vendredi 26 décembre 2025
L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue
jeudi 25 décembre 2025
dimanche 21 décembre 2025
Naître à Noël
La nuit est profonde, la nature est à l’os, dépouillée de son feuillage, elle étend ses branches noires décharnées. L’hiver aux petits jours et aux longues nuits est paradoxalement une saison de clarification. On ne peut pas fuir dans la contemplation plaisante de l’abondance de feuilles, de fleurs, de fruits. Il n’y a que des bois dénudés, des structures austères, des fusains, des encres noires. C’est le temps de l’enfouissement, du retour dans nos terres intérieures, dans ces eaux profondes dont parle le Christ.
Une nostalgie me prend l’âme dans cette période d’attente. Je regrette le temps chaud, lumineux, la nature qui gazouille, coasse, stridule de chants de cigale. Je me rebelle à l’idée de cette noire invitation à aller fouiller mon sol, méditer sur la finition à laquelle me pousse cette saison.
On n’a pas toujours envie de faire ce travail intérieur, lent, sans éclat, tout retourné dans l’ombre de soi avec pourtant l’espoir d’une future floraison. Je n’ai pas le choix, je dois vivre à l’image de cette nature qui nous ressemble. L’humain est un terreux, il a été pétri avec la glaise du sol. Il doit faire avec sa réalité d’incarnation.
Le don de sa vie
Donc Noël, me direz-vous ! Vous qui me lisez, vous vous demandez sans doute où je souhaite vous conduire dans ma réflexion ? En ces derniers jours de l’Avent, je vous mène devant une icône, une Nativité du XVe siècle d’Andreï Roublev.
Ce peintre de renom est un moine formé par un grand artiste, Théophane le Grec. Grâce à son maître qui lui a transmis son art d’écrire l’icône, il a acquis la capacité de faire jaillir de son pinceau tout ce qu’il perçoit. On ne sait pas grand-chose sur sa vie mais certains témoignages, qui construisent aussi sa légende, évoquent sa faculté de peindre sans regarder son support, en laissant faire son regard intérieur.
Cette œuvre de la Nativité ne représente pas qu’une naissance, elle raconte le destin de l’homme délivré de la mort. En bas, Joseph, enroulé dans son manteau, est pensif. Dans ce moment unique, il symbolise le vieil homme dépassé par l’irruption du divin sur la terre, dans sa terre. À ses côtés, un homme également âgé, courbé sur un bâton, porte une peau de bête, signe de cette part animale qu’il doit quitter. Les servantes près de lui préparent sans hasard un bain pour l’enfant nouveau-né. Joseph aussi doit renaître d’esprit, comme chacun de nous.
Le centre de l’image est occupé par Marie. Dans son manteau noir, elle repose sur un drap rouge ourlé d’or, des signes lumineux. Les anges sont auprès d’elle. Ils entourent l’Enfant, les mains cachées sous leurs vêtements, un geste réservé aux personnages sacrés.
Ce qui me frappe c’est leur présence au milieu des humains, des bergers et des mages que l’on voit caracoler sur leurs chevaux, en haut de l’image. Eux suivent l’étoile que Roublev a placée au centre de l’icône. Ses trois rayons désignent l’Enfant né dans cette grotte sombre, noire comme le manteau de Marie, un manteau de nuit, la nuit de l’être humain.
Dans nos ténèbres, il est là, dans cette mangeoire qui a la forme d’une tombe, emmailloté dans des bandelettes évoquant un linceul. Cette convention de l’icône que Roublev suit fidèlement signifie pour le peintre la Passion du Christ à venir. On pourrait dire que dès la naissance de Jésus, il a le don de sa vie, sa mort. Mais celle-ci n’est qu’un passage vers Sa Résurrection. Voilà le vrai sens de Noël, celui qu’il nous a laissé en se manifestant au monde : nous naissons et nous pouvons vaincre la mort.
