que le plaisir de vieillir.


Celui qui n’est pas capable de faire son bonheur avec la simplicité ne réussira que rarement à le faire, et à le faire durable, avec l’extrême beauté. 
(La Chasse au bonheur)

*******