Paule Amblard
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La nativité - Andreï Roublev, 1405 - tempera sur panneau de bois, 142 × 114 cm - Moscou, Cathédrale de l’annonciation
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mardi 24 décembre 2024
Poésie et Veillée
Pour fêter la nuit de Noël, voici deux extraits de l'un des plus admirables livres de poèmes que je connaisse : Le fil de givre d' Isabelle Lévesque, avec les peintures de Marie Alloy, aux éditions Al Manar.
Heureuses fêtes à chacune et à chacun de vous !
Sabine
lundi 25 décembre 2023
L'Esprit de Noël - La longueur d'onde inconnue
Sur la bande des fréquences humaines, il existe une longueur d’onde, que pas grand monde ne capte .
Bien peu en connaissent ne serait ce que l’existence. La part préservée en eux , cependant, la soupçonne sans oser y croire.
Elle les travaille cette longueur d'onde, elle les tenaille, leur mémoire originelle se souvient qu’elle existe.
Mais leur "raison" la range sur le rayon des mythes, légendes, contes de fées et idéaux dont le temps est censé guérir.
Cette longueur d’onde est celle de la bonté ; celle de la compassion ; celle de la bonne volonté.
Mais attention !
Pas de la bonté mièvre, de la compassion imbécile , de la bonne volonté qui bêle …
C’est une longueur d’onde qui n’émet aucun son du moins aucun décelable à l’oreille de chair.
Ce qu’elle diffuse n’est audible que d’une oreille intérieure , laquelle, bien qu’elle soit là, ne devient accessible que par un rare travail. Ouverte par le travail, cette oreille intérieure capte la longueur d’onde en question, et cette longueur d’onde émet un climat.
Au sein du climat généré par cette fréquence inconnue , il n’y a plus d’argumentations défensives ; plus de répliques : plus de "débats" ; plus de vainqueur ni de vaincu. Il n’y a plus d’humiliations ; plus de règlements de comptes.
Il y a des paroles. Parfois agréables, parfois pas, du moins de prime abord, justement pour qui se réfère encore aux fréquences connues .
Il y a des silences. Il peut y avoir des larmes, des larmes bienfaisantes qui ouvrent toujours plus grand. Il y a des rires et des sourires.
Et tout cela a un goût qui instantanément rassasie, soulage et détend quiconque s’y relie : le goût de la vérité. Celle qui ne s'énonce pas, ne procède de personne, celle qui ne participe de rien d’autre qu’elle même.
Et qui, pourtant, n’est pas une vérité sèche, soi-disant métaphysique, prétendument "non duelle".
Une vérité incarnée, immanente à l’humain ; l’humain, en tant que lui même émanation de cette longueur d’onde si bien cachée
Toute parole, tout regard, tout sourire, tout silence, tout geste qui puise sa source dans cette longueur d’onde est investi d’une force qui ne se discute pas . D’une autorité qui en impose sans diminuer et encore moins écraser .
Cette longueur d’onde, elle est là, toujours. Elle émet.
Mais il est si difficile de s’y connecter, si difficile de la trouver et surtout de ne pas la perdre une fois captée. S’y connecter, se brancher sur elle, est en soi un travail, travail rendu possible par tant de nettoyages d’écuries, d’audaces et de périples hasardeux au bord des précipices. Cette longueur d’onde ne prêche pas ; elle n’enseigne même pas, quoiqu’elle soit condition préalable à toute transmission digne de ce nom
Est ce qu’elle prie ? Oui mais pas de la manière connue .
Elle ne demande rien. Elle confie, elle invite, elle remet,…
Elle est en elle même prière. Cette longueur d’onde n’est pas bon marché.
On ne s’y abonne pas par quelques slogans psychologiques ou spirituels, ni par des concepts philosophiques, si impeccables de rigueur soient ils .
Elle ne se brade pas à la foire des "éveils". Elle se paie cher. Très cher.
En unités de prétention, de mensonge, d’illusion, de postures, de déni, de résistance, d’évitement et autres noms donnés à ce qui, au final, n’est rien sinon le faux.
Elle ne diffuse aucune recette. Elle ne résout rien. Et cependant, elle éclaire tout , de sa lumière inouïe.
Elle est l’unique issue. La seule réponse.
Le vœu que je m’adresse, chaque année et chaque jour, est de me souvenir d’elle, de me connecter à elle et, autant que possible, de demeurer de plus en plus en elle.
Pas pour m’y protéger. Pas pour mon confort, pas pour « ma » paix , mais pour la paix.
Afin d’être son serviteur dans la multiplicité complexe du visible .
Si, derrière la mécanique des « fêtes », la litanie des vœux pieux, des souhaits qui sonnent creux, des prières pour la forme, si il existe un esprit de Noël, c’est en cette longueur d’onde et en elle seule que cet esprit vit.
Cette fréquence n’appartient qu’à elle même. Elle n’est à personne.
Certainement pas à une élite dont je m’imaginerais être, parce que j’ai le front d’écrire pareil texte. Et elle est notre terre commune.
Elle est l’esprit de Noël , de Hanouka , de Divali, de al -Mawlid al nabawî.
Amen Om Shalom Salam aleykoum
Gilles Farcet
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dimanche 24 décembre 2023
Des yeux de miséricorde
Tu prendras les mots comme ils te viendront. Mais ce que tu diras reviendra à ceci : dans la crèche il y a l’enfant-roi, l’enfant divin. Autour un père, une mère, des animaux avec des yeux de miséricorde. Un peu plus loin, un peu plus tard, il y a des bergers, des mages, tout un peuple qui vient prendre sa place. Et ce soir, il y a nous, autour de la même crèche, sur le même plan qu’elle. Elle n’est pas un élément du décor. Elle est le centre de nos vies. Le véritable soleil.
À Noël, l’enfance nous regarde d’un regard solaire. L’enfance de Dieu. Dieu comme enfance. À jamais. C’est le seul cadeau qui ne s’évente pas. Qui ne soit pas déjà ouvert. La mort peut venir avec ses hymnes désastreux. Le temps peut frapper à la porte avec ses clichés usés jusqu’à la trame. Le roi-enfant nous donne sa gloire et son regard d’amour. Ici et maintenant. À Noël, l’enfance te regarde. Elle revient de la longue nuit, et tu portes au visage, soudain, tes beaux yeux de toujours.
Emmanuel Godo. Poète et essayiste
(source : La Vie)
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mercredi 28 décembre 2022
Lumière des 12 nuits
En ce mois de décembre, nous célébrons Noël et la fin de l'année. Mais savez- vous que les 12 nuits qui suivent cette fête ont une particularité peu connue et qu'elles sont appelées les douze nuits saintes ?
La célébration des Nuits Saintes, ou Douze Nuits de Noël, est observée dans de nombreuses cultures. Elle peut être envisagée comme un voyage intérieur que l’on entreprend pour donner naissance à la lumière afin d’illuminer l’obscurité et comme une reconnexion au monde spirituel.
Pendant la célébration des Nuits Saintes, les fenêtres des cieux sont ouvertes et les voiles sont levés entre le Ciel et la Terre. Les nuits sont habitées et notre foyer visité par des mondes célestes. A la campagne, les paysans parlent doucement dans leurs écuries pour ne pas faire fuir ces bons esprits apportant bénédiction à leur cheptel.
Les Nuits Saintes commencent la veille de Noël, le 24 décembre, lorsque les forces de la Nature se sont retirées dans la terre et qu'un calme règne autour de nous. Nuit après nuit, jusqu'au 6 janvier, nous pouvons accompagner le ciel pour poser les semences des 12 prochains mois et pour donner naissance à un monde nouveau grâce à l’amour et au respect que nous portons à la terre et la création.
Pour le rituel des Douze Nuits, 12 bougies sont placées en cercle et une 13ème, au centre, honore la lumière du soleil. Chaque soirée, nous méditons pour que nous puissions apporter ensemble notre lumière sur Terre pour l'année à venir. Chaque méditation est emportée dans la nuit qui suit et chaque nuit sainte correspond à un mois de l’année qui vient. Portez une attention particulière à vos rêves pendant cette période car ils peuvent devenir prophétiques.
Ulrich et Nathalie
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samedi 24 décembre 2022
Une crèche.
Une présence intérieure
Le Dieu en qui je crois aujourd’hui (mais il m’en a fallu, du temps) tient davantage de la lumière intérieure, du dynamisme qui est l’âme de tout créé et de tout être humain, bien plus que d’un être extra-cosmique qui se serait penché sur l’homme, il y a 2 000 ans, pour enfin le sauver de je ne sais quel péché… Jésus, homme parmi les hommes, avait sans nul doute, comme personne avant lui, saisi le souffle de qui il tenait la vie, cette lumière incréée qui luit au cœur secret de tout être humain. Il vivait depuis toujours, comme personne avant lui, de cette lumière essentielle, au point d’en être unifié et irradiant.
Révéler cette présence intime
Il ne parlait pas de la lumière : il avait la conscience claire d’être de cette lumière. Il ne prétendait pas montrer à ceux qu’il rencontrait une route bornée de signaux de morale ou de piété qui conduirait à cette haute qualité d’existence à laquelle tout homme est appelé : mais il disait être lui-même ce chemin, tant il savait que sa vie était sourcée en ce Dieu qu’il nommait « Père », se sachant, comme personne, ruisseau qui n’existe que dans la grâce d’une source, lié au Père de toute vie comme la vague et l’eau ne font qu’un. Il aimait dire « moi et le Père, nous sommes un » (Jean 10, 30). Vivre de lui, c’est le devenir autant que lui.
C’est peut-être ça, l’étrange mystère de Noël. Non pas l’histoire ressassée par des Contes des mille et une nuits d’un Dieu tombé du ciel, mais la prise de conscience, en l’homme de Nazareth, d’une source de lumière incréée qui luit au plus profond de chaque être humain, même lorsqu’elle est masquée par des gravats, des détritus et les cadavres de nos rêves. La lumière est et ne demande qu’à passer… Le bonheur de Jésus, c’était de révéler cette présence intime. Il proposait à ses disciples, quand il les envoyait au-devant de lui, de dire à celles et ceux qu’ils rencontraient « le royaume de Dieu est au-dedans de vous » : ne parlait-il pas de la lumière intérieure ?
Noël : non pas l’histoire d’un Dieu qui cherche à entrer dans nos vies, mais à se libérer et à se déployer en nous, et à sortir en filets de lumière, comme des flammèches dans les chaumes, afin qu’à d’autres prenne le feu de la divine tendresse. « Le Christ serait-il né mille fois à Bethléem, écrivait Angelus Silesius, s’il ne naît pas en toi, c’est en vain qu’il est né. » Cette lumière-là est source de la paix intérieure : elle seule rend possible l’amour.
Raphaël Buyse. Prêtre dans le diocèse de Lille, il est membre de la Fraternité diocésaine des parvis. Il a notamment publié Lueurs de Noël. Contes inspirés de l’Évangile (Salvator), Autrement, Dieu et Autrement, l’Évangile (Bayard).
---------------- source : La Vie
dimanche 11 décembre 2022
Inspiration...
L'approche du souffle, sur le plan physiologique de la respiration d'abord, puis sous son aspect d'énergie subtile, est considérée en Inde comme l'art royal.
Dans la pratique, tôt ou tard la respiration disparaît pour devenir courant d'énergie.
Vous ne respirez plus ; il y a ressenti.
Vous ressentez cette inspiration, ce courant de lumière, comme un arbre de Noël qui s'éclaire ; dans la rétention, cette lumière se déploie encore plus ; dans l'expiration, cette lumière lentement se résorbe ; et le repos est une nuit sans lune - unité sans séparation.
Cette nuit même fondra.
La pleine lune de la rétention deviendra également nuit totale.
Le silence se parle à lui-même.
E.Baret/le seul désir/Trait d'union
source et peinture par Gérard Beaulet
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lundi 27 décembre 2021
Courses de Noël par Gilles Farcet
(poème extrait du recueil Face Contre Terre)
A l’approche de Noël
Le super marché
Est un super endroit
Pour prier
De toutes façons, le choix est simple :
Prier ou s’énerver
S’énerver contre cette horde
De consommateurs harassés
Par l’épreuve annuelle
Des courses de Noël
M’énerver contre moi-même
Parce que j’en suis, de cette horde
Je n’y ai pas échappé
Ma considérable culture
Ne m’en a pas préservé
Les livres dont je suis l’auteur
Pas en vente au supermarché
Ma haute singularité
La profondeur de mes préoccupations
Et autres babioles clignotantes
Accrochées à ce moi
Qui perd ses feuilles
Rien de tout cela
Ne m’est du moindre secours
En cette heure solennelle
Des courses de Noël
Si bien que me voilà
Fantôme affamé comme un autre
Cerné de blocs de foie gras
Acculé entre légions de champagnes
Et murailles de bûches
Je considère d’un œil torve
Les fromages empaquetés
Et manœuvre à grand peine un caddie
Déjà à moitié rempli
J’évite de justesse
Un couple de vieillards hagards
Me ramasse en pleine face
L’aboiement d’un homme chauve et ventru
A sa femme transie de crainte
A proximité des surgelés
Je tente le tout pour le tout
Fonce droit sur les papillotes
« Pas de noël sans papillotes » ,
J’ai retenu l’injonction de mes filles
Je me venge en me saisissant
Des plus fines, des plus chères
Joyeux Noël ! joyeux Noël !
Me clame en lettres rouges Leclerc
Saint Emilion en promotion
Allez, je suis content
De déambuler en cette cathédrale
Pleine à ras bords de païens
Mal attifés
Poussant d’une mine lasse
Leurs hottes chargées de veaux gras
Cap sur les caisses
Files résignées d’organismes corps - esprit
Arc-boutés vers tout à l’heure
Vers la délivrance, la paix
Qui n’adviendront jamais
Tant que le divin enfant
N’aura pas poussé
En nous son premier cri
Oui, le choix est limpide
S’énerver ou prier
S’énerver contre
Ou prier pour
Les mêmes
Nous tous
Nous évertuant à commémorer
Une improbable naissance
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samedi 25 décembre 2021
L'appel de Noël
Au moment où l’on voudrait en effacer le NOM, il œuvre sur l’« Ancien » et le fait disparaître.
Le Fils de l’Homme ne frappe plus à nos portes closes.
Il entre.
ARIGAH l’accueille et invite tous les siens à chanter et à danser en ce Noël, Celui qui nous reconduit tous à nous-mêmes, au divin.
Annick de Souzenelle.
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vendredi 24 décembre 2021
Positionnement en action
Lors d'une premier séminaire où j'ai invité mon maître Liu Yuan Tong en Suisse, nous avons loué une structure d'accueil catholique, tenue par des sœurs.
Mon maître nous a demandé de mettre en place un petit autel très simple.
Nous avons donc disposé un brûle encens, deux bougies, des fleurs, des fruits, du thé, du riz, de l'eau.
Et bien sûr, une petite statue de la forme divinisée de Lao Zi ainsi qu'une autre statue protectrice, de Wang Ling Guan.
À vrai dire, nous étions assez fiers de notre petite mise en place, pour des Laowai occidentaux...
Nous allons donc le chercher pour lui montrer le résultat, sûrs de son approbation. Oui, sauf qu'en arrivant, il regarde l'autel, et fait la moue. Raté pour les félicitations, bordel de bordel (dixit mon ego).
Il regarde de part et d'autre, et cherche quelque chose avec insistance. Puis il se dirige vers une petite statue de Jésus, la prend délicatement, et trouve également une deuxième statue de Marie, qu'il prend également.
Il les dispose alors sur l'autel, met Jésus au milieu, Marie à sa droite et Lao Zi à sa gauche. Puis il fait trois prosternations devant ce panthéon ma foi créatif, et sort brûler quelques offrandes pour les esprits du lieu.
Puis il revient et dit : voilà, maintenant l'autel est complet, avec un petit sourire. Et il s'en va.
Le lendemain, les sœurs, un peu méfiantes de la venue de ces chinois exotiques, voient l'autel, et constatent que Jésus est au centre et Marie à côté. Elles étaient tellement étonnées, mais flattées, que toute résistance est tombée d'un coup. Elles ont été méga Rock avec nous durant tout le séminaire.
Voilà exactement comment se déroulent les enseignements les plus efficaces et vivants. J'adore ces moments.
Joyeux Noël, amis proches ou lointains. Ouvrez vos yeux, aux détails, au petit et au subtil. Osez sortir de vos cadres. Décoincidez ! C'est souvent là qu'est caché le joyau de la transmission.
Mes pensées les plus soutenantes et affectueuses à vous tous. Et mes remerciements pour votre présence, et bien souvent, votre indulgence bienveillante, pour mes blagues navrantes.
Fabrice
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vendredi 25 décembre 2020
Solennité...
Noël, par définition, c'est la fête de la vie. L'ancienne tradition chrétienne a voulu s'appuyer sur la commémoration païenne du solstice d'hiver, l'époque où le jour triomphe de la nuit, pour célébrer la naissance du Christ, lui qui est la Lumière du monde. Pourquoi, donc, la liturgie de l'Église nous empêche-t-elle de nous endormir paisiblement au coin du feu de la crèche ? Pourquoi nous pousse-t-elle, au lendemain même de Noël, à contempler de près la souffrance et la mort ? Saint Étienne d'abord, le premier des martyrs, et tout de suite les saints Innocents viennent nous alerter sur certains contours de cette solennité que le monde essaie en vain d'oublier derrière les paillettes.
Une nouvelle solidarité
Cette année, en pleine pandémie, la question sur le sens de la mort au sein même de la vie s'impose à nous sans aucune retenue. Elle vient nous déranger alors même que nous préférerions rester attachés à nos souvenirs des fêtes d'autrefois, riches d'une gaieté quelque peu insouciante. Aujourd'hui, ce n'est pas simplement la liturgie qui nous incite à regarder le drame de Noël, en tant que croyants ; la crise sanitaire que nous traversons à l'échelle planétaire nous oblige à réfléchir, en tant qu'humains. L'opportunité d'une nouvelle solidarité s'offre à nous, pourvu que nous soyons décidés à mettre de côté les paquets cadeaux afin d'aller plus loin, plus au fond, jusqu'au coeur même de la réalité qui nous interpelle.
Aux portes de Noël, une femme encore assez jeune, atteinte d'un cancer terminal, raconte sa vie à une aide-soignante dans une unité de soins palliatifs : « Vous savez, j'ai été dans le marketing, j'ai gagné plein d'argent, j'ai eu beaucoup de prestige. » Ses deux enfants en bas âge et son mari contemplent la scène, tous les trois muets et immobiles sur des photos collées au mur. L'aide-soignante écoute avec tendresse, en silence, et se fait interroger à son tour : « Et vous, pourquoi faites-vous un métier où vous devez gagner si peu d'argent ? » Elle ne répond pas immédiatement, elle prend le temps de laisser la question toucher son expérience et se révéler au plus intime d'elle-même. « Ça fait des années que j'ai découvert que ce n'est pas l'argent qui me rend heureuse. » Un nuage fugace assombrit le regard de la jeune femme, jusque-là si fière apparemment de sa réussite : « Moi, ça fait peu de temps que je l'ai découvert. » Elle mourra trois jours après cette confidence. Noël ?
Le message de l'Enfant de Noël
Il n'est jamais trop tard. L'essentiel nous rejoint là où nous sommes en toute vérité, dans un lit d'hôpital comme au sommet d'une carrière professionnelle, ou encore sur le rivage modeste de nos tâches quotidiennes. Or, nos yeux ne sont pas toujours prêts à déchiffrer la subtilité de son message. Un nouveau-né, l'Enfant de Bethléem, tient alors à nous redire chaque année que la souffrance fait partie de la vie et que la beauté de toute existence prend racine dans le vertige du don de soi. Il nous parle d'un Dieu qui choisit la vulnérabilité comme lieu de rencontre grâce à la puissance d'un amour sans borne.
Les larmes d'un nourrisson
Auprès de cet Enfant, la vie et la mort se regardent sans peur droit dans les yeux. Étienne et tous ceux et celles qui témoignent de la vérité de par leur vie donnée jusqu'au bout sont au rendez-vous de cette fête de Noël où la joie - humble et parfois difficile - se fraye un chemin aux côtés de toutes les douleurs du monde. Les larmes d'un nourrisson embrassent les pleurs et les angoisses de mort de l'humanité tout entière. De son coeur, qui bat dans l'obscurité secrète de la nuit, jaillit déjà la lumière essentielle de l'amour vainqueur.
jeudi 24 décembre 2020
La quête du bonheur sous le signe de Noël
En ce temps de Noël, nous allons continuer sur le thème du bonheur. Je me demandais, la semaine dernière, pourquoi certaines personnes se rendent littéralement malheureuses. C’est le cas d’une partie d’entre nous. Il y a, d’un côté, le « vrai » malheur, et il y a, d’un autre côté, le cinéma que nous nous faisons. Il y a, en particulier, les contraintes de l’idéal, c’est-à-dire les définitions que nous nous donnons de notre propre bonheur, définitions qui nous enferment : je serai heureux quand j’aurai atteint tel but, quand je serai reconnu dans tel domaine, quand mes enfants auront réussi leurs études comme je l’attendais, quand je serai entendu dans mes pensées profondes sur l’avenir du monde, quand j’aurai la place que je cherche à gagner en mon existence.
Tout cela n’est en rien choquant, et confère des buts à la vie. En même temps, il nous arrive de mettre la barre trop haut et de souffrir des objectifs que nous ne sommes pas en capacité d’atteindre. Les contraintes de l’idéal pèsent sur nous. Nous « devons » réussir nos vies et nous donner des objectifs, extrêmement moraux, extrêmement contraignants qui orientent nos trajectoires d’existence. Notre époque se veut libérée, mais n’est pas exempte de ces contraintes de perfection ou de moralisme. Cela ne fonctionne pas toujours. Ce que nous cherchons ne marche pas forcément, quand bien même nous sommes des gens très bien, et quel que soit notre niveau de responsabilité, philosophes, journalistes, universitaires, professeurs, gouvernants, managers, responsables de tous ordres, et tout simplement responsables de nous-même et de notre petite famille et de son cercle de proches, et de quelques-uns du côté de notre monde professionnel. Rien ne marche quand on attend trop, ou bien quand on attend en mettant seulement les autres, et pas d'abord soi-même, au travail.
Le bonheur, la plénitude se réalisent dans la faille, dans l’imparfait, dans l’angle mort de ce que nous avons prévu.
On attend, on attend que les autres fassent, que la société mette en place ce qui est bien, que nos familiers nous gratifient ou nous reconnaissent. Mais la réalité n’est pas ainsi. Elle ne gratifie pas nécessairement, ou pas tout de suite. Il faut savoir attendre… Le signe de Noël est simple comme la vie nue. Le bonheur, la plénitude ne se réalisent pas selon ce que nous attendons, en tout cas dans la dimension grandiose de ce que nous attendons. Ils se réalisent dans la faille, dans l’imparfait, dans l’angle mort de ce que nous avons prévu.
Il ne faut plus attendre quelque chose de précis qui nous satisfasse, il faut (simplement) vivre en attendant. Quelque chose se passe dans l’angle mort de nos désirs précis, dans l’inconnu de ce qui ne marche pas, comme dans la mangeoire d’une étable, dans l’arrière-monde de ce qui est souhaité. Il ne s’agit pas de savoir, de comprendre, ou de planifier… Les idéaux faciles ne sont plus de ce monde, en cette période de Covid, en cette époque de défaillance de l’espoir. Et pourquoi pas…

Il faut laisser la place à autre chose, qui ne soit pas du registre d’une attente pour soi, d’un idéal enfermant, mais simplement d’une déchirure, d’une ouverture sur un ailleurs qui nous libérerait des idéaux trop personnels ou trop faciles. Les idéaux sont désirables, souhaitables, mais qui peut les vivre complétement dans leurs extrêmes, en un imaginaire de totale plénitude ? L’incertitude et le doute sont des moments où peut s’ouvrir le temps que nous croyons posséder, vers autre chose que nous n’avons jamais su anticiper… Quelque chose comme le bonheur.
mercredi 23 décembre 2020
dimanche 20 décembre 2020
L'Avent
Un appel à être vivant en ce temps de l'Avent :
Tout d'abord, cette très belle homélie du premier dimanche de l'Avent de Monseigneur Martin
Et un texte pour l'acccompagner :
![]() |
| Gerrit Van Honthorst, L'adoration des bergers, 1622 |
"Entrer en Avent, c’est accepter de n’être plus ce petit soldat qui court sur son rempart intérieur pour colmater chaque brèche des murailles.Entrer en Avent, c’est consentir à entrer dans le vrai mouvement de la vie spirituelle : celui d’être là, pour accueillir la vie qui vient, Dieu lui-même. Et ne pas vouloir être le maître de ce mouvement-là.Entrer en Avent, c’est se savoir profondément travaillé à l’intime de soi, mystérieusement attiré par un appel à naître et à renaître.Entrer en Avent, c’est n’être ni rassasié ni repus, mais se mettre à l’écoute de ce qui murmure – ou crie – au fond de soi et appelle à se dire.Entrer en Avent, c’est Le regarder venir et s’approcher, avoir le visage, le cœur et l’être tournés vers cette rencontre, la découvrant comme la rencontre la plus importante de son existence.Entrer en Avent, c’est demeurer à cette place-là, et ne pas s’y dérober au nom de fausses urgences et de gratifiantes sollicitations.Entrer en Avent, c’est rassembler ce qu’il faut au seuil de l’hiver, pour les grandes traversées intérieures qui de Noël à Pâques, conduisent aux vrais passages.Entrer en Avent, c’est accepter de tâtonner parfois dans l’obscurité, et de marcher vers l’étoile sans se tromper de lumière dans la nuit froide et clinquante de décembre.Entrer en Avent, c’est refuser d’avoir une « âme habituée », ne se décourager ni de soi, ni des autres, ni de Dieu, se réjouir d’être en route et découvrir qu’on n’y est pas seul.Entrer en Avent, c’est laisser ce qui encombre et alourdit la vie et le cœur, pour ne garder que l’essentiel, les vrais trésors, demain, à offrir au Roi.Entrer en Avent, c’est ne pas se désoler de savoir si peu et si mal aimer, mais se réjouir profondément d’être sans cesse rattrapé par un amour étonnamment capable de faire battre de manière plus juste et vraie le cœur de sa vie.Entrer en Avent, c’est faire aujourd’hui ce que l’on peut, savoir que le reste ne nous appartient pas, et que l’essentiel nous sera donné."
P. François Boëdec, sj (1)
(2)François Boëdec est l'actuel Provincial des Jésuites pour l'Europe de l'Ouest francophone.